PROTESTANTS, PROTESTANTISME
§ I. Etablissement du protestantisme en France . — On désigne en France par le nom de protestantisme les hérésies de
Luther et de Calvin; leurs partisans sont appelés protestants . Ce nom leur est venu de la protestation au’en 1529 les partisans de Luther opposèrent aux résolutions de la diète de Spire. Les protestants de France furent a'ussi nommés huguenots (voy ce mot); leur religion était appelée dans les actes officiels R. P. R. ( religion prétendue réformée ). Il n’est pas de mon sujet de faire l’histoire du protestantisme en France, de le montrer se glissant à la cour de François Ier par la protection de sa sœur Marguerite d’Alençon, puis proscrit et persécuté. Ces détails se trouvent dans toutes les histoires de France, et oat été exposés, d’après des documents inédits et d’une authenticité incontestable, par M. Mignet ( Essai sur rétablissement de la réforme à Genève ). Persécutés sous Henri II , comme sous François Ier, les protestants parvinrent cependant à s’organiser et formèrent une première Église en France en 1555. Dirigés par Coligny et Coudé, puis par Henri de Navarre, ils soutinrent ces guerres de religion qui remplissent la seconde moitié du xvie siècle, et ne se terminèrent que par Y édit de Nantes (30 avril 1598). Je me bornerai à rappeler les principaux édits qui ont régie en France la situation politique des protestants .
§ II. Edit de Nantes (30 avril 1598). — Les protestants obtenaient des places de sûreté, dont les principales étaient la Rochelle, Saumur, Montauban , Nîmes. Les seigneurs hauts justiciers avaient dans leurs châteaux le libre exercice de leur religion , et pouvaient admettre trente personnes à leur prêche. L’entier exercice du culte protestant était autorisé dans tous les lieux qui ressortissaient entièrement à un parlement. Les calvinistes pouvaient faire imprimer tous leurs livres dans les villes où l'exercice de leur religion était autorisé. Us étaient admissibles à toutes les charges et dignités publiques. Une chambre de Vcdit , composée d’un président et de seize conseillers, fut créée dans le parlement de Paris pour juger les procès des protestants. Il n’y avait qu’un seul conseiller huguenot dans la chambre de l'édit. A Grenoble et à Bordeaux , des chambres mi-parties ou composées par moitié de protestants et de catholiques turent instituées. Les protestaîits avaient encore à Castres un petit parlement indépendant de celui de Toulouse. Leurs assemblées, sous le nom de synodes 9 étaient de véritables assemblées politiques. Ils formaient ainsi un État dans l’État. Appuyés par des alliances étrangères , ils établirent en France des cercles à l’irm-
talion de l'Allemagne , troublèrent les premières années du règne de Louis XïII et jusqu'à l’époque de Richelieu menacèrent l’unité de la France.
§ III. Prise de la Rochelle ; édit d’Alais (1629). — Richelieu, devenu principal ministre, résolut de délivrer la France de ce péril. 11 s'empara de la Rochelle, principal centre du parti protestant, et imposa aux protestants Yédit d'Alais , qu'il appela l’édit de grâce (27 juin iG29). Le roi , dit Voltaire, y parla en souverain qui pardonne. On ôta l'exercice de la religion protestante à la Rochelle, aux îles de Ithé et d'Oléron , à Privas, à Pamiers. Les places de sûreté lurent démantelées. Du reste, l'édit de Nantes fut confirmé et la liberté de conscience respectée. A partir de cette époque, il n'y eut plus en France de guerre de religion jusqu’à la révocation de l’édit de Nantes. J, es protestants, exclus de la plupart des fonctions civiles et politiques , se livrèrent au commerce. Colbert les protégea, et, tant qu'il vécut, la liberté de conscience fut respectée. Mais , après sa mort , on persuada au roi que le protestantisme était une cause perpétuelle de désordres. « On lui peignit les huguenots, dit Saint-Simon (t. Xlll,p. u3-ii4), avec les plus noires couleurs; un État dans un Étal parvenu à ce point de licence à force de désordres, de révoltes, de guerres civiles, d’alliances étrangères, de résistance à force ouverte contre les rois ses prédécesseurs et jusqu'à lui-même réduit à vivre en traité avec eux. »
Louis XIV et presque tous les hommes éminents de la France à cette époque se persuadèrent que le protestantisme céderait aux premières attaques, et que la France, délivrée de cette division religieuse, gagnerait en unité et en puissance. Louvois se précipita, avec l’ardeur passionnée de son génie, dans ceUe voie qui menait à la faveur, et ordonna les dragonnades , dont les excès ne furent pas connus du roi. Enfin l’édit de Nantes fut révoqué (18 octobre 1685).
