‹ Dictionnaire historique des institutions (volume 2)Chapitre 194 sur 300 · ÉPÉ 3S · texte numérisé non relu

ÉPÉ 3S

a lui , à Namur, où il résidait alors , frère Henri Sagehran , moine de l'ordre de la Trinité, chapelain d'un seigneur qui était alors à son service ; et, après lui avoir fait jurer qu'il garderait sous le sceau de ta confession le secret qu'il allait lui confier, « il ouvrit, dit le témoin, un petit étui , et en tira une image de cire enveloppée en un couvre-chef crêpé, laquelle image était à la semblante d'une figure de jeune homme , et était bien de la longueur d'un pied et demi , ce semble , au déposant; et il la vit bien clairement par le couvre-chef , qui était moult délié, et avait, autour le chef, sembiance de cheveux , ainsi romme un jeune homme. »

Le moine voulut y toucher. « N'y touchez, frère Henri, lui dit Robert; il est tout fait ; icelui est tuut baptisé ; l'on me l'a envoyé de France tout fait et tout baptisé ; il n'y faut (manque) rien à celui ( cette heure ); et est fait contre Jean de France f fils atné du POl), et en soi) nom pour le grever. Ce vous dis-je bien en confession ; mais j'en voudrais avoir une autre que je voudrais qui fat baptisé. — Et pour qui est-ce? dit frère Henri. — C'est contre une diablesse , dit Robert ; c'est contre la reine, non pas reine, mais diablesse; tant comme elle vit , elle ne fera rien de bien , mais ne fera que me grever; tant comme elle vit, je n'aurai pas de paix; mais , si elle était morte et sou fils mort, j'aurais ma paix aussitôt avec le roi; car de lui ferais-je tout ce qu'il me plairait; je n'en doute mie. Si vous prie que vous me le baptisiez , car il est tout fait, il n'y faut que le baptême; j'ai tout prêts les parrains et les marraines , et tout ce dont il est besoin , fors le baptême. 11 n'y a rien de plus à y faire qu'à baptiser un enfant, et dire les noms qui lui appartiennent. * — Frère Henri , qui déposa sur toutes ces circonstances le 31 janvier 1334 , comme il était dans les prisons de l'évoque de Paris, affirma qu'il avait refusé son ministère pour de pareilles opérations, disant qu'elles ne convenaient pas à si haut homme comme Robert était, et que Robert avait répondu *. n J'aimerais mieux étrangler le diable que le diable m'étranglât. »

ENVOYÉS EXTRAORDINAIRES. — Ce titre, suivant Wicquefort, est d'une époque récente. Jusqu'en 1639, les envoyés extraordinaires étaient reçus avec la même pompe que les ambassadeurs ; mais à partir de cette année la cour de France ne les traita plus que comme les résidents.

ENVOYES ROYAUX. - Commissaires envoyés par Cbarlemagne dans les di-

verses parties de l'empire pour s'assurer de l'exécution des lois; on les désigne ordinairement par le nom latiu de wmsi dominici. Voy. Missi dominici.

ÉPACTE. — L'épacte est un terme du comput ecclésiastique ( voy. ce mol); il marque la différence de l'année lunaire avec l'année solaire. L'année solaire étant de trois cent soixante-cinq jours plus une fraction et l'année lunaire de trois cent cinquante-quatre jours, on ajoute ►ou r égalât fi s tl. ux années onze jours à 'année lunaire; ces onze jours s'appellent épactes. Le cyc e des épactes est de trente ans , c'e.u-à-dire qu'après trente année» révolues , Vépacte revient telle qu'elle était à la première de ces trente années, et que le cours de l'epac/s recommence pour trente ans. te fui au vin" siècle que s'établit l'usage de marquer Vépacte dans les actes publics.

EPAGNEULS. — Chiens d'Espagne qui servaient autrefois à la chasse au vol ; ce qui les faisait nommer chiens d'oiseau.

