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des constructions , démolitions , alignements, saillies sur les rues servant de grandes routes (lois du 22 septembre 1789 et du 7 octobre 1790), Telle est encore aujourd’hui l’organisation administrative pour l’alignement des rues. Depuis cinquante ans, on a rectifié l’alignement dos rues dans la plupart des grandes villes , et surtout à Paris ; on a remplacé des voies étroites , tortueuses, sales, par de vastes rues où l’air circule plus librement, et où des trottoirs assurent aux piétons une circulation plus facile et plus sûre. Malgré les regrets de quelques amateurs des constructions bizarres du
moyen âge , on ne peut qu’applaudir à ce progrès de la civilisation. Les rues y ont gagné en beauté , en propreté et en salubrité.
Depuis 1728, l’usage adopté depuis longtemps en Italie d’indiquer par une plaque le nom des rues , a été introduit en France. Cette innovation fut due au lieutenant de police Héraut. Il fit mettre, dans chaque rue de Paris, deux feuilles de ferblanc, sur lesquelles le nom de la rue fut inscrit en gros caractères noirs.
RURALE (Somme). — Voy. Somme rurale.
SABBAT. — Ce mot désigne tantôt le jour de repos chez les juifs (voy. Juifs), tantôt une assemblée nocturne où l’on suppose que les sorciers se rendent. On trouve dans le procès des Vaudois d’Arras, en 1460 , des détails sur \e sabbat. D'après la déclaration de l’inquisiteur, les sorciers et sorcières frottaient leurs mains et un petit bâton d’un onguent que le diable leur avait donné , puis , à cheval sur le bâton, ils s’envolaient dans les airs jusqu’au lieu du sabbat . Là ils trouvaient des tables chargées de vins et de viandes, et un diable sous forme de bouc, dechien, de singe et quelquefois d’homme. Ils rendaient hommage au diable et lui donnaient leurs âmes ou au moins une partie de leur corps ; ils crachaient sur la croix, et, après avoir bu et mangé, se livraient aux plus sales débauches. Les tortures arrachèrent aux malheureux accusés de sorcellerie des dépositions qui confirmaient ces détails, et un grand nombre d’entre eux périrent dans les flammes. Jusqu’au xvuc siècle , on trouve des procès de sorcellerie. En J 61 1 , le curé provençal Gauffridi fut condamné à être brûlé vif, pour ce prétendu crime. Papon raconte, dans son Histoire de Provence (t. IV, p. 430), que ce drame lugubre fut égayé par un incident étrange : « Le procès, dit-il , contenait beaucoup de dépositions sur le pouvoir des démons. Plusieurs témoins assuraient qu’après s’être frotté d’une huile magique, Gauffridi se transportait au sabbat et revenait ensuite dans la chambre par le tuyau de la cheminée. Un jour qu’on lisait cette procédure au parlement d’Aix , et que l’imagination des juges était affectée par le long récit de ces événements surnaturels, on entend dans la cheminée un bruit extra-
ordinaire qui se termine tout à coup par l’apparition d’un grand homme noir, qui secoue la tête. Les juges crurent que c’était le diable qui venait délivrer son élève, et ils s’enfuirent tous, à l’exception du conseiller Thoron , rapporteur, qui se trouvant malheureusement embarrassé dans le bureau ne put les suivre. Effrayé de ce qu’il voyait, le corps tremblant, les yeux égarés, et faisant beaucoup de signes de croix , il porte à son tour l’effroi dans l’àme du prétendu démon , qui ne savait d’où venait le trouble du magistrat. Revenu de son embarras, il se fit connaître : c’était un ramoneur, qui , après avoir ramoné la cheminée de MM. des comptes, dont le tuyau joignait celle de la Tournelle , s’était mépris, et était descendu dans la chambre du parlement. »
SABBATINE. — Thèse que l’on soutenait le samedi, sans grande solennité et pour se préparer à l’épreuve des autres thèses. Voy. Thèses.
SABLIER. — Espèce d’horloge qui mesure le temps par la chute d’une certaine quantité de sable. Les moines se servaient pendant le moyen âge de sabliers pour régler les heures des offices.
SABRE. — Arme qui paraît remonter à une très-haute antiquité. Polybe parlai, des armes des Gaulois indique qu’ils se servaient d’une espèce de sabre . Cependant on regarde généralement l’arme recourbée , désignée sous le nom de sabre , comme d’origine orientale et commen’élant devenue d’un usage général qu'à la suite des croisades. Depuis cette époque, on a toujours employé le sabre dans les armées françaises, mais le modèle en a plusieurs fois varié. La cavalerie se sert
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aujourd'hui d'un sabre à lame légèrement cambrée, et propre à pointer aussi bien qu'à sabrer. L'infanterie s'est servie pendant longtemps d'un sabre , appelé briquet, à lame plate et légèrement recourbée ; mais, depuis 1831, le sabre-briquet a fait place au sabre-poignard .
SACERDOCE. — Dignité de prêtre. Voy.
Clergé, Evêque, Papauté, Rites ecclésiastiques.
SACHETS , SACHÈTES. — Religieux et religieuses dont la robe avait la forme d’un sac. Voy. Sacs (Frères).
SACQUEBUTE. — Instrument de musique à vent ; espèce de trompette harmonique que l'on nomme aussi trombone .
Au moyen d’un anneau, le corps ou tuyau de cet instrument s’allonge et se raccourcit à volonté ; ce qui produit les différents tons.
SACRAMENTAIRES. — Hérétiques du xvie siècle qui niaient la présence réelle dans l'eucharistie. Les sacramentaires eurent pour chefs Zwingle et Calvin, et se confondirent en France avec les protestants. Voy. Protestantisme et Protestants.
