MILITAIRE
SOLDE. — Paye des troupes. La solde ne fut établie d'une manière régulière qu’au xive siècle, lorsque Charles Vil organisa l’armée permanente. Antérieurement, le service militaire était une obligation féodale. Les vassaux étaient tenus d'accompagner leur seigneur à la guerre pendant un nombre de jours déterminé (voy. Féodalité, p. 407;. Les rois de France prirent, il est vrai , à leur solde des bandes de soldats mercenaires dès le temps de Louis VI ; mais ces troupes, qu'on licenciait aussitôt que la paix était conclue, vivaient trop souvent de pillage (voy. Grandes compagnies). Charles V, après avoir délivré la France de ces bandes de pillards, voulut organiser une armée permanente par l'ordonnance de Vincennes (1373-1374); mais cet honneur était réservé à son petit fils , Charles Vil , qui institua la cavalerie des compagnies d7ordonnance et l’infanterie des francs- archers. Voy. Armée, p. 34-35.
SOLE (Jeu de la). — Voy. Soûle.
SOMMAGE. — Service féodal. On appelait ordinairement sommage un service dérogeant, qui se faisait à sac et à somme , suivant l’expression des anciennes coutumes. Ce service consistait surtout dans l'obligation de fournir des chevaux et des voitures pour le transport des denrées ou des meubles du seigneur féodal.
SOMMATION. — Acte par lequel on enjoint à quelqu’un de faire ou de dire quelque chose. Les lois sur les attroupe-
ments ordonnent à ceux qui les ont formés de se disperser à la première sommation des préfets, maires, adjoints, commissaires de police , etc. Si l’attroupement persiste, on fait trois sommations, dont chacune est précédée d'un roulement de tambour. Après la troisième sommation , on peut employer la force conformément à la loi du 3 août 1791. — On appelle sommation respectueuse cellfl qu'un fils ou une fille âgés de vingt-cinq ans font à leur père et"à leur mère pour leur demander de consentir à leur mariage.
SOMME THÉOLOGIQUE , SOMMÉ RU- RALE. — Le mot somme servait souvent, au moyen âge, à désigner u n traité qui embrassait toutes les parties d'une science. La somme théologique de saint Thomas d’Aquin est une véritable encyclopédie théologique. La somme rurale de Jean Bouthillier, composée au xv« siècle , est un traité de droit et de pratique, à peu près complet, à l’usage du parlement de Paris.
SOMMELIER. — Officier de cuisine qui était chargé de la garde du pain , du vin , de la vaisselle, du linge de table, etc. On distinguait, dans la maison des rois et des seigneurs, les sommeliers de pane terie et les sommeliers d’ échansonnerie. C’était le sommelier de paneterie qui apportait et plaçait sur la table la nef oh étaient enfermés la salière, la serviette et les tranchoirs ou grands couteaux. Le sommelier d’ échansonnerie était chargé de l’aiguière et de deux vases d’argent, l’un pour l’eau , l’autre pour le vin. Il est aussi question de sommeliers de corps dans Vétat des officiers des ducs de Bourgogne. Ces sommeliers avaient les mêmes fonctions que les chambellans.
SONNET. — Pièce de poésie composée de quatorze vers disposes en deux quatrains et deux tercets ou stances de trois vers. Dans les deux quatrains , les rimes masculines et féminines sont semblables et également entremêlées. Le premier tercet doit commencer par deux rimes semblables, et le troisième vers rimer avec un de ceux du second tercet. On a prétendu que les Italiens eux - mêmes avaient emprunté le sonnet aux poètes français du moyen âge Ce qui est certain c’est que le mot sonnet se trouve dans les poésies de Thibaut de Champagne :
Et maint sonnet , et mainte recordio.
Le sonnet fut, dit-on, introduit en France au xvie siècle par Joachim du Bellay. Telle est l'opinion de Banquier
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( Recherches , livre VII, chap. vu). du Bellay lui-même a dit :
Par moi les grâces divines Ont fait sonner assez bien Sur les rives angevines Le sonnet italien.
Boileau a exposé , dans son Art poétique (chap h) les rigoureuses lois du son net , et a conclu par ce vers souvent cité :
Un sonnet sans défaut vaut seul un long poëme.
SORBONIQUE. — Thèse soutenue en Sorbonne. Voy. Thèses.
SORBON1STES. — Docteurs de la maison de Sorbonne. Voy. Sorbonne.
