‹ Dictionnaire historique des institutions (volume 2)Chapitre 274 sur 300 · K> HAB · texte numérisé non relu

K> HAB

un caeaquin de velours gris garni de petites tresses d'argent à deux doigts l'une de l'autre et doublé de toile d'argent toute

découpée.»

La magnificence n'était pas toujours réglée par le goût, et des hommes d'un rang inférieur affichaient souvent un luxe insensé. « J ai oui dire, raconte Brantôme (Capitaines français ), que, pour un premier jour de mai , un caporal de la colonelle ( ir* compagnie i comparut le matin à la messe, habillé tout de satin vert, et ses bandes de chausses toutes rattachées de doubles ducats, d'angelots et de nobles, jusques à ses souliers.» Parmi les innovations que présente le costume de cette époque, on ne doit pas oublier l'usage des i>as de soie qui date du r^gne de Henri II. Ce ruien por&, dit-on, le premier en 1559. Les classes aristocratiques l'imitèrent, tandis que les classes intérieures conservèrent l'ancienne mode des chausses et des hauts-de-chausses tout d'une pièce.

Ce vêtement avait reçu des Vénitiens le nom de pantalon qu'il a toujours conservé.

La cour des derniers Valois présentait un étrange mélange de mœurs élégantes et d'extravagantes bizarreries. Elle passait des fêtes les plus licencieuses à des processions où le roi et ses courtisans se couvraient du froc des pénitents. Même au milieu de leurs plaisirs, ils aimaient A rappeler la pensée de la mort. Henri Ht portait sur ses vêlements de luxe des boutons d argent en forme de tètes de mort ( Comptes de l'argenterie des rois de France, par Douét-d'Arcq ). C'est surtout à cette époque que s'applique le mot de Voltaire sur le xvi* siècle, qu'il appelle une robe d'or et de soie tachée de sang et de boue.

Sous Henri III, particulièrement, les fraises à grands plis, ou, comme on disait alors, à grands godrons, donnaient au vêtement des hommes un caractère efféminé. On portait le manteau court, la cape sur l'épaule . la toque à peine posée sur la tête.»* J'ai volontiers imité, dit Montaigne, cette débauche qui se voit en notre jeunesse au port de leurs vêtements : un manteau enécharpe, la cape sur une épaule, un bas mal tendu qui représente une fierté dédaigneuse de ces parvenus étrangers. »

Habillement des femmes à cette époque. — L'influence des modes italiennes sur les vêtements des femmes ne fut pas moins considérable. Dès le temps de Charles VIII, les historiens français étaient frappés de la magnificence des costumes italiens. André de la Vigne, qui a retracé le voyage de Charles VIII à Naples , parle en ces termes de l'habillement de la princesse de Piémont : «< Au-devant

du roi vint la notable dame princesse de Piémont somptueusement parée de vêtements magnifiques ; car elle était habillée d'un fin drap d'or frisé , travaillé a l'antique , bordé de gros saphirs , diamants , rubis et autres pierres fort riches et précieuses. Elle portait sur son chef un tas d'affiquets de fin or, remplis d'escarboucles , de balais et d'hyacinthes , avec des houppes dorées . de gros fanons et des bouquets d'orfèvrerie, m ignardement travailles. File avait à son cou des colliers garnis de perles orientales , des bracelets de même à ses bras et autres parures fort rares, et ainsi richement vêtue elle était montée sur une haquenée, laquelle était conduite par six laquais de pied, bien accoutrés de fin drap d'or broché. » Ce luxe n'était pas particulier aux princesses. Jean d'Aulon , l'historien de Louis XII , raconte que , dans un banquet donné à Milan par Jean-Jacques Trivulce au roi i.oms XU , on vit paraître plus de douze cents dames. « toutes vêtues de drap d'or ou de soie , toutes avec des accoutrements neufs et tant riches qu'elles semblaient être reines ou princesses. Les unes portaient des robes de drap d'or mi- parti de velours cramoisi ou de fin satin, de diverses couleurs Plusieurs avaient des robes toutes de drap d'or frisé ; les autres à grands soleils d'or mi-partie de velours et de satin cramoisi. »

