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sentent les rettres et autres cavaliers armes d e pistolets jusque dans leurs chausses (voy. Armes, p. 44). Le roi de Pplogne, Lu en ne Batthori, fit donner des pistolets aux hussards et cosaques au lieu de carquois et d’arquebuses, d’après le reçu de l’historien de Thon. Cet usage s'introduisit chez les autres peuples, et, en i6io, Louis XIII, faisant son entrée à Paris apres son sacre, fut reçu par plusieurs compagnies d’archers, d’arbaletriers et d e pis tôliers ou cavaliers portant des pistolets à la ceinture. Quelquefois on ajou-

+u,U S? Pist°let a ur-e épée (voy. Armes, n&. Z). I endant longtemps on se servit de pistolets à rouet , c’est-à-dire de pistolets munis d’une pierre de silex, qui par a dolente d’un rouet, s’abaissait sur la platine et mettait le feu à la poudre du bassinet. Ces pistolets étaient encore en usage en 1658.

r iSl ES (Édit). — Médit de Pistes , promulgue par Charles le Chauve, en 863 interdisait aux seigneurs la construction de châteaux forts; mais il fut violé presque immédiatement, parce que les populations de la France n’avaient pas d’autre moyen de lutter contre les Normands.

PlTE. — Petite monnaie de compte qui était le quart d’un denier tournois ou la moitié d une maille ou obole,

PLACARDS. ' — Les placards ou affiches manuscrites lurent pendant longtemps mi moyen d opposition. Dès le temps de Louis XI on y avait recours, puisque l’on trouve, a la date du t5 avril 1472, une ordonnance du prévôt de Paris qui enjoint

écnoncer les gens qui auraient affiche des libelles contre le roi, les princes et les principaux officiers de la couronne, à peine contre ceux qui seraiem trouves en avoir connaissance leV;\Vr?“es complices ( Recueil

!fJab!)e/^Grand- l- XX, dans les maîubcrits de la Bibliothèque impériale).

Les placards injurieux devinrent sur- 0oUt^°.mm.uns.à ^époque de la Fronde.

Le» Mémoires inédits d’André d'Ormesson en citent un qui fut affiché le 9 no-

hf «.c ^49 ’ Io, s<îue le duc d’Orléans et

Je piince de Condé étaient en lutte à l’oc-

d Pn, chaPeau ‘le cardinal que le premier réclamait pour son favori , la Rivière, et lesecund pour son frère le prince de comi. voici ce placard: «Avis aux Parisiens et a tous bons François :

Messieurs, je vous donne avis que lo démêle des princes ne vous touche aucunement; Us vous ont abandonnés au be- Roin et vous ont laissé piller; l’un est mou, lâche et variable ; l’autre est fourbe.

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ingrat et avare; tous deux sans foi et gouvernes par des gens sans âme. Iis sont sur le point de se battre pour deux maraux, Mazarm et La Rivière, dont ils sont les valets. Laissez-les faire, les lâches, et, s’ils veulent être esclaves, ne laites pas comme eux; mais plutôt unissez-vous ensemble et avec le parlement pour chasser ces muraux ; et mettre les allaires entre les mains de personnes de qualité et de vertu, afin que nos rois et nos princes ne soient plus menés par le nez, et soient délivrés de la tyrannie des favoris qui les ruinent.» Et au-dessous était écrit: Ne m’arraches pas, si vous êtes bons François : contentez-vous dt me lire. Un autre écrivain contemporain Dubuisson-Aubenay , qui a retracé les troubles de la Fronde'bibliothêque Mazazine, manuscrit n<* 176 5, t. XV), mentionne plusieurs placards de cette nature; il en cite un , entre autres , daté du 4 septembre / 650, lorsque Turenne, alors à la tète des Espagnols, venait de battre l'armée royale et marchait sur Paris : « Au matin, furent trouvés plusieurs placards affichés au coin des rues, portant que M. de Turenne invitoit tous les bons François à se joindre à lui pour faire faire la paix, etc. Quelques hommes sages et bons François voulurent arracher tels placards qui esioieut ès posteaux des deux bouts du Pont-Neuf et ailleurs; mais aucuns coquins gagés pour les garder se jetèrent dessus ces honnestes gens, les blessèrent et firent retirer. U y en avoit aussy (de ces placards) en la place de Sorbonne. »

PLACES FORTES. — Villes fortifiées.