SORBONNE. — La Sorbonne fut un des premiers collèges fondés dans l’université de Paris. Elle dut son origine à Robert Sorbon ou Robert de Sorbonne, ainsi nommé du village de Sorbonne , près de Sens, où il était né. Dès 1253 , Robert Sorbon avait acheté une maison qu'il destinait à servir d’asile à des écoliers pauvres. Saint Louis donna bientôt après à son confesseur plusieurs maisons situées aux environs et luelques secours pécuniaires pour l'entretien des écoliers pauvres. Tels furent 'es humbles commencements de la Sorbonne. Les membres de la Sorbonne ne s'intitulaient alors que les pauvres mai très étudiant à Paris dans La faculté de théologie ( CongreqaMo pauperum ma- 7 istrorum studefKtuvi Parisiis in tke:c~ logica facultate). Robert Sorbon établi4, dans ce collège seize boursiers pris dans les quatre nations de l'Université ( voy. N\tions). Une complète égalité régnait entre eux : Nous sommes tous compagnons et égaux , disaient les sorbonistes dès les premiers temps ( omnes sumus wcii et æquales). Cependant, il y avait à la tète de la maison de Sorbonne un proviseur, et au second rang un prieur pris parmi les associés. Le prieur présidait aux actes appelés Robertines et aux sorboniques, en l'absence du proviseur, qui était souvent un éminent personnage. Le prieur signait tous les actes, et, chaque soir, on lui remettait les clefs de la maison.
On distinguait les associés ( socii ) et les hôtes {hospi tes). D’après les règles établies par Robert Sorbon, on ne pouvait devenir associé qu* après avoir subi trois scrutins, soutenu une thèse appelée Robertine , professé gratuitement^un cours de philosophie et ensuite subi encore deux scrutins. Les hôtes devaient soutenir la Robertine et être reçus dans trois scrutins; :îs n’avaient pas voix dans les assemblées et ne jouissaient du logement en Sorbonne que jusqu’à l'époque où ils étaient reçus docteurs. La maison de Sorbonne
fut spécialement consacrée, dès l’origine, à l’étude de la théologie, comme l'indique le titre que prenaient les sorbonistes et qui a été cité plus haut. Elle était en telle réputation au xvn® siècle que Mézeray l'appelle le Concile permanent des Gaules .
Ce fut dans les bâtiments de la Sorbonne que s’établirent les trois imprimeurs Ulrich Gering , Martin Krantz et Michel Friburger qui furent appelés en France sous le règne de Louis XI. Ils y imprimèrent plusieurs ouvrages pendant les années 1470, i47i et 1472. Les bâtiments de la Sorbomie tombaient depuis longtemps en ruine, lorsque le cardinal de Richelieu , qui était proviseur de S ordonne, les lit rebâtir en 1629. Jacques Mercier, architecte célèbre, dirigea les constructions. L’église, où se voit encore le tombeau de Richelieu, chef-d'œuvre de Girardon , est une des parties les plus remarquables de l’édifice. Les quatr e pavillons de la Sorbomie , réunis par de grands corps de bâtiment, subsistent toujours; mais les dispositions intérieures ont été modifiées par suite des changements qu’a subis cet édifice. Mercier y avait ménagé trente-six appartements pour les plus anciens docteurs de la maison de la Sorbonne . Les salles où se faisaient les cours étaient situées à l’extérieur p* fumaient un des côtés de la jpriice de Sorbonne. Six professeurs y enseignaient gratuitement la théologie. Une salle spéciale était réservée pour les assemblées du premier jourde chaque mois, où l’on délibérait sur les affaires qui intéressaient le dogme, les mœurs et la discipline. C’était aussi dans cette grande salle que l’on soutenait les thèses de théologie ou actes sorboniques. Au-dessus était la bibliothèque de la Sorbonne , riche en manuscrits et en livres imprimes qui ont été réunis aux manuscrits et aux imprimés de la bibliothèque impériale. On y voyait le portrait en pied du cardinal de Richelieu et celui de son secrétaire Michel Le Masle, ainsi qu’un buste en bronze du cardinal de la main de Jean Varin. Les cours de la Sorbonne furent fermés le 5 avril 1792.
