FER
l'Histoire de la civilisation en * par M. Guîzot; l'auteur a consacré onze leçons à l'exposition du système féodal. V. aussi Chanlereau l e Fevre, Traité des fiefs et Salvaing, De l'usage des fiefs.
FER-A-BRAS ou BRAS DE FER. — On trouve assez souvent , au moven âge , ce nom donné à quelque chevalier pour indiquer sa force et sa valeur. Le nom de fier-à-bras remplace quelquefois celui de fer-à-bras ; fier se disait alors pour fer. On en trou re de nombreux exemples dans le Livre des métiers.
FER CHAUD. — L'épreuve du fer chaud était célèbre au moyen âge. Ce fer était un gantelet rougi au feu , dans lequel on mettait la main. Quelquefois il fallait prendre une barre de fer rouge et la lever une ou plusieurs fois , selon les termes de l'arrêt. La main de l'accusé, qui avait subi l'épreuve , était ensuite enfermée dans un sac. Le juge et la partie adverse y apposaient leurs sceaux qu'on levait trois jours après. Si la main ne portait aucune trace de brûlure, l'accusé était renvoyé absous; dans le cas contraire il était condamné.
FER D'OR ( Ordre du ). — Ordre de chevalerie établi en 1 4 H par Jean, duc de Bourbon.
FÉRIÉS. — Jours de la semaine qui suivent le dimanche. Le lundi est la seconde férié , le mardi la troisième , etc. Les fériés majeures nom les trois derniers jours de la semaine sainte, le lundi et le mardi après Pâques et le lendemain de la Pentecôte. — On appelait autrefois fériés, dans quelques parties de la France , les vacations des tribunaux.
FERMAIL, FERMAILLET. — Ces mots, qui ne sont plus usités, désignaient autrefois les agrafes dont on se servait pour attacher les manteaux, les chapes, les baudriers, les robes des dames. Dès le xni* siècle, le fe>mnil était un ornement de prix. Joinville décrivant une fête solennelle , qu'il appelle grande cour et maison ouverte, s'exprime ainsi : « A une autre table mangeait le roi de Navarre qui moult était paré de drap d'or, en cotte et mantel, la ceinture, le fermait et le chapel d*or fin /devant lequel Je tranchais. » Le luxe de ces ornements était poussé très-loin; le lîoman de la Rose le signale et le critique avec vivacité :
Oa frimaux d'or à pierres inas A voa cola, à toa poltrinea .
Et eea tiuus «t Ce§ ceftirtfraa, Dont tant contient )<•» ferrédrea Qne l'or, fjne les parla* «Tentiaa, * Q«am«Talanti«*f«afafu.a?
les Compte* de
FEU #15
l'argenterie des roi* de France, cite plusieurs exemples de cette richesse. L7nventaire de Charles VI parle d'un « fermail d'or, à mettre trois plumes, en façon de croissant, où il y a une Oeur de lis entaillée sur un saphir, deux balais et vingt et une perles, » Les femmes se servaient du fermait comme les hommes.
Les hommes le plaçaient quelquefois sur le devant du chapeau ou sur l'épaule pour tenir le manteau. On lit dans le roman a^Âmadis , cité par Lac. Sainte-Palaye : « Laissant pendre ses cheveux qui étaient les plus beaux du monde, oneques n'avait sur son chef qu'un fermaillet d'or enrichi de maintes pierres précieu- • ses. » Le fermaillet semble ici se confondre avec l'ornement qui s'est appelé ferronnière, du nom d'une maîtresse de François l«r. l.es femmes plaçaient quelquefois le fermait sur leur poitrine. On en trouve la preuve dans ce passage de Froissart : « il eut pour prix un fermait que madame de Bourgogne prit en sa poitrine. » Le mot fermait s'est conservé dans le blason pour désigner les fermoirs, agrafes, boucles garnies de leurs ardillons , etc.
FERMAÏLLERS. — Ouvriers qui fabriquaient les agrafes en cuivre ou en fer. Voy. Corporation.
FERME. — Dans quelques coutumes, on appelait ferme l'affirmation faite par le défendeur en touchant la main du juge; elle s'appelait contre-ferme , quand c'était le demandeur qui portait témoignage.
FERME DES IMPOTS.— Il était d'usage, dans l'ancienne monarenie, de confier le soin de percevoir les impôts à des financiers qui payaient à l'Etal une somme déterminée beaucoup moins considérable que celle qu'ils extorquaient au peuple. Ce système de ferme des impôts* duré jusqu'à la révolution de 1789. Voy. Impôts.
FERMES, FERMIERS. — Yoy. Agriculture et Impôts.
FERMIERS GENERAUX. — On donnait ce nom aux financiers qui prenaient à bail la ferme des impôts.
FERMOIRS. — Petites agrafes qui servaient à fermer des livres. Les fermoirs du moyen âge étaient souvent ornés avec luxe. On leur donnait quelquefois le nom de fermant rts ou fermillets. Depuis un certain nombre d'années, la mode des fermoirs a reparu pour les livres d'église.
FERRAGE. — Droit qui se payait aux ou jures de la draperie d'Amiens
FÉTT
poar marquer les
le plomb.
FERRAILLEUR.— Duelliste. Voy. Diel.
FERRONNERIE , FERRONNIERS, FER- RONS. —On appelait autrefois ferrons ou ferronniers les marchands et fabricants d'outrages en fer. On donnait le nom de ferronnerie au lieu où se fabriquaient et se tendaient les outrages de fer. Saint Louis accorda pour Dieu et en aumône aux pauvres ferronniers de Paris une place voisine des Innocents ; c'est de là qu est venu le nom de ferronnerie donné a une rue de ce quartier.
FERR0NN1ÈRE. — Ornement de tète qui se composait de deux bandelettes rattachées au milieu du front par une pierre précieuse. Il tirait son nom de la belle Ferronnière , maîtresse de François I".
FERS.— Peine des galères. Voy. Peines.
FERTÊ. - Ce mot que l'on trouve souvent dans les noms de lieu, a le sens de forteresse: la Ferté-Alais, la Ferte-Bernard, la Ferté-Milon, etc. 11 est dérive du latin barbare firmitas.
FESTINS. — Voy. Table.
FÊTAGE. — Droit prélevé sur chaque maison ; on écrit aussi faitage. Le mot fêtage se prenait plus souvent dans le sens de droit de festin ; c'était une redevance stipulée par les baux et par les usages. Certains chapitres avaient droit de [étage.
FÊTE-DIEU OU FÊTE DU SAINT SA- CREMENT. — Cette fête a été instituée, en 1264, par le pape Urbain IV; elle a été confirmée au concile de Vienne en 13U , et par Jean XXII en 1318. On ftp- " pelle aussi féte du corps du Christ et du précieux corps de Dieu. Elle se célèbre avec pompe et par des processions solennelles dans presque toutes les villes de France.
