TUT
Champs, poëte de la lin du xivc siècle, ayant été incommodé par des truffes , les attaqua dans une ballade. 11 disait, en terminant cette pièce, qu’il auraitbeau décrier cet aliment pernicieux , que les gens de cour exposeraient leur santé et même leur vie, plutôt que d’y renoncer* Dès le milieu du xvic siècle, on employait les cochons muselés pour découvrir et déterrer les truffes . Champier, écrivain de cette époque , dit qu’on cuisait ces truffes dans du vin ou sous la cendre, enveloppées d’étoupes, ou dans l'eau, avec de l’huile, du sel et des plantes aromatiques. Les meilleures truffes : selon lui, étaient celles de Franche-Comté, de Saintonge, du Dauphiné , de Bourgogne et d’Angoumois.
Aujourd’hui les truffes du Périgord sont les plus recherchées.
TRUST, TRUSTIS. — Le mot trust , souvent employé dans les lois des barbares, signifie consolation , aide , protection , de sorte, dit M. Guérard (Prolégomènes du Polyptyque d’Irminoii, p. 518), que par antrustio , ou par cette expression aussi souvent usitée qui est in truste dominica , regalt ou regis ( ceux qui sont dans la trust du seigneur ou du roi ), on doit entendre un protégé du roi. Voy.
AN TRUSTIONS.
TUDESQUE. — On désigne quelquefois sous ce nom la langue des Francs, qu’on appelle aussi langue théotiste ou théotisque . On en trouve un spécimen dans le serment de 842, dont j’ai oité les premiers mots à l’article Romane (langue).
TUNNEL. — Ce mot anglais, qui signifie proprement tuyau , entonnoir , a été appliqué depuis un certain nombre d’années à tout passage souterrain pratiqué, soit à travers les montagnes, comme les tunnels des chemins de fer, soit même sous une rivière, comme le tunnel de la Tamise, dont les travaux ont été dirigés par l’ingénieur français Brunei, de 1824 à 1842.
TURBES (enquêtes par). — Voy. Enquêtes Y ÀR TURBES.
TURCIES. — On appelait Turcies , au moyen âge et jusqu’au xvme siècle, des digues élevées pour contenir un fleuve et s’opposer aux débordements. Robert du Mont, chroniqueur du xne siècle, dit que Henri Plantagenet fit construire le long de la Loire des digues, appelées turcies , pour empêcher le fleuve de se répandre dans les campagnes el de les dévaster.
Charles de France, comte de Valois, et Marguerite, sa femme, reprirent ces travaux en 1293, pour leur donner plus d’étendue et les rendre plus solides. Louis Xi
ajouta de nouvelles digues et fit exhausser les anciennes. Depuis cette époque, on n’a cessé de fortifier les turcies ou digues de la Loire, sans pouvoir contenir les eaux de ce fleuve. Il y avait, au xvne et au xvme siècle, un intendant des Turcies et levées , qui avait plusieurs ingénieurs sous ses ordres.
TURLUPINS. — On a désigné sous ce nom des hérétiques du xivc siècle, dont les doctrines se rapprochaient de celles des Beghards (voy. ce mot). Charles V fit brûler leur chef â Paris , et les turlupins se dispersèrent.
TUTELLE, TUTEUR. — La tutelle est l’autorité donnée, conformement à la loi, sur la personne et les biens d’un mineur ou d’un interdit. Celui à qui la tutelle est confiée s’appelle tuteur. Dans le système féodal, la tutelle d’un vassal était déférée au seigneur suzerain (voy. Garue-noble).
Dans certaines villes , et entre autres à Paris, les bourgeois administraient les biens de leurs enfants mineurs ; on appelait cette tutelle garde-bourgeoise (voy.
ce mot). La tutelle des princes du sang royal appartenait au parlement de Paris jusqu’à la fin de l’ancienne monarchie ( voy. Journal de Vavocat Barbier , t. II, p. 142).
Dans la législation moderne, on distingue plusieurs espèces de tutelles : i°la tutelle légale y qui appartient de plein droit au père, à la mère ou, à leur défaut, aux ascendants, et dans certains cas, aux hospices; 2° la tutelle dative , qui est déférée par testament des père et mère ou par le conseil de famille; 3° la tutelle officieuse , obligation que contracte une personne de plus de cinquante ans, sans enfants ni descendants légitimes, d’élever gratuitement un mineur âgé au moins de quinze ans.
Les obligations du tuteur sont énumérées dans le code Napoléon; elles ont surtout pour but de pourvoir à l’éducation du mineur, et de garder sa fortune intacte. Un subrogé-tuteur est chargé de veiller à ce que le tuteur ne fasse aucun acte contraire à l’intérêt de son pupille.
