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tirent leur nom de ee qu’elles étaient autrefois enfermées dans des coffres ou layettes; elles forment aujourd'hui cinq cent quatre-vingt-sept cartons , qui contiennent environ dix-sept mille pièces, (/inventaire du trésor des chartes a éié y edigé, au commencement du xvne siècle ,
» ar Théodore Godefroy et Pierre Dupuy.
Ce dépôt fait aujourd’hui partie des arrives impériales. Voy. Archives.
TRÉSOR (chambre du). — Juridiction établie à Paris pour juger en première Instance les affaires domaniales. Voy.
Chambre no domaine.
TRÉSORIERS. — Ce mot désigne d’une manière générale ceux qui sont chargés de percevoir et de garder les fonds publics. Il y avait autrefois des trésoriers de l'épargne qui recevaient les sommes perçues par l’État et fournissaient , sur un ordre du surintendant, les fonds nécessaires pour les dépenses publiques.
Voy. Finances, Impôts, Surintendant.
— La plupart des services publics , tels que la marine, la guerre , les parties casuelles, etc., avaient leurs trésoriers particuliers.
TRÉSORIERS DE FRANCE. — Officiers de finances , dont la juridiction fut régulièrement organisée sous le règne" de Henri 111. Ce prince avait établi, dans chaque généralité (voy. Généralité), un bureau composé de deux trésoriers pour l’administration du domaine , de deux receveurs généraux pour les impôts, d'un garde du trésor , d’un greffier et d'un huissier. Ils étaient chargés de la répartition des impôts, de la surveillance des agents financiers d’un rang inférieur, et de la juridiction en matière d’impôts avec appel aux parlements. Ils jugeaient les questions domaniales , excepté dans le ressort de la prévôté et vicomté de Paris, des bailliages de Sentis, Melun, Brie- Comte-Robert, Êtampes, Dourdan , Mantes, Meulan, Beaumont-sur-Oise et Crespy en Valois, qui relevaient, pour le domaine, de la chambre du trésor établie à Paris. Dès i 577, des bureaux des trésoriers de France furent organisés à Bordeaux, Bourges, Limoges, Lyon, Orléans, Paris, Poitiers , Reims , Rouen et Tours. Ils le furent successivement dans les autres généralités.
TRÊVE DE DIEU' — On appelait trêve de Dieu une institution qui suspendait les hostilités depuis le mercredi soir jusqu’au lundi matin ; elle fut proclamée, en io4 1, sous le règne de Henri Ier. Voici ce qu’en dit l’historien contemporain Raoul Glaber(ap. Script, rerum franc., X,
59) : «En l’année 104 1, il arriva, par l’inspiration de la grâce divine, que d’abord en Aquitaine, et ensuite peu à peu dans toute la Gaule, on conclut une convention par la crainte de Dieu et par amour pour lui. En voici les conditions * Personne, depuis le soir de la quatrième férié ( mercredi soir) jusqu’à la seconde férié (lundi), au point du jour, ne devait avoir la témérité de commettre quelque violence, ni tîrervengeance d’un ennemi, ni même prendre caution pour un serment. Que si quelqu’un portait atteinte à ce décret , le coupable devait être condamné à payer une composition ou être chassé de sa patrie et banni de la société des chrétiens. On fut en outre d’avis que cette convention fût appelée trêve de Dieu , parce qu’elle n’avait pas seulement pour appui le secours deshommes, mais encore la crainte de Dieu.» La durée de la trêve de Dieu a varié selon les temps et les lieux. Un synode réuni à Caen , en 1042, déclare qu’elle devait être observée depuis le mercredi soir jusqu’au lundi matin, depuis le commencement de l’Avent jusqu’à l’octave del’Épiphanie, depuis l’ouverture du carême jusqu’à l’octave de Pâques , et depuis les Rogations jusqu’à l’octave de la Pentecôte. Tant qu’elle durait, il était spécialement défendu de dévaster les terres et d’enlever les bestiaux. Un concile, réuni à Rouen, en 1096% alla plus loin ; il défendit, sous les peines les plus sévères , de jamais inquiéter les laboureurs qui étaient à la charrue ou à la herse, et de toucher aux bœufs ou aux chevaux qu’ils employaient à ces travaux. Un grand nombre de conciles ou synodes réunis au xie siècle dans diverses parties de la France, étendirent à toutes les provinces la trêve de Dieu .