FÊTES. — Les Fêtes ou cérémonies publiques consacrées à la joie tiennent une grande place dans les institutions et les coutumes de la France. Je ne remonterai pas jusqu'aux fêtes des druides; mais en se renfermant dans la France proprement dite , on peut distinguer cinq espèces de fêtes : 1° les fêtes qui ont tout à la fois un caractère religieux et populaire ; 2° les fêtes chevaleresques et guerrières ; 3* les fêtes exclusivement populaires ; 4° les fêtes de cour lorsque la royauté commença à effacer la nation et a l'absorber en elle; 5° les fêtes nationales. S l". Fêtes religieuses et populaires-
— L'église fut pendant longtemps l'école, le lieu de réunion , en même temps que le temple. Les cérémonies religieuses étaient alors souvent accompagnées d'un appareil théâtral et de représentations scéniques destinés à frapper les sens en même temps que l'esprit, et à rendre en quelque sorte visibles le3 légendes et les mystères. Nous reviendrons sur ces rites primitifs (voy. Rites ecclésiastiques); mais le peuple ne tarda pas à intervenir dans ces cérémonies du culte, et il en résulta un mélange de sacré et de profane, et souvent mèoie des scènes scandaleuses qui provoquèrent l'indignation des conciles.
Procession de la Fite-Dieu à Atx. - La Fête-Dieu d'Aix, dont le cérémonial fut réglé , en 1462, par le bon roi René . offre une image frappante de ces fêtes bizarres. La procession s ouvrait par le guet à pied et à cheval , composé des chevaliers du croissant ; puis venait la croix . à la suite , Moïse, les Israélites et le veau d'or; Moïse cherchait à retenir les Israélites qui adoraient le veau d'or; ceux-u rejetaient ses exhortations, et en signe de mépris jetaient en l'air un chat qu Us recevaient avec adresse; c'était ce quon appelait le jeu du chat. Une troupe figurant les lépreux ou raz cassetors , la reine de Saba et la troupe des diables suivateni les Israélites. Après eux s'avançait le
Sortaient les présents ésus, et exécutaient une pantomime qui amusait le peuple. Les danseurs, Je* petits diables, Hérode , et des enfants qui figuraient les innocents; des chevaux fringants, les apôtres et le Christ portant sa croix, formaient la suite du cortège. Chaque apôtre avait son attribut distinctif. Un saint Christophe, mannequin gigantesque, qu'un homme faisait mouvoir, suivait le Christ. A la suite , venaient le* bâtonniers, lanciers et porte -drapeaux richement habillés de soie. Chaque troupe était accompagnée d'un détachement de fusiliers. Les lanciers faisaient l'exercice de la lance; les porte-drapeaux, celui du drapeau; les bâtonniers , celui du bâton orné de rubans, qu'ils faisaient tourner autour du bras , d'un doigt ou du corps. Us le lançaient à une grande hauteur et le retenaient avec adresse en lui imprimant le même mouvement. Ce cortège se terminait par l'abbé de la ville ou de la jeunesse revêtu d'un habit noir et d'un manteau de même couleur; puis le roi de la Rasoche vêtu de blanc, ayant un manteau de drap d'argent; enfin le lieutenant du prince d'Amour encore plus richement vêtu , avec un cordon bleu , comme le roi
FÈT
de la Basoche, lia portaient chacun un gros bouquet, ainsi que le guide du prince d'Amour.
Le clergé s'avançait ensuite procèssionnellement. Derrière le dais marchait la mort brandissant sa faux à droite et à
Sache , et poussant des cris menaçants, u vcii t, après la cérémonie , des irôupea de farceurs appelés momons ou entants de Momu8 parcouraient la ville déguisés en satyres, et lançaient des épigranimes contre les passants. Leurs chansons étaient remplies d'allusions à la chronique scandaleuse de la ville.
Fêtes de la Taraeque, de la Graouilli, de la Gargouille. — Ces travestissements et ces mascarades se retrouvaient dans presque toutes les villes avec le même mélange de sacré et de profane. Les fè tes de la Tarasque à Tarascon , de la Graouilli à Metz, d u loup vert à Jumiéges, et une foule d'autres avaient le même caractère. A Rouen , se célébrait la fête de la gargouille. D'après la tradition , la gargouille était un monstre qui, au vu» siècle, désolait les environs de Rouen et dont saint Romain avait délivré le pays avec l'assistance d'un meurtrier. Le chapitre, s'appuyant sur une prétendue concession de Dagobert, avait obtenu le droit de délivrer tous les ans un meurtrier. Le jour de l'Ascension , le meurtrier désigné par le chapitre était conduit processi<>nnellementà la place de la vieille tour où il levait la fierté ou chasse de saint Romain. Ce privilège de la fierté a duré jusqu'à la révolution ( voy. F loquet, Histoire du privilège de la Fierté >. Trop souvent ces fêtes dégénéraient en bouffonneries scandaleuses qui avaient pour théâtre l'église elle-même. Telle était la fête de l'une qui se célébrait dans la cathédrale de Rouen ; du Gange en a tiré le cérémonial d'un ancien rituel qui a passé des archives du chapitre métropolitain dans la bibliothèque publique de Rouen.
Fétede l'dne.-L&fétede /'dn^avaitlieu le jour de Noël, et tirait son nom de ce que Balaam y paraissait monté sur une anesse ; il était accompagné de prêtres représentant les prophètes qui avaient annoncé la naissance du Messie. On voyait aussi près de lui Zacharie. sainte Elisabeth, saint Jean-Baptiste, le prophète Siméon, la sibylle Erythrée et Nabuch"d"nosor avec les trois enfants de la fournaise. La procession sortait du cloître, et étant entrée dans l'église s'arrêtait entre deux rangs de personnes qui figuraient les juifs et iei gentils. Là on représentait le miracle de la fournaise; Nabuchodonosor parlait ensuite et enfla lu sibylle. La cérémonie se terminait par un motet que les pio-
FÈT 417
phètea chantaient en chœur. La meta*
commençait ensuite.
A Beau vais, la fête de l'âne, dont lé cérémonial a été également publié par du Cange , avait un caractère encore plus burlesque. Elle se célébrait le M janvier de chaque année, et avait pour but de retracer la fuite de la sainte Vierge en Egypte avec l'enfant Jésus. On choisissait, pour représenter la Vierge, la jeune tille la plus belle de la ville. Elle montait un àne richement en harnaché, portait dans ses bras un enfant, et était suivie de l'évèque et de tout le clergé. La procession se rendait de la cathédrale à l'église Saint Etienne. La jeune fille entrait dans le sanctuaire, et se plaçait près de l'autel du côté de rEvangile; aussitôt la messe commençait.
Vmtrott , le kyrie, le gloria , le credo se terminaient par une imitation du cri de l'àne, et, à la fin de la messe, le prêtre, au lieu de dire : lie , miua est, chantait trois fois : Hin-han, hin-han, Mn-han.