Les dames françaises imitèrent le luxe des italiennes. Elles ornèrent leurs coiffures de perles, de joyaux et de

Iiierreries. Marguerite de Valois donna 'une des premières l'exemple de se coiffer en cheveux et d'y semer queiquefois des pierres piécieuses. Brantôme abonde en détail» sur l'habillement de cette princesse , dont il admire le goût, l'élégance et la beauté. « Je l'ai vue, dit-il, s'habiller quelquefois avec ses cheveux natures, et encore qu'ils fussent fort noirs , elle les savait si bien tortiller, friser et accommoder, en imitalion de la reine d'Espagne sa sœur, que telle coiffure et parure lui séait aussi bien ou mieux que toute autre que ce fût.... L'n jour de Pâques fleuries, à Moi» , je In vis paraître à la procession si belle que rien au monde de si beau n'eût su se faire xpir. Son beau visage blanc , qui semblait un ciel en sa plus grande et blanche sérénité, était orné par la tète de grande quantité de grosses perles et riches pierreries, et surtout de diamants brillants, mis en forme d'étoiles. Son beau corps , avec sa riche et haute taille, était vêtu de drap d'or frisé le plus beau et le plus riche qui fut jamais vu eu France. » Les éventails commençaient à

être de mode. Marguerite de Valois donna à la reine Louise de Lorraine un éventail fait de nacre de perles , enrichi de pierreries et de grosses perles , si beau et si riche, qu'on disait être un chef-d'œuvre et l'estimaitron plus de douze cents écus. » ( Brantôme, Dames illustres. )

Masques; vertugadins. — Les dames de noble naissance couvraient souvent leur visage d'un masque de velours noir pour préserver la délicatesse de leur peau des atteintes de l'air. C'est aussi vers le même temps qu'elles commencèrent à porter un sac de velours richement orne ou elles enfermaient leurs livres d'heures. Les collets montés et brodés, et un peu plus tard l'usage du rouge , des mouches et de la poudre entraient dans la toilette d'une femme élégante. On employa, dès le xvi« siècle , des éclises de bois pour presser la taille et lui donner plus de finesse et de grâce; on se servit eusuite des buses , des corps de baleine et des corsets dans le même but. C'est aussi par le désir de faire paraître la taille plus mince que s'explique l'usage bizarre des vertugadins , modèles des paniers. Le nom et Ja chose étaient venus de l'Espagne. « Four faire un corps bien espm- «nolé, dit Montaigne, quelle géhenne les femmes ne souffrent-elles pas, guindées et sanglées avec de grosses coches sur les côtés jusques à la chair vive, oui quelquefois à en mourir. » Dès le temps de François Ier, l'usage des vertugadins s'était introduit en France; on le conserva au xvie siècle ; mais on y renonça au siècle suivant, et M™* de Motteville décrivant le guard*infante ou vertugadin , qui s'était conservé en Espagne le trouve fort ridicule. « Le guard-tnfante des Espagnoles, dit-elle f Mémoires, édit. Petitot , XL , 54 ) , était une machine à demi- ronde et monstrueuse ; car il semblait que c'étaient plusieurs cercles de tonneau cousus en dedans de leurs jupes, hormis que les cercles sont ronds et que leur guard infante était aplati un peu par devant et par derrière , et s'élargissait par les côtés. Quand elles marchaient, cette machine se haussait et se baissait et faisait enfin une fort laide figure, w Ces modes paraissaient déjà extravagantes au xvi« siècle. La Noue , dafft ses Discours politiques et militaires, dit que « cette inconstance dénote une grande légèreté d'esprit , dont s'ensuit la purgation des bourses et matière de risée aux étrangers. Car, quand nous allons en leur pays et qu'ils aperçoivent ces grandes fraises et vertugadins des femmes, et les longs cheveux des hommes, et leurs

épées qu'ils portent derrière le dos , ils courent après , comme le? petits enfants de Paris (ont après maître Gonin. » Il était d'usage à la cour de Catherine de Médicis de porter des gants parfumés; on les appelait Frangipane», du nom d'un comte italien , Frangipani , qui en avait apporté la mode en France.