Pendant la révolution et jusqu’en 1 8 1 6 les anciens logements des docteurs de Sorbonne furent attribués à des artistes, peintres, sculpteurs et graveurs. L’Eglise même devint uh vaste atelier de statuaire. Plus tard, on y établit une section de l’École de droit. En i8i6,)a Sorbo?i7ie restaurée devint le chef-lieu de l’Académie de Paris, et les salles furent consacrées aux cours des facultés de théologie , des sciences et des lettres. La bibliothèque
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de l’Université y lut placées. En 1825, l’Eglise fut restaurée et rendue au culte. Aujourd’hui la Sorbo7i7ie ne suffît plus aux besoins de renseignement supérieur ; l’espace manque pour les amphithéâtres des sciences , et la faculté des lettres n’a pas de salle des actes. On doit espérer qu’elle sera prochainement agrandie, puisque M. le ministre de l’instruction publique a annoncé , dans le discours prononcé à la distribution des prix du concours général en 1853 , que la Sorbonne deviendrait le Louvre des sciences et des lettres. Voy. Launoy, De scholis celebrioribus ; V Histoire de la Sorbo7ine par l’abbé Duvernet, 2 vol. in-S° , n’est pas un livre sérieux.
SORCELLERIE. — Voy. Sabbat et Sciences occultes, Magie .
SORCIERS. — On trouve encore, à lafin du xvii® siècle, des procès de sorcellerie . En 1670, le parlement de Rouen fit le procès à un grand nombre de prétendus sorciers, et voulut en faire brûler plusieurs. Heureusement le gouvernement , plus éclairé que les magistrats, s’opposa à ces exécutions. « L’ordre que j’ai reçu de S. M., écrivait le 19 juillet 1670 l'intendant de Rouen à Colbert, pour faire surseoir à l’exécution des quatre personnes condamnées il mort par ce parlement pour sortilège, est venu fort à propos ; car ayant envoyé un courrier à Carentan, où elles avaient été conduites pour être exécutées, il y arriva le jour que l’on devait faire l’exécution de ces misérables. L’on surseoira aussi le jugement de plus d’une vingtaine qui étaient dans nos prisons et qui auraient couru une même fortune. »
( Correspo7idance administrative sous le règ7ie de Louis XIV , t. II, p. 184)
SORTILEGE. — Opération magique à laquelle on attribue une influence extraordinaire. Voy. Sabbat, Sciences occultes et Superstitions
SORTS. — Le mot soi'is désigne quelquefois des paroles, opérations magiques, drogues, etc., par lesquelles on s’imagine que l’on peut produire des effets extraordinaires (voy. Superstitions). — On entend aussi par sorts un prétendu moyen de pénétrer l’avenir. Au moyen âge on avait surtout recours aux sorts de la Bible pour deviner les événements futurs. On plaçait sur l’autel le livre des Écritures, et, après plusieurs jours de jeûnes et de cérémonies préparatoires, on l’ouvrait au hasard. Le premier passage qui se présentait était regardé comme une révélation de l’avenir. Les païens avaient
employé dans le même but les poëmes d’Homère et de Virgile, et ils appelaient ce mode de divination sorts dr H orner e et sorts de Virgile ( sortes Homericæ , sortes Virgilia7 zæ ).
Grégoire de Tours parle souvent des sorts tirés de la lecture de l’Ecriture sainte, et qu’on appelait les sorts des saùits (sortes sanctorum ) . Il raconte (livre IV, cbap. xvi) que Chramne , s’étant révolté contre son père Clotaire , se rendit à Dijon et y consulta les sorts.
Les prêtres de la cathédrale posèrent sur l’autel trois livres, savoir : les Prophètes, les AGtes des apôtres et les Evangiles ; ils prièrent ensuite Dieu de faire connaître ce qui arriverait à Chramne, et de déclarer, par sa divine puissance, s’il aurait un heureux succès , et s'il pouvait espérer régner. 11 fut convenu que chacun lirait, à l’offîce, le premier passage qui se présentait en ouvrant le livre.
