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ciale de la police, et obligés de résider dans lieu qui leur a été assigné.

SURVIVANCE. — Droit de succéder à un homme dans sa charge après sa mort. L'usage d'accorder des survivances avait rendu une partie des charges héréditaires. Henri III , s'adressant aux états généraux de Blois, en 1588 , déclara qu'une des premières réformes à opérer cousis- Sait à abolir les survivances de charges et emplois. Néanmoins , l’abus des survivances continua ; on accordait même la survivance des gouvernements et des charges de secrétaires d'État. Ainsi , le duc de Longueville obtint, en 1659,1a survivance de ses gouvernements pour ses enfants, et le jeune Loniénie de Brienne avait, en 1661, la survivance de la charge de secrétaire d'État des affaires étrangères que son père exerçait.

SUSPECTS. — La Convention rendit, le 17 septembre 1793 , la loi des suspects , qui ordonnait de mettre en arrestation tons ceux qui, par leur conduite, leurs relations , leurs propos ou leurs écrits , se seraient montrés partisans de la tyrannie* du fédéralisme et ennemis de la li bosrtè (je reproduis les termes mêmes de la loi), les fonctionnaires publics suspendus , les ci-devant nobles, les maris , femmes, pères, mères, fils ou filles , frères ou soeurs, et agents d'émigrés. Les comités de surveillance étaient chargés de dresser la liste des suspects , et de décerner contre eux des mandats d'arrêt. Les détenus devaient rester enfermés jusqu’à la paix. Cette loi remplit les prisons de victimes destinées à l'échafaud. Camille Desmoulins s’honora en osant protester contre la loi des suspects . Il fit un tableau frappant, dans son Vieux Cordeliery de la tyrannie présente, sous le nom d’une tyrannie passée. Parlant du despotisme des empereurs romains, il montrait la loi des suspects partout appliquée : « Un citoyen avait-il de la popularité? c’était un rival du prince qui pouvait susciter une guerre civile. Suspect . — Fuyaiton, au contraire; lapopularité et se tenaiton au coin de son feu? Cette vie retirée vous avait fait remarquer. Suspect . — Étiez-vous riche? Il y avait un péril imminent, que le peuple ne fût corrompu par vos largesses. Suspect . — Étiez-vous pauvre ? Il fallait vous surveiller de plus près; il n'y a personne d'entreprenant comme celui qui n'a rien. Suspect . — Étiez-vous d'un caractère sombre, mélancolique -et d’un extérieur négligé? Ce qui vous affligeait , c'est que les affaires publiques allaient bien. Suspect . — Un citoyen se donnait-il du bon temps et des

indigestions? G’est parce le prince allait mal. Suspect . — Était-il vertueux, austère dans ses mœurs? il faisait la censure de la cour. Suspect . — Était-ce un philosophe, un orateur, un poète ? 11 lui convenait bien d'avoir plos de renommée que ceux <qui gouvernaient. Suspect. — Enfin, s'éiaii-on~ acquis une réputation à là guerre? On n'en était que plus dangereux par son talent. Il fallait se défaire du général ou l’éloigner promptement de l’armée. Suspect. » La loi des suspects fut abolie le 4 octobre 1795.

SUSPENSE. — Interdiction faite à un clerc de remplir les fonctions do son ordre pendant un certain temps. Il y a plusieurs degrés de suspe?ise. Elle est locale ou personnelle : locale, si le prêtre n'est suspendu de ses fonctions que dans un lieu déterminé ; personnelle , s’il l'est en tous lieux. Elle peut être encore générale ou bornée à certaines fonctions. Le prêtre peut être suspendu pour la prédication , tout en conservant le pouvoir d’administrer le sacrement de la pénitence et de célébrer la messe. La suspense peut être bornée à un temps plus ou moins long. Après ce temps, elle cesse de plein droit. Elle peut aussi être imposée pour un temps illimité et tant qu’il plaira à l'évêque. La suspense est ordinairement la première peine canonique prononcée par les supérieure ecclésiastiques.

SUSPENSION D'ARMES. — Cessation temporaire des hostilités. Les suspensions d'armes que l'on peut considérer comme de véritables institutions, dans L’histoire de France, sont connues sous le nom de trêve de Dieu et de Quarantaine- le-roi* Voy. ces mots.