SACRE. — Cérémonie ecclésiastique par .aquelle on consacre un évêque ou un roi,. Il a été question ailleurs du sacre des évêques (voy. Ëvêqije). Je ne parlerai ici que du sacre des rois. Pépin le Bref est le premier roi de France dont le sacre soit constaté. La tradition du sacre de Clovis par saint Remi ne repose sur aucun document authentique.
Origine du sacre. — Lorsqu'en 752 , Pépin le Bref eut enfermé dans un cloître je dernier mérovingien Childéric III, il se lit sacrer dans la cathédrale de Soissons par saint Boniface, archevêque de Mayence. Deux ans après , le pape Étienne Il étant venu en Gaule, Pépin le Bref se lit de nouveau sacrer par lui , ainsi que ses deux li 1 s Charles et Carloman. Charlemagne se lit oindre de l'huile sainte par tout le corps, depuis la tête jusqu'aux pieds ( Marlène , De antiquis ecclesiæ ri tibus , II , 568 ). Depuis cette époque tous les rois de France se sont fait sacrer, à l’exception de Louis XVIll et de Louis- Philippe. Les premiers capétiens, de Hugues Capet à Philippe Auguste, prirent même la précaution de faire sacrer leur lils aîné de leur vivant , afin de donner à leur dynastie encore mal affermie un prestige religieux. Le procès-verbal d'un de ces sacres , celui de Philippe Ier (1059), est parvenu jusqu’à nous. C'est le premier document de cette nature que nous possédions. Il mérite d'être cité.
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Procès-verbal du sacre de Philippe Ie*:
« L’an de l'incarnation du Seigneur 1059 , la trente-deuxième année du roi Henri , le dixième jour avant les calendes de juin (23 mai), le roi Philippe fut sacré par l'archevêque de Reims Gervais, dans la grande église, devant l'autel Sainte-Marie, avec les cérémonies suivantes : la messe commencée, avant qu'on lût l’épître, l'archevêque se tourna vers le roi , et lui exposa la foi catholique , s'enquérunt de lui s’il y croyait et la voulait défendre. Sur sa réponse affirmative , on lui apporta sa profession de foi; il la prit, et, quoiqu'il n'eût encore que sept ans,, il la signa. Cette profession de foi était ainsi conçue: «Moi, Philippe, devant bientôt, parla « grâce de Dieu, devenir roi des Français, « au jour de mon sacre , je promets , en « présence de Dieu et de ses saints , de « conserver à chacun de vous , mes su « jets , le privilège canonique, la loi et la « justice qui sont dues , et, Dieu aidant, « autant qu'il me sera possible , je m'at- « tacherai à les défendre avec :îe zèle « qu'un roi doit montrer dans ses États, « en faveur de chaque évêque et de l'église « à lui commise ; nous accorderons aussi, «de notre autorité, au peuple confié à « nos soins, une dispensaiion de la jus- « tice conforme à ses droits. »
« Cela fait, il remit sa profession de foi entre les mains de l'archevêque en présence de (suivent les noms de cin-
quante-trois archevêques , évêques ou abbés). Prenant le bâton de Saint-Remi, l’archevêque expliqua avec douceur et mansuétude, comment c'était à lui pardessus tous qu'appartenaient l'élection et la consécration au roi , depuis que Saint- Remi avait baptisé et consacré le roi Clovis. Il expliqua comment le pape Hormisdas avait donné à saint Remi , et le pape Victor à lui , Gervais , et à son église le droit de consacrer par ce bâton, ainsi que la primatie de toute la Gaule. Alors, du consentement de son père Henri , il élut Philippe roi. Il avait été soutenu que le sacre pouvait se faire sans l'assentiment du pape , néanmoins les légats du saint-siège, pour faire honneur au prince Philippe, et lui témoigner leur affection , assistèrent à cette cérémonie. Après eux, vinrent les archevêques et évêques, les abbés et les clercs, ensuite Guy, duc d’Aquitaine ( Suivent les noms de seize grands feudataires , présens soit en personne, soit par leurs envoyés); ensuite les chevaliers et le peuple, tant les grands que les petits , qui, d'une voix unanime , donnèrent leur consentement et leur approbation , et s écrièrent par trois fois : Nous approuvons , nous
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voulons qu'il en soit ainsi . Alors Philippe rendit, à l’exemple de ses prédécesseurs , une ordonnance concernant les biens de Sainte-Marie, le comté de Reims , et les terres de Saint-Remi et les autres abbayes. 11 la scella et la signa.
« L'archevêque signa également. Le roi Philippe l'établit grand chancelier, comme les rois ses prédécesseurs l’avaient fait pour les prédécesseurs de Gervais, et l'archevêque le sacra roi. L'archevêque étant retourné à son siège et s’étant assis , on apporta le privilège que lui avait accordé le pape Victor, et il en fit lecture en présence des évêques. Toutes ces choses se passèrent avec la dévotion et la joie la plus vive, sans aucun trouble, sans aucune opposition , ni aucun dommage pour l'État. L'archevêque Gervais accueillit tous les assistants avec bienveillance , et les entretint largement à ses propres frais, quoiqu'il ne le dût à personne , si ce n'est au roi; mais il le faisait pour l'honneur de son église et par générosité. » (Collect. des Mémoires relatifs à V histoire de France , publiée par M. Guizot, t. VIT, p. 89-92).