Voy. Fortications.

PLACES PUBLIQUES. — Voy. Villes.

PLAIDS. — Assemblées où les rois barbares et les seigneurs féodaux rendaient la justice. Voy. Mal, Mallum.

PLAIDS DE LA PORTE. — Juridiction mentionnée par Joinville , dans son Histoire de saifit Louis. Joinville dit que saint Louis, son maître, avait coutume de l’envoyer avec les sieurs de Nesle et de Soissons aux plaids de la porte, et que, s’il y avait quelque question qu’ils ne pussent décider, ils lui en faisaient le rapport; alors saint Louis envoyait chercher les parties et prononçait. Les maîtres des requêtes furent chargés dans la suite de recevoir les suppliques adressées au roi et de prononcer sommairement sur les affaires soumises à son jugement.

Voy. sur les plaids de la porte une dissertation do du Cange dans le recueil de ses dissertations sur Joinville.

PLAIN-CHANT. — Chant d’église. Voy.

Musique, p. 842.

PLAT DE NOCES. — On appelait plat de noces ou mets de mariage un droit

ue les seigneurs ou les curés prélevaient

ans certains cantons sur les nouveaux mariés, et qui se payait en argent ou en nature. Voy. Mariage.

PLEBANUS, PLEBES. — Le prêtre chargé de l’administration d'une paroisse portait primitivement le nom de plebanus , et l'église paroissiale s’appelait plebes. On pouvait baptiser dans ces églises, et elles avaient dans leur dépendance plusieurs oratoires ou cures de moindre importance.

PLÉBISCITE.. — Loi votée par le peuple.

PLEÏGE. — Terme de l’ancien droit.

On appelait pleige une caution judiciaire qui s’engageait à représenter quelqu’un ou à payer l’amende prononcée centre lui. De là le verbe pleiger pour cautionner en justice.

PLÉNIÈRES (cours). — Assemblées solennelles que les anciens rois de France tenaient aux principales fêtes de L’année , et principalement à Pâques et à Noël. Les principaux vassaux du roi assistaient aux cours plénières , oh le roi paraissait la couronne en tête et dans tout l’appareil de sa majesté.

PLÉNIPOTENTIAIRE. — Ambassadeur investi de pleins pouvoirs. Voy. Relations EXTÉRIEURES.

PLOMBAGE. — Opération faite par la douane pour fermer les colis de marchandises à l'aide de petits plombs, et empêcher qu’on ne substitue d'autres denrées à celles qui sont contenues dans les colis.

PLUME (avoir la). — On appelait avoir la plume, dans l'ancienne monarchie, être secrétaire du roi avec mission d'imiter exactement son écriture. «< Avoir la plume, dit Saint-Simon (t. III, p. 66), c’est être faussaire public, et faire par charge ce qui coûterait Ja vie à tout autre. Cet exercice consiste à imiter si exactement l'écriture du roi qu’elle ne se puisse distinguer de celle que la plume contrefait, et d'écrire en cette sorte toutes les lettres que le roi doit ou veut écrire de sa mairi, et toutefois n'en veut pas prendre la peine. Il y en a quantité aux souverains cl à d'autres étrangers de haut parage ; il y en a aux sujets , comme généraux d'armée ou autres gens principaux par secret d'affaires ou par marque de bonté ou de distinction.» Saint-Simon parle ensuite de plusieurs secrétaires qui eurent la

plume sous le règne de Louis XIV, et particulièrement de Rose et de Caillières.

PLUMES. — L’usage de porter une touffe de plumes sur le casque remonte aux xïve et xv° siècles (voy. Panache;. Olivier de La Marche parle , dans ses Mémoires de Corneille, bâtard de Bourgogne, qui assembla cent hommes d’armes, cmplumachés. On se servait ordinairement do plumes de coq pour former ces panaches : de là ces plumes furent appelées coquardes ou cocardes. Lorsqu'on eut remplacé les plumes par un nœud de rubans, on continua de donner à ce nœud le nom de cocarde. Les élégants imitaient cette mode militaire dès le xve siècle , et portaient des plumes de coq sur leur bonnet. Aussi Alain Chartier, contemporain de Charles VII, les appelait-il veaux coquarts.

