CHANOINES
CHEF-D'OEUVRE. — On appelait chefd'œuvre, au moyen âge, l'ouvrage imposé à l'apprenti pour passer maître. Ce chefci œuvre était offert en grande cérémonie à la corporation. Voy. Corporation.
CHEF-LIEU. — Lieu principal des circonscriptions administratives ; on appelle chef-lieu de préfecture la résidence du préfet , etc.
CHEF-METS ou CHEF-MOIS. — Terme féodal, principal manoir d'une succession.
CHEF-SEIGNEUR. — Seigneur féodal, suzerain d'autres seigneurs. On rappelait aussi seigneur du fief-chetel ou du fief principal d'où relevaient les autres. Voy. Féodalité.
CHEFS D'ORDRE. — Chefs d'un ordre religieux (voy. Abbaye). — On appelait chef d ordre y le couvent principal d'où étaient sortis les fondateurs d'autres couvents; ainsi Cluny, Ctteaux , etc., étaient chef» d'ordre.
CHEMIN COUVERT. — Partie des fortifications. Voy. Fortifications.
CHEMIN DE RONDE. - Le chemin de ronde est ménagé entre le rempart d'une ville forte, et la muraille pour le passage des rondes.
CHEMINÉE. — Voy. Maisons.
CHEMINS DE FER. — Voy. VOIES publiques.
CHEMISE. — Ce mot se trouve rarement dans les anciens comptes des rois de France; il est remplacé ordinairement par celui de robes-linges qui a la même signification. ( Douét d'Arcq , Comptes de l argenterie des rois de France.)
CHE ni
CHENAL. — Espèce de canal , lit de rivière. Voy. Navigation intérieure.
CHEPTEIL. — Le bail à chepteil ou cheptel, est celui par lequel un mattrt donne a un fermier un certain nombre de boeufs et de brebis, à condition de les nourrir et de partager avec lui le revenu qu'il tirera de ce troupeau. On croit que ce mot vient du latin capitale, parce que ce troupeau forme un capital.
CHEVAGE. — Le chevage était un droit que payaient au roi, dans certaines provinces, les aubains et les bâtards marié». Le nom de chevage venait de ce que ce droit était payé par chaque chef de famille.
CHEVAGIERS. — On appelait chevagters ceux qui étaient soumis à la redevance appelée chevage.
CHEVAL. — Le cheval était en haute estime chez les Gaulois. Lorsqu'un guerrier mourait, on immolait son cheval sur sa tombe, pour qu'il l'accompagnât dans l'autre monde. Le hennissement du cheval était considéré comme un présage par ce peuple. I.a chevalerie donna une nouvelle importance au cheval. Il suffirait pour le prouver de voir combien de corporations travaillaient à son équipement : bourreliers t chapuisiers , lormier*, sel- /ter#,etc. La redevance du rousstn ou roncin de service (voy. Roncin) était imposée à plusieurs vassaux ; c'était le cheval commun laissé le plus souvent aux paysans. I.e chevalier se servait du destrier ou du paUfroi, que l'on ornait de caparaçons brillants , portant les armes du seigneur qui fb ttaient au vent. Souvent le caparaçon était garni de ]ietites cloches que l'on appelait campanelles , dont les sods animaient le cheval dans sa course. Les chevaliers sont fréquemment représentés sur les sceaux montés sur des chevaux ainsi caparaçonnés et char-
f;és de blasons. Le destrier était surtout e cheval de bataille; le palefroi, le cheval de parade. Le cheval de bataille était, comme le seigneur, chargé d'une pesante armure de fer qui lui couvrait la tête et la croupe. Le chamfrein ou chanfrein qui protégeait sa tête était quelquefois hérissé de pointes de fer. On appelait flancots les plaques de fer qui lui couvraient les tlancs. Museler le cheval, lui couper la queue ou lui fendre l'oreille était un affront à l'honneur du chevalier.