Cérémonies du sacre d'après les anciens rituels. — Les rituels primitifs ont conservé les cérémonies du sacre qui restèrent à peu de chose près les mêmes jusqu’à la fin de l'anciefine monarchie. V ordonnance à enoindre et couronner le roy , écrite du temps de saint Louis , et publiée dans le Cérémonial français de Th. Godefroy et dans V Alliance chronologique deLabbe, dit que l’archevêque de Reims doit prendre la sainte ampoule des mains de l’abbé de Saint-Remi et promettre qu’il la rendra. On plaçait sur i’âutel la couronne, l’épée, les éperons , le sceptre, la main de justice, les chausses de soie violette brodées de fleurs de lis d’or, et la cotte (robe) de même étoffe et même couleur, faite en manière de tunique dont les sous-diacres sont vêtus à la messe . On verra plus loin que jusqu’à la fin du xvm0 siècle le roi se revêtait au sacre d’un costume presque sacerdotal. Le chambrier, d'après l'ancien cérémonial recevait cette tunique des mains de l’abbé de Saint-Denis pour en revêtir le roi ; la main droite sortait par l'ouverture de la tunique, de la gauche le roi relevait ce vêtement comme la chasuble d'un prêtre .
Reims lieu ordinaire du sacre. — Le sacre avait ordinairement lieu à Reims.
Cependant Henri IV fut sacré à Chartres, parce que la ville de Reims était alors au pouvoir de la Ligue. Afin d'exposer en détail les cérémonies du sacre , nous citerons le récit circonstancié du sacre de
Louis XVI tire de la Correspondance secrète de son règne.
Récit du sacre de Louis XV J. — <c Tout étant disposé pour donner à la cérémonie du sacre l'éclat et la pompe convenables, le dimanche u juin 1774 , dès les six heures du matin , les chanoines tous en chape , arrivèrent dans le choeur, se placèrent dans les hautes stalles, et furent bientôt suivis de l’archevêque de Reims, des cardinaux et prélats invités , des ministres, des maréchaux de France , des conseillers d'État et des députés des différentes compagnies. Chacun prit sans confusion la place qui lui avait été marquée. Vers les six heures et demie, les pairs laïques (voy. Pairs) arrivèrent au palais archiépiscopal. Monsieur représentait le duc de Bourgogne, M. le comte d'Artois celui de Normandie, et M. le duc d’Orléans celui d'Aquitaine. Le reste des anciens pairs de France , les comtes de Toulouse, de Flandre et de Champagne, furent représentés par le duc de Chartres, le prince de Gondé et le duc de Bourbon , qui portaient les couronnes de comte. Les pairs ecclésiastiques ( voy. Pairs, p. 92t, irc col.), pendant toute la cérémonie, restèrent en chape et en mitre.
Deux pairs ecclésiastiques vo nt chercher le roi . — « Sur les sept heures , l'évêque-duc de Laon et l'évêque-comte de Beauvais partirent en procession pour aller chercher le roi. Ces deux prélats vêtus de leurs habits pontificaux, étayant des reliquaires pendus à leur cou, étaient précédés de tous les chanoines de l’église de Reims, entre lesquels était la musique. Le chantre et le sous-chantre marchaient après le clergé, et devant eux le marquis de Dreux , grand-maître des cérémonies , qui précédait immédiatement les évêques duc de Laon et comte de Beauvais. Ils passèrent par une galerie couverte, et arrivèrent à la porte du roi , qu’ils trouvèrent fermée, suivant un usage qui remonte aux temps les plus anciens. Le chantre y frappe de son bâton ; aussitôt le grand chambellan , sans ouvrir, lui dit: Que demandez-vous ? — Nous demandons le roi , répond le principal pair ecclésiastique. — Le roi dort , réplique le grand chambellan. Alorslegrand chantre recommence à frapper, et l’évêque continue à demander le roi , et la même réponse lui est donnée. Enfin, à la troisième fois, le chantre ayant encore frappé, et le grand chambellan répété que le roi dort, le pair ecclésiastique qui a déjà porté la parole, dit ces mots qui lèvent tout obstacle: Nous demandons Louis XVI que Dieu nous a donné pour roi. Aussitôt les portes de la chambre s’ouvrent * et une autre scène
commence. Le grand maître des cérémonies conduit les évêques auprès de Sa Majesté couchée sur un lit de parade; ils la saluent très-profondément. Le monarque est revêtu d’une longue camisole cramoisie, garnie de galons d’or, et ouverte , ainsi que la chemise , aux endroits où Sa Majesté doit recevoir les onctions. Par-dessus cette camisole, le roi a une longue robe d’étoffe d’argent , et sur la tête une toque de velours noir garnie d’un cordon de diamants, d’une plume et d’une double aigrette blanche. Le pair ecclésiastique présente l’eau bénite au roi , et dit l’oraison suivante: « Dieu tout-puis- « sant et éternel, qui avez élevé à la royauté «votre serviteur Louis , accordez-Iui de « procurer le bien de ses sujets dans le « cours de son règne, et de ne jamais s’é- « carter des sentiers de la justice et de la « vérité. » Cette oraison achevée, le** deux évêques prirent Sa Majesté , l’un par le bras droit, l’autre par le bras gauche, et, l’ayant soulevée de dessus son lit , ils la conduisirent processionnellement à l’église , par la galerie couverte et dans le plus pompeux cortège, en chantant certaines prières.
La sainte ampoule est apportée de V abbaye de Saint-Remi à la cathédrale. — « Le roi étant arrivé vers les sept heures à l’église et tout le monde ayant pris place, la sainte ampoule ( voy. Ampoule (sainte), ne tarda pas à arriver à la principale porte; elle avait été apportée de l’abbaye de Saint-Remi par legrand prieur en chape d’étoffe d’or, monté sur un cheval blanc de l’écurie du roi, couvert d’une housse d’argent richement brodée , et conduit par les rênes que tenaient deux maîtres palefreniers de la grande écurie. Le grand prieur était sous un dais de pareille étoffe, porté par quatre barons , dits chevaliers de la sainte ampoule, vêtus de satin blanc , d’un manteau de soie noire et d’une écharpe de velours blanc, garnie de franges d;argent, dont Sa Majesté les avait honorés et gratifiés ; ils portaient la croix de cnevaliers passée au cou et attachée à un ruban noir. Aux quatre coins du dais, on voyait, à cheval, les seigneurs nommés par le roi pour otages de la sainte ampoule, et qui étaient précédés chacun de leur écuyer portant un guidon chargé d’un côté des armes de France et de Navarre, et de l’autre de celles de leur maisons. Les otages ayant prêté serment sur le livre des Évangiles et juré entre les mains du prieur, en présence des officiers du bailliage de l’abbaye, qu’il ne serait fait aucun tort à la sainte ampoule, pour la conservation de laquelle ils s’engagèrent à exposer leur
vie , s’étaient en foême temps constitués pleiges (c&xnions), et avaient déclaré qu’ils demeureraient en otage jusqu’au retour de la sainte ampoule. Par une suite de ce qui se pratique en pareilles circonstances, ils requirent néanmoins qu’il leur fût permis de l’accompagner, et pour grande sûreté et conservation d’icelle, sous le même cautionnement; ce qu’on leur avait accordé.