SUZERAIN, SUZERAINETÉ. — On appelait suzerain , dans le langage féodal, un seigneur dominant , duquel relevaient d’autres seigneurs. Le pouvoir dont ce seigneur était investi sur les autres feudataires s’appelait suzeraineté . Les droits de suzeraineté variaient suivant l'importance des fiefs , ils comprenaient quelquefois des redevances en argent ou en nature , le droit d’appel des cours seigneuriales devant le tribunal du suzerain , l’autorité militaire, etc. Voy. Féodalité

SYMBOLES. — Les images ou symboles , qui rendent sensibles les idées d’une législation , conviennent surtout aux époques primitives. Aussi trouve-t-on dans les lois des barbares et principalement des Francs , un grand nombre de symboles pour indiquer la propriété, la famille, la revendication d'un bien, la renonciation à un héritage ou aux rela-

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lions de parenté. 3'ai cité quelques-uns de ces symboles en parlant des lois des barbares. Voy. Lois, p. 680, 2e colonne, et 681 , ire colonne. — La féodalité eut aussi ses symboles : l’investiture était accompagnée de cérémonies symboliques.

Voy. Investiture. — La renonciation à une succession était figurée symboliquement par Tac te d'une veuve qui déposait sa ceinture et les clefs de la maison sur le cercueil de son mari. 11 existe un traité spécial de la Symbolique du droit par M. Chassan,

SYNAGOGUE. — Temple oii se réunissent les juifs pour la célébration de leurs rites religieux. Voy. Juifs.

SYNDIC , SYNDICAT. — On appelait autrefois syndics ceux qui étaient nommés par les membres d'une corporation industrielle (Voy. Corporation) pour prendre soin des affaires de la communauté.

Leur charge se nommait syndicat . — Le nom de syndics désigne encore aujourd’hui des commissaires institués par une réunion de commerçants pour gérer les intérêts communs. Ainsi les créanciers d’une faillite nomment un ou plusieurs commissaires-syndics .

SYNODE. — Les synodes sont des assemblées du clergé diocésain réuni par l’évêque. Les anciens conciles, dont les prescriptions ont été renouvelées par le concile de Trente , ordonnaient la tenue annuelle de synodes diocésains pour donner plus d’unité et de force à la discipline ecclésiastique. — On appelait encore synode ou droit de synode une taxe que l'évêque imposait aux ecclésiastiques qu’il réunissait au siège épiscopal. Ce droit se payait à chaque synode , et Ilincmar, archevêque de Keims au ix« siècle, fut obligé de reprendre des évêques qui convoquaient souvent des synodes pour se faire payer ce droit. On l’appelait aussi cens cathédralique. A la fin du vi° siècle il était de deux sous d’or. Il se payait encore dans quelques diocèses de France

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au xvme siècle. Voy. Fleury, Institution au droit ecclésiastique .

SYSTEME. — Le mot système désigne spécialement dans l’histoire de France les opérations financières de Law. Voy.

Banque, p. 62, 2e colonne. — M. Levasseur a publié, en 1853, un travail complet sur cette matière sous le titre de Recherches historiques sur le système de Law.

SYSTÈME CELLULAIRE. — Système d’emprisonnement individuel qui" a été appliqué d’abord en Amérique , puis en Ecosse et en Angleterre. Il a été introduit en France sous le règne de Louis-Philippe et appliqué d’abord dans la prison de la Roquette à Paris.

SYSTÈME DECIMAL, SYSTÈME MÉ- TRIQUE. — Voy. Mesures , p. 776, 2e colonne, et 777, ire colonne.

SYSTÈME PENITENTIAIRE. — Le but de ce système est d’arriver à l’amélioration du coupable par la peine qu'on lui inflige , et de rendre possible sa réhabilitation après l’expiration de la peine. Cette pensée déjà, ancienne a été réduite en système depuis l'époque de la révolution et on a tenté d’en faire d’utiles applications. M. Moreau-Christophe, dans l’ouvrage intitulé Code des prisons , attribue surtout cette amélioration à l’Assemblée constituante. Voici comment il s’exprime sur ce sujet : « L’Assemblée constituante fit de la peine de la prison , qu’elle n’admit que temporairement, un élément tout nouveau en droit criminel en instituant le système pénitentiaire , qui n'existait pas en France avant elle, c’est-à-dire le système pénal basé sur l’amendement du coupable par le repentir de la faute commise, et sur la possibilité de la réparer par la réhabilitation après l’expiration de la peine subie; ajoutons qu’on peut apercevoir dans l’article 14 de son code , lequel consacre et définit la peine de la gêne , le germe du solitary confinement ( emprisonnement cellulaire) , pratiqué depuis à Philadelphie.