TUTOIEMENT. — Le tutoiement était regardé jusqu’à l’époque de la révolution comme une marque de grossièreté. Le passage suivant de Saint-Simon (édit.
in-8 , t. XI, p. 350), en fournit la preuve :
«Personne de quelque distinction, même fort éloignée de celle des maisons souveraines d’Allemagne , en parlant de ses parents en allemand , ne dit jamais autrement que monsieur mon père , madame ma mère, mademoiselle ma sœur,
monsieur mon frère, monsieur mon oncle, madame ma tante, monsieur mon cousin, et supprimer le monsieur ou le madame serait une grossièreté pareille à tutoyer parmi nous,» C'est seulement de-
puis la révolution que l'usage du tutoie ment est devenu très-commun dans les familles.
TYPOGRAPHIE. — Voy. Imprimerie.
ÜBIQUISTES. — Ce mot, dérivé du latin ubique (partout), désignait, au moyen âge, les membres de l’Université de Taris, auxquels le pape Nicolas 111 avait donné le droit d’enseigner en tous lieux.
ULTRAMONTAIN. — On désigne sous ce nom dans l’histoire de France ceux qui admettent la prétention de certains papes ou de certains défenseurs de la papauté qui veulent soumettre , en matière politique, l’autorité temporelle à la puissance spirituelle. L’Église gallicane n’a pas admis cette doctrine, comme le prouvent les Pragmatiques-sanctions, les Concordats, les Libertés de l’Église gallicane , les Quatre articles de 1682.
Yoy. ces mots, et l’article Papauté.
UNIFORME. — Jusqu’au règne de Louis XIV chaque régiment portait les couleurs de son colonel. L’uniforme ne fut imposé à l’armée française qu’en 1666 par Louvois , ministre de la guerre.
UNIGENITUS (Bulle ). — Bulle promulguée , en 1713 , par le pape Clément XI , pour la condamnation du Jansénisme.
L’histoire des discussions auxquelles cette bulle donna lieu n’est pas de notre sujet; elles ont été racontées par Lafttau dans son ouvrage intitulé Histoire de la Constitution Unigenitus , Paris, 1737 et 1738, 2 vol. in- 12. Il ne faut pas oublier que cet auteur est très-favorable à la constitution Unigenitus.
UNION (Sainte). — Association formée en 1577 par les catholiques exaltés. Elle est généralement désignée sous le nom de Ligue. Vov. Ligue (Sainte). — Anquetil a écrit une Histoire de la Ligue .
UNITÉ DE POIDS ET MESURES. — Cette unité proclamée par Charlemagne, projetée par Louis XI et par plusieurs rois, n’a été établie en France qu’en 1791. Voy. Mesures , p. 776.
UNIVERSITÉ. — \f Université ou corps chargé de donner l’enseignement au nom de l’État a eu deux âges bien distincts : l« de 1200 à 1792 , les Universités ont été, des corporations enseignantes qui avaient leur organisation et leurs privilèges spé-
ciaux , comme toutes les corporations du moyen âge; 2° depuis 1808 jusqu’à nos jours, V Université se compose d’une hiérarchie de fonctionnaires dirigeant ou donnant l’instruction au nom de l’État. Il a été question de l’influence de l’État sur l’instruction publique et de l’ Université moderne au mot Instruction publique, p. 590-591. — Je ne dois parler ici que des anciennes Universités de la France , et spécialement de V Université de Paris, qui a eu dès le xme siècle une réputation européenne.
Université de Paris. — Le mot Universitas s’appliquait, au moyen âge, à toute corporation dont les membres avaient des privilèges communs; on trouve souvent les mots Universiias mercatorum (le corps des marchands) pour désigner une corporation industrielle ; mais le mot français Université a été réservé à une des principales corporations, à celle que formèrent, vers la lin du xur siècle , les maîtres et élèves des écoles de Paris. L’histoire de Yancienne Université de Paris présente trois époquesprincipales : 1° depuis l’origine de Y Université sous Philippe Auguste (1200) jusqu’à la réforme du cardinal d’Estouteville (1452); 2° de 1452 jusqu’à la nouvelle réforme qui eut lieu en 1600; 3° de 1600 à 1792, époque de la suppression des anciennes Universités.
Origine de l’Université de Puris ; privilèges qui lui sont accordés. — Une ancienne tradition fait remonter l’origine de l’ Université jusqu’au règne de Charlemagne ; Y Université elle-même a conserve cette tradition en célébrant la saint Charlemagne comme la fête de son fondateur ; mais il est impossible de confondre l’École palatine et les différentes écoles fondées par Charlemagne (voy. Instruction publique, p. 590-591) avec la corporation connue sous le nom d’ Université.
Celle-ci ne date réellement que de Philippe Auguste, et l’ordonnance qui la constitue est de 1200.
Les maîtres et élèves des écoles de Paris dépendaient primitivement de la cathédrale; les écoles avaient été partout annexées aux églises et aux monastères.