U archevêque reçoit la sainte ampoule des mains du prieur de l'abbaye de Saint- Remi . — « L’archevêque de Reims ayant été averti par le maître des cérémonies de l’arrivée de la sainte ampoule, alla aussitôt la recevoir à la porte de l’église. En la remettant entre ses mains, le grand prieur, suivant l’usage, lui adressa ces paroles : «Je vous confie, monseigneur, « ce précieux trésor envoyé du ciel au « grand saint Remi pour le sacre de Clovis « et des rois ses successeurs ; mais je « vous supplie, selon l’ancienne coutume, « de vous obliger de me la remettre entre « les mains après le sacre de notre roi « Louis XVI. » L’archevêque , conformément à la coutume , fait le serment exigé, conçu en ces termes ; « Je reçois avec « respect cette sainte ampoule’, et vous « promets, foi de prélat j de la remettre « entre vos mains, la cérémonie du sacre « achevée. » En disant ces mots, le cardinal de La Roche-Aymon prit la fiole, rentra dans le chœur et la déposa sur l’autel. Quelques instants après , il s’approcha du roi, dont il reçut le serment appelé de protection pour toutes les églises sujettes de la couronne , promesse que Sa Majesté fit assise et couverte- « Je pro- « mets, dit le roi, d’empêcher les per- « sonnes de tout rang de commettre des « rapines et des iniquités, de quelque na- « ture qu’elles soient. Je jure de m’appli- « quer sincèrement, et de tout mon pou- « voir, à exterminer de toutes les terres « soumises à ma domination les hérétiques « nommément condamnés par l’Église. »
Le roi présenté à rassemblée par deux pairs ecclésiastiques • — « Après cette formule de serment, deux pairs ecclésiastiques présentent le roi à l’assemblée, et lui demandent si elle agrée Louis XVI pour roi de France. Un silence respectueux, disent les livres qui contiennent les détails de ce&te cérémonie , annonça le consentement général. L’archevêqrue de Reims présenta au roi le livre des Evangiles , sur lequel Sa Majesté posant les mains fit serment de maintenir et conserver les ordres du Saint-Esprit et de Saint-Louis, et de porter toujours la croix de ce dernier ordre attachée à un ruban de soie couleur de feu , de faire observer
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L’édit contre les duels, sans avoir jamais aucun égard aux représentations des princes ou seigneurs qui pourraient intercéder en faveur des coupables. Lorsque le roi eut reçu pour la seconde fois l'épée de Charlemagne, il Ja déposa entre les mains du maréchal de Clermont-Tonnerre, faisant les fonctions de connétable , qui la tint la pointe levée pendant Ja cérémonie du sacre et du couronnement, ainsi qu’au festin royal. Pendant ue le roi recevait et remettait cette épée e Charlemagne, on récita plusieurs oraisons. Dans l’une, on demandait à Dieu de répandre l’abondance et le bonheur sur toutes les classes de la nation pendant le règne qui s'ouvrait eu ce moment.
Le roi reçoit les neuf onctions. — «Quand ces prières furent Unies, le prélat officiant ouvrit la sainte ampoule, en fil tomber un peu d'huile , qu’il délaya avec l'huile bénite, appelée saint chrême. Le roi se prosterna devant l’autel sur un grand carreau de velours violet, semé de fleurs de lis d'or, ayant le vieil archevêue-duc de Reims aussi prosterné à sa roi te, et resta dans cette humble posture jusqu'à la fin des litanies chantées par quatre évêques alternativement avec le chœur. A la fin des litanies, l'archevêque de Reims se plaça sur son fauteuil , et le roi s'étant allé mettre à genoux devant lui, reçut les onctions sur le sommet de la tête, sur la poitrine, entre les épaules, sur l’épaule droite , sur la gauche, à la jointure du bras droit, à celle du bras gauche. Dans le même temps , ce prélat récitait quelques oraisons, dont voici la substance : « Qu'il réprime les orgueil- « leux; qu'il soit une leçon pour les ri- «ches; qu'il soit charitable envers les «pauvres; qu'il soit le pacificateur des « nations. >> Un peu plus bas on remarque, parmi ces oraisons , les paroles suivantes : « Qu’il n'abandonne point ses « droits sur les royaumes des Saxons, des « Merciens, des peuples du Nord et des « Cimbres. » Un auteur anonyme dit, que par les Cimbres on entend le royaume d’Angleterre, sur leauel nos rois se réservent expressément leurs droits incontestables depuis Louis VIII , auquel il fut déféré par la libre élection du peuple , qui avait chassé Jean sans Terre.