TABAC. — Le tabac a été introduit en France vers 1560. Nicot, ambassadeur de France en Portugal , offrit cette plante à la reine Catherine de Rlédicis , et pour ce motif on l’appela d’abord nicotiane et plante à la reine. Le nom de tabac lui fut donné par les Espagnols qui la trouvèrent dan3 rorig'me à l’île de Tabago , une des

petites Antilles, ou, selon d’autres, à Tabasco au Mexique. On la désignait encore sous le nom de petun qu’elle portait au Brésil et dans la Floride. Les preneurs de tabac étaient dans l’usage primitivement de porter sur eux une petite râpe dont il s se servaient pour réduire en poudre le tabac qui était en rouleau.

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A la fin du xvne siècle 7 on adopta des tabatières en forme de râpe que Ton appelait grivoises. L’usage du tabac ne devint commun qu’au xvm° siècle. A celte époque , le tabac en poudre eut une grande vogue, et les femmes les plus élégantes n’en dédaignèrent pas l’usage. Les tabatières étaient souvent faites de matières précieuses et ciselées avec art.

Depuis quelques années, l’usage du tabac à fumer est devenu plus commun en France que l’usage du tabac en poudre.

Le tabac fut dès le commencement du xv il® siècle une des sources du revenu public. En 1629, on leva un droit de trente sous par livre sur les tabacs étrangers; quant au tabac des colonies françaises , il n’était soumis à aucun impôt* Le droit de douane sur les tabacs fut élevé dans le tarif de 1664. Dix ans plus tard , l’État se réserva le monopole de la fabrication du tabac , et l'afferma pour six ans à raison de cinq cent mille livres pour les deux premières années et de six cent mille pour les années suivantes. La culture indigène fut restreinte , en 1676 et 1677, à certaines parties de la France , sur les plaintes des fermiers de cet impôt. Cette ferme fut réunie, en 1680, aux autres fermes royales, et la juridiction, à laquelle ressortissait ce service particulier, fut réglée en i68i. Les élus jugeaient en première instance les contestations , et les appels de leurs sentences étaient portés devant la cour des aides.

En 16 88, on établit des bureaux de tabac dans les lieux où il était permis de le cultiver, et des commis furent institués pour vérifier l’exactitude des déclarations. Des débitants furent chargés, avec l’autorisation du fermier, de la vente du tabac dans les villes et villages. Les villes considérables eurent des entrepôts qui fournissaient du tabac aux débitants (règlements de 1688, 1703, 1705 et 1707 ).

La ferme des tabacs , qui s’élevait au chiffre de trente millions sous Louis XVI, fut supprimée par le décret du 2-17 mars 1791. Le monopole du tabac fut rétabli par le gouvernement impérial le 29 dé c mbre 1810, et, depuis cette époque, la ente du tabac a toujours été une source importante de revenu pour le trésor public. La culture du tabac n’est autorisée que dans les départements de l’ille-et- Vilaine, du Lot, de Lot-et-Garonne, du Kord, du Pas-de-Calais, du Bas-Khi n et dans l’Algérie. Elle est soumise à la surveillance des préposés de l’administration des contributions indirectes. Les manufactures de tabac de la régie sont établies au Havre , à Lille , Lyon , Marseille , Morlaix, Paris, Strasbourg t Tonneins et

Toulouse. Chaque manufacture approvisionne un certain nombre d’entrepôts d’après des circonscriptions déterminées par des règlements administratifs, et ces entrepôts approvisionnent à leur tour les débitants de tabac .

TABAGIE. — Ce mot, dérivé de tabac, désigne un lieu public ou l’on se réunit pour fumer et pour boire.

TABARD ou TARART. — Sorte de tunique qui fut adoptée, par plusieurs classes, pendant une partie du moyen âge. Les ecclésiastiques pouvaient, d’après les coutumes de certains pays , porter ce vêtement. Les statuts du collège de Navarre font aussi mention de tabards que doivent avoir les écoliers. Dans la suite, cette tunique fut réservée aux hérauts d’armes. Leur tabard portait brodées les armes des seigneurs que les hérauts étaient chargés de représenter. Il n’avait que des demi-manches qui , s’élargissant vers le bas, tombaient un peu au-dessus du coude. Voy. Héraut.

