‹ Dictionnaire historique des institutionsChapitre 122 sur 224 · VEX · texte numérisé non relu

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servage dans quelques contrées de ia P'rance. Enfin , Louis XVI et l’Àssemblée constituante effacèrent les dernières traces de la servitude des paysans. Le premier, par un édit du 10 août 1779 , affranchit tous les «main - mortables de ses domaines. La seconde supprima les corvées par une ordonnance du 27 juin 1787. Enfin , le décret rendu par l’Assemblée constituante dans la nuit du 4 août 1 789, et sanctionné par Louis XVI, le 21 septembre de la même année, consacra l'affranchissement définitif des paysans. Depuis cette époque, ils ont joui des mêmes droits que les habitants des villes. — Voy. sur l’état des classes agricoles en France, V Essai historique sur l’état de l'agriculture au xvie siècle dans l’édition du Théâtre d'agriculture d'Olivier de Serres, publiée en 1 804 en 2 vol. in-4. I>e Marivault, Précis de Thistoire générale de T agriculture , Paris, 1837 , in-8. Leymarie, Histoire des paysans en France , Paris, 1849, in-8.

Léop. de Lisle, Etudes sur la condition de la classe agricole en Normandie au moyen âge , Évreux , i85i, in-8. L’Histoire des classes agricoles en France depuis saint Louis jusqu'à Louis XVI 9 par C. Dareste de La Chavanne, 1 vol. in-8, Paris, 1853.

PEAGE. — Impôt perçu sur les chemins et au passage des rivières. Cet impôt était destiné primitivement à l’entretien des routes et des ponts, et appartenait au souverain. Après l’établissement des barbares dans la Gaule, les comtes, vicomtes et leudes s’emparèrent des péages et en augmentèrent le nombre. Charlemagne défendit vainement, dans scs capitulaires, d’en établir de nouveaux. La féodalité multiplia ces entraves qui arrêtaient le développement du commerce et rompaient les artères de la France, selon 1 expression juste et énergique d’un député de Lyon aux états du Dauphiné. Les rois ne parvinrent qu’avec peine à détruire ces abus; ils y travaillèrent cependant avec persévérance. D’abord ils déclarèrent que les seigneurs qui percevaient les péages seraient chargés, sous leur responsabilité personnelle, de l’entretien et de la police des routes. Un arrêt du parlement de saint Louis, rendu en 1254, condamna le seigneur de Crèvecœur à restituer à des marchands ce qui leur avait été enlevé (ad restituendum ipsis meroatoribus sibi ablata). Des ordonnances de Charles VU, de Louis XI, de François Ier et de plusieurs autres souverains défendirent l’établissement de nouveaux péages et supprimèrent ceux qui

n’étaient pas consacrés par une possession immemoriale. En 1561, l'ordonnance d’Orléans (art. 107) imposa au seigneur qui percevait les péages l’obligation d'entretenir les chemins : « Peuvent les habitans voisins et passans contraindre le seigneur qui prend droit de péage à la réparation des chemins, ponts , ports et passages. « Une ordonnance de 1663 prescrivit de ne percevoir les péages qu’au nom du roi; la pancarte qui en contenait les droits devait être timbrée de ces mots : de par le roi , et porter les armes royales.

Les nobles et ecclésiastiques étaient exempis du droit de péage . Les conseillers au parlement obtinrent le même privilège par une ordonnance du 16 novembre 1353 ( Recueil des ordonnances , t. II , p. 541). Quant aux marchands qui tentaient de s’y soustraire, ils s’exposaient à ce que leurs denrées fussent confisquées. Loyseau , qui écrivait au commencement ou xvnc siècle, prouve que cet usage existait encore de son temps et que les péagers avaient recours à des ruses coupables pour multiplier les confiscations. « Les péagers , dit-il, qui sont volontiers quelques soldats dévalisés ou quelques praticiens affamés, ou autres mauvais garnements, sont si malicieux, quils pendent leurs billettes (voy. ce mot) et assignent le lieu du péage et acquit le plus loin qu’ils peuvent du grand chemin et ès endroits les plus effondres et de difficile accès , afin que les marchands, ennuyés de se détourner, se hasardent de" passer sans payer, et que partant, ils aient ou leur marchandise ou une grosse amende. »

Un autre auteur du xvue siècle, comptait sur le Rhône, dans un espace de trentesix lieues , trente péages , sur lesquels il 11’y en avait que sept que l’on perçût au lieu de leur destination; quelques bureaux étaient éloignés de deux, trois et quatre lieues du passage. Dans l’assemblée de commerce convoquée par Louis XIV, en 1700 , des réclamations s’élevèrent contre l'abus des péages . .l’emprunte au procès-verbal inédit cîe cette assemblée divers passages des mémoires présentés par le députe de Languedoc. Il y insiste sur la suppression des péages. « Les péages , dit-il , que quelques seigneurs et autres personnes ont droit de faire lever en divers endroits du royaume, donnent matière à une infinité de vexations, fl serait de l’équité de Sa Majesté d'en ordonner la suppression et de faire tarir ainsi le mal dans sa source, à la charge par les provinces et par les communautés particulières d’en indemniser les proprié*

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taires, suivant l’estimation qui en serait faite par des personnes dont la probité et Fexperience seraient connues. Cette indemnité n'est ni difficile ni considérable , si on considère que ces péages n'ont été établis que sous prétexte des nécessités publiques, c'est-à-dire que les peuples ne s'y sont assujettis qu'à la charge par ceux qui ont droit de les exiger de réparer les chemins et les ponts , de faciliter le passage des rivières et autres choses de cette nature, à quoi lesdits propriétaires ne satisfaisant nullement, mais bien les provinces et les diocèses, il semble qu'on soit déchargé d’aucune indemnité, et, au contraire, que, dans la rigueur, on pourrait ies obliger à une restitution de ce qu’ils exigent depuis le temps qu'ils ont cessé de remplir leurs engagements.