EPARGNE. — On appelait autrefois épargne le trésor central du royaume ; 1 épargne fut établie en 1523 par François 1". Voy. Finances , S

EPARGNE ( Caisse d'). — Voy. Caisses d'Épargne.

ÈPAULETTE. — Signe dislinctif des grades militaires institué en 1759. Voy. Hiérarchie militaire.

ÊPAULIÈRE. — Partie de l'armure d'un cavalier qui couvrait et protégeait l'épaule.

ÉPAVE. — Le mot épave a eu des significations très-diverses. 11 a désigné les animaux errants sans maîtres ni gardiens, puis les biens meubles et immeubles sans possesseur connu , enfin les personnes nées à une telle distance qu'on ne pouvait constater leur origine. Le système féodal livrait les épaves aux seigneurs hauts justiciers après un délai de quarante jours. On comprenait parmi les épaves les débris des naufrages jetés à la côte par une tempête. Les choses- gaives ou gayves avaient beaucoup d'analogie avec, les épaves. •« Ce sont choses, dit la coutume de Normandie, qui ne sont appropriées à aucun usage d'homme ni réclamées par personne. » Elles devaient être gardées pendant un an et un jour ; si elles étaient réclamées danscetintervalle,elles étaient restituées à ceux qui fournissaient K preuve qu'elles leur appartenaient. Ce délai passé, elles devenaient la propriété du seigneur sur les domaines duo ne:

elles avaient été trouvées.

EPÉE. — Les épées des plus célèbres

35* ÉPË

héros du moyen âge reçurent, des poètes, un nom particulier. 1 .'.>.-. de Charlemagne s'appelait Joyeuse; celle d'Arthur, Scalibor; celle de Btadimart, Flamberqe; de Renaud , Bnlisarde ; de Roland , Durandal ; d'olivier, Haute-Clère ; d'Ogier, Courtin , etc.

L'épée à deux mains on esoadon , était une arme large et longue que Ton faisait tourner avec une grande rapidité, de manière a s'en couvrir en même temps qu'on menaçait s on adversaire. Les longues et lourdes épies furent longtemps en usage. On dit que Godcfroy de Bouillon fendait nn homme en deux d'un coup d'épée. Le P. Daniel, en citant ce fait et d'autres analogues , ajoute qu'ils ne paraissent plus invraisemblables lorsque l'on a vu une épee conservée à Me»ux , et regardée comme celle d'Ogier le Danois. Elle était, suivant le même auteur, longue de plus de trois pieds, large de trois pouces et pesait cinq livres. Dans la suite on se servit d'épecs courtes, à deux tranchants, qu'on appelait braquemarts. L'épée à lame ondoyante se nommait (lamard.

L'épée était le symbole de la puissance souveraine. Le connétable la portait nue devant le roi aux jours .-olennels. Les rois de France, à la cérémonie du sacre, al* laient prendre Vépee sur l'autel pour prouver qu'ils ne tenaient leur souveraineté que de Dieu. LVpe'e paraît sur les sceaux équestres des rois, des ducs et des comtes comme signe de souveraineté.

Oter Yépée à un prince, c'était le dégrader. Ainsi , lorsque Louis le Débonnaire fut déposé, on lui enleva l'épée. Aux funérailles des rois, le grand écuyer, accompagné de quatre hérauts d'armes, portait en écharpe Yépée du roi. Quelquefois on déposait dans les tombeaux des souverains leurs armes offensives et défensives, comme on le faisait primitivement pour les chefs gaulois. — Savaron a composé un traité spécial de Yépée française , Paris , 1620.

ÉPÊE ( Homme d'). — Dans l'ancienne société française où les rangs étaient net* terne nt marqués, ei se caractérisaient par un costume particulier, on était dans l'usage de distinguer les classes par quelque signe extérieur. On disait un homme d'épée pour un soldat , un homme de robe pour un magistrat , etc. Par une déclaration de Henri 111 -24 mars 1 583 les princes, seigneurs , chevaliers , gentilshommes, capitaines et autres personnes de qualité avaient seuls le droit de porter des gardes et poignées d'épée , ceintures et éperons dores et argentés.

