QUATRE NATIONS DE L’UNIVERSITÉ
— Voy. Nations.
QUATRE-TEMPS. — Le jeûne des Quatre-Temps remonte à une époque trèsreculée Il a commencé d’être en usage en France vers 806. L’Église catholique l’impose, aux quatre saisons de l’année , pendant trois jours de la semaine mercredi, vendredi et samedi. Dans l’origine, ces jeûnes, qui avaient pour but d’appeler sur chaque saison la bénédiction du ciel, étaient observés la première semaine de mars, la seconde de juin , la troisième de septembre, et la quatrième de décembre. Grégoire VII fixa le jeûne des Quatre-Temps comme il l’est encore aujourd’hui, c’est-à-dire au mercredi qui suit la semaine de la Pentecôte; au mercredi qui suit Vexaltation de la sainte croix; au mercredi de la troisième semaine de l’Avent, et enfin au premier mercredi qui suit la semaine des Cendres.
QUATRIENNAL. — On nommait qua triennal ou quadriennal un officier qui n’était en exercice que tous les quatre ans La fiscalité , afin de multiplier les charges vénales , avait créé des offices alternatifs ou biennaux, triennaux et
même quatriennaux ; 011 en trouve la preuve dans un grand nombre d’édits, et, entre autres , dans un édit du mois d’août 1645 , enregistré dans la chambre des comptes le il septembre suivant, dans un autre édit du mois de septembre 1645, enregistré au parlement le 7, et portant création d’offices quatriennaux des eaux et forêts en chaque maîtrise, d’offices également quatriennaux de receveurs et contrôleurs des saisies réelles, etc. Le parlement demanda, à l’époque de la Fronde, la suppression de ces offices quatriennaux , et elle fut prononcée par la déclaration du 22 octobre 1648 ; mais ils furent rétablis dès 1652. Colbert les fit supprimer en 1664 ; mais ces abus reparurent dans les derniers temps du règne de Louis XIV.
QUAYAGE. — Droit que l’on payait sur les quais en raison des marchandises que l’on y déchargeait.
QUESTION. — La question était une torture employée pour arracher la vérité à l’accusé. Cet odieux usage, adopté par les Romains, fut atténué dans les lois des barbares. La loi salique ne permettait d’appliquer à la questioîi que les esclaves. La question reparut dans Loute son horreur, au xivc siècle, avec Le droit romain et les juges imbus des principes romains. Entre les instruments de torture employés dans la questioii , un des plus cruels était le brodequin . U consistait en quatre planches épaisses, entre lesquelles on serrait la jambe du patient avec des cordes et des coins de fer, de manière à lui briser les os. On appelait encore brodequin le parchemin dont on enveloppait la jambe du patient avant de la soumettre au feu. Voy. Torture.
QUESTE. — Droit que le seigneur, fondé en titre ou en possession immémoriale, levait tous les ans sur les chefs de famille tenant feu , c’est-à-dire ayant maison dans ses domaines.
QUÊTE. — Dans les usages de l’ancienne chevalerie, on appelait quête (du latin quærere , chercher), les courses et voyages qu’entreprenaient les chevaliers, soit pour délivrer une dame au pouvoir de l’ennemi , soit pour rompre une lance en son honneur avec quelque preux célèbre. Ces quêtes ne duraient ordinairement qu’un an et lin jour. Les chevaliers qui les accomplissaient étaient désignés sous le nom de chevaliers errants. Ils ne se nourrissaient que de leur chasse et s’imposaient, pendant 1 année de quête , les plus rudes privations.
QUEUE. — L’usage de porter les che-
lino
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veux en queue fut surtout adopté au xvmc siècle. On retenait les cheveux de la queue au moyen d’un ruban; quelquefois on les divisait en trois. On les enferma ensuite dans une bourse de taffetas noir qui fut surtout de mode dans la seconde moitié du xvmc siècle et jusqu'à l’époque de la révolution.