Cette suppression est d'autant plus nécessaire que, quelque règlement qu’oi fasse on ne saurait réprimer les entreprises des commis soutenus et protégés par les propriétaires, dont la plupart sont des personnes de crédit et de naissance, en sorte que , quelque extorsion que l’on exerce sur le marchand, elle demeure impunie, soit qu’il n'ose se plaindre ou qu'il ne juge pas à propos d'intenter un procès qui , par sa longueur et les chicanes qu’on lui ferait essuyer., l'exposerait à de grands frais et ruinerait infailliblement son commerce par le peu d'application qu’il serait alors oblige d’y donner. » Le pouvoir royal ne parvint jamais à détruire entièrement ces péages , qui n'ont disparu qu’à l'époque de la révolution.

PÉAGEAU ou PEAGIER. — Chemin où l'on paye le péage.

PÉAGER. — Fermier du péage.

PEAUSSIERS. — Ouvriers qui préparaient les peaux. Toy. Cokporation.

PÊCULAT. — Le pêculat consiste dans le vol ou le détournement des fonds publics par ceux qui en ont le maniement. Une ordonnance de François Ier, en date du mois de mars 1545 (1546), portait que les officiers de finance convaincus de péculat seraient punis par la confiscation de leurs biens, et que, si le coupable était noble , il serait en outre privé de la noblesse, lui et sa postérité. Quelquefois ,même le pêculat était puni de mort; ainsi, le surintendant Semblançai fut mis à mort comme coupable de pêculat. Pans la suite, on adoucit la rigueur des lois, et le pêculat ne fut puni que d'un emprisonnement et d’une amende.

PECULE. — On désignait sons ce nom les économies faites par un religieux sur

les îe^iflus de ses bénéfices ; il pouvait en disposer par acte entre-vifs, sinon le pécule appartenait aux abbés, prieurs, couvent, ou bien à la fabrique et aux pauvres de la paroisse. Les ecclésiastiques qui n’étaient pas moines, pouvaient disposer de leur pécule par testament.

PÉDAUQUE. — On voit, aux portails de plusieurs églises • gothiques , la statue d'une reine quia un pied d'oie, et qui , pour cette raison, esi appelée la reine pëdauque . Les savants ont beaucoup disserté sur cette bizarre figure. L’abbé Lebeuf, dans un mémoire sur la reine pidauque , inséré dans le Mercure de France , en 1751 , a cherché à établir que cette statue de femme au pied d’oie représentait la reine de Saba, et il s'est fondé sur des traditions judaïques conservées par une paraphrase chaldéenne.

Bullet, dans sa Mythologie française , a soutenu l’opinion plus vraisemblable que cette reine pé dauque est Berthe , femme de Robert, qui fut excommuniée et donna naissance, d’après la tradition , à un enfant monstrueux ayant un cou d'oie. Dès lors , on appela Berthe la reine-oie ou la reine au pied d'oie, la reine pedauque .

PEIGNE. — Le peigne était porté par les courtisans comme un signe de distinction aristocratique. On trouve déjà l'usage de porter un peigne et un miroir mentionné au xïv® siècle , dans les poésies d'Eustache des Champs, comme un apanage de l'homme de cour. Cette coutume existait encore du temps de Molière. Ainsi, dans V Impromptu de Versailles (scène III), Molière dit à La Grange, qui joue un rôle de marquis :

« Souvenez-vous bien, vous, de venir, comme je vous l'ai dit, là, avec cet air qu'on nomme le bel air, peignant votre perruque et grondant une petite chanson entre vos dents. »

PEINES. ■ — Châtiment des délits et des crimes. On distingue les peines afflictives et les peines infamantes . Les premières ont varié aux diverses époques de notre histoire : l’emprisonnement, le bannissement, les travaux forcés, la peine du fouet, le pilori ou carcan, et enfin la peine de mort ont été les principales peines afflictives . Toutes les peines afflictives sont infamantes , c'est-à-dire qu'elles notent d’infamie ceux qui en sont atteints. Il v avait aussi des peines qui n’étaient qu* infamantes , par exemple la dégradation , l'amende honorable , l'amende pécunière en matière criminelle et le blâme public. Aujourd'hui, les peines infamantes sont le bannissement et la dégradation civique. Parmi les

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peines qui ne sont ni afflictives ni infamantes, on peut mentionner l’amende simple. La rigueur des peines afflictives a beaucoup diminué. Les lois prodiguaient auirefois la peine de mort et l’accompagnaient d’horribles tortures; les supplices de la roue, du feu, du gibet, du plomb fondu, de l’eau bouillante, etc., avaient pour but de frapper les imaginations de terreur. On voulait prévenir le crime par la crainte, ruais on ne faisait , le plus souvent, qu’endurcir les cœurs par la vue de la mort. Il suffira, pour justifier ces assertions, de citer quelquesunes des peines afflictives qui étaient en usage.

