‹ Dictionnaire historique des institutions (volume 2)Chapitre 23 sur 300 · LETTRES, SCIENCES ET ARTS · texte numérisé non relu

LETTRES, SCIENCES ET ARTS

Des lettres au moyen âge. — Les monastères servirent d'asile aux lettres après la chute de l'empire romain ; mais , au milieu des invasions gui mettaient sans cesse la société en péril, les travaux intellectuels n'étaient guère possibles. Quelques chroniques enlatin barbare . des œuvres théologiques, des poèmes sans inspiration, attestent ta décadence de la littérature. Elle se releva sous Charlcraagne, ^ràce à la forte impulsion de Y école palatine; Éginhard, qui sortit de » ette école, est un des esprits les plus cultivés des temps barbares ; même pendant la décadence de l'empire carlovingien , les lettres ne tombèrent jamais aussi bas que sous les rois fainéants. Il y eut après le x* siècle une sorte de renaissance intellectuelle qu'un écrivain du xi« siècle, Raoul Glaber, a caractérisée dans un style presque poétique : « Il semblait, dit-il , que le monde secouât ses vieux vêtements pour revêtir la robe blanche des églises. > C'est, en effet, par la construction de vastes monuments que se signala d'abord ce développement de la civilisation. Les églises, de style roman auxr siècle, de style ogival au xir siècle et dans les siècles suivants, marquent une des plus vigoureuses aspirations du génie moderne pour secouer la barbarie ; elles correspondent à l'essor des croisades, à l'émancipation de l'esprit humain qui se manifeste par les chants des troubadours et des trouvères. L'inspiration religieuse et guerrière eut seule l'honneur de ces premiers monuments du génie artistique et littéraire de l'Europe moderne.

A cette époque, la diversité des idiomes répondait à la diversité des populations, des mœurs, des lois et du gouvernement; la France se partageait en deux langues principales , la langue d'Aoc au aud, la langue d'oiJ au nord, et chacune de ces langues se subdivisait en une foule de patois provinciaux. L'unité de langue, et par conséquent de littérature, a été une des conséquences de k l'unité politique. La guerre des Albigeois, qui a contribué à sou-

lxiv INTRODUCTION.

mettre la France méridionale au joug des hommes du nord , a étouffé au milieu des flammes la voix des derniers troubadours. Les œuvres poétiques de Thibaut de Champagne, de Guillaume de Lorris, de Jean de Meung, les chroniques de Ville-Hardouin, de Joinville et de Froissart, contribuèrent à faire accepter de toute la France une langue qui avait le mérite de la clarté et de la précision, et qui répondait, dès cette époque, aux qualités de l'esprit français. Vainement on institua les jeux floraux de Toulouse pour ranimer le génie de la poésie méridionale; le français du nord prévalut et devint la langue littéraire, en môme temps que la langue politique. La fondation de collèges et d'établissements scientifiques par saint Louis et ses successeurs, la bibliothèque royale qui date de Charles V, l'organisation de la confrérie de la Passion pour la représentation des mystères, l'introduction de l'imprimerie en France sous Louis XI, furent des événements qui favorisèrent le progrès intellectuel de la nation.

'Renaissance. — Louis Xlt et François I,r appelèrent d'Italie des savants et des artistes illustres: les Lascaris, les Démélrius, les Claude de Seyssel répandirent le goût de la littérature classique, pendant que le Rosso, le Primatice et Léonard de Vinci, ornaient de peintures et de sculptures les palais élevés par François Ier et Henri IL Guillaume Budée recueillait en Italie de précieux manuscrits pour la bibliothèque Royale, et contribuait à la fondation du collège des Trois- Langues. L'établissement d'une imprimerie pour le grec fut encore un bienfait de ce règne fécond en choses utiles et brillantes. Une littérature savante imitait l'antiquité, en même temps que le poète favori du père des lettres, Clément Marot, continuait, en la surpassant, l'école naïve des trouvères.

Malheureusement, la reproduction peu intelligente des formes grecques et latines, le manque de direction sous les derniers Valois, l'anarchie du monde intellectuel et moral, non moins déplorable que celle du monde politique, égarèrent pour quelque temps le goût français. Mais avec Henri IV, l'ordre reparut. Ce prince compléta l'œuvre de François I" en élevant les bâtiments du Collège de France sur la place de Cambrai ; il assura le traitement des professeurs et lecteurs royaux, et appela en France Casaubon, un des princes de l'érudition. « Faites-lui donner, écrivait-il à Sully des moyens pour s'en-

i. Voy. Forbonnais, Recherches sur les finances, t. 1, p. 46, édit.in 4.

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