On commença par le livre des Prophètes , dans lequel on trouva ces paroles : « J’arracherai ma vigne, et elle sera dans la désolation, parce qu’elle devait produire des raisins et n’a produit que des fruits sauvages (Isaïe, chap. v, v. 4 et 5). » On ouvrit ensuite le livres des Apôtres, et on y lut ceci : « Vous savez très-bien, mes frères, que le jour du Seigneur doit venir comme un voleur de nuit ; car lorsqu’ils diront : 7ious voici e7i paix et e7i sûreté , ils seront surpris tout d’un coup d’une ruine imprévue, comme l’est une femme grosse des douleurs de l'enfantement, sans qu’il leur reste aucun moyen de se sauver ( Irc épître de saint Paul aux Thessaloniciens , chap. v, v. 2 et 3). » Dieu dit aussi par l’organe de l’Évangile : « Quiconque entend ces paroles que je dis et ne les pratique point, est semblable à un insensé qui a bâti sa maison sur le sable, et. lorsque la pluie est tombée, que les fleuves si; sont débordés, que les vents ont soufflé et sont venus fondre sur cette maison, elle a été renversée, et la ruine en a été grande. » Tous ces textes renfermaient des prédictions sinistres , et la mort tragique de Chramne arrivée peu de temps après contribua encore à confirmer les croyances de cette époque.
Il serait facile de citer d’autres textes de Grégoire de Tours , où cette pratique des sorts est mentionnée. L’Église était loin de l’approuver. Le concile de Vannes, tenu en 465, prohiba, par son seizième et dernier canon, l’usage de consulter les sorts des saints , et ordonna de chasser des églises les clercs qui observeraient les augures. Les conciles d’Agde (506), d’Orléans (511) , et plusieurs autres contiennent les mêmes prohibitions, que l’on
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retrouve aussi dans les Capitulaires de Charlemagne. Néanmoins, cet usage subsista pendant unegrande partie du moyen âge. Guibert de Nogent, qui vivait au xii« siècle , en fait, mention dans le récit de sa vie (de vita sua, livre II, chap. h ) :
« Le jour de mon entrée dans le monastère, un moine qui avait étudié les livres divins désira , à ce que je présume, lire dans mon avenir : au moment donc où il se préparait à partir avec la procession pour se porter à ma rencontre , il plaça à dessein sur l’auiel le livre de l’Évangile , dans l’intention de tirer un pronostic d’après le hasard qui guiderait mes yeux sur tel ou tel chapitre. Or, ce livre était écrit, non par pages, mais par colonnes. Le moine arrêta ses regards sur le milieu d’une troisième colonne , où il trouva le passage suivant : Vœil est la lumière du corps. Puis il ordonna au diacre , qui devait me présenter l'Évangile, d’avoir soin, après que j’aurais baisé l’image d’argent qui était appliquée sur la couverture , de tenir la main sur le passage qu’il avait indiqué , et de regarder ensuite attentivement^ aussitôt qu’il aurait ouvert le livre devant moi, sur quelle partie de la même page mes regards se fixe/ aient. Le diacre donc ouvrit le livre, après que j’eus, selon l’usage, imprimé mes lèvres sur la couverture, et, tandis qu’il observait avec curiosité où se porteraient mes regards, mon œil et mon esprit ne se dirigèrent ni vers le haut, ni vers le bas de la page , niais précisément sur le verset qui avait été désigné d’avance. Le moine , qui avait cherché parla ù pénétrer l'avenir , voyant que mon action avait concordé sans préméditation avec mes intentions , vint à moi quelques jours après , et me raconta ce qu’il avait fait, et comment mon premier mouvements’était merveilleusement rencontré avec le sien. »
Il était encore d’usage, au xviik siècle, dans l’église de Boulogne , de consulter l’Évangile à la réception des chanoines.
Le doyen , après avoir aspergé d’eau bénite le livre saint , l’ouvrait au hasard ; le premier verset dont on faisait lecture était regardé comme un présage, et on l’inscrivait dans le procès-verbal de réception. Voy. sur les sorts , du Cange . v<> Sortes L’abbé du Itesnel a composé sur ce sujet une dissertation qui fait partie du Recueil de l’Académie des inscriptions , t. XXXI.
SORTS DES BARBARES. — Terres tirées au sort par les barbares après la conquête de la Gaule. Ces terres sont souvent appelées dans les lois des barbares, sortes barbaricæ ; elles se nommaient aussi al-
leux ou terres possédées en toute pro* priété. Voy. Alleux et Ahrimans.
SOTIE. — Pièce de théâtre que représentait une troupe de baladins appelés les enfants sans-souci : à leur tête était le prince des sots (voy. Prince des sots). Les soties avaient ordinairement un caractère satirique. On ci Le , entre autres soties , celle que ht représenter Louis XII, aux halles de Paris, le jour du mardi gras 1511, sous le titre de Jeu du prince des sots et de la mère sotte , Cette sotie était dirigée contre le pape Jules II , avec lequel le roi étaitalors en guerre. Lesso/iea furent prohibées sous le règne de François Ier.