S V. Habillement des Français au xvii" siècle. — Henri IV et la génération belliqueuse qu'il avait menée à la victoire donnèrent aux costumes un caractère plus sévère. Mais le luxe et tous ses raffinements reparurent sous Louis XIII et Louis XIV. Le chapeau brodé et surmonté d'une plume , les fraises, les collerettes , les rabats, le> dentelles, enfin la cravate empruntée aux Croates ou cravates et substituée aux collets rabattus; l'abondance des rub ns et des canons : voy. Canons), les bottines molles et larges ; par fois les talons rouges comme signe de distinction aristocratique, tels furent les principaux caractères du costume des hommes à l'époque de l ouis XIII.

Sous Louis XIV, on retrouve les mêmes vêtements avec plus de magnificence.

L'Aabtf remplaça le* pourpoints et justaucorps. Au lieu do serrer la taille comme le justaucorps, l'habit de cette époque était ample et garni de boutons et de poches sur les côtés. D'immenses perruques (voy. Perauques) remplacèrent les coins du règne précédent; elles encadraient la tête, et rehaussaient la taille. Les habits d'étoffe précieuse , ornés de broderies, la veste non moins somptueuse, les culottes de velours, les bas de soie et les souliers à boucles composaient un costume qui unissait la richesse à l'élégance. Mais cette grandeur était un peu roide et monotone : elle rappelle l'architecture noble , régulière , mais froide et compassée des monuments de ce règne.

On trouve dans nlusieurs passages des comédies de Molière et dans un grand nombre de lettres de M*« de Séviuné la critique ou la description des modes de cette époque. Dans V Avare acte III , se. v ), Harpagon parle de ces jeunes t;ens avec leurs trois brins de barbe f élevés en barbe de chat , leurs perruques d'étouppes , leurs hauls-de-chuusse tombants, et leurs estomacs débraillé*. Un passage de la scène première de Pacte II «le Don Juan contient aussi la critique du costume des élég -nts de cetie époque.

Louis XIV voulut que ses courtisans , comme ses troupes, eussent un uniforme; on appela ce costume officiel habit à brevet , parce qu'on ne oouvait le porter qu'en vertu d'un brevet du roi (voy. Brevet). V habit à brevet était de rigueur

être reçu à la cour. Tous les nobles, admit à l'honneur de suivre la chasse du roi ou ses voyages, devaient porter ce costume, il était bleu et orné d'une riche broderie; mais sans dinquant ni paillettes. «On portait alors, dit Voltaire, des casaques par-dessus un pourpoint orné de rubans ; et sur cette casaque passait un baudrier, auquel pendait Cépée.

On avait une espèce de rabat a dentelles , et un chapeau orné de deux rangs de plumes. Cette mode, qui dura jusqu'en l'année 1084 , devint celle de toute l'Europe, excepté de l'Espagne et delà Pologne. »

M™* do Sévûtné parle souvent des costumes magnifiques que portaient les princes et tes- seigneurs de la cour.

Dans une lettre où il est question du mariage du prince de Conti, elle s'exprime ainsi: « I.'habit de M le prince de Conti était inestimable. C'était une broderie de diamants fort gros, qui suivait les compartiments d'un velouté noir sur un fonds de couleur de paille.... La doublure du manteau était d'un satin noir piqué de diamants comme de la moucheture. »

Habillement des femmes au xvu* siècle; transparents, — On retrouve dans la toilette des femmes le même goût et la même magnificence. M" de Sevigné , parlant d'un présent fait par Langlée à MM de Montespau , dit qu'il lui a donné «une robe d'or sur or, rebrodé d'oi-, et par dessus un or frisé rebroché d'un or mêlé avec un certain or qui fait la plus divine étoffé qui ait jamais été imaginée. » Elle mentionne dans une lettre Ee 1676 , une mode nouvelle, celle des transparents : « Avei-vous ouï parler des transparents? Ce sont des habits entiers des plus beaux brocarts d'or et d'azur qu'on puisse v<>iret par dessus des robes noires transparentes ou de belle dentelle d'Augleterre ou de chenille veloutée sur un tissu, comme ces dentelles d'hiver que vous avez vues. Cela compose un transparent qui est uu habit noir et un habit tout d'or ou d'argent ou de couleur comme ou veut , et voilà la mode. »

