‹ Dictionnaire historique des institutionsChapitre 171 sur 224 · SCÈNE. — Yoy. Théâtre · texte numérisé non relu

SCÈNE. — Yoy. Théâtre

SCEPTRE. — Signe de la puissance royale. Le sceptre ne paraît pas sur les sceaux des rois de France avant le règne de Lothaire, fils de Louis IV d’Outre-Mer. Cet emblème vient sans doute des Romains et rappelle le bâton consulaire (sctpio).

SCHALL. — Les ambassadeurs de Tippoo-Saïb apportèrent en France les premiers schalls de cachemire, qui -étaient regardés comme la partie la plus pré-

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cieuse des présents de ce sultan. Il s’écoula cependant encore quelque temps avant que l’usage des schalls se répandît en France. A l’époque de l’expédition d’Egypte (1798*1799), les Français s étant empares, après la bataille desPyramides, de cachemires roulés en turbans en découpèrent une partie pour s’en faire des cravates. Quelques-uns de ces cachemires ayant été envoyés en Europe on admira la beauté de leur tissu. L’industrie française ne tarda pas à les imiter , et les schalls français rivalisèrent bientôt avec ceux de l’Inde. On fut surtout redevable à M. Ternaux des progrès de cetLe nouvelle branche d’industrie.

SCHISME. — Le schisme est une division qui déchire l’Eglise, dit Fleury, lorsqu’une partie du peuple ou du clergé se révolte contre son pasteur légitime , et se retirant de sa communion et de son autorité propre se donne un faux pasteur. De tous les schismes dont le trouble s’est fait sentir en France, le plus célèbre est le schisme df Occident , qui commença en 1378 et ne fut entièrement terminé qu’en 1448. Il y eut presque toujours pendant cette période deux papes, quelquefois même trois, qui divisaient l’Eglise dont ils se prétendaient les pasteurs légitimes.

SCIENCES. — Le mot sciences pris dans le sens le plus large s’applique à tous les objets de l’étude des hommes. On divise ordinairement les sciences en trois parties : i° les sciences mathématiques ou sciences exactes ; 2° les sciences physiques ou naturelles ; 3° les sciences morales. Les premières ont pour objet l’étude des nombres, des grandeurs et des lois qui président à leurs combinaisons; les secondes s’occupent des phénomènes de la nature extérieure; les troisièmes traitent de l’homme, de son intelligence, des lois qu’il s’est données , de son histoire, et de ses relations avec Dieu, etc. On doit surtout parler, dans ce résumé très- rapide , des institutions qui ont favorisé, en France , le progrès des sciences .

§ I. Des sciences mathématiques . — On s’occupa peu de mathématiques au moyen âge. Les Arabes, qui étaient alors supérieurs aux Européens par la culture intellectuelle , avaient enseigné à la France tout ce qu’elle savait des t ciences ; ce qui se réduisait à la connaissance des chiffres, aux éléments d’arithmétique, de géométrie et d'algèbre. Le cours supérieur d’études ou quadrivium comprenait l’arithmétique, la géométrie et l’astronomie que l’on confondit souvent avec l'astrologie.

Chiffres arabes . — Ou raconte que Go

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bert d'Aurillac, qui, au x® siècle, alla étudier dans les ecoles arabes, en rapporta les chiffres appelés arabes . Les Arabes eux-mêmes, ajoute-t-on, les devaient aux Indiens ou aux Chinois. La question d'origine n’est pas résolue et n’a d'ailleurs qu’une médiocre importance.

Mais on ne peut nier que l’emploi de ces chiffres pour la numération n'ait exercé une grande influence sur les progrès des sciences mathématiques . L’usage n’en devint général que dans la première moitié du xvi® siècle et principalement sous le règne de François 1er.

Algèbre. — L'algèbre, dont le nom est arabe, fut sinon inventée, du moins perfectionnée par ce peuple ingénieux. Cette partie des sciences mathématiques , qui considère le calcul des grandeurs en général , a eu pour inventeur, d’après l’opinion ordinaire, le Grec Diophante, qui vivait à peu près au ive siècle de l'ère chrétienne; il s’arrêta aux équations du second degré, tandis que les Arabes parvinrent à résoudre des équations du troisième degré et quelques cas particuliers du quatrième.

