‹ Dictionnaire historique des institutionsChapitre 44 sur 224 · C64 LIE · texte numérisé non relu

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gistrat qui jugeait en l'absence du lieutenant général dans les présidiaux et autres justices royales. A Paris, le lieute riant particulier remplaçait le lieutenant civil. Il y avait souvent plusieurs lieute nants particuliers qui tenaient de mois en mois l'audience du présidial. Pendant que l'un y présidait, l’autre assistait à la chambre du conseil où se jugeaient les procès par écrit.

LIEUTENANTS DE ROT. — Les lieutenants de roi étaient des gouverneurs de villes importantes, ordinairement de ports et de forteresses , qui ne relevaient que du roi. Ils avaient été institués primitivement par défiance contre les gouverneurs dans les deux provinces de Bretagne et de Normandie. Louis XI V, dans un but fiscal, rendit, en février 1692 , un édit qui établissait des lieutenants de roi dans toutes les provinces.

II devait y en avoir treize en Guyenne; neuf en Languedoc; six en Picardie , en Artois et en Bourgogne ; quatre dans chacun des gouvernements de Flandre , Champagne , Lorraine , Luxembourg , Franche-Comté , Dauphiné , Poitou , Provence et Orléanais; trois dans le Maine ; deux dans chacun des gouvernements do l'Ile-de-France, Alsace, Saintonge, Angoumois , Anjou , Touraine , Berry, Marche , Limousin , Bourbonnais , Auvergne* Lyonnais, Havre de Grâce, et un seul dans chacun des gouvernements de Metz, Verdun , Toul , Foix, Roussillon, Béarn et Navarre , Saumur, Nivernais , etc. La Bretagne eut, vers le môme temps, un troisième lieutenant de roi établi à Nantes.

LIEUTENANT DE VAISSEAU. — Officier de marine qui commande un vaisseau de guerre en l'absence du capitaine.

LIEUTENANTS DES MARÉCHAUX DE FRANCE. — On fait remonter à Tannée 1351 la première institution des lieutenants des maréchaux de France ; ils étaient chargés primitivement de présider aux montres ou revues des armées. En 1651 , on établit dans chaque bailliage ou sénéchaussée un ou deux lieutenants des i maréchaux de France pour prononcer sur les différends qui pourraient s'élever entre les gentilshommes. En 1693, Louis XIV leur donna le titre de lieutenants des maréchaux de France , juges du point d% honneur ; leur charge devint un office militaire, et deux archers de la connétabl ie, qu’ils avaient droit de nommer, furent placés sous leurs ordres dans chaq vie bailliage. Un édit de 1704 confirma les offices et prérogatives des lieutenants des

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maréchaux de France . Us avaient rang immédiatement après les sénéchaux et baillis des provinces. Le nombre de ces officiers était d'abord de cent quarantecinq; mais il fut ensuite élevé à environ deux cents.

LIEUX PURLÏCS. — Il a existé de tout temps des maisons ou les voyageurs et les oisifs trouvaient le logement, la nourriture et quelquefois les recherches du luxe et des plaisirs. Nous ne devons traiter ici que des lieux publics, tels que les hôtelleries , auberges , cabarets , tavernes , etc. Il en est d’autres dont la nature de cet ouvrage nous interdit do parler.

Hôtelleries , auberges, cabarets , etc. — Les Romains avaient ordinairement leurs hôtelleries dans des lieux écartés et les nommaient diversoria (a divertendo , so détourner du chemin). En France, au contraire, les hôtelleries sont généralement situées sur Les routes et les grands chemins. Les lieux publics oh s'arrêtent les voyageurs sont désignés sous différents noms ; taverne (taberna) , mot tiré de laba ( planche), parce que primitivement ces maisons étaient des constructions fort légères; cabaret , qui, selon quelques auteurs , vient du grec kapè (xàTrvj), lieu ou Ton mange, d'oii Ton aurait fait capaf caparetum , puis cabaretum ; d'autres tirent ce mot du celtique ( voy. une dissertation sur ces étymologies dans la Collection des meilleures dissertations pour servir à V histoire de France par G. Leber, t. XI, p. 63 etsuiv.). Le mot auberge paraît venir de la langue germanique.