Palatines; manchons : steinkerques ; fontanges ; coiffure des femmes. — L'nabi uide de porter des robes dégagées eut pour conséquence l'emploi des ce harpes , mandates ou mantilles espagnoles , des pelisses empruntées aux peuples du nord , des palatines ainsi nommées de la princesse qui les introduisit en France. L'usage des manchons commença à devenir plus commun , quoique ces fourrures fussent toujours réservées aux femmes de haute qualité. L'origine des

steinkerques mérite d'être rapporte. Lt 3 août 1692, l'armée française commandée par le maréchal de Luxembourg fui surprise par le roi d' Angleterre Guillaume M, près du village de Steinkervie. Les officiers français n'eurent yat \e temps de jeter négligemment leurs cravates autour du cou et de s'élancer ce:.1.-* l'ennemi qu'ils battirent. Les oBcien continuèrent de porter ainsi leurs rr*vates, comme un glorieux souvenir; te femmes les imitèrent. De là le noœ isteinkerques ou de fichus à la Sia* kerque , donné à ces cravates qu'on râlait autour du cou avec une négligea* qui n'était pas sans recherche.

A cette époque , les femmes coamiec quelquefois leur chevelure de dentelles > y eutre laçaient des rubans. Les (onta#p qui eurent un instant de vogue, n'étaien qu'un noeud do ruban qui se plaçait ■ le front. Cette mode dnt son nom et so: éclat passager à la duchesse de Fosunee qui mourut en 1681 , après avoir rep un instant à la cour de Louis XIV. L*rde disposer et d'orner la coiffure de-femmes fut, vers la fin du rtP*.^ ce prince , poussé jusqu'à la dernière exagération. On avait donné noms aux différents étages de la coiffure si l'on peut s'exprimer ainsi. On votai sur une base en fil de fer s'élever larfsc h esse, le solitaire, le chou, le mosiquetaire , le croiisani , le firmament, « dixième ciel et la souri*. Vu poète * dernier siècle comparaît cet édifice de la chevelure des femmes à la mature d an vaisseau voguant sur les ;

Un» palissade d« fer Sou il- ni U sa part De» hanta ru y «a a Tel,.»

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Mouchts. — L'usage des mouches danla toilette des femmes était fort répandu au xvii* siècle. Une pièce légère datte de 16S6, parle de cette mode. L'auteur, qui signe la bonne faiseuse, s'exprime ainsi i

J'en ni de Mates Ua façons

Pour r.ldou i Et pourvu i

Les jpclM 1

Oa «Te le* met Jamais m Si ma movCkr est miie Tel galant qui tou» fait la aiqar .

S'il D'est pria aujourd'hui s'y trouva F* Qu'il aoit indifférant oa qu'il fasse U A la fin l.i mouche le

L'auteur indique ensuite l'origine *f mouches dans un petit conte nijt*»0**' gique trop long pour trouver oh» »**

me bornerai à constater qu'il aun&«e

au xvn« siècle PinYention de cette mode:

Ce diou redouté des humains oui «ait toujours mil)* dessein* Contre la. liberté des hommes Hit en Yo§*ue . au sit*ie ou nous sommes , Toutes ces belle» mouches-là. (Hs. Conrart , in-ft»l., t. XI, p. 318 et 318 ; bibl. de l'Arsenal .)

La Fontaine, dans la fable de la Mouche et la Fourim , fait aussi allusion à cette mode. La mouche dit à la fourmi :

Je Et la

d'un teint la blanebewr naturelle , «u« met à r t béante

( est un ajustement des mauck** emprunt*.

