‹ Dictionnaire historique des institutions (volume 2)Chapitre 21 sur 300 · INSTRUCTION PUBLIQUE · texte numérisé non relu

INSTRUCTION PUBLIQUE

État de V instruction publique sous la domination romaine et franque; école palatine, — L'instruction publique a été de toutes les franches d'administration celle qui, après la chute de l'empire romain , a le plus longtemps échappé à l'influence du pouvoir central. Les empereurs romains avaient fondé dans la Gaule des écoles célèbres et les avaient richement dotées. On cite entre autres les écoles de Lyon, de Bordeaux, de Trêves, où enseignèrent des rhéteurs éloquents. Les invasions firent disparaître ces grands centres d'instruction publique. Le clergé fut seul chargé, pendant plusieurs siècles, de l'éducation et de l'instruction de la jeunesse. U y avait presque toujours une école annexée aux monastères bénédictins, et quelquesunes de ces écoles étaient très-florissantes. On cite entre autres l'abbaye de Saint-Wandrille ou Fontenelle (près de Caudebec, dans

i. Voy. les articles Abbaye, Cardinaux, Chanoines, Clergé, Concordats, Consistoires, EVÊCHÉ, ÊVÈQCE, HÉRÉSIE, JUIFS, LIBERTÉS DE L'ÉGLISE GALLICANE, PAPAUTÉ,

Pragmatique sanction, Protestants, Quatre propositions, Vidâmes, et les ouvrages indiqués plus haut, p. vi, note.

ut INTRODUCTION.

la Seine-Inférieure), comme ayant réuni plus de trois cents écoliers. Charlemagne donna une vigoureuse impulsion à ces études qui se ressentaient de la barbarie de l'époque. En môme temps qu'il organisait, sous le nom d'école palatine, une véritable académie dans laquelle lui-même prenait part aux discussions scientifiques, il ordonnait de fonder des écoles près de chaque monastère et de chaque cathédrale. Le nom de parvis rappelle encore aujourd'hui la destination des places voisines des cathédrales ; c'était là que les enfants recevaient l'instruction (a parvis educandis). Le lien que Charlemagne avait voulu établir entre les diverses écoles de son empire se rompit après sa mort; il n'y eut plus d'unité dans aucune partie de l'administration.

Universités. — Lorsque la royauté sortit de tutelle et entra dans une voie de réforme et de progrès, elle ne négligea pas l'instruction publique. Le roi de France, qui vainquit la féodalité à Bouvines, fut le véritable fondateur de l'Université. Ce fut en 4200 que Philippe Auguste accorda aux diverses écoles de Paris des privilèges qui en firent une corporation ou université. Elles obtinrent des rois et des papes une constitution presque indépendante : nomination du recteur, juridiction sur les écoles et les métiers qui s'y rattachaient, privilèges de toute nature garantis par les bulles du saint-s ége, tout contribua à faire de l'université de Paris une puissante corporation. La plupart des princes qui succédèrent à Philippe Auguste confirmèrent les privilèges de cette fille aînée des rois de France. Toulouse, Montpellier, Orléans, Cahors, Avignou, Orange \ Angers, Perpignan, Aix, Valence, Dôle, Poitiers, Bordeaux, Besançon, Angoulème, Caen, Bourges", Dijon, Nantes, Hennés, Pont-à-Mousson , Pau, Douai , Strasbourg et Nancy eurent successivement leurs universités provinciales, sans lien et sans principes communs, diverses d'organisation, de juridiction et d'enseignement.

L'université de Paris, forte de ses privilèges pontificaux et royaux, du nombre de ses écoliers, et de sa réputation européenne qui attirait l'Italien saint Thomas d'Aquin , l'Allemand Albert le Grand y l'Espagnol Raymond Lulle, l'Anglais Duns Scott, l'université de Paris se crut indépendante de l'autorité centrale et se compromit par une dangereuse ambition. On la vit plus d'une fois intervenir dans le

i. Les villes d'Avignon et d'Orange étaient soumises à une autorité étrangère.

INSTRUCTION PUBLIQUE, lu

gouvernement, et principalement pendant les troubles de 1 i f 3. Ces abus provoquèrent une réforme qui s!accomplii sous Charles VU ; l'université de Paris fut. alors soumise à la surveillance du Parlement', et, depuis cette époque, elle perdit l'arrogante indépendance qui avait produit tant de désordres. Vainement, dans la suite, die voulut proûler de la bonté de Louis XII pour recouvrer des libertés anarchiques. Cette tentative fut réprimée, et l'autorité centrale étendit son influence sur l'Université aussi bien que sur le clergé et la noblesse.

Collège de France. — L'institution du collège des trois langues par François Ier fut vainement attaquée par l'université de Paris; cette corporation ne put empêcher la fondation d'un établissement rival, qui prit, plus tard, le nom de collège de France, et devint un promoteur zélé et glorieux du progrès intellectuel. L'autorité centrale continua lentement, mais cependant d'une manière sensible, à s'emparer de la direction de l'instruction publique. L'ordonnance de Blois, en 4579, soumit toutes les universités du royaume à l'inspection de commissaires délégués par la puissance royale *. La Ligue marque le dernier terme de retfervescence politico-religieuse des universités; elles rentrèrent dans l'ordre sous Henri IV. Renfermées alors dans leur mission scientifique, elles obtinrent de nouveaux privilèges et le droit exclusif de conférer les grades (ordonnance de janvier 4629). L'étude du droit, qu'une bulle avait exclue de l'université de Paris, y fut introduite par Louis XiV *; la médecine reçut de ce prince des règlements uniformes; enfin, Louis XIV voulut, comme Charlemagne , doter chaque village d'une école (ordonnance de 4698). Ainsi, les universités, d'abord indépendantes des parlements, furent progressivement soumises à la puissance de ces cours qui représentaient Pautorité monarchique, et à l'inspection de commissaires délégués par le pouvoir central. Des ordonnances royales régirent l'instruction publique, et imposèrent aux universités des statuts uniformes pour la collation des grades.

Essais d'organisation de l'instruction publique ; université mo-

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