Les premières enseignes des hôtelleries furent des branches d’arbres, des couronnes de lierre, plante consacrée au dieu du vin, un bouchon, parfois le monogramme de l’hôte ou quelque signe symbolique. 11 était encore d’usage, au moyen âge, d’avoir recours ? pour achalander une auberge , à un procédé que de nos jours les petits marchands emloient quelquefois. Un homme se tenait la porte, et, quand il apercevait des voyageurs , il les invitait à entrer. C’es ainsi qu’on lit dans le fabliau des Trois aveugles de Compïègne , que les voyageurs arrivés dans la ville entendirent crier : Excellent vin , vin de Sois sons * vin d’Auxerre; poisson , bonne chère et à tous prix ; entrez. On trouve encore un autre exemple de cet usage dans le fabliau de Courtois dP Arras.

Les lieux publics , et spécialement les hôtelleries , cabarets , etc., ont été soumis dès l'origine à des règlements de police.

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Une ordonnance de saint Louis défendait expressément de recevoir dans les hôtelleries ceux qui avaient dans la ville un logement ( aliquam rnarisionem); les passants et les voyageurs devaient seuls y être admis. Les cabaretiers devaient fournir Ylierbe et la jonchée aux buveurs qui venaient s’attabler chez eux ( voy. Jonchées). Un règlement de 1550 relatif aux laverniers de Bordeaux en contient l’injonction expresse. On voit par l’ouvrage de Pierre des Fontaines intitulé Conseil à un ami que les cabaretiers répondaient de tous les vols et désordres commis chez eux. Saint Louis défendit à ses sénéchaux et autres officiers de fréquenter les tavernes ( Ordonnances, I, 66, 70 et 77 ). Un concile de Tours, tenu en 1282, interdisait à tout prêtre l’entrée d’une taverne ou d’un cabaret, à moins qu’il ne fut en voyage.

Saint Louis, plus sévère encore, avait fait la même défense à toute personne même laïque. François Ier, à l’occasion de désordres commis en Bretagne par des gens ivres , publia , en 1536, un édit qui s’appliquait à toutes les parties de la France. D’après cette loi , tout homme convaincu de s’être enivré, était condamné, pour la première fois , à subir la prison au pain et à l’eau ; pour une seconde faute , il devait être fouette ; pour une troisième, même châtiment inflige publiquement; enfin , une quatrième récidivé était punie du bannissement avec amputation des oreilles.

L’excessive sévérité de pareilles lois les rendait inapplicables, il régnait d’ailleurs autrefois d’étranges préjugés sur l’ivresse qui conspiraient avec la sensualité pour éluder les ordonnances des rois de France. On soutenait sérieusement que l’ivresse était quelquefois salutaire. La preuve de ces opinions bizarres ne se trouve pas seulement dans une vieille chanson de table dont le refrain , s’appuyant sur l'autorité d’Hippocrate, déclare

Qu’il faut h chaque mois

S’enivrer au moins une fois ,

un médecin célèbre du moyen âge , Arnaud de Villeneuve, examine cette question dans son traité d’hygiène ( de rcgimine sanitatis ). « Quelques-uns, dit-il, prétendent qu’il est salutaire pour la santé de s’enivrer une ou deux fois le mois avec du vin, soit parce qu’il en résulte un long et profond sommeil, qui , en laissant reposer les fonctions animales , fortifie les fonctions naturelles; soit, parce que les sécrétions, les sueurs et le vomissement, qui en sont la suite, purgent le corps des

humeurs nuisibles et superflues qu’il contenait. Pour moi, je ne voudrais le permettre qu’à ceux dont le régime est mauvais, et, dans ce cas, leur conseillerais-je de ne pas pousser l’ivresse trop loin, de peur de nuire au cerveau et d'atîaiblir les fonctions animales, plus que le repos ne pourrait les fortifier. L’ivresse qu’on se procure doit donc être légère, suffisante seulement pour provoquer le sommeil et pour dissiper tout à fait les inquiétudes qu’on pourrait avoir sur sa tempérance.