On aurait peine à croire que de pareilles extravagances aient souille l'Église, si les rituels du temps n'avaient été conservés. Du Cange en a encore tiré la prose que l'on chantait à la messe. C'est un mélange burlesque de latin et de français :
Orienti» pertibua Bei, lire un*, «hantes,
Adren n vit aainus Belle boueh- rechignos,
Pnh-her et fortissimo* Voue aures du foin aeses,
Serein» eptieeimua Et de l'avoine à plantes.
Fête des fous. — La féte des fous , que l'on appelait aussi fête des calendes, et en France, selon du Cange, féte des sous-diacres , se célébrait le jour de l'Epiphanie. Les prêtres et les clercs s'assemblaient, élisaient un pape uu un évêque , et , travestis en femmes ou en animaux, le conduisaient à l'église oh ils entraient en dansant et chantant. On mangeait dans l'église et jusque sur l'autel ; et on se livrait à des jt-ux et des farces indécentes. A Viviers, la fé{e des fous commençait par l'élection d'un abbe du clergé; c'étaient les clercs inférieurs qui le nommaient. L'abbé élu et le Je Deum chanté, on portait l'abbé sur les épaules dans une maison oh le chapitre était assemblé et où l'on avait prépare une aniple collation. Alors chanoines et clercs inférieurs chantaient alternativement des phrases latines sans aucune suite. Tous les jours de l'octave étaient marqués par des processions grotesques. Le jour de Saint- Étienne. révèque des fous, après s'être revêtu de ses habits pontificaux, portant chape, n.itré et crossé, suivi de son aumônier aussi en chape, venait s'asseoir dans la chaire épiscopale. Ce personnage,
ii» FÊT
FÈT
différent de l'abbé des fous, recevait les honneurs dus au véritable évèque. A la fin de l'office, l'aumônier criaii : Silence, silence (silete, silete, silentium habete\ Le cboaur répondait : Deo gratias. I .'évèque des fous , après avoir dit ladjutorium, donnait la bénédiction, et alors Paumonier prononçait une formule en latin barbare par laquelle il accordait les prétendues indulgences de monseigneur. En voici le sens : De par monseigneur Uévéquc. que Dieu vous donne un fort grand mal au foie avec une pleine pannerée de pardons y etc. La formule variait. Le second, jour, l'aumonier disait au peuple : Monseigneur , qui est ici présent, vous donne vingt panneréts de mal de denrs et ajoute aux autres présents qu'il vous a faits, celui d'une queue de rosse.
Ces farces scandaleuses excitèrent de bonne heure l'indignation des membres éclairés du clergé. Au xue siècle, résèque de Paris, Maurice de Sully, défendit, sous peine d'excommunication , de célébrer la fête des fous. Un concile de Paris, tenu en iai2, fit la même dcfense. Néanmoins la fête des fous avait encore lieu dans un grand nombre de diocèses pendant les xive et xv« siècles. Un synode de Langres la condamna encore en Ho4 et le concile de Bàle en 1435. En 1444, les docteurs de la faculté de théologie de Paris adressèrent une circulaire à tous les prélats de France pour l'abolition de cette coutume. Mais les prohibitions des synodes de Sens en 1528 et de Lyon en 1566 prouvent qu'elle durait encore au xvi« siècle. La lutte contre les protestants et la nécessité pour l'Église de se réformer en face de pareils adversaires, firent définitivement disparaître ces traces du paganisme.
Fête des Innocents. — La féte des Innocents n'était pas sans analogie avec celle des fous. Les enfants de chœur se réunissaient dans l'église la veille et le jour de la fête des Innocents. L'un d'eux était nommé évèque et officiait pontiricalement. Cette parodie avait, dans quel-
3uos couvents, un caractère plus inecent. Gabriel Naudé , dans une lettre écrite à Gassendi , raconte qu'à Amibes, dans le couvent des franciscains, le gardien et les piètres n'allaient point au chœur le jour des Innocents. Les frères lais, qui faisaient les quêtes et travaillaient a la cuisine et au jardin, occupaient ce jour-là les places des prêtres dans l'église et célébraient l'office avec mille extravagances. Ils se revêtaient d'ornements sacerdotaux déchires et tournés à l'envers, ils tenaient leurs livres à rebours, et faisaient semblant de lire avec des lunettes, qui, au lieu de verres, avaient
une éenree d'orange; ils ne chantaient ni
hymnes ni psaumes, ui messe; mats ils marmottaient des mots confus et poussaient des cris affreux. Ces tarées indécentes avaient encore lieu au x vu* siècle.
Les fêtes de cette nature étaient mêlées de chants, qui renfermaient souvent des
Les satires des cosnards de Rouen et • ï- ▼reux, des momons d'Ane et de bien d'autres corporations en fournissent la preuve. Tels étaient aussi les poèmes des ctercs ribauds ou uroutllards, qui portaient la tonsure ecclésiastique et parcouraient les villes et les campagnes composant des chansons peur ceux qui leur donnaient a boire. Les conciles condamnèrent ces p<>ëtes nomades et ordonnèrent qu'ils auraient la tète entièrement rasée, parce qu'ils déshonoraient la tonsure. Ces couplets satiriques on bachiques présentaient parfois un mélange de latin et de français qne l'on trouve entre autres dans la prose de l'àne (voy. plus haut Féte de l'âne); on les appelait ëpttres farcies. A la messe des fous, pendant que le sous-diacre chantait l'épi tre eu latin, deux clercs 1s traduisaient au peuple sur un ton partico lier. Jusqu'au xviir» siècle l'usage des épitres farcies 3'était conservé dans quelques églises et notamment dan s le diocèse a'Auxerre.
Travestissements dans les églises.— Les travestissements et le* mascarades svaier . aussi souillé les églises. Le pape Innocent III était obligé de les prohiber sévèrement au commencement du x m- siècle « On donne quelquefois dans les églises, écrivait ce pape, des spectacles et des jeux de théâtre, et non-seulement on introduit dans les spectacles des masques , mais , dans certaines fêtes, des prêtras, des diacres et des sous-diacres se livrent à ces bouffonneries. » Bannies de IV g line, les mascarades ;-e réfugièrent dans les cours. On sait combien un de ces travestissements faillit être fatal à Charles VI. Déguisé en satyre, il fut sur le point d'être brûlé vif comme plusieurs de ses compagnons et ne dut son samtqu'à laduchesse de Berry sa tante qui ét utta les flammes en l'enveloppant de son manteau, le carnaval t dérive, dit-on, de cam-à-v&l , '■Unir s'en va, était placé comme maintenant à l'entrée du carême et rappelait les saturnales de l'antiquité L'usage des mascarades et des travestissements est parvenu jusqu'à nous. Mais aujourd'hui les masques étalent moins leurs bouffonneries dans les rues et sur les places publiques; elles se concentrent presque entièrement dans les bals publics. Il est cependant restédes anciens divertissements
FÊT
du carnaval la procession du bœuf gras, oh l'on voit chaque année reparaître le cortège des divinités mythologiques.
