‹ Dictionnaire historique des institutions (volume 2)Chapitre 209 sur 300 · EXALTATION DE LA SAINTE CROIX · texte numérisé non relu

EXALTATION DE LA SAINTE CROIX

— Fête qui se célèbre dans l'Église le 14 septembre, en mémoire de ce qu'Héraclius , empereur d'Orient , rapporta la ▼raie croix sur ses épaules au calvaire, d'où elle avait été enlevée quatorze ans auparavant par Chosroés, roi de Perse.

EXAMINATEUR. - Ce nom désigne tous ceux qui sont chargés de faire subir des épreuves écrites ou orales aux candidats pour les écoles du gouvernement , ou de constater leur aptitude à entrer dans les services publics, lorsqu'ils ont terminé leurs études dans ces écoles. On appelait autrefois les commissaires du Chàtelet ( voy. ce mot ) commissaires examinateur* parce qirune des principales fonctions de leur charge était d'entendre les dépositions des témoins et d'examiner les comptes.

EXARQUE. — Titre de dignité ecclésiastique et laïque dans l'empire d'Orient. 11 y eut aussi des exarques dans le royaume de Bourgogne. L'archevêque de Lyon porta le titre d'exarque dans ce royaume a l'époque où il relevait de l'empire d'Allemagne.

EX CATHEDRA. — Cette expression latine s'emploie dans le style ecclésiastique pour indiquer que le pape ou un évèque prend une décision dogmatique.

Le pape parle ex cathedra, quand il parle comme souverain pontife et que, de l'avis des cardinaux, il adresse une décision aux fidèles comme règle de foi et de mœurs.

EXCELLENCE. — Ce titre honorifique fut donné d'abord aux rois, puis aux ambassadeurs et aux ministres. Les rois de la première et de la seconde race recevaient des titres honorifiques qui peuvent se traduire par les mots excellence, excellentissime et illustre. Pasquier cite les lettres de saint Grégoire aux rois Théodebert et Théodoric, où ce pape leur donne un nom équivalant à celui d'excellence.

Les ambassadeurs ont commencé à recevoir le titre d'excellence en 1593. Henri IV avait envoyé à Rome le duc de Nevers, auquel on l'accorda à cause de sa naissance illustre; les autres ambassadeurs le prirent également. Sous Louis XIV, la puissance ministérielle s'accrut considérablement. Les ministres se firent donner le titre de monseigneur et un peu plus tard celui d'excellence, qu'ils ont conservé jusqu'à la révolution et qui leur a été de nouveau accordé à l'époque de l'empire.

EXCEPTION. — Terme de pratique. Ce mot comprenait toutes les défenses que l'on opposait à l'action intentée pour en empêcher ou en retarder l'effet. 11 y avait trois sortes A' exceptions : les declinatoires, les dilatoires et les péremptoires. Les exceptions déclinatoires étaient celles par lesquelles le défendeur déclinait la juridiction du tribunal devant lequel il était appelé et demandait son renvoi devant un autre tribunal. Les excitions dilatoires avaient pour but de retarder le jugement, par exemple lorsqu'on demandait communication de pièces. Enfin les exceptions péremptoires étaient fondées sur des fins de non-recevoir, comme la prescription , le défaut de qualité de la personne qui agit, des accusations de dol et de fraude, etc.

Le droit canon ( voy. ce mot ) admettait encore d'autres exceptions. Si le demandeur était excommunié, c'était un cas d'exception péremp toire. Comme l'excommunie était réputé infâme, il ne pouvait poursuivre personne en justice. Dès le xuie siècle on abusait de cette exception. Le concile de Lyon tenu sous Innocent IV. en 1255 , ordonna qu'elle ne serait point reçue , si elle n'exprimait l'espèce d'excommunication et le nom de celui qui l'avait prononcée ; elle devait être prouvée dans la huitaine et ne pouvait être alléguée que deux fois. Quant au défendeur, on ne pouvait lui objecter l'excommunication, parce qu'il n'aurait pas été juste de lui ôter tout moyeu de se défendre. Une autre exception, admise par les canonistes, était celle rie la spoliation. Un homme dépouillé, c'est-à-dire dépossède par la violence de la propriété ou de l'objet en litige ne pouvait être poursuivi par celui qui T'avait dépossédé qu'après avoir été remis en possession de son bien.

