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ayant éprouvé ces rigueurs, et craignant des châtiments plus sévères encore , renoncèrent aussitôt à leurs assemblées et retournèrent à leurs charrues. »
Abolition du servage . — I/émancipation des communes, au xue siècle, exerça une heureuse influence sur la condition des p aysans. Les rois favorisèrent l'affranchissement des serfs aussi bien que l’indépendance dos bourgeois, Louis VU déclara libres tous les hommes de poeste ( liornines y>o testatis) de la ville d'Orléans et des environs dans un rayon de cinq lieues. En 1197, les habitants de Creii furent affranchis par les comtes de Blois et de Clermont’, ceux de Beaumon t-sur- Oise et de Chambli , en 1222, par Philippe Auguste. Eu 1224, Louis VIII proclama la liberté de tous les serfs du flef d’Étampes. Blanche de Castille et son fils saint Louis favorisèrent aussi l’émaneipaiion des serfs, et l'on vit se propager à cette époque la coutume de V abonnement. Les habitants de tout un village se rachetaient de la servitude en payant à leur seigneur une redevance déterminée : ils portaient le nom d ’abo7inés. Les serfs ainsi émancipés restaient soumis à Pimpot de la capitation. Enfin parut, en 1315, la célèbre ordonnance de Louis X , qui affranchissait tous les serfs du domaine royal et proclamait le principe de la liberté naturelle des hommes: « Selon le droit de nature, chacun doit naître franc. »
Etat misérable des classes agricoles. — Malgré cet affranchissement la condition des paysans resta toujours misérable. La dîme leur enlevait une partie de leurs récoltes; la corvée les arrachait à leurs travaux pour réparer les murs du château, creuser les fossés, battre Pétang, etc. Le colombier du seigneur vivait aux dépens des champs du paysan; la garenne féodale les dévastait; la chasse ne respectait pas ses moissons. Que d’autres se repaissent de ces idées plus poétiques que ruelles de la bonté patriarcale du grand propriétaire féodal, de sa familiarité avec ses vassaux , de cette autorité toute paternelle qui compatissait aux souffrances dont elle était sans cesse témoin. Si la féodalité s’est quelquefois présentée sous cet aspect de gouvernement patriarcal, c'e>i une honorable exception ; elle fait songer à ce Porcelet de Provence qui , seul de tous les conquérants de la Sicile, mérita d’être épargne au jour des vengeances populaires. En général, le régime féodal développait de tout autres sentiments. L’habitude de la guerre et du commandement, l'idée de la supériorité des familles nobles sur les classes qu’elles aient inférieures de cœur comme
d’origine, inspiraient au seigneur féodal le mépris du serf et du vilain. Ils étaient, à ses yeux , tadlables et corvéables à merci et miséricorde. A une époque même où la féodalité s’affaiblissait, les jurisconsultes se bornaient à dire an seigneur; «Si tu prends du sien (du bien du vilain), fors les droites amendes qu'il doit, tu les prends contre Dieu , et sur le péril de ton âme.- » (Des Fontaines, Coriseils à un ami . chap. xxi , art 8). Ainsi , la puissance du seigneur n’avait d’autres limites que les scrupules de sa conscience. Il les étouffait facilement par cette maxime do tous les tyrans, que la dureté est une condition de gouvernement. On avait ainsi formulé ce principe :
Oigne* vilain, il vous poindra ;
Peignez vilain , il voua oindra,
[Institutes coutumières d’Ant. Loyscl.)
On serait tenté de croire que la situation du paysan s’était améliorée à cette époque de brillante civilisation qu’on appelle le Siècle de Louis XIV . Mais les témoignages contemporains prouvent le contraire. Un écrivain qu’on n’accusera pas d’hostilité contre le gouvernement monarchique, La Bruyère, s’exprime ainsi : « L’on voit certains animaux farouches, des mâles et des femelles , répandus dans la campagne, noirs , livides et tout brûlés du soleil , attachés à la terre qu’ils fouillent et qu’ils remuent avec une opiniâtreté invincible. Ils ont une voix articulée, et, quand ils se lèvent sur leurs pieds , ils montrent une face humaine , et, en effet, ils sont des hommes. Us se retirent la nuit dans des tanières, oh ils vivent de pain noir, d’eau et de racines. Us épargnent aux autres hommes la peine de semer, de labourer et de recueillir pour vivre, et méritent ainsi de ne pas manquer de ce pain qu'ils ont semé. »
En 1739, le marquis d’Argenson écrivait : «J’ai vu, depuis que j’existe, la gradation décroissante de la richesse et de la population. Au moment où j’écris , en pleine paix, avec les apparences d’une récolte , sinon abondante , du moins pas-* sable, les hommes meurent tout autour de nous, comme des mouches, de pauvreté , et broutent l'herbe. Les provinces du Mairie, Ang»umois, Touraine , haut Poitou, Périgord, Orléanais, Berri sont les plus maltraitées. Cela gagne les environs de Versailles. Le duc d'Orléans porta dernièrement au conseil un morceau de pain de fougère. Il le posa sur la table du roi , en disant : « Sire , voilà le pain d©* quoi vos sujets se nourrissent. »
Les paysans restèrent enchaînes au?
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