Progrès des mathématiques aux xvi® et xvii® siècles . — Ce fut au xvi® siècle que les sciences mathématiques commencèrent à être cultivées en France avec quelques succès. Oronce Fine, qui vivait sous François Ier, en est regardé comme le restaurateur (de Thou , livre XXXVI).

Une chaire de mathématiques fut fondée en sa faveur au collège de France ( voy. Collège de France ). Il y eut même des grands seigneurs qui se livrèrent à. l'étude de cette science, et entre autres François de Foix, qui mourut en 1594. De Thou rapporte (livre CIX) qu'il fonda une chaire pour l’enseignement des mathématiques au college de Bordeaux. Viète introduisit dans les calculs algébriques les lettres pour désigner les quantités connues et inconnues. Au xvn® siècle , Descartes appliqua l'algèbre à la théorie des courbes ; Fermai découvrit de nouvelles propriétés des nombres ; Pascal inventa le calcul des

{probabilités et démontra la pesanteur de 'air. L'Académie des sciences fut fondée en 1666. Deux ans après on commença la construction de l’Observatoire, et Colbert appela en France l’Italien Dominique Cassim pour diriger les études astronomiques.

Nouveaux progrès des sciences mathématiques aux xvui® et xix® siècles . — Au xvm® siècle, les sciences mathématiques furent propagées par plusieurs savants illustres, d'Alembert, Clairaut , Monge, etc. En même temps , la division ùts sciences mathématiques fv\ plus nette-

ment marquée. L' arithmétique ou scienco des nombres; la géométrie ou la mesu?e de l'étendue ; Va7ialyse ou algèbre , qui considère le calcul des grandeurs en général; la mécanique , qui traite de l'équilibre et du mouvement des corps solides, liquides et fluides et qui se divise en statique , en dynamique ; l'astronomie , ou science du mouvement des corps célestes; la géométrie descriptive qui aprend à représenter sur un plan , surface

deux dimensions , les corps qui en ont trois, formèrent autant de branches séparées , cultivées par des savants spéciaux. On rattache quelquefois aux sciences mathématiques la géographie qui traite de la description de la terre et dont une partie repose sur les notions mathématiques. Au commencement du xix® siècle , Legendre enrichit la science par ses Exercices de calcul intégral et sa Théorie des nombres; Laplace lit une admirable application des decouvertes de Newton dans son Exposition du système du monde , sa Mécanique céleste, et sa Théorie des probabilités .

Aujourd'hui les applications nombreuses des sciences mathématiques h l'industrie les ont popularisées. L'enseignement secondaire et primaire en répand les éléments dans toutes les classes, pendant que les découvertes astronomiques et l’application des mathématiques aux questions les plus élevées de la physique ouvrent aux savants une nouvelle carrière. Une des cinq classes de l'Institut s'occupe de l'étude des sciences mathématiques et physiques . Voy. Institut. — On professe au Conservatoire des arts et métiers ( voy. Industrie, p. 583 , 2e col. ) les sciences appliquées à l’industrie , et spécialement la mécanique, la géométrie, la géométrie descriptive, la chimie, la physique , etc.

L'Histoire des sciences mathématiques a été écrite par Montuclat.

S II. Sciences physiques. — Les sciences physiques ont pour but , dans leur acception la plus vaste, l'étude de tous les phénomènes de la nature et la découverte des lois qui y président. On les subdivise en sciences physiques proprement dites , sciences naturelles et sciences médicales. Le moyen âge s'égara , en adoptaut une fausse méthode dans l'étude des sciences physiques . Au lieu d’observer les phénomènes et d’en induire les lois qui président à la nature physique, on commenç a par inventer des systèmes et on se perdit dans des hypothèses. Cependant Albert le Grand et Roger Bacon firent des découvertes y qui , A une époque d'ignorance et de superstition , leur attirèrent

la réputation de magiciens. La physique ne sortit de la voie ou elle s'égarait qu’à l'époque où François Bacon lui révéla la véritable méthode, celle qui s'élève de l’étude patiente des phénomènes aux lois générales de la nature. L'expérimentation qui varie l'observation et étudie le phénomène sous tous ses aspects et l'induction qui s'élève des phénomènes particuliers aux lois générales , ouvrirent un champ illimité aux découvertes des physiciens.