La pousser plus loin serait contre les mœurs et contre le vœu de .a nature. » (Le Grand d'Aussy, Vie privée des Français.)

Au xvi° siècle , l’ordonnance d’Orléans (t 56 1 ) renouvela les anciennes prohibitions ; elle défendit aux cabaretiers do donner à manger ou à boire, chez eux, aux habitants du pays, sous peine d’amende pour la première fois et de piison pour récidive. Une ordonnance de police, en date du 2i juillet 1564, enjoignit aux cabaretiers , hôteliers , taverniers , etc., de jurer l’exécution des règlements qui les concernaient, principalement pour le prix des denrées (de La Marre, Traité de la police , 111 , 723-724). Un arrêt rendu en 17 32 par le parlement tie Besançon renouvela la défense de donner à manger et à boire à d’autres qu’aux voyageurs.

Ces dispositions furent en vigueur jusqu’à la Révolution, mais depuis longtemps elles ne recevaient plus d’exécutiun.

Les cabarets, tavernes, hôtelleries continuèrent donc d’être fréquentés, et tout ce que put faire l’administration fut de surveiller ces lieux publics et d’y maintenir l’ordre. On prescrivit aux cabaretiers , laverniers et aubergistes de se munir d’une autorisation préalable, d’observer les ordonnances relatives auxmonnaies, et de faire afficher un tarif du prix des denrées qu’ils mettaient en vente.

Une ordonnance du 30 mars 1635 leur défendit de loger ni nourrir aucune personne suspecte (de La Marre, Traité de la police, I, 137; ; ils, furent astreints à tenir registre des personnes qu’ils recevaient et a en donner avis aux commissaires de police ( ibid ., p. 145). Les cabaretiers et limonadiers ne pouvaient, au xvne siècle, garder personne chez eux après huit heures du soir en hiver et dix heures en été. La police prenait en même temps d’utiles mesures pour prévenir l’altération des vins qui avaitexcité depuis longtemps de vives réclamations. Une ordonnance fort ancienne ( 27 septembre 1 37 0, rendue par le prévôt de Paris , autorisait les consommateurs à voir tirer le vin du tonneau (de La Marre, ibid., p. 615), et con-

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damnait à quatre livres parisis d'amende ie tavernier qui aurait tenté de s’y opposer. Ces précautions furent peu efficaces ; car, aux états généraux de 1484 , on se plaignit encore de l’altération des vins, et les ordonnances relatées dans le Truité de police par de La Marre, prouvent qu’on fut obligé de répéter souvent ces prohibitions. De nos jours , les lieux publics sont soumis, comme autrefois, à la surveillance de la police et a l'autorité municipale. Voy. Cafés.

Bains , Courtilles , Guinguettes. — Parmi les lieux publics, il faut comprendre les bains , courtilles et guinguettes. J'ai arlé, au mot Baigneuk , des bains pulics et d’un usage de l'ancienne France qui transformait certaines maisons de bains en véritables hôtelleries. On appelait autrefois courtilles les jardins et surtout les jardins publics où le peuple se rendait les jours de fête. CVst de là que le nom de courtille est resté à quelques guinguettes de Paris. Il y avait autrefois la courtille du Temple , la courtille Bar bette , la courtille Saint- Martin , etc. — Le mot guinguette ne paraît pas remonter à une époque fort ancienne. Au xvm* siècle, il désignait tantôt un cabaret, tantôt les petites maisons situées dans les faubourgs de Par is ou aux environs. L'avocat Barbier, parlant d’un Nicolaï ( Journal , t, 350), dit qu'il « avait emprunté une maison guinguette , que Samuel Bernard avait à Auteuil. »

L1ÈVE. — Mot ancien qui servait, Jusqu'au xvme siècle , à désigner, dans les archives, les registres de" baux, de rentes, de cens et d’autres droits seigneuriaux.