« Après les sept onctions, l’archevêque de Reims, aidé des évêques de Laon et de Beauvais, referma, avec des lacets d'or, les ouvertures de la chemise et de la camisole du roi , qui, s^étant levé , fut revêtu, par le grand chambellan, de la tunique, de la aalmatique et du manteau voyal fourré et bordé d'hermine. Ces vê-
tements sont de velours violet, semés de fleurs de lis et de broderies d’or, et représentent les habits de sous-diacre, de diacre et de prêtre ; symbole par lequel le clergé cherche sans doute à prouver qu'il est uni à la puissance royale . Le roi se remit ensuite à genoux devant l'archevêque officiant, qui lui fit la huitième onction sur la paume de la main droite, et la neuvième et dernière sur celle de \? main gauche; puis il mit un anneau au quatrième doigt de la main droite, comme signe représentatif de la toute-puissance, et de l'union intime qui régnera désormais entre le roi et son peuple. L’archevêque prit alors sur l’autel le sceptre royal, et le mit dans la main droite du roi , et ensuite la main de justice qu’il mit dans la main gauche. Le sceptre est d’or émaillé garni de perles orientales ; il peut avoir six pieds de haut : Charlemagne y est représenté en relief, le globe en main, assis sur une chaise ornée de deux lions et de deux aigles. La main de justice est un bâton d'or massif, haut seulement d’un pied et demi, garni de rubis et de perles, et terminé par une main d'ivoire, ou plutôt de corne de licorne; il y a de distance en distance trois cercles à feuillage tout brillants de perles, de grenats et d'autres pierres précieuses.
Couronnement du roi . — « Voici cependant un moment oii le clergé cesse de s’attribuer le droit de conférer au roi la toute-puissance. M. le garde des sceaux de France, faisant les fonctions de chancelier, monta à l'autel, et s'étant placé du côté de l’Évangile , le visage tourné vers le chœur, il appela les pairs pour le couronnement de la manière suivante :
Monsieur , qui représentez le duc de Bourgogne , presciitez-vous à cet acte , etc.
Les pairs s’étant approchés du roi, l’archevêque de Reims prit sur l'autel la couronne de Charlemagne, apportée de Saint- Denis , et la posa sur la tête du roi. Aussi tôt les pairs ecclésiastiques et laïques y portèrent la main pour la soutenir :
allégorie vraiment noble et expressive, mais qui serait bien plus juste, si des délégués du peuple soutenaient aussi cette couronne, par le même esprit allégorique. On emploie, dans l’une des oraisons récitées en cet instant , une expression orientale qui a beaucoup d’énergie: « Que « le roi , y dit-on , ait la force du rhino- « céros, et qu'il chasse devant lui, comme « un vent impétueux, les nations enne- « mies jusqu'aux extrémités delà terre. » La couronne de Charlemagne, qui se conserve dans le trésor de l'abbaye de Saint' Denis, est d'or et enrichie de rubis et de saphirs; elle est doublée d'un bonnet de
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satin cramoisi brodé en or, et surmontée d'une fleur de lis d'or, couverte de trentesix perles orientales.
Intronisation . — « Après toutes ces cérémonies, l'archevêque-duc de Reims prit le roi par le bras droit , et , suivi des pairs et de tous les grands officiers de la couronne, il le conduisit au trône élevé sur le jubé où il le lit asseoir, en récitant les prières de l'intronisation. En achevant ]"s oraisons prescrites pour la circonstance. Je prélat quitta sa mitre, fit une profonde révérence au roi, le baisa, en disaru : Vivat rex in æternum! ( Vive le roi ; r nais ! ) les autres pairs ecclésiastique;, et laïques baisèrent aussi Sa Majesté l'un après l'autre, et, dès qu'ils furent remis à leur place, on ouvrit les portes de l'église. Le peuple y entra en fouie, et dans l’instant fit retentir les voûtes des exclamations de Vive le roi! que répéta en écho la multitude des assistants, dont toute l’enceinte du chœur était remplie en amphithéâtre. Tandis que tout retentissait des cris de joie, les oiseleurs, selon un usage très-ancien , lâchèrent dans l'église une multitude d’oiseaux, qui par le recouvrement de leur liberté , signifiaient l'effusion des grâces du monarque sur le peuple, et que jamais les hommes ne sont plus véritablement libres que sous le règne d'un prince éclairé, juste et bienfaisant. »
SACRE DE NAPOLÉON Ier. — Napoléon Ier rétablit le sacre. Le pape Pie VII le sacra, le 2 décembre 1804, dans la cathédrale de Paris. Les ornements adoptés pour le sacre de l’empereur, furent la couronne d’or ouverte, formée de feuilles de laurier, l'épée à poignée d'or, enrichie de diamants, attachée à une écharpe blanche, portée en ceinturon et ornée de crépines d'or, la main de justice d'or, le sceptre aussi d’or surmonté d’un aigle, et Panneau. L'habillement de l'empereur au sacre , consistait en culotte et bas de soie blancs, souliers blancs brodés d'or, tunique de soie blanche brodée et ornée au bas de crépines d'or, manteau à longue queue , tombant sur les épaules et la poitrine ; ce manteau était de velours pourpre, semé d’abeilles d'or, brodé à l'emour et doublé d’hermine ; gants blancs brodés d'or et cravate eu dentelle. L'empereur rétablit aussi un usage qui avait été abandonné en France depuis Marie deMédicis. L'impératrice Joséphine fut sacrée le même jour par le pape Pie VII et couronnée par Napoléon. Elle avait pour costume une robe de soie blanche sans queue , brodée et ornée de crépines, comme la tunique de l'empe-
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reur, garnie en haut de dentelles relevées, ceinture blanche brodée d'or tombant par-devant; manteau attaché sur les épaules et à longue queue, de la même couleur et broderie que celui de l'empereur. Ses ornements particuliers furent l'anneau , le manteau et la couronne d’or enrichie de pierreries. L'empereur prononça le serment suivant : « Je jure de maintenir l'intégrité du territoire delà république, de respecter et de faire respecter les lois du concordat et la liberté des cultes; derespecter et faire respecter l’égali té des droits , la liberté politique et civile , l'inviolabilité des ventes des biens nationaux; de ne lever aucun impôt, de n'établir aucune taxe qu’en vertu d’une loi; de maintenir l’institution de la Légion d'honneur, et de gouverner dans la seule vue de l'intérêt, du bonheur et de la gloire du peuple français. » Ainsi que cela se pratique en pareil cas , on frappa des médailles, en bronze , en argent et en or. Les médailles de toutes les dimensions frappées à cetle occasion , portent d'un côté l'effigie de l'empereur couronné de lauriers, avec la légende : napoléon , empereur. On voit, de l'autre, Naooiéon en pied, vêtu à la romaine, le sceptre à la main, élevé sur un bouclier que portent deux figures, l'une vêtue de la toge, et l'autre portant le costume gaulois. La légende est : LE SÉNAT ET LG PEUPLE.