Les Français se signalèrent dans ces études : Descartes découvrit la loi de la réfraction de la lumière; Pascal fit de curieuses observations sur la densité de l’air et sur les variations atmosphériques, à l’époque meme où Toricelli inventait le baromètre. Au xvme siècle , les phénomènes électriques furen t étudiés avec plus de soin; Franklin inventa le paratonnerre. Voila et Galvani s'illustrèrent par des découvertes auxquelles ils ont laissé leur nom; Montgolfier apprit à voyager dans les airs; la vapeur fut appliquée à la navigation et à l’industrie.

Chimie , — La chimie qui étudie la nature intime des corps et leur action réciproque, commença à former, au xvme siècle, une branche spéciale des sciences . On fait remonter au vnc siècle les premiers travaux des Arabes sur la chimie ; dès le vmc, un auteur arabe, qui écrivait sur cette science , disait qu’elle avait pour but de connaître V action que les diverses substances de la nature exercent les unes sur les autres . A la suite de ce savant, qu'on appelle ordinairement Geber, les Arabes de l’école de Gordoue continuèrent de s'occuper de chimie ; malheureusement ils mêlèrent à quelques vérités un grand nombre d’erreurs , et la chimie ne pénétra en France que défigurée. Elle se confondit promptement avec la prétendue science appelée alchimie , qui cherchait la transmutation des métaux en or ou le grand œuvre (voy. Sciences occultes ). Ges erreurs ont retardé pendant plusieurs siècles les progrès de la chimie , et quoique des découvertes importantes, entre autres, celle de l'alcool, soient sorties du creuset des alchimistes, la véritable science dut attendre pour se développer que les méthodes eussent été perfectionnées. Ce fut seulement au xvme siècle et surtout par les travaux de François Lavoisier que la chimie devint une science d’observation procédant avec une méthode sûre et arrivant à des résultats positifs. Depuis cette époque , la chimie n’a cessé de faire des progrès qu'il n'est pas de notre sujet de retracer. Nous nous bornerons à constater que l'enseignement de la chimie a été ,

dans notre siècle, propagé par la création de nombreuses chaires dans les facultés, les lycées et les écoles spéciales de commerce et d'industrie.

Sciences naturelles . — Les observations qui ont été faites sur l’état des sciences physiques au moyen âge s'appliquent aux sciences naturelles , qui n’en étaient pas alors distinctes. Elles n’ont commencé à être cultivées avec succès qu'au xvne et surtout au xvme siècle. Pendant que BufTon popularisait l’étude de l'histoire naturelle paria magnificence de son style, L innée donnait une classification scientifique des végétaux et de Jussieu la propageait en France ; Haüy créait la minéralogie, Cuvier lagéologie par son traité des Révolutions du globe. De toutes les institutions qui ont contribué à répandre le goût des sciences naturelles , la plus importante est celle du Muséum d’hisloire naturelle ( voy. Muséum d'histoire naturelle).

Sciences médicales . — On distingue, dans les sciences médicales , l 'anatomie y qui s'occupe de la structure du corps humain ; la chirurgie ou art des opérations; et la médecine proprement dite.

La seule science , dans l’acception rigoureuse du mot , est l'anatomie qui s’appuyant sur l’observation en déduit des conséquences certaines. Lachirurgie est un art plus qu’une science, et la médecine proprement dite ne repose pas sur des principes assez sûrs pour qu'on puisse la qualifier de science. L 'anatomie eut une chaire en France dès le temps de Louis XIV; Pierre Dionis fut le premier démonstrateur des dissections anatomiques et des opérations chirurgicales établies au Jardin du Roi, aujourd’hui Jardin des Plantes (voy. Jardin des Plantes).

