‹ Dictionnaire historique des institutions (volume 2)Chapitre 200 sur 300 · S80 ETI · texte numérisé non relu

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portent la trace de cette opposition. Tavannea attaque l'esprit de cour. « Qui entre libre en la cour des rois devient serf , écrivait ce seigneur au xv r siècle. Être assujetti aux voluptés , plaisirs, imperfections d'autrui, lever, coucher, dîner, marcher, chasser, se tenir debout , n'est pas avoir son corps à soi , uon plus que Pâme n'est libre qui Halte, médit, se plie , déguise, farde, cache le vrai, publie le faux , rapporte , dissimule, s'offre à ses ennemis , trompe ses amis, conseille guerre, mort, subsides. Prenant charge aux cours des princes, adieu plaisirs; pressé, importuné , ennuyé , en crainte , plein de contraires , en soupçon ; un songe, un rapport, une femme ruinent la faveur qui ne se peut perdre sans la vie et l'honneur. C'est folie de travailler pour ce qui se perd si facilement, s'acquiert avec tant de labeurs et se conserve avec tant de peine. Les généreux ne peuvent être courtisans , métier dont les règles se peuvent observer des pusillanimes. »

Malgré ces protestations, l'étiquette prévalut. En 1584, Henri 111 lixa les heures oh certaines personnes pourraient être admises en sa présence; il accorda des entrées (de Thou , livre LXXX ).

S 111. Etiquette à l'époque de Louis XIV; petit et grand lêner; petites et grandes entrées; commensaux du roi. — Sous Louis XIV, Y étiquette devint une loi pour les courtisans. On leur imposa l'habit à brevet ( voy. Brevet ). Le lever et le coucher du roi furent réglés avec un soin minutieux; le droit d'entrée et d'appartement , le tabouret , etc. , furent l'occasion de longues discussions et de nombreux règlements. Dès que le roi était réveillé et avait récité l'office du Saint-Esprit , le petit lever commençait. Les princes du sang et les principaux officiers de la maison du roi étaient admis en sa présence. On regardait comme une faveur spéciale de paraître au petit lever. On y parlait familièrement des bruits de la ville et de la cour. Lorsque le roi était sorti du lit et s'était enveloppé de sa robe de chambre, la première entrée ou petite entrée commençait. Les seigneurs , qui avaient un brevet d'entrée, les secrétaires d'État, quelques courtisans et serviteurs du roi étaient admis en sa présence. Le grand lever n'avait lieu que lorsque le roi était peigné et rasé. Le dauphin ou un des plus grands seigneurs mi présentait la serviette. La chemise lui était également donnée par le prince le plus élevé en dignité, ou. à défaut du prince , par le grand chambellan.

Ueaacoup de seigneurs étaient reçus au

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grand lever. Tous ceux qui avaient les grandes entrées avaient droit d'assister au grand lever. Quand le roi était complètement habillé et que l'aumônier de service avait répété les prières , les am bassadeurs et d'autres personnages obtenaient audience. Le grand lerer se terminait à l'heure du conseil. Louis XIV qui accomplissait consciencieusement son métier de roi, travaillait chaque jour avec ses ministres, et ses successeurs suivirent cet usage avec plus ou moins de régularité. Les audiences solennelles, dans lesquelles le roi, placé sur une estrade surmontée d'un dais, recevait les ambassadeurs conduits par le grand maître des cérémonies , la promenade , les repas où le roi mangeait en public et était servi avec un cérémonial parfaitement réglé , remplissaient le reste de la journée.

Les principaux seigneurs et les officiers de la maison du roi étaient ses commensaux ; c'était un titre recherché et attaché à certaines fonctions. « Louis XIV, dit Voltaire, rétablit les tables instituées par François l«r, et les augmenta. Il y en eut douze pour les officiers commensaux , servies avec autant de propreté et de profusion nue celles de beaucoup de souverains; il voulait que les étrangers y fussent tous invités; cette attention dura tout son règne. Il en eut une autro plus recherchée et plus polie encore. Lorsqu'il eut fait bâtir les pavillons de Marly, en 1679, toutes les dames trouvaient 'dans leur appartement une toilette complète ; rien-de ce qui appartient à un luxe cornmode n'était oublié : quiconque était du voyage pouvait donner des repas dans son appartement; on y était servi avec la même délicatesse que le maître. »

S IV. Cercle royal; appartement à Versailles; dignité de Louis XIV. — Le soir, le roi tenait cercle. Lorsqu'il y avait appartement les salons de Versailles se remplissaient de seigneurs, de magistrats et des femmes quali liées. « Ce qu'on appelait appartement, dit Saint-Simon ( Mémoires , 1 . 24 ), était le concours de toute la cour, depuis sept heures du soir jusqu'à dix que le roi se mettait à table, dans le grand appartement, depuis un des salons du bout de la grande galerie jusque vers la tribune de la chapelle.