TABELLION. — Ce mot, qui vient du latin tabeîlæ (tablettes), fut donné à ceux qui écrivaient primitivement sur des tablettes les contrats, les testaments et autres actes. Ces tabellions devinrent dans la suite des officiers publics qui gardaient les minutes des actes rédigés par les notaires et en délivraient des expéditions. Une ordonnance de Charles VII, en date de juillet 1448 ( Ordonn., Xïll , 188-189), décida qu’à l’avenir il n’y aurait qu’un tabellion par châtellenie royale.

Ce tabellion pouvait établir là où il le jugeait nécessaire , des notaires dont il répondait. Ceux-ci devaient porter tous les trois mois , chez le tabellion , les registres contenant les extraits des actes passés devant eux, afin qu’ils ^ fussent gardés en lieu sûr par le tabellion. Les charges des tabellions n’ont été réunies à celles des notaires qu’en 1560.

TABELLIONAGE. — Droit qu’avaient certains seigneursou hauts justiciers de pouvoir instituer des tabellions pour dresser des actes dans l’étendue de leur seigneurie. Ce droit se constatait par une possession immémoriale ou par titres authentiques émanant du roi.

TABERNACLE. — Petit édifice en forme de temple, servant ordinairement à conserver les vases sacrés. Il y a des tabernacles de formes très-diverses , et l’on y emploie le bois , le marbre ou la pierre , ou des métaux précieux. Le tabernacle est ordinairement placé sur l’auteL

TABIS. — Sorte de taffetas qui a passé par la calandre.

TABLE A MANGER. — Les Gaulois prenaient leurs repas , assis par terre sur du foin , ayant devant eux des tables de bois fort basses ; c'est ainsi , du moins, que les représente Posidonius. Les Romains introduisirent dans la Gaule l’usage de manger couchés; mais sous les rois francs on avait déjà renoncé à cette habitude.

On se servit alors de sièges , qui d’abord n'étaient que des escabeaux de bois; dans la suite * on y plaça des coussins ou des tapis. Dans l'accord qui fut fait , sous Louis le Gros, entre Foulques, comte d'Anjou, grand sénéchal de France, et les Gallerande qui exerçaient cette charge, depuis que le roi en avait privé Foulques, il fut réglé, selon Hugues de Clères, qu'au banquet royal Foulques aurait un siège de bois couvert d'un tapis ou d'une autre étoffe. Les bancs, que l’on employait dans les festins , ont donné naissance au mot banquet . On voit dans la liste des officiers des ducs de Bourgogne qu’il y en avait un qui portait le tapis et le coussin destinés pour le banc du duc. Au xvi® siècle, on introduisit l'usage des fauteuils réservés aux personnages éminents. Régnier (sat. x) parle de ces différents sièges. Il dit en décrivant un festin :

Chacun en son rang

S’assied sur une chai se, ou s’assied sur un banc , Suivant ou son mérite, ou sa charge, ou sa place.

Les tables furent longtemps sans ornement; les grands et les riches les faisaient polir et vernir avec soin. Dans Je palais des rois , elles étaient quelquefois de matière précieuse et travaillées avec art. Charlemagne, d’après le récit d'Éginhard, fit faire trois tables d'argent massif, qui étaient plus remarquables encore par la beauté du travail que par la richesse de la matière. La première représentait Rome, la seconde Constantinople, la troisième les régions de l’univers qui étaient alors connues. Les tables étaient quelquefois jonchées de fleurs. Fortunat, décrivant un festin dans des vers adressés à la reine Radegonde , dit : « La table , qui ordinairement est couverte par une nappe, était jonchée de roses. Les mets y reposaient sur des fleurs ; au lieu d’un tissu de lin , on avait ce qui flatte l’odorat et sert également à couvrir la table . »

Jusqu’àlafin du xvie siècle, les serviettes; ne furent pas d'un usage commun chez les particuliers. La nappe en servit longtemps ; on en mettait un bout devant soi, et l'on s’en essuyait la bouche et les doigts après avoir mangé. Les premiers linges , dont on AH des serviettes , furent fabri-

qués à Reims. Lorsque Charles VII s'y fit sacrer, la ville lui présenta des serviettes en hommage; quand Charles -Quint passa par Reims en traversant la France, les officiers municipaux lui offrirent un présent du même genre, qui fut estimé mille florins. Montaigne nous apprend que l'usage des serviettes ne pénétra , de son temps , que dans les maisons particulières.