Les préparations anatomiques en cire ont contribué à rendre plus facile l'étude de 1 1 anatomie. Le Syracusain Giulo Zumbo apporta, en 1701, à l'Académie des sciences une tête d’une certaine composition de cire qui représentait parfaitement une tête préparée pour une démonstration anatomique. Parmi les Français, Desnoues , mademoiselle Bicheron , Pinson , Laumonier, se firent remarquer par la vérité de leurs préparations anatomiques. Depuis le commencement de ce siècle, on n'a cessé de perfectionner cet art; on a découvert des procédés nouveaux qui donnent à la cire le ton nacré des tendons, la transparence des membranes, l’œil onctueux des graisses, les différents pourpres qu’offrent les veines plus ou moins remplies; on a su prêter à cette substance, naturellemen t opaque, la trans-

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parence que les vaisseaux lymphatiques doivent nécessairement avoir.

La chirurgie fut séparée de la médecine en li 63. Un concile, tenu à Tours cette année même, défendit aux clercs qui exerçaient seuls la médecine de faire aucune opération sanglante. Les chirurgiens en furent exclusivement chargés. Ils formèrent, en 1278, un collège particulier, qui portait le nom de confrérie de Saint-Côme et de Saint-Damien. Les membres de la corporation étaient tenus de visiter, les premiers lundis de chaque mois, les pauvres malades qui se faisaient transporter à Saint-Côrne. Ils devaient se conformer aux règles établies par le college des chirurgiens. En 1437, cette confrérie fut agrégée à l'Université. On appela chirurgiens de robe longue les membres du collège , tandis que les barbiers-chirurgiens portaient le nom de chirurgiens de robe courte. Un des chirurgiens qui contribuèrent le plus aux progrès de cette science fut Ambroise Paré, chirurgien de Charles IX, auteur de plusieurs ouvrages , et entre autres d'un traité sur Part de guérir les blessures faites par les armes à feu. L’institution d'une académie de chirurgie en 1737 et Rétablissement de professeurs publics chargés d'enseigner cette branche des sciences médicales ont puissamment contribué à en favoriser les progrès.

La médecine proprement dite a été cultivée h toutes les époques. Il a été question des principales institutions relatives à la médecine aux mots Médecin, Médecin du koi. Médecine (Ecoles de). Il faut ajouter V Académie de médecine qui a été fondée par ordonnance royale en 1820. — voy. VHistoire de la médecine de Sprengel, traduite de l'allemand par J. L. Jourdan.

§ III. Sciences morales et 'politiques . — Les sciences morales et politiques comprennent la philosophie qui traite des facultés de l’homme, de ses droits et de ses devoirs , de sa destinée future, de ses relations avec ses semblables et avec Dieu ; le droit, qui est, suivant la délinition des anciens , la science de discerner le juste et l'injuste; 1' économie politique , qui traite des moyens de créer et de développer la richesse des nations, enfin V histoire générale. Telles sont, du moins, les principales sections dans lesquelles se partage aujourd'hui Y Académie des sciences morales et politiques.

Philosophie. — L'etude de la philosophie n'a jamais été abandonnée en France. Au moyen âge, elle occupait une place importante dans l'enseignement; mais elle était subordonnée â la théologie {an-

cilla iheologiæ). Cette philosophie , que l'on appelle ordinairement scolastique , eut enFrance d’illustres représentants, et spécialement Saint - Anselme , Abélard, Pierre Lombard, saint Thomas d'Aquin, Albert le Grand, Scott Ërigène. Quelquesuns de ces philosophes étaient étrangers; mais ils se formèrent à l’Université de Paris , y enseignèrent et la considérèrent comme leur seconde patrie. Parmi les questions qu'agitèrentles scolastiques, une des plus importantes fut celle que débattaient les réalistes et les nominaux . Les premiers soutenaient que les idées generales avaient une existence substantielle; et que le mot cheval , par exemple, représentait un type existant réellement. Les nominaux prétendaient, au contraire, que les idées générales n'étaient qu'un mot ( flatus vocis ). Entre ces deux opinions extrêmes se plaça celle des conceptualistes , qui pensaient , avec Abélard, que les idées générales étaient une simple conception de l'esprit. Je rappelle sommairement les opinions de ces diverses écoles, parce qu'elles ont joué un grand rôle au moyen âge. Au xvi® siècle , la philosophie s'occupa surtout des opinions des anciens philosophes, et, entre autres , de Platon et d'Aristote.

Itamus ou Pierre de La Ramée fut, en France, un des plus illustres représentants de cette renaissance philosophique.

