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xni* siècle et meme au delà, on réservait les pierres de taille et les briques pour les églises , pour les palais des rois et les manoirs de l’aristocratie féodale. Il a été question ailleurs des églises et des châteaux ( voy. Église et Ciiateauxforts); nous nous proposons dans cet article de parler surtout des maisons élevées par la bourgeoisie.

§ Ier. Maisons des bourgeois aux xue et xme siècles . — Les premiers progrès dans les maisons des bourgeois répondent à l’émancipation des communes enrichies par le commerce. On en signale quelques-unes qui remontent aux xue et xme siècles. Construites en pierres, percées de fenêtres cintrées ou ogivales, couronnées de créneaux comme les forteresses , elles sont plus solides qu’élégantes. Elles étaient souvent garnies de tours. M. Augustin Thierry, parlant de la révolution communale de Vézelay, signale la construction d’une de ces tours. « Un des plus considérables bourgeois , nommé Simon, jeta les fondements d’une grosse tour carrée, comme celles dont les restes se voient à Toulouse, à Arles et dans plusieurs villes dTtalie. Ces tours auxquelles la tradition joint encore le nom de leur premier possesseur, donnent une grande idée de l’importance individuelle des riches bourgeois du moyen âge. Cet appareil seigneurial n’était pas , dans les grandes villes de commune, le privilège exclusif d’un petit nombre a’hommes; Avignon, au commencement du xme siècle, ne comptait pas moins de trois cents maisons garnies de tours. >* Le même écrivain a cité, dans son histoire de la commune de Vézelay, un texte qui prouve que ces tours étaient de véritables fortifications. Le pape écrivant au roi de France à l’occasion de la révolte de cette commune parle de l'insolence des bourgeois qui se confient dans les fortifications de pierre qu’ils ont élevées devant leurs maisons.

§ II. Maisons aux xive et xve siècles. — Au xive siècle et surtout au xve, la bourgeoisie enrichie par le commerce commença à rivaliser de luxe avec les nobles. Un marchand de Bourges, Jacques Cœur, se lit construire un hôtel dont on admire encore aujourd’hui les sculptures , les tourelles et l’ornementation aussi riche qu’élégante. La devise de Jacques Cœur : A vaillants cœurs riens impossible s’étale sur cette maison en lettres découpées à jour avec une grande délicatesse.

Des bas-reliefs d’une exécution remarquable décorent la cour intérieure; les toits sont chargés d'ornements et de statuettes en plomb. Quoique l’on puisse reprocher à

ces constructions leur peu de régularité, il est impossible de n’en pas admirer la légèreté et la hardiesse. On pourrait encore citer une autre maison de Jacques Cœur qui avait été construite dans la rue de VHomme armé à Paris. La cour intérieure des maisons de cette époque était quelquefois entourée d’une galerie qui servait de promenoire. JJ Histoire de Charles VI par le moine de Saint-Denis nous apprend que l’hôtel Saint-Pol habité par ce roi avait une galerie qui tournait autour de la cour et où Charles VI était dans l’usage de se promener.

L’exploitation des carrières de plâtre, l’emploi de la tuile pour couvrir les maisons et plus tard la découverte des ardoises qui tirèrent leur nom d’Ardes en Irlande et qui furent employées dans diverses parties de la France , changèrent entièrement l’aspect des maisons. Ce ne fut qu’au xve siècle que l’usage de l’ardoise pour couvrir les maisons se répandit en France. On trouve en 1465 une maison désignée sous le nom d 'Hôtel d%ar« doise dans la chronique de J. de Troyes; ce qui prouve que l’ardoise commençait à peine à être connue à cette époque. On s’en servit pour protéger les poutres qui entraient dans la construction des maisons aussi bien que pour couvrir les toits.

§ III. Progrès dans la construction des maisons au xvie siècle . — Ce fut principalement au xvie siècle que les maisons bourgeoises rivalisèrent de luxe avec les manoirs féodaux. « On voit généralement, dit Claude de Seyssel dans ses louanges du bon roi Louis XII , on voit générale* ment par tout le royaume bâtir grands édifices tant publics que privés. Les maL sons sont meublées de toutes choses plus somptueusement que jamais elles ne furent. » On emprunta vers ce temps à l’Italie le goût de constructions plus élégantes et on se moqua des lourdes habitations des siècles précédents. Henri Estienne en parle avec mépris dans V Apologie d’Hérodote . « Je n’oublierai pas, dit-il, leur façon de bâtir qui était telle qu'ils se privaient presque de toutes les commodités, lesquelles aujourd’hui nous recherchons, et à bon droit, dans nos bâtiments ; et se peut quasi dire qu’ils s’emprisonnaient en leurs maisons , c’est-àdire faisaient leurs maisons en façon de prisons ; car ne se souciant que de faire de grosses murailles et épaisses iis se privaient de la commodité de la clarté, faute d’avoir l’esprit de faire le fenestrage tel qu’on le fait aujourd’hui. Au lieu qu’ils se pouvaient mettre au large , ils se mettaient à l’étroit faisant force trous ou nids

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Au xvic siècle /au contraire, les maisons joignirent l’élégance à la solidité.