QUEUE DE LA ROBE. — L’usage de porter la queue de la robe ou du manteau est mentionné dans les honneurs de la cour rédigés au xvc siècle. De Thou remarquer livre XXIII) que la queue du manteau royal de François Ier fut portée par le duc de Guise, quoique cet honneur n’appartînt qu’aux princes du sang.
QUEUX (Grand). — Le nom de queux , dérivé du latin coquus (cuisinier), désignait un maître d’hôtel chargé de la surveillance des cuisines. Le grand queux était le surintendant des cuisines du roi de France. Cet officier avait autrefois une haute importance et prélevait des droits sur les maitres cuisiniers, charcutiers et rôtisseurs qui ressoriissaient à son tribunal. Le grand queux de Philippe le Bel fut enterre dans la petite église d’Avon , près de Fontainebleau. On grava son Litre sur sa tombe, et, le nom de queux étant tombé en désuétude, des voyageurs se persuadèrent que là reposait îe cœur de Philippe le Bel. L’église d'Avon croyait en effet posséder le cœur de ce roi. Mais d’impitoyables antiquaires ont dissipé cette illusion et prouvé qu’il ne s’agissait que du queux ou cuisinier de Philippe IV.
QUF.UX (Maîtres). — T, a corporation des maîtres queux ou cuisiniers porte-chapes tut organisée à la lin du xvie siècle ( 1599). Le nom de porte- chapes venait de ce qu’ils couvraient les mets d’une boîte de fer-blanc appelée chape , pour les transporter dans les divers quartiers de Paris.
QUIERCI ou QUIERZY (Capitulaire de).
— Le capitulaire de Quierci ou Quierzysur-Oise7 rendu par Charles le Chauve ên 877, est resté justement célèbre. On le considère comme l'acte qui a reconnu et proclamé une révolution depuis longtemps préparée , et constitué définitivement le régime féodal. Charles le Chauve, avant de partir pour l’Italie, réunit un champ de Mars à Quierzy ; on y convint qu’à l’avenir les bénéfices (voy. ce mot) seraient héréditaires et qu’il en serait de même de la dignité de comte. Ces dispositions ont une telle importance que je vas citer la traduction littérale des textes qui les ont consacras. Voici d’a-
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bord celle qui concerne les bénéfices : «Si, après notre mort, dit l’empereur, quelqu’un de nos fidèles, touché de l’amour de Dieu et du nôtre , veut renoncer au siècle , s’il a un fils ou un parent qui soit capable de servir l’État, il pourra résigner ses honneurs au profit de l’un ou de l’autre, à son choix. » Il faut entendre ici par honneurs les fonctions et charges attachées au bénéfice et qui se transmettaient au nouveau propriétaire.
Voy. Honneurs.
Quant aux comtes, ils avaient été institués pourètreles représentai! tsdu pouvoir central et s’opposer à ce morcellement de la souveraineté qui devenait chaque jour plus menaçant. Eux-mêmes avaient fini par l’encourager en s’emparant de vastes domaines sur lesquels ils exerçaient les droits régaliens et en confondant peu à peu la souveraineté et la propriété. Le capitulaire de Quierzy-sur-Oise , en rendant leurs dignités héréditaires, consacra cette usurpation. Voici le passage qui s’y rapporte : « Si un comte , dont le tils se trouve avec nous, vient à mourir, que notre fils , de concert avec nos autres fidèles, charge les plus familiers et les plus proches parents du défunt d’administrer le comté avec les officiers du comté même ( minis teriales) et l’évêque jusqu’à ce que nous en soyons averti. — Que si son fils est encore trop jeune, que le fils administre le comté conjointement avec les officiers du comté et l’évcque jusqu’à ce que nous en ayons été informé ; mais, s’il n’a pas de fils, que notre fils, de concert avec nos autres fidèles, désigne quelqu’unoour administrer le comté conjointement avec les officiers et l’évêque, jusqu’à ce que nous fassions connaître notre bon plaisir. » L’empereur, comme on le voit, déclare que si le comte laisse un fils même mineur, le (ils succédera provisoirement, sauf confirmation de sa part.