Procemion du bœuf gras. — Cette étrange cérémonie paraît remonter jusqu'au paganisme. Alexander Alexandri , daus son traité des jours de fêtes • Genialium dierum lib. 17 ), prétend que lu procession du bœuf gras se rattache aux anciennes cérémonies druidiques.
Il raconte que les druides promenaient par les villes des victime* humaines a peu près vers l'époque ou a lieu la procession du bœuf gras, et il ajoute que, le peuple tenant beaucoup à ces usages, on substitua un bœuf gras aux victimes humaines, lorsque le christianisme eut aboli ces odieux sacrifices Quoi qu'il en soit de l'origine de cette cérémonie, on la retrouve à des époques fort anciennes à peu près telle qu'elle a encore lieu de nos jours. Dans plusieurs villes de province, on appelle le bœuf gras bœuf vil!é, parce qu'on le promène par la ville. M. l^her a inséré dans son Recueil des meilleures dissertations sur F histoire de France (t. U, p. lté et suiv.), un récit de la procession du bœuf gras en 1739. « Je vis, dit l'auteur, cette cérémonie faite par les garçons bouchers de Paris. Us n'attendirent pas, cette année, le jour ordinaire pour faire leur fèie du bœuf gras : dès le mercredi matin, veille du jeudi gras, ils se rassemblèrent et promenèrent parla ville un bœuf qui avait sur la tète, au lieu d'aigrette, une grosse branche de lauriercerise, et il était couvert d'un lapis qui lui servait de housse. Lé* jeune roi de la tôle , qui était monté sur le bœuf gras , avait un grand ruban bleu passé en écharpe, tenait d'une main on sceptre doré, et de l'autre une épée nue. Les garçons bouchers qui raccompagnaient, environ au nombre de quinze, étaient tous vêtus de corse:s rouges, avec des trousses blanches, ayant sur Ta tète une espèce de turban ou loque rouge bordée de blanc.
Deux d'entre eux tenaient le bœuf par les cornes , et le conduisaient; plusieurs avaient des violons, fifres et tambours; les autres portaient des bâtons. Us allèrent en cet équipage en différents quartiers de Paris, et principalement à l'hôtel du bailliage, chez M le premier président, pour lui donner une aubade. Comme le chef du parlement élajt encore à la grand 'cli ambre, les bouchers prirent le parti de l'aller attendre sur son passage; et pour cela ils firent monier le bœuf par l'escalier de la Sainte-Chai'Clle,et vinrent dans la grande salle du palais jusqu'à U porte du parquet des huissiers de la grand'chambre. Lorsque le crémier pré-
FÊT 419
sident sortit, ils se mirent en haie sur son
passage, et le saluèrent au aon de leurs instruments. Pendant cette aubade , ils avaient éloigné le bœuf gras vers le passage de< Enquêtes, et, après que ce magistrat fut pa*se, ils ae promenèrent avec le bœuf dans plusieurs salles du palais, et le firent descendre enfin par l'escalier de la cour neuve, du côté de la plaee Dauphine, et ils continuèrent leur cérémonie dans Paris. On n'avait point encore vu le bœuf gras dans les salles du palais, lesquelles sont au moins à la hauteur d'un premier étage; et un aurait peiue à le croire, si un grand nombre de personnes n'avaient vu ce spectacle singulier. »
S IL Fêtes chevaleresques. — l es fîtes chevaleresques consistaient principalement en tournois, pas d'armes , carrousels, courses de bagues ( voy. Bague et Tournois).
S III. Fêtes populaires. — La plupart des villes avaient leurs fêtes populaires, qui, au milieu de la diversité des usages, avaienf presque toujours un même but :
unir plus étroitement. les habitants d'une ville ou d'une contrée, les exercer aux jeux d'adresse , célébrer les principales époques de l'année, et quelquefois rappeler des souvenirs patriotiques. Plusieurs de ces usages, enracinés dans les localités et fondes sur d'anciennes traditions, ont résisté aux révolutions politiques. Les (eux de la Saint-Jean et les danses qui les accompagnent, remontent probablement jusquau pagauisme, et sont un reste du culte du feu et du soleil.
Feu de la Saint-Jean à Pari*. — A Paris, le feu de la Saint -Jean avait un caractère solennel. Le 22 juin , les trois compagnies des archers, gardes de l'hôtel de ville de Paris, in.anterie et cavalerie, l'élat-major et un officier à leur tête, allaient, au nom de messieurs de l'hôtel de ville, faire semonces au chancelier, au gouverneur de Paris , aux présidents des cours souveraines, etc., d'assister au feu de la Saint-Jean. Le lendemain , 23 juin, vers los sept à huit heures du soir, le gouverneur de Paris, ou, en son absence, les prévôt des marchands, échevins, procureur du roi, greffier et receveur de l'hôtel de ville, avec des guirlandes de fleursen baudrier, faisaient trois fois le tour de la place de Grève, puis mettaient le feu au bûcher. On tirait ensuite un feu d'artifice sur la môme place.
Fêtes de la moisson et des vendanges.