SOTS (prince des). — Voy. Prince des sots.
SOU. — La valeur de cette pièce de monnaie a beaucoup varié. Il y a eu des sous d’or, d’argent et de cuivre. Voy. Monnaie, p. 825, première col.
SOUCHETAGE. — Marque que faisaient les officiers des eaux et forêts après la coupe des bois , pour compter le nombre et la qualité des souches abattues. — On appelait encore souchetage le compte et la marque des bois de futaie, qui, d’après l’ordonnance des eaux et forêts (tit. xv, art. 50, et tit. xvi, art. 2, 3, 4, 5 et 6), devaient être marqués avant l’adjudication.
SOUS-DIACONAT, SOUS-DIACRE. — Le sous-diaconat est le premier des ordres majeurs. « Le sous-diacre doit, dit Fleury ( Instit . au droit ecclésiastique , ire partie, chap. viu ), avoir été été éprouvé dans tous les ordres inférieurs , et avoir au moins atteint sa vingt-deuxième année. Il doit être assez instruit pour pouvoir exercer ses fonctions. I/évêque doit, le mercredi avant l’ordination, examiner les clercs qui s’y présentent ou les faire examiner par des prêtres vertueux etsavants dans la loi de Dieu et des canons. Le jour de l'ordination étant venu, et les ordres mineurs ayant été conférés , on appelle ceux qui doivent être ordonnés sous-diacres, chacun par son nom. L'évêque les avertit de considérer attentivement à quelle charge ils se soumettent : « Juste qu’ici, dit-il, il vous est libre de retour- « ner à l’état séculier; mais si vou3 rece- « vez cet ordre, vous ne pourrez plus re- « culer. IL faudra toujours servir Dieu, « dont le service vaut mieux qu’un « royaume , garder la chasteté avec son « secours et demeurer engagés à jamais « au ministère de l’Eglise. Songez-y donc, « tandis qu’il est encore temps , et, si « vous voulez persévérer dans cette sainte « résolution, approchezau nom de Dieu,*
«Ensuiteon fait approcher ceux qui doivent être ordonnés. Pendant qu’ils sont prosternés, on chante les litanies, et on invoque pour eux les suffrages de tous les saints. Puis Pévêque instruit les sous-diacres de leurs fonctions. Elles consistent à servir le diacre, préparer Peau pour le ministère de l'autel, laver les nappes d’autel et les corporaux (voy. Corporal). Les corporaux doivent être lavés séparément, et on en doit jeter l’eau dans le baptistère. Le sous-diacre doit aussi offrir au diacre le calice et la patène pour le sacrifice, et avoir soin de mettre sur l’autel autant de pains qu’il faut pour le peuple. Ce sont les fonctions marquées dans la formule du pontifical. Il faut être au moins sous-dia cre pour toucher les vases sacrés et les linges qui touchent immédiatement la sainte eucharistie. L’évêque donne ensuite au sous-diacre le calice vide avec la patène, et tous les ornements qui conviennentà son ordre. Enfin, il lui remet le livre des épîtres, avec le pouvoir de les lire dans l’église. Ainsi, leministère des sousdiacres est presque réduit au service de l’autel, et à assister l’évêque ou les prêres dans les grandes cérémonies. Autrefois ils étaient les secrétaires des évêques, qui les employaient dans les voyages et les négociations ecclésiastiques ; ils étaient chargés des aumônes et de l'administration du temporel, et hors de l’Eglise ils faisaient les mêmes fonctions que les diacres. »
SOUFFLET. — Il était d’usage, dans les églises de Béziers et de Toulouse , de souffleter un juif, à Pâques, à la porte de la cathédrale. — En Bretagne , on punissait par un soufflet les blasphémateurs jusqu’au commencement du xvi® siècle.
(D. Morice, Hist. de Bretagne , préface, p. xxv.)
SOUFFRANCE. — En matière féodale, on appelait souffrance une surséance ou délai pour faire foi et hommage que le seigneur accordait à son nouveau vassal , pour quelque cause juste, comme minorité ou absence nécessaire.
SOUFFRANCE DE GUERRE. — Les mots souffrance de guerre s’employaient, au moyen âge, comme synonymes de suspension d’armes.
