SUPERSTITIONS
FARINES (Journée des). — On désigne sous ce nom dans l'histoire de France le stratagème par lequel Henri IV tenta de surprendre Paris en 1591. Des soldats, déguisés en paysans , et conduisant des charrettes chargées de farine , se présentèrent à l'entrée de la ville (janvier 1591 ) dans l'espérance de s'emparer des postes et de donner à l'armée le temps d'arriver: mais les ligueurs avaient été prévenus, et cette tentative échoua.
FARINES (Guerre des). — Révolte excitée contre Turgot lorsqu'il voulut établir la liberté des grains (1775) ; il fallut employer une armée pour réprimer cette insurrection fomentée par les accapareurs de blés. Comme les choses les plus graves tournaient à la plaisanterie au milieu d'une société frivole, on appela Jean- Farine le maréchal de Biron qui conv
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it l'armée opposée aux rebelles. Ce
nom de Jean- Farine s'appliquait le plus souvent à ceux qui jouaient les rôles de niais, purée qu'ils avaient ordinairement le visage enfariné.
FARRËAGE. — On appelait ainsi en Bresse quatre ou cinq mesures de blé que les métayers retenaient pour paver le maréchal qui devait forger et raccommoder pendant l'année les socs et fers de charrue.
FAtlSTE. — Ce mot s'employait autrefois dans le sens de poète, et il se trouve encore avec le môme sens dans les Reclurchcs de l'asquier.
FATRAS. — Les fatras étaient primitivement des pièces de vers oh le même vers revenait souvent. Le Dictionnaire de Trévoux en cite un »'xemple qui montre combien étaient ridicules ces préten-
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gnait encore sous ce nom un des service» de la maison du roi, et en général le bâtiment où l'on élevait les oiseaux de proie pour la chasse. 11 y avait des logements attenant pour les officiers du vol ou de la chasse à l'oiseau. Y«y. Maison du Roi et
Le pri ton nier Oui n'a argent , E»t en «langer,
prisonnier Pondre nu noyér Le fait l'argent , Le pritoiiHter m Oui n'» argent.
Le mépris qu'inspirèrent ces fatras, lorsque le goût fut moins grossier, Ht prendre le mol en mauvaise part. On appela et on appelle encore fatras un amalgame d'idées et de mois incohérents.
FAUBOURG. — Ce mot vient probablement de l'allemand }>fahl-burg (enceinte de pieux). Aux» siècle, Henri l'Oiseleur accorda aux villes d'Allemagne le droit de s'entourer d'une enceinte de pieux, et déclara que les serfs qui y trouveraient asile seraient affranchis après un certain laps de temps. Ce privilège de faubourg fut dans la suite octroyé à la plupart des villes ou conquis par leur énergie lorsqu'elles s'organisèrent en communes.
D'autres écrivains ont fait dériver le mot faubourg de l'allemand vorburg (ville bàlie en dehors de la ville). On écrivait autrefois forsbourg; ce qui donne une certaine autorite à celte éiymologie soutenue par Pasquier.
FAUCHARD, FAUCHON. - Espèce do hallebarde. Voy. Ahmes (flg. U).
FAUCON, FAUCONNERIE. — On dressait les faucons pour la chasse, et, au moyen âge, les seigneurs sont souvent représentés un faucon sur le poing. Dans la suite , la chasse au faucon fut réservée au roi et aux princes. L'art de dresser les faucons s'appelait fauconnerie. On dési-
FAUCONNEAU. - Pièce d'artillerie dont on se servit dn xv» au xvitt" siècle; elle était classée au septième rang entre les canons, et longue d'environ deux mètres.
FAUCONNIER (Grand). — On appelait fauconniers ceox qui étaient chargés de dresser des faucons pour la chasse. Le grand fauconnier était Un des principaux officiers de la maison du roi. Cette charge remontait à une époque fort ancienne. En 1250, Jean de Beaune était maitre fauconnier du roi, et tous ses successeurs portèrent le même titre, jusqu'à Eustache de Jaucourt ou Gaucourt, qui, en H06, prit le litre de' grand fauconnier de France, que les chefs de la fauconnerie royale conservèrent jusqu'à la fin de l'ancienne monarchie. Le grand fauconnier prêtait serment entre les mains du roi, et nommait à tontes les charges d'officiers de chasse à l'oiseau. Tous les marchands fauconniers étaient obligés, sous peine de confiscation de leurs faucons, rie les présenter a cet officier qui pouvait choisir ceux du'il voulait pour la fauconnerie royale (Dictionnaire de Trévoux).