P.pêr (Plaid de î'). — Ce mot désignait autrefois le droit de haute justice , parce

ÉPE

que Yépée était le symbole du droit dévie et de mort.

EPERON. — Les éperons dorés étaient le signe distincltf de la chevalerie. Ils formaient, par ce motif, une des redevances féodales et étaient portés en grande pompe dans certaines cérémonies. « En 8i6, dit le P. Daniel, une assemblée de seigneurs et d évèques défendit aux évèques et aux ecclésiastiques de porter des éperon*. » Une ordonnance de 1*170 permettait au baron de couper les éperons sur un fumier à celui qui se serait fait recevoir chevalier sans être gentilhomme de parage . c'est-à-dire du cèté paternel. A la bataille de Courtrai , perdue par les Français le 9 juin 1302, les Flamands trouvèrent quatre mille paires d'éperon* dorés ; ils en suspendirent cinq cents dans l'église de Courtrai en mémoire de leur victoire. Lorsqu'un chevalier mourait, on déposait ordinairement ses éperons dans son tombeau. 11 n'était pas permis de garder les éperons à l'Eglise, au moins dans certaines contrées: les petits clerc» de Romans avaient droit de s'emparer des c nei-uns des chevaliers qui les conservaient en entrant a l'église. (Sainte- Palaye, v* Éperons.)

ÉPERON (Ordre de Y). —Charles d'Anjou, frère de saint Louis, qui conquit, en 1266 , le royaume de Naples , v institua , à celte époque, Tordra de l'éperon. Il existe encore à Rome un ordre de l'éperon, établi en 1 560 par le pape Pie IV. Les chevaliers portent une croix tissue de filets d'or. Lorsqu'on dégradait un chevalier de cet ordre, on lui brisait les éperons dorés sor les talons à coups de hache.

ÊPERONNIERS. — L'existence de cette corporation tient étroitement à la chevalerie et suffit pour prouver quelle importance cette institution avait an moyen âge. Les éperonniers furent longtemps réunis aux sellier s- lormiers. Ils ne formèrent une corporation séparée qu'en I STB ; ils reçurent de Henri III, à cette époque , des statuts que confirma Henri IV.

EPERVIER. — Véperoier était un des oiseaux de fauconnerie les plus estimés. On le portait sur le poing jusqu'au moment ou on lui donnait le vol pour fondre sur sa proie. La loi salique le désigne sous le nom de s par vus, et les poètes des xue et xiii* siècles .-mis celui de mouchet ou émouchet , nom que l'on a conservé au mAle. Selon les Veduils de la chasse par le roi Modus (citée par 1-e Grand d'Aufsy, Vie privée des Fronçait), ce vol était très-plaisant pour hommes et pour femmes. One ordonnance de Charles le

ÉPI

ÉPI 369

Bel, de 1326, défendait à toute personne, noble ou roturière, de prendre un éuer- «ter, soitdans le nid, soit avec des filets, sur les terres du roi, sans sa permission. Uépervier figure quelquefois comme symbole dans les sceaux et indique que le seigneur avait droit de chasse. Cet oiseau, sur le poing d'une dame, était la mai que d'une condition distinguée, parce que anciennement les dames de grande qualité ne paraissaient guère en public sans cet attribut. — On appelle encore épervier un filet qui est arrondi dans sa partie intérieure et qui se termine en coue.

ÉPI. — Ornement en plomb ou en fer qu'on mettait autrefois sur le faîtage des maisons. — On donne aussi le nom dVpi à des barrages qui partent du bord d'une rivière et font saillie dans son 1H.