TRIBUNAL. — Lieu où se réunissent les magistrats pour rendre la justice; on appelle aussi tribunal la réunion même de ces magistrats. lia déjà été question des anciens tribunaux de la France et de l’histoire de l’organisation judiciaire (voy. Justice, Parlement de Paris, Parlements provinciaux , Présidiaux, Rachimbourgs). 11 suffira de rappeler rapidement l’organisation actuelle des tribunaux. Au sommet de la hiérarchie judiciaire est placée la cour de cassation, qui fut nommée dans le principe tribunal de cassation (loi du 22 décembre 17 90). Organisée le 19 avril 1791, cette cour suprême n’a cessé depuis cette époque de maintenir l’uniformité dans la jurisprudence ; elle a droit de révision sur tous les jugements qu’elle peut casser pour excès de pouvoir, violation ou fausse ap-
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plieation des lois. La cour de cassation ne juge pas du fond des affaires , mais seulement de la forme. Elle se divise en trois chambres, composées chacune de quinze conseillers et d'un président; il y a en outre un premier président, un procureur général , plusieurs avocats généraux et substituts. On ne trouve point, dans l’ancienne monarchie, de tribunal que l'on puisse comparer à la cour de cassation , quoique le grand conseil et surtout le conseil du roi ou conseil d’Etat eussent quelques-unes de ses attributions. Voy. Grand conseil et Conseil d'Etat.
Viennent ensuite les cours impériales, qui, sous les noms de cours d’appel , cours royales , cours impériales , forment le second degré de juridiction; elles statuent sur les appels des tribunaux de première instance et de commerce. Chaque cour impériale a une ou lusieurs chambres civiles, une chamre de mise en accusation, et une chambre d’appels de police correctionnelle ; elle se compose d'un premier président, d’autant de présidents qu’il y a de chambres, et enfin de conseillers. Un procureur général , des avocats généraux et des substituts exercent le ministère public auprès de chaque cour impériale.
Il y a aujourd’hui vingt-sept cours impériales , dont les sièges ont été indiqués au mot Appel ( cour d’ ).
Tribunaux de première instance . — Au troisième rang de la hiérarchie judiciaire , se placent les tribunaux de première instance , établis dans chaque arrondissement pour juger toutes les affaires civiles et correctionnelles qui ne sont as spécialement attribuées à d’autres triunaux . Au civil, ils jugent en premier et dernier ressort toutes les affaires mobilières et personnelles jusqu’à quinze cents francs de principal , toutes les affaires réelles ou mixtes , dont l’objet principal est soixante francs de revenu, toutes les affaires où les parties ont consenti à être jugées sans appel ; enfin les fautes de discipline des officiers ministériels. Les tribunaux de première instance connaissent aussi, comme tribunaux correctionnels , des appels des jugements rendus par le tribunal de police de leur ressort, des délits forestiers poursuivis à la requête de l'administration , et de tous les délits dont la peine excède cinq jours d’emprisonnement et quinze francs d’amende. Le tribunal de première instance de Paris a dix chambres ; les autres ont une, deux ou trois chambres , selon le nombre de iuges dont ils sont composés. Tl y a près de chaque tribunal de première instance
un procureur impérial et un substitut chargés des fonctions du ministère pu blic.
Les juges de paix (voy. ce mot) ont aussi leur tribunal, qu’on appelle tribunal de paixm Enfin, au dernier rang de la hiérarchie judiciaire sont les tribunaux de police ; on distingue les tribunaux de. simple police ou de police municipale et les tribunaux de police correctionnelle . Les premiers connaissent de toutes les contraventions aux simples règlements de police : contraventions qui peuvent être punies au plus d’une amende de quinze francs et de cinq jours de prison. Ils sont présidés par un juge de paix, un commissaire de police y remplit les fonctions du ministère public. Les tribunaux depolice correctionnelle se composent de juges de première instance.
