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VOITURES. — Il faut distinguer les voitures privées et les voitures publiques .

§ I. Des voitures privées; chariots gaulois et francs appelés basternes . — Jusqu'au xviie siècle, l'usage des voitures 9 appelées basternes , fut réservé presque exclusivement aux reines et aux princesses du plus haut rang , et encore dans des circonstances solennelles. Le mauvais état des routes y contribua autant que la barbarie des mœurs. Ces voitures primitives n'étaient que de lourds chariots. Tel était le char sur lequel Galswinthe fut amenée d’Espagne en Gaule, pour épouser Chilpéric Ier, roi de Soissons, vers 567. Grégoire de Tours (livre III, chap. xvi) raconte que Deutérie, femme du roi Théodebert Ier, craignant qu’il ne lui préférât une fille qu'elle avait eue d'un premier mariage, la fit mettre sur une de ces basternes ( in basterna positam ) , et précipiter dans la Meuse. Eginhard ( Vie de Charlemagne) décrit les chariots des rois mérovingiens, comme de lourdes basternes traînées par des bœufs.

L usage de ces voitures paraît s’ètre perdupendant l’anarchie féocialc. Blanche de Castille, mère de saint Louis, s'excusa de se rendre à Saint-Denis, en 1233, en alléguant que la sainteté du temps ne lui ermeitait pas de monter à cheval (Féliien, Histoire de Vabbaye de Saint- Denis). I/état des voies publiques ne permettait plus guère d’autre moyen de transport.

Prohibition des voitures privées par Philippe le Bel . — Cependant, dès la fin du xine siècle (1294), Philippe le Bel défend aux bourgeoises d'avoir des chars ( Oraonn . des rois de France , I , 541).

Il s’agit certainement, dans cette ordonnance, des lourds chariots mentionnés plus haut. L'ordonnance de l’hôtel de Philippe le Long, citée par Martène {Thésaurus anecdotor., t. 1 , C. 1353) , dit qu’il y aura, en la chambre du roi , un chariot à cinq chevaux , qui serviront le roi et seront dans son écurie , et aura le Chartier douze deniers de gages par jour, et soixante sous pour robe, et ne mangeront point à cour. »

Usage de chars et chariots aux xivc et xve siècles. — Au xivc siècle, il est souvent question de chars ou chariots , servant à transporter les reines et les princesses. Froissart raconte , à l'année 1385, que les duchesses de Hainaut, de Brabant et de Bourgogne, « bien et grandement accompagnées de dames et demoiselles, amenèrent , en chars couverts , la reine dame Isabelle de Bavière. » Lorsque cette reine fit son entrée dans Paris, en 1389, elle était, d’après le même historien, en litière découverte. Le moine de Saint- Denis, qui a écrit l'histoire de Charles VI, raconte que la reine était dans une litière à moitié couverte, pour la mettre à l'abri dusoleil, et qu'elle était suivie des princesses, chacune dans un char peint.

Eustache des Champs, poète de la fin du X)Ve siècle et du commencement du xv«, nous apprend que les femmes montaient ordinairement des haquenées ; mais qu'en cas de mauvais temps , elles se servaient de chars suspendus avec des chaînes, ornés de peintures à l’intérieur et à l'extérieur , et tapissés d’une espèce de drap qu’il appelle carnocas.

En 1406, Isabeau de Bavière entra dans Paris , sur un char couvert de drap d'or, d’après le récit de Juvénal des Ursins. Mathieu de Coussi , dans son Histoire de Charles Vif , décrit le char que Henri VI envoya, en 1445 , à Marguerite d’Anjou , comme présent de mariage. « 11 était plus richement orné et paré , dit cet historien , (lue depuis longtemps il n'en était parti d'Angleterre ; car il était couvert d'uu

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très-riche drap d’or et des armes de France et d'Angleterre; lequel chariot était tiré par six chevaux blancs de grand prix 5 il était orné par dedans et par dehors de plusieurs et diverses couleurs. »

Changement dans les voitures ; chariots hra,nlants ou suspendus. — 11 y eut, au xve siècle, une révolution dans les voitures. J u vénal des Ursins, décrivant l'entrée de la reine ïsabeau de Bavière dans Paris, en 1405 ( 22 octobre J, parle de litières et de chariots branlants couverts de draps d'or. Alain Chartier, dans les Vigiles du roi Charles Vil , se sert de la même expression, lorsqu'il veut montrer sa misère :

Car pour repos j’ai enfoulure

Pour chariots branlants brouettes

On avait donc commencé h suspendre le corps du chariot. Ces voitures sont probablement les mêmes que l'on trouve désignées sous le nom de chariots damerets ou de dames , dans un fragment de cérémonial manuscrit publié par Dunod ( Histoire de Céglise de Besançon, t. I, p. 267).