ÉPI (Ordre de Y). — Ordre de chevalerie institué, vers 1450, par le duc de Bretagne François !•«•. I .'insigne de cet ordre était un collier d'argent composé d'épis et terminé par une hermine pendante attachée au collier avec deux chaînes. Sur l'hermine étaient ces mots: A ma vie , potius mori. ( Dict. de Trévoux. )

ÉPICES. — S Iw. Usage fréquent des épices au moyen âge — On appelait autrefois épices, les draçées, confitures, fruits secs, pâtisseries de dessert, L'usage en était très commun. Nos pères, dit Le Grand d'Aussy ( Vie privée des Francais\ accoutumés à une nourriture d'une digestion difficile, croyaient que leur estomac avait besoin d'être aidé dans ses fonctions par des sti pulants qui lui donnassent du ton. D'après ces idées, non-seulement ils firent entrer beaucoup d'aromates dans leur nourriture, mais ils imaginèrent même d'employer le sucre pour les confire ou pour les envelopper, et de les manger ainsi, soit au dessert comme digestifs, soit dans lu journée comme corroborants. « Après les viandes , dit un ouvrage intitule les Triomphes de la noble dame , on sertchet les riches, pour faire la digestion, dul'anis, du fenouil, et de la coriandre confits au sucre » Tout le monde en usait dans le cours de la journée, parce que tout le monde avait sur leur vertu et leurs effets les mêmes préjugés. Au reste , pour apprécier jusqu'où étaient portées sur ce point les préventions, il suffira dédire que les casuistes du temps agitèrent la question s'il est permis d'user d'épice», hors des repas, les jours de jeûnes, et que la plupart se prononcèrent pour l'afliimative. D'après l'estime qu'on faisait des épices , on ne s'étonnera point qu'elles aient été regardées comme un

présent honorable. C'était un de ceux que les corps municipaux croyaient pouvoir offrir aux personnes de la plus haute distinction dans les cérémonies publiques, aux gouverneurs des provinces , aux rois même , lorsqu'ils taisaient leur entrée dans les villes. Pierre de l'Étoile rapporte que, lorsque Henri IV fil son entrée dans l'an s . en 1594 , Messieurs de la ville lut présentèrent de l'hypocras , de la dragée ou rptres, et des flambeaux. Ce don était encore usité vers la fin du xv»« siècle ; cependant on commençait dès lors à en substituer d'autres. «Je reçus force harangues de toutes les villes, et les présents de celle de Trévoux , dit Mademoiselle dans ses Mémoires; c'étaient des citrons doux au lieu de confitures. Cela est moins commun et plus agréable.»

A la nouvelle année, aux mariages, aux fêtes de parents, on donnait des tpices , et les boîtes de dragées et de confitures sèches, que les parrains distribuent encore aujourd'hui, rappellent cette ancienne coutume.

S H. Épires offertes aux juges. - Quand on avait gagné un procès, on allait, par reconnaissance, offrir des epic.es a ses juges. Ceux-ci, quoique les ordonnances eussent prescrit de rendre la justice gratuitement, crurent licite de les accepter. Saint Louis leur défendit de recevoir en épices plus de la valeur de dix sous par semaine. Philippe le Bel alla plus loin, et leur interdit d'en recevoir au delà deeequ'ils pourraient consommer Journellement dans leur maison. Au lieu de ces épices et dragées , les juges trouvèrent plus commode de recevuir de l'argent. Mais, pendant quelque temps, il fallut une permission particulière pour autoriser cette nouveauté. Eu i36y, un site de Tournon obtint, en présentant requête, de donner vingt francs d'or à ses deux rapporteurs. Bientôt les juges considérèrent les épices comme une redevance qui leur était due, et un arrêt de 1402 prononça dans ce sens. On obligea même les plaideurs à les remettre d'avance; et, depuis cette époque, on appela épices la somme que les juges des divers tribunaux recevaient des parties dont ils avaient examiné le procès. L'abus des épices, quoique souvent attaqué, s'est maintenu jusqu'à la révolution.

ÉPICES (Poudre d'). — Il est souvent question, dans les anciens romans de chevalerie cités par Lacurne Sainte-Palaye (v° Epices) de poudre d'épices dont se servaient les chevaliers errants. Ainsi, dans le roman de Perce f or 4t, un chevalier, apercevant un troupeau de che-

Page 1