LIÈVRE ( Chevaliers du). — Ce mot de chevaliers du lièvre fut donné aux seigneurs qui reçurent l'ordre de chevalerie dans les circonstances suivantes : les armées flamande et française étaient en présence et sur le point d'en venir aux mains. Une émotion extraordinaire dans les rangs de l'armée française, fit croire à une attaque de l’ennemi, et aussitôt plusieurs seigneurs se présentèrent au comte de Hainaut et lui demandèrent l’ordre de chevalerie qu’il leur conféra. Mais on reconnut bientôt que ce mouvement était causé par des Lièvres que poursuivaient les soldats; ce fut laie seul engagement de la journée, et les nouveaux chevaliers furent désignés sous le nom de chevaliers du lièvre.

LIGNAGER (Retrait). — On appelait retrait lignager une disposition introduite dans l'ancien droit français , pour

conserver, autant que possible, les biens dans les familles. En vertu de ce droit, un parent du côté et ligne , d’où un bien était venu, pouvait retirer ce bien des mains de celui qui l’avait acheté, pourvu que l’action en retrait lignager eût été intentée dans le délai d’an et jour et avec toutes les formalités requises. Le retrait lignager n’était en vigueur que dans les pays de droit coutumier. Voy., pour les détails , Claude de Ferrière, Dictionnaire de droit , v° Retrait étranger .

LIGUE. — Union et confédération entre des princes et des États. Les ligues peuvent être offensives et défensives , et dans ce cas les États coalisés se doivent aide et secours pour l’attaque comme pour la défense. Si la ligue est simplement défensive, les coalisés ne se doivent aide que lorsqu’ils sont attaqués par une puissance étrangère. Le mot ligue , employé seul, s’applique ordinairement, dans l’histoire de Fiance, à la sainte Ligue .

LIGUE ( Sainte). - — Ce terme désigne dans l'histoire de France une association aui s’est formée en 1577 et a créé un État clans l’État. Elle avait été précédée de ligues provinciales organisées dès 1568 et destinées ‘à imposer à Catherine de Médicis et à Charles W l’extermination du parti protestant. Mais ce ne fut qu’après la paix de Beaulieu , en 1576, que la Ligue qui se proclamait sainte , prit un caractère menaçant. Henri de Condé, un des chefs du parti protestant, venait d'être nommé gouverneur de Picardie. Les catholiques de cette province s’émurent.

Le sire d’Humières, gouverneur de Péronne et partisan zélé des Guises, lit aussitôt signer un formulaire de foi pour la défense de la religion catholique envers et contre tous. Il y était question des franchises provinciales qu’on devait rétablir dans l’état où elles étaient du temps de Clovis. Cette association se propagea rapidement "et reçut de nombreuses adhésions dans les provinces. Henri UI ne sut ni la combattre ni la diriger ; il s’en déclara le chef et regarda comme un trait de profonde habileté d'avoir détrôné le duc de Guise , roi de la Ligue. Mais , par cette duplicité, Henri se rendit odieux aux protestants, sans gagner la confiance des ligueurs. Le véritable chef de ce parti fut toujours le Balafré. Les états généraux de 1577 , nommés sous l’influence de la Ligue, imposèrent à Henri III ie renouvellement de la guerre contre les protestants. Suspendue presque immédiatement par le traité de Nérac ( 1 579) , elle se ralluma encore en 1580 ; mais comme Henri de Navarre avait obtenu tout

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l’avantage, Catherine de Médicis en profita pour conclure la paix de Fleix en Périgord. La Ligue parut assoupie, et, sans se dissoudre , cette vaste association s’effaça jusqu’en \ 584. La mort du duc d’Anjou, François d’Alençon , frère de Henri III et héritier présomptif de la couronne, lui fournit un nouveau prétexte pour prendre les armes. Henri III n’avait pas de postérité directe et avait même perdu l’espérance d’en avoir; la couronne revenait au roi de Navarre , Henri de Bourbon, qui était protestant.

Aussitôt éclata une indignation réelle ou simulée contre les prétentions d’un hérétique à la couronne de France. La ligue se réorganisa et mit à sa tète Charles de Bourbon , oncle du roi de Navarre.

Mais ce prélat ne fut que le chef nominal de la Ligue ; l’àme de cette association était toujours Henri de Guise. Les affidés de cette maison faisaient circuler une généalogie, par laquelle les Guises remontaient à Charlemagne et avaient à la couronne de France des droits antérieurs à ceux des Capétiens.