FAUCHE. — Ce mot qui Vient do latin fulcrum ( appui ) , désignait une pièce de l'armure qui servait à tenir la lance en arrêt. Les anciens romans de chevalerie représentent souvent le guerrier Vécu au cou, la lance sur le faucre.
FAUSSER LF JUGEMENT. — Fausser le jugement, c'était déclarer qu'un iugement avait été faussement et méchamment rendu. On n'aurait pu sans félonie porter une pareille accusation contre son seigneur. Aussi, dit Montesquieu , au lieu d'appeler pour faux jugement le seigneur qui établissait et réglait le tribunal, on appelait les pairs qui formaient le tribunal même. On évitait par là le crime de félonie ; on n'insultaii que ses pairs, à qui on pouvait toujours faire raison de l'insulte. Cependant on s'exposait beaucoup en faussant le jugement do ses pairs. Si l'on attendait que le jugement fût (ait et prononcé, on était obligé de les combaure tous , lorsqu'ils offraient de soutenir le bien jugé. Si l'on appelait avant que tous les juges eussent donné leur avis, il fallait combattre tous ceux qui étaient du
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môme avis. Pour éviter ce danger, on suppliait le seigneur d'ordonner que chaque pair dit tout haut son avis, et lorsque le premier avait prononcé', eî que le second allait en taire de même on lui disait qu'il était faux, méchant et calomniateur; et ce n'était plus que contre lui qu'on devait se baitre. Pierre des Fontaines voulait qu'avant de fausser, on laissât prononcer trois juges et il ne dit point qu'il fallût les combattre tous trois, et encore moins qu'il y eût des cas où il fallût combattre tous ceux qui s étaient déclarés pour leur avis. Ces dit'ferences viennent de ce que, duns ces temps-là, il n'y avait guère d'usages qui lussent précisément les mêmes. Beaumaiioir rendait compte de ce qui se passait dans le comté de Clermont ( en Beauvaisis); Pierre des Fontaines, de ce qui se pratiquait en Venuandois. Lorsqu'un des pairs ou homme de lief avait déclaré qu il soutiendrait le jugement, le juge faisait donner des gages de bataille, et déplus prenait sûreté de l'appelant qu'il soutiendrait son appel. Le pair qui était appelé ne donnait point de sûreté, parce qu'il était homme du seuneur, et devait défendre l'appel , ou payer au seigneur une amende de soixante Ihres.
Si quelqu'un disait que le jugement était faux et mauvais et" n'offrait pas de le lairc tel, c est à-dire de combattre, il était condamne à dix sous d'amende, s'il était gentilhomme, et à cinq sous s'il était serf • pour les vilaines paroles qu'il avait dites! Les juges ou pairs qui avaicnlété vaincus ne devaient perdre ni la vie ni les membres ; mais celui qui les appelait était puni Je mort, lorsque l'affaire étaii capitale. Tous les juges , qui avaient été du jugement, devaient être présents quand on le rendait, afin qu'ils pussent dire oll à celui qui, voulant fausser, leur demandait s Us ensuivaient, c*est-à-d.re s'ils en acceptaient toutes les conséquences; car, dit Pieire des Fontaines : Cest une affaire de courtoisie el de loyauté, et il n'u a point là de suite ni de remise. Beaumunoir dit que, lorsque celui qui appelait de faux jugement attaquait un des hommes par des imputations personnelles il y avait bataille; mais que, s'il n'attaquait que le jugement, il était libre à celui des laiirs qui était appelé de faire juger l'affaire par bataille ou par droit. Mais comme l'esprit qui régnait du temps de Beaumanoir était de restreindre l'usage du combat judiciaire , et que celte liberté donnée au pair appelé de défendre par le combat le jugement, ou non, est également contraire aux idées de l'honneur établi dans ces temps-là, et & l'engage-
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ment ou l'on était envers son seigneur de défendre sa cour, je crois, dit Montesquieu, que cette distinction de Beaurounoir était une jurisprudence nouvelle chez les Français Esprit des lois, livre XXVlii ch. xxvnj. Saint Louis introduisit l'usai:.' de fausser te jugement sans connaître On ne pouvait, d'après ses Etablissements (voy. ce mot;, fausser le jugement du roi • ce qui eût été une félonie, mais il permit de fausser les jugements des barons, et alors le procès était porté devant les juges royaux et décidé par témoins. Ou conserva le mot eu changeant la chose.