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Au xiie siècle, l’ecole de la cathédrale de Paris se trouva trop étroite pour la foule de disciples que la célébrité des maîtres y avait attirés. Ils quittèrent la Cité, s'établirent sur la montagne Sainte-Geneviève et obtinrent de Philippe Auguste d’importants privilèges. Il les exempta, entre autres, de la juridiction du prévôt de Paris, à moins qu’ils ne fussent surpris en flagrant délit; les prévôts de Paris étaient tenus de jurer, à leur entrée en charge, qu’ils respecteraient les privilèges de Y Université (voy. du Boulay, t. III, p. 1-3). V Université eut aussi à soutenir une lutte contre le chancelier de la cathédrale, qui voulait conserver le droit de donner seul les licences. Philippe Auguste prit encore, en cette occasion , la défense de V Université , et lui permit de nommer un procureur-syndic pour soutenir ses privilèges. U Université forma dès lors une corporation dont les droits étaient reconnus et protégés par l’autorité royale. Elle avait ses assemblées, où maîtres et écoliers délibéraient sur les intérêts de la corporation, et nommaient le recteur et les principaux dignitaires chargés de la gouverner. L’Église intervint , comme la royauté, pour protéger l 'Université naissante. Plusieurs bulles pontificales accordèrent des privilèges aux écoliers de l’Université, entre autres celui de ne pouvoir être arrêtés par leurs créanciers et de faire fixer par leurs maîtres le prix de leurs logements. Les privilèges de V Université s’étendirent bientôt à tous ceux qui s’y rattachaient par un titre plus ou moins éloigné. Ainsi, les parcheminiers, les écrivains, en un mot, tous les suppôts de V Université relevaient de son tribunal et participaient à ses prérogatives
V Université de Paris ne perdit jamais le souvenir de ce qu’elle devait h la royauté ; elle s’intitula la fille aînée des rois, et on la voit longtemps après rappeler encore cette origine avec un sentiment d’orgueil et de reconnaissance. « Nos rois, disait l’avocat général Sevin, cité par du Boulay ( Histoire de V Université , t. I, p. 268), nos rois sont fondateurs et patrons de V Université, et comme tels nous les devons reconnaître premiers chefs. Quant à Monsieur l’évèque de Paris, il est bien notre pasteur en ce qui concerne le spirituel, et le pape., qui est par-dessus lui, estnoLre saint-père, souverain de ce pasteur et de nous en ce qui touche la spiritualité. Mais il n’est pas le chef des écoles et le gouvernement d’icelles ne dépend pas de lui, mêmement au temporel, ains elles sont en la protection ou roi. O^nt au chancelier de V Univer-
sité^ il n’est pas aussi le chef d’icelle. La dignité du chancelier est celle du scolastique, qui est chanoine de Téglise cathédrale; sa charge est telle qu’en plusieurs autres villes, èsqnelles y avait un maître d’école ( voy. Capiscol et Ecolatre ) entre les chanoines de l’église cathédrale, comme Berengarius en celle d’Angers , et celui qui est scolastique retient encore son premier nom, et davantage a cet honneur d’être chancelier de V Université. Quant au chancelier, qui est en l’église de Paris, il garde bien les sceaux de l 'Université, mais pourtant il n’en est le chef, ains le recteur qui est le premier et seul en qualité avec l’ Université ès causes qui touchent les écoles ou études* Il est vrai que le recteur qui est laïque, ne pouvant bénir les écoliers, les présente au chancelier qui est ecclésiastique, afin qu’il leur donne la bénédiction. Mais pourtant le chancelier n’a pas la direction et conduite des collèges ni des écoliers qui sont ès études publiques; elle appartient à l’office du recteur, ad quem spectat provisio magistrorum qui debent dici scholares , comme j’ai vu par un acte de l’an 1271 enregistré au livre de l’Université. » J’ai cité ce long morceau, parce que Ton y voit marquée avec force la double origine do VUniversité, a la fois corporation laïque et ecclésiastique , relevant du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel, et se servant habilement de ce double caractère pour conserver son indépendance.
Célébrité de l’Université de Paris . — La nouvelle corporation justifia par l’éclat de son enseignement les faveurs que lui accordaient les rois et les papes. En peu d’années, elle eut une grande réputation qui rejaillit sur la ville même de Paris. Les poètes et écrivains contemporains de Philippe-Auguste font l’éloge le plus pompeux de V Université et de la ville de Paris; ils comparent cette dernière à Athènes, mais à Athènes régénérée par le christianisme. «A cette époque, dit Kigorddans son Histoire de Philippe- Auguste, l’étude des lettres ilorissait à Paris ; dans cette très-noble cité, non-seulement le trivium et le quadrivium , le droit canonique et civil, etcette science qui s’applique à la guérison des maladies et à la conservation de la santé, étaient pleinement enseignés, mais on s’y livrait avec un zèle encore plus fervent à l’étude de la théologie.» On retrouve un écho de ces louanges dans un poète du xiv° siècle, Eustache des Champs, dont les vers ne sont pas sans mérite. Il dit on parlant de Paris :
C'est la cité sur toutes couronnée ,
Fontaine et puits de sons et de clergie (savoir),
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Sur le fleuve do Seine située t Vignes, et bois, et terres, et prairie,
De tous les biens do cette mortelle vio A plus qu’autres cites n’ont ;
Tuit étranger l’aiment et l’aimeront ;
Car pour déduit (plaisir) et pour être jolie , Jamais cité telle ne trouveront*
Les étrangers affluaient aux écoles de Paris. On y voyait presque en même temps l’Allemand Albert le Grand , l’Écossais Duns Scott, l’Espagnol Raymond Lulle l’Anglais Roger Eaeon et l’Italien Dante Ali^hieri.