PLUMES A ÉCRIRE. — On se servait de plumes d’oie et d’autres oiseaux pour écrire dès le v« siècle , comme le prouve un passage d'un auteur anonyme publié par Adrien de Valois à la suite d'Ammien Marcellin, On continua, en se servant de plumes, de faire usage d'un roseau appelé calamus que l'on taillait comme nos plumes , quand on voulait tracer des traits sur une matière délicate, telle que le papier et le parchemin. Isidore de Séville, qui vivait au vile siècle , dit positivement que les instruments dont on se servait pour écrire étaient le roseau et la plume (instrumenta scribœ calamus et penna).

Un texte de Pierre le Vénérable (livre I, ép. 20) fait supposer qu'on cessa de su servir de roseaux au xe siècle. D'après Montfaucon , les patriarches de Constantinople employaient un roseau d’argent pour souscrire leurs actes. Ainsi" les plumes métalliques étaient probablement connues de l’antiquité.

PLUMITIF. — Registre sur lequel le greffier d’un tribunal écrit le sommaire des arrêts et de tout ce qui se passe aux audiences.

PLUVIOSE. — Nom du cinquième mois de l'année dans le calendrier républicain. Ce mois commençait le 20 janvier et Unissait le 1 8 février.

POÊLE. — Les anciens Romains faisaient usage, pour chauffer les appartements, de fourneaux souterrains, de tuyaux de chaleur et d’appareils analogues à nos poêles. Us en introduisirent l'usage dans les Gaules. On désignait, au moyen âge , les poêles par le nom de chauffe-doux, à cause de la douce chaleur qu'ils répandaient dans les appartements.

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Depuis le commencement de ce siècle, on a perfectionné les poeles , on en a fait un ornement des appartements en même temps qu'on a ménagé le combustible.

POÊLE. — L’usage d’étendre un voile appelé poêle ^ sur les nouveaux mariés, date d’une époque fort ancienne. Il vient probablement de la cérémonie qui consistait à faire passer les nouveaux époux sous Je joug, d’oii le mot conjugium (joug commun ) pour signifier mariage.

POÉSIE. — Je n’ai nullement l’intention d’esquisser ici l’histoire de la poésie française, mais seulement de dire quelques mots de la poésie dans ses relations avec les mœurs et les usages delà France. On la voit partout , animant les guerriers sur les champs de bataiPe parles chansons de geste , égayant les repas par les chansons de table, amusant le peuple par des pont-neufs , raillant dans les satires , les vaudevilles et les chansons politiques. Les noms ont changé avec les époques ; mais on retrouve toujours la poésie héroïque , la poésie légère et satirique , la poésie didactique ou donnant des préceptes , et la poésie bucolique ou chantant les plaisirs de la campagne. Soit que la poésie prenne la forme du récit ou celle de l’exposition dramatique, elle a toujours pour but de louer ou de blâmer, d'instruire par de grands exemples ou d’amuser par des contes joyeux. La poésie héroïque du moyen âge s’est appelée tantôt chanson de geste , tantôt cycle épique; la chanson proprement dite est nommée au midi canzone > au nord lay ou ou virelay ; la satire se retrouve dans les sirverites des troubadours et les vaudevilles d’Olivier Basselin ; la poésie dramatique dans les mystères, la tragédie , la comédie , l’opéra et le drame.

On peut distinguer trois époques dans l’histoire de la poésie française ; i° du xie au xin® siècle; 2° du xiu® auxv® siècle; 3° depuis la renaissance jusqu'à nos jours. S’il s’agissait d’apprécier le génie poétique, la dernière époque serait la plus importante; mais, comme notre but principal est de caractériser les mœurs de la France, il faut au contraire insister sur les époques les plus anciennes oh la poésie est moins un effet de l’art qu’un produit spontané du génie populaire.

De la poésie au moyen âge (xi®-xïiic siècles) ; poésie héroïque. — L’usage de célébrer les héros remonte à l’antiquité la plus reculée et se retrouve à toutes les époques chez les Gaulois, chez les Francs et chez la nation formée du mélange de ces peuples. Cassiodore parle, au vi« siè-

cle, de guerriers dont les exploits étaient chantés dans tout l’univers. On cite, entre autres, des chansons en l’honneur de Clotaire , vainqueur des Saxons; de Roland, rlc Louis III , vainqueur des Normands en 881 , etc. Dès le temps de Charlemagne, les chansons en langue germanique parurent assez importantes pour que ce prince ordonnât d'en faire un recueil. Au xie siècle, les poèmes héroïques en langue vulgaire furent appelés chansons de geste.