§ IV. Révocation de V édit de Nantes :
conséquences . — La révocation de Vêdit de Nantes eut pour la France les conséquences les plus funestes. Environ cinq cent mille habitants , qui vivaient paisibles et enrichissaient le royaume de leur travail, allèrent porter leur industrie dans les pays étrangers. L’Angleterre, la Hollande, la Prusse et bien d'autres contrées profitèrent des dépouilles de la France. Les protestants fugitifs devinrent des ennemis ardents de Louis XIV. Ils l’attaquèrent dans leurs écrits à Londres, à Amsterdam, à Berlin, et soulevèrent
contre lui l’opinion de l'Europe. Rien loin d'établir en France l’unité religieuse , comme on l’avait espéré, la révocation de Yédit de Nantes ne servit qu’à rallumer des guerres de religion que la tolérance avait apaisées. Au moment où la guerre de la succession d’Espagne armait l’Europo contre la France , les protestants des Cévennes prirent les armes (1703); vainement Louis XIV envoya contre eux trois maréchaux de France", parmi lesquels on remarque Villars et Berwick. Les protestants résistèrent à toutes les attaques , et Louis XIV fut forcé de traiter avec leur chef Jean Cavalier et de lui accorder un brevet de colonel avec une pension de douze cents livres.
§ V. Protestantisme depuis la mort de Louis XIV jusqu'au concordat . — A la mort de Louis XIV (1715), la liberté de conscience fut rétablie de fait, sinon de droit, par la tolérance du régent. Mais, en 1724, le duc de Bourbon , devenu principal ministre, renouvela toute la rigueur des édits contre les protestants. Ils furent réduits à s’enfuir dans les lieux solitaires, ou, comme ils le disaient, dans les déserts pour entendre la voix de leurs pasteurs, célébrer les cérémonies de leur culte et contracter des mariages que la loi française ne reconnaissait fias comme légitimes. L'histoire de ces églises du désert a été écrite par le pasteur Coquerel. Telle fut, jusqu’au règne de Louis XVI, la triste condition des protestants français. Ce prince, qui eut l'honneur d'abolir le servage et la torture, fut aussi le premier qui rendit aux protestants l’état civil; il reconnut, en 1787, la légitimité des mariages contractés par les protestants et des enfants qui en naissaient. La révolution de 1789 proclama enfin la liberté des cultes, et n’établit plus aucune différence entre les protestants et les catholiques. Le concordat de 1801 accepta ce principe de la liberté des cultes et le régularisa; les cultes protestants ( luthérien et calviniste) furent reconnus par l’État et les ministres de ces cultes reçurent un traitement. Nous avons parlé ailleurs de l'organisation qui fut alors donnée aux églises protestantes et des modifications qu'elle a subies depuis cette époque. Voy. Consistoires.
PROTOCOLES. — « On rencontre souvent dans les chartriers, ditD. de Vaines ( Dict . de diplom.) des actes qui sont intitulés protocoles ( prolocolla ). Il y en a de trois sortes: les premiers ressemblent aux cartulaires ou aux registres publics, et renferment des arrêts et des semences
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tout au long. Les seconds sont des minutes de notaires, ou le précis des actes se trouve ; mais sans les formules ordinaires, Les troisièmes sont des modèles et des formulaires à l’usage des gens de justice. Les protocoles du premier genre étaient en vogue dès levie siècle, et ceux du second prirent laveur vers le xive. >* — On n’emploie plus maintenant le mot protocole que pour désigner les formules dont se servent les princes lorsqu’ils correspondent entre eux ou les résolutions adoptées par une réunion d’ambassadeurs qui agissent comme médiateurs.