Dans les siècles de chevalerie, on considérait la cavale comme une monture dérogeante, affectée aux roturiers c: aux chevaliers dégradés « A celui temps, en un des romanciers du xiv« siècle, un chevalier ne pouvoit avoir plus grand blâme
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qne de monter sur une jument: on ne pouvoit plus deshonorer un chevalier que de le faiie chevaucher une lument pour le blâme , et lnioit-"n depuis que c'étoit 'chevalier recru et de nulle valeur; au< un chevalier qui aimai son tionoeur ne joutoit avec lui ni le irup|M>it d'épée non plus que un loi tondu. »» L. s. i». l.ec/ic<oi blanc était réserve a>< roi comme marque de Rouvera«neté. Dans toutes les fèies et perapes solennelle», «n conduisait à la main .un « heval richement caparaçonné; c'était ordinairemeni le cheval de bataille du seiçneur ou du roi. Les haquenees étaient la monture ordinaire des daines. Les seigneurs et même les magistrats s'en servaient au xvi*siècle dans les villes et à la campagne.
il y eut d« s ai 'es établies pnr les rois pour l'entretien des chemur de t*olaiile. Une lettre de Philippe le bel au bailli d'Orléans, en date du '20 janvier 1303, ordonnait à tous ceux qui avaient • inq cents livres de revenu, en bien-fonds, de fournir un gentilhomme bien arme et bien monté <<'»•« <htvnl d<- cinquante livres tournoi» t arde de fer Dans les tournois et carrousel-, les chevaux étaient magnifiquement, harnachés. La Colonibiere décrit ainsi celui que montait le sire de Sourdeae, au carrousel de la place Royale, qui eut lieu « n 1612 : « Il était harnaché de bandes de Milan en broderies, les houppes et cordons de soie noire, les rênes, la selle et les etrivières de même, le mords doré , les houssettes d'orfèvrerie, de diamants, et un bouquet d'aigrettes blanches . à s< n col, une collerette de velours noir , large de six pouces, couverte de pii i reries, au bas de laquelle pendait une pomme d'or f ite en olive, enrichie à la turque d'orfèvrerie, de perles, de rut» s, d'eim raudes et de diamants, qui servaient, de nœud à une queue blanche de cheval marin pendante jusqu'aux pieds. » Le même auteur parle ensuite « de trente chevaux cou eits chacun d'un caparaçon de salin f..ila bandes, incarnat, blanc et mir. enrichies de broderies d'à rue ni, de frisons et de cordons, de feuilles et de tleurs de lis, avec de
fprands panaches blancs sur la tète et sur a croupe, menée en n ain par autant d'estafiers ayant le pourpoint de toile d'argent, le haut-de-ch. tusses de velours par bandes de la même livrée, et le chapeau de velours noir, chamarré <te passements d'argent et de soie tncarn.it; ils étaient suivis de l'éeuyer et de deux pages du maréchal de camp »
Cette race de grands et forts destriers fut pendant longtemps une des i h liesses de la France. Plusieurs pioviuces et sur-
tout la Normandie fournissaient «es vi-
gouieux chevaux capables ne supporter le poids des armures de fer. Ou connaissait, même avant les croisades, Je»
che%aux arabes, et on les avait en grande estime, r.uillaume le Conquérant montait un cheval araoe à la bataille d'Uastings (1066;. Ce ne fut qu'au xvu* siècle, vers 16O8, que les che aux anglais commencèrent a être de mode en France, surtout pour la chasse iMêm. de Basso'upierre) louis XIV s'efforça d'assurer la supériorité des races françaises par l'établissement des haras roystnc D'après son ordonnance, des étalons devaient être entretenus dans chaque canton. Les haras su p rimés par T Assemblée constituante, lurent reublts en principe par la Convemion t 1795 ), en fait par Napoléon 4 juillet ixo6 . Ainsi le haras de l'ompadour Corrèzei, crée en 1765 par le duc deCboiseul. et celui du Pin (Orne), établi en 1714 , furent réorganisés.
Louis XVili y ajouta, en 1815, le haras de Rosières (Meuilhe). Un grand nombre de villes et de sociétés ont, depuis quelques années , fondé des prix pour le perfectionnement de l'espèce cheva line. Paris, Caen, Angers, Rouen, Au ri l lac, Nancy, Saint-Brieuc. Limoges, Bordeaux, Pompadour. etc., ont maintenant des courses de chevaux. L'Ktat s'est rendu acquéreur des étalons arabes que Louis- Philippe avait établis à saint Clonri, pour le croisement et le perfectionnement de l'espèce chevaline.
CHEVAL DE FRISE. — Grosse pièce de bois hérissée de longues pointes de fer. On s'en sert pour arrêter les assiégeant* en mettant les chevaux de frtseà une brèche. L'in an lerie emploie aussi en campagne des chevaux de frite plus légers pour arrêter la cavalerie. Ce oom,#ieut, dit-on, de ce qu'on s'en servit d'abord en Frise.