L’hérédité était donc la règle, et c’était par exception que les rois y portaient atteinte. Établir l’hérédité des bénéfices et des comtés, c’était consacrer la confusion des droits de propriété et de souveraineté qui est le caractère essentiel de la féodalité. Voy. Féodalité.
QUIÉTISME. — Cette doctrine, qui a donné lieu à des querelles célèbres à la fin du xvnc siècle, tire son nom du mot latin quies , qui signifie repos. Les quié listes soutenaient, en effet , que l’âme, qui s’est unie étroitement à Dieu, doit demeurer dans une quiétude parfaite et ne pas s’inquiéter des mouvements du corps.
Dangeau a donné, dans son Journal , à la date des 5 et 6 mai iG8t>, un résumé assez
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complet de leurs doctrines : « Ils prétendent que , quand on est une fois donné à Dieu de tout son cœur, on doit être dans un saint repos, ce qu'ils appellent l'état de quiétude , ou l'oraison de quiétude ; et c’est de là qu’on leur a donné le nom de quiétistes. Us disaient que, pour ne point troubler cet état de quiétude, il ne faut pas se mettre en peine de produire de nouveaux actes d’amour de Dieu, qu'il faut s’abandonner entièrement au mouvement de l’esprit de Dieu, sans s'embarrasser ni des misères ni des cérémonies, et que , pendant que la partie supérieure de l'âme est dans ce saint repos, elle ne doit point s’inquiéter de ce qui arrive à son imagination ni même à son corps.
Ces maximes-là, une fois reçues dans les esprits contemplatifs , y produisent tous les jours de nouvelles erreurs, et, dans les cœurs libertins, elles sont suivies d'une infinité de désordres scandaleux. Le docteur. Michel Molinos, Espagnol, homme d’une grande piété extérieure et d’une imagination fort vive, était regardé comme le chef des quiétistes . » On sait que Fénelon se laissa un instant égarer par le quiétisme , mais qu’il effaça cette erreur par la sincérité et l’éclat de sa rétractation.
QUINQUET. — Lampe inventée, en 1785, par Quinquel et Lange.
QUINT et REQUINT. — Droits féodaux levés par le seigneur à chaque vente d’un fief qui relevait de ses domaines. Le quint était la cinquième partie du fief vendu, et le requint le cinquième denier du quint . Le quint était pour la vente des fiefs ce qu’étaient les lods (voy. bons et Ventes) pour la vente d’héritages soumis au cens ; de même que les lods étaient dus au seigneur censier pour la vente de l’héritage censuel, le quint était dû au seigneur féodal pour l’aliénation du lief servant. Dans les provinces soumises au droit écrit, le mot lods s’appliquait aux fiefs comme aux héritages censuels.
QUINTAINE. — La quintaine était, dans beaucoup de localités, un droit seigneurial. A certains jours de l'année, les vassaux étaient tenus de planter un poteau qu'on appelait le pal de la quintaine , et de le frapper jusqu’à ce qu’il tût rompu. Cet usage existait à Saint-Léonard, en Limousin, dans la châtellenie de Mareuii, près dTssoudun, en Vendômois, en Bourbonnais , en Bretagne. La coutume de Mezières. en Touraine, condamnait à une
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amende de soixante sous les vassaux qui manquaient à l'accomplissement de ce devoir féodal. — On appelait aussi quintaine un poteau que l'on fichait en terre et auquel on attachait un bouclier qui servait de but pour lancer des flèches ou briser des lances. Le point de mire était quelquefois une tête en bois. Ces jeux de quintaine étaient encore en usage à la cour, sous Louis XIV. On lit dans le Journal de DangeaUy à la date du 3 septembre 1684 : « Monseigneur courut les têtes, et essaya à en courre sept ; on ajoutait aux quatre têtes ordinaires celle du sabre, celle du pistolet et celle de la flèche. »
QUINTIL. — Stance composée de cinq vers et adoptée en France sous le règne de Henri H. Dans le quintil , il devait y avoir trois vers d’une même rime entrecoupés par deux vers d’une autre rime.