Tribunaux de commerce . — Les tribunaux de commerce furent établis parle chancelier de l'Hôpital, sous le nom de juges-consuls (1563 et 1566). Le tribunal de commerce ou tribunal consulaire se composait, à Paris, d'un juge et de quatre consuls élus par les marchands les plus notables. Au xvme siècle, il y avait des tribunaux consulaires dans soixantesept villes. Les lois modernes ont remplacé les juges-consuls par des tribunaux de commerce , dont les membres sont nommés par une assemblée de notables commerçants et choisis parmi les commerçants ou anciens commerçants. Les présidents et juges ne sont nommés que pour deux ans et ne peuvent être réélus qu’après un an d'intervalle. Leurs fonctions sont gratuites. Les tribunaux de commerce prononcent sur les faillites et sur toutes les contestations relatives aux transactions entre négociants. Ils jugent sans appel toutes les affaires dont le principal n’excède pas la valeur de quinze cents francs. Dans les arrondissements où il n'y a pas de tribunal de commerce , le tribunal civil connaît des affaires commerciales. Il y a près de chaque tribunal de commerce un greffier et des huissiers, et à Paris des gardes de commerce pour l'exécution des jugements emportantprise de corps. Le ministère des avoués et des avocats est rempli près des tribunaux de commerce par des agréés .
Tribunaux extraordinaires ou exceptionnels ; chambres ardentes ; tribunal révolutionnaire. — On distingue les tribunaux en tribunaux ordinaires , qui sont ceux dont nous venons de parler, et tribunaux extraordinaires ou exception nels , tels que les conseils de guerre, de terre ou de mer, les tribunaux maritimes, la haute cour de justice, les conseils
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de discipline de la garde nationale, le conseil impérial de rinstruciion publique, les conseils académiques , les chambres de discipline des notaires, des avoués, les conseils de discipline des avocats , des prud’hommes, etc.
Il y avait j sous l’ancienne monarchie , un grand nombre de juridictions exceptionnelles, telles que celles des baillis , maîtres des requêtes, prévôts, sénéchaux, etc. Il en a été question ù chacun de ces mots. Les chambres ardentes et le tribunal révolutionnaire doivent être aussi rangées parmi les tribunaux extraordinaires.
Les chambres ardentes étaient chargées de poursuivre les financiers qui avaient malversé. On les appelait encore chambres de justice . Elles se composaient de commissaires nommés par le roi. Telle fut la chambre qui , de 1661 à 1665, instruisit le procès de Fouquet et d’un grand nombre d’autres financiers. — Le tribunal révolutionnaire fut institué le 10 mars 1792 pour juger tous les crimes politiques ou réputés tels, sans appel ni cassation ; il siégea jusqu’en 1795, et fut aboli le 31 mai de la même année.
Tribunaux administratifs . — Il y avait dans l’ancienne organisation delà France un grand nombre de tribunaux administratifs. Ainsi, les élus et les cours des aides connaissaient des impôts ; les maîtrises et tables de marbre , des eaux et forêts; les sièges de V amirauté , des procès maritimes ; les chambres des comptes , de l’administration financière ; les chambres du trésor , des procès relatifs au domaine; les cours des monnaies , de tous les délits ou crimes relatifs aux monnaies ; les o/Jicialités , des procès des ecclésiastiques et des matières qui touchaient à la religion (y ov. ces différents mots).
L’organisation moderne de la France a simplifié cette partie de l’administration , comme tous les services publics.
Il n’y a plus aujourd’hui que trois espèces de tribunaux administratifs , qui sont les conseils de préfecture , la cour des comptes et le conseil (T Etat. Il existe sans doute beaucoup d’autres corps investis d’une juridiction disciplinaire, comme les conseils de l’ordre des avocats, les conseils académiques , les conseils de révision pour le recrutement de l’armée, les tribunaux des prises maritimes, etc.; mais ces juridictions s’appliquent à des cas spéciaux. Dans quelques circonstances , les maires, les souspréfets et préfets ontaussi une juridiction administrative; mais le nom de tribunaux administratifs convient surtout
aux trois corps que nous avons cités. Le conseil de préfecture juge les contestations relatives aux travaux publics, à la voirie, à la navigation, aux eaux et forêts, au domaine public, aux marchés et fournitures pour les services publics , à l’assiette et à la répartition de l’impôt, etc. On peut appeler des conseils de préfecture au conseil d’État. La section du contentieux est chargée delà révision de leurs décisions ; un maître des requêtes y remplit les fonctions du ministère public. Le ministre de la justice peut déférer à l’assemblée générale du conseil d’État les décisions de la section du contentieux paraissant contenir excès de pouvoir ou violation de la loi. Le conseil drEtat, réuni en assemblée générale, a le droit d’annuler ces décisions. Quant à la cour des comptes, elle jugeles comptes des dépenses et recettes qui lui sont présentés chaque année par les agents du trésor, et elle prononce sur les pourvois qu'on porte devant elle contre les règlements des comptes annuels des receveurs des communes , hospices, etc. , arrêtés par les conseils de préfecture.