Facultés de l’Université : Quatre nations, — U Université avait, dès cette époque, comme le prouve le passage de Rigord cité plus haut, la faculté des arts ou des lettres , la faculté de médecine et la faculté de droit ou décret , ainsi nommée parce que l’enseignement roulait principalement sur les décrétales des papes; mais cette dernière faculté lui fut enlevée par le pape HonoriusIII en 121s, et jusqu’à Louis XIV le droit civil ne fut plus enseigné dans Y Université de Paris. L’école des arts ouvrait l’entrée des autres faculfés; ce fut elle qui établit la distinction des quatre nations (voy. Nations) de France , de Picardie , de Normandie et d’Allemagne. On distribuait tous les étudiants, quel que fût leur pays, entre °:es quatre nations. Les nations elles-mêmes étaient subdivisées en provinces; une de ces provinces, celle de Bourges, comprenuit les étudiants d’Italie, d’Espagne, de Syrie, d’Egypte, d’Armenie, de Perse, etc. Chaque nation nommait un procureur chargé de défendre ses intérêts et de concourir à l’élection du recteur.
Recteur de V Université. — Le recteur était élu primitivement tous les mois. 11 en résultait une grande perturbation dans les études, et en 1278 il fut décidé par un règlement du cardinal-légat de Sainte- Cécile que l’élection du recteur n’aurait lieu que tous les trois mois. Le recteur ne pouvait être choisi que parmi les maîtres ès arts et dans l’école destinée à 1 enseignement des ar tiens , qu’on appellerait aujourd’hui professeurs des lettres et des sciences. Lorsque vers la fin du xm* siècle les grandes écoles de la lacune des arts eurent été bâties dans la rue du Fouarre, on choisit pour lieu de la reunion et de l’élection l’église de Saint-Julien le Pauvre , qui était la plus voisine. Quand les procureurs des quatre nations ne pouvaient s’entendre pour l’election d’un nouveau recteur, le recteur eu exercice était appelé pour re- ’ cueillir les voix. Si sa médiation n’était pas suffisante pour amener l’élection d’un
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recteur, les diverses nations nommaient chacune quatre électeurs. On les enfermait pour procéder à la nomination du recteur, sans leur permettre de communiquer avec le dehors ni de prendre aucune nourriture, tant que brûlait une bougie d’un certain poids. Lorsque cesélecteurs ne pouvaient s’entendre, les quatre nations en nommaient d’autres pour procéder à l’élection. La procession pour 1 installation du recteur se faisait avec une grande pompe. Tous les ordres religieux qui pouvaient prendre grade dans l’Université y assistaient; aussi Dubreuil ( Antiquités de Paris), et Pasquier Y Recherches de la France , liv. III) rapportent-ils que la tête do la procession entrait souvent à Saint-Denis, quand le recteur était encore à Sainte-Geneviève. Lo recteur avait toujours le pas sur les évêques, et même sur les cardinaux et sur le nonce du pape dans les actes publics de 1 Université. Lorsque les légats faisaient leur entrée solennelle à Paris, le recteur allait à leur rencontre , mais sans sortir de la ville, et il recevait leur serment de n’altérer ni diminuer les privilèges accordés par les papes à Y Université de Paris. Aux entrées solennelles des rois, le recteur sortait de Paris pour les recevoir et les haranguer ; il leur jurait obéissance au nom de Y Université , et le roi confirmait immédiatement les privilèges accordés par ses prédécesseurs h ce corps. Le chef de Y Université avait aussi son rang assigné au mariage des rois et dans les autres cérémonies solennelles. Jusqu’au xvme siècle , le recteur conserva toutes ces attributions honorifiques (voy. Recteur ). Quant à la juridiction qu’il exerça longtemps sur les libraires et parcheminiers (voy. Libraires et Parchemin ier s ) , elle avait disparu avec les institutions du moyen âge.
Chancelier de V Université. — Dans l’origine, le chancelier de YUniversité était le chancelier môme de Sainte-Geneviève, qui pouvait seul conférer la licence ou permission d’enseigner dans les diverses facultés. Il ne donnait ces autorisations que dans les limites de la juridiction de Sainte-Geneviève. C’était le chancelier de Notre-Dame de Paris qui accordait les licences pour enseigner hors de ces limites. Un changement s’opéra en 1238 :
Une bulle du pape Grégoire IX accorda au chancelier de Notre-Dame, qu'il appelle le chancelier de Paris , le droit d’accorder toutes les licences pour les faeukés de théologie et de décret. Depuis cette époque , le chancelier de Saime-Geneviève ne donna plus de licences que pour la faculté des arts, et on finit meme par lui
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donner le nom de chancelier des arts.