La véritable philosophie moderne n'a commencé qu’avec Descartes, qui la ramena à l'étude de l'homme et prit son point de départ dans la pensée en posant l'axiome célèbre : Je pense , donc je suis. Toute la philosophie moderne s'est , à la suite de Descartes, plus ou moins occupée de Thomme et de ses facultés. Sensualiste au xviii® siècle, spiritualiste au xix®, elle s'est toujours appuyée sur l'étude et l'analyse de l'esprit humain. Les institutions qui ont contribué au développement des sciences philosophiques sont la fondation de Y Académie des sciences morales et politiques établie par le Directoire , supprimée par le Consulat et rétablie le 29 octobre 1832, et surtout la création de chaires de philosophie dans les facultés et dans les lycées. — Voy. Dictionnaire des sciences philosophiques , publié sous ladirec* lion de M. Frank.

Législation , droit public et jurisprudence. — Il a été question ailleurs de l'influence considérable que les lois ont exercée sur les destinées de la Franco (voy. Droit romain , droit canon, droit

COUTUMIER, LÉGISTES, LOIS). Les écoles de droit (voy. Université et Instruction publique), aujourd'hui au nombre de neuf, sont établies à Paris, Caen, Rennes,

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Poitiers, Toulouse, Àix, Grenoble, Strasbourg et Dijon. Une des sections de l'Académie des sciences morales et politiques s'occupe des questions relatives à la législation et encourage l'éiude de la juris-

Îïrudence par les prix distribués aux meileurs mémoires. Ses études comprennent aussi le droit public qui traite de la constitution des Etats et des relations internationales ( voy. Constitution et Relations extérieures).

Economie politique. — L 'économie politique, qui traite spécialement de la nature, de la cause et du mouvement des richesses , ne date que du xvme siècle. Quesnay, médecin de Louis XV, en fut un des principaux promoteurs ; il chercha le principe de la richesse des nations dans l'agriculture , et son école qui s'occupait surtout des richesses naturelles, s'appela École des physiocrates. Gournay et ses disciples soutinrent les droits de l'industrie et du commerce. Une école moins exclusive, celle d'Adam Smith, admit comme source de richesses , l'agriculture, l'industrie et le commerce. On y a ajouté le travail intellectuel, qui produit les sciences, les lettres et les arts. Les économistes se sont occupés de beaucoup d'autres questions qui sont encore aujourd'hui un objet de controverse; mais il suffit d'indiquer ici le caractère général de cette science. Une chaire d y économie politique a été l’ondée au collège de France , et une section spéciale de V Académie des sciences morales et politiques encourage par des prix l'étude de cette science. — Voy. pour les détails, VAnnuaire de V Economie politique , le Dictionnaire de V Economie politique , etc.

Histoire générale. — L’ histoire a toujours été considérée comme une science morale et politique, dont les enseignements sont utiles aux individus et aux Etats. Elle a une section spéciale à l'Académie des sciences morales et politiques, et des chaires dans tous les établissements d'instruction publique. Voy. Histoire (Enseignement de V). — La théologie (voy. ce mot), forme une science à part.

SCIENCES OCCULTES. — Les sciences occultes ou secrètes sont de prétendues sciences dont le charlatanisme s'est servi à toutes les époques pour exploiter la crédulité et la superstition. Au moyen âge surtout . les sciences occultes appelées alchimie , astrologie , magie , etc., furent cultivées avec d'autant plus d'ardeur que les véritables sciences étaient inconnues.

Alchimie , alchimistes. — V alchimie était la prétendue science de changer les

métaux en or; les alchimistes cherchaient le grand œuvre ou art de faire de l’or. Un des plus célèbres alchimistes du moyen âge fut Nicolas Flamel, qui amassa des richesses considérables en profitant de la crédulité de ceux qui admettaient sa puissa.ri.ce. Flamel était en môme temps maître écrivain et imagier. On appelait encore pierre philosophale la prétendue science des alchimistes . Outre le secret de faire de l'or, les alchimistes s'attribuaient le pouvoir de donner aux pierres précieuses le degré de perfection qui leur manquait. Us avaient soin de s'entourer de cet appareil mystérieux qui impose presque toujours aux hommes et surtout aux ignorants.