PROVINCES. — La division de la France en provinces n’a pas été seulement un fait politique d’une haute importance. 11 faut reconnaître que, malgré l’unité administrative et la rigoureuse centralisation qui fait la force de la France , il y a toujours entre les provinces de profondes différences de mœurs et d’esprit. Ce serait une entreprise inutile et même insensée de prétendre effacer les contrastes de ces physionomies provinciales, et, pour nous en tenir à l’ancienne France, à celle qui était formée dès le xve siècle , est-il possible de trouver des types plus distincts que le Picard et l’Auvergnat, que le Normand et le Gascon? Que serait-ce, si l’on opposait les provinces où les différences de races se manifestent jusque dans la langue, comme la Bretagne et l’Alsace ? Tout ce que la centralisation , servie par des instruments habiles et dociles, a pu établir en France, se réduit à l’unité politique et administrative. Elle a su faire concourir à un même but des caractères profondément opposés et des intérêts divers; c’est là un résultat immense. La monarchie a d'abord réuni les provinces par des conquêtes ou par des acquisitions territoriales, et elle en a fait un royaume ; ensuite elle a soumis les provinces à un gouvernement à peu près uniforme. Il étau réservé à la France moderne de faire disparaître la diversité des coutume^ provinciales. On peut donc diviser en deux parties ce qui concerne les anciennes provinces : i° réunion des provinces par conquête, achat, mariage, déshérence, etc.; 2° organisation des gouvernements provinciaux.
§ 1er. Réunioti des provinces . — Les rois capétiens ne possédaient primitivement que le duché de France. Leur première acquisition importante fut celle de la vicomté de Bourges (noi). Herpin , comte de Bourges, partant pour la croisade, vendit ce "domaine à Philippe Ier. Je ne parlerai pas des provinces qu’Éléonore de Guienne apporta à Louis Vil , parce
qu’elles furent bientôt perdues. Mais, sous Philippe Auguste, la conquête de la Normandie, du Maine, de l’Anjou, de la Touraine, d’une partie du Poitou (1204-1208) agrandit considérablement le domaine de la couronne. Louis VIII acquit les sénéchaussées de Beaueaire et de Carcassonne (1225-1226). Saint Louis régularisa par des traités une partie des conquêtes de Philippe Auguste. Philippe III hérita du Languedoc (1271); Philippe IV, de la Champagne (1285) ; il s’empara du Lyonnais (i306). Philippe VI obtint le Dauphiné par cession (1349); Charles VU conquit la Guienne et la Gascogne (i453 ; Lous XI s’empara par déshérence de la Picardie et de la Bourgogne (1477) ; il hérita de la Provence, de l’Anjou et du Maine (1483). Charles VIII réunit la Bretagne par mariage, en 1 49i -, François Ier, l’Auvergne, le Bourbonnais, la Marche par confiscation ( 1527); Henri II, les trois evê ehés (Toul, Metz et Verdun), par conquête ( 1 552) ; Henri IV, la Navarre ( 1 589) , puis la Bresse et le Bugey par le traité de Lyon ( 1601). L’Alsace, conquise sousLouis XIII, fut cédée à la paix de Westphalie ( 1648) ; l’Artois et le Roussillon, à la paix des Pyrénées (i*659); la Flandre française, à la paix d’Aix-la-Chapelle (1668) : la Franche-Comté, à la paix de Nimègue (1678); la Lorraine revint à la France à la mort de Stanislas Leczinski (1766); la Corse fut acquise en 1768, et le comtat Venaissin fut enlevé au pape pendant la révolution (1791).
§ IL Administration des provinces . — Pendant longtemps , les provinces furent administrées par des baillis et sénéchaux (voy. Baillis et Sénéchaux) qui réunissaient tous les pouvoirs civil , militaire , judiciaire , financier. Au-dessous de ces magistrats, les vicomtes et prévôts cumulaient également les fonctions les plus diverses. Ce fut seulement au xvie siècle qu’il s’établit, entre les différentes fonctions, une séparation nettement marquée.
Le pouvoir judiciaire passa aux parlements, alors au nombre de huit, et qui plus tard furent portés à treize (voy. Parlement et Parlements provinciaux ) ; ils recevaient les appels des tribunaux inférieurs, bailliages, présidiaux, etc. L’administration financière fut confiée aux bureaux des finances (voy. Bureau ) et la juridiction financière aux chambres des comptes et aux cours des aides (voy. ces mots). Quant à l’administration militaire, elle fut attribuée aux gouverneurs qui furent préposés aux provinces principales de la France qui étaient, sous François I*r : l’Ile-de-France, Normandie, Picardie, Bretagne, Guienne et Gascogne, Langue-