QUINZE - YINGTS. - L’hôpital des Quinze-Vingts avait été fondé par saint Louis, en 1254 , pour trois cents gentilshommes auxquels les Sarrasins avaient crevé les yeux. Philippe le Bel, pour les distinguer des aveugles des autres hôpitaux, ordonna qu'ils porteraient une fleur de lis sur leur habit, et ils ont conservé cosigne distinctif jusqu’à la révolution. Les quinze-vingts furent placés dans la suite sous la direction du grand aumônier. On tenait, chaque année, dans cet hôpital, un chapitre général pour le renouvellement des receveurs, procureurs , etc. On faisait ce jour-là, à chaque aveugle , une distribution de cinq sous tournois. D’ordinaire, les aveugles n'ayaient que vingt onces de pâte cuite par jour et vingt sous par mois.
Au moyen âge et jusqu'au xvie siècle, on donnait les quinze-vingts en spectacle vers la mi-carême. Ces aveugles, armés de bâtons, poursuivaient un porc, qui était le prix du vainqueur. Sauvai, qui parle de ce grossier divertissement dans ses Antiquités de Paris , dit que Charles IX et Henri III ne manquaient pas d’y assister, lorsqu’ils se trouvaient dans cette
ville. Tr. , . .
L'hôpital des Quinze-Vingts , qui était situé primitivement dans la rue Saint- Honoré, fut transféré , en 1779, dans la rue de Gharenton , oü il existe encore maintenant. Depuis la révolution, cet etablissement a été placé sous la direction du ministre de l'intérieur. 11 est adnrnns tré , sous sa surveillance , par une commission de cinq membres.
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RABAT. — Au xvne siècle , tous les hommes portaient la pièce de toile, qui faisant le tour du cou, et , retombant sur la poitrine, porte Je nom de rabat. 11 y en avait en dentelles et à point; quelques-uns étaient unis, d'autres plissés et empesés. Aujourd'hui il n’y a plus que les gens d'Église et de robe qui portent le rabat .
RABATEMENT DE DÉCRET. — On désignait sous ce nom une grâce qui, dans le parlement ae Toulouse, pouvait être accordée au débiteur ou à ses enfants. Lorsque leurs biens avaient été adjugés par décret, ils pouvaient obtenir de les racheter en remboursant à l’adjudicataire la somme qu’il avait payée et tous les autres frais, de telle sorte qu'il fût complètement indemnisé. C'était ce qu’on appelait rabatement de décret .
RABBIN. — Docteur et prêtre des Juifs.
La principale fonction des rabbins est de prêcher dans les synagogues, d’y faire les prières publiques et d’y interpréter la loi. Voy. Juifs, S H.