CHEVALF.RESSE. ~ On trouve ce nom donné à quelques femmes qui avaient été honorées de l'ordre de chevalerie. D. Lobineau, dit dans son Hi*toi>e de Bretagne, que plusieurs emmes reçurent le collier de Tordre des ducs de Bretagne. Voy. Cheva lbhib.
CHEVALERIE. — La chevalerie, qui a joué un si grand rôle au moyen âge, peut être considétée sous trois points de vue : oriqinea. tnatttuttout chevaleresques, influence d'S principe* de la chevalerie.
S i,r Origines, i a chevalerie était primitivement une de ces association» qu'on trouve en si grand norab e dans le moyeu âge , et qui avaient pour but la défense commune. Les chevaliers contractaient
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une fraternité d'armes et juraient de*%e défendre mutuelle*' ent. on pourrait chercher le germe de ces associations guerrières dans la Germanie I acite nous montre en effet les compagnons l'armes unis sous un chef, luttant de râleur ei d'héroïsme, et, lorsque leur pays n'onrail plus un théâtre assez glorieux pour leurs exploits, se lançant dan s des expéditions lointaines ; ils prenaient alors un si. ne particulier, tel qu'un anneau de fer, et juraient oe ne le déposer qu'après avoir immole un rertain nombre d'ennemis On reconnaît le principe ne la chev*|erie errante et son génie d avenuire oans ces institution* germaniques. Le christianisme vint donner une direction plus utile a cette ardeur guerrière. liconsaera la rorce à la défense de la veuve, de l'orphelin, du pauvre, de l'homme d'Eglise et en général de tous ceux qui ne pouvaient se protéger par eux-mêmes. Ainsi la chevalerie, «tout les germes apparaissent déjà dans la Germanie , se développa sous l'influence du christianisme et de l'esprit d'association ai fécond aux xt*f xn« et xui« siècles En effet, l'association produisit alors les corporations religieuses, industrielles et communales, au>si bien que les fraternités guerrières. Un a soutenu que l'innfluence arabe n'avait pas été étrangère à l'organisation de U chevalerie, et on a cherché dans le roman arabe d'Antar le type du cheval ie< ; mais l'influence d'uno population , que des antipathies de religion, de mœurs, de race séparaient des nations chrétiennes, ne saurait expliquer la naissance d'une institution aussi profondément chrétienne et nationale.
S 2. Institutions chevaleresques la chevalerie exerça une influence immense sur les classes élevées de la société du moyen âge Elle s'emparau de l'enfance et de la jeunesse par l!éoucation, de l'homme par les devoirs qu'elle lui imposait et b-s sentiments qu'elle lui inspirait. Oès l'ago de sept ans, le futur chevalier était enlevé aux femmes et confie à quelque vaillant baron qui lut donnait l'exemple des venus chevaleresques. Nou* retrouvons encore ici un usage germanique mentionné par Tacite, qui nous montre le chef de guerre entouré d unetroupe de compagnons qu'il anime de son ardeur et dont il est lemodèle. La même coutume existait an xvr» siècle « l/est un bel usage de notre nation, dit Montaigne, qu'aux bonnes maisons nos enfants soient reçus pour y être nourris et élevés pag s comme en une école de noblesse, et est di -courtoisie, dit-on, et injure d'en refuser un gentilhomme. >•
De sept à quatorze ans, l'aspirant à la chevalerie accompagnait le châtelain et
la châtelaine comme page, varie t et dav, oiseau ou damotsel II les suivait à la chasse, lançait et rappeluil le iuncon, maniai' la lance et 1 epee, s'endoreissuit aux plus rud-rs exer ires, et par ce- te activité incessante, se pieparailaux fatigues de la guerre et acquer ni la for e physique nécessaire pour porter -es lourdes armures du temps I. exemple d'un seigneur qu'on présentait Comme modèie de chevalerie, les hauts faits d'armes et d'amour que l'on raconta t penda t les longues veillées d'hiver dans ia salle ou étaient suspendues les armures des chevaliers et qui et.it pleine de leurs souvenirs ; parfois ausM les. hants d'un troubadour nui payait l'ho-piialiic du seigneur car quelque canzone en l'honneur des paladins de Charlemagne et d'Arthur : voila l'éducation morale et i nielle- tuelle que recevait le jeune h m i e. F.lle gravait dan* sa pensée un certain idéal de chevalerie qu'il devait chercher un jour à réaliser.