FAUTEUIL. — Ce meuble s'appelait, au moyeu âge, faus-destuef et quelquefois ftu'x-desteuil, d'où l'on a fait fauteuil. JL Douet-d'Arcq f Comptes de l'argenterie des rois de France) cite plusieurs passages relatifs à ces chaires ou chaises
a? . *'J* dossicr et à bras recouverts d étoffe. Elles étaient quelquefois peintes et richement ornées. On lit dans un des comptes cités par M Douèl-d'Arcq : une chaire appelée faulx-d'ksteuil, peinte fin vermeil , le siège d'icelle garni de cordouan vermeil et frangé de franges de soie, etc. ^
FAUTEUIL ( Droit de ). - Jasqu'au milieu du xvue siècle les états-majors des places de guerre exigeaient un certain droit de chaque régiment ou bataillon qui composaient leurs garnisons pour l'entretien de fauteuils dans le corps de garde des olhYiers. La somme ainsi prélevée s'appelait droit de fauteuil, et se rëparlissait entre tous les officiera de l'étalmajor suivant leurs grades. Une ordonnance royale de 1750 interdit cette exaction.
FAUX. — Acte par lequel on altère la vérité dans l'intention do nuire. Le faux tonoignage et le faux par écrit ont été de tout temps punis par les lois. Vov Justice. j*
FAUX BOURDON. - On appelle faux bourtlon tantôt une musique à plusieurs parues, tantôt un instrument de musique. Le faux bourdon est une musique simple ei sans mesure, dont les notes sont presque toutes égales, et dont l'harmonie est toujours syllabique. On s'en sert quelquelois pour chanter les psaumes Dict. des beaux-arts do Millinj.
FAUX MONNAYEUKS. — Voy. Monnaie.
FAVEURS. — U était d'usage, à l'époque de la chevalerie, que les dames donnassent à leurs champions des rubans, des
ffants de soie et autres récompenses de eur valeur et de leur dévouement. On
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trouve dans le roman de Perceforest la preuve qu'au milieu des tournois elles jetaient des faveur* à leurs chevaliers, u Les dames, dit le romancier, étaient si dénuées de leurs atours à la .fin du tournoi qu'elles étaient en pur chef ( tête nue); elles s'en allaient les cheveux sur leurs épaules gisans, plus jaunes qu'or tin et leurs cottes (robes) sans manches; car tout avaient donné aux chevaliers pour eux parer, et guimpes et chaperons, manteaux et camises, manches et habits.
Mais, quand elles en furent à tel point, elles furent ainsi comme toutes honteuses ; mais si tôt qu'elles virent que chacune était en tel point, elles se prirent toutes a rire de leur aventure. Car elles uvoient donné leurs joyaux et leurs habits de si grand cœur aux chevaliers qu'elles ne s'apercevaient de leur dénuement et devestement. »• (L. S. P.) Au xvn* siècle, on portait encore publiquement des faveurs. En i632? la princesse de Phalsbourg en avait donne une à Puylaurens , favori de Gaston d'Orléans; c'était un nœud traversé d'une épée. Il la quitta depuis , ajoute Sainte Palayc ( Mémoires sur la chevalerie), et prit les couleurs de M11» de Chimay, dont il était devenu amoureux.
On attachait quelquefois les faveurs au sommet du heaume, comme à la place la plus éminente et d'où l'on pouvait le.
mieux les apercevoir.
FÉAL. — Le mot féal était synonyme de fidèle, et féauté de fidélité. Lejroi dans les lettres adressées aux seigneurs et aux parlements, les appelait ames et féaux.
FÉDÉRALISME. — On nonBnait fédéralisme le système qui aurait voulu diviser la France en petites principautés (provinces ou départements) unies entre elles
{>ar un lien fédéral, comme la Suisse et 'Allemagne. On accusa les girondins d'avoir voulu substituer le fédéralisme à l'unité, principe fondamental de la puissance française. Cette accusation , yraie ou fausse, les pordit dans l'opinion publique et fut une des causes de la ruine de leur parti.
FÉDÉRATION. - La fête de la fédération fut instituée en 1790 pour célébrer l'anniversaire de la prise de la Bastille f 14 juillet). Tous les départements y fil • rent représentés par des députalions, et c'est de cette association de toutes les parties de la France que la fédération a tiré son nom. Chaque département et la plupart des villes eurent aussi leur fédération.
FÉDÉRÉS. — Les fédérés, sous l'empire romain, étaient les barbares auxquels on
accordait des terres moyennant un service militaire (voy. Lites A l'époque de la révolution on appela fédérés les citoyens qui s'étaient unis dans les diverses provinces pour la défense des principes de 1789. On remarqua surtout les fédérés bretons.