SACRE DE CHARLES X. — Le dernier sacre a été celui de Gnarles X , le 29 mai 1825. On reproduisit avec une grande magnificence les anciennes cérémonies du sacrey mais on modifia la formule du serment, pour le mettre en harmonie avec les nouvelles institutions de la France. Voici la nouvelle formule qui fut alors adoptée : « En présence de Dieu, je pro • mets à mon peuple de mainienir et d'honorer notre sainte religion , comme il appartient au roi très-chréiien et au fils aîné de l'Église ; de rendre justice â tous mes sujets, enfin de gouverner conformément aux lois du royaume et à la charte constitutionnelle; qu’ ainsi Dieu me soit en aide, et le saint Évangile. »
SACRE DES SEIGNEURS FÉODAUX.— Plusieurs exemples prouvent que les cérémonies analogues au sacre avaient lieu pour quelques seigneurs féodaux; ainsi on trouve dans les anciens rituels les détails du couronnement du duc de Normandie. C'était une véritable intronisation qui est appelée, au moyen âge, le mystère du duc de Normandie , Ces cérémonies furent renouvelées , lorsqu'en 1465 , Charles , frère de Louis XI , obtint le duché de Normandie.
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Les cérémonies du sacre ont été expogées dans un grand nombre d’ouvrages.
On pourra consulter le Cérémonial français, par Th. Godefroy, 2e édit., 2 vol. in-fol. ; V Ordre et les cérémonies du sacre et couronnement du très-chrétien roi de France, latin et français, par René Benoist, Angevin; Paris, 1575, in-12; Cérémonies observées au sacre et couronnement du très-valeureux Henri IV, roi de France; Paris, 1610, in-12; les Cérémonies du sacre et couronnement du très-chrestien roy de France et de Navarre, Louis XIII; Paris, 1616, in-12; la pompeuse et magnifique cérémonie du sacre du roi Louis XIV, représentée au naturel , in-fol. ; cet ouvrage ne consiste qu’en trois planches gravées représentant les trois principales scènes du sacre; Menin, Traité historique et chronologique du sacre et couronnement des rois et reines de France ; Paris, 1723 , in-i2 ; les Cérémonies du sacre de Louis XV , grand in-folio ; Cérémonial du sacre des rois de France , précédé d'un discours sur rancienneté de cet acte (par Alletz ) ; Paris, 1775, in-8; Lettre sur la sainte ampoule et sur le sacre de nos rois , par Piuche; Paris, 1775 ; Sacre et couronnement de Louis XVI , roi de France et de Navarre y etc., enrichi de figures; Paris, 1775, in-8 ; Cérémonial des sacres et couronnement de V empereur Napoléon J«r et de l'impératrice Joséphine ; Des cérémonies du sacre ou Recherches historiques et critiques sur les mœurs, les coutumes , les institutions et le droit public des Français dans V ancienne monarchie , par G. Leber; Paris , 1825; Du sacre des rois de France et des rapports de cette cérémonie avec la constitution de l'Etat aux divers âges de la monarchie , par M. Clausel de Coussergues; Paris, 1825 , in-8.
SACRIFICES HUMAINS. — Les sacrifices humains étaient usités chez les Gaulois. Les druides , leurs prêtres, entassaient quelquefois les victimes humaines dans un colosse d’osier qui était livré aux flammes. Les Romains , maîtres de la Gaule, prohibèrent les sacrifices humains . On les vil reparaître après l’invasion des barbares. Procope ( livre II, chap. xxv, de la Guerre des Goths ) , rapporte que les Francs, même après leur conversion au christianisme, avaient conservé beaucoup de leurs anciennes coutumes païennes : « Ils immolent, dit-il , des victimes humaines et font d’autres sacrifices impies pour découvrir l'avenir. » Mais bientôt le christianisme triompha de ces moeurs barbares et à partir de la fin du
VIe siècle , il n'est plus question , dans notre histoire , des sacrifices humains .