A quinze ans, il devenait éruyer. 11 y avait des icutjers de corps on d 'honneur qui accompagnaient à cheval le châtelain et la i-haielame, de^ ecn^ecs tranchante qui servaient à la table du seigneur, des ecuyers d'armes qui portaient sa tance et les diverses pières de s<-n armure Les idées du temps ennoblissaient ces services domestiques. Un noble seul pouvait faire l'essai du vin et des mets à la table seigneuriale, et accompagner la châtelaine dans les courses S travers les forêts La religion et la guerre, qui avaient une influence dominante dans la vie du moven âge, se réunissaient pour oonsacrer limitation de l'eciiyer H était conduit à l'autel au moment où il sortait de l'en ance pour entrer dans la jeunesse. Son edu. aiion pnysique, militaire et morale se continuait par des exercices violents Couvert u'une pesante armure, il franchissait des fosses, ocatadaildes murailles ; et les lé.endes de la chevalerie développaient de plus en plus dans son esprit ce modèle de courage et de vertu , que, sons les noms d'Amadis, de Roland, d oli > ier et de tant d'autres héros, la poésie offrait aux imaginations. Qu'on ajoute à ceue éducation , >|ui formait le corps et inspirait le courage et le août des aventures héroïques, les préceptes de la religion ii l 'tienne, dontl'influen -e salutaire enveloppait en quelque sorte le futur chevalier et le pénétrait de -e> principes, et l'on comprendra comment se formèrent les âmes saintes et magnanimes d'un Godefroy de Bouillon et d'un Louis IX. A dixsept «ns. Pecu ver partait souvent pour des expéditions lointaines. Un anneau suspendu au bras ou à la jambe, annonçait
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qu'il avait fait vœu d'accomplir quelque prouesse éclatante, avant de recevoir l'ordre de chevalerie. On nommait emprises ces signes di>tinctifs.
Enfin lorsqu'il avait vingt et un ans et iiu'il paraissait digne par sa vaillance d'être fait chevalier, il se préparait à cette initiation par des cérémonies svniboliques. Le bain, signe de la pureté du corps et de l'àme, la veillée d'armes, la confession souvent à haute voix, la communion , précédaient la réception du nouveau chevalier ; couvert de vêtements de lin blanc, autre symbole de pureté morale , il était conduit à l'autel par deux prud'hommes, chevaliers éprouvés , qui étaient ses parrains d'armes. Un prêtre disait la messe et bénissait l'épée. Le seigneur qui devait armer le nouveau chevalier, le frappait de l'épée en lui disant : « Je te fais chevalier au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » 11 lui faisait jurer de consacrer ses armes à la défense des faibles et des opprimés. Puis il lui donnait Vaccolaae et lui ceignait l'épée. Les parrains d'armes couvraient le nouveau chevalier des diverses pièces de l'armure, et lui chaussaient les éperons dorés, signe distinct! f de la dignité de chevalier. La cérémonie se terminait souvent par un tournoi (voy. Tocrïioi). Lacurne Sainte-Palaye (Dict. manuscrit des antiquit. fr.,\° Armokk) a tiré d'un ancien roman de chevalerie les détail s suivants qui caractérisaient cette cérémonie : « Les chevaliers qui avaient promis d'aider à vêtir le nouveau chevalier lui donnèrent l'un après l'autre son hoqueton qu'il endossa, la manche droite, puis la gauche, le haubert, les chausses de fer couvrant les jambes et les pieds; l'épée qui lui fut ceinte, après avoir été tirée du fourreau, puis baisée par le nouveau chevalier et ensuite remise dans le fourreau. Après son serment fait et la promesse de suivre les enseignements des chevaliers, le roi haussant la paume lui donna l'accolade et le fit chevalier. Les chevaliers lui donnèrent encore un écu qui fut suspendu à son cou , puis le heaume , enfin son destrier qu'il monta de plein saut sans vouloir qu'on lui * tînt les étriers et sans mèn.e s'en servir. »
Quelquefois c'était sur le champ de bataille que se conférait l'ordre de chevalerie. C'est ainsi que François I" fut armé chevalier par Bavard dans les plaines de Marignan.