FÉES. — Génies de la mythologie celtique et Scandinave. Les fées, comme tous les génies , étaient divisées en bienfaisantes et malfaisantes. Cette croyance païenne s'est conservée dans quelques provinces. Voy. Superstitions.
FEHDE. — Guerre privée. Voy. Bénéfices et Guerres privées.
FÉLON , FÉLONIE. —Le vassal ou chevalier félon était celui qui avait commiun crime envers son seigneur. Ce crime appelé félonie entraînait la dégradation et la peine de mort (voy. Dégradation ). Les principaux actes de félonie étaient l'attentat à la vie du seigneur, à l'honneur de sa femme ou de sa fille, la fot menti* ou relus d'accomplir les conditions du contrat féodal , les injures graves adressées au seigneur, etc. La confiscation du fief était la conséquence de tout acte de félonie .Voy . CHEVALERIE et DÉGRADATION.
FEMflfES. — Voy. Dames et Mariage.
FENESTRER. — Ce mot indiquait un usage du moyen âge qui consistait à suspendre à une fenêtre, avant les tournois, les écus blasonnés des chevaliers qui entraient en lice. Voy. Hérauts.
FENÊTRE. — Le mot fenêtre se prenait, au moyen âge , dans le sens d'étal. C'est ainsi que Villon a dit :
Les autres mendient tous nu»
Et le pain ne roieni qu'aux /«Hêtres.
FÉODALITÉ. — La féodalité est une forme de gouvernement qui a régné en France pendant les x% xi» et xn« siècles , et qui, confondant la propriété avec la souveraineté , donnait aux seigneurs territoriaux les droits régaliens (droit de guerre, de justice, d'impôt, de monnaie : Aucune institution n'a exercé une plus longue et plus redoutable influence. Il e>; indispensable pour s'en rendre compte de l'examiner : i* dans ses origines . '2° dans sa nature; 3° dans ses conséquences; 4° dans sa lutte avec la royaux
S I**. Origines de la féodalité. — « CV un beau spectacle, dit Montesquieu, tp* celui des lois féodales. Un chêne antiq « s'élève; l'œil en voit de loin les feuillage; il approche , il en voit la tige ; mais n'aperçoit point les racines ; il faut per la terre pour les trouver. »» Les origu<-
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de la féodalité se trouvent en effet dans les antiquité* germaniques, principalement dans le système des comités que Tacite a retracé. Chaque guerrier s'efforçait d'avoir un grand nombre de compagnons dont il était le chef et le modèle. Se signaler par sa bravoure et sa loyauté était pour lui un devoir; ses compagnons se dévouaient à sa défense. Ce dévouement de l'homme à l'homme est le principe de la féodalité ; le vassal esc l'homme, le fidèle du seigneur. Le chef de bande germanique récompensait son compagnon par le don d'un cheval de batailte ou d'une franiée sanglante. Après la conquête de la Gaule, par les Francs, la bande germanique se dispersa sur le sol ; mais elle conserva une partie de ses anciennes mœurs. Au lieu de la framée ou du cheval de bataille , on donna des terres (voy Bénéfices). Peu à peu ces ternes devinrent inamovibles et héréditaires par les usurpations progressives des leudes sur la royauté mérovingienne. Cependant il y eut toujours une grande différence entre le bénéfice et le tief. Les propriétaires de bénéfices n'avaient pas les droits de souveraineté, au moins légalement reconnus. Les capitulai res de Charte magne attestent quels efforts fit la royauté pour s'opposer aux droits de guerre , de justice, d'impôt, de monnaie qu'usurpaient les seigneurs (voy. Capitula ires ). Mais à une époque où il n'y avait plus d'intérêts généraux, ou chaque localité formait un état séparé , l'action du pouvoir central ne pouvait s'exercer qu'à la condition d'une activité et d'une force matérielle, dont ne disposaient plus les successeurs de Charleniagne. Ils laissèrent les grands propriétaires usurper peu à peu les droits souverains, et les délégués des rois , comme les comtes et les ducs , se perpétuer dans leurs fonctions. Le capital aire de h iei s y -sur-Oise (877) sanctionna ces usurpations, et la féodalité fut constituée en droit comme en fait. Les invasions des Normands avaient contribué à ce résultat. Charles le Chauve était impuissant à défendre la France, comme l'attestent ses honteux traités avec les Normands. Dès lors chaque seigneur se défendit lui-même. Malgré les édits de Pistes, il entoura son manoir de murailles crénelées, de fossés profonds, leva les ponts-levis , abaissa la herse ( voy. Châteaux torts). Ses vassaux, qui trouvaient protection à l'abri de la forteresse féodale, ne reconnurent plus que lui pour souverain ; la souveraineté fut localisée, et, quoiqu'un ne puisse assigner ni le jour ni 1 heure de ces révolutions qui s'élaborent pendant des siècles, c'est
certainement au !*• siècle qu'on doit placer le triomphe de ce système d'isolement préparé par les moeurs germaniques, développé par les institutions mérovingiennes, eiqui devint maître absolu sous les faible* successeurs de Cbarlemagne.
