‹ Dictionnaire historique des institutions (volume 2)Chapitre 36 sur 300 · ABU · texte numérisé non relu

ABU

ADB

pendant le travail, la coule on à l'église ou hors le monastère. Dans la suite, les moines regardèrent le scapulaire comme la partie la plus importante de leur costume; ils ne le quittèrent plus et mirent le froc ou rouir p ■ -dessus.

An vir» siècle , l'arrivée de saint Coloraban dans la Gaule et ses ardentes prédications donnèrent une nouvelle impulsion aux Bénédictins; il sortit de leurs monastères des missionnaires qui propagèrent le christianisme en Suisse, en Frise, en Bavière et jusqu'en Saxe Saint Gall, saint Willebrod, saint Kilian, et surtout Winfried ou saint Boniface, figurent an premier rang parmi ces moines zélés promoteurs de la foi chrétienne.

Au vin* siècle, les monastères bénédictins furent envahis par les compagnons de Charles Martel, plus accoutumes a manier l'épée que la crosse; on vil alors des élites séculters qui , ceints du baudrier, portant l'arc et la lance, ne songeaient qu'à la chasse et à la guerre. Charlemagne et saint Benoit dAniane réformèrent ces abus. Les Bénédictins secondèrent le roi franc dans la conversion des Saxons; do nombreuses abbayes, parmi lesquelles on distingue Fulde et Corvsey ou la nouvelle Corbie, s'élevèrent dans l'Allemagne septentrionale.

La tyrannie des seigneurs féodaux fut pour les monastères une cause de décadence ; ils furent envahis par des hommes d'armes qui y introduisaient les mœurs violentes de la féodalité ; les sanctuaires, dit un écrivain du temps, ne retentissaient plus du chant ries psaumes et des louanges de Dieu, mais du bruit des armes et des aboiements des chiens. A cette époque, les abbayes devinrent de véritables forteresses murées et crénelées. Le seigneur abbé fut souvent un vaillant homme, qui s'occupait plus de la guerre et de la chasse que de devoirs ecclésiastiques. Une nouvelle réforme de la vie monastique devenait nécessaire. Elle s'accomplit aux x« et xie siècles, dans l'abbaye de Cluni ; beaucoup de monastères suivirent cette réforme et constituèrent la première congrégation au sein de l'ordre des Bénédictins. Jusqu'alors les abbayes étaient séparées, quoique suivant" la môme règle; au xi* siècle, un grand nombre se reconnurent filles de Cluni , qui devint chef d'ordre. Au xu« siècle , nouvelle réforme : l'abbé Robert fonda la maison de Giteaux, oh il rétablit dans toute sa pureté la discipline de saint Benoit. En ui9, les abbayes qui suivaient la- réforme de Clteaux s'unirent par un acte qu'on appela la Charte de charité; elle établissait entre elles une

espèce de gouvernement aristocratique,

pour remédier aux inconvénients du gouvernement monarchique de Cluni. On convint que les abbés se visiteraient mutuellement, et que l'on tiendrait tous les ans des chapitres généraux où tous les abbés seraient tenus d'assister. Les nouveaux Bénédictins se distinguèrent des anciens par le costume : ils prirent la robe blanche, et on les désigna sous le nom de moines blancs. Les progrès de Citeaux furent rapides; en cinquante ans, cette congrégation compta plus de cinq cents maisons religieuses. Saint Bernard soumit à la même règle l'abbaye de Clairvaux dont il fut le fondateur. Mais telle fut la réputation de ce personnage, que l'on désigne souvent les moines de la congrégation de Clteaux par le nom de Bernardins. La richesse des abbayes fit créer des prébendes ou des bénéfices attribués à un certain nombre de dignitaires de l'abbaye, tels que l'abbé, le prieur conventuel qui occupait le premier rang après l'abbé, le chamhrier^ l'aumônier, l'hospitalier, le sacristain, le cdlérter qui veillait aux approvisionnements du monastère. Les grands biens attachés aux abbayes béné»

dictines, les fiefs et droits féodaux dont elles jouissaient changèrent complètement le caractère primitif de ces institutions. -Elles prirent rang comme baronnies, comtés ou vicomtes dans le système féodal (voy. Féodalité), et elles ont conservé jusqu'à la révolution une partie de leurs droits féodaux. Les rois voulant dis* poser de ces riches bénéfices, les mirent en commande et les donnèrent trop souvent à des abbés de cour ( voy. Abbé).

Dans l'origine , les religieux et religieuses étaient obligés à garder la clôture ; ils ne pouvaient sortir de leur monastère, dans lequel se trouvait un promenoir appelé clotlre. Cette partie de l'abbaye se composait ordinairement de quatre galeries, qu'orna magnifiquement 1 architecture ogivale et au milieu desquelles était placé le cimetière, rappelant sans cesse aux religieux l'idée de la mort. Les étrangers ne pouvaient pas habiter dans la clôture; ils étaient reçus dans un bâtiment appelé hospi ce, oii les soignaient des frères lais ou conrers.