Carcan . — La peine du carcan , qui fut adoptée vers 17 19, consistait à fixer le condamné à un poteau au moyen d’un collier de fer et à l’exposer ainsi aux regards du public. La peine du carcan était généralement considérée comme un accessoire, une aggravation d’un châtiment. Ainsi , les condamnés aux travaux forcés étaient attachés au carcan avant d’être envoyés au bagne. La peine du carcan n’a été abolie que depuis un petit nombre d’années.

Galères , travaux forcés , bagjics. — La peine des galères tire son nom de ce que les condamnés servaient sur les bâtiments A rames ou galères. On la trouve mentionnée, en 1532, dans un arrêt du parlement , qui défend aux juges d’église de l’appliquer aux clercs; mais elle remonte probablement à une époque antérieure. L’ordonnance d’Orléans (i56i) enjoint aux bohémiens, à leurs femmes, a leurs enfants et à leur suite, de quitter le royaume dans un délai de deux mois , sous peine des galères et autres punitions corporelles. En 1635, il fut ordonné à tous Jes vagabonds de quitter Paris, avec menace de la même peine s’ils n’obéissaient pas immédiatement. Les condamnés aux galères étaient d'abord livrés au supplice du fouet, marqués, puis, quand ils étaient en nombre suffisant, enchaînés et traînés ainsi, de ville en ville, sous la garde des chiourmes jusqu’au lieu de leur destination. On les enchaînait sur les galères , chacun à leur banc. En 1748, les" g nier es cessèrent d’ètre en usaue, et h partir de cette époque, les galériens furent employés aux travaux des ports et des arsenaux. La loi substitua le nom de travaux forcés à celui de galères . Les bagnes sont les bâtiments où Ton enferme les formats. Il y a, en France, quatre bagnes , ù. Brest , à Toulon, à ltochetortet à Lorient. Les bagnes de Brest et de llochefort reçoivent les condamnés à plus de dix ans t/e travaux forcés; celui de Toulon, les

condamnés à dix ans et au-dessus ; enfin, le bagne de Lorient est réservé aux militaires condamnés pour cause d’insubordination. Les bagnes ont été supprimés en 1852, et la peine des galères remplacée par la déportation à Cayenne.

Déportation . — Le terme de déporta tion ne figure dans les lois de la France que depuis la révolution ; il n’est ordinairement question dans les anciennes lois que d’exil et de bannissement (voy . Ban). Cependant , il y a dans la coutume d’Auxerre un article où se trouve le mot déportés : « Celui qui a haute justice a juridiction et connoissance des cas pour lesquels échoient peine de mort, incision des membres.. , échelles, bannis, déportés et autres semblables. » Dumoulin fait observer, sur cet article , que le mot déportés n’a pas de sens en France. La déportation 11’a été mise au nombre des peines afflictives que par la loi du 25 septembre 1791. Le code pénal de îsioen fait aussi mention. Une loi de 1835 autorisa le gouvei nement à retenir en prison, en France ou hors du territoire continental , ceux qui auraient été condamnés à la peine de la déportation . Enfin, des lois récentes ont fixé les lieux de déportation ; ces lieux sont la Guyane française et l’île de Noukaïva. Outre la déportation judiciaire , on trouve dans notre histoire de nombreux exemples de la déportation politique. Le Directoire, la Convention , le Consulat, ont souvent déporté les chefs des partis vaincus.

Peine de mort. — La peine de mort ou peine capitale était appliquée, dans l’ancienne législation delà France, à un grand nombre de crimes; n<m -seulement l’homicide. mais le crime de fausse monnaie, le sacrilège , l’inceste , et souvent même le vol étaient punis de mort. Les supplices étaient atroces ( voy. Supplices ). La peine de mort était prononcée avec un arbitraire qui la rendait plus odieuse. Barbier raconte, dans son journal 1 1. II, p. 25 ) , qu’un homme faillit être mis a mort pour avoir volé un mouchoir dans la poche de son voisin pendant une audience du parlement: « Samedi, 29 septembre ( 1733 ), pendant l’audience ue la grand'ebambre , un particulier s’avisa de voler un mouchoir dans la poche de son voisin. Cela fit du bruit; il fut arrêté , on lui fit son procès, et il a été condamné à faire amende honorable, à être marqué de trois lettres, et en trois années de galères. Étant pris en flagrant délit, le juge civil a droit de faire le procès, pourvu que ce soit tout de suite. Il y a eu trois voix pour le pendre. Ceux qui commettent de pareils vols dans l’église,

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pendant les messes, sont envoyés à Bicêtre , ou tout au plus condamnés au fouet; mais on compte que le manque de respect pour le tribunal de la justice et les magistrats est bien plus grave. »

Délits : peines correctionnelles. — Les délits sont des infractions aux lois punies de peines correctionnelles. Ces peines sont ; l'emprisonnement dans une maison de correction pour six jours au moins et cinq ans au plus ; 2° l’interdiction de certains droits civiques ou civils; le condamné peut être privé du droit de voter de siéger comme juré, de porter des armes, d’être tuteur, curateur, expert dans les tribunaux; 3° l’amende, dont le minimum est seize francs.

