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TAUREAUX (combats de). — Les combats de taureaux , si recherchés en Espagne , ont été autrefois en usage en France. La légende raconte que Pépin le Bref assistait au combat d7un taureau contre un lion, lorsqu’il provoqua les leudes qui Fentouraient à descendre dans l’arène; et, comme ils hésitaieut , il s’y élança et tua les deux bêtes féroces. D’autres récits plus authentiques attestent que les combats d’animaux étaient trèsusités chez les Francs. Grégoire de Tours raconte (liv. VIII, chap. xxxvi), que Magnowald fut tué dans la ville de Metz, pendant qu’il assistait à un combat de bêtes féroces. On lui fendit la tête d’un coup de hache par ordre du roi Childebert II , et son corps fut jeté par la fenêtre. L’usage des combats de taureaux s’est encore conservé dans quelques villes du midi de la France.

TAUROBOLE. — Sacrifice du taureau.

Ce sacrifice a été pratiqué en Gaule, comme le prouvent plusieurs bas-reliefs trouvés dans cette contrée. L’un d'eux , conservé au musée du Louvre, représente le sacrificateur immolant le taureau dont le sang coule sur la tête de l’initié. Le poète Prudence donneles détails suivants sur ce sacrifice : « On creusait, dit-il, une fosse assez profonde, oü l’initié descendait avec des bandelettes sacrées et une couronne sur La tête. Sur la fosse , on plaçait un couvercle en bois percé d’un grand nombre de trous. On amenait en cet endroit un taureau couronné de fleurs et ayant les cornes et le front ornés de petites lames d’or. On l’égorgeait avec un couteau sacré. Son sang coulait dans la fosse et couvrait l’initié, qui le recevait avec respect sur le front, les joues, les bras, les épaules, enfin sur toutes les parties de son corps, et s’efforçait de n’en pas laisser tomber une seule goutte à terre. Il sortait ensuite de la fosse, hideux à voir, tout souillé de sang, les cheveux, la barbe, les habits couverts de sang ; mais il était purgé de tous ses crimes et régénéré pour l’éternité. » Ce baptême de sang devait être renouvelé tous les vingt ans pour conserver sa vertu mystérieuse.

TAVERNES. — Lieux publics où l’on donne à boire et à manger. Voy. Lieux publics.

TAVERNIERS. — Ceux qui tiennent les tavernes. Voy. Lieux publics.

TAXES. — Ce mot désigne d’une manière générale tous les impôts, et spécialement les droits prélevés par les gref-

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fiers et notaires. Voy. Épices, impôts, justice et Notaires.

TE DEUM. — Cantique d’actions de grâces attribué par les uns à saint Ambroise , et par d’autres à saint Augustin. L’usage de chanter le Te Deum pour les réjouissances publiques remonte à une époque fort ancienne. Abbon, dans son poème du Siège de Paris ( obsidio Lule tiæ)i composé vers 900, parle d’un Te Deum chanté pour une victoire remportée sur les Normands.

TEIFALES. — Il est question , pour les anciennes chroniques, de corps de troupes appelés teifales , qui, au v° siècle , ravageaient le centre de la Gaule. On présume que ces bandes étaient un mélange de Saxons et de Bretons insulaires, et que leur nom vient de L’allemand teufel (diable). Grégoire de Tours (livre IV, chap. xviii), dit que le duc Austrasius périt dans une sédition des teifales , et ailleurs (liv. V, chap. vu) , parlant du prêtre Sinocb, il ditqu’ilétait delà nation des teifales.

TEINTURIERS. — Les teinturiers formaient , au xme siècle , une corporation spéciale, dont on trouve les statuts dans le Livre des métiers d’Étienne Boileau , p. 135.