— î.es fêles de la moisson se célèbrent dans la plupart des villaues par des chants et des danses. Itsf *end«m«e>surtout ont été de toat temps a»:ccmr
pagnées do plaisir» bruyants. On voit par Grégoire de Tours que les Gaulois promenaient à cette époque une image de Cybèle. Aujourd'hui encore, dans quelques contrées vilicoles de la France, la statue du patron, ornée de pampres et de raî>ins, ouvre processionnellement les (êtes de i » vendange Les vendangeurs , hommes et femmes, se réunissent ensuite au pied du coteau Le chef de la troupe entonne une chanson dont le refram se répète en chœur. La chanson, aux joyeux ivfrains , continue à mesure que la troupe des vendangeurs gravit le coteau , et le travail , sans être interrompu , est égayé et animé par des chants et par les plaisanteries traditionnelles. Le soir, à peine a-t-on soupé, que commencent les danses en rond , les chansons joyeuses , les quolibets qu'autorise la gaieté des vendanges. I es fêtes ne se terminent pas sans que l'on ail barbouillé de lie quelqu'un des vendangeurs. •
Chaque partie de la France avait et a encore aujourd'hui ses traditions et ses fêtes populaires. Les décrire toutes entraînerait dans des détails infinis. Je n'en puis rappeler que quelques-unes
Cours* du rheval de Saint- Victor ou guet de Saint- Lnsnre. — A Marseille, on célébrait tous les ans la courte du rheval de Saintr-Victor ou guet de Saiiil-Laxare. La veille de la fête de Saint-Victor, on nommait un gentilhomme , originaire de Marseille , pour porter à cheval la bannière de saint Victor, que, de temps immémorial, on conservait dans l'abbaye du même nom. Ce gentilhomme commandait ordinairement le guet de Saint-Lazare, institué pour la garde de la ville pendant ces fêtes qui y attiraient un nombre prodigieux d'étrangers. Il partait, monté sur un superbe cheval , environne de douze pages avec des flambeaux, et accompagne de la principale noblesse du pays, divisée en plusieurs quadrilles distingués par leurs couleurs. Chaque
gentilhomme était éclairé par deux flameaux de cire blanche portés par deux pages. Les capitaines des quartiers rie la ville précédaient la cavalcade à la tête de leurs compagnies. Le capitaine de Saint- Victor, les chefs de brigades et les quatre capitaines de la ville s'arrêtaient souvent pendant la marche devant la fenêtre des dames pour montrer leur adresse et faire caracoler leurs chevaux. Toutes les maisons étaient illuminées, ornées de tapis et de guirlandes de fleurs; les rues étaient jonchées de verdure. Le lendemain , jour de la fête de Saint-Victor, le capitaine se rendait à l'abbaye ,
FÊT
oîi il communiait; et, après avoir reçu la bénédiction de l'abbé, il montait à cheval , portant *on étendard , et parcourait nute la ville. Ensuite, passant par un large pont de bateaux dressé exprès , il revenait à l'abbaye, où les religieux de Saint-Victor, revêtus de chapes, commençaient une procession, pendant laquelle la chasse du saint était portée par douze diacres en aubes et en dalraatiques. Le capitaine devançait la châsse ; les religieux suivaient, et la marche était fermée par les consuls, gouverneurs de Marseille, en robes rouges, accompa-
Snés des capitaines et de tout le corps e ville. Tant que durait la procession , toutes les cloches sonnaient, la musique ne cessait de retentir, et l'on faisait plusieurs décharges d'artillerie En certains endroits, on s'arrêtait pour chanter en musique des hymnes et des antiennes en l'honneur de saint Victor, la joie éclauit dans toute la ville, et les dames jetaient continuellement des fleurs par les fenêtres. Enfin , la procession rentrait dans l'abbaye, où l'on servait un repas splendide au capitaine de l'étendard et aux principaux personnages de la cavalcade. Après le dîner, on chantait les vêpres, et 1 on entendait le panégyrique du saint martyr; ce qui terminait la cérémonie. Cette fête fut abolie en 161O; il n'en resta aux xvu« et xvitr* siècles qu'une parodie. Un valet de ville, travesti en cavalier, parcourait Marseille la veille de la fête de Saint-Victor, et amusait le peuple par des farces grotesques.
Branle de Salut-Elme. - MarseUje avait encore une fête populaire appelée le branle de Saint-Elme. La veille de SaintrLazare, un certain nombre de jeunes filles et déjeunes garçons représentaient les dieux de la fable et les diverses nations. Cette troupe se promenait dans toute la ville en exécutant des danses.
Chevauchée de l'âne. — A Lyon, la chevauchée de Vâne se célébrait en grande pompe au mois de novembre Cette procession burlesque était dirigée principalement contre les maris qui se laissaient battre par leurs femmes. On en trouvera une description dans le Recueil des meilleures dissertations sur Vhistotre de France, par M. Leber, t. II, p. 150 et suiv *
Bravade. — A Aix en Provence, la veille de la Saint-Jean , avait lieu la fête de la Bravade. L'origine de cette cérémonie remontait, dit-on, à l'année 1256, époque où Charles d'Anjou, comte de Provence, revint de la terre sainte. Un oiseau, exposé dans un champ, devenait le but des
plus habiles tireurs. Cet oiseau était un perroquet réel ou peint , qu'on appelait papa-gai, c'est-à-dire pire-gai ou bavard. Celui qui abattait le pape-gai avec l'arbalète ou le fusil suivant les époques , était proclamé parles magistrats, roi de la fête. 11 nommait des officiers qui levaient trois compagnies de mousquetaires , et tous ensemble se rendaient sur la place où le parlement venait en grande pompe allumer le feu de la Samt-Jean.
Dûcasses flamandes.— F.n Flandre et en général dans la France septentrionale, on appelle ducasses les fêtes populaires. On les retrouve dans toutes les villes. Une des plus célèbres est la ducasse de Douai où paraissent des mannequins gigantesques sous le nom de Gayant et sa famille. Chaque année, le dimanche le plus voisin du 6 juin, un mannequin d'osier surmonté d'une tête en boi6 sculptée et peinte , est promené dans les rues de la ville. La hauteur de ce mannequin est de vingt à trente pieds; il porte une armure du moyen âge et est mû par plusieurs hommes que cache sa cotte de mailles. Il parcourt les rues la lance au poing ♦ t armé de toutes pièces. Sa femme haute de vingt pieds et ses trois enfants Jacot, Filïion et Binbin raccompagnent. Un bouffon, appelé le fou du canonnière, gambade près de Gayant.
l a roue de la fortune vient ensuite, puis des chars de triomphe. Quel est le sens de cette fête qui se célèbre toujours avec grande pompe' Gayant n'a jamais été un personnage historique. I.a légende populaire en fait un héros national qui aurait délivré la ville des Sarrasins. Il semble qu'elle ait voulu représe n ter Gayant comme une personnification du patriotisme douaisien d'autant plus grande et extraordinaire qu'elle échappe à toute application historique. A Lille se célébrait la fete de iépinetle ( voy. Epinbttb).
Funambules ; fontaines de vin: feux d'artifice; représentations théâtrales mêlées aux têtes publiques. — Les fêtes publiques étaient et sont encore accompagnées de feux de joie et de spectacles de funambule* ou danseurs de corde. Dès 1 237, des funambules jouaient un rôle dans les festins royaux. II y en avait à l'entrée de Châties VI à Paris, en 1389.
Les fontaines qui jetaient vin et hypocras figurent également dans les fêtes des xtv* et xv* siècles. Les feux d'artifice sont d'une époque plus récente. Introduits au xvi* siècle par les Itaiens, ils ont été depuis ceite ép«>que une partie essentielle des fêtes publiques. Les feux d'artifice les plus célM>res Turent celui de 1606 donné par Sully dans la plaine de
Fontainebleau; celui de 1612 à l'arsenal; un autre la même année , sur la Seine, pour la tète de la Saint - Louis ; celui de 1660 sur la même rivière, lorsque Louis XIV rentra à Paris après son mariage; celui de 1739 à l'occasion de la paix, etc.