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PEINTURE. — L’histoire de la peinture en France n’est pas de mon sujet. Je me bornerai à en rappeler sommairement les principales époques, en insistant sur les institutions qui ont eu pour but de favoriser le développement de cet art. Il est question de peintures murales dans les églises dès le. temps de Charlemagne.

«S’il fallait, dit le moine rie Saint-Call, orner de peintures les plafonds ou les’ murs des églises qui dépendaient du roi, on en confiait le soin aux évêques et aux abbés du voisinage. >> ha. peinture murale servit, pendant tout le moyen âge, à orner les églises ; on a retrouvé et fait reparaître une partie de ces ornements masqués pairies couches de plâtre et de badigeon. F. a peinture sur verre et les miniatures des manuscrits furent pendant longtemps les produits principaux de la peinture en France. Au xv« siècle, Jean Van-Eyck ou Jean de Bruges fit une révolution dans l’art de la peinture. Il découvrit ou plutôt perfectionna la peinture à l’huile, et peignit à l’huile d’abord sur des planches de bois, ensuite sur des lames de cuivre pour les petits tableaux, et enfin sur des toiles et sur de gros taffetas. Philippe le Bon, duc de Bourgogne, dans les États duquel habitait Van-Eyck, écrivait, en parlant de ce peintre, en i434,« qu’il n y en avait point de pareil à son gré ni si excellent en son art et science. » Le roi René se signala plus par son zèle que par son talent pour la peinture. « 11 l’aimait d’un amour passionné, » dit Nostradamus , en son Histoire de Provence.

Parmi les peintres français du xve siècle, on place au premier rang Jean Foucquet, auquel on attribue un portrait d’Agnès Sorel souvent reproduit par la gravure.

On doit au même artiste les miniatures dont sont ornés un grand nombre de manuscrits.

L’iuiitation des écoles italiennes . an

produisit une véritable révoution dans la peinture française Léo—

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£arto, le Rosso , vinrent s’établir en

Fiance et ornèrent les châteaux de Fontainebleau , de Chambord , de Madrid d Ecouen, etc., etc. Ils eurent bientôt des disciples, parmi lesquels Jean Cousin, Jean Goujon, Germain Pilon, Philibert Delorme, occupent le premier rang.

près eux, I ecole française, où brillèrent loussin Lesueur , Le Brun, Rigaud,, Claude Lorain , Mignard, Jouvenet , etc rivalisa avec les écoles italiennes* Louis XIV et Colbert l’encouragèrent pai des récompenses et par des institutions qui fournissaient aux artistes français d excellents modèles. Une école de peinture tut établie à Home, en 1666, pour de jeunes artistes français. Cette école existe encore auiourd’hui à la villa Médicis , et reçoit les jeunes gens qui ont remporté le prix dans les concours annuels de peinture , sculpture et architecture. Les elèves de V école de Rome sont entretenus pendant cinq ans aux fiais de l’État.

«Ils y dessinent les antiques, dit Voltaire dans son Siècle de Louis XIV; ils etudient Raphaël et Michel-Ange. C’est un noble hommage que rendit' à Rome ancien ne et nouvelle le désir de l'imiter. » L’Académie de peinture , qui avait été fondée par Mazarin, reçut une nouvelle impulsion de Louis XIV. Le Brun fut nommé prince et chef de cette académie, gui s’est fondue, en 1795. dans la classe de l’Institut chargée des beaux-arts.

l a peinture eut moins de grandeur et moins de pureté au xvme siècle que sous le règne de Louis XIV. Les Vanloo, Boucher et leur école la dégradèrent en consacrant l’art de Raphaël et de Michel-Ange à peindre des scènes de boudoir. File se releva avec David et son école, et jusqu'à nos jours, malgré les écarts de quelques systèmes, l’école française s’est soutenue avec éclat. L 7 Ecole des Beaux-Arts , instituée en 1793 et réorganisée en 1819, n une section spéciale de peinture et de sculpture. File est maintenant établie dans le palais des Beaux Arts, qui occupe l’emplacement où M. Alexandre Lenoir avait formé le musée des Petits- Augustins. Il existe , en outre . à Paris et dans un grand nombre de villes des écoles de dessin entretenues par les administrations municipales.

PÊLÀGIENS et SFMI-PÊLÀGIENS. — Hérétiques qui troublèrent la Gaule aux ve et vie siècles. Pélage, chef de ces hérétiques, soutenait que l’homme pouvait, par ses seules forces et sans le secours

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de la grâce, faire le bien et éviter le mal. 11 fut condamné, en 43 1 , par le concile d’Ëphèse. Les semi-pélagiens , à la tète desquels était le Gaulois Cassien , reproduisirent, en l'atténuant, l’hérésie de Pelage. Ils reconnaissaient la nécessité de la grâce, mais ils l’attribuaient aux mérites des hommes. Le concile d’ürange condamna, en 529, les semi-pélagiens et mit un terme aux discussions qu’ils avaient soulevées.