TÉLÉGRAPHE. — Instrument qui sert à transmettre les signaux à de grandes distances L’usage des signaux , pour communiquer à distance, a été en vigueur chez tou»s les peuples. On se rappelle les feux au moyen desquels les anciens transmettaient les avis àunegrande distance. Chez les Gaulois , les signaux se donnaient aussi par la voix. On rapporte que le signal de l’insurrection de Vercingétorix lut ainsi transmis de bourgade en bourgade. Vers la fin du xvne siècle, Amontons appliqua le télescope à la perception des signaux faits à une grande distance. Cette invention est décrite ainsi par Foutenelle : « Le secret consistait à disposer, dans plusieurs postes succès sifs, des gens qui, par des lunettes de longue vue, ayant aperçu certains signaux au poste précédent, les transmissent au suivant, et toujours ainsi de suite, et ces differents signaux étaient les lettres d’un alphabet dont on n’avait le chiffre qu'au point de départ et au point d’arrivée. » On ne profita de ces idées qu’à la fin dj* xvme siècle. Claude Chappe perfectionna, en 1790 et 1791, l’invention d’Amontons, et soumit son système de télégraphes à plusieurs comités de la Convention. CeLte assemblée l'adopta, et, par un décret du 4août 1793, ordonna l’établissement d’uria

ligne télégraphique de Paris à Lille.

Bientôt les télégraphes se multiplièrent et furent établis sur toutes les lignes importantes. Ils sont placés sur le sommet de hauteurs ou de monuments élevés , ordinairement à une distance de trois lieues l’un de l’autre. Deux guetteurs sont chargés alternativement de chaque télégraphe. Celui qui esL de station imite , assis, avec des manivelles cjui impriment le mouvement, toutes les évolutions ordonnées, et le télégraphe placé au sommet du bâtiment prend les mêmes positions. Le guetteur a près de lui une lunette fixée dans le mur; il peut regarder les signaux du télégraphe voisin et les reproduire immédiatement A l'extrémité de chaque ligne, il y a un directeur qui correspond avec le bureau central de Paris. Cette invention était déjà un grand progrès et permettait de transmettre les ordres du gouvernement avec une merveilleuse rapidité. Mais elle a été de beaucoup surpassée par le télégraphe électrique , qui transmet les nouvelles avec la rapidité de la pensée.

TÉLESCOPE. — Ce mot , formé de deux mots grecs , rïjXt ( loin) et <r xo^£w (regarder) , désigne un instrument au moyen duquel on voit à de grandes distances. Le télescope paraît avoir été découvert en Hollande au commencement du xvn° siècle (1609) et perfectionné peu de temps après par Galilée. Depuis cette époque, on n'a cessé de perfectionner les télescopes , et on est arrivé à en construire qui grossissent les objets plus de mille fois.

TÉMOIGNAGE, TÉMOIN. — Le témoignage est la déposition faite en justice de vive voix ou par écrit. Les témoins sont ceux qui font cette déposition. On appelle témoins oculaires ceux qui ont vu l'événement et témoins auriculaires ceux qui l'ont entendu raconter. 11 ne faut pas confondre les témoins, tels que les admet lalégislation moderne, avec les conjurants ou conjurateurs des lois barbares (voy.

Conjurateurs). Le témoignage ôtait employé dans un grand nombre de circonstances. Ainsi, pour constater un usage, on appelait un certain nombre de témoins (testes) qui, sous la foi du serment, déclaraient que telle avait été de tout temps la cou* urne du pays. De même dans les synodes, l'évêque appelait un certain nombre de témoins de chaque paroisse, choisis parmi les plus honnêtes et les plus véridiques, et il leur faisait prêter serment sur les reliques des saints de déposer d^, tous les faits contraires à la volonté du Dieu et à la religion, qui seraient parvenus ou

parviendraient à leur connaissance, ils juraient de n’en celer aucun à l'évêque ou à son délégué (voy. du Cange, ve Testis). Quelques coutumes du moyen âge admettaient que la preuve pouvait être acquise en justicepar un seul témoin . On trouve cette disposition dans les statuts de Marseille, liv. II, chap, xn ( du Cange, ibid.).

Jusqu'au temps de saint Louis, le duel judiciaire suppléa trop souvent aux preuves testimoniales. Les Etablissements de ce prince (voy. Établissements de saint Louis) ordonnent (liv. I, chap. i) que les dépositions des témoins seront reçues en secret et qu’ensuite le juge les rendra publiques. Les parties avaient deux jours pour appeler leurs témoins , longs ou courts , selon que les témoins , ou les parties étaient loin ou près . Celui qui refusait de rendre témoignage de ce qu’il savait pouvait y être contraint ( Etablissements 9 liv. I, chap. ni). Depuis cette époque , les témoignages oraux ou par écrit ont été le principal élément pour établir la culpabilité ou l'innocence des accusés.