Bureaux de renscignem ents près des t ri bunaux. — La loi du 19 vendémiaire an iv (art. 29) , ordonna qu’il serait annexé à chaque tribunal un bure aze de renseignements , où l’on tiendrait note de tous les individus appelés devant le tribunal et des motifs pour lesquels ils y étaient cités. Le Code d’instruction criminelle (art. 600) a restreint ces dispositions eta ordonné que les greffiers des tribunaux correctionnels et des cours d’assises et spéciales tiendraient note de toutes les condamnations sur un registre spécial par ordre alphabétique, avec une notice sommaire de chaque affaire. Les greffiers doivent, tous les trois mois , transmettre copie de ces registres au ministère de la justice, qui centralise ces renseignements et fait dresser un registre général de toutes les condamnations. C’est ainsi que l’on parvient à connaître les antécédents des individus traduits devant les tribunaux .
TRIBUNS , TRIBUNAT. — Le tribunal était un des corps politiques institués par la constitution de l’an vm (voy. Constitution ). Il se composait de cent membres appelés tribuns; leur fonction était de discuter les lois soumises au corps législatif contradictoirement avec les commissaires du conseil d’État. Le tribunal représentait l’opposition dans le mécanisme compliqué de cette constitution. 11 fut réduit à cinquante membres le 4 août 1302, et supprimé le 19 août 1807.
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TRIENNAL. — On désignait ainsi, dans l’ancien régime , les magistrats qui , sur trois années , n’étaient en fonctions qu’une seule année. Ces officiers triennaux avaient été créés par un principe de fiscalité. Yoy. Offices.
TRINGELD. — Ce mot, tiré de l’allemand ( geld argent et trinlcen boire) , est synonyme de pourboire, et indique la rémunération donnée aux domestiques et portefaix pour un léger service.
TRINITAIRES. — Religieux connus aussi sous le nom de Mathurins. Yoy. Clergé régulier, Mathurins, p. 169.
TRIOLET. — Petite pièce de poésie, ainsi nommée à cause de la triple répétition qu’elle présente. Elle se compose de huit vers , dont le premier se répète après le troisième, puis le premier et le second après le sixième. Parmi les triolets historiques , on peut citer celui que le cardinal de Retz fit composer par Marigny, en *649, contre le duc d’Elbœuf :
Monsieur dy Elbeuf et ses en fans Font rage à la place royale ,
Ils vont tous quatre piaffans ,
Monsieur d* Elbeuf et ses enfans.
Mais sitôt qu’il faut battre aux champs.
Adieu leur humeur martiale ;
Monsieur d* lilbeuf et ses enfans Font rage à la place royale.
« Ce fameux couplet , dit le cardinal de Retz dans ses Mémoires . a été l’original de tous les triolets sur M. d’Elbœuf et ses enfans. »
TRIOMPHE (Arc de). — Des arcs de triomphe , qui rappellent de glorieux faits d’armes, ont été élevés dans plusieurs parties de la Gaule, par les Romains. On remarque surtout l’arc de triomphe d’Orange , construit en l’honneur de Marius, après sa \ictoire sur les Cimbres et les Teutons. Les arcs de triomphe des portes Saint-Denis et Saint- Martin rappellent les conquêtes du règne de Louis XIV, et l’arc de triomphe de l’Étoile, les exploits de Napoléon.
TRIUMVIRAT. — On a désigné, dans l’histoire de France , sous le nom de triumvirat , l’association formée en 1561, entre le duc François de Guise, le connétable de Montmorency et le maréchal de Saint-André, pour combattre les protestants. La reine Catherine de Médicis tenta de dissoudre cette ligue , qui n’était pas moins dangereuse pour l’autorité royale que pour les Huguenots. Mais elle fut obligée de céder à l’ascendant des trium- La première guerre de religion
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(1562-1563) fut la conséquence du triumvirat.