PÈLERINAGE, PÈLERIN. — L’usage des pèlerinages ou de la visite des lieux consacrés par des traditions religieuses se retrouve à toutes les époques de notre histoire; mais il y eut un redoublement de ferveur, après l’année 1000, que Ton croyait marquée pour la lin du monde.

C’est ce qu’atteste un historien contemporain , Raoul Glaber ; « A cette époque , dit-il, une multitude innombrable commença à se diriger vers le tombeau du Sauveur à Jérusalem; jamais on n’eut pu espérer de voir un si grand nombre de pèlerins . Petit peuple, gens de moyenne condition, rois, comtes, prélats, nobles dames mêlées aux femmes pauvres, tous s’y rendaient en foule. » D’abord les pèlerins furenttraités assez doucement parles Arabes, qui en tiraient une forte rançon ; mais, lorsque le saint sépulcre fut tombé au pouvoir de la secte fanatique d’Hakem, on abreuva les chrétiens d’outrages et on les contraignit même de souiller le saint sépulcre. Le tableau que lit Pierre l’Hermiie des indignités auxquelles étaient exposés les pèlerins toucha les chrétiens et les prépara à répondre aux exhortations du pape Urbain II, qui tint, en 1095, le concile de Clermont. De là naquirent les croisades qu’il n’est pas de notre sujet de raconter. Rappelons seulement que la France y prit une grande part, que l’on rédigea en langue française les Assises de Jérusalem ? loi du nouveau royaume, que les Orientaux furent généralement désignés sous le nom de Francs enfin que l’on a intitulé avec raison l’histoire des croisades les Actes de Dieu accomplis par les Francs (G esta Dei per Francos).

Bourdon et escarcelle . — Les pèlerins , ayant de partir pour la terre sainte, allaient prendre le bourdon et l’escarcelle qu’ils recevaient dans une église des mains d’un prêtre. Les rois eux-mêmes se soumettaient à cet usage avant d’entreprendre le pèlerinage d’outre-mer.

Après avoir placé la croix sur leur épaule, ils se rendaient à l’abbaye de Saint- Denis, patron de la France, et là , après ia célébration delà messe, un prélat leur

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remettait le bâton de pèlerin ou bourdon , l’escarcelle et même quelquefois roriilamme. L’auteur de la vie de Louis le Jeune ou Louis YII dit, en parlant de ce prince : « Le roi vint, selon la coutume, à l'église de Saint-Denis pour \ prendre congé des martyrs; là, après la célébration des messes , il reçut avec beaucoup de respect le bâton de pèlerin , et l’étendard de Saint-Denis qu’on appelle oi'ijlambe . >» U en fut de même de Philippe Auguste. Richard Cœur de Lion alla prendre à Tours les insignes du pèlerin . Les auteurs du moyen âge emploient ordinairement le mot écharpe au lieu d’escarcelle, parce qu’on attachait les escarcelles aux écharpes dont on ceignait les pèlerins. Guillaume Guiart se sert du mot écharpe :

ni rois en icel tems s’apreste ,

Si como Dieu l’en avisa ,

De là aler où promis a ;

Autrement cuideroit mesprendre.

L’ eschcrpe et le bourdon va prendre A Saint-Denis dedans l’église , i’uis a l’oriflambe requise Que l'abbé de leans li baille.

I>u Cange pense que le nom de bourdon a été donné au bâton des pèlerins , parce que, dans leurs voyages, ces bâtons leur servaient en quelque sorte de montures et de mulets, que l’on appelait bourdons au moyen âge.

Palmes rapportées par les pèlerins. — Les pèlerins de la terre sainte, au retour «Je leur voyage, cueillaient des branches de palmiers, et les rapportaient comme une marque de l’accomplissement de leur pèlerinage. Foulques de Chartres paraît indiquerque l’on coupait ces palmes à Jéricho : « Après avoir coupé des palmes à Jéricho, dit ce chroniqueur, pour les rapporter, selon l’usage, nous avons commencé notre retour.» Roger de Hoveden remarque que le pape distribua des palmes à ceux qui avaient accompagné Philippe Auguste au voyage de la terre sainte, quoiqu ils n’eussent pas entièrement accompli leur voeu { et . licet votum non solvissent tamen palmas iis distribu.it). De là vint le nom de paumiers (palmigeri) que l’on donnait quelquefois, au moyen âge, à ceux qui revenaient de la terre sainte (Sainte- Palaye, v° Pèlerinage).

