‹ Dictionnaire historique des institutions (volume 2)Chapitre 19 sur 300 · RELATIONS DES PUISSANCES TEMPORELLE ET SPIRITUELLE · texte numérisé non relu

RELATIONS DES PUISSANCES TEMPORELLE ET SPIRITUELLE

Il est un autre ordre de faits dans lequel le gouvernement doit aussi intervenir, quoique avec plus de précaution ; je veux parler du développement religieux et intellectuel des sociétés. Sans doute l'élan de l'homme vers Dieu , la contemplation des vérités religieuses, la foi, la pratique des vertus ne s'imposent pas; sans doute aussi l'inspiration poétique, le sentiment du beau, du vrai, du grand, qui animent l'écrivain et l'artiste, se puisent dans les profondeurs de l'âme, dans l'étude de la nature, dans la méditation des chefsd'œuvre; une littérature servile n'est qu'une misérable copie ou l'effort stérile d'une intelligence dégradée. Cependant, après avoir revendiqué pour la religion, les lettres et les arts une large indépendance, que respectera toujours une administration intelligente , il faut ajouter que le gouvernement a aussi une mission à remplir dans le domaine intellectuel ; il doit encourager, provoquer, diriger et quelquefois contenir le mouvement des esprits. Ainsi , les mesures adoptées pour fixer les rapports du spirituel et du temporel , la centralisation progressive de l'instruction publique , enfin les encouragements donnés aux lettres, aux sciences et aux arts, sont une partie considérable de l'histoire des institutions de la France.

Relations des puissances temporelle et spirituelle dans l'empire romain et sous la domination des barbares, — Dans l'empire romain, les deux puissances temporelle et spirituelle étaient étroitement unies ; mais l'empereur gardait la supériorité ; il présidait parfois aux conciles, approuvait les élections des évéques et veillait au maintien de la discipline ecclésiastique; il était, suivant une expression qui caractérise énergiquement son autorité , il était Yévéque extérieur. Après les invasions des barbares, les rois continuèrent d'approuver pour la forme les élections ecclésiastiques qui se faisaient par toute rassemblée du peuple, mais, en réalité, la supériorité passa aux évéques. Possesseurs de vastes domaines, supérieurs en intelligence aux rois barbares et à leurs compagnons d'armes, investis de l'autorité dans les villes en qualité de défenseurs des cités,

mil INTRODUCTION.

Vis évêques dirigèrent en réalité le gouvernement aux vie et vu» siècles. Soixante-dix-neuf évèques assistaient au champ de mars qui , en 64 5, proclama la charte des Francs saliens et concéda aux Leudes la propriété inamovible et héréditaire de leurs bénéfices. L'invasion de nouveaux guerriers francs sous Pépin d'Héristal et Charles Martel, et la nécessité de leur donner des terres, excitèrent un véritable conûit entre les deux puissances. Le clergé fut dépouillé au profit des Francs austrasiens ; les abbayes et les évêchés furent livrés à des séculiers, que les chroniques du temps nous montrent ceints du baudrier et plus habiles à manier la hache d'armes qu'à porter la crosse. Les conciles de Leptines et de Soissons terminèrent ces luttes, et Charlemagne en fit disparaître les dernières traces.

Ce grand homme embrassait tout dans ses Capitulaires; il y traitait de la discipline ecclésiastique aussi bien que de l'administration des affaires temporelles. Suppression des chorévêques ou évôques errants dans les campagnes (episcopi vagi), institution de la dîme en faveur du clergé, réforme des mœurs, proscription des opinions hétérodoxes, telles sont les principales dispositions des Capitulaires relatives au clergé. La puissance épiscopale régna sous Louis le Débonnaire et Charles le Chauve. L'archevêque de Reims, Hincmar, fut, pendant quelque temps, le véritable souverain de l'empire franc. Mais cette autorité ecclésiastique fut impuissante pour repousser les invasions qui dévastaient les contrées méridionales de l'Europe ; elle fut obligée d'abandonner le pouvoir aux seigneurs féodaux : des châteaux forts s'élevèrent de toutes parts , et les abbayes se mirent elles-mêmes sous la protection de laïques, qui les défendaient contre les invasions des Normands et les brigandages des seigneurs voisins. Telle fut l'origine des avoués des églises et des abbés laïques , qu'on appela dans la suite vidâmes ou vice-seigneurs.

Puissance pontificale; pragmatiques et concordats. — Cette invasion de la féodalité dans l'Église produisit de graves désordres ; la licence des mœurs, la simonie souillèrent le sanctuaire. Pour y mettre un terme, il ne fallut pas moins que la réaction énergique et exagérée de Grégoire VII. Ce fut alors la puissance spirituelle qui envahit le temporel. Excommunication , juridiction , nomination des évêques et des abbés, convocation des conciles, tout revint au saint-siége; il domina l'Église de France par ses légats. Cependant , lorsqu'on sortit de l'anarchie féodale, la distinction des deux puissances spirituelle

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