Chaussure de* femme*.— La chaussure des femmes devint beaucoup plus élégante au xvu# siècle. Pendant longtemps elle

paux personnages. ï.e roi lui-même en donnait l'exemple. On se rappelle que, dans un moment de colère contre Lauzun, il jeta sa canne par la fenêtre pour ne pas frapper un gentilhomme.

$ VI. Habillement de» Français au xvin* siècle. — Le xviir» siècle fut pour la cour l'imitation et l'amoindrissement de l'époque de Louis XIV; les costumes eurent le même sort que les institutions. Le luxe des vêtements, comme celui des meubles, prit à la cour de Louis XV un carac - 1ère moins noble; la recherche succéda à la magnificence et devint bientôt de l'affectation et du mauvais goût. Aux perruques incommodes, mais majestueuses du xvii* siècle, on substitua des perruqnea à

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avait été la même que celle des Les nobles dames, obligées de s< haqnenées pour vovager ou aller par la ville, portaient des bottines de cuir qui montaient jusqu'à la moitié de la jambe. Mais, lorsqu'au xvir» siècle l'usage des chaises à porteurs et même des carrosses fut devenu commun, les femme* de condition rem placèrent ce» bottines peu élevantes par des souliers de satin ou d'autres étoffes précieuses. I-eur chaussure devint alors aussi gracieuse que délicate; de hauts talon» servirent àrebausserla taille; des rubans et ensuite de» boucles ornèrent le» souliers des femmes comme ceux des hommes. Elles portaient souvent, à cette époque , des bas de soie vert» avec de» coins de couleur rose.

Parmi les bijoux qui ornaient, au xvir» siècle, la toilette de» femma», on remarque les montres en or qui unissaient la richesse de la matière au luxe et à la délicatesse des ornements, l-ea perfectionnements de l'industrie moderne ont à quelques égards laissé bien en arrière ces montres du xvir» siècle; mais elles n égalent pas toujours le fini de» ciaelures et la richesse des Incrustations. Les tabatières en or commencèrent, dès l'époque de Louis XIV, à faire partie du costume des femmes de haute naissance. Elles portaient aussi des oannes à poignée d*or artistemen t ciselée. Cet usage remontait a une époque fort ancienne. On raconte que, dès le temps du roi Robert (906-losi), les femmes noolesporttientdepetites oannes, dont la pomme était ornée de figures d oiseaux. La canne resta longtemps un signe de distinction et de commandement. Quelquefois les person nages éminents se faisaient suivre de valets de pied qui portaient des cannes. l>es majors des régiments se servaient de la canne pour faire ranger les soldats. A la cour de -7,

queue, a bourse, à l'espagnole, à la financière ; peu à peu l'usage des perruques disparut. La poudre fut alors employée par les hommes et par les femmes pour dissimuler les ravages du temps ( voy. Poudre ). Les vêtements des nobles eurent moins d'ampleur et de dignité, sans être plus commodes. Les femmes revinrent aux panier» et multiplièrent dans leur toilette les raffinements du luxe, sans pouvoir arriver à l'air de dignité et de grandeur naturelle qui avait caractérisé le règne précédent. Des bottes d'or et d'argent ciselées, incrustées . émaillées , ornées de peinture», renfermèrent la poudre que Jean Nicot avait importée en France à l'époque de Catherine de Médicis et qui en garda longtemps le nom de ntcotiane. Le»

femmes, qui avaientadopté cette mode par caprice et par un attrait de nouveauté, ne tardèrent pas à s'en dégoûter. Elles substituèrent des bonbonnières aux tabatières. Le luxe des éventails fut aussi porté très-loin au xvin» siècle ; dan* l'origine, ils étaient formés de plumes. Plus tard on lit des éventails d'ivoire et d'autres matière*, qu'on orna de ciselures, de sculptures et de peintures qui avaient quelquefois une grande valeur. Toua ces détails de costume, quelque riches et précieux qu'ils fussent, portaient toujours le cachet ne ce e;oût maniéré qui, fatigué de la véritable beauté, y substituait le* caprices d'une imagination déréglée.