Comme cette exception donnait lieu à beaucoup de chicanes, elle fut restreinte au concile de Lyon sous Grégoire X, eu 1274, et bientôt abandonnée dans les tribunaux ecclésiastiques de la France. On renonça aussi à l'exception appelée reconvention et qui consistait en une action que le défendeur intentait au demandeur.

EXCOMMUNICATION. — S !•*« Diverses significations du mot excommunication ; usage de V excommunication dans Us premiers temps de V Église. — Le mot excommunication a eu diverses significations.

Dans l'origine, un évèque qui avait manué de venir au concile ou qui avait oronné un clerc d'un autre diocèse était privé de la communion des autres éçtise* et devait se contenter de commumquer

avec la sienne. C'était une espèce de suspension de tout commerce spirituel avec ses confrères. La règle de saint Benoit nomme excommunication l'exclusion de l'oratoire ou de la table commune; c'était la punition des moines qui n'y venaient pas à temps. Mais, dans la suite, on entendit par excommunication le retranchement de la société des fidèles. «« L'excommunication , dit Fleury ( Institution au droit ecclésiastique, III* partie, chap. xx), est fondée sur cette parole de l'Évangile : « Si celui que vous avez repris n'obéit pas à l'Église, qu'il vous soit comme un paten et un publicain, et sur ce précepte de saint Paul : Si un chrétien est nommé impudique, ou avare, ou idolâtre, ou médisant, ou ivrogne, ou voleur, vous ne devez pas mime manger avec lui. Ce que saint Augustin explique, s'il est juge et dénoncé tel. Origène avait dit avant lui qu'on ne doit chasser de l'Église que pour un péché manifeste- Autrement, si chacun était libre de se séparer de ceux dont il condamne la conduite, on donnerait occasion aux schismes et aux jugements téméraires. Saint Paul ditencore : Si quelqu'un n'obéit pas à notre parole, notez- le, et ne vous mêlez point avec lui , afin qu'il ait de la confusion; ne le regardez pas comme votre ennemi , mais corrigez-le, comme votre frère. » Voilà les règles de l'excommunication, ajoute Fleury. Elle doit être

Î recédée au moins de trois monitions ; car . C. ordonne de reprendre celui qui nous a offensé, premièrement en particulier, puis en présence de deux ou trois témoins, et enfin, devant l'Église, avant de nous séparer lui. L'excommunication doit être décidée et prononcée par celui qui a autorité dans l'Église. L'effet est de fuir tout commerce avec l'excommunié ; le but, de le couvrir d'une confusion salutaire; mais on ne doit pas cesser de l'aimer et de procurer son salut.

« Suivant ces règles, les saints évêques des premiers siècles ne venaient que rarement et difficilement à ce remède extrême de l'fxcofnmuiwcatfon. Quand quelqu'un était accusé, ils examinaient soigneusement sa conduite. S'ils trouvaient l'accusation fondée, ils le reprenaient d abord en particulier; si cette correction ne suffisait pas pour l'obliger à se reconnaître, l'évôque prenait un témoin ou deux , et en leur présence avertissait l'accusé avec adresse et douceur. S'il s'endurcissait, l'évèque le reprenait publiquement devant l'Église. Il employait pour le guérir toutes sortes de remèdes : la consolation pour adoucir le mal; la rigueur du reproche et des menaces pour nettoyer la plaie et ôier l'enflure, les jeû-

nés contre la corruption. Enfin, s'il voyait que le mal eût gagné toutes les parties, et qu'il n'y eût plus d'espérance de guérison, il prenait conseil des évèques et des prêtres les plus expérimentés, et, après avoir mûrement délibéré et longtemps attendu, il retranchait de l'Église le membre corrompu, de peur qu'il n'infectât les autres. Mais il ne le faisait qu'avec douleur, uvec larmes, et pour obéir à cette parole de saint Paul : Otez le méchant d'entre vous.