TRIVIUM. — Le trivium était un cours d’études de trois années, comprenant la grammaire , la rhétorique et la dialectique.
TROIS-ÉVÈCHÉS. — Évêchés de Toul , Metz et Verdun , qui furent réunis à la France par Henri II, en 1552, et formèrent un gouvernement particulier jusqu’à la fin de l’ancienne monarchie.
TROIS LANGUES (collège des). — Voy.
Collège deFraxce.
TROMPE , TROMPETTE. — Voy. Musique, p. S4i.
TRONE. — Siège des rois. On désigne sous le nom de trône de Dagobert , une chaire curule qui était conservée autrefois dans le trésor de l’abbaye de Saint- Denis, et qui tait partie maintenant du Musée des souverains, au Louvre.
TROUBADOURS. — Poètes de la langue d’Oc, qui ont fleuri du xie au xme siècle. Leur nom vient probablement du provençal troubar (trouver, inventer). Les plus célèbres troubadours sont Guillaume IX, comte de Poitiers, Bernard de Ventadour, Geoffroy Iludel, Peyrols, Bertrand de Born, Pierre Cardinal , Sordello de Mantoue. Ils ont laissé des poésies amoureuses, et aussi des chants guerriers et satiriques. Les premières porten t le nom de canzones , et les seconds ceux de sir ventés. Les troubadours , comme les rapsodes de l’antiquité, allaient de château en château charmer de leurs chants les chevaliers et les châtelaines qui leur donnaient l’hospitalité. Ils contribuaient à développer ces sentiments chevaleresques dont se nourrissaient les guerriers du moyen âge (voy. Chevalerie, p. 144), et à ce point de vue leur histoire se rattache à celle des institutions de la France. On peut aussi les considérer comme les arbitres de l’opinion publique et les dispensateurs de la renommée , au moins dans les provinces ou régnait la langue d’Oc. Ils excitaient l’ardeur des guerriers, enflammaient les passions politiques , provoquaient une vive opposition contre la cour de Rome, et entretenaient le sentiment national chez les populations du midi que menaçaient les hommes du nord.
Quelques citations feront mieux juger de la nature de leur poésie, quoiqu’on ne puisse apprécier dans une traduction le charme du rhythme et le mérite de la versification. Les extraits suivants des chants d’amour des troubadours attestent un mé-
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lange étrange d'exaltation et de subtilité. Ponce de Capdeuil , qui vivait au xiie siècle, dit à la dame de ses pensées ; « je vous aime avec une telle tendresse , que nul autre objet n’a place dans mon souvenir; je m’oublie moi-même pour penser à vous, et, lors même que j’adresse mes prières à Dieu , ma pensée est pleine de votre image. » Arnauld de Marveil , éloigné de sa dame, chante les tourments de l’absence : « Qu’on ne me dise pas que Pâme n’est touchée que par les sens; je ne vois plus l’objet de ma flamme; je n’en suis que plus vivement touché du bien que j’ai perdu. On a pu m’éloigner de sa présence, mais rien ne pourra rompre le lien des cœurs. Ce cœur , si tendre et si constant, Dieu seul le partage avec elle, et la part que Dieu en possède, ilia tiendrait d’elle comme mouvante de son domaine, si Dieu pouvait être vassal et relever de fief. Lieux fortunés qu’elle habite, quand me sera-t-il permis de vous revoir?... Que ne puis-je être confiné dans un désert et l’y rencontrer! Ce désert me tiendrait lieu de paradis. »
Bertrand de Boni est célèbre entre tous les troubadours , pour la vigueur et l’éclat de ses chants de guerre. J’emprunte la traduction d’un de ces poèmes à M. Viilemain : « Bien me plaît le doux printemps qui fait venir les feuilles et les fleurs. 11 me plaît d’écouter la joie des oiseaux qui font retentir leurs chants par le bocage. Il me plaît de voir sur la prairie tentes et pavillons plantés. Il me plaît jusqu’au fond du cœur de voir rangés dans la campagne cavaliers avec les chevaux armés.
« J’aime quand les coureurs font fuir gens et troupeaux. J’aime quand je vois â leur suite beaucoup d’hommes d’armes ensemble rugir, et j’ai grande allégresse quand je vois châteaux forts assiégés et murs croulants et déracinés ; et que je vois l’armée sur le bord du mur qui est tout à l’entour clos de fossés, avec des palissades garnies de forts pieux.