Un trait caractéristique du xviir» siècle fut l'imitation des mœurs aussi bien que de» idées de l'Angleterre, Le costume français avait plus d'une fois emprunté des modes étrangères. Au xvr» siècle, principalement sous les dernier* Valois, le goût italien avait dominé en France avec ses raffinements et son ele«ance un peu recherchée. Puis , vint l'imitaCion esDaanole dans le costume , comme dans la littérature. Un des méritai de l'époque XIV est d'avoir

caise. Sous ce règne . la France donna amis ei le chancelier lui en parlèrent. Le

h Ion a l'Europe et n'emprunta aux au- roi , qui en riait aussi , eut pitié de ceue

très peuples ni leurs idées , ni leurs mo- faiblesse et ne voulut pas lui faire Are du des , ni leurs institutions. Le xvin* siècle, au contraire, fatigué du despotisme monarchique, alla demander des eiem-

Cles à un pays qui savait unir l'ordre et nomme, avec sa charge de l'ordre et soi

i liberté, mais dont les idées et les cordon bleu en écharpe, se comptait f-irt

mœurs différaient trop profondément de passer pour un chevalier de l'ordre et s*

celles de la France pour pouvoir lui servir croyait bien distingué des conseillers de

de modèle. Les modes simples, sévères et robe, dont il était, par ce ridicule accoc-

roides, qui semblent si bien appropriées trement. » Saint-Simon toujours si verse

au génie anglais, ne pouvaient convenir dans ces questions d'étiquette remarque

longtemps à une nation vive, enjouée, dans le même passage de ses Mémctra

amie de l'éclat et du changement. Cepen- qu'un autre diplomate éminent, Courtic.

dant, parmi les vêtements que la France avait gagné , à ses ambassades , la liberté

emprunta alors à l'Angleterre, il en est un de paraître devant le roi, et partout, sans

qui a résisté aux eaprices de la mode ; manteau , avec une canne et son rabat

c'est la redingote. En 1725, la redingote « Pelletier de Sousi, ajoute le même écri-

(riding-coat , vêtement pour monter à vain , avait obtenu , par son travail avec

cheval; fut importée en France. On s'en le roi sur les fortifications , ta même ii-

servit d'abord comme en Angleterre pour cence : tous deux conseillers d'Etat et

les courses à cheval. Bientôt les petits- tous deux les seuls gens de robe à qui

maîtres firent de la redingote une espèce cela fût toléré , excepte les ministres, pa-

de surtout qui remplaça le justaucorps et raissaient de même. Il y avait même pea

dessina la taille. On lui donna aussi le que les secrétaires d'Etat s'habillaient

nom de frac tiré du polonais. comme les autres courtisans , quoique de

11 est inutile d'ajouter que jusqu'à la couleurs et de dorures plus modestes, et

révolution de 1789, chaque classe avait Chamillart ne prit l'habit gris avec de

son costume distinctif. Le clergé, fidèle à simples boutons d'or que depuis qu'il fat

ses habitudes traditionnelles, avait con- secrétaire d'Etat. Desmarets a été le seul

serve avec peu de changements les vête- contrôleur général qui , tout à la fin de U

monts du moyen âge. La noblesse portait vie du roi , prit l'habit gris , la cravate et

seule les costumes éclatants , dont nous le boulon d'or. »

avons esquissé les vicissitudes. Labour- Chaque métier, chaque province avait

geoisie avait des habillements sans bro- conservé ses vêtements caractéristiques,

derie, de couleur foncée et portait le La révolution , en détruisant les distinc-

manteau noir dans les solennités. La ma- tions d'ordres et en proclamant l'égalité

gistrature, les universités , les différents de tous devant la loi , Ût dispara/tr» ces

corps de l'armée , quittaient rarement le différences de costume oui rappelaient les

costume de leur profession. Jusqu'au différences d'origine et de condition. Sans

xvii* siècle les médecins ne paraissaient attacher une importance exagérée aux

pas en public sans la robe noire. Il en caprices et aux variations de la mode ,

était de même des gens de justice et des on ne peut nier que, dans ses viciasi-

professeurs des universités. Les mar- tudes générales, elle ne reproduise une

charids portaient aussi de petites robes partie des révolutions qui ont caractérisé

et des manteaux noirs , lorsqu'ils se réu- notre histoire.