« L'excommunié était traité comme un infidèle . les chrétiens n'avaient point de commerce avec lui, surtout pour les prières. Il pouvait cependant entrer dans l'église pour entendre la lecture des saintes Ecritures et la prédication; car les infidèles mêmes y étaient admis ; mais on le faisait sortir avec eux pour lui faire désirer de rentrer dans la participation des prières et pour faire craindre aux autres une pareille chute ; cependant l'évèque ne l'abandonnait pas, fut-il tombé pour la seconde fois. Il ne témoignait pas en avoir horreur et ne l'éloignait pas de sa compagnie ni même de sa table, imitant le Sauveur qui mangeait avec les pharisiens et les pécheurs. Il le consolait et lui donnait courage, de peur qu'il ne tombât dans l'abattement et le désespoir. Que s'il se convertissait et montrait des fruits de pénitence, l'évèque le recevait avec joie, comme l'enfant prodigue; et, après lui avoir imposé les mains pour le réconcilier à l'Église, il l'admettait même a la participation des prières et des sacrements. Nonobstant toutes ces sages précautions, si quelqu'un, fût-ce un laïque, se plaignait que son évèque l'avait excommunié légèrement, par animosité ou par quelque autre fâcheuse disposition , la cause était portée au concile de la province, comme étant des plus importantes de l'Église, puisqu'il s'agissait de l'état spirituel d'un chrétien. Telle était l'ancienne discipline touchant l'excommunication. » Danslasuite, l'excommunication fut prononcée plus souvent et on ne prit pas toujours les mêmes précautions pour user avec prudence de ce remède extrême. Souvent les ecclésiastiques s'armèrent de l'excommunication pour repousser les attaques des seigneurs temporels.

S II. Des excommunications aux xi«, xii* et xiii* siècles; résistance de saint Louis à l'abus des excommunications. — Ce fut principalement aux xi*, xti* et xiii* siècles , que les excommunications se multiplièrent. Elles ne frappaient pas seulement un individu , mais des familles, des provinces et dos nations entières , ou

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du moioselles les plaçaient sous l'interdit

et les privaient de toutes les consolations de la religion. En même temps Vexcommunicalion était accompagnée de malédictions terrible* , prononcées au son des cloches, et, après la lecture de la sentence, les evèques et les prèuvs éteignaient les torches allumées qu'ils tenaient à la main en s'écriani : .1 i'h.m Dieu éteigne la vie de l'ex< ommunié. Le corps de celui oui mourait sous lanathème était privé de la sépulture ecclésiastique. Quelquefois les églises étaient tendues de noir, les images des saints et les reliques voilées et déposées a terre ; on plaçait des épines à 1 entrée des temples comme pour eu interdire l'accès. Qu'on se reporte par la pensée à ces âges de foi ardente, souvent peu éclairée, et l'on comprendra rémotion et la terreur des populations. Les excommunications provoquaient quelquefois des révoltes contre les princes qui les avaient encourues. Le peuple, privé des secours de l'Église, se soulevait pour forcer les puissants de la terre à courber la lèie et à céder aux .nuthèmes spirituels. Il en résulta de graves inconvénients , surtout lorsqu'on adti.it u'un prince excommunié était dépouillé e tout pouvoir; que ses vassaux étaient déliés du serment de fidélité, et que ses sujets ne lui devaient plus d'obéissance. De là, une opposition d'au<pnt plus redoutable, qu'elle vint des rois les plus saints, et principalement de saint Louis. Joinville nous montre ce prince résistant aux prétentions des évèques qui réclamaient l'intervention du bras séculier pour forcer les excommuniés à se soumettre. « Je vis une journée, dit Joinville (édit. Peliiot. p. 185-186), que tous les prélats de France se trouvèrent à Paris pour parler au bon roi Louis et lui faire une requête, et, quand il le sut, il se rendit au palais pour les emendre. Quand tous furent assemblés , ce fut l'evéque d'Auxerre qui dit par le congé et commun consentement de tous les prélats: Sire, sachez que ions ces prélats^ qui sont en votre présence, me font dire que vous laisses perdre toute la chrétienté , et qu'elle se perd entre vos mains. A ces paroles,, le bon roi se si^na de la croix et dit : Evéque , or me dites comment il se fait et par quelle raison. — Sire , lit l é • vêque , c'est pour ce qu'on ne tient plus compte des excommunies (excommunications). Cor, aujourd'hui , un homme aimerait mieux mourir tout excommunié que de se faire absoudre , et ne veut faire nulle satisfaction à ( Eglise. Us vousre-