11 en existe un grand nombre en langue moderne. L'imagination travailla sur ces légendes a moitié historiques , à moitié fabuleuses, les enrichit de nouvelles inventions, revêtit les Francs de Charlemagne ou les Celtes d’Arthur de l’armure féodale, les entoura de pairs comme je roi Philippe Auguste, et fit un étrange mélange des mœurs et des institutions de siècles profondément divers. Mais , au milieu de ces tableaux bizarres , se peint dans tout son éclat la vie aventureuse et dévouée des chevaliers. Voy Chevalerie.

Une des plus célèbres parmi ces chansons de geste est le chant de Roland, que les guerriers répétaient en allant au combat, comme le prouve l’exemple du trouvère Taillefer, qui, à la bataille d'Haslings, célébrait les exploits de Charlemagne et de Roland (voy. Bardes). L’ensemble des chansons de geste sur Arthur, Charlemagne et ses paladins, les Amadis et Alexandre transformé en roi féodal, formèrent les grands cycles du moyen âge. Les Normands, dont les exploits Voient vivement frappé les esprits, eurent aussi leur cycle : le Roman de Rou et les chroniques rimées de Ceoffroi Caimar et de Benoît de Sainte-More attestent la fécondité de cette poésie .

Cycle d'Arthur . — Parmi les poèmes héroïques qui se rattachent au cycle d’Arthur ou de la table ronde, il faut placer au premier rang le Roman de Brut ou Brutus , par Robert Wace. On y trouve l’histoire fabuleuse des premiers rois d’Angleterre, en remontant jusqu’à Brut ou Brutus, fils d'Ascagne et petit-fils d’Énée. Brut fait de longs voyages, trouve sur sa route des îles enchantées , des palais merveilleux , et enfin arrive en Angleterre oh il établit sa i’amille qui y règne glorieusement. Là , figurent les héros de la table ronde ? l’enchanteur Merlin, le roi Arthur, la dame Genièvre sa femme. Tristan de Léonois, Lancelot du Lac, Perceval , Perceforêt. Chacun de ces personnages devint à son tour le centre de traditions épiques et le héros de quelque poème. Les poètes représentent , suivant la coutume du moyen âge, Arthur entouré de ses pairs et le mon-

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trent en relation avec les Romains, ainsi que l'atteste le passage suivant dont le langage a été légèrement modifié :

Arthur fut assis à un dois (dais),

Environ lui comtes et rois ,

Et sont dozo hommes blancs venus ,

Lien atournés et bien vestus.

I>eux et deux en ces palais vindrent Et deux et deux les mains se tinrent ,

Dozc estoient et doze Hoinains;

D’olive portent en leurs mains,

Petit pas ordinairement ,

Et vinrent mouli avenamment.

Parmi la salle très-passèront ,

Au roi vinrent, le saluèrent,

De Home, sc disant, venoient.

Chrétien de Troyes , un des principaux auteurs de poèmes héroïques, se distingue entre tous par un mélangé de naïveté et de grandeur. On trouve chez lui l'opinion généralement répandue dès le xin« siècle, que la France avait hérité de la supériorité intellectuelle de la Grèce et de Rome :

Ce nous ont nos livres appris

Que Grèce eut de chevalerie

Le premier los et de clergie (savoir);

Puis vint chevalerie à Home Et jà do clergie la some ,

Qui oros est en France venue.

Dieu doint qu’elle y soit retenue

Et que U / eus U ahellisse (ce lieu lui plaise)

Tant que de France no isse (sorte)

E’onor qui s’y est ar»êtée,

Dont elle est priséo ot dotée Mieux que Gréjois et Homnins.