Le chancelier de Notre-Dame pouvait aussi donner la licence d’enseigner les arts , de sorte que les aspirants à la maîtrise ès arts choisissaient entre les deux chanceliers celui dont ils préféraient recevoir la palme ( laurea, magistralis) , insigne de la dignité de maître ès arts. Les chanceliers la leur conféraient après leur avoir fait subir un examen qui constatait leur capacité. Ils avaient aussi le droit d’inspecter et de surveiller les écoles de l’Université , et il était de leur devoir, comme délégués des papes , de maintenir les privilèges qu’elle tenait du saint-siège. U Université avait encore pour conservateurs de ses privilèges apostoliques les évêques de Meaux , de Beauvais et de Senlis, et le prévôt de Paris pour conservateur de ses privilèges temporels. Une bulle du pape Grégoire IX avait aussi donné à l’ Université une arme dont elle abusa souvent; il lui avait permis de suspendre ses leçons, exercices et sermons, en cas de violation de ses privilèges. Enfin la corporation tout entière avait ses assemblées; on les divisait en assemblées ordinaires auxquelles les maîtres enseignants prenaient seuls part, et assemblées extraordinaires oü liguraient aussi les simples gradués, qui n’enseignaient pas ( magistri non régentes).
Lutte de V Université contre les moines mendiants. — - Exclusive comme toutes les corporations, VUniversité engagea, au xuic siècle, une lutte très-vive contre les ordres mendiants , franciscains et dominicains, et voulut leur interdire l’enseignement. Les moines mendiants avaient habilement profité de ce qu’en 1229 VUniversité de Paris avait suspendu ses leçons , et ils avaient immédiatement institué trois chaires de théologie. Université voulut, en 1252, réduire à une seule chaire chaque couvent des dominicains et des franciscains , quoique ces religieux fussent soutenus par saint Louis. Les dominicains refusèrent de souscrire à la décision adoptée par V Université, et, dans une des luttes que ce corps eut à soutenir pour le maintien de ses privilèges, ils 11e voulurent pas se joindre à lui ; alors V Université les exclut de sou sein, et se voyant menacée par le pape qui protégeait les moines mendiants, elle déclara qu’elle était résolue à se dissoudre (1255). Ainsi c;ette corporation, après un demi-siècle d’existence, semblait sur le point de périr. Ses adversaires n’avaient pas seulement pour eux la double autorité du saintsiège et de la royauté. Leurs docteurs étaient à cette époque saint Thomas, saint
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Bonaventure et plusieurs autres qui l’emportaient en science et en réputation sur Guillaume de Saint-Amour, le plus passionné et le plus illustre des défenseurs de V Université. Il fallut que VUniversité cédât. En 1257 , saint Bonaventure de l’ordre des franciscains, et saint Thomas d'Aquin de l’ordre des dominicains, furent admis au doctorat , et depuis cette époque les franciscain? et les dominicains firent partie du corps de VUniversité; mais VUniversité vaincue se vengea en leur assignant la dernière place dans les assemblées générales par un décret de l’année 1260.
Fondation des collèges. — Dans le principe, les écoles de l’ Université n’offraient aux étudiants que des cours publics; mais, comme la dispersion de ces jeunes gens dans une ville telle que Paris présentait des dangers, on ne tarda pas à fonder des établissements où les écoliers vivaient en commun et étaient entretenus au moyen de legs et d’autres dotations. Parmi les collèges les plus célèbres de l’ancienne Université, on doit citer la Sorbonne, fondée vers 1250 par Robert Sorbon ou de Sorbonne, confesseur de saint Louis (voy. Sorbonne). Beaucoup d’autres, tels que les collèges des Bernardins, des Prémontrés, des Trésoriers, ainsi nommé de son fondateur Guillaume de Saane, trésorier de la cathédrale de Rouen, de Cluny, des Cholets qui tiraient leur nom du cardinal Cholet leur fondaleur, d’Harcourt (aujourd’hui collège saint Louis), du cardinal Le Moine, de Navarre, fondé en 1304, par Jeanne de Navarre, femme de Philippe le Bel, de Bayeux, de Presles, de Montaigu, de Narbonne, de Tréguier, du Plessis, de Marmoutier, de Cornouailles, des Écossais, d’Arras, de Bourgogne, de Tours, de Lisieux, d’Autun, de l’Ave-Maria, de Mignon, ainsi nommé de son fondateur Jean Mignon, clerc du roi et maître des comptes, de la Marche, deBoncour, de Jvistice (nom du fondateur), de Beauvais, deDormans, etc., prouvent le progrès rapide des établissements de VUniversité au xive siècle.
Le collège des Lombards fut institué, en 1334 , par quelques Italiens établis en France, à la tête desquels était André Ghisi de Florence, évêque d’Arras, puis de Tournay , et ancien chapelain de Charles le Bel. Ce collège était exclusivement destiné aux écoliers d'Italie qui venaient étudier h VUniversité de Paris . et qui n’avaient pas plus de vingt livres de revenu. Il portait le titre de maison des pauvres esco licrs italiens de la charité Nostre-Dame. Onze bourses étaient attachées à, ce collège, chacune de quinze
florins de Florence. En 1681, comme le collège des Lombards tombait en ruines, il fut donné par Louis XIV à des prêtres irlandais qui en firent un asile pour leurs compatriotes.