Les faux témoins étaient condamnés par les Capitulaires à avoir le poing coupé. Saint Louis remplaça cette peine par une amende. François Ier, au contraire, ordonna, par un édit de 1531, de condamner les faux témoins à la peine capitale. Cette loi fut maintenue jusqu’à la lin de l’ancien r.e monarchie, mais avec des adoucissements dans la pratique. Ainsi , on distinguait \e faux témoignage en matière civile du faux témoignage en matière criminelle. Le code pénal de 1810 a consacré cette distinction ; il punit le faux témoignage en matière criminelle de la peine des travaux forcés , et le même crime, en matière civile , d’un emprisonnement dont la durée varie de cinq à dix ans. Le faux témoignage en matière correctionnelle entraîne un emprisonnement dont la durée varie d'une année à cinq ans. La peine est plus grave lorsque le faux témoin a été corrompu par argent ou par promesses; il peut, dans ce cas, être condamné aux travaux forcés. Les coupables de subornation de témoins sont passibles des mêmes peines que les faux témoins . (Voy, code pénal , art. 361-365.)

TEMPLE. — Monument consacré à l’exercice public d’un culte religieux. Iî a été question des temples chrétiens au mot Eglise. — Il existe encore en France quelques ruines de temples païens. La Maison-Carrée, à Nîmes, est l'éditice de ce genre le mieux conservé. Voy. Mai son-Caruée.

TEMPLE (Ordre du). — Cet ordre de

chevalerie chrétienne fut fondé à la suite de la première croisade, par plusieurs des chevaliers français qui avaient suivi Godefroi de Bouillon. Ils se consacrèrent d'abord au service des pèlerins , sous le nom de Pauvres chevaliers de la sainte cité. Hugnes de Payens en forma un ordre en il 18, et ils ne tardèrentpas à prendre le nom de Templiers , soit parce qu'ils étaient établis près des ruines de l'ancien temple de Jérusalem, ou parce qu’ils se considéraient comme les défenseurs du nouveau temple . Le concile de Troyes approuva l’ordre des Templiers en 1128, et saint Bernard , qui était alors l'oracle de la chrétienté, traça la règle des chevaliers du Temple . Ils devaient toujours accepter le combat, fût-ce d'un contre trois, ne jamais demander quartier, ne point donner de rançon, pas un pan de mur , pas un pouce de terre . Ils n'avaient pas de repos à espérer ; il ne leur était pas permis de passer dans un ordre moins austère. Saint Bernard, dans son Exhortation aux chevaliers du Temple , trace ainsi la ligure de ces guerriers : « Cheveux tondus, poil hérissé, souillé de poussière ; noirs de fer, noirs de haie et de soleil , ils aiment les chevaux ardents et rapides , mais non parés, bigarrés, caparaçonnés.»

Puis, s'adressant aux Templiers , il leur disait :« Allez heureux, allez paisibles; chassez d’un cœur intrépide les ennemis de la croix du Christ, bien sûrs que ni la vie, ni la mort ne pourront vous mettre nors de l’amour de Dieu qui est en Jésus. En tout péril, redites-vous la parole : Vivants ou morts, nous sommes au Seigneur. Glorieux les vainqueurs , heureux les martyrs! »

Les principales dignités dans Yordre du Temple étaient celles de grand maître, qui avait rang de prince chez les rois , de grands prieurs , visiteurs , commandeurs , etc. La réception d’un nouveau chevalier devait être approuvée par le chapitre, et avait lieu d'ordinaire pendant la nuit et dans une église. Le récipiendaire attendait au dehors. Le chef, qui présidait le chapitre, députait, à trois differentes reprises, deux frères qui demandaient au futur chevalier s’il voulait être admis dans la milice du Temple. Sur sa réponse affirmative , il était introduit. Il sollicitait trois fois à genoux le pain et l’eau, et la société de l’ordre. Le chef du chapitre lui disait alors : « Vous allez prendre de grands engagements; vous serez exposé à beaucoup de peines et de dangers. Il faudra veiller , quand vous voudriez dormir ; supporter la fatigue, quand vous voudriez vous reposer; soufirir la soif et la faim, quand vous voudriez

boire et manger ; passer dans un pays, quand vous voudriez rester dans un autre. » Il lui adressait ensuite plusieurs questions: « Êtes-vous chevalier? Êtesvous sain de corps ? N’êtes-vous point marié et fiancé ? N’appartenez-vous pas déjà à un autre ordre? N'avez-vous pas des dettes que vous ne puissiez acquitter ni par vous ni par vos amis?» Si le récipiendaire répondait d'une manière satis faisante , il était admis à prononcer les trois voeux de pauvreté, chasteté et obéissance. Il se consacrait à la défense de la terre sainte , et recevait le manteau de l'ordre, manteau blanc avec une croix rouge sur la poitrine. Les chevaliers présents lui donnaient le baiser de fraternité.