La féei'ie joue un grand rôle dans ces poèmes; elle rappelle les traditions druidiques: « En celui tems , dit un ancien auteur, etoient appelées fées toutes celles qui s entremettoient d’enchantemens et de charmes; et moult en étoit pour lors principalement en la Grande-Bretagne* et savoieni la force et la vertu des paroles des pierres, des herbes. .. Merlin eiait leur maître sur toute la science du diable, de qui il était né. »

Cj/c/e de Charlemagne . — Le cycle de Charlemagne n'a pas été moins ‘fécond que celui d'Arthur. Charlemagne avait laissé dans la mémoire des peuples un souvenir qui frappait d’étonnement et a admiration. Ses prodigieuses expéditions, l’empire d’Occidem relevé, la barbarie môme de l’époque au milieu de laquelle il avait vécu , tout contribuait à ce grandir aux yeux de la postérité. Le Inet guerrier, le législateur des Francs devint , vers le xii* siècle , le héros d’un cycle epique. C’est dans la chronique de Turpin que sont célébrées, pour la première fois, ses tubuleuses expéditions Quelques critiques la font remonter jusau xc siècle , mais généralement on la

place à une époque postérieure. Turpin on Tdpin, prétendu archevêque de Reims, n est probablement qu’un pseudonyme sous lequel s’est caché l’auteur de la chronique. Voici le portrait qu’il fait de Charlemagne, on y reconnaît les idées populaires qui identifient la grandeur du génie avec la force physique : « Homme lut de corps fort et de grande stature; sept pieds avoit de long ; le chef (la tète) avoit rond , les yeux grands et si clairs que quand ils étoient courroucés ils resplendissoient comme escarboucles ; le nez avoit grand et droit, brune chevelure, la face vermeille et lie (joyeuse); de si grande force étoit qu’il levoit un chevalier armé sur sa paume. Joyeuse, son épee , coupoit un chevalier tout armé. » Autour de Charlemagne, se rangeaient ses paladins, comme les chevaliers de la table ronde autour d’Arthur. Roland, dont la mort surtout est célèbre, Ogier le Danois, Henaud de Montauban , les quatre fils Aymon , Olivier, Huon de Bordeaux, Doolin de IMavence, Morgant le Géant et l’enchanteur Maugis devinrent les héros de nouveaux romans chevaleresques, qui tous se rattachent au cycle de Charlemagne

Dans les épopées carlovingiennes , le caractère germanique a fait place au rôle chevaleresque. Nous n'y trouvons rien de comparable & ces guerriers francs, qui, dans la chronique du moine de Saint- Gall , racontent leurs expéditions contre les Slaves-Obotrites avec une jactance feroce : « C’étaient, dit l’un d’eux, de pauvres petites grenouilles ; j’en avais toujours huit ou neuf embrochées à ma lance, murmurant je ne sais quoi. Il était bien inutile d’aller nous faLiguer, l’empereur Charles et moi , contre une pareille vermine. » Les pairs de Charlemagne ne se livrent pas à l’orgueil brutal de la force. Ogier est appelé le Courtois. Roland , dans un combat contre Ferragus géant sarrasin, fait une trêve d une heure et voyant son ennemi s’endormir, va lui mettre une pierre sous la tête pour lui servir. d oreiller. Dans ces poèmes, Charlemagne n’est jamais représenté comme un conquérant germain; c’est le roi de saint Denis , le roi vraiment national de la troisième race. Ainsi , dans les traditions persanes , Alexandre est devenu I heritier légitime de la monarchie; Darius n’esi plus qu’un usurpateur. Tous les exploits de Pépin le Bref et de Charles Martel sont attribués à Charlemagne. Enfin , les guerres sont dirigées exclusivement contre les Musulmans. On reconnaît dans ces poèmes l’inspiration des croisades. Si l’on voulait avoir une

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idée complète du cycle carlovingien , iL ne faudrait pas oublier le contre-cycle espagnol , inspiré parle patriotisme qui oppose au paladin Roland un Bernard del Carpio, et au récit de l'invasion les chants interminables sur ltoncevaux et sur la résistaiice nationale.

La féerie semble inspirée, dans ces poèmes, par le génie asiatique. « il ne s'agit plus, dit un critique moderne, de hideuses sorcières , objet de la haine et de la crainte du peuple. Les fées deviennent les rivales ou les alliées de ces enchanteurs, qui disposaient, dans l’Orient, de l’anneau de Salomon et des génies qui y sont attachés; elles étaient, en quelque sorte, les prêtresses de la nature et de ses pompes. A leur voix, des palais magnifiques s’élevaient dans les déserts; des jardins enchantés, des bosquets parfumés d’orangers et de myrtes naissaient du milieu des sables ou sur les écueils clans le sein des mers. L’or, les diamants, les perles couvraient leurs vêtements ou les lambris de leurs palais ; et leur amour, loin d’ètre réputé sacrilège, était souvent la plus douce récompense des travaux du guerrier. C’est ainsi qu'Ogier est accueilli par la fée Morgane dans le château d'Avallon. Il en reçoit une couronne d’or à laquelle était attaché le don d’une éternelle jeunesse , mais en même temps l’oubli de tout autre sentiment que l’amour de Morgane. »