Bourses des collèges. — Les fondateurs et les bienfaiteurs des colleges de V Université y avaient institué des bourses pour les écoliers pauvres. Les rois de France en ajoutèrent de nouvelles. Ainsi , en 1474 , les enfants de chœur de la cathédrale de Paris obtinrent de Louis XI la concession à perpétuité d’une bourse au collège de Navarre. Dans les considérants qui précèdent l’ordonnance de concession, le roi rappelle les doléances que lui avaien t adressées ces enfants de chœur, occupés de l'étude de la musique et du service divin : ils ne pouvaient, lorsque leur voix muait, remplir dans l'Église aucune des fonctions qui leur auraient permis d’arriver aux bénéfices, s'ils avaient eu les connaissances nécessaires ; choisis ordinairement dans une classe pauvre, ils n'avaient pas les ressources nécessaires pour subvenir aux dépenses qu'exigeaient les études; en conséquence , ils priaient le roi de leur accorder une bourse au collège de Navarre. Louis XI y consentit, et décida qu'une bourse serait accordée à celui des enfants de chœur que le chapitre métropolitain aurait désigné ( Ord. des rois de France, XV 111, 80 et suiv.). Les enfants de chœur de Saint-Martin de Tours obtinrent le même privilège pour le même motif ( ibid ., p. 465). Louis XI confirma aussi la concession que ses ancêtres avaient faite au collège de Navarre de deux mille livres de rente annuelle et perpétuelie à prendre sur les recettes du comté de Champagne (ibid., p. 532 et 578).
Puissance 'politique de l’Université. — Ce fut surtout au xivc siècle que l'Université de Paris commença à jouer un rôle politique. Lorsque, en 1308,1e roi Philippe le Bel convoqua les états généraux pour faire sanctionner par cette assemblée nationale la condamnation des Templiers , P Université y fut appelée et donna son avis sur cette grave question. Elle fut encore consultée , en 1317, lorsque l’on proclama la loi salique, constitution fondamentale du royaume. Elle assista, en 1329 , au célèbre plaidoyer oii Pierre de Cugnières, avocat général du parlement, s'opposa aux empiétements de la puissance spirituelle. Vers le même temps, l'évêque de Paris ayant fait emprisonner un écolier de Y Université et lui ayant' infligé une amende, V Université prétendit que ses privilèges étaient violés, en appela de l'evêque au pape et obtint la
restitution de l'amende. Jean XXII , qui
se déclara en faveur de cette corpc ration contre l'évêque de Paris, accorda en même temps aux gradués de Y Université (voy. Gradués) le privilège de possède* des bénéfices sans être obligés à résidence. Toutefois ce pontife fut vivement attaqué par l' Université sur la question de la vision béatifique ; la Sorbonne déclara , contrairement à Vavis du pape, que les saints jouissaient de la vue de Dieu immédiatement après leur mort , et Jean XXII abandonna l’opinion qu'il avait d'abord soutenue ( 1333). Vers le même temps , le recteur disputa le pas dans l'église de Saint-Germain l'Auxerrois h l’archevêque d'Embrun et l'emporta , grâce surtout au secours de la faculté des arts (1347). Le prévôt de Paris, Hugues Aubriot, fut contraint, sous Charles V, de faire des excuses aux recteur et maîtres de Y Université , pour avoir autorisé les sergents du guet à pénétrer de nuit dans un des collèges , et un peu plus tard , la vindicative corporation le traduisit devant le tribunal de l'évêque et obtint qu’il fût emprisonné au For-l'Èvêque.
U Université joua un rôle considérable dans les troubles de l'Église et de l'État à la fin du xive siècle et au commencement du xv°. L'histoire de cette époque raconte en détail des faits que nous ne pouvons qu'indiquer. Il suffit de rappeler que Y Université abusa souvent de sa puissance pendant les xive et xve siècles; qu’elle suspendit plus d’une fois ses leçons et pré dications pour forcer ceux qui avaient violé ses privilèges à faire amende hono~ rable; qu'elle contraignit ainsi Charles de Savoisy à expier les insultes que ses gens avaient faites pendant une procession à quelques membres de Y Université ; qu’en 1407 , le prévôt de Paris, Guillaume de Tignonville, ayant fait mettre à mort plusieurs écoliers, fut obligé d’aller en personne détacher les corps du gibet, de les inhumer, et de demander pardon .au recteur et aux docteurs de Y Université. <c L’Université , ajoute le chroniqueur, Jacques Bouvier (année 1408), avaitgrande puissance pour ce temps-là. à Paris, telle ment que, quand ils mettaient la main en une besogne, il fallait qu’ils en vinssent à bout, et se voulaient mêler du gouvernement du pape , du roi et de toutes autres choses. ^
Les membres de Y Université jouèrent encore un rôle important dans la reforme cabochienne de 1413. Leurs orateurs furent : maîtres Benoît Gentien , moine de Saint-Denis, et un carme appelé Eustache de Pavilly ; le premier qu’on a quelquefois regardé comme l’auteur de V histoire de Charles VI par un mome de
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Saint-Denis , était modéré ; mais îe second se signalait par la violence de ses discours. D’autres docteurs , tels que Jean Geïson, Pierre d’Ailly, Nicolas Clémengis, répandaient sur cette corporation l’éclat de leurs vertus et de leurs talents, et on conçoit facilement la puissante influence qu’elle exerçait par ses écrits , par ses sermons et par les nombreux suppôts dont elle disposait. Cependant le rôle qu’avait pris V Université n’était pas sans danger ; en entrant dans la politique, elle y perdit le calme et la dignité de ses études , et lorsque, après les agitations de la première moitié du xv° siècle, l'ordre se rétablit, il fallut réformer le corps enseignant. Ce fut le cardinal d’Estouteville qui en fut chargé par le pape.