S II. Nature du système féodal ; du fief; hiérarchie féodale ; manoir féodal. — Le principe essentiel de la féodalité est la confusion de la propriété et de la souveraineté ; le propriétaire exerce en même temps les droite régaliens ( justice , uerre. impôt, raonéage ); il les exerce titre de propriétaire. Point de terre sans seigneur ; point de seigneur sans terre , sont des axiomes féodaux. Le plus grand terrien e*t io plus puissant seigneur ; voilà pourquoi la royauté carlovingienne, réduite à quelques domaines à la fin du x« siècle , était si méprisée. Le droit abstrait était détenu incompréhensible pour les hommes de cette époque. Toute souveraineté avait ses racines dans la propriété, dans la terre.
Cette terre s'appelait fief ( feodum , feudum), mot que l'on a fait dériver tantôt de fides (foi) à cause du serment de fidélité prêté par le vassal, tantôt des mots germaniques feh-od ( terre de service). Quoi qu'il en soit, le fief devint la propriété par excellence. Y avait-il dans ce système une hiérarchie? On la trouve, en effet, dans les feudistes d'une époque ostérieure. Us placent au sommet de échelle féodale: Le roi, seigneur suzerain , puis les ducs et comtes pairs de France, les marquis eu seigneurs de la frontière ( mark , marche, frontière ) , les barons ou hommes forts, enfin les chevaliers, divisés eux-mêmes en bannerels , chevaliers de haubert et bacheliers. Cette classification hiérarchique a été inventée à une époque oh déjà la féodalité déclinait et faisait place à la puissance monarchique, qui cherchait à introduire l'ordre dans 1 organisation féodale. Primitivement , la hiérarchie féodale était loin d'être aussi nettement établie. Chaque seigneur, isolé dans ses domaines. , no s'inquiétait que médiocrement des ordres du suzerain. Baron (homme fort ) , était le titre féodal par excellence. Il a fallu .plusieurs siècles pour détruire cette indépendance ; les grands seigneurs d'abord , puis les rois ont peu à peu fait reconnaître leur autorité, et ont établi une hiérarchie oh l'autorité descendait du seigneur suzerain au dernier vassal.
Il faut écarter d'abord cette création des époques postérieures, si l'on veut comprendre le régime de la féodalité. Il faut étudier le seigneur dans son fief.
Le château féodal, dont nous avons
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indiqué ailleuT» les fortification» (voy; Chatfai x fort»), était souvent situé sur une hauteur ou à mi-cote. Au pied de la coltine s'étendaient les huties des serfs et des colons, qui en s'aft'rancliissant progres"sivement ont formé le* hommes de pooste, noeete on poté ( nomme* potestatts j , les nommes sous la puissance du seigneur, plu» tard les bourgeois. Au *• siècle, le village f rodai n'était peuplé que de laboureurs attachés à la plèbe ou d'ouvriers qui exerçaient les métiers les plus indispensables, tel* que ceux de boulanger, forgeron, sellier, etc. La principale industrie consistait à polir la cuirasse du seigneur et de ses hommes d'armes et à entrelacer les mailles de fer de leur armure. Au premier signal donné par le guetteur, qui veillait au haut d'une de» tour» du château, les serfs et colons abandonnaient leurs pauvres masures et cherchaient un abri derrière les murs du château. Tous ne servaient pas le seigneur aux mêmes conditions. Les uns' étaient hommes d'armes; d'autres attaché» à sa personne comme ministeriales faisaient les fonctions de sommeliers, d'échansons , etc. Le seigneur dans son h et' avait une véritable cour : un sénéchal qui le remplaçait à la guerre et sur son tribenal , un chancelier qui apposait son sceau sur les acte», un bailli qui jugeait en son nom et administrait ses domaines, de» écu vers et variée» , jeunes nobles qni venaient, sous les auspices d'un chevalier renommé , se préparer à la chevalerie (voy. Chevalerir). La châtelaine avait elle-même un rôle élevé. Détendre le château en l'absence du seigneur, commander aux hommes d'armes , présider aux jeux chevaleresques, aecompa-
§ner son mari dans les longues chasses 'automne, l'émerillon sur le poing, puis à la veillée entendre les récits de quelque trouvère, décider parfois les questions délicates proposées aux cour»
d'amour, encourager partout la loyauté, la bravoure, l'honneur chevaleresque, tel était le rôle de la châtelaine. Il élevait les âmes et fortifiait les cœurs.