RACES. — La question des races est une de celles qui ont le plus vivement préoccupé les historiens depuis trente ans. Sans attacher, comme quelques-uns d’entre eux , une importance exagérée à l’influence des races , on ne peut méconnaître qu’il existe de grandes familles de peuples, que réunit la similitude de langue , de caractères physiologiques et de génie national. L'histoire d’un peuple, ses institutions, ses mœurs ont nécessairement ressenti l'influence de la race à laquelle il appartient. Il estdonc nécessaire de dire quelques mots des principales races qui se sont établies en France et ont contribué à former la nation française. La plus ancienne est la race celtique, se subdivisant en deux grandes tribus, lesGaelsetlesKymrys. Les premiers couvrirent probablement la Gaule de leurs colonies à une époque qu’il est impossible de déterminer avec précision. D’autres tribus celtiques, venues du sud et du nord, les refoulèrent entre la Loire et la Seine. Ces nouvelles tribus , désignées sous le nom de Kymrys ou Belges s'établirent dans les provinces septentrionales de la Gaule. Tous ces peuples sont appelés Gaulois (voy. ce mot) , et se rattachent à la race celtique. Le caractère de
cette race , tel que les anciens le représentent, se retrouve dans le peuple français : vivacité, communication facile et sympathique, ardeur à entreprendre, promptitude à exécuter , témérité et découragement rapides , voilà les principaux traits de la race celtique d’après les écrivains de l'antiquité. Rapprochons-les d’un passage de V Esprit des lois (liv. XIX, chap. v ) , où Montesquieu fait évidemment allusion au caractère français : «s'il y avait dans le monde, dit cet écrivain , une nation d'une humeur sociable , une ouverture de cœur, une joie dans la vie , un goût, une facilité à communiquer ses pensées; qui fût vive, agréable , enjouée, quelquefois imprudente, souvent indiscrète , et qui eite avec cela du courage, de la générosité , de la franchise , un certain point d’honneur, il ne faudrait point chercher à gêner par des lois ses manières pour ne point gêner ses vertus. »
Sur cette couche celtique, dont on trouve la trace si fortement empreinte dès qu’on étudie le caractère français , vinrent se superposer d’autres peuples qui contribuèrent à former le génie national. La colonie grecque de Marseille n'a pas été sans influence sur la Gaule méridionale. Sa puissance s’étendit de Nice à Emporiæ ( Ampurias ) , sur la côte d'Espagne. Elle eut des navigateurs célèbres, et entre autres Pythéas. Son luxe était proverbial : « Allez à Marseille ( Massiliam naviges ) , » disait-on à Rome aux amis du plaisir. La langue grecque se conserva à Marseille et dans les colonies, même sous la domination romaine. On lit dans une inscription trouvée à Ampurias , colonie de Marseille : « Les Emporitains fondèrent ce temple sous l’invocation de Diane d'Êphèse, dans ce siècle, où, sans jamais vouloir abandonner le langage des Grecs , Us ont subi la puissance et les institutions romaines. » Rome exerça sur la Gaule une influence bien plus considérable que les colonies grecques. Elle imposa aux Gaulois sa langue, ses lois, sa littérature (voy. Romains). Enfin, les Germains vinrent , au ve siècle , compléter les races , dorït le mélange a forme la nation française. Ce peuple conquérant , sans modiiier profondément le caractère national « changea les institutions et prépara le triomphe du système féodal. Les idées chevaleresques' ^voy. Chevaleuie), qui ont exercé une si grande influence au
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moyen âge, et jusque dans les temps modernes, viennent surtout des peuples germains. En résumé, le fond de la nation française est celtique ; la vivacité, la mobilité, les instincts généreux et passionnés ont de tout temps caractérisé cette race. La Gaule reçut, par Marseille, quelques lueurs de la civilisation grecque.
Rome transforma sa langue et lui imposa ses lois. Enfin , de l'invasion germanique vinrent le régime féodal etlachevalerie. Du mélange de ces races sortit la nation française ; c’est au milieu du ixe siècle, à l’entrevue de Strasbourg (842), que l'on entend retentir les premiers accents de l’idiome qui deviendra la langue française. A cette époque la fusion des races est en partie accomplie. Quant à l’unité politique il a fallu pour l’établir dix siècles d’efforts et de luttes. Voy. Féodalité, Provinces et Roi.
RAGES MAUDITES. — On a désigné sous ce nom des populations de la France qui étaient condamnées à une sorte de proscription, comme les Cagots , les Colliber ts , les Gavaches ( voy. ces mots). M. Francisque Michel a écrit l’histoire des Races maudites , 2 vol. in-8.