Astrologie , astrologues . — Vastrologie est une prétendue science qui consiste à rattacher la destinée des hommes au cours des astres. Les astrologues eurent longtemps en France un grand crédit.

Louis XI avait un astrologue attaché à sa cour et nommé Angelo Catto. Catherine de Médicis lit bâtir au près de son hôtel un observatoire pourson astrologue. Cet observrioire existe encore aujourd'huiet tient à la halle au blé qui a remplacé l'hôtel de Soissons. Au commencement du xvne siècle, il était d'usage de tirer l'horoscope des princes. On raconte qu’un astrologue fut chargé de dresser celui de Louis XIV au moment de sa naissance. Les prétendues prédictions d'Albert le Grand, de Nostradamus , de Mathieu Lansberg et d’autres astrologues ont trouvé longtemps et trouvent encore des crédules. On est étonné de voir figurer parmi les partisans de 1 ^astrologie un homme aussi instruit que le comte de Boulainvilliers. Il avait annoncé h Voltaire qu’il mourrait infailliblement à trente-deux ans. Voltaire écrivait en 1757 ; « J'ai eu la malice de le tromper déjà de près de trente ans; de quoi je lui demande humblement pardon. «

Divination. — La plupart des sciences occultes ont pour but de lire dans l’avenir. On a employé pour y parvenir un grand nombre de moyens. Les Francs encore païens immolaient des victimes humaines , et cherchaient dans leurs entrailles la révélation de l'avenir. « Les Francs , dit Procope (livre II, chap. xxv de la Guerre des Goths) immolent des victimes humaines et font d'autres sacrifices impies pour découvrir l'avenir. » La divination par les livres saints était trèsusitée à l'époque de Grégoire de Tours.

On déposait le livre des Evangiles sur l'autel ; on l'ouvrait au hasard , et le passage qui s'offrait le premier à la vue était regardé comme une révélation (voy#

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Sorts). On consultait aussi le vol ou le chant des oiseaux , suivant l’usage des anciens. On en trouve la preuve dans un sermon que saint Ouen prête a saint Eloi pour détourner les fidèles de ces superstitions : « N'observez point les augures, lui fait-il dire; ne vous arrêtez point pour écouter le chant des oiseaux. » Les anathèmes de l’Église et spécialement du concile d’Orléans en 5 il n’avaient pu détruire ces superstitions.

Chiromancie. — La chiromancie consiste à prédire la destinée d’une personne par l’inspection des signes de sa main. On trouve cet usage mentionné à des époques reculées. L ^Histoire de du Gués clin par Ménard rapporte qu’une sœur converse, qui avait été juive et qui soignait les malades dans la maison du jeune du Guesclin, ayant examiné les traits de sa main et les signes de son visage , lui prédit le grand rôle qu’il devait jouer.

Magiciens , magie. — La magie est définie par Ricard dans son Analyse des conciles généraux et particuliers ( t. IV, p. 229, art. Magie ) l’art de faire des choses qui passent les forces de la nature, et qui sont ordinairement mauvaises, en vertu d’un pacte exprès ou tacite avec les démons. « L'Église, ajoute le môme auteur, est si persuadée qu’il y a eu autrefois, et qu’il peut encore y avoir aujourd’hui des magiciens et des sorciers, qu’elle a dressé contre eux un grand nombre de canons dans ses conciles, qu’elle met leurs crimes au nombre des cas réservés, qu’elle les déclare excommuniés dans ses prônes et ses rituels. » Mais , à côté de cette magie que condamne l’Église, il y a le charlatanisme qui exploite la crédulité. On le retrouve à toutes les époques de notre histoire. Les druides se servaient de la magie pour dominer le peuple. Grégoire de Tours, Guibert de Nogent et en général les chroniqueurs du moyen âge sont remplis de récits d’opérations magiques.