La religion, la guerre et l'amour exalté se partageaient la vie du chevalier : Dieu et sa dame remplis>aient sa pensée. Tel était du moins l'idéal de la chevalerie. La chevalerie conférait des privilèges et imposait des devoirs. Formes en as-
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tocialion et liés par un sentiment d'honii ru r et de fraternité, les chevaliers se défendaient mutuellement. Mais si l'un d'eux manquait à la loyauté et à l'honneur, il était déclaré félon, dégradé solennellement (voy. Dégradation; et livré au dernier supplice.
$ 3. Influence des principe» de lacheralerie. La chevalerie a exercé une profonde influence sur les mœurs et sur les caractères. Les nations modernes lui ont dù des vertus et des vices inconnus à l'an tiquité. Parmi les vertus chevaleresques, je placerai au premier rang la loyauté, qui était comme le fond d'un chevalier. L'horreur du mensonge et de la perfidie, l'attention scrupuleuse à ne prendre sur un ennemi que les avantages autorisés par la loi ou par l'usage; telles étaient les premières lois de la chevalerie. Il était défendu aux chevaliers de frapper aux chevaux et de se servir 'de la pointe de l'épée ; la postérité n'a pas pardonné à Charles d'Anjou d'avoir triomphé à Bénévent (1266) en employant des armes déloyales. Les nations étrangères aux lois de la chevalerie étaient regardées comme barbares. Tels étaient les Hongrois qui avaient conservé en Europe les mœurs tartaies. La chronique d'Ottocar de Hornelt raconte que les chevaliers de la Souabe , voyant les Hongrois armés de grands arcs et de longues flèches, les tirent prier, au nom des dames , de combattre avec des armes plus chevaleresques, la lance et l'épée. Les Hongrois répondirent en perçant de flèches les parlementaires et les autres chevaliers.
Ils furent mis au ban de l'Europe civilisée. La courtoisie était le raffinement de la loyauté chevaleresque. Elle imposait à l'égard de l'ennemi même une conduite pleine de délicatesse et de prévenance.
Un ancien roman de chevalerie raconte que, dans un combat acharné entre Olivier et Roland, l'épée d'Olivier se rompit. « Sire Olivier, dit Koland , allet chercher une autre épee et une coupe dé vin ; car j'ai grand'soif. » l)n batelier apporte de la ville trois épées et du vin Les chevaliers boivent a la même coupe; puis le combat recommence. Sous ces bizarres fictions, on trouve un sentiment profond qui a donné aux temps modernes un caractère entièrement différent de celui de l'antiquité. Qui ne se rappelle les Français et les Anglais en présence dans les plaines de Fonlenoy, voulant laisser à leurs ennemis l'avantage de l'attaque? Le mot célèbre : « Messieurs , tirez les premiers, m est comme un écho prolonge de la courtoisie des chevaliers du moven âge.
L'amour exalté, le culte de la feuuue, fat
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encore un des résultats de la chevalerie. Tacite parle du respect des Germains pour les femmes, dans lesquelles ils croyaient voir quelque chose de divin. La conquête du v« siècle , en jetant les barbares au milieu d'un monde profondément corrompu, déprava leurs mœurs.