Des ordres plus sévères, tels que les Chartreux et les moines de Grammont, datent de la fin du xi* siècle et du commencement du xtla ; mais ce fui au xiii* siècle que s*a«complit la réforme la plus célèbre. I/F.glise était menacée par de nouvelles hérésies, et, entre autres, par les Albigeois et les Yaudois. Ce fut alors que saint Dominique, chanoine d'Osma en Caslille, fonda l'ordre

des Frères

aussi Dominicains et Jacobin t. Il obtint , en 1316 , du pape Honorius III , balle pour l'institution du nouvel or Ce fui aux Dominicains que fut confie le tribunal de V Inquisition, incline à Toulouse, en 1229, pour maintenir Ja pureté de la fol.

Vers le même temps, saint François, fils d'un marchand d'Assise, donna naissance à Fordre des Frères mineurs, qui fui confirmé, en 1223, parunebulled'HonoriusIlL On désignait encore ces moines par les noms de Franciscains, de leur fondateur, et de Cordeliers, de la corde dont ils se ceignaient les reins. On les appelait aussi reltgxeux de ^Observance sainte Claire, également de la ville d'Assise, donna là même règle à un ordre de femmes qu'on nomma les Clarines. Le Jter* ordre de saint François comprenait les séculiers, qui suivaient autant que possible la règle des Franciscains ; ils avaient a Pans une maison dans le faubourg de Picpusse, d'où leur est venu le nom de Picpusses ou Picputiens. Au xv- siècle, Tordre des Franciscains fut réformé par saint François de Paul : les nouveaux mu mes prirent le nom de M i nimes.

Saint Louis, à son retour de la croisade, amena à Paris, en 1254, des religieux du mont Cannel, qu'on appela Carmes.

Ce fut encore au xtn* siècle que le pape Alexandre IV institua les Hermites de saint Augustin. Telle fut l'origine des quatre ordres mendiants : Frères prêcheurs, Frères mineurs. Carmes et Augustins. Tous ces religieux faisaient profession de ne point posséder de biens, môme en commun, et de ne subsister que ■es aumônes journalières des fidèles. Ils s'appliquaient a l'étude, à la prédicaiion, à l'administration des «>;icrcnienis et a la tonversion des hérétiques. Leur règle ne prescrivait pas, comme celle des anciens moines, le travail des mains, la solitude et le silence. Ces ordres, d'abord austères, ne tardèrent pas à se relâcher, et dès le xiv« siècle, ils prirent part aux affaires temporelles. « Les frères mendiants, dit Fleury, sous prétexte de charité, se mêlaient de toutes sortes d'affaires publiques et particulières. Us entraient dan- le secret des familles, et se ebargeaient de l'exécution des testaments. Ils acceptaient des députations pour négocier la paix entre les villes et les princes ; les paj>es surtout leur donnaient volontiers des commissions, comme à des gens sans conséquence, qui leur étaient entièrement dévoués et qui voyageaient à peu de frais. »

étaient gouver-

nés par des généraux d'arém muent différents non», l'ordre des Krancuraint, msnMres dan* celui des Dominicains et nrac»r»daa» les ikux mutes < ; i «•„ au c fhmem . mem le général etaii le chef un^ue de l'ordre. Mais, lorsque les nai*oa* en tipliérent, on v mû des aupériaurs, appelait gardiens dau* l'ordre de Françoise! prtVtirs dans les sut dres. Uuns la suite, on di»i en provinces qui furent guo« ornée* par des prorifiriaux Tous ces t>uo**neurb étaient électifs. Le chapitre général nommai i le général de l'or- lie et le* autres officiers généraux ; les chapitres provinciaux elibab-ni 1rs provinciaux, gardiens ou prieurs qui cboiM«*ai,.ni eux-mêmes les officiera claustraux. Le provincial pouvait transférer les religieux d'uni maison à l'autre, selon qu'il le jugeait convenable; le général avait l<- méme pouvoir *.ur tout Tordre et ne relevait que du pape, l es généraux des ordres mendiants résidaient ordinairement à Home ; mais ils étaient obligés d'avoir en France un vicaire général ne français.

m^T60 ,e XVI" 8^c'e» commença pour I Eglise une nouvelle lutle et aussi une nouvelle organisation de la vie monasti-

3ue. Au moment où s élevaient Luther, wiogle, Calvin, parurent les Jouîtes les Capucins, les Feuillants. L'institut des Jésuites, fondé par l'Espagnol Ignace de Loyola, fut approuvé, en 1540, par le pape Paul III; il s'établit en France en 1545 et obtint de Henri II, en jsso, des lettres patentes qui confirmaient les bulles ; mais le parlement en ajourna l'enregistrement. Ce fut l'occasion d'un long procès qui ne fut jamais jugé. Le 29 décembre 1594, après une tentative d'assassinat contre Henri IV. les Jésuites furent chassés de France. Henri IV les rappela en i603; ils furent de nouveau expulsés en 1762. Leur société se composait de quatre classes : les écoliers ou sc«la*tiques, les coadjuteurs spirituels, les profès et les coadjuumrs temporels. Le général résidant à Home était le chef de l'ordre ; chaque grande subdivision était gouvernée par un provincial L'obéissance passive était le principe essentiel de rinstitut des Jésuites; chaque religieux devait être sous la main du supérieur « comme le bâton dans la main du voyageur. » Le général avait et a encore, dans l'ordre des Jésuites, une autorité absolue ; il approuve ou rejette les sujets qui se présentent pour entrer dans la compagnie , et nomme à toutes les charges.

Chaque maison a un recteur, qu'on appelle quelquefois préfet , un procureur ou

Page 1