Guibert de Nogent raconte le fait suivant dans ses Mémoires ( coll. Guizot, t. IX, p. 471-473) : « Un certain clerc vivait dans le pays de Beauvais du métier d’écrivain. Il eut un entretien au château de Breteuil avec un autre clerc sorcier, qui lui parla en ces termes : « Si j’y trouvais quelque profit, je t’enseignerais un moyen par lequel tu gagnerais tous les Jours beaucoup d’argent , sans qu’il fût nécessaire de travailler. » Le clerc lui ayant demandé ce qu'il faudrait faire , le sorcier lui répondit: «Il faudrait faire un sacrifice au citoyen de l’enfer, c’està-dire au diable. — Lt quelle victime of-

frir? reprit l’autre. — Un coq, lui dit le sorcier; mais un coq issu d un œuf pordu le lundi pendant le mois de mars. Après que tu auras rôti ce coq , à l’entrée mên e de la nuit, tu le prendras avec toi , tout rôti et encore dans la broche, et tu viendras avec moi au plus prochain vivier.

Là, quoi que tu puisses voir, entendre ou sentir, garde-toi surtout d’invoquer Dieu, ni la bienheureuse Marie, ni aucun saint. — J’obéirai, répondit le clerc, à ces prescriptions étranges. »

« Ils se rendirent donc de nuit au lieu désigné , portant la victime digne d’un tel dieu. Lorsque le sorcier eut invoqué le démon en l’appelant par son nom, et tandis que son méchant disciple tenait le coq, il s’éleva tout à coup un tourbillon , et le démon apparut. Il prit pour lui le coq, et celui qui se laissait conduire, poussa une exclamation et invoqua la vierge Marie. En entendant prononcer le nom de cette puissante souveraine, le sorcier s'enfuit avec son coq , et le lendemain un pêcheur le trouva caché dans une île au milieu du vivier. Le sorcier fut vivement irrité contre le clerc, qui, au milieu d’une si grande affaire, avait invoqué cette puissante protection. Quant à ce dernier, poussé par le repentir, il se rendit auprès de Lysiard , archidiacre de Beauvais, et mon oncle, homme lettré autant que sage, propre à guérir de tels maux et renommé même pour cela. Le clerc, ayant confessé ce qu’il avait fait , se soumit, en témoignage de pénitence, aux prières et aux jeûnes qui lui furent imposés par Lysiard. »

Jusqu’au xvnic siècle , on trouve des traces de magiciens , et il est probable qu’il en existe encore aujourd’hui. Duclos rapporte, dans ses Mémoires secrets , le fait suivant : « L’abbé de Sinzendorff, fils du grand chancelier, le comte de Westerloo, capitaine des hallebardiers de l’empereur, et le duc de Richelieu , étaient à Vienne en liaison de plaisirs. Un de ces imposteurs qui vivent de la crédulité de certains esprits forts, moins rares qu’on ne pense, qui croient à la magie , persuada à nos trois seigneurs que, par le moyen du diable, il ferait obtenir h chacun la chose qu’il désirait le plus. Le rendez-vous pour l’évocation du diable était dans une carrière près de Vienne. Ils s’y rendirent de nuit. C’était l’été , et les conjurations furent si longues, que le jour commençait à poindre , lorsque les ouvriers, qui venaient à leur travail , entendirent des cris si perçants , qu’ils y coururent et trouvèrent l’assemblee avec un homme vêtu en Arménien , noyé dans son sang, et rendant les derniers sou-

pirs. C’était apparemmen b le prétendu magicien que ces messieurs , aussi barbares que dupes, et honteux de l’avoir été, venaient d’immoler à leur dépit. Les ouvriers, craignant d’être pris pour complices, s'enfuirent aussitôt, et allèrent faire la déclaration de ce qu’ils avaient vu. Les officiers de justice, apprenant le nom des coupables, et surtout celui de l’abbé de Sinzendorff , en donnèrent avis au chancelier, son père , qui n’oublia rien pour assoupir cette affaire. »

La magie et les magiciens ont toujours été condamnés par l’Eglise. Un concile tenu h Auxerre, en 525, défendait de consulter les sorciers et devins; un concile de Tours, en 813 , renouvela ces prohibitions. L’autorité laïque se réunissait au pouvoir spirituel pour proscrire la magie et les magiciens. Les procès de cette nature sont nombreux et quelques-uns ont une triste célébrité. En 1460, cinq femmes et plusieurs hommes , accusés de sorcellerie, furent brûlés vifs à Arras. Le supplice d’Urbain Grandier, curé de Loudun, atteste que, même au xvnc siècle, le crime de magie était poursuivi criminelnemeiit et puni du dernier supplice. On réforma, en 16 72, l’ancienne jurisprudence pour crime de sortilège et de magie. Les lois modernes considèrent la magie comme une escroquerie et la punissent en cette qualité, à moins qu'il ne s’y joigne des circonstances spéciales qui lui donnent un caractère criminel.