Le manoir habité par cette troupe féodale se composait , autant qu'on en peut juger par les ruines de quelques châteaux,, d'une grande salle et de petits réduit». La salle baronniale était ornée de sculptures et éclairée par de vastes fenêtre» ogivale». De» armures suspendue* aux murailles et les armoiries du seigneur en faisaient la principale décoration. Les armoiries sculptées surmontaient ordinairement une cheminée colossale Une estrade que recouvrait un dais était le a>ége du châtelain et de la châtelaine;
rement sculptes étaient destines aux hâtes ordinaires. C'était dans cette salle que le seigneur, représenté souvent par le sénéchal ou bailli, rendait ju&tice, recevait le» redevances, et faisait dresser aux jours de fête la table des festins. Cette salle du baron ( bar onial- hall, comme on l'appelle encore en Angleterre ou on en trouve plusieurs modèles bien conservés ) était la pièce essentielle du manoir. On y avait déployé toute la magnificence féodale. Quant aux détails de 1 habitation , on s'en souciait médiocrement; le confortable ne se trouvaitguère dans les manoirs du moyen âge. Si nous sortons de la demeure féodale, nous trouvons autour du fief les vassaux qui en i eie> aieni.
Relation» entre les seigneur* et leurs vastauœ.— La féodalité avait créé entre le
ciproques ; c'était une espèce de contrat . mais qui manquait de sanction, et où tout l'avantage était pour le suzerain. Le seigneur devait, il est vrai, à son vassal, protection dans ses dangers, assistance s'il était trop pauvre pour vivre de ses ressources, enhn bonne et loyale justice. Mais, en échange, le vassal si faisait son homme par l'hommage et lui consacrait son travail et sa vie. Pour s'en convaincre il suffit de parcourir la longne liste des redevances et obligation»; féodales.
1° Hommage. — L'hommage était de deux espèces. \: hommage lige se prêtait à genoux, les mains dans ies mains du seigneur, sans éperons, sans baudrier, sans épée. En voici la formule : « Sire , je viens â votrei hommage et en votre foi et deviens votre homme de bouche et de mains» Je voua, jure et promets roi et loyauté envers tous et contre tous et garder votre droit en mon pouvoir. » < bouteilier, Somme r%>raie, I, 81.) Dans Vhommag* eimfUt .
le vassal se tenait debout, gardait son épée et ses éperons, pendant que le chancelier lisait la formule d'hommage. 11 se bornait à répondre à la fin voire ( oerum . signe d'affirmation ). L'hommage rendu par un noble était souvent terminé par un baiser (voy. Baiser.). Si le vassal ne trouvait pas s-m seigneur en sa maison , il devait heurter trois fois à la porte et appeler trois fois. Si l'on n'ouvrait pas, il baisait l'A un* i porte) ou le verrou de la porte , et récitait la formule de l'hommage, comme si le seigneur eût été présent.
2° Aveu. — Vaveu était encore une espèce d'hommage, par lequel on s'a rouai; l'homme d'un seigneur. Bq voici mne
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« Tu mo jures que d'ici en avant lu me porteras foi» et loyauté comme à ton seigneur, et qne tu te maintiendras comme homme de telle condition comme tu es; que tu me payeras mes dettes et devoirs bien etloyaument, toutefois que payer les devras, ni ne pourchasseras choses pourquoi je perde l'obéissance de toi et de tes hoirs ( héritiers ), ni ne te partiras de ma cour, si ce n'ont par défaut de droit on de mauvais jugement. En tout cas tu ad voues ma cour pour toi et pour tes hoirs. » Cette formule d'un , conservée par- le gmnd costumier, est rédigée à une époque où déjà la féodalité avait perdu une grande parue de ses droits. Il n'y est plus question , en effet, des droits de souveraineté et des principales obligations des anciens vassauav