Lieux de pèlerinage les plus célèbres — La terre sainte n’était pas le seul lieu de pèlerinage , il y en avait de trèscelebres en France, spécialement Saint Martin de Tours, Saint- Cilles , Saint- Michel en péril de mer, ltoquemadour pres do Caiiors, Notre Dame de Liesse dans le diocèse de Laon , etc. Hors de France, Saint-Jacques de Compostelle et

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Notre-Dame de Lorette étaient des lieux de pèlerinage très-célèbres. Home était aussi visitée par un grand nombre de pèlerins > et de là vint le nom de Romée donné , au moyen âge, à ceux qui avaient fait ce pèlerinage . Les pèlerins se réunissaient ordinairement en troupe , et , sous la conduite de quelque solitaire vénéré, ils s’acheminaient vers leur destination. On a conservé quelques-uns des cantiques qu’ils chantaient. Voici, entre autres, un chant que répétaient les pèlerins de Saint-Jacques , et que M. V. Le Clerc a traduit presque mot pour mot d'après les manuscrits du xm^ siècle ;

Chant des pèlerins de Saint-Jacques .

— « En l’honneur du Roi suprême, créateur de toutes choses , chantons avec joie et vénération les grandeurs de Jacques, qui habite avec les citoyens du ciel, et dont l'Église célèbre la glorieuse fête. Dès qu'il eut, sur la mer de Galilée, reconnu le Koi du monde , il abandonna tout pour obéir au maître qui l'appelait, et il se mit à prêcher ses saintes lois ; il enseigna la foi nouvelle à Herraogène et à Pbdelus, il baptisa Josias, il guérit un malade. Il vit ensuite le Fils transfiguré par la puissance du Père* et il mourut pour lui sous le glaive d’Hérode. Son corps est enseveli dans la terre de Galice, et ceux qui le visitent dignement commencent une vie de gloire. Depuis longtemps ses divins miracles le font briller par toute la terre. A sa voix, vingt captifs sont délivrés ; une mère voit revivre son fils déjà mort. Un pèlerin qui vient d'expirer est transporte par lui de Cize à Compostelle, et fait, en un seule nuit , douze jours de marche. Un autre, pendu injustement, ressuscite au bout d'un mois. Un Frison tout bardé de fer est arraché à l'abîme ; un prélat noyé se retrouve vivant sûr son vaisseau. Ce meme saint donne à un chevtilier la force de vaincre les Turcs, et retient par les cheveux le pèlerin qui allait périr dans les Ilots, ou il garantit de la mort celui qui s’était élancé du haut d’une citadelle. En touchant la croix de Saint- Jacques un homme d'armes est sauvé; un Dalmate est racheté a'esciavage et guéri ; un marchand sort sans péril d'une haute tour, qui s'abaisse d'elle- même; un combattant est soustrait à la foule des ennemis qui le poursuivent. C’est encore Y apôtre , c'est lui qui s'est fait voir, sous l’armure d'un

chevalier, à Étienne, serviteur de Dieu

Voilà les miracles sacrés qu'a faits Jacques pour la gLoire du Christ à travers les siècles. Que nos chants d'allégresse en remercient le Roi des rois, près de qui nous souhaitons d’obtenir l’éternelle vie. Disons

solennellement, Fiat , amen -, alléluia , et ne cessons de chanter : Ullreia esus eia . » Ces derniers mots , comme le remarque M. V. Le Clerc, sont le refrain d'un chant militaire des guerres saintes, que nous connaissons par un chroniqueur milanais du xiic siècle.

Monts de joie élevés par les pèlerins . — Les pèlerins étaient dans l’usage de jeter des pierres à certaines places qui devenaient autant de stations. On plantait des croix sur ces monceaux de pierres qu'on appelait monts de joie ( montes gaudii, monts-joye ).

Pèlerinages imposés comme châtiment. — Quelquefois le pèlerinage était accompli pieds nus, avec des chaînes cio fer ou d’autres marques de pénitence.

Il y avait même des coutumes qui imposaient des pèlerinages , comme amende honorable. On en trouve la preuve dans le Nouveau coutumier général ( t. I , p. 1246)% Les pèlerinages de Rome et do Saint-Jacques de Compostelle y sont mentionnés comme des châtiments imposés en expiation d’un crime. Il est aussi question de ce genre de punition dans les Coutumes de Beauvoisis , par Philippe de Beaumanoir et dans la Somme rurale de Bouteiller. On pouvait quelquefois se racheter de ces pèlerinages en payant une certaine somme (Ordonn. des R . de Fr V, 460).

Abus des pèlerinages ; permission spéciale exigée pour les entreprendre . — Les pèlerinages furent trop souvent une occasion d’abus et de désordres. l)e là les nombreuses ordonnances des vois de France pour les régler, et, entre autres , la déclaration du ier août 1738 , qui défend aux pèlerins , armés ou non, allant à Saint-Jacques ou ailleurs, de sortir du royaume sans la permission ex^ presse du roi et l'approbation de l'évêqua diocésain, sous peine d'ètre condamnés aux galères perpétuelles connue gens vagabonds et sans aveu.

Voy. parmi les dissertations de Joinville sur Du Cange, une dissertation sur le bourdon et Y escarcelle , et un mémoire de M. V. Le Clerc sur les pèlerinages au moyen âge.

PELLAGE. — Droit que prélevaient, dans les bailliages de Mantes et de Meu lan , les seigneurs qui avaient des ports sur la Seine. Le pellage consistait en quelques deniers pour chaque muul de vin , chargé ou déchargé dans ces ports.