SACRILÈGE. — Les anciennes lois do la France mettaient le sacrilège au nombre des crimes de lèse-majesté divine au second chef. Fleury ( Institut . au droit ecclés., ch. xm) définit ainsi le sacrilège: « Une action faite au mépris de la religion, comme la profanation de la sainte eucharistie, des saintes huiles, des vaisseaux ou vases sacrés, des églises, des cimetières, la violation des franchises des lieux saints dans les pays oh elles sont encore observées; le vol ou l’usurpation des biens consacrés à Dieu , les violences commises contre les clercs et les religieux. Le sa crilêge se trouve souvent joint avec le sortilège et les maléfices de ceux qui prétendent avoir commerce avec les démons, pour deviner les choses cachées ou futures, donner de l’amour ou d'autres maladies, ou nuire autrement à leurs ennemis. Là se rapportent la magie, l’astrologiejudiciaire,la chiromancie, et toutes les autres espèces de divination ; les paroles et les caractères pour guérir certains maux ou empêcher certains effets naturels , etc. Suivant l’usage de France, les laïques ne sont point soumis à la juridiction ecclésiastique pour toutes ces sortes de crimes, blasphème, sacrilège, divination et autres semblables; c'est le juge séculier qui en connaît comme exécuteur des ordonnances. »
Ces ordonnances étaient d'une trèsgrande sévérité. Le sacrilège était condamné à des supplices atroces, qui , au xviii^ siècle, excitèrent des réclamations. « Le mal , disait Montesquieu (Esprit des lois , XII, 4), est venu de cette idée qu’il faut venger la divinité; mais il faut honorer la divinité et ne la venger jamais. En effet, si l'on se conduisait par cette dernière idée, quelle serait la fin du supplice? Si les lois des hommes ont à venger un être infini, elles se régleront sur son infinité et non pas sur les faiblesses, sur les ignorances, sur les caprices de la nature humaine. Un historien de Provence ( le père Bougcrel ) rapporte un fait qui nous peint très-bien ce que peut produire sur des esprits faibles cette idée de venger la divinité. Un juif, accusé d’avoir blasphémé contre la sainte Vierge, fut condamné à être écorché. Des chevaliers masqués , le couteau à la main , montèrent sur l'échafaud , et en chassèrent l'exécuteur pour venger eux-mêmes l'honneur de la .sainte Vierge. » Les principes de Montesquieu prévalurent à l’époque de la révolution ; on ne considéra plus le sacrilège que comme un délit ou un crime ordinaire.
qui devait être puni en vertu des lois ordinaires. La restauration voulut rétablir une loi spéciale pour le sacrilège. Cette loi portait la peine de mort pour les sacrilèges commis sur les vases sacrés dans les églises catholiques , et la peine du parricide pour le sacrilège sur les nosties consacrées dans les tabernacles de ces temples. Elle fut votée le 15 avril X825 et abolie après la révolution de
SACRISTIE. — Lieu oit l'on serre les ornements, les vases sacrés, les reliques, etc. La sacristie est ordinairement revêtue de lambris de menuiserie, et garnie d'armoires, de tables et même de tableaux. On appelait autrefois cette pièce Salutatorium, parce que l’évêque y recevait et y saluait les étrangers.
SACS (Frères). — Les frères sacs ou sachets tiraient leur nom de leur robe qui ressemblait à un sac. On les appelait aussi frères de la pénitence de J. C. Ils s'établirent en Fi ance au xme siècle , mais , en 1293 , leur ordre fut supprimé.
SAGES-FEMMES. — Les sages-femmes , qui pratiquent l’art des accouchements, étaient autrefois reçues maîtresses par le corps des chirurgiens et soumises à la police de ce corps. Elles ne pouvaient être reçues sages-femmes avant l’âge de vingt ans, et étaient soumises à un apprentissage de trois ans chez une sage-femme ou de trois mois à l'Hôtel-Dieu de Paris. L’aspirante à la maîtrise était interrogée à St- Cème, par le premier chirurgien du roi ou par son lieutenant, par les quatre prévôts du collège de chirurgie , par les quatre chirurgiens ordinaires du roi, en son Châtelet, et par les quatre jurées sages-femmes du Châtelet , en présence du doyen de la Faculté de médecine, des deux médecins du Châtelet, du doyen des chirurgiens et de huit autres maîtres en chirurgie. Si l’aspirante était jugée capable , on la recevait sur-le-champ, et on lui faisait prêter serment de ne fournir aucune drogue capable de procurer l’avortement et de demander le secours des maîtres de l’art dans les accouchements difficiles.
Aujourd’hui les élèves sages-femmes ne peuvent se présenter aux examens qu’après avoir suivi au moins deux cours d’accouchements et vu pratiquer pendant neuf mois ou pratiqué elles-mêmes pendant six mois des accouchements dans un hospice ou sous la surveillance d’un professeur avant de se présenter à l’examen. Un jury médical les interroge sur la théorie et la pratique des accouchements. Elles peuvent, à la suite de ces examens, obte-
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nir un diplôme, dont la forme est déter* mince par les règlements. En cas d’accouchements laborieux, elles doivent appeler un médecin ou un chirurgien.
SAGIBARONS. — Il est question , dans la loi salique (titre LVII), de personnages appelés sagibarons . Leur whergeld était considérable. Le meurtre d’un sagibaron ou d un graf (comte), qui faisait partie de la trust ou cortège du roi, était compensé par une somme de douze mille deniers ou trois cents sous. Si un sagibaron libre était tué, le meurtrier était condamné à payer vingt-quatre mille deniers, qui faisaient six cents sous. U ne devait y avoir que trois sagibarons dans chaque mal ou assemblée des Francs (voy. Mal, Mallum). S ils avaient prononcé sur une affaire qui leur était soumise, le graf ou comte ne pouvait changer leur sentence. Tels sont les textes de la loi salique relatifs aux sagibarons. On a beaucoup discuté pour savoir quels étaient ces magistrats. A s'en tenir à l’étymologie, les sagibaroiisé taient des. hommes de loi. Leur nom, qui est écrits ag i barons , saclii barons , sagbaronsy vient de sache , qui veut dire cause et de bar ou baron , qui signifie homme par excellence. l\ semble donc que les sagibarons étaient des hommes de loi chargés de l'explication des questions difficiles, et il est probable que l'on n’en admettait que trois dans les assemblées solennelles, afin d’éviter la multiplicité des interprétations législatives et la confusion qui aurait pu en résulter.
SAIE , SAYON. — Strabon (Géographie, livre IV), décrit ainsi la casaque des Gaulois que l’on a appelée saie ou saijon :
« Leurs saies sont de couleur foncée et d'une étoffe grossière, dont la laine se rapproche beaucoup des peaux de chèvre.» Cette casaque des anciens Celtes se plaçait sur la tunique qui descendait jusqu’à la ceinture ; elle était formée d’une peau d’animal, grossière et velue, qui était découpée en carré comme une dalmatique La saie couvrait les épaules, les bras et la poitrine.