D'abord, il y avait une musique, puis des tables pour toutes les pièces, toutes

tiré tes pour toutes sortes de jeux ; un ansquenet oh Monseigneur et Monsieur jouaient toujours; un billard ; en un mot, liberté entière de faire des parties avec qui on voulait et de demander des tables si elles se trouvaient toutes remplies;

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au delà du billard) il y avait une pièce destinée aux rafraîchissements, et tout parlai le ment éclairé. Au commencement que cela tut établi , le roi y allait et y }oaait quelque temps; dans la suite il n'y alla plus ; mais il voulait qu'on y fût assidu et chacun s'empressait à lui plaire. »

Saint-Simon , qu'on ne soupçonnera )as de partialité pour Louis XIV, admire a dignité de ce roi : m L'ancienne cour de a reine sa mère , qui excellait a la savoir tenir , lui avait imprimé une politesse distinguée, une gravité jusque dans l'air de galanterie, une dignité , une majesté partout qu'il sut maintenir pendant toute sa vie et lors même que vers sa Un il abandonna la cour à ses propres débris. •» M"" de Scudéry, daps sa cont?*rtation sur la magnificence , disait que Louis XIV conservait «en jouant au billard l'air do maître du monde. » La gravité de co prince , l'idée de la grandeur qui le préoccupait sans cesse, le devoir qu'il s'imposait vis-à-vis de lui-même, l'empire sur ses propres mouvements, la dignité extérieure et composée sans doute, mais provenant d'un sentiment véritable, le respect j>our la mission divine et la nature royale qu'il sentait en lui , formaient un ensemble réellement majestueux et imposant. Ce jugement d'un écrivain moderne a été conlirmé par l'histoire impartiale. On ne peut nier que Y étiquette ait contribué à la dignité extérieure de ce règne. Elle avait déterminé minutieusement le rang de chaquo personne à la cour, la place qu'elle devait occuper, et le siège qui lui était réserve. Les princesses avaient droit au tabouret au cercle de la reine; les duchesses et d'autres dames nobles y prétendirent. Ce fut l'occasion de discussions très-vives, de mémoires et do pamphlets. On trouve des traces de celte polémique dans les Mémoires contemporains et principalement dans les Mémoires de la Fronde et dans ceux du duc de Saint-Simon.

S.V. Coucltèr du roi ; gr<ind coucher; cèièmonie du bougeoir; petit coucher.

— Le couclur du roi avait lieu avec te même cérémonial que le lever. Le roi remettait son chapeau, ses gants, sa canne au maître de la garde-robe qui les donnait à un valet de garde -robe.

Cet officier recevait aussi fépée et le ceinturon du roi et un valet de garderol e les portait à la toilette, Le roi , précédé d'un huissier de la chambre, allait fuire ses prières que répétait l'aumouier de service. I.e roi désignait ensuite le gentilhomme qui devait porter le bougeoir; on regardait comme un insigne

honneur d'être choisi. Saint-Simon parlant do l'ambassadeur d'Angleterre , Portland, qui vint en France, en 1098 1 dit (Mémoires, II, ioG ) : - Le roi lui donna un soir le bougeoir à son coucher, qui est une marque de faveur qui ne se fait qu'aux gens les plus considérables ei que le roi veut distinguer. Rarement les ambassadeurs se familiarisent à faite leur cour à ces heures , et s'il y en >icnt, il n'arrive presque jamais qu'ils reçoivent cet agrément. » Le maure de la garderobe recevait le cordon bleu du roi, lui enlevait sa veste, son justaucorps, sa cravate, et remettait ces vêtements aux officiers do la garde-robe. Les valets de chambre achevaient de déshabiller le roi. Le grand chambellan lui donnait sa chemise de nuit et lea reliques qu'il mettait sur loi , en passant en manière de baudrier le cordon qui soutenait la bourse où les reliques étaient enfermées. Le roi prenait ensuite sa robe de chambre et congédiait U foule des courtisan:-. 11 donnait en co moment le mot d'ordre h ceux qui devaient lo recevoir de lui.

Ainsi se terminait le grand coucher.