Plusieurs villes de France et de Belgique, entre autres Rouen, Strasbourg, Bruges, Gand , montrent encore aujourd’hui ces maisons de bourgeois où s’étalent des arabesques et tous les caprices ingénieux de l’architecture de la renaissance. Les arts du charpentier, du maçon , du couvreur concoururent à la solidité et à la beauté de ces habitations. Des tourelles en saillie ou , pour employer le mot technique, en encorbellement, étaient souvent construites à l’angle des maisons et servaient de cage à l’escalier ou ménageaient des pièces d’ou la vue s’étendait au loin. On admire encore aujourd’hui ces tourelles sculptées , chargées d’images de saints ou de ligures fantastiques; les fenctres formaient des cintres surbaissés appelés vulgairement cintres en anse de panier. Quelquefois les étages étaient en saillie et tonnaient ce qu’on appelait des avant-soliers , espèces de galeries couvertes qui protégeaient contre la pluie ou l’ardeur du soleil les bourgeois qui devisaient assis sur une poutre ou sur un banc de pierre devant la porte du logis. Il n’est pas rare de voir dans nos vieilles villes quelques-unes de ces maisons qui surplomblent et semblent menacer ruine. Un des ornements usités à cette époque étaient les devises qui tantôt prêchaient aux passants la loi de r Dieu tantôt rappelaient quelques maximes de la sagesse humaine. C’est une coutume conservée encore aujourd’hui en Alsace et en Suisse. On trouve aussi en Norman-

Îdie des maisons sur lesquelles sont gravées des légendes. La devise suivante se lit sur une vieille maison de Rouen :

Cui dormis est Tictusque decens et patria dulcis, Sunt satis hæo vitæ ; cætera, cura, labor.

(Maison et table convenable , douce pa- : trie , suffisent à l’homme. Le reste n’est que fatigue et souci.) Ces devises encadraient souvent des armes parlantes ou quelque figure bizarre qui servait d’enseigne à la maison et donnait même quelquefois son nom à la rue. La rue de la Truie qui file à Paris, du Renard qui prêche à Strasbourg n’ont pas d’autre origine.

Les toits des maisons de cette époque sont élevés et aigus; le climat de nos contrées semblait imposer cette disposition qui facilitait l’écoulement des eaux et des neiges. Au faîte du toit on remarque un couronnement en plomb ou en fer battu qui donne de la légèreté et de la hardiesse à la toiture; cette crête est souvent surmontée à9 épis en fer, de gi-

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rouettes et autres ornements. Le pignon ou mur terminé en pointe qui soutenait le faîtage était une des parties delà maison que l’on ornait avec le plus de soin. Dans les maisons de cette époque, le pignon était souvent crénelé ; il était un des signes de la richesse du propriétaire, et l’expression proverbiale avoir pignon sur rue rappelle encore cet ancien usage.

Si l’on pénétrait dans ces maisons de la riche bourgeoisie, on trouvait d’immenses cheminées sculptées avec goût et assez larges pour qu’on s’abritât sous leur manteau. 11 y avait même souvent des escabeaux ménagés à l’intérieur. Mais le jour n’arrivait qu’affaibli et terne à travers les châssis en plomb oii étaient encadrés de petits vitrages. Les portes étaient mal closes. Les larges dalles étaient froides et les tapisseries qui ornaient les murailles étaient soulevées par la bise qui sifflait dans ces grandes salles et à travers ces longs corridors. Il y avait déjà du luxe et de l’opulence dans les maisons; le confortable , pour employer un mot tout moderne comme l’idée qu’il représente, le confortable manquait.

S IV. Des maisons au xvnc siècle. — Au xvne siècle, un nouveau progrès s’accom pl i t. L'arch i tecture bou rgeoise fut moins élégante. Mais on remplaça les carreaux , les briques ou les dalles par un parquet de menuiserie. Ce fut pendant longtemps un luxe des grandes maisons.

Mm« de Sévigné en parle en 1677 (lettre du 7 octobre) .* « Il faut se passer de parquets et de petites cheminées à la mode. » C’est donc aussi vers cette époque que l’on substitua de petites cheminées aux cheminées gigantesques du xvie siècle; le luxe ne tarda pas à en faire un des principaux ornements des maisons (voy.

Meubles). Pendant longtemps les solives des plafonds restèrent à découvert; on les a peu à peu fait disparaître sous une couche de plâtre, et le luxe moderne a chargé ces plafonds de moulures et de dorures.

On ne peut méconnaître l’immense progrès qui nous a élevés de la chaumière du Gaulois et de la métairie du Franc , à la solidité, à la salubrité et souvent même à l’élégance des maisons modernes. Il suffit de rappeler ce qu’étaient les anciennes demeures royales pour juger de l’espace que nous avons parcouru. « Les sièges des chambres , dit Sauvai , et même de la chambre du roi , aussi bien que de celle de la reine , depuis saint Louis jusqu’à François Ier, étaient des escabelles , des bancs, des tréteaux , et il n'y avait que la reine qui eût des sièges de bois pliant. Les poutres et les solives des apparte-

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