PELLETERIES. — L'usage des pelleteries était très-répandu au moyen âge, et la corporation qui les fabriquait et les vendait avait beaucoup d'importance des

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le xme siècle. Au xvie siècle et au commencement du xvne, la colonie française du Canada obtint le monopole du commerce des 'pelleteries (I)e Th ou, 1. cxxxn).

PELLETIERS. — Fabricants et marchands de pelisses et de fourrures. Les pelletiers étaient , dès le xne siècle, une des principales corporations, comme le prouve le Livre des métiers rédigé sous le règne de saint Louis. Ils formèrent jusqu'à la suppression des corporations un des six corps de métiers de Pans. Aux entrées des rois et reines, les pelletiers , vêtus de velours bleu doublé de loup eervier, portaient le dais royal.

PELOTE. — Jeu de ballon plus connu sous le nom de saoule. Voy. Saoule.

PENDENTIFS. — Portion de voûte de forme triangulaire, suspendue entre les nervures d'une voûte d'ogive. Les pendentifs sont surtout remarquables dans la dernière époque de l'architecture ogivale. Voy. Église, p. 339.

PENDULE. — On ne connaît pas l’in venteur de la machine à mesurer le temps appelée pendule ou horloge. Dès le xi° siècle, il est question d’horloges munies de roues dentées réglées par un balancier; on en a quelquefois attribué l’invention àPacificus de Vérone, qui vivait vers cette époque. Voy. IIouloge. — Le pendule proprement dit. ou corps pesant, suspen du de manière à pouvoir faire des vibrations . en allant et venant autour d’un point fixe, n'a été découvert que par Ga Idée ; ce fut son fils, Vincent Galilée, qui en lit la première application aux horloges, en 1649. De là, les horloges prirent le nom de pendules.

1 fENCE , PÉNITENTS. — Pénitences publiques ; l’usage des pénitences publiques a existé très-longtemps dans l’Église. On les imposait d'ordinaire pour les" crimes commis avec scandale. Dans les premiers siècles, la durée de la pénitence était d'une longueur excessive; elle devait, dans certains cas, être de quarante ans ou môme embrasser la vie entière. A cetie époque, il n'y avait pas de pénitence pour les idolâtres, pour les homicides et pour les adultères, parce qu’il n'y avait pas d'absolution pour ces sortes de coupables , qui . ne pouvaient espérer miséricorde que de Dieu seul Ce ne fut que depuis saint Cyprien qu'ils furent admis à la pénitence avec les autres pécheurs. Les pénitences consistaient quelquefois en pèlerinages que les pénitents devaient accomplir pieds nus et même chargés de chaînes de fer (voy. Du Cange, v° Pcenitentiale ferrum).

Les pénitents portaient des vêtements de couleur foncée, et étaient obligés de se faire raser les cheveux. Quelquefois il** se couvraient la tête de cendres, comme on le raconte de Louis le Débonnaire qui comparut, en 822, devant le concile d’Attigny.

Diverses sortes de pénitents. — « Les pénitents , dit M. Guérard , préface du Cartulaire de Notre-Dame de Paris , étaient placés dans l’église, derrière les catéchumènes; ils se divisaient en plusieurs classes : i° les pleurants (/lentes) ; 2° les écoutants (audientes); 3° les prosternés ( prostrati ); 4° les consistants (consistentes). Ces derniers assistaient au sacrifice divin avec les fidèles, mais sans être admis à l’otïrande ni à la communion. Les prosternés, qui liraient leur nom de ce qu ils se tenaient la face contre terre , pendant que l'évêque leur imposait les mains et prononçait sur eux des prières, n’étaient admis à la messe, de même que les écoutants ou pénitents de la seconde classe, que pour entendre les lectures et les explications de l’Écri ture, et pour assister aux prédications.

Les uns et les autr es étaient placés près des portes de l’église, et renvoyés avec les catéchumènes. Les pleurants ou pénitents de la première classe étaient couverts d’un cilice et de cendres, et se tenaient pieds nus autour et hors de l’église ; ils s'accusaient de leurs fautes, demandaient pardon aux fidèles qui entraient, et les suppliaient avec larmes d’implorer pour eux la miséricorde divine. La durée des pénitences était plus ou moins longue. Elle embrassait ordinairement de sept à douze, à quin7.<-, à vingt années, qui se répanissaiem ntre les quatre périodes que devaient jarcourir les pénitents Ainsi, p.ir excr pie, lorsqu’elle était fixée à onze années, ils restaient trois ans dans le lieu des pleurs (locus pîoran « tium); trois ans dans celui des écoutants, près de la porte de l’église; trois ans parmi les prosternés, derrière le jubé (ambo), et deux ans au consistori-um.

derrière les fidèles. C’étaii le premier jour de carême de chaque année que les pécheurs entraient en penitence. Ce jour-là, ils étaient introduits dans l'église, oii l’évêque, après avoir chanté avec son clergé les sept psaumes pénitentiaux , leur imposait les mains , répandait des cendres sur leur tête et les arrosait d’eau bénite. Après cette cérémonie, il ordonnait à ses ministres de les chasser du temple, et le clergé les suivait en chantant le répons: In sudore vultus lui vesceris pane tun (tu mangeras ton pain avec la sueur de ton visage L