Poésie lyrique . — La poésie lyrique , chantée par les trouvères au nord de la France, et par les troubadours au sud , a célébré l’amour et la guerre ; quelquefois elle a flétri avec énergie les violences dont le midi fut victime au xme siècle. Il suffît de citer quelques noms pour rappeler la richesse de la poésie méridionale : Guillaume de Poitiers, Geoffroy Rudei, Bernard de Ventadour, Bertrand de Boni, Pierre Cardinal, Sordello de Mantoue, etc. Ponce de Capdeuil, poète du xne siècle, a laissé des chants d’amour qui. même privés du charme rliyllimique, ont encoreune certaine grâce. « Je vous aime, dit-il à la la dame de ses pensées,.je vous aime avec mie telle tendresse que nul autre objet n'a de place dans mon souvenir , je m’oublie moi-même pour penser à vous , et , lors même que m’adresse nies prières à Dieu , ma pensée est pleine de votre image. » Il y a souvent , dans ces chants d’amour, un singulier mélange d’idées religieuses et de pensées profanes. Arnauld de Marveii, éloigné de sa dame, chante les tourments de l’absence : « Qu’on ne me dise pas que l’àme n’est touchée que par les sens; je ne vois plus l’objet do ma flamme; je n’en suis que plus vive-

ment touché du bien que j’ai perdu. On a pu m’éloigner de sa présence, niais rien ne pourra rompre le lien des cœurs. Ce cœur si tendre et si constant. Dieu seul le partage avec elle, et la part que Dieu en possède, il la tiendrai t d’elle comme mouvante de son domaine, si Dieu pouvait être vassal et relever de lief. Lieux fortunés qu’elle habite, quand me sera-til permis de vous revoir? Que ne puis-je être confiné dans un désert et l’y rencontrer! Ce désert nie tiendrait lieu de paradis. »

Influence de la poésie arabe. — La poésie provençale s’inspira souvent du génie arabe. Mariana rapporte que, dans le xie siècle, au siège de Calcanassor, un pauvre pêcheur chantait alternativement en arabe et en langue vulgaire une complainte sur le sort de cette malheureuse ville. Le même air s'appliquait tour à tour aux paroles étrangères et nationales On le voit par cet exemple : En Espagne, la guerre et le commerce fréquent des deux peuples avaient répandu la connaissance delà langue arabe parmi les chrétiens, et l’on ne peut douter que les Arabes à leur tour n’eussent appris la langue vulgaire du peuple conquis. Or, cetie langue vulgaire, dans la Catalogne, n’était autre que la langue provençale, qui recevait ainsi naturellement les impressions de l’esprit arabe. L’idiome vulgaire , parlé dans les autres parties de l’Espagne, était distinct et séparé de notre langue romane. Mais, né du latin comme elle, en ayant même gardé davantage les consomiances éclatâmes, il était facilement compris de tous les peuples de l’Europe latine et ne pouvait se charger des teintes de l’esprit arabe, sans les communiquer à ces peuples.

Chant de Robert Courte-Heuse. — Chez les trouvères , la poésie lyrique a été moins cultivée ; on en trouve cependant quelques modèles. Tel est le chant composé par Robert Courte^Heuse dans la tour de Cardiff, où son frère Guillaume le Roux l’avait fait enfermer. En voici la traduction en langue moderne : « Chêne, né sur ces hauteurs, théâtre de carnage où le sang a coulé en ruisseaux, malheur aux querelles qu’excite le vin; chêne, nourri au milieu de ces gazons couverts du sang de tant de morts, malheur a l’homme qui est devenu un objet de haine; chêne élevé sur ces tapis de verdure arrosés du sang de ceux dont le fer avait déchiré le cœur, malheur à celui qui se complaît dans la discorde ; chêne, qui as crû au milieu des trèfles et des plantes qui, en t’environnant, ont arrêté l’élévation de ta cime et entravé ta végétation ,

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