SOULE. — On appelait soûle ou sole , au moyen âge , un ballon ou une boule de bois. Le jeu de la sonie était très- usité dans plusieurs provinces, entre autres dans la Bretagne , le Berri, le Bourbonnais, la Picardie , etc. 11 en est question dès le xiv® siècle; les ordonnances des rois de France, et les statuts synodaux
parlent souvent de la soûle. Ce mot vient, selon du Cange ( v° Solea) , de ce que l’on poussait le ballon ou la balle avec la semelle du sculier (solea)*
SOULIERS. — Les souliers à bec recourbé, appelés souliers à la poulaine , furent usités en France, principalement aux xiv® et xv° siècles. Voy. Poulaine.
SOULTE DE PARTAGE. — Lorsque, dans un partage de biens , il n est pas possible de faire des lots parfaitement égaux, ceux qui ont la part la plus forte sont chargés d’indemniser les autres , en argent ou en rentes. Cette indemnité s’appelle soulte de partage ou retour de lot.
SOUPE. — On a eu tort de confondre soupe et potage . « Sopa , en espagnol, dit M. Gémn ( Des variations du langage français , p. 493), est une tranche de pain mince ; soupe, au xvc siècle, n’avait pas d’autre sens....» Un historien parlant du cérémonial usité à l’avénement des rois d’Espagne, mentionne la coutume de présenter au nouveau monarque trois soupes dans un gobelet.
Le Fabliau du cuvier parle de soupe au vin. Quand Duguesclin, délié par Guillaume de Blancbourg, alla combattre cet Anglais, il avala, avant d’en venir aux mains, trois de ces soupes en Vhonneur des trois personnes de la Sainte- Trinité ,
On voit par les Historiettes deTallemant des Réaux qu’au xvn° siècle le mot soupe avait encore le même sens. Parlant de Vandy, il raconte qu’on servit devant lui un potage, où iln'y avait que deux pauvres soupes qui couraient l'une après l’autre. Vandy s’efforce d’en attraper une; il n’y peut réussir ; car elles fuient dans le bouillon.
Il y avait d'au très soupes , ou tranche^ de pain, qui portaient differents noms ; telle Otait ia soupe dorée dont Platine a donné la recette. Elle consistait à griller des tranches de pain, les jeter dans un coulis fait avec du sucre, avec du vin blanc, des jaunes d’œufs et de l'eau rose ; quand elles étaient bien imbibées, les frire, les jeter de nouveau dans l’eau rose et les saupoudrer de sucre et de safran. Les tostées (rôties) à la poudre du duc et au vin blanc , dont il est fait mention dans le roman de Saintré, étaient une friandise de la même espèce. Taillevant, queux du roi Charles VII, dans le Traité culinaire , qu’il composa vers 1456 , parle de soupes à l’oignon, aux fèves, à la moutarde. Le Platine français , ouvrage de même nature postérieur d’un demi-siècle à celui de Taillevant, mentionne des soupes aux raves, au fenouil, au coing, aux racines de persil, aW' ^ndes, au millet, aux her-
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nés, aux pommes, au verjus, à la fleur de sureau, à la citrouille et au chènevis.
Le mot potage , qu’on a e u tort de confondre avec soupe, vient dulatin potare (boire), et ne s'appliquait primitivement qu’à un aliment liquide. Mais comme on ajoutades légumesetdes tranchesdepain, les mots soupe et potage finirent par devenir synonymes. Il y en avait une grande variété. LeGrandd’Aussien énumèrebeaucoup. Voici quelques-uns de ces potages : La soupe au chènevis était composée de moelle, de chènevis et d’amandes, pilés avec un peu de bouillon. Après avoir passé ce coulis par l’étamine, on le faisait cuire au feu, et l’on y ajoutait du sucre, du gingembre, du safran, des épices douces et de l'eau rose. De tous les potages, celui qui a eu le plus de faveur et qui l’a conservée le pluslongtempsestlepotageau riz. lien est question dans les fab iaux et les romans du moyen âge. Les statuts de réforme de l’abbaye de Sauu-Claude (1448) accordent aux religieux de la soupe au riz trois fois’ par semaine pendant le carême. Au xvicsiècle, c’était, selon Cbampier et Beaujeu, le potage de distinction ; il n’y avait uointde festin, même dans la classe dos paysans, où on ne le servît. En gras, on l’apprêtait avec du bouillon de bonne qualité; en maigre, avec du lait de vache ou du lait d’amandes; mais , soit en gras , soit en maigre, on y ajoutait toujours, peur lui donner de la couleur et du goût, du sucre etdu safran. En 1627, Nonniusremarquait encore que le peuple en France n’eût point été content d'un repas, s’il n’y eût vu du riz au lait, assaisonné avec du sucre.