La Ligue ne se contenta pas des forces que lui donnaient ses vastes ramifications. Elle s’était créé des alliés à l’extérieur. Philippe II signa avec les Guises le traité de Joinville (décembre 1584) par lequel il s’engageait à leur fournir des secours d’hommes et d’argent pour empêcher le roi de Navarre de monter sur le trône. La Ligue se crut alors assez puissante pour publier son manifeste. 11 parut au mois de mars 1585; Henri II I voulut un instant opposer une résistance armée aux prétentions des ligueurs. Mais, trahi par sa faiblesse, il signa, au mois de juillet 1585 , le traité de Nemours qui proscrivait les protestants et excluait du trône un prince huguenot. Henri de Bourbon en apuela à Dieu et à son épée; ce fut en vain que Catherine de Médicis se jeta entre les deux partis et voulut déterminer le roi de Navarre à se faire catholique; toutes les négociations échouèrent. Le roi de Navarre triompha à Contras (1587) , pendant que le Balafré battait les reîtres à Vimori et à Auneau. Les ligueurs ne gardèrent plus alors aucune mesure. Il s’était organisé à Paris un conseil central de la Ligue appelé conseil des Seize , parce qu’il était choisi dans les seize quartiers de cette ville. Composée de curés et d’orateurs populaires, cette assemblée était le foyer des passions les plus violentes et d’une démagogie furieuse, qui se couvrait du masque de la religion. Plusieurs tentatives pour enlever Henri III ayant échoué, les Seize rappelèrent à Paris Henri de Guise; il y

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entra malgré la défense du roi, et vint braver Henri III jusque dans son Louvre. Les Suisses que le roi appela dans Paris furent désarmes, et le roi s’enfuit devant les barricades ( 1588). Mais le duc de Guise ne lut audacieux qu’à demi ; le cœur lui faillit au dernier moment et il n’osa porter la main sur la couronne. Vaine-' ment il tenta de rappeler le roi dans Paris ; le traité de Rouen que Henri III signa avec les ligueurs et où il leur accordait des conditions encore plus favorables qu’à Nemours ne servit qu’à dissimuler ses projets. Les États furent convoqués à Blois , et Guise y tomba sous le poignard des assassins ( 22 décembre 1588 ). Ce crime porta jusqu’à la frénésie la fureur de la Ligue; les statues du roi brisées , Mayenne proclamé lieutenant général du royaume, le parlement emprisonné , des sermons où le cynisme du langage égalait la violence des"passions , tout se réunit pour donner à Paris une physionomie révolutionnaire. La plupart des villes suivirent cet exemple, Henri III s’unit alors à Henri de Navarre (1589); tous deux marchèrent sur Paris et en formèrent le siège. L’assassinat du roi de France par Jacques Clément fut une conséquence des passions furieuses qu’avait déchaînées la Ligue. Elles se soutinrent quelque temps encore exaltées par des prédications continuelles. Les défaites mêmes ne les abattirent pas. Les victoires de Henri IV à Arques (1589), et à Ivrv (1590) rie purent désarmer les ligueurs. L’Espagne qui ne cherchait qu’à perpétuer la guerre fit intervenir deux fois son plus grand capitaine , Alexandre Farnôse, pour délivrer Paris et Rouen (1591 et 1592); mais elle voulait une récompense de ses services , et demandait la couronne de France pour l’infante Claire-Eugénie. Les états de la L igue , réunis en 1593, paraissaient assez disposés à sacrifier la France à l’Espagne; mais la déclaration du parlement qui proclamait la loi salique constitution fondamentale du royaume, l’apparition de ia satyre Ménippée critique mordante des états, l’abjuration de Henri IV changèrent les esprits ; la Ligue fut vaincue plus encore par l’opinion que par les armes.

Paris ouvrit ses portes à Henri IV (1594) ; les Espagnols furent battus en Bourgogne où ils avaient fait une invasion (1595). Des négociations habilement dirigées achevèrent ce que les armes victorieuses de Henri avaient commencé ; les gouverneurs de province transigèrent et vendirent leur soumission. L’édit de Nantes, signé en i598, termina les guerres de religion et fit disparaître les derniers

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