L’étendard des Templiers était appelé Beauséant . Il portait inscrites ces paroles de l'Ecriture : Non nobis , Domine , non nobis , sed nomini tuo da gloriam (ce n9est pas à nous , Seigneur , ce n9est pas à nous qu7il faut accorder la gloire , ?nais à ton nom). Leur cri de guerre était : A moil beau sire, beauséant , à larescousse.

Tant que durèrent les croisades, les Templiers rendirent les plus grands services à la chrétienté; mais lorsque la Palestine fut définitivement perdue (1291), ils revinrent en Europe et se répandirent dans leurs commanderies. Ils n’y vécurent pas toujours d’une manière édifiante. L'habitude de la vie militaire, un séjour prolongé dans l'Orient au milieu des Arabes, et surtout l'opulence de l’ordre, avaient altéré leurs mœurs et peut-être même la pureté de leurs doctrines. On leur a reproché d’avoir adopté quelquesunes des croyances mystiques et licencieuses de l’Orient.

A Paris, les Templiers avaient un quartier tout entier, qui , jusqu’à nos jours , a conservé le nom de quartier du Temple . lies maisons de l’ordre avaient droit d'asile , et, à l'ombre de la protection des Templier s ^ vivaient une multitude de serviteurs, de familiers, de marchands privilégiés et quelquefois de condamnés. La tour du Temple , bâtie au commencement du xme siècle, par frère Hubert, trésorier des Templiers , se composait d’un édifice carré, formé de très-epaisses murailles, et dont les angles étaient munis de tourelles. Philippe le Bel , poursuivi par une émeute populaire , y trouva un asile en 1306 , et ce fut là qu’en 1792 (il août), Louis XVI fut enfermé avec sa famille.

Les richesses immenses des Templiers excitèrent la convoitise des souverains; leur orgueil les blessa. On répandit contre Yordre du Temple les bruits les plus injurieux. On reprochait aux Templier j

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des doctrines hétérodoxes, des cérémonies impies et d’ignobles débauches ; on excita contre eux l’opinion publique, et Philippe )e Bel se crut assez fort pour faire arrêter en 1307 (13 octobre), le grand maître Jacques Molay 5 et tous les Templiers qui se trouvaient en France. On leur arracha des aveux au milieu des tortures. Cinquante-neuf chevaliers furent brûlés vifs à Paris, à la porte Saint-Antoine* Le pape Clément V,. qui avait établi une commission pour juger les Templiers , supprima leur ordre au concile de Vienne en Dauphiné (6 mai 1312). Le grand maître et le3 principaux dignitaires de l’ordre furent brûlés à Paris en 1314. Les biens des Templiers , qui avaient été confisqués, furent partagés entre le roi etles chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem (plus tard ordre de Malte).

Voy. sur les Templiers Pierre Dupuy, Histoire véritable de la condamnation de Tordre des Templiers; Paris, 1654, in-4°; Anton, Essai d?une histoire de Tordre du Temple (allemand) , Leipsick , j 781, in-S°; Grouvelle , Mémoires historiques sur les Templiers , Paris, 1805, in-8 ; Raynouard , Monuments historiques relatifs à la condamnation des chevaliers du Temple , et à V abolition de leur ordre , Paris, 1813 , in-8* ; Wilken , Histoire de Tordre des Templiers (allemand), Leipsick, 1826-1835. 3 vol. in-8° ; Procès des Templiers . par M. Michelet, 2 vol* in-4°, dans la collection des Documents inédits relatifs à THistoire de France , et dans le tome III de THistoire de France du même auteur.

TEMPOREL. — Ce mot, employé comme qualificatif de pouvoir, désigne Tautorilé laïque en opposition avec Impuissance ecclésiastique* L’histoire des relations des deux puissances temporelle et spirituelle a été exposée au mot Clergé (p. 160-162). — On appelle temporel d'un évêque les biens meubles ou immeubles dépendant de Tévêché.