« Il me plaît, le bon seigneur qui est le premier à l’attaque avec un cheval armé, et se montre sans crainte, parce qu’il fait oser les siens , par sa vaillante prouesse, et, quand il revient au camp, chacun doit s’empresser, et le suivre de bon cœur. Car nul homme n’est prisé quelque chose, tant qu’il n’a pas reçu et donné bien des coups. Nous verrons les lances et les épées briser et dégarnir les casques de couleur et les écus , dès l’entrée du combat, et les vassaux frapper ensemble, et fuir à l’aventure les chevaux des morts et des blessés ; et quand le combat sera bien mêlé, que nul homme de haut parage n’ait autre pensée que de
couper têtes et bras ; car mieux vaut un mort qu’un vivant vaincu. Je vous le dis : le boire, le manger, le dormir n’ont pas tant de saveur pour moi que d'ouïr crier des deux parts : à eux; et d’entendre hennir chevaux démontés dans la forêt , et d’entendre crier: à l’aide I à l’aide . et de voir tomber dans les fossés , petits et grands sur l’herbe, et de voir les morts qui ont les tronçons de lance dans leurs flancs traversés.
« Barons , mettez, en gages châteaux , villages et cités, avant qu’aucun vous guerroie.
« Et toi, mon chanteur, cours vite vers Oui et non ; dis-mi qu’ils sont trop longtemps en paix. » Oui et non était un sobriquet donné par les troubadours à Richard Cœur de Lion pour caractériser son indécision. Bertrand de Born le poussait à la révolte contre son père Henri II, roi d’Angleterre, espérant maintenir, à la laveur de ces guerres civiles, l'indépendance des provinces méridionales. C’est ce que dit son biographe provençal : « Il était maître, toutes les fois qu’il voulait , du roi d’Angleterre et de ses fils, et toujours voulait- il qu’ils eussent guerre en semble, le père , et les fils, et les frères, l’un avec l’autre. »
Sordello de Mantoue est regardé comme le dernier des troubadours . Voici une de ses sirventès, traduite par M. Villemain qui lui a laissé toute sa sauvage naïveté : « Je veux , en ce rapide chant, d’un cœur triste et marri, plaindre le seigneur Blacas; et j’en ai bien raison. Car en lui j’ai perdu un seigneur et un bon ami; et les plus nobles vertus sont éteintes en lui. Le dommage est si grand, que je n’ai pas soupçon qu'il se répare jamais ; à moins qu’on ne lui tire le cœur, et qu’on ne le fasse manger à ces barons, qui vivent sans cœur; et alors ils en auront beaucoup.
« Que d’abord, l’empereur de Rome ( Frédéric II) mange de ce cœur; il en a grand besoin , s’il veut conquérir par la force les Milanais, qui maintenant le tiennent conquis lui-même ; et il vit déshérité, malgré ses Allemands.
« Qu’après lui , mange de ce cœur le roi des Français (saint Louis) ; et il recouvrera la Castille , qu’il a perdue par niaiserie; mais s’il pense à sa mère , il n’en mangera pas; car il paraît bien, par sa conduite , qu’il 11e fait rien qui lui déplaise.
« Je veux que le roi anglais (Henri III) mange aussi beaucoup ae ce cœur, et U deviendra vaillant et bon, et il recouvrera la terre que le roi de France lui a ravie , parce qu’il le sait faible et lâche.
« Et le roi de Castille ( Ferdinand III ), il convient qu’il en mange pour deux ; car il tient deux royaumes (Castille et Léon ), et n’est pas assez preux pour un seul; mais s’il en veut manger, il faut qu’il en mange en cachette; car si sa mère le savait, elle le battrait avec des verges.
« Je veux que le roi d’Aragon (Jayme ou Jacques l*r ) mange de ce cœur. Cela le délivrera de la honte qu’il recueille ici , à Marseille et à Milan ; car il ne peut s’honorer autrement, en actions ou en paroles.
« Je veux aussi que l’on donne du cœur au roi navarrais (Thibaut de Champagne) , qui valait mieux comte que roi ; je l’entends dire ainsi. C’est un mal quand Dieu fait monter un homme à haute puissance, et que le défaut de cœur le fait baisser de prix.