Rien de plus grossièrement débauché que les Francs dans les premiers temps qui suivirent l'invasion. Mais peu à peu la pureté des moeurs reparut, et la chevalerie se fit gloire d'honorer la femme et de professer pour elle un véritable culte. Entre une multitude de légendes qui peignent l'amour exalté des chevaliers pour la dame de leurs pensées , je me bornerai à citer l'histoire de Geoffroy Kudel , seigneur de Blaye. Il s'était épris d'amour pour la comtesse de Tripoli qu'il n'avait jamais vue, mais dont il avait entendu vanter la bonté et la courtoisie par les pèlerins qui revenaient d'Antioche. Il l'avait célébrée «Jans ses poésie». Poussé parle désir de la voir, il se croisa et se mit en mer. Pendant le trajet, il tomba dangereusement malade et ses compagnons craignaient pour sa vie. Enfin le vaisseau arriva à Tripoli et on transporta dans une hôtellerie deoffroy Kudel privé de tout sentiment. La comtesse de Tripoli avertie vint près de lui , et, quand il sut que c'était elle , il retrouva la vue, l'ouïe , l'odorat , et loua Dieu , lui rendant grâce d'avoir soutenu son existence jusqu'à ce qu'il eût vu sa dame. Il mourut peu de temps après ; la comtesse le fit enterrer avec de grands honneurs dans la maison du Temple à Tripoli, et puis elle prit le voile. Au xiv* siècle, le célèbre maréchal de Bouci- ■aut institua les chevaliers du bouclier vert , qui étaient au nombre de quatorze, et s'engageaient à protéger les dames opprimées. Us liraient leur nom d'un bouclier vert, ou était représentée une femme habillée de blanc. <* Si une honnête dame, •fit Brantôme, veut se maintenir en sa fermeté et constance , il faut que son serviteur n'épargne nullement sa vie pour la défendre, si elle court la moindre fortune an monde, soit de son honneur ou de quelque méchante parole, ainsi que j'en ai vu en notre cour plusieurs qui ont fait taire les médisants tout court, quand ils sont venus à détracier leurs dames , auxquelles, par devoir de chevalerie, nous sommes tenus de servir de champions en leurs afflictions. » Les femmes rendaient à la chevalerie les services qu'elles en recevaient. Elles soutenaient souvent de leur présence le courage de leurs chevaliers , et, comme les femmes des Germains, venaient les animer jusque sur le champ de bataille et panser leurs bles-
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sures. « 11 était d'un usage commun du temps de l'ancienne chevalerie, dit Lamine Sainle-Palaye , que les dames ou demoiselles du plus» haut (tarage apprissent la chirurgie pour se rendre- utile., a leurs pères, maris ou parents , qui couraient à tout moment le danger d'èire blessés dans les combats , tournois ou joutes. » On ne peut nier l'influence que la chevalerie a exercée sur les relations entre les deux sexes. C'est là qu'il faut chercher le principe de la galanterie moderne inconnue à l'antiquité, et citée avec raison comme un des traits caractéristiques de la société française. « La galanterie, dit Montesquieu, n est point 1 amour; mais elle est le délicat, le léger, le perpétuel mensonge de l'amour. ■
Enfin la chevalerie exaltait le sentiment de l'honneur à un degré inconnu des héros de l'antiquité; un chevalier n'aurait jamais fui comme Ajai. Ce point d'honneur, fécond en vertus , a eu uussi ses excès ; il a produit le duel >,\oy. ce mot ). Je n'Insisterai pas sur la chevalerie errante, ridicule exagération de la protection que le chevalier devait au faible et à l'opprimé. Ou raconte qu'en 1434 , un chevalier espagnol, nommé Suerro de Quinones, se posta sur la grande route qui conduisait de nombreux pèlerins à Saint-Jacques de Compostelle, et déclara qu'il romprait des lances avec tous ceux qui passeraient par ce chemin ; il fit vœu d'en rompre trois cents en trente jours. Ce furent ces extravagances qui contribuèrent à ruiner la chevalerie dans l'opinion publi que. Cervantès ne fit qu'exprimer la pensée générale, lorsqu'il livra au ridicule le type du chevalier errant. Mais celte triste fin d'une institution longtemps célèbre ne doit pas faire oublier les services qu'elle rendit au moyen âge , et l'influence heureuse qu'elle a exercée sur les sociétés modernes. — Voy. Lacurne Saintc-Palaye, Mémoires sur l'ancienne chevalerie considérée comme un établissement politique et militaire.
Paris, 1759-1781, 3 vol. in-12.
Chevalerie religieuse. — Il y eut des chevaliers qui aspirèrent à une plus grande perfection religieuse, et se consacrèrent à la défense de la terre sainte et au service des pèlerins qui visitaient le tombeau de Jésus Christ. Telle fut l'origine des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem et des Templiers. Les premiers datent du commencement du xn# siècle.