nissaient pour quelque cérémonie. Les S VII. Habillement du Français demagistrats, même les plus éminents, ne puis la révolution jusqu'à nos jours. — paraissaient pas à la cour sans le signe Les crises de la révolution eurent aussi distinctif de leur profession. Saint-Simon une grande influence sur le costume, et , l'atteste (Mémoires, IV, 115 ), au moins sans prétendre en suivre toutes les flucpour l'époque de Louis XIV : m En ce tnationa, il est indispensable d'en martemps-là , et jusqu'à la mort du roi , nul quer les principaux changements. L'ahomme du parlement ne paraissait à la bandon de la poudre, des habits de cour, cour sans rc-be, ni du conseil sans man- des paniers , des mouches , avait signalé teau, ni magistrat, ni avocat nulle part le début de la révolution. Lorsque dodans Paris sans manteau; même beau- mina la Terreur en 1793, on affectâtes coup du parlement avaient toujours la apparences de la misère et de la saleté, robe. M. d'Avaux , seul , conserva la cra- par esprit de parti ou pour échapper aux vate et l'épée, avec un habit toujours persécutions. C'est l'époque des sansnoir, au retour de ses ambassades; aussi culottes. Après la chute de Kobespierre, a en moquait-on fort jusque-là que ses la réaction se marqua dans les costumes

comme dans la politique. La jeunesse dorée adopta des vêtements d'une élégance caractéristique. Elle portail les cheveux A la victime retrousses derrière la tête , de grandes cravates noires, des collets noirs ou verts, suivant l'usage de» chouans , et un crêpe au bras. Les femmes , qui avaient vivement encouragé cette réaction, prirent un coutume qu'elles cherchèrent à rendre antique, pour obéir au caprice de l'époque. Plus ae paniers, plus de poudre dans les cheveux. La forme de leurs robes se rapprochait, autant que possible , de la simple tunique des femmes grecques, elles entrelaçaient des bandelettes dans leurs cheveux , et , au lieu des hauts talons , signe de distinction aristocratique sous l'ancien régime , elles adoptèrent une chaussure qui paraissait se rapprocher de la sandale antique , telle que la représentent les 3tatues grecques ; elle se composait d'une semelle légère rattachée à la ïambe par des nœuds de rubans. Parmi les femmes , oui exagérèrent ce costume peu convenable à nos mœurs et à notre climat, on remarquait M»«Tallieu, femme d'un ancien terroriste devenu un des chefs delà réaction thermidorienne. Cette mode dura pendant presque tout le directoire et ne disparut que lorsque le consulat fit triompher les idées d'ordre et de convenance.

Une des innovations les plus importantes de la fin du xvm* siècle et du commencement du xix* siècle a été l'importation des cachemires en France. Ce n'est que depuis l'expédition française en Egypte ( 1798—1802) que les cachemires sont devenus un des plus somptueux ornements de la toilette des femmes. Fabriqués avec le duvet des chèvres du Tibet, ils se font remarquer par leur finesse, leur légèreté et souvent aussi par la bizarrerie de leurs dessins. L'industrie française n'a pas tardé a les imiter. ' Le coton , la soie, la laine , dont on se servit d'abord , manquaient de moelleux ; mais l'emploi du duvet des chèvres des Kirgbis que l'on tire de Russie, a fait dis» paraître ce défaut et donné de la souplesse aux cachemires français. D'autres modes adopté** s au commencement du xix" siècle ont été dues à l'influence étrangère ou à des caprices passagers.

Les chapeaux des femmes ont été empruntés aux Anglaises , mais bientôt perfectionnés par le goût français. On porta quelque temps des hottes à la russe , à la suite des invasions de 181$. En s'en tenant aux généralités, on peut dire que , depuis la révolution jusqu'à nos jours, malgré des nuances infinies in-

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