Epoque de François Ier ; carrosses. — Sous le règne de François 1er, on perfectionna ces voitures suspendues, et on leur donna la forme d'une caisse ou d’un petit cabinet. Cestmi^res, perfectionnées, reçurent le nom italien de carrosses. Le luxe fit alors de rapides progrès. Brantôme parle avec admiration de la magnificence de Marguerite de Valois: « is’en déplaise aux impératrices du temps passé, <lit-il dans ses Dames illustres , leurs magnificences décrites par Suétone, Pline -H autres, n’en ont rien approché. » Il ïdmire surtout ses litières tant dorées, font superbement couvertes et peintes de tant de belles devises , ses coches et carrosses de même.

Cependant, il ne faut pas oublier qu’à rette époque le luxe des voitures était ♦ncore réservé aux rois et aux princes. Ailles Le Maître , premier président du parlement de Paris, à la fin du xv>e siècle, avait passé avec ses fermiers un contrat que ses descendants montraient encore au xvue siècle. On y lisait « que les fermiers seraient tenus, la veille des quatre bonnes fêtes de l'année , et au temps des vendanges, de lui amener une charrette couverte , avec de bonne pallie fraîche dedans, pour y asseoir commodément Marie Sapin, sa femme, et sa fille Geneviève, comme aussi de lui amener un ên on et une ânesse nour faire monter dessus leur chambrière, pendant que lui (premier president), marcherait devant, monte

sur sa mute, accompagné de son clerc, qui serait à pied à ses côtés. » J, A. de T h ou i apporte, dans ses Mémoires? que sa mère ( femme du premier président Christophe de Tbou), fut la première femme, non princesse , à qui l'on permit d'avoir un carrosse.

Simplicité des carrosses de Henri IV*

— I^es carrosses de Henri IV étaient d’une grande simplicité. On se servait de raantelets ou rideaux de cuir pour empêcher le froid d'y pénétrer. Ce fut dans un de ces carrosses que Henri IV fut assassiné; il avait fait relever les mantelcts , parce que le temps était beau et qu'il voulait voir les préparatifs qu’on faisait par la ville pour l'entrée de la reine. L'usage des glaces pour les carrosses fut apporté d’Italie, et on prétend que ce fut Bassompierre qui le premier l'introduisit en France.

Les carrosses deviennent plus cornmunset plus magnifiques au xviic siècle .

— Pendant le xvii* siècle, l'usage des carrosses s'étendit de la cour à la noblesse , au clergé, à la magistrature et à la riche bourgeoisie. Les carrosses de cette époque différaient beaucoup et pour la forme, et pour les ornements de ceux de nos jours. Les banquettes étaient disposées daus le sens de la longueur, et il y avait place pour quatre ou cinq personnes de chaque côté. Les carrosses ne tardèrent pas à se charger de dorures et de toutes les délicatesses du luxe. Les nobles y placèrent leurs armoiries. Lorsqu’on voulait garder l'incognito, on prenait un carrosse gris ; le cardinal de Ret2 raconte qu’il se servait de cet équipage, lorsque sa promotion au cardinalat étant déjà connue, sans qu’il eût reçu ses bulles, il était forcé de garder l'incogniui.

Les grands et les ambassadeurs affichaient un luxe extraordinaire dans leurs voilures. Mme deMotteville raconte, en parlant de l'entrée des ambassadeurs de Pologne à Paris , « qu'après eux marchaient leurs carrosses couverts d’argent massif, partout où les nôtres ont du fer. » On lit dans un journal inédit de la Fronde, h la date des 24 et 26 avril 1650 (Bibliothèque Mazarine , manuscrit n° 1765, t. XV) • Qu'au cours de la Reine, les princes , princesses, seigneurs et grandes dames parurent en carrosses magnifiques :

«Mlle d'Orléans (la grande Mademoiselle) y était en son carrosse couvert partout sur le cuir de velours rouge cramoisi cloué à clous dorés. Le sieur de Brancas y était aussi en carrosse doré et avec franges d'or et d'argent, et le marquis de Vardes le jeune en avait un pa-

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