Faire trancher la nappe devant un chevalier par un héraut d'armes , était une injure sanglante. L’histoire de Charles VI en offre un exemple: Guillaume de Hainaut était assis à la table de ce roi, lorsqu’un héraut vint couper la nappe devant lui, en lui disant qu’un prince qui ne portait pas d’armes, n'était pas digne démanger à la table du roi. Guillaume , surpris , répondit qu’il portait aussi , comme les autres chevaliers , la lance et l'écu : « Non, sire, cela ne se peut , lui répliqua le plus vieux des hérauts; vous savez que votre grand-oncle a été tué par les Frisons, et que sa mort, jusqu'à ce jour, est restée impunie. Si vous portiez des armes , il y a longtemps qu’il serait vengé. » Cette cruelle leçon excita Guillaume de Hainaut à prendre les armes et à venger l’outrage fait à sa race.

Ustensiles de table . — Les ustensiles de table furent , dès le principe, les couteaux et les cuillers. Les Gaulois se servaient de couteaux, et Fortunat, qui écrivait à la fin du vie siècle , nous apprend que sainte Ragedonde , femme de Clotaire I«r, donnait elle-même à manger avec une cuiller aux pauvres infirmes qui ne pouvaient se servir de leurs mains.

Les fourchettes n’étaient pas encore connues; on se servait de la pointe du couteau pour porter les morceaux à sa bouche. Selon Le Grand d’Aussy, Vie privée des Français , il est question pour la première fois de fourchettes dans un inventaire de l'argenterie de Charles V en 1379. On a employé d'abord des fourchettes de fer à deux ou trois branches, et enfin des fourchettes d’argent à quatre pointes.

Les mets se servaient, dès la plus haute antiquité, dans de grands plats de terre; mais les assiettes furent longtemps inconnues. Dans l'origine chaque convive avait devant lui un morceau de pain coupé en rond, qui lui servait d'assiette; c'est ce qu'on appelait pain tranchoir ; il en est encore question dans le cérémonial du sacre de Louis XII. Après le repas, on distribuait aux pauvres le pain tranchoir. Les premières assiettes furent de bois, puis de terre cuite et vernissée, de faïence, enfin de porcelaine et de diffé-

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rerus métaux. Le luxe s'introduisit dans ces ustensiles de table; au xvi® siècle surtout , Bernard de Palissy les orna de moulures artistiques. Les plats vernissés de cette époque sont des objets d'art encore recherchés. Les buffets, qui remplacèrent peu à peu les dressoirs du moyen âge , se chargèrent de plats d’une matière précieuse et d'un travail élégant. Les porcelaines de Saxe, et dans la suite du Japon et de la Chine, les vases d’or et d’argent, furent le luxe des résidences royales et des châteaux des grands. Les vases à boire, iifférents de forme et de matière, depuis les coupes antiques jusqu’aux cristaux de Bohême et de Venise, les gobelets, les tasses, les drageoirs , boîtes à épices , huiliers , salières , etc., fournirent aux artistes du xvi® siècle surtout ,nne occasion d'exercer leur ingénieuse fantaisie.

Argenterie . — - La vaisselle d’or et d’argent existait en Gaule à une époque fort ancienne. Posidonius raconte que les Gaulois se servaient pour leurs festins de vases d'or et d'argent, usage qui s'explique facilement par la richesse des mines de la Gaule. A l’époque des Mérovingiens , il est encore question d'or et d’argent employés pour les ustensiles de table. Grégoire de Tours représente le comte Leudaste parcourant les boutiques des marchands de Paris et examinant la vaisselle d’argent et les bijoux qu’ils étalaient ( Argentum pensât , atque diversa ornamenta prospicit ). On lit dans la vie de saint Voué que, pendant quelque temps , il fut nourri par la charité d'une abbesse deSoissonè; mais un jour qu'elle lui avait envoyé son dîner sur un plat d'argent, un pauvre étant venu demander l’aumône au saint, Voué, qui n'avait rien à donner, livra sa portion avec le plat. Le moine de Saint-Gall raconte l’histoire d’un repas que donna un évêque à deux officiers de Charlemagne pour capter leur bienveillance, et dans lequel on fut servi en vaisselle d'or ou d’argent , et en vases garnis de pierreries. Dans le testament nue fit , en si3 , Dadila, grand seigneur ne Septimanie, il légua aux pauvres, entre autres choses , les vases d’or qu'il avait reçus en présent de l'empereur. Les ravages des Normands et les rançons énormes qu'ils exigèrentenlevèrent à la France une partie de sa vaisselle d’or et d’argent.