Les représentations théâtrales ont aussi
faii parue quelquefois d»'s réjouissances publiques. Les riches gaulois, a l'époque de la domination romaine, donnaient des combats de gladiateurs. Posidonius parle de Gaulois habiles dans l'art de l'escrime qui avaient soin de se ménager dans ces luttes.» Cependant, ajoute- 1 il, ils se blessaient quelquefois et alors ils entraient en fureur et s'acharnaient l'un contre l'autre. » On donnait aussi , dans certaines circonstances, le specacle de combats d'animaux, l es combat* de coqs étaient fort anciens du Gange, v° Duellum gallorum). et ils étaient encore usités au xviii* siècle Mercure de F rance, ann. nss, p. 264). Les représentations gratuites, que dans certaines fêtes ou a substituées a ces divertissements grossiers, ont eu l'avantage de développer l'intelligence en même teoips qu'ils frappaient et charmaient les yeux (voy. thé* tue).
S IV. Files de cour.- Depuis le xvi« siècle jusqu'à la révolution française , les fêtes publiques ont pris un nouveau caractère. Kilos ont eu plus d'élégance, et ont consisté moins exclusivement dans les spectacles extérieurs. La cour, qui absorbait tous les intérêts et la vie nationale presque entière, emprunta à l'Italie quelque chose de « es ingénieux divertissements et mêla les plaisirs de l'esprit aux jeux chevaleresques. Lea Valois assistaient à ces fêtes au milieu des guerres civiles. La cour de Catherine de Mcdicis ressemblait, comme on l'a dit du xvi* siècle tout entier, à une robe d'or et de soie tachée de boue et de sang. Un contemporain , Michel de Castelnau , acteur dans quelques-unes de ces fêtes, nous en a conservé la description ( livre V de ses Mémoires} : « La reine mère, dit-il, fit de très-rares et excellents festins accompagnés d'une parfaite musique par des sirènes fort bien représentées ès canaux du jardin \ de Fontainebleau . avec plusieurs autres gentilles et agréables inventions pour l'amour et pour les armes. Il y eut aussi un fort beau combat de douze <;recs et de douze Ti oyons, lesquels avaient de longtemps une grande dispute pour l'a mour et sur 1 a beau té d'u ne dame, et n'ayant encore pu trouver l'occasion <'e combattre pour cette querelle, laquelle ils désiraient de terminer en présence de grands princes, seigneurs, chevaliers et belles dames
422 KÊT
FÊT
pour être témoins et jugea de la victoire, et sachant qu'en ce festin il y avait des personnes de ces qualités, pour décider ce point dignement, il* envoyèrent demander le combat au roi par des hérauts d'armes, accompagnés aussi de très* excellentes voix, qui présentèrent et récitèrent les cartels et plusieurs Mies poésies avec les noms et actes belliqueux desdits Crées et Troyens qui devaient combattre avec des darda et grands pavois (boucliers , où étaient dépeintes les devises de chaque combattant. J'étais de ce combat sous le nom d'un chevalier nommé Glaucus, et semblablement d'une iragi - comédie
?|ue la reine mère du roi Ht jouer en son estin, la plus belle et aussi bien et artislement représentée que l'on pourrait imaginer, de laquelle le duc d'Anjou, à présent roi (Henri Hl), voulut être, et avec lui Marguerite de France, sa sœur, à présent reine de >avarre, et plusieurs princes et princesses, comme le prince de Condé, Henri de l orraine (duc de Guise), la duchesse de Nevers, la duchesse d'Uzès, le duc de Itet*, Villequier el quelques autres seigneurs de la cour; et, après la comédie qui fut admirée d'un chacun, je fus choisi pour réciter en la grande salle devant le roi le fruit qui se peut tirer des tragédies, ès quelles sont représentées les actions des empereurs, rois, princes, bergers et toutes sortes de gens qui vivent en la terre, le tuéàtre commun du monde , où les hommes sont les acteurs, et où la fortune est bien souvent maîtresse de la scène et de la vie. Car tel qui représente aujourd'hui le personnage d'un grand prince, demain joue celui d'un bouffon, aussi bien sur le grand théâtre que sur le petit. Le lendemain , pour clore le pas a tous ce3 plaisirs, le roi et lo duc son frère se promenant au jardin aperçurent une grande tour enchantée, en laquelle étaient détenues plusieurs belles dames, gardées par des furies infernales, de laquelle lour deux géants d'admirable grandeur étaient les portiers , qui ne pouvaient être vaincus ni les enchantements défaits que par deux grands princes de la plus noble et illustre maison du monde. Lors le roi et le duc son frère, après s'être armés secrètement, allèrent combattre les deux géants qu'ils vainquirent, et de là entrèrent en ladite tour, où ils firent quelques autres combats dont ils remportèrent aussi la victoire et mirent Un aux enchantements, délivrèrent les dames et les tirèrent de là, et au même temps la tour artificiellement faite devint toute en feu. » Ce mélange de féerie, de plaisirs intellectuels et de jeux chevaleresques peint parfaitement une cour italienne qui réunis-
sait les traditions du moyen âge et les
souvenirs de l'antiquité, comme le Tasse imitait Virgile en chantant la chevalerie et
les croisades.
Le xvii» siècle et principalement le règnede Louis X IV surpassèrent encore cette magnificence ingénieuse. On peut lire dans les Archives curieuses d> ïhistoire de France (2e série, X , rtl et suiv.) , la description des fêtes de Louis XIV. Un des principaux charmes de ces têtes et certainement le plus grand aux yeux de la postérité était la représentation des pièces dramatiques composées par Molière et par Quinault pour cette cour aussi spirituelle que magnifique.
Je me bornerai au récit d'une fete de Chantilly, donnée au dauphin (août i6«t) par le prince de Condé et décrite par Le Grand d'Aussy Vie privée des Français).