« Le comte de Toulouse a besoin d’en manger beaucoup, etc., etc., etc.» Le poëte continue cette étrange énumération.
La verve satirique des troubadours fut surtout excitée par les cruautés de la guerre des Albigeois.
On pourra consulter surles troubadours V Histoire des troubadours parMillot, qui n’a fait que résumer et coordonner les travaux de Sainte-Palaye; le recueil de Poésies provençales, parM. Raynouard; V Histoire de la littérature au moyen âge , par M. Villemain ; les travaux de M. Fauriel, sur la poésie provençale , et les publications qui ont été faites récemment en Allemagne, par MM. Diez, J. Beck, Malm et plusieurs autres érudits. Yoy. aussi Y Histoire littéraire de la France , commencée par les bénédictins et continuée par l’Académie des inscriptions et belleslettres.
TROUVÈRES. — Poètes de la langue d’oil ou langue parlée dans la France septentrionale. Leur nom vient de trou ver7 inventer . Les trouvères ont brillé du xi® au xvc siècle. On cite parmi les plus célèbres Taillefer, Robert-Courteheuse, Robert Wace , Geoffroy Gaymar, Benoît de Saint-Maur, Chrétien deTroyes, Thibaut, comte de Champagne, Henri d’Andelys, Guillaume de Lorris , Jean de Meung, Froissart, Charles d’Orléans, etc. Les trouvères oui laissé un grand nombre de poëmes du genre héroïque ( voy. Poésie, p. 983-986); mais , comme ils n’ont jamais eu un rôle politique aussi important que celui des troubadours , il n'est pas nécessaire de s’y arrêter. Je me bornerai à citer un passage de Chrétien de Troyes, contemporain de Philippe Auguste. U prouve que , dès cette époque,
Ce nous ont nos livres appris
Que Grèce eut de clicvalerie
Le premier los (louange) et de clergie(sftvoir) ,
Puis vint chevalerie il Home ,
Et jà de clergie la some Qui ore est en France venue ;
Dieu doint qu’elle y soit retenue.
Et que li leus li abellissc (le lieu lui plaise}. Tant que de France ne issc L’onor qui s’y est arrestée .
Dont elle est prisée et dotée Mieux que Gréjois et Romains.
On peut consulter sur les trouvères , outre les ouvrages cités aux articles Poésie et Troubadours, YHistoirc des trouvères anglo-normands , par l’abbé G. de La Rue, 3vol. in-8. Le Grand d’Aussy, Barbazan et Méon , ont publié plusieurs recueils de fabliaux ou petits poëmes composés par les trouvères. Voy. aussi un grand nombre d’articles sur les trouvères dans Y Histoire littéraire de la France .
TRUANDS, TRUANDERIE. — Le mot truands désignait, au moyen âge, des mendiants vagabonds. Il vient, dit-on , de tru , qui, dans le patois bourguignon, s’appliquait à un impôt tellement onéreux, qu’il avait réduit à la mendicité une partie de la population. Le lieu où se réunissaient les truands portait le nom de truanderic , encore aujourd’hui deux rues du quartier des halles s’appellent la grande et la pe tite truanderic . Pendant longtemps on nomma cour des miracles \e repaire de ces vagabonds, parce cpfil s’y opérait une métamorphose qui taisait subitement et comme miraculeusement disparaître leurs infirmités factices. Sauvai a décrit, dans ses Antiquités de Paris , la principale cour des miracles qui était située près de la rue Neuve-Saint-Sauveur. Le chef des truands portait, au moyen âge, le nom de grand coesre .
Il paraît que les truands étaient dans l’usage de chanter des vers pendant l’office divin ; car un concile de Trêves, tenu en 1227, enjoint aux curés de ne point permettre que les truands et autres vaga bonds, ni les goliards (nom sous leque on désignait les moines qui menaient un vie errante et scandaleuse), chantent des vers à la messe, après le Sanctus et YAgnus Dei , parce que c’était une occasion de trouble pour le célébrant, et de scandale pour les fidèles ( Martène , Amplissima collect ., t. VII, col. 117, n. 94, et Hist. littér . de la France , t. XXI, p. 600, et t. XXII, p. 154-155).
TRUFFES. — Les truffes étaient déjà recherchées au moyen âge. Eustache des
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