Au petit cnu-her étaient admis les m." mes personnages qui assista icnt au peti: lever, c'est-a-Jiro les princes du sang et les principaux seigneurs do la maison du roi. Le roi achevait devant eux la toilette de nuit, recevait du grand chambellan la serviette dont il se lavait le visage et les mains, indiquait l'heure de son lever pour le lendemain ainsi que l'habit qu'il se proposait de mettre. Lo petit coucher était alots terminé et les princes se retiraient. Il ne restait avec le toi que sou médecin et les valets de chambre. Le premier valet de chambre couchait ordinairement dans la même pièce que le roi. et fermait les portes quand le roi cluit couché.

S VI. Formules consacrées par l'étiquette pour la correspondance du roi avec les seigneurs et les cours souveraines; le monseigneur ; le pour. — V étiquette ne réglait pas seulement cej détails de cérémonial ; elle s'appliquait aussi aux formules dont le roi se servait avec les princes et seigneurs. Jusqu'au milieu du xvi» siècle , les rois de France ne donnaient le titre de cousins qu'a leurs parents. Lorsqu'ils écrivaient aux du s et aux grands officiers de la couronne, ils employaient la formule : trischer et très- fidèle ami. Depuis François Iar, le titre de cousin fut donné par le roi aux ducs , imiréchaux et grauds officiers de la couronne. Henri IVla« cord.i aux cardinaux. Lorsque le roi écrivait aux cours souveraines, pat îemenis, grand

conseil, chambns de* comptes, cours des •ides, cours des monnaies, la formule était : à nos amés et féaux les gens tenant notrê cour de parlement , etc.

L'étiquette avait détermine les titres qui étaient donnés aux principaux seigneur* par les ministres- Saint-Simon prétend que les ducs recevaient jusqu'à louvois le mon eigneur des secrétaires d'Etat. « J'ai encore, dit-il ( Mémoires, II, 284, édiu in-8" ) , trois lettres à mon père, lors S Blaye, de M. Coibert. Par la matière, quoique peu importante , et mieux encore par les dates, on voit qu'il écrivit la première n'étant que contrôleur général, mais en chef, après la disgrâce de M. Fouquet (1661), et que, lorsqu'il écrivit les deux autres, il était contrôleur général, secrétaire d'Etat ayant le département de la marine et ministre d'Etat. Je ne sais comment elles se sont conservées, mais toutes trois et dedans et dessus traitent mon père de monseigneur. M. de Louvois est celui qui changea ne style et qui persuada au roi qu'il y était intéressé, parce que ses secrétaires d'Etat parlaient en son nom et donnaient ses » rdres. Il parlait sans contradicteurs à un roi jaloux de son autorité, qui n'aimait de grandeur que la sienne, et qui ne se donnait pas le temps ni moins encore la peine de la réflexion sur ce sophisme. M . de Louvois était craint; chacun avait besoin de lui ; les ducs n'ont jamais eu coutume de se soutenir. Il écrivit monsieur à un ( le texte dit monseigneur ; mais l'erreur est évidente); puis à un autre, après à un troisième; on le souffrit; après cela lit exemple ; et le monseigneur fut perdu. M. Coibert l'imita. Il n'y avait pas plus de raison de s'offenser de l'un que de l'autre. On avait aussi souvent besoin de lui que de M. de I. ou vois, et cela s'établit. I.a même raison combattit pour les deux autres secrétaires d'Etat qui, bien que moins accrédités, étaient secrétaires d'Etat comme les deux premiers, et soutenue d'eux en ce style et la chose fut finie. » Saint-Simon raconte ensuite comment Louvois, et, à son exemple, les autres ministres exigèrent pour eux-mêmes le monseigneur ( voy.

MONSEIGNF.U&).

m Le pour est une distinction dont j'ignore l'origine , dit Saint-Simon ( Mémoires, t. IL p 205 L mais qui en effet n'est qu'une sottise: elle consiste à écrire en craie sur les logis pour Al . un tel, ou simplement Jf. un tel. Les maréchaux des logis qui marquent ainsi tous les logements dans les voyages mettent ce pour aux princes du sang, aux cardinaux et aux princes étrangers. M. de La Trcinoille i'a aussi obtenu, et lu duchesse de firac-

ciano, depuis pnuœbse des L'rsins. Ce qui me fait appeler cette distinction une sottise ; c'est qu'elle n'emporte ni primauté ni préférence de logement: les cardinaux, les princes étrangers et les ducs sont logés également entre eux sans distinction quelconque qui est toute renfermée dans ce mol pour, et n 'opère d'ailleurs quoi que ce soit. Ainsi ducs, princes étrangers, cardinaux, sont logé6 sans autre uifFe rence entre eux que les charges du service nécessaire, après eux les maréchaux de France, ensuite les charges considérables, et puis le reste des courtisans. Cela est de même dans les places ; mais, quand le roi est à l'armée, son quartier est partagé , et la cour est d'un coté et le militaire de l'autre, sans avoir rien de commun; et, s'il se trouve à la suite du roi des maréchaux de France sans commandement dans l'armée, ils ne laissent pas d'être logés du côté militaire et d'y avoir les premiers logements. »

S VU. Droit qu'avaient certaine sa gneurs de rester couverts en présence du roi. — Les distinctions de l'étiquette comme le privilège de rester couvert en présence du roi, étaient souvent le résultat de quelque circonstance fortuite.