Ce genre de luxe ne tarda pas à reparaître , et les rois interdirent la vaisselle d’or et d'argent à ceux qui n’avaient pas une fortune considérable (Yoy. Lois somptumues). Philippe le Bel finit par prohiber entièrement la vaisselle d'or et d'argent, et, en 1310, il défendit aux orfèvres

d’en fabriquer. Mais ces lois somptuaires ne purent arrêter les progrès du luxe. En 1468, l’archevêque de Reims, Juvénal des Ursins, se plaignait, aux ctats généraux de Tours , de ce que tout le monde en France voulait avoir vaisselle d’argent.

On vit même bientôt le luxe de l’argenterie s'introduire dans les camps. Sous Louis XIV, il était porté au plus haut degré, comme le prouvent les détails donnés par les mémoires et lettres du temps sur les meubles d’or et d’argent que l’on envoyait à la monnaie. Mme de Sévigne écrivait le il décembre 1689 : « Sa Majesté , M. le Dauphin et Monsieur ont envoyé tous leurs meubles d’argent à la monnaie. » Le 18 décembre de Ja même année, elle revient sur le même sujet : « Que dites-vous de l'exemple que donne le roi de faire fondre toutes ses belles argenteries? Notre duchesse du Lude est au désespoir ; elle a envoyé la sienne ; Mme de Chaulnes , sa table et ses guéridons , et Mme de Lavardin , sa vaisselle d'argent qui vient de Borne, persuadée que son mari n’y retournera pas. » Saint- Simon parlant du même fait dit que « l'on fit des pertes inestimables par le sacritice de ces admirables façons plus chères que la matière et de tant de précieux meubles d’argent massif qui faisaient l'ornement de la galerie et des grands et des petits appartements de Versailles et l'étonnement des étrangers ; ils furent tous envoyés à la monnaie jusqu'au trône d’argent. »

A la table des rois et des grands seigneurs , une partie de la vaisselle était tenue sous clef dans une cassette, qu'on appelait la nef ou cadenas . On la plaçait sur la table en grande cérémonie. Cet usage avait sa source dans la crainte des rois et des grands qui redoutaient sans cesse le poison. L'essai des viandes, des sauces, des boissons par les officiers de bouche , avait le même principe. Au moyen âge, on croyait détourner les maléfices et purifier les mets en les touchant avec une corne de licorne. Le majordome plaçait devant le seigneur cet ustensile ciselé avec élégance et d’un prix fort élevé, et toutes les fois qu'un plat était servi sur une table , il le touchait de la corne de licorne.

Fases à boire. — D'après Posidonius, les Gaulois servaient leurs liqueurs dans une grande marmite en terre ou en argent, oh chacun venait puiser tour à tour. Quelquefois les crânes des ennemis servaient de coupes à leurs vainqueurs. Les Gaulois, qui avaient tué dans leurs chasses des urus ou taureaux sauvages , buvaient dans leurs cornes ornées d’an-

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neaux d'or et d'argent. Ces cornes transformées en vases passaient de main en main, lorsque les guerriers étaient réunis dans un festin. Les Francs et en général les barbares du nord avaient la même coutume , et elle existait encore au xi° siècle. Guillaume le Conquérant ayant réuni h Fécamp une assemblée des barons de Normandie, son historien Guillaume de Poitiers nous le montre assis à une table somptueuse, et buvant dans des cornes qui , à leurs extrémités , étaient ornées d'or et d'argent. Les poètes des xne et xiii® siècles font encore mention de cet usage. Les grands vases dont on se servait dans les festins portaient le nom de hanaps (voy. ce mot).