SAIGNÉE. — L’usage de se faire saigner - certaines époques de l’année était trèsrépandu autrefois et souvent même prescrit par les règles monastiques. Il y avait dans chaque couvent des jours fixés pour la saignée . on les appelait jours malades ou jours ae la minution du sang. Celui
aui pratiquait la saignée était désigné , ans les règles monastiques, sous le nom d eminutor. Les Chartreux se soumettaient cinq fois par an à la saignée; les Prémontres, quatre fois; les moines de
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Cluny et de la plupart des ordres autant de fois. Les laïtjues se taisaient aussi saigner plusieurs vois dans Fan née, et quelques-uns se retiraient dans un monastère à l’époque de cette opération. Il existe certaines chartes anciennes, dit le Grand d'Aussy ( Vie privée des Français ), où des patrons, en fondant un monastère, se réservaient pour eux et pour leurs familles , Je droit de s’y faire saigner.
Le roman de Lancelot du Lac parle de trois chevaliers qui se firent saigner en commun , témoignant par ce mélange de leur sang qu’ils étaient étroitement associés pour affronter tous les dangers.
SAINT-ANTOINE ( Chevaliers de ). — L’ordre religieux et militaire de Saint- Antoine fut fondé en 1370. Les chevaliers de cet ordre portaient comme signe distinctif, une croix bleue sur un vêtement noir.
SAINT-ANTOINE (Feu). — Le feu saint Antoine était une maladie épidémique , qui ravagea la France en 945, 991 , 1089 , 1128, H30, H40; elle brûlait le membre attaqué et le détachait du corps. Le nom de feu saint Antoine fut donné à cette maladie épidémique, parce que l’ordre des Antonins ou religieux de saint Antoine fut fondé pour soigner ceux qui en étaient atteints.
SAINT-CHRISTOPHE ( Statues colossales de). — 11 était d’usage de placer la statue colossale de saint Christophe h la porte des églises. M. dePaulmy (Mélanges tirés d’une grande bibliothèque , t. 1) explique cet usage par une espece de jeu de mots : « Christophoros en grec signifie porte-Christ . La statue de ce saint a été placée h la porte des églises pour montrer aux fidèles qu’ils doivent porter le Christ dans leur cœur , comme le saint porte l’Enfant-Jésus sur ses épaules. On voyait encore, vers la fin du xviii® siècle, àl’entrée de la cathédrale d’Auxerre , une statue colossale de saint Christophe , de vingt-neuf pieds de haut et de seize de large, tenant à la main une colonne de pierre figurée en tronc d’arbre, de trentedeux pieds de haut. Une idée superstitieuse avait contribué à multiplier ces statues : on s’était imaginé qu’il suffisait de regarder le matin cette image pour être sur qu’on ne,mourrait ni ce jour-là, ni le suivant. Cette croyance, attestée parle chanoine Thiers,dans son Traité des superstitions , est exprimée dans le dystique suivant:
Chrlstophori molem sancti qua Inco vïdebïs
Nunquam ïïu>tb poterit srova nocere tîbi.
(Jamais le jour où tu verras la statue
colossale de saint Christophe, la cruelle mort ne pourra te nuire).
Paris avait aussi sa statue colossale de saint Christophe , qui avait été élevée au commencement du xve siècle, par Antoine des Essarts. Cette figure gigantesque , haute de vingt-huit pieds , était adossée au second pilier de Notre-Dame, à droite en entrant. Elle fut détruite en 1784.
SA1NT-CYR. — École militaire. Voy.
Écoles, p. 319.
SAINT-CYR (Maison de). — La maison de Saint-Cyr , ancienne abbaye de l’ordre de Saint-Benoît , devint florissante par les soins de Mme de Maintenon. Ce fut à sa persuasion que Louis XIV y éta blit une communauté de religieuses de l’ordre de saint Augustin, sous le titre de Saint-Louis. Dangeau parle de cette fondation à l’année 1686 (6 juin). « Le roi, dit-il, a donné des lettres patentes pour l’établissement de la communauté de Saint-Cyr , et pour partie de la fondation qui doit être de cinquante mille écu$ de rente; il a uni la manse abbatiale de l’abbaye de Saint-Dominique, qui va à peu près à cent mille francs. Mme de Maintenon en aura la direction générale; Mme de Brignon sera supérieure de la communauté, et l’abbé Gosselin sera supérieur ecclésiastique avec deux mille francs de pension. 11 y aura trente-six dames , vingt-quatre sœurs converses et deux cent cinquante demoiselles. Les dames et demoiselles font preuve de trois races ou de cent ans de noblesse, et d’Hosier est le généalogiste. »
Les religieuses faisaient les trois vœux ordinaires , et un quatrième par lequel elles s’engageaient à consacrer leur vie à l’éducation et à l’instruction des jeunes filles qui y étaient reçues. Les bâtiments de Saint-Cyr furent construits sur les plans de Mansart. L’cglise était desservie par des prêtres de la mission , dits de saint Lazare (voy. Lazaristes). Les tragédies sacrées de Racine, Estlier et Athalie, furent représentées à Saint-Cyr , la première en i639 , et la seconde en 1691. A l’époque de la l’évolution, la maison de Saint-Cyr devint d'abord une succursale des Invalides , puis le Prytanée militaire, et enfin Napoléon y transféra l’école militaire . qui y existe encore aujourd’hui. M. Th. La Vallée a publié, en 1853, la première partie de V Histoire de Saint-Cyi\
SAINT-DENIS. — Cette abbaye de bénédictins, fondée par Dagobert, était consacrée à la sépulture des rois de France.
(Voy. Funérailles. S IR) — Napoléon y