Au xvi* siècle, les soupes aux pâtes d’Italie , aux macaronis, au vermicelle, etc., furent connues en France. La panade Tétait aussi, selon Charnpier. Liébaut assure même qu’il y avait beaucoup de mères qui ]a préféraient à la bouillie pour nourrir leurs enfants, la regardant comme un aliment beaucoup moins indigeste. La Comédie des friands marquis , ou des Coteaux, parle d’un potage aux oignons farcis. Boileau, dans la Satire du festin , nomme les bisques. Il y fait mention aussi d’nn potage au jus de citron, avec du verjus et des jaunes d’œufs, sur lequel était posé un chapon bouilli. Ces sortes de soupes, dit un des commentateurs du poète, s’appelaient soupes ci Vécu d'argent, parce que le traiteur qui les avait inventées avec un écu d’argent pour enseigne. On peut compter aussi parmi les soupes , ou au moins parmi les bouillons, les restaurants dont Liebaut donne la recette, et qui étaient en usage alors pour les femmes en couches, pour certaines personnes exténuées et pour les maladies
de langueur. Il y en avait un , entre autres, qu’on appelait , par excellence , le restaurant divin . Ce n'étaient pas, comme aujourd’hui, de bons consommés; mais de la viande de boucherie , ou de la chair de volaille , hachée très-menu , et distillée ensuite dans un alambic avec de l’orge mondé, des roses sèches , delà cannelle, de la coriandre et des raisins de Damas.
Il était d’usage, au moyen âge, de servir plusieurs soupes dans un seul repas. En 1304 , un concile de Compiègne défendit aux ecclésiastiques cTavorr dans leurs repas plus de deux plats et d’un potage.
Cette ordonnance fut mal exécutée ; car en 1342 , l’auteur du Modus et ratio repr, Ssente la table d’un archevêque couverte de cinq ou six soupes differentes, toutes variées en couleur , toutes assaisonnées de sucre et sursemées de graines de grenades. Postérieurement au livre du Modus , l’usage s’introduisit de semer sur la soupe , au lieu de graines de grenade , des herbes aromatiques, séchees et réduites en poudre, telles que marjolaine, sauge, thym , basilic , sarriette . liissope , baume franc, etc. Liébaut, dans la distribution qu’il fait de sa Maison rustique , réserve même une planche du potager pour la culture de ces plantes, destinées à saupoudrer les potages. Voy. pour les détails Le Grand d'Aussy, Histoire de la vie privée des Français , ouvrage que j’ai analysé et souvent même cité textuellement dans cet article.
SOUPER. — Le souper était autrefoisle principal repas; il a éLé question de l’heure du souper à l’article Repas ; elle a varié de cinq heures à minuit. Au xvme siècle , les soupers remplissaient souvent une partie de la nuit. On les appela petits soupers Dans un article du Mercure de France (6 septembre 1783), cet usage est rappelé avec une afféterie de pensées et de style qui caractérise l'époque et que je citerai pour ce motif. « Aujourd'hui, la nuit n’a plus d’ombres ; un faisceau de bougies est attaché au flambeau pâlissant du jour ; l’œil trompé cherche en vain les ténèbres. Longtemps on ne savait donner que quatre parties à la journée; le travail s’emparait avidement de deux parties; la troisième était consacrée au repos. Que restait-il pour les plai sairs ? Aujourd’hui des mains charmantes découpent ingénieusement la journée, et cousent à la robe du temps des heures délicieuses. Les salons (car tous les arts se tiennent, et surtout les arts d’agrément) vinrent bien vite au secours des petits soupers . Bientôt le compas, dirigé par le goût, traça des cloisons, abaissa les
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voûtes , rétrécit les vastes salles , plus propres à des conférences d’ambassadeurs suisses t|u â de petits soupers. Les grandes cheminées disparurent. A une sculpture grossière , à des amours mal façonnés et mal assis sur les angles , succédèrent les glaces de Venise ; au cuir doré le damas , le satin et la perse. Les fauteuils à longs dos, a longs bras , furent remplacés par des bergères , des ottomanes, etc. »
SOUPERS DE MOMUS. — Réunions de chansonniers du Caveau 'moderne , qui , vers i8t4, essayèrent de rappeler les diners du Vaudeville, oii les fondateurs de ce théâtre se réunissaient une fois par mois. Des couplets sur des mots donnés étaient le tribut exigé de chaque convive. Les soupers de Momus, moins heureux que d’autres réunions moitié gastronomiques, moitié littéraires , n’ont produit aucune œuvre digne d’être conservée.