«Le dauphin devait arriver au château par la forêt; ce fut par la forêt même que le
E rince prépara la première sur prise agréale qu'il pouvait lui procurer. 11 choisit
Çour cet effet le carrefour nommé la 'able. qui offrait à la vue douze routes différentes percées dans la forêt. Là fut construite, d'après la forme du carrefour, une fouillée, large de q uai anie-cinq pieds, élevée sur une estrade de cinq pieds et accompagnée de douze portiques qui aboutissaient chacun à l'une des douze routes. Des festons de feuillages cl de fleurs ornaient les portiques. La feuillée avait sou dôme, son cintre, ses pilastres et ses appuis en verdure. On y montait par quatre escaliers de douze pieds de large avec une balustrade de chaque côté. La balustrade était formée de branches de genévrier et elle régnait tout autour du berceau. Au milieu de cet édifice se trouvait la table qui devait servir au dîner préparé pour le dauphin. Elleétaii ronde, et, du centre de sa circonférence, s'élevait une grande corbeille d'argent, garuie de fruits et de fleure, et supportée par douze consoles à jour, de vermeil doré. Chacune de ces consoles portait en outre deux petites corbeilles d'argent remplies de fruits. Chacune d'elles répondait à l'une des douze arcades des portiques, et toutes se tenaient entre elles par des guirlandes de fleurs. Au reste, quoique ces divers ornements semblassent, par leur élévation, devoir former an massif ils n'empêchaient néanmoins aucunement la vue, parce que tous étaient à jour. Quand le dauphin fut à une cortaine distance du berceau, on entendit dans la forêt une symphonie de timbales et de trompettes. Le but principal de cette musique était d'avertir de l'arrivée du pmioo les officiers préposes au service de la
FÈT 423
taule, et, en effet, quoiqu'ils eussent cent, yingt plats à sertir, tant en rôti qu'en entremets chuuds , tout se trouva prêt , quand le dauphin parut . Il s'assit pour dîner. Ce service fut relevé par un autre composé d'entremets froids, puis oelui-ci par un troisième composé de fruits. Tous deux avaient le même nombre de plats que le premier. Mais le troisième service offrait encore , outre le9 cent vingt assiettes de fruits , une quantité de jolies corbeilles, les unes ovales, les autre* en losange, et toutes remplies de liqueurs et de glaces. Le dîner fut égayé par les trompettes et les timb îles qui jouèrent sans interruption. Cependant, afin d'adoucir par réloignemcnt ce bruit de guerre, on Us avait placées à quelque distance dans la foret, et d'ailleurs elles se turent au dessert, pour laisser entendre une musique de hautbois, de flûtes, de musettes et d'autres instruments champêtres plus mélodieux et plus doux. Celte symphonie nouvelle semblait annoncer un nouveau spectacle. En effet , à un demi-quart de lieue de distance, dans l'avenue vis-à-vis de laquelle le prince était assis on vit paraître tout à coup une centaine de faunes, d'égipans, de sylvains, de satyres et autres divinités des bois. A leur tête était le dieu Pan, représenté par l.ulli qui les conduisait eu frappant la mesure avec un thyrse. Us marchaient sur trois lignes et s'avancèrent ainsi vers la fouillée, les uns jouant des instruments , les autres au nombre de cinquante et un portant sur la tête des corbeilles pleines de fruits artificiels. Mais ce qui surprit davantage fut vingt et un personnages de la troupe, danseurs de profession, qui arrivèrent par pelotons, armes de massues et montés sur les épaules les uns des autres. Ces différents groupes offraient aux yeux un spectacle singulier et pittoresque, et quoiqvio nécessairement la gêne fatigante d'une pareille position et la fluctuation inévitable d'une si longue marche dussent déranger leurs attitudes, cependant ils les conservèrent jusqu'au berceau fie feuillage. I.à les musiciens qui jouaient des instruments se rangèrent le long de l'escalier, et les danseurs se dégroupant commencèrent un ballet, auquel se joignirent ensuite les cinquante et un personnages chargés de corbeilles. Après cette danse générale, tous entrèrent dans la feuillee, comme pour se donner le plaisir de connaître et d'admirer le fils du grand roi. A sa vue, ils exprimèrent leurs transports par une danse nouvelle; puis ils rentrèrent dans la forêt, mais par une autre route et toujours au son des instruments. Dans cette nouvelle avenue étaient
couchés ça et là différents piqueurs qui
paraissaient endormis. Les satyres et les pans, pour troubler leur sommeil se mirent à chanter tous ensemble ces paroles connues, que le même Lulli , en 1664 , avait mises ou musique pour les fêtes de Versailles et qui avaient fait l'ouverture de la comédie de Molière intitulée la Princesse d'EUdè : holà ho. debout, debout, Lyciscas, debout, etc. Les piqueurs éveillés par le bruit se levèrent en grondant; mais à peine furent-ils sur leurs pieds qu'on entendit sonner du cor et qu'un cerf, lancé près de la fe aillée ,
Kassa sous les yeux du prince, comme par asard. Cette vue excita en lui, dit le nar* raieur, un mouvement involontaire. Il s'écria : Oh ! si j'avais des chiens . et à l'instant même une meute de chiens , comme par magie, traversa la route et s'élauea sur les traces du cerf. Le prince ajoutant qu'il voudrait avoir un cheval pour le* suivre, des chevaux parurent, non-seulement pour lui, mais pourtous ceux qui avaient eu l'honneur de dîner avec lui dans le berceau. Tous le suivirent . et alors commença la chasse qu'on avait préparée. » Ces fôtes, commo le dit avec raison Le Grand d'Aussy, rappellent les enchantements magiques des Mille et une Nuits produits par la baguette de quelque fée puissante; mais elles n'étaient destinées qu'à un petit nombre de spectateurs, et coûtaient à la France des sommes énormes. Les fêtes ne commencèrent à devenir réellement nationales, qu'a l'époque de la révolution.
S V. Fêtes nationales*. — Une des premières, des plus splendides et des plue pures fêtes nationales, fut la fédération ivoy. ce mol). Les Français s'unissaient pour défendre la liberté et la patrie.
L'anarchie, les violences, la guerre ci* vile et les supplices n'avaient point souillé l'émancipation du peuple, lorsque les représentants des départements , l'assemblée nationale et le roi se réunirent au champ de Mars (U juillet 1790). Soixante mille fédérés assistaient à cette cérémonie, et plu» de quatre cent mille spectateurs couvraient les terrasses latérales. Au milieu du Champ de Mars s'élevait l'autel do la patrie où l'on montait par vingt-ejuq gradins. Troie cents prêtres, revêtus d'aubes blanches et d'erharpes tricolores, assistaient l'éveque (l'A u lun qui odioiait. La musique- et le canon accompagnaient les chants du chœur. L'office divin terminé, La Fayette reçut du roi la formule du seraient, et la porta sur l'autel. Le général , l'armée , le président, l'assemblée et le roi jurèrent ensuite d'exécuter la constitution
AU FÊT
qui serait votée par l'assemblée nationale et sanctionnée par le roi. Les témoins de cette scène imposante attestent que l'enthousiasme éiait général. Au bruit des canons et de la musique militaire, au son des tambours, les gardes nationaux agitaient leurs baïonnettes, leurs bonnets, leurs épées avec un frémissement électrique ; des acclamations retentissaient de toutes parts. La joie et l'espérance étaient universelles. Des danses sur les ruines delà Bastille, un festin qui réunissait vingt-quatre mille convives , des bals populaires manifestaient l'élan du peuple et de la nation, aspirant à une ère de liberté et d'ordre, de prospérité et de grandeur. Malheureusement les divisions intestines, la lutte du roi et de l'assemblée, l'émigration troublèrent bientôt cette harmonie, et dissipèrent les illusions. I,a seconde fête de la fédération ( 14 juillet 1791) avait déjà un caractère menaçant; on y brûlages insignes des puissances déchues. La haine avait succédé à la concorde.