Réforme de V Université par le cardinal d’Estouteville (1452). — Charles Vil adjoignit au cardinal plusieurs commissaires pris dans le parlement. Ils s’occupèrent des diverses facultés , réduisirent à cinq ans le cours de théologie, diminuèrent les rétributions perçues pour les études en droit et l’obtention des grades , permirent aux professeurs de la faculté de médecine de se marier, restreignirent des privilèges devenus abusifs et soumirent V Université à la surveillance de censeurs que l’on appela réformateurs perpétuels . Le parlement fut en même temps chargé d'un contrôle que V Université ne supporta qu’avec peine. Depuis cette époque elle perdit presque toute puissance politique. En même temps son influence intellectuelle diminuait, h7 Université restait fidèle aux études du moyen âge au moment où la renaissance des lettres anciennes exigeait une réforme dans le système d’enseignement. La fondation du collège de France (voy. collège de France), à laquelle elle s’opposa vainement, signala sadécadence. Des procès contre les jésuites que r Université refusait d’admettre parmi les corporations enseignantes (voy. Jésuites), une participation malheureuse aux lroubles*de la Ligue, au moins de la part de la faculté de théologie, enfin les désordres et l’affaiblissement des études, suite inévitable des guerres civiles, sont les principaux faits qui caractérisent Phistoire ùe Y Université au xvie siècle. Aussi lorsque Henri IV eut dompté les factions, un de ses premiers soins fut d’ordonner une nouvelle réforme de V Université. 11 en chargea une commission , dans laquelle figuraient d’illustres magistrats, de Harlay, de Thou , Édouard Molé. Le pouvoir royal intervint seul dans cette réforme, preuve évidente que Y Université se sécularisait de plus en plus.
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Réformede V Université sous Henri IV. — Les travaux de la commission chargée de la réforme de Y Université £e prolongé rent pendant plusieurs années, etlerèglement ne fut publié que le 18 septembre 1600.
Il traitait de la religion , des études et de la discipline intérieure et extérieure. On y maintenait l’usage exclusif de la langue latine dans les lycées, et on adoptait pour assurer une bonne discipline des mesures minutieuses sur lesquelles je ne puis insister dans ce résumé. La faculté des arts conserva le privilège de choisir le recteur dans son sein. La procession du Landit (voy. Landi ou Landit ) , qui était trop souvent une occasion de désordres , ne tarda pas à être supprimée.
L' Université renfermée dans ses fonctions eut au xvne siècle une influence paisible et utile. La nécessité de lutter contre les Jésuites, dont le collège de Clermont ( aujourd’hui lycée Louis le Grand ) était très-florissant , l’exemple des écoles de Port-Royal où la science et le talent d’enseigner furent portés si loin et mis si habilement à la portée de la jeunesse, les progrès delà congrégation enseignante de l'Oratoire, forcèrent V Université à redoubler d'efforts. Rollin est resté le type du professeur dévoué et habile; ses maîtres et ses disciples, pour être moins connus, n’en ont pas moins rendu de grands services: Hersan , Vittement, Coflin , Crevier, Lcbeau , peuvent aussi être cités comme les modèles des Universitaires.
Thèses et grades dans V ancienne université. — Une des causes qui entretenaient alors une grande émulation dans Y Université était la soutenance des thèses. L’ancienne Université, comme la nou velle, avait autant de doctorats que de facultés. Pour devenir docteur en théologie , il fallait avoir fait sept années d’études, savoir : deux de philosophie», après lesquelles on recevait communément le bonnet de maître ès arts; trois ans de théologie qui conduisaient au grade de bachelier en théologie , et deux années de licence, pendant lesquelles les bacheliers soutenaient continuellement des thèses sur l’Écriture, la théologie scolastique et l’histoire ecclésiastique. Il fallait ensuite soutenir quatre thèses pour obtenir le bonnet de docteur (voy. Thèses). Lorsqu* en tin le candidat Pavait conquis, il se rendait à la salle de l’archevêché, revêtu de la fourrure de docteur, précédé des massiers de l’ Université et accompagne du régent qui l’avait formé. Là il se plaçait sur un fauteuil, ayant à sa droite le chancelier et le sous-chancelier de P Université et à sa
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gauche son régent. Le chancelier prononçait un discours auquel répondait le récipiendaire. Celui-ci prêtait ensuite le serment accoutumé, puis recevait à genoux le bonnet de docteur des mains du chancelier, se relevait, reprenait sa place et présidait à la thèse nommée antique , qui était soutenue par un jeune candidat appelé aulicaire . Il se rendait ensuite à l'église de Notre-Dame et jurait sur les saints Évangiles, à l’autel des martyrs, que, s'il était nécessaire, il répandrait son sang pour la défense de la religion. A la première assemblée de la faculté de théologie, le nouveau docteur prêtait les serments accoutumés et on l’inscrivait au nombre des docteurs ; mais ce n'était qu'au bout de six ans, et après qu'il avait soutenu une dernière thèse nommée resumptc , qu’il pouvait assister aux assemblées, présider aux thèses, ëire examinateur et censeur, et enfin jouir de tous les droits du doctorat.