Au xve siècle , des fontaines jaillissantes versaient , pendant le repas , du vin, de l’hippocras et d'autres liqueurs. Il en jaillissait ordinairement de l'eau rose ou quelque autre liqueur odorante pour parfumer la salle. Cet usage paraît même remonter plus haut, puisqu'au xme siècle le voyageur français Rubruquis trouva en Tartarie un orfèvre parisien, nommé Guillaume Boucher, qui avait fait pour le khan des Tartares une de ces fontaines jaillissantes. Elle consistait en un grand arbre d’argent au pied duquel étaient quatre lions de même métal qui versaient chacun une liqueur différente , l'un du vin ; un autre, du lait de jument (boisson fort estimée des Tartares); le troisième une espèce d'hydromel , le quatrième enfin de l'eau-de-vie de riz. Ges liqueurs artivaient à la gueule des lions par des tuyaux cachés dans le tronc de l'arbre, et les tuyaux aboutissaient , par les branches , à une chambre voisine oh on les remplissait. Au sommet de l'arbre était un ange d'argent, qui tenait en main une trompette et l'approchait de sa bouche , au moyen d'un ressort , pour en sonner.

Un homme caché sous l’arbre soufflait dans un tuyau qui aboutissait à la trompette et la faisait résonner. Lorsque le khan demandait à boire , le sommelier criait à l'ange de donner le signal ; l’ange approchait la trompette de sa bouche , et aux sons qu’elle faisait entendre on remplissait dans la chambre extérieure les tuyaux de conduite; les quatre liqueurs jaillissaient delagueule des lions et étaient reçues dans des vases que le sommelier portait sur la table. Il est encore question de fontaines jaillissantes à la fin du xvnc siècle. Le Mercure galant (mars 1681 ) décrivant une fête qu’avaient donnée à Marseille huit gentilshommes , pendant le carnaval , dit que du buffet jaillissait de l’eau de fleur d’oranger. Voy. Le Grand d'Aussy , et les art. B

*;au-de-vie, Entremets, Liqueurs, Nourriture , Poisson, Repas, Verrerie.

TABLE RONDE. — Espèce de joute chevaleresque. Du Cange distingue , d'après un passage de Mathieu Paris, les comnats appelés tables rondes des tournois. L’historien anglais rapproche, en effet, ces deux sortes de jeux militaires et indique nettement qu'ils différaient (non in hastiludio illo quod torneamentum dicitur sedpotius in illo ludo militari qui mensa rotunda dicitur ). Du Gange suppose que les tables rondes étaient des joutes où les chevaliers luttaient homme à homme, tandis que dans les tournois ils combattaient en troupe. Voy. Tournois.

TABLE RONDE (Chevaliers de la). — On désigne sous ce nom les compagnons du roi Arthur, Perceval, Perceforêt. Lancelot du Lac , etc., que les légenaes du moyen âge nous représentent occupés de la conquête du saint graal ou vase dans lequel Joseph d’Arimathie avait reçu le sang du Christ au moment de la passion. Quant au nom de table ronde , on a cherché à l’expliquer en disant qu’on appelait ainsi une espèce de joute ou passe d'armes, à la suite de laquelle les chevaliers célébraient un festin. Voy. Table ronde.

TABLES DE MARBRE. — Juridictions ui tiraient leur nom d'une grande table e marbre , située dans le palais de justice de Paris, et autour de laquelle siégeaient primitivement les juges. Les trois juridictions désignées sous le nom de tables de marbre étaient celles de l'amirautéy de la connétablie et des eaux et forêts. Il en a été traité aux mots Amirauté, Connétablie et Eaux et forêts.

TABLES VOTIVES. — Cette expression , qui désigne les offrandes promises par un vœu , rappelle un usage de l'antiquité. On suspendait dans les temples des tableaux ou simplement des tablettes avec des inscriptions, pour rappeler que le vœu adressé à une divinité avait été exaucé. Cette coutume s’est conservée chez les chrétiens, et on suspend encore dans certaines églises des tables votives appelées aussi ex-voto.

TABLETIERS. — Corporation industrielle qui comprenait les ébénistes , les tourneurs, tailleurs d’images et faiseurs de peignes. Elle reçut , en 1 506, des statuts qui furent souvent renouvelés.

TABLETTES. — L'usage des anciens, d'écrire sur des tablettes enduites de cire, s’est conservé pendant une partie du moyen âge. On se servait de tablettes de bois, enduites de cire, sur lesquelles

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