TENANCIERS. — Propriétaires ou détenteurs d’un héritage tenu àcens,àrente foncière ou à bail emphytéotique. — On appelait encore tenanciers les fermiers d’une petite métairie dépendante d’une plus grosse ferme. Les terres occupées par les tenanciers poi'taient le nom de tenures . Voy. Tenures.

TENANTS.— Ce mot désigne, en termes rie blason, tout ce qui soutient les éeus ou armoiries, et particulièrement les figures numaines. Les anciennes armes de France avaient pour tenants ou supports , deux figures d’anges (voy. Blason, p. 80). —

On appelait encore tenants les chevaliers qui, dans les tournois, s’engageaient à combattre contre tous les champions qui se présenteraient.

TENDRE ( Pays de ), — La société des précieuses (voy. ce mot) que dirigeait Mlle de Scudéry , inventa un pays de Tendre , dont on trouve la description suivante dans le premier volume ae la Clêlic , composée par Fauteur qu’on appelait la dixième muse et la Sapho moderne. Je cite ce morceau comme spécimen de cette littérature raffinée jusqu’au ridicule : « La première ville, située au bas de la carte, est Nouvelle- Amitié. Comme on peut avoir de la tendresse par trois causes différentes, ou par une grande estime, ou par reconnaissance, ou par inclination, on y a établi trois villes de Tendre sur trois rivières qui portent trois noms, et on a fait aussi trois routes différentes pour y aller, si bien que, comme on dit Cumes sur lamer d’Ionie et Cumes sur la mer Tyrrhène, on dit aussi Tendre sur Inclination , Tendre sur Estime et Tendre sur Reconnaissance. Cependant, comme Clélie a présupposé que la tendresse qui naît par inclination n’a besoin de rien autre chose pour être ce qu’elle est , elle n’a mis nul village le long des bords de cette rivière', qui va si vite qu’on n’a que faire de logement le long de^ ses rives pour aller de Nouvelle-Amitié à Tendre .

Mais pour aller à Tendre sur Estime , il n’en est pas de même ; car Clélie a ingénieusement mis autant de villages qu’il y a de petites et de grandes choses qui peuvent contribuer à faire naître par estime cette tendresse dont elle entend parler. En effet, vous voyez que de Nouvelle-Amitié on passe à un lieu qu’on appelle Grand-Esprit , parce que c’est ce qui commence ordinairement l’estime.

Ensuite vous voyez ces agréables villages de Jolis-Vers, de Billet-Galant et de Billet-Doux, qui sont les opérations les plus ordinaires du grand esprit dans les commencements d’une amitié. Ensuite , pour faire un plus grand progrès dans cette route, vous voyez Sincérité , Grand- Cœur , Probité , Générosité , Respect , Exactitude et Bonté qui est tout comme Tendre .

Après cela il faut retourner à Nouvelle- Amitié pour voir par quelle route on va de là. à Tendre sur Reconnaissance . Voyez donc , je vous prie , comment il faut aller d’abord de Nouvelle- Amitié à Complaisance , ensuite à ce petit village qui se nomme Soumissioii , et qui en touche un autre fort agréable qui s’appelle Petits- Soins. De là" il faut passer par Assiduité, et à un autre village qui s’appelle Empres -

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sement, puis à Grands-Services ; et, pour marquer qu'il y a peu de gens qui en rendent de tels , ce village est plus petit que les autres. Ensuite il faut passer à Sensibilité. Après il faut , pour arriver à Tendre , passer par Tendresse . Ensuite il faut aller à Obéissance , et , pour arriver enfin où Ton veut aller, il faut passer à Constante-Amitié , qui est sans doute le chemin le plus sûr pour arriver à Tendre sur Reconnaissance . Mais , comme il n'y a pas de chemin où l'on ne puisse s'égarer, Clélie a fait que si ceux qui vont à Nouvelle-Amitié prenaient un peu plus à droite ou un peu plus à gauche, ils s’égareraient aussi. Car si, au partir de Grand- Esprit , on allait à Négligence, qu'ensuite^ continuant cet égarement , on allât à Inégalité , de là à Tiédeur , à Légèreté et à Oubli7 au lieu de se trouver à Tendre sur Estime , on se trouverait au lac Indifférence, qui, par ses eaux tranquilles , représente sans doute fort juste la chose dont il porte le nom en cet endroit. De l'autre côté , si , au partir de Nouvelle- Amitié. y on prenait un peu trop à gauche, et qu'on allât à Indiscrétion , à Perfidie , à Orgueil , à Médisance ou à méchanceté , au lieu de se trouver à Tendre sur Reconnaissance, on se trouverait à la mer dy Inimitié, où tous les vaisseaux font naufrage. La rivière d' Inclination se jette dans une mer qu'on appelle la Mer-IJangereuse; et ensuite au delà de cette mer, c'est ce que nous appelons terres inconnues , parce qu'en effet nous ne savons point ce qu'il y a. » ( Clélie , édit, de 1660, m-8, t. I, p. 399 et suiv.)