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Durée et formes diverses des pénitences publiques . — <c La durée de la pénitence publique et de ses diverses périodes pouvait être modifiée au gré de l'évêque : mais, tant qu'elle n’était pas expirée, les pénitents étaient de plus astreints à des privations et à des mortifications de tous les genres. Ils allaient les pieds nus et la tête rasée ; leurs vêtements étaient grossiers , lugubres et déchirés. Condamnés à un deuil et à une affliction continuels, ils se frappaient la poitrine, ils se couvraient de cendres, faisaient abstinence , jeûnaient et ne pouvaient contracter mariage; on les séparait de leurs familles, et même, s'ils étaient mariés, de leurs femmes et de leurs enfants. On leur mettait les fers aux pieds. L’exerciee de toute fonction publique leur était interdit, ainsi que toute espèce de commerce. Ils ne pouvaient se soustraire aux peines qui leur étaient infligées par l’évêque ; la loi civile venait ici à l’appui de la loi ecclésiastique. Celle-ci avait d'ailleurs une sanction suffisante; clic frappait d’excommunication le pénitent rebelle , et l’excommunication était une mise hors la loi, une espèce de mort civile. Lorsqu’un homicide était souniis à la pénitence publique, le glaive dont il s’était servi pour commettre son crime était, sur Tordre de l’évêque, brisé en morceaux, et converti en liens, en colliers, en chaînes de fer, avec, lesquels on garrottait le coupable au cou, à la ceinture, aux bras, aux jambes, bans cet état oii tout mouvement lui était difficile et douloureux, il était expulse de son pays et forcé de se traîner en pèlerinage aux tombeaux des confesseurs et des martyrs, jusqu'à ce que ces fers eussent été brisés par la miséricorde divine. Voilà pourquoi nous lisons dans les légendes tant de miracles de fers ou de lielis brisés. Les hagiographes avaient soin de rapporter ces preuves de la puissance de leurs saints, de même que les gardiens des églises avaient soin de conserver les morceaux des ligaments rompus, qu’ils suspendaient aux parois et aux voûtes des temples. On peut voir, dans les annales de l’ordre de Saint- Benoît (t. III, p. 56), un exemple curieux de pénitence publique . Mais une des pénitences les plus remarquables qui aient été imposées par les évêques est celle que le concile provincial de Keims prononça, en 923, contre tous ceux qui s’étaient trouvés à la bataille de Soissons, livrée entre les rois Kobert et Charles. Ils furent condamnés à faire pénitence pendant trois carêmes consécutifs : à rester hors de l’église pendant tout le premier carême ; à jeûner au pain , à l’eau et au sel , savoir les lundis et mercredis des trois carêmes,

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les lundis et mercredis des quinzaines qui précèdent la Nativité de saint Jean- Baptiste et les fêtes de Noël, et le vendredi de chaque semaine pendant les trois années de leur pénitence Les auteurs de l'Art de vérifier les dates ajoutent qu’il était d’usage en France d'imposer une pénitence à tous ceux qui s’étaient trouvés dans une bataille donnée entre Fi ançais.

Absolution des pénitents. — « Lorsque les pénitents avaient passé par toutes les épreuves prescrites par les canons, ils étaient absous le jeudi saint , et réconciliés avec l’Eglise par l’évêque, à qui seul appartenait de régler tout ce qui concernait la pénitence publique. Cette institution , dont le principe était juste et vrai, et le but moral et saint, agissait aveo force sur l’imagination des peuples. Cette longue li Ve de pécheurs qui venaient sons le cilice et la cendre crier miséricorde devant les fidèles, et qui mettaient sept ans et plus pour arriver de la porte du temple jusqu’au pied de l'autel, faisait vivement sentir à tous le prix de la jouissance des droits religieux et le malheur d'en être privé ; chacun, témoin des austérités que les coupables enduraient également, soit qu’ils fussent de la condition la plus élevée ou de la plus humble, i'estait frappé de la puissance de l’Église et saisi de crainte pour ses arrêts. » La dispense d’une partie de la pénitence canonique s’appelait indulgence. On accordait souvent ces dispenses, pendant les persécutions , aux prières des martyrs prisonniers ou de ceux qui marchaient à la mort. La discipline ecclésiastique sur la pénitence se relâcha surtout à l’époque des croisades , parce qu’on accorda alors une indulgence plénière qui remettait les peines canoniques à ceux qui partaient pour la terre sainte.

Confrérie de pénitents. — A l’époque oh l’Église cessa d’imposer des pénitences publiques, on vit se former des confréries de pénitents qui parcouraient les villes et quelquefois plusieurs provinces en s’infligeant une pénitence volontaire ; tels furent les flagellants ( voy. Flagellants). Ces confréries de pénitents furent surtout en vogue à la fin du xvie siècle. Les pénitents se couvraient de sacs noirs, blancs, bleus, etc., d’ou vinrent les noms de pénitents blancs , noirs ou bleus. Ces sacs étaient percés de deux trous à la hauteur des yeux. Henri III mit en vogue, vers 1583, ces confréries de pénitents. 'Leurs processions furent loin d’être toujours édifiantes, comme l'atteste le Journal de VEtoile . Quelques prédicateurs attaquèrent hautement ces momei'ies seau-

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