Un Provençal, Gérard de Martigue, fonda, vers 1110. l'ordre des Hosvitalters de Saint-Jean de Jérusalem^ a existe sous différents noms jusqu'à la révolution française. Les Hospitaliers, chasses . de la Palestine en IMI . se retirèrent successive
meoLdans les îles de Chypre et de Rhodes, n&a'èjuparèrent d»* cet e dernière i e eu i3iQ, fuirent le nom de <heraliei* ne Rtodtsi&y re-Vrenlju -qu'en i5ii. « hast»és de Uhodes par Soliman le Magnifique, ils obtinrent de l'enq ereur Chat ks-yuint 111e de Malte \ 1 .30 ), et en tirèrent le nom de cherah, r* d« Malte. l 'ordre • onnrenaitdes ci evaliers. «ics chapelains et des ienrauts. Les chapelains se divisaient eu huit langues no iiauu* s : Provence, Auvergne^. Frane un Paris, Italie, Aragon, Angleterre, Allemagne et ras i 1 le. i a lant-ue •l'Angleterre lui supprimée en 1537. lorsque ce m v au me se sépara de IT.g ise?athoJique. le gra- d maître portail le tilro d'eu f'-enee comme les «ardina»x. Apres lui ,Jes principaux dignitaires de l'orure étaient le grand commandeur , qui éuil ■ hef ou pii ■>•< de la langue de Provence; le maréchal. ■ Hier dr la langue d\xu\er- «ne* ►l'hospitalier, pi H ■ d la langue de France; l'a irai. n»it>rde lalan ue d'Italie; le grand . onservalei.r , //i/i>» de la langue iP Aragon ; le chancelier, < ï ter de la langue de « aslille: le gran t liai 11, pilier de. la langue riMlemagne. C aque langue avait ses prieures, ses haiHing. s, ses.» eommanderies , doni les titulaires s'appelaient prieuis. baillis et commandeurs. Les chevaliers devaient être nobles. Ils suivaient la règle de suint Augustin: et étaient astreims au célibat. Kn temps de paix, ils portaient sur un manteau-noir une croix d or a nuit pointes et sur la poitrine une croix d'or. Kn guet re, ils mettaient suri leur armure une grande orojx blanche. I. es armes de 1' rdreetaienl de gueules ( routte) à la croix d'argent. L'assemblée eonsiituante s'empara des biene.de l'ordre de M.lteparun décret dû>iDo>s de n vemhre naa ei les déclara propriétés nationales. L'ordre lui même fut supprime eu France a nsi que les autres congrégations religieuses par les lois du 18 février i7»o ei dii 18 a ont it'J2.
Les Templier ^ dataient à peu près du même temps que les Ho*t>iahe s. I n cl>evalier ra nçais . nommé Hugues de Payens, 'onda, en 1 1 18, cet ordre ne moines guerrier» F.lablis pr» s de l'emplaeement présumé de l'ancien lemule de Jérusalem , ils en tuèrent le nom ne Temnliers. Saint Bernard traça leur régie empreinte d'une rigoureuse austérité Mais les richesses de 4 ordre et les huhitud. s de la vie militaire ne tai lièrent nus à corrompre les TUmplierg. Leur . païenne excitait d'ailleurs la cupidité îles souverains et contribua à les perdre. Dès le oommen. ement du xiv* siècle, l'ordre du Temple fut aholi par le pape Clément V au concile de Vienne (fi mai 1312;, à la sollicitation du roi Phi-
lippe le Bel. Les principaux dignitaire» , tels que h- irrand maître Jacques Molav et Oui , commandeur d'Aquitaine, furent bru es à Pari», le 18 marn 1 3 j 4. Sur le tnVher, ils protestèrent de leur innocence et réirartérent les aveux que la torture leur avait arrachés Les biens des 7Vmp/^r5de France furent partagés entre le trésor royal et les Hospitaliers.
Il y avait encore en France plusieurs autres ordres de chevalerie militaire et' religieuse , tels que les ordres de Saint- Laza c , de Saint- Antoine , de Notre-Uame ou Mont Carmel , etc. L'ordre de Saint- L'tzare de Jérusalem fui conformé par[ u< e bulle do* pape Alexandre IV en 1255. V Le pape Innovent VIH réunit les cbevali. rs de Saint Lazare aux chevaliers de Malte en i4»o. Pie IV rétablit l'ordre de >aim-i.;i7:;re et Pie V lui accorda de nouveaux privilèges en 1 564. Le pape Grégoire XIII l'incoroora, en 1 572, a l'ordre de ^aiiit Maurice en Savoie et déclara grands maîtres le duc d'- Savoie, Emmanuel-Philibert. » t ses soewsseurs. Les chevaliers français se pla gnirent rie cette disposition , et, loisque U France se fut relevée sons Henri IV, le pape Paul V réunit les chevaliers français de Saint -Lazare à ceux rie Notre Dame du M ont- Carmel par une bulle datée de 1608 Louis XIV joignit à ces ordres plusieurs autres ordres secondaires . tels que les Hospitalière du Saint-Esprit de Montpellier, les chevaliers du Saint-Sépulcre, le* chetaliers df Saint- Antoine , etc. Les chevaliers de Saint- Lattre |H.naient, comme signe riistiuctif, une croix d'<»r à huit pointes suspendue S un ruban violet.