TENSEMENT. — Le tensement était , d'après du Cange , une redevance en nature et en argent, par laquelle les vassaux achetaient la protection de leur seigneur. Du Cange, v° Tensare .

TENSON. — Dans la langue du moyen âge, ce mot signifiait dispute, querelle, procès ; il était dérivé de la basse latinité intentio , intendere. Il désignait spécialement une pièce de poésie, où l'on proposait des questions de subtile galanterie que jugeaient les cours d'amour. On trouvera dans V Almanach des Muses de 1779 un modèle de tenson dans une pièce intitulée : Peines d’amour valent-elles mieux qu’amour sans peine?

TENTATIVE. — Thèse que l'on soutenait dans les anciennes universités pour obtenir le grade de bachelier en théologie. On l'appelait tentative parce que c'était la première épreuve de cette nature que l'on subissait dans les écoles de théologie.

TENUE. — Ce mot indiquait, au moyen âge, l'action d'occuper un fief qui relevait d’un seigneur dominant; quelquefois on appelait tenue le fief même. Ainsi , en Normandie, tenue de duchainne désignait un fief qui relevait immédiatement du duc. On nommait tenue moyenne un arrière-fief, parce qu’il était tenu médiatement du seigneur suzerain. Voy. du Cange, v° Tenere , et dans ce Dictionnaire le mot Tenures.

TENUPlES. « — On désignait sous ce nom, au moyen âge , des parties de terre qu'un seigneur détachait de son domaine et qu’il donnait à cultiver, moyennant certaines redevances. Les tenures étaient tantôt perpétuelles et héréditaires , tantôt révocables, viagères et astreintes à des conditions particulières. Les hommes libres ou serfs qui occupaient ces terres sont désignés sous le nom de tenanciers . A l'époque carlovinçienne, on distinguait les tenures régulières qui consistaient chacune dans unmanse (voy. Manse), et les tenures imparfaites composées de portions de terre d'une mesure indéterminée. La terre censitaire ( terra censilis ) était une de ces tenures confiées à des hommes de condition servile. Vers les xe et xi® siècles, il se fit dans les tenures une révolution analogue à celle que l'on remarque dans les bénéfices. « Les tenanciers tributaires, dit M. Guérard ( Prolégomènes du Polyptyque d’Irminon , p. 592), à l’exemple des vassaux, s'approprièrent les fonds dont ils n'étaient en principe que les usufruitiers, et la féodalité en se développant acheva de fixer la propriété dans les mains du possesseur.

Alors tout fut changé dans la condition des terres comme dans celle des personnes, au point qu'à la fin du xie siècle on ne comprenait plus rien au régime des siècles précédents. C'est pourquoi le moine Paul, qui écrivait sous Philippe Ier, disai en parlant des chartes, dont les plus an. ciennes n'avaient guère que cent cinquante ans : « Ce que je vais écrire maintenant paraît s'éloigner entièrement des anciens usages; caries rôles écrits par les anciens et conservés dans nos archives prouvent que les paysans de cette époque n'observaient pas les mêmes usages pour les redevances que les paysans de nos jours ; on ne se servait pas à cette époque des termes qui sont usités de nos jours. » Ainsi les choses et même les noms n'étaientplus reconnaissables, tant fut rapide et profonde la révolution sociale qui s'opéra pendant la décadence de la maison carloyingienne. » Voy. pour les détails les Prolégomènes du Polyptyque d’Irminon.

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