On peut en croire Saint-Simon versé dans toutes ces questions de cérémonial. Voici ce qu'il en dit dans ses Mémoires ( t. Il , p. 395 , édit. in-6° ) : • Après l'entière chute de la Ligue et la paix de Vervins , il vint un ambassadeur d'Espagne en France, qui était grand d'Espagne. 41 alla trouver le roi à Monceaux où Henri IV était avec peu de monde, et il raccompagna dans les jardins qu'il avait fait faire, et qo'jl plut à lui montrer. Dans les eommeucements de la promenade, le roi se couvrit. L'ambassadeur, accoutumé à se couvrit en même temps que le roi d'Espagne se couvrait, se couvrit aussi, Henri IV le trouva fort mauvais. Il ne voulut po tant rien marquera l'ambassadeur, mais jetant les yeux autour de soi, il eon manda à M. le Prince, à M. de Mayenne et à d'Épernon de se couvrir: c'étaient les seuls grands qui de hasard se trouvaient à cette promenade. De là ML de Mayenne obtint de se couvrir aux audiences des ambassadeurs; a plus forte raison M. le Prince et l'heureux duc d'Epernon aussi par la fortune de s'être trouvé là en troisième avec eux. Avec M. de Mayenne , ceux de sa maison ( il était de la maison de Guise ) qui conduisaient les ambassadeurs à l'audience se couvrirent, et une fois couverts s'y couvraient toujours menant ou non les ambassadeurs. Sur cet exemple , les enfant/ de M. d'Epernon se couvrirent de meute,

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r:e que cel honneur vint pour eux tous la même origine à Monceaux. Les prim es des maisons de Savoie et de Longuevjlle , égalés en tout aux Lorrains , se couvrirent de même, et par conséquent les cardinaux supérieurs a tous en rang, et les princes du sang, quand il y en eut en âge, autres que M. le Prince. Telle est l'origine de ce qui s'appelle le chapeau. »

ÉTIQUETTES. — On appelait étiquettes au grand conseil , les placets ou mémoires que l'on donnait au premier huissier pour appeler les causes à l'audience. Dans les anciennes ordonnances, étiquette est quelquefois synonyme de bulletin : ainsi, 1 ordonnance de Blois (1579), défend aux maréchaux des logis et fourriers de donner des étiquettes pour loger des capitaines et soldats chez les ecclésiastiques.

ETOILE ( Ordre de). — Ordre de chevalerie institué par le roi Jean (voy. Ce e Valérie). Il y eut encore un ordre dé l' Étoile de Notre-Dame, institué à Paris en 1701, par un certain Aniaba qui se disait souverain d une partie de la zone torride. Il établit cet ordre pour mettre, disait-il, sa personne et son royaume sous la protection de la sainte Vierge. L'insigne de cel ordre était une croix d'or émaillée de blanc en forme d'étoile , au milieu de laquelle était représentée l'image de la sainte V ierge. Cette étoile était attachée à un ruban blanc de la largeur de quatre doigts.

Après le départ d'Aniaba, qui n'était au un aventurier, l'ordre de l'Etoile de Notre-Dame tomba dans l'oubli.

ÊTOLE. — Chez les Romains , la ttoîa était une robe que portaient les prêtres et les rois , elle était bordée de pourpre et d'or. Vétole des prêtres chrétiens n'est que la bordure de l'ancienne stola. C'est une bande d'étoffe chargée de trois croix , et qui pend depuis le cou jusqu'aux pieds. Autrefois les prêtres portaient toujours Yétole, même en prêchant: il semble même, d'après un passage de la vie d Eude ou Odon, abbé de Cluni , qu'ils la portaient nuit et jour. « Le suint , dit son biographe, s'étant éveillé la nuit qui suivit son ordination , et voyant pour la première fois Yétole suspendue à son cou, se prit A pleurer. •» Depuis longtemps, Yétole ne sert plus que pour l'administration des sacrements , et comme marque de supériorité des curés. Les prêtres mettent I etole pour dire la messe, en la croisant sur la poitrine; les diacres la portent en ecliarpe sur l'épaule gauche. Comme Yétole était un signe de juridiction ecclésiastique, les évêques ou leurs représentants

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