L'orme de Saint- Lazare a existé jusqu'à la révolution traneai e.
l'ordre du Saint -Eevrit de' Montpellier , qui fut confonde avec l'ordre de Saint- Lazare, avait été fondé, en MOT, par le pape In no. eut III. Les membres de cet ordre faisaient tohi rie et<a teté , de pauvreté n d'olwissance; ils soignaient les pèlerins malades, les pauvres et les entants trouvés; il* portaient un nabitnoir ecclésiastique, sur lequel était brodée une croix blanche à douze pointas. Ils suivaient la rèule de »aint Augustin. L'ordre de Notre' Dame du Mont Carmei remontait à une haute antiquité. W tôt confirmé sous le règne de Henri iV par une bulle de Paul V ( isos . Il n'y avait que les Français qui y fussent reçus, l e nombre des chevaliers était de cent, et ils devaient se tenir constammet t aux • Mes du roi en temps de guerre. Ils avaient l'inspection de? lazarets et «aHrcies Lear siiroe distinctif était une croix violette à huit pointes suswuidue a au f uban brun, et
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portants»; imitant l'image rie la Vieroc-; la mèntecroix était brodée snr lear manteau. Us furent , comme n os l'avons d«t , réunis sous i unis \ iv à Tordre de Saint - Lazare. L'ordre de Saint-Antoine^ dont l'institution «miait de tSTO, se distinguait par une croix bi eue sur un habit noir. Les cftroo tiers du Saini-Séjmtere^ qui remontaient aux premières année» du xn* siècle, portaient un baoit blanc, et, sur la poitrine, une largecroix muge entourée de quatre autres plus petites. Fondés pour les, croisades, ces ordres languissaient depuis la tin du moyen âge. l-a Constituante , en déclarant leurs bens propriétés nationales , leur porta le dernier coup.
CifBVALcaiB (Ordres de ). — Dans- le prindpevU' chevalerie était complètement indépend mte. lin chevalier ne relevait: que de i >ieu et de son épée Mais lorsque l'indépendance féodale eoimnef ea à faire place à la puissance monarchique , les mis cherchèrent- à s'attacher les chevaliers en instituant des ordres, dont ils étairnt les grands fi.aitres. Ce fut, dit-on, waiot Louis qui institua le premier ordre de eiievalerie royale, sous le non d'ordre du geneaf. oh en place, l'origine en 1234 , après le couronnement de Marguerite rie Provence. Les chevaliers du genest portaient un manteau de damas blanc arec un cha: eron violet; leur collier consistait eu une chaîne ornée alternativement d'une fleur de genêt , et d'une plaque d'or carrée, sur laquelle-était une fleur de lis; a celte ■ haine éu>it suspendue une tro x d'or fleurdelisée, avec ces mats: F.xd.dt humiles, cent chevaliers de l'ordre du gênent furent at achés à la garde do roi. On attribue encore s» saint Louia l'institution' d'un ordre de chevalerie appelé ordre du navire- et de la co* quille de mer, ou du double croissant ,
Sue, d'après Kavin, auteur du Théâtre 'honneur et de chevalerie , ce prince établit, <n t2«9, pour encourager les seigneurs français à faire le voyage d'outremer. Lecolli. rdecetorrireet.it, dit- on, entrelacé de coquilles et de doubles croissants, avec un navire suspendu au collier. D'autres écrivains soutiennent « ce qui paraît plus vraisemblable que saint Louis n'a établi aucun oidre de chevalerie. Je n'insisterai pas sur de prétendus ordres de cheval» rie, dont parlent quelques écrivains, tels que les ordre* de la iainte ampoule qu'or, attribue à Cb.vis. du chien et du a>q qu'on l'ait remonter à l'année 500 après J. C. de la genette institué , dil-nn . par Charles Martel . de la couronne attribué à Charlemagnc. || serait puéril de s'arrêter à ces légendes. On