Îuièrent tous, sire , à une voix, pour )ieu et pour ce que ainsi le devez faire ,

qu'il vous plaise commander à tous eo* baillis, prévôts et autres administrateurs de justice que, où il sera trouve aucun en votre royaume, qui aura été, an et jour continuellement, excommunié, ils le contraignent de se faire absoudre pat la prise de ses biens, l.e saint roi répondit que très-voloniiers il le commanderait faire de ceux qu'on trouverait être injustes à l'Église et à leur prochain. L'evéque dit qu'il n'appar tenait pas aux laïques de connaître de ces causes. A ce, le roi répondit qu'il ne le fera»! autrement, et dit que ce serait contre Dieu et rai .son de contraindre à se faire absoudre ceux à qui les clercs feraient loi t, sans les entendre en leur bon droit. U leur donna exemple du comte de Bretagne, qui , pendant sept ans , avait plaidé contre les prélats de Bretagne , et finalement si bien mené sa cause, que notre saint-père le pape les avait condamnés. Par quoi il disait que , si dès la première année il eût voulu contraindre le comte de Bretagne à se faire absoudre, il eût laissé à ces prélats contre raison ce qu'ils demandaient, et qu'il eût ainsi grandement méfait envers Dieu et envers le comte de Bretagne. Après lesquelles choses , les prélats se contentèrent de la bonne réponse du roi, et onques n'ai plus oui parler qu'il lut fait demande de telles choses. » Saint Louis obtint du saint- siège un grand nombre de chartes pour restreindre les abus des excommunications. Une balle d'Alexandre l v 12 janvier I25« ), conArmëe

}>ar une bulle de Clément IV, déclara que es officiers royaux ne pourraient encourir V excommunication en exécutant les ordres du roi. Une bulle du Clément IV (29 avril 1265) permit au confesseur de saint Louis de l'absoudre de teu* les cas ; enfin , une bu le du même pape ( t3 mars 1266 ) défendit de jeter Wn%Md*t sur les terres du roi.

S HI. Restrictions apportées* lusaue de l'excommunication ; règlements du concile de Trente au mjst des excommunications. — Depuis relie époque, l'Église adoucitla rigueur des maximes qni avaient prévalu pendant plusieurs siècles. V$xcommunication encourue pour avoir communiqué avec un excommunié lut appelée excommunication mineure. Kl le priva de la parlicipali»u aux sacrements, sans exclure de l'entrée de l'Eglise ni Au commerce des fidèles. U n'était plus à craindre dès lors que les excommunicaiionesïémiidissent à l'infini. Le concile 4e Baie alla plus loin ; il déclara qu'on ne aérait plus obligé d'éviter que deux aortes d'excommuniés, ceux qui le aéraient nominativement et solennellement, et ceux 4onL

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l'excommunication serait si notoire, qu'il serait impossible d'en douter. Ce décret fut continué par le pape Martin V, inséré dans la pragmatique sanction de Bourges, et ensuite dan* le concordat. Le concile de Trente apporta de nouvelles restrictions à l'usage de V excommunication > reconnaissant que si elle n'est employée avec beaucoup de précaution, elle devient inutile et même uuisible II décida que les monitoirts qui doivent précéder l'&zcommunication ne seraient publiés que par l'évoque, pour cause importante et après mûre délibération. Il détendit aux juges ecclésiastiques d'avoir recours à V excommunication pour faire exécuter leurs sentences, s'ils pouvaient y parvenir en usant des contraintes temporelles sur les biens et les personnes.

Mais en même temps il défendit aux juges séculiers de décider de la validité de l'ea eorwnum'ca/ on, de s'opposer à ce qu'elle fut prononcée, et de contraindre les ecclésiastiques à absoudre les excommuniés. Telle a été depuis le xvi" siècle la discipline de l'Église sur o-tte matière. L'excoromti/jiC'i/ïon ne pouvait être prononcée que pour cause crave, par une autorité compétente, et après trois montions préalables. Les noms des excommuniés devaient ensuite être publiés dans l'église et affichés à la porte, afin que tout le monde fût tenu d'éviter leur société. S'ils entraient dans l'église, on devait les en expulser; si on ne le pouvait, l'office divin était interrompu et les fidèles quittaient l'église. Quelquefois l'excommunication est encourue de plein droit (ipso f<icto), desque l'action est commise, par exemple pour avoir frappé un prêtre ou s'être rendu coupable de simonie.

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