Un grand nombre d’ouvrages traitent de la magie et des magiciens ; voy. entre autres la Démonomanie de J. Bodin , la Démonologie ou Traité des démons et sorciers par F. Perreaud , Genève, 1653 ; la Bibliotheca magica et pneumatica par Graesse , Leipzig , 1843; le Recueil des meilleures dissertations sur Vhistoire de France par Leber, t. XI, p. 82 et suiv.

SCOLARITÉ (Privilège de). — Privilège accordé aux membres et suppôts des universités, en vertu duquel leurs causes étaient portées devant le tribunal spécial des conservateurs des privilèges de l’Université. Ce privilège ne durait qu’autant que les membres des universités exerçaient réellement leur charge. Les étudiants attachés depuis six mois à une université jouissaient également du privilège de scolarité .

SCOLASTIQUE. — On désigne sous ce nom la philosophie du moyen âge. Voy, Sciences, § III.

SCRAMSAX ou SCRAMASÀX. — Poignard ou couteau à double tranchant dont ae servaient les Francs. Sigehert Ier fut

assassiné par des émissaires de Frédégonde, armés de scramsax .

SCRUTATEUR, SCRUTIN. — Le scrutin est une manière de voter adoptée dans un grand nombre d’élections; ou vote par billets pliés ou par boules, de manière à ce que les suffrages restent secrets. Les scrutateurs sont chargés d’assister «au dépouillement du scrutin et de s’opposer à toute espèce de fraude.

SCULPTEURS, SCULPTURE. — Lasculpture , ou art qui imite, avec des matières solides , les formes humaines et les objets palpables de la nature, a été cultivée en France à toutes les époques. Le moyen âge eut ses sculpteurs désignés sous lo nom de maîtres imagiers tailleurs de pierre. Ces imagiers étaient souvent de véritables artistes , comme le prouvent les statues et les ornements quelquefois pleins de délicatesse des églises ogivales, surtout aux xute, xive et xvc siècles. Le tombeau des ducs de Bourgogne à Dijon, quelques statues de l’abbaye de Solesmes et du porche de Saint-Germain l’Auxerrois à Paris, donnent une idée de la perfection à laquelle était parvenue la sculpture au xvc siècle. Cet art fut principalement consacré , pendant le moyen âge, à l’ornementation des églises. Il y avait aussi . à cette époque , des huchers et bahutiers , auxquels on doit les coffres en bois, oh l’on admire encore aujourd’hui un travail patient et ingénieux.

Au xvi® siècle , l’imitation de l’Italie et de l’antiquité opéra une véritable révolution dans la sculpture : Jean Goujon se signala surtout parmi les artistes de cette époque. Il a sculpté les figures de la fontaine des Innocents et une partie des ornements de la galerie bâtie par Catherine de Mcdicis. Le tombeau de Henri II, un des chefs-d'œuvre de cette époque , a dû ses plus beaux ornements à Germain Pilon On remarque encore auxvi® sièelc : Jean de Bologne, né à Douai , J. Cousin, Pierre Francoville, Adrien et plusieurs autres sculpteurs . Au xvii°, Jacques Sarrasin sculpta les cariatides qui décorent le grand pavillon du vieux Louvre. Après lui , les Anguier ( François et Michel), Puget. Girardon, Coysevox, Nicolas Coustou, LePautre, LeMoyne, furent les plus illustres sculpteurs sous les règnes de Louis XIII et de Louis XIV. L’Académie royale de peinture et sculpture fut fondée en 1667. On cite parmi les sculpteurs du xvmc siècle René-Michel Slodtz, les deux frères Adam , Bouchardon, LIoudon , Pigalle, Guillaume Coustou.

Voy. d. Bern. de Montfaucon, Monuments de la monarchie française ; Fal-

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