SOURDS-MUETS. — Dès la fin du xvie siècle, on trouve des instituteurs des sourds-muets. Un bénédictin espagnol, Pierre de Ponce, mort en 1584 , est le premier inventeur connu de l’art d’instruire les sourds-muets. Il n’a laissé aucun traité sur cette matière; mais plusieurs Espagnols ses contemporains parlent de ses succès; il en est question dans François Vallée, qui publia, en 1588, une Philosophie sacrée , et dans Moralis, auteur d’un ouvrage intitulé les Antiquités d’ Espagne. U s’écoula près de deux siècles avant que l’art d’instruire les sourdsmuets s’introduisît en France. L’abbé de l’Epée en est considéré comme l’inventeur; un arrêt du conseil en date du ~ * novembre 1778 établit à Paris une institution spéciale pour les sourds-muets.
L’abbé Sicard fut le digne successeur de l'abbé de l’Epée dans ceue œuvre de bienfaisance. Plusieurs décrets des assemblées de la révolution organisèrent et dotèrent l’institution des sourds-rnuets.
11 existe aujourd’hui deux établissements de ce genre, l’un à Paris, l’autre à Bordeaux. On y donne, d'après les derniers règlements, l’instruction intellectuelle, .morale et religieuse aux enfants sourdsmuets , et on les prépare à l’exercice d’un métier, d’un art ou d’une profession libérale.
SOUSCRIPTION. — Les souscriptions ou signatures varient dans les chartes ; tantôt c’est un simple signe, point, croix, etc. ; tantôt le nom est écrit entièrement avec cette formule Ego N. subsertpsi. Quelquefois la souscrij)tion est accompagnée d’une sentence tirée de
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l’Ecriture sainte; dans d’autres chartes, la sentence supplée à la signature ; la déclaration des témoins en tient lieu dans certains actes. Aux xiii®, xiv® et xv« siècles , les sceaux remplacèrent généralement les souscriptions. Au xvi® siècle, les signatures manuelles devinrent plus communes.^ Dans les diplômes royaux, les rois mérovingiens signaient ou par leur norn ou par leur monogramme. Les rois de la seconde race ne signèrent qu’en monogramme fvoy. ce mot). Les chanceliers ou notaires du palais signaient les lettres patentes. Les rois de la troisième race employaient dans les souscriptions des chartes les monogrammes , les croix et les signatures entières.
On appelle aujourd’hui souscription 1 engagementde payerunecertainesomme pour la construction d’un monument t 1 érection d’une statue, la publication d’un livre, etc. L’Angleterre donna, dès le milieu du xvii® siècle , l’exemple de souscriptions pow l’édition d’ouvrages d’une grande étendue. La France suivit cet exemple au commencement du xviii* siècle. Les Antiquités de Montfaucon , le Glossaire de du Cange , Y Histoire de la 7nilice française par le père Daniel, etc., furent publiés par souscription .
SOUS-INFÉODATION. — Constitution d’un arrière-fief. Le seigneur, qui sous inféodait une partie de ses domaines, en retenait la foi et hommage et autres droits féodaux en dépendant. Comme les sous inféodations étaient un obstacle à l’unité territoriale, Philippe Auguste établit qu’en cas de partage d’un fief, les cadets, au lieu de prêter serment à l’ainé, relèveraient directement du suzerain et lui devraient foi et hommage ( Ordonn . des rois de Fr.y 1 , 29 ). La couronne conservait ainsi tous ses droits sur les fiefs détachés du domaine principal.
SOUS-OFFICIERS. — On désigne par ce nom, dans la hiérarchie militaire, les caporaux , sergents , sergents-majors , fourriers, maréchaux des logis. Dans l’ancienne organisation de l’armée, il y avait un plus grand nombre de sous-officiers.
Yoy. Hiérarchie militaire, p. 544, 2® col.