‹ Dictionnaire historique des événemens remarquablesChapitre 92 sur 183 · M OR · texte numérisé non relu

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pauvreté la plus grande et la plus honorable. La cabale crie que c'est avec l'argent des du Jonquay qu'elle a fait ces dépenses ; et cette infâme imposture est répétée par des écumeurs de barreau et par des usuriers de Paris.

La noblesse du Gévaudan écrit la lettre la plus forte en faveur du comte de Morangiés; c'est une lettre mendiée, c'est une conjuration contre le tiers état.^

Un avocat célèbre prend-il en main la défense de l'accusé, sans espoir de rétribution; tous les cafés, tous les cabarets, tous les lieux moins honnêtes retentissent des injures qu'on lui prodigue; c'est à la fois un impudent et un lâche, c'est un espion de la police; on veut le rendre exécrable , parce qu'il soutint , il y a quelque temps , la cause d'un officier général qui avait battu et chassé les Anglais descendus en France , et qui avait hasardé son sang pour sauver la patrie.

Cet avocat a pour son frère et pour lui une cuisinière et un petit carrosse. Est-il une preuve plus éclatante qu'il a partagé les cent mille écus avec le comte de Morangiés, et que la police en a eu sa part? On le poursuit par vingt libelles ; on le déchire encore plus qu'on n'insulte son client.

Dans cette prodigieuse effervescence , on va jusqu'à soutenir que jamais la maison de Morangiés n'a eu de forêt; qu'il ne lui reste qu'un vieux tronc pourri sur un rochér du Gévaudan. Toute la basse faction le repète, et les gens qui veulent faire les entendus, disent d'abord et asse» long-temps: «M. de Morangiés a tort; pourquoi a-t-il voulu emprunter de l'argent sur une forêt qui n'existe pas? »On ne croit rien de ce qui peut lui être favorable: mais on croit aveuglément aux cent mille écus portés par du Jonquay, un matin, et treize voyages à pied , l'espace de cinq lieues.

Un agioteur, nommé Aubourg, trouve ce procès si bon qu'il l'achète. La veuve Verron , grand'mère de du Jonquay, lui vend cet effet avant de mourir, comme on vend des actions sur la place. On lui fait ratifier celte vente dans son testament , six heures avant sa mort; et , pour donner plus de poids à l'histoire incompréhensible des 3too,ooo liv. , on lui fait déclarer qu'elle avait eu 200,000 liv. de plus, parce qu'abondance de droit ne peut nuire. Ainsi, cette veuve .Verron , qui avait toujours vécu dans l'état le plus

médiocre , est morte riche de 600,000 liv. C'était une espèce de miracle ; aussi les avocats n'ont pas manqué de faire voir dans ce testament le doigt de Dieu qui a multiplié tout d'un coup les richesses du pauvre, et qui a révélé sa gloire aux petits en la cachant aux grands.

Aubourg poursuit le procès au bailliage du palais, auquel cette affaire est renvoyée en première instance. Les témoins qui déposent en faveur de M. de Morangiés sont mis au cachot. M. le comte de Morangiés, maréchal de camp, est traîné en prison comme suborneur de ces témoins , et coupable d'un crime énorme.

Cependant on interroge tous ceux qui peuvent donner quelques éclaircisscmens sur une affaire si extraordinaire.

Les sœurs de du Jonquay comparaissent.

Le juge leur demande s'il n'est pas vrai que leur grand'mère avait beaucoup d'or lorsqu'elle partit de Paris pour aller à la petite ville de Vitry en Champagne, vers l'an 1760? elles répondent qu'elle en avait prodigieusement , mais qu'elles n'en ont jamais rien vu ni rien su.

N'avait-elle pas beaucoup de beaux diamans qu'elle vendit dans la ville de Vitry 4o,ooo fr. à des Juifs, pour compléter ses 000,000 liv. ?

«Oui, sans doute, elle avait des épingles de diamans, » qui n'étaient pas inventées alors.

N'avait-elle pas aussi de belles boucles d'oreilles , de beaux nœuds , de belles aigrettes, qui convenaient parfaitement à une personne d'environ quatrevingts ans?

« Oui , monsieur ; de belles aigrettes, de beaux bracelets à la nouvelle mode,» répond l'une de ces sœurs. La femme Romain , fille de la veuve Verron et mère de du Jonquay, répond au contraire que la veuve Verron, sa mère, n'avait rien de tout cela, et qu'elle ne croyait pas qu'elle eût jamais eu un diamant fin.

Cette même femme Romain , mère de du Jonquay, interrogée si les richesses secrètes de la veuve Verron ne venaient pas d'un fidéicommis secret de son mari et de la générosité secrète d'un banqueroutier nommé Chotard, répond que non , que rien n'est plus faux.

0 Mais, madame, vos avocats ont plaidé , ont imprimé cette anecdote. • — «Ils ont eu tort », réplicmc-t-elle.

Le juge demande a du Jonquay s'il

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