‹ Dictionnaire historique des institutions (volume 2)Chapitre 223 sur 300 · FEU SACRE OU FEU SAINT-ANTOINE · texte numérisé non relu

FEU SACRE OU FEU SAINT-ANTOINE

— Mal des ardents. Voy Ardents.

FEUX. — Ce mot était souvi nt employé autrefois dans le j-ens de maisons et famille. Certaines provinces payaient un impôt nommé fouage , qui se percevait par feux ou maisons, on a orétendu que l'établissement de cette taxe date du règne de Charles V; mais on trouve plusieurs exemples de fouage avant cette époque ; seulement on peut dire que Charles V multiplia les fouages et tenta de les rendre permanents : en 1369, il or tonna de lever quatre li\ res par feux dans les villes, et trente dans les campagnes; en 1374, il imposa un fouage de six livres dans les villes , et de deux livres dans le plat pays ; en 1377, il ordonna que le fouage serait

fiayé à trois époques de l'année, et il fixa es termes. Ces impôts provoquèrent des révoltes , principalement en Languedoc ; aussi Charles V otdonna-t il sur son lit de mort que les fouages fussent abolis. En Normandie , on appelait fouage un impôt qui se percevait de trois ans en trois ans , et dont parle la vieille coutume de Normandie , au chap. xv. « Il est appelé fouage , dit cette coutume , parce que ceux qui le payent tiennent feu et lieu. » A cette occasion , Pasquier, dans ses Recherches (livre VIII, chap. xlvui), fait remarquer que l'expression proverbiale être sans feu ni lieu, vient aussi de la signification de domicile , donnée au mot feu. « Ainsi dismes-nous eeire sans feu et sans leu, quand nous voulusmes représenter un homme qui n'avoit aucun domicile asseuré. »

FEUX DE JOIE, FEUX DE LA SAINT- JEAN. — Les feux de joie ont été usités de tout temps en France, et paraissent remonter jusqu'au paganisme. Les feux de la Saint-Jean sont restés les plus célèbres; les écrivains, qui ont traite de cette coutume, ont cru y voir, non sans vraisemblance, un souvenir du culte du soleil Ces feux allumés au solstice d'été paraissent, en effet, se rattacher a dos

FEU

traditions mythologiques. A Paris, le feu de la Saint-Jean était allumé en grands pompe par les échevins. On peut lire, dans les Antiquités de Paris , par Sauvai , le détail de toutes les dépenses qu'on y faisait en symphonie, bouquets, chapeaux de roses , torches de cire , dragées musquées, confitures sèches , tartes de massepains, etc. L'abbé Lebœuf, auquel on doit quelques renseignements sur les feux de la Saint-Jean, publiés dans le Journal de Verdun, en 1749 et I7frl, ajoute une circonstance bizarre , c'est qu'on y brûlait vivants un grand nombre de chats. Il cite la pièce suivante qui constate cet étrange usa^e: «« A Lucas Pommereux , l'an des commissaires des quais de la ville, cent sols parisis, pour avoir fourni durant trois années finies à la Saint- Jean 1S73, tous les chuts qu'il fallait audit feu, comme de coutume, même pour avoir fourni , il y a un an , oh le roi y assista, un renard, pour donner plaisir à sa majesté, et pour avoir fourni un grand sac de toile où ctaient lesdits chats. »

Les feux appelés bures ou brandons, se rattachaient également au paganisme. Le premier dimanche de carême , les paysans parcouraient les campagnes avec des torches. Cette coutume rappelait une cérémonie des païens qui , armés de torches, purifiaient les champs, afin d'en écarter les mauvais génies. Le christianisme ne pouvant déraciner ces superstitions les consacra; il bénit les feux et les torches avec lesquels les paysans parcouraient les campagnes. Ces courses étaient ordinairement suivies de danses. L'usage des brandons s'est conservé jusqu'à nos jours dans quelques parties de la France.

Quelquefois les feu x de joie étaient allumés pour célébrer une victoire, lo mariage d un prince ou tout autre événement solennel. Lorsque les Italiens eurent introduit au xvi« siècle l'usage des feux d'artifice, on les préféra aux feux allumés sur les places publiques. On trouve quelques exemples de feux annuels qui servaient à perpétuer le souvenir d'un événement mémorable. Tel était à Paris le feu de la rue aux Ours. Un soldat ayant été brûlé dans cette rue , le 3 juillet 1418,

Kur avoir commis un sacrilège , on établit isage qui se conserva jusqu'en 1743 , d'allumer un grand feu chaque année à l'anniversaire de cet événement. Une confrérie spéciale , désignée sous le nom de société de la Vierge de la rue aux Ours, promenait à travers les rues de Paris un mannequin d'osier qui représentait le soldat sacrilège. La cérémonie du feu avait lieu ensuite au milieu d'un immense concours de peuple, te rot de la confrérie

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