Pour être docteur en droit, il fallait que le licencié soutînt un acte public que Pou appelait thèse de doctorat, qui n’était qu’une thèse d’apparat. Le récipiendaire recevait, des mains du professeur qui avait présidé à l’acte, d'abord la robe écarlate, telle que les docteurs la portaient autrefois avec le chaperon orné d’hermine et la ceinture. Le président lui présentait ensuite le livre appelé traditio libri , d’abord fermé, puis ouvert, lui donnait le bonnet de docteur, lui mettait l’anneau au doigt , l’embrassait et proclamait sa nouvelle qualité de docteur.
Les aspirants au doctorat en médecine devaient avoir assisté, pendant quatre ans, aux leçons de cinq professeurs, qu’on nommait professeurs des écoles , et avoir pris tous les six mois une inscription chez le doyen. Après ces quatre années, si l’étudiant avait atteint l’àge de vingt-trois ans, il pouvait se présenter pour faire sa licence. Ce cours durait deux ans et demi. Les candidats subissaient quatre examens pendant leur licence , le premier sur la physiologie, le second sur l’hygiène, le troisième sur la pathologie ; le quatrième consistait à prendre un aphorisme d'Hippocrate, tiré au sort, et à répondre aux objections des examinateurs qui étaient toujours des docteurs régents de la faculté. Le candidat qui avait satisfait à ces épreuves, était nommé bachelier et assistait aux consultations qui se faisaient tous les samedis en faveur des pauvres. Au mois de juin suivant, le nouveau baenelier subissait un examen sur les substances tirées des règnes végétal , minéral et
animal , et sur l’histoire naturelle. Après la Saint-Martin commençaient les thèses nommées quodlibitaires , oit le candidat devait répondre immédiatement à une question quelconque sur la physiologie.
Au mois de février, le bachelier démontrait sur le cadavre toutes les parties de l’anatomie ; vers le carCme^ il soutenait la thèse dite cardinale , qui roulait sur une question d’hygiène. A la Saint-Martin de la seconde année, il soutenait une thèse quodlibitaire , sur la pathologie ; au mois de janvier suivant , pendant six jours, il exécutait sur des cadavres toutes les opérations de la chirurgie, et quelques jours après il soutenait une quatrième thèse quodlibitafi'e sur une question médico - chirurgicale. Le dernier examen, qui se faisait vers le mois d’août, durait quatre jours et roulait sur la pratique de la médecine. Le bachelier étant jugé capable recevait la bénédiction de la licence. L’acte de doctorat n’était plus que la cérémonie par laquelle le président donnait le bonnet au licencié; il se terminait par un discours de remerciment que prononçait le nouveau docteur.
Pour acquérir le droit de régence , sans lequel on n’avait pas voix délibérative aux assemblées de la faculté, il suffisait d’avoir présidé h une thèse. Il est inutile d’ajouter que toutes ces épreuves avaient lieu en langue latine.
État de 7’ Université au xvne siècle. — < Quoique l’Université de Paris eût perdu à cette époque toute puissance politique, elle avait cependant conservé une partie de ses privilèges honorifiques.
Il en a déjà, été question au mot Recteur* Le modeste Rollin soutint avec énergie les droits du corps qui l’avait nommé son chef. On lit dans les Mémoires d’Amefot de La Houssaie, à l’article des préséances, qu’à une thèse, le recteur Charles Rollin ne souffrit jamais que l’archevêque de Sens (Fortin de La Hoguette^, prît le pas sur lui. Rollin défendit aussi sa dignité en face de l’archevêque de Paris. 11 était d’usage qu’à la Chandeleur le recteur présentât un cierge au roi, à la reine, aux princes du sang, aux chefs de la magistrature et à l’archevêque de Paris. Le prélat devait le recevoir en personne et avec les égards convenables,. De Harîay , alors archevêque de Paris , s'en était dispensé depuis plusieurs années et envoyait un gentilhomme recevoir le cierge. Rollin, blessé de ce manque d’égards, fit porter le cierge par le syndic de Y Université. Le prélat se plaignit ; mais il ne put triompher de la fermeté du recteur. Louis XIV ne dédaignait pas de consulter Y Université de Paris, dans tou-