RACHAT. — On appelait rachat , dans les anciennes coutumes, le droit de racheter, dans un certain temps , une propriété vendue, en remboursant à l'acquéreur le prix qu'il avait payé. On désignait aussi ce droit sous le nom de retrait (voy. Retrait). — Le rachat était encore un droit de mutation que Ton payait au seigneur d’un fief ; on nommait ordinairement ce droit relief . Voy. Relief.
RACHIMBOURGS. — Les rachimbourgs (hommes du droit) étaient des juges ou plutôt des jurés qui étaient chargés de prononcer sur les crimes ou délits déférés à leur tribunal. La loi salique mentionne souvent les rachimbourgs. Ainsi, au titre LIX : « Si quelqu’un refuse de faire ce que les rachimbourgs lui auront ordonné, » et au titre LX : « Si lorsque les rachimbourgs sont assis au Malberg , après qu’une cause a été discutée, le demandeur leur adresse ces paroles : Dites moi la loi salique , et qu'ils refusent de répondre, le demandeur doit encore leur dire : Je vous adjure de me dire la loi . Cette prière est répétée plusieurs fois. S’ils persistent dans leur refus, le demandeur leur dit : Je vous adjure jusqu'à ce que vous me disiez la loi salique . Alors pour les sept rachimbourgs , jour est fixe, et chacun d'eux est condamné à payer neuf sous. Si, au jour fixé, ils refusent encore de dire la loi , de payer l’a-
mendç et de s’y engager par serment , un autre jour est fixé, et chacun des rachimbourgs est condamné à payer quinze sous.
Dans le cas où les rachimbourgs ne prononcent pas une sentence conforme à la loi salique , ils sont condamnés à payer quinze sous à ceux contre lesquels ils ont porte un jugement. Que si les rachimbourgs ont dit la loi , et que celui contre qui ils ont prononcé les contredise et soutienne qu’ils ont jugé contrairement à la 1 oi , sans pouvoir le prouver , il devra payer à chacun des rachimbourgs six cents deniers , qui font quinze sous. »
Ces titres de la loi salique prouvent que les rachimbourgs remplissaient le3 fonctions de juges on jurés, et siégeaient au nombre de sept. On a donné plusieurs étymologies de ce mot germanique. La plupart des écrivains le font dériver de recht et de biirger (hommes du droit , de la justice), et regardent les rachimbourgs comme des juges ou des jurés chargés de prononcer sur les faits soumis à leur jugement. M. de Savigny pense que le mot rachimbourg vient cle l’allemand rek , qui signifie grand , puissant , et que les rachimbourg s n'étaient pas autre chose que les grands réunis au Malberg, ou colline du mal (voy. Mal). Le nom de rachimbourgs est quelquefois remplacé par celui de boni homines , qui ne s'appliquait pas à une magistrature spéciale, mais qui désignait lès hommes libres en général. Les rachimbourgs assistaient aux contrats et leur donnaient, par leur présence, une plus grande autorité. Les formules de Marculfe en fournissent la preuve. On y voit qu'un acte est passé en présence de plusieurs rachimbourgs, personnages vénérables , qui siégeaient pour entendre et juger les causes .
RACOLEUR. — On appelait racoleurs, sous l'ancien régime, ceux qui étaient chargés de faire les enrôlements militaires. Comme il n’y avait pas de recrutement régulier, les racoleurs avaient souvent recours à des moyens odieux pour exercer leur métier. Ils" avaient des maisons, appelées fours , où ils séquestraient les hommes qu'ils vendaient ensuite aux recruteurs des armées. On trouve, dans le Journal de l’avocat Barbier ( t. 111 , p. 331), un fait qui montre à quel point ces excès étaient parvenus. Il raconte qu’en 1751, la femme d'un huissier voulant l’éloigner se servit d’un exploit signé de lui , dont on gratta l’écriture pour y substituer un engagement pour les îles ; on mit cet engagement entre les mains d'un racoleur . Celui-ci arrêta l’huissier chez lui, comme par ordre du roi, le mit