La Convention multiplia les fêtes nationales, mais sans pouvoir ranimer l'enthousiasme de la première fédération. Un mélange bizarre de paganisme symbolique, de souvenirs grecs et romains, de manifestations haineuses contre la royauté et les anciennes classes privilégiées, donnèrent à ces fêtes un aspect étrange et sinistre. Ce n'était pas là l'expression du génie français. Les fêtes extravagantes du cuits de la ration (voy. Raison, culte de la) étaient encore bien plus loin de présenter le caractère de fêtes nationales. La fêle des victoires , à l'occasion de la reprise de Toulon, rappelait du moins la gloire des armées françaises; elles étaient représentées par quatorze chars remplis d'invalides et de blessés. La fête de l'Etre suprême fut célébrée le 9 juin 1794 (20 prairial an il). La Convention nationale se rendit dans un appareil solennel au jardin des Tuileries, et Robespierre mit le feu à des figures allégoriques qui représentaient l'Athéisme, l'Ambition, l'Égoïsme, la fausse Simplicité. La statue de la Sagesse apparut alors au milieu de la fumée, et fut saluée d'acclamations.
Robespierre prononça ensuite un discours , et l'assemblée se dirigea vers le Champ de Mars. Un char de forme antique, traîné par quatre taureaux, portait les emblèmes de ragn< ulture. Arrivée au Champ de Mars, l'assemblée prit place au sommet d'une montagne artificielle; Plus de deux mille musiciens chantèrent des hymnes de Marie -Joseph Chénier,
FEU
mis en musique par Méhul , Chérubini, etc. La cérémonie se termina par le serment des jeunes républicains qui juraient devant les vieillards de mourir pour la patrie. C'étaient toujours des réminiscences plus ou moins exactes de Sparte et d'Athènes que Ton donnait pour des fêtes nationales. Le culte de l'Être suprême ne dura pas plus que le culte de la Raison. En 1796 (29 mai), la fite de la jeunesse , et dans la suite les fêtes de l'agriculture , de la bienfaisance, des oons ménages, de la souveraineté du peuplé , etc. , présentèrent le même caractère. Elles disparurent avec la république. On a tenté de les faire revivre en 1848, oh l'on a célébré des fêtes en l'honneur de Pagrirulture et de l'industrie ; mais ces allégories n'ont pas mieux réussi que sous la première république. Une fête nationale ne fait que rappeler et développer des sentiments qui sont déjà dans le cœur de la nation; elle les traduit et les rend vivants; elle excite le patriotisme par de grands souvenirs. A ce point de vue, on peut regarder comme une véritable fête de la France la translation des cendres de Napoléon aux Invalides, en 1840 (8-14 décembre). L'émotion profonde et l'enthousiasme sincère d'une foule immense attestèrent que c'était là un événement national. La constitution de 1852 a établi une fête nationale qui doit être célébrée le 15 août de chaque année.
FEU CROISSANT et FEU VACANT. — Termes de coutumes; ils désignaient le droit d une gerbe de froment, que les hommes de mainmorte ou affranchis devaient au seigneur dans quelques cantons de la Bresse. L'origine de ces expressions feu croissant et feu vacant est fort obscure et fort incertaine. Le sentiment de Philibert Chollet, dans son commentaire sur les statuts de Savoie, est que ces mots signifient la vie d'un homme qui est sujet à o-tte redevance depuis sa naissance jusqu'à sa mort. Il dit encore que par ces mots feu croissant . on marque que ceux qui demeurent dans le paya et qui augmentent le nombre des habitants et des feux sont sujets à celte redevance, et que ceux qui vont demeurer ailleurs , et par là font feu vacant, n'en sont pas exempts.
FEU D'ARTIFICE. - Voy. Fétbs.S «1.
FEU CHÊCEOIS. — Le feu grégeois ou grec fut inventé vers 668 ou 670, parle Syrien Callinique , sous le règne de Constantin Pogonat. Les Grecs s'en servirent d'abord pour repousser les Arabes qui assiégeaient Constantinople. Mais dans
la suite les Arabes s'emparèrent de cette invention, et en firent un usa^e terrible contre les croisés français On prétend que c'était un compose de nai-hte, de soufre et de bitume. Ce qui est certain , c'est qu'il avait la propriété de brûler dans l'eau , et y puisait même de nouvelles forces. Ce fut principalement dans les expéditions de sainlLouisque les croisés eurent à souffrir du feu grégeois. Les Arabes Isnçaient ce frtl au n.oyen d une machine qui ressemblait à un mortier; il traversait l'air ct»mme un globe de feu, laissant après soi une traînée lumiueuse, et causait d'effroyables ravages partout oii il tombait. Du Cangc, dans ses Observations sur Joinville, a traité de la nature et des effets du feu grégeois.
FEU DATAI K E. — Vassal qui tenait une seigneurie ou un droit en fief, et dépendait d'un seigneur dominant. Voy. Féodalité.
FEUD1STE. — Les feudùtes étaient les Jurisconsultes versés dans la connaissance des \M féodales.
FEUILLANTINES. — On donnait ce nom, vers 1646, à des chansons satiriques
3u'avait provoquées l'emprisonnement 'une femme aux Feuillantines. Tallemiint des Itéaux cite la chanson qui courut alors toute la France. On en fit même l'application à la reine Anne d'Autriehc, contre laquelle commençait à se manifester le mécontentement des grands et des membres du parlement, qui allait éclater dans la Fronde. — On appelait aussi feuillantines, une espèce de pâtisserie feuilletée.
FEUILLANTS, FEUILLANTINES. - Ordres religieux qui tirent leur nom de Pabbaye de Feuillants, à peu de distance de Toulouse. Cette abhaye, qui était de l'ordro de Ctteaux, lut reformée par Jean de La Barrière, a la fin du xvr» siècle, et devint chef d'ordre. Voy. CLEKGÉ REGULIER.
FEUILLANTS (Club des). - Voy.CLCB.
FE un .LA un. — En termes de blason , on appelle les lambrequins feuillards , à cause de leur ressemblance avec la feuille d'acanthe.
FEUILLE DES BÉNÉFICES. — Depuis que les bénéfices ec« lésiastiques étaient à la disposition du roi, on avait dressé une liste des bénéfices à accorder et de ceux qui y prétendaient. Cette feuille des bénéfices était ordinairement conliée à un des aumôniers du roi ou au grand aumônier de France. Le prélat, qui disposait
de la feuille des bénéfices , était une espèce de ministre des anaires ecclésiastiques.
Il avait une grande influence , principalement au xvine siècle.
FEU R.— Terme des anciennes coutumes qui signifie prix, valeur, quelquefois frais de culture. Ainsi , ta coutume de Paris chap. i«r, art. 38 ) , dit que le seigneur féodal, qui met en sa main , par faute de devoirs non remplis, un fief, dont des terres ont été données à ferme, doit rendre au fermier ses feurs et semences. Dumoulin entend ici par feurs les frais de culture.