‹ Dictionnaire historique des institutionsChapitre 65 sur 224 · MARIAGE PAR PAROLES DE FUTUR · texte numérisé non relu

MARIAGE PAR PAROLES DE FUTUR

— Gette espèce de mariage consistait en une promesse suivie de cohabitation ; elle avait été pendant quelque temps tolérée; mais le concile de Trente déclara nuis les mariages par paroles de futur , et ils furent prohibés par Les ordonnances des rois de France.

MARIAGE PAR PROCUREUR. — Le mariage par procureur ou par représentant qui est encore usité pour les rois et princes avait lieu autrefois avec des formalités qui méritent d'être rappelées.

Lorsqu'en 1489 Maximilien d’Autriche épousa par procureur Anne de Bretagne, son ambassadeur, après avoir reçu la bénédiction nuptiale, mit une jambe nue dans le lit où. était couchée Anne de Bretagne. Ce mariage par procuration ne fut pas cependant considéré comme valable , parce qu'une vassale ne pouvait disposer de sa personne sans le consentement de

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son seigneur suzerain. Anne de Bretagne épousa dans la suite le roi de France Charles VI II.

MARINE. — Il a été question de la marine marchande aux mots Commerce et Navigation. Nous n'avons à nous occu-

fier dans cet article que de la marine miitaire qui a joué un grand rôle dans l’histoire de la France.

Marine militaire à V époque des Francs .

— Les Gaulois avaient une marine , comme le prouvent les Commentaires de César sur la guerre des Gaules ( livre III, chap. xiii et xiv). Les Venètes ou habitants du pays de Vannes livrèrent aux Romains une bataille navale, dans laquelle la victoire fut longtemps disputée ( 56 avant J. C.). Sous la domination romaine , les Gaulois conservèrent leur réputation d’excellents marins, ainsi que l’atteste le passage suivant de l’évêque de Clermont, Sidoine Apollinaire. « Chez les Gaulois, dit-il, chaque matelot est aussi adroit et aussi instruit que les meilleurs pilotes des autres nations. S’il faut en venir à l’abordage, ils ont plus tôt sauté dans le vaisseau ennemi, plus tôt renversé ceux qui osent leur résister qu’on ne s’attendait à les voir. Poursuivent-ils un vaisseau, quelque bon voilier qu’il soit, ils s’en emparent infailliblement.

Obligés de battre en retraite , ils mettent tant d’ensemble et de hardiesse dans leurs manœuvres qu’on ne peut leur reprocher la honte de la fuite. En un mot , on dirait qu’ils se jouent des vents , des Ilots et de la mort même. » Les Francs qui firent la conquête de la Gaule étaient renommés , comme les Gaulois ? pour leur intrépidité sur mer. Une colonie de ce peuple, ayant été transplantée par l’empereur Probus sur les côtes de la mer Noire, parvint à se procurer quelques barques, traversa la mer Noire, le détroit de Constantinople, la mer de Marmara, les Dardanelles, l’Archipel , la Méditerranée , le détroit de Gibraltar, et revint dans son pays par l’Océan et le Rnin. Les Francs établis en Gaule continuèrent d’avoir une marine sur l’Océan. Nous voyons, en effet , qu’un roi danois ayant tenté une descente dans les États de Thierry I, fils de Clovis, Thierry envoya contre lui son fils aîné nommé Théodebert , et que la flotte des Francs défit la flotte danoise , pendant que Théodebert triomphait des pirates qui avaient envahi le continent. Grégoire de Tours parle positivement d’une bataille navale (Navali prælioy Grég. deTours, III, 3). Peu de temps après, Théodebert obtint, par un traité signé avec l’empereur Justinien, l’abandon ae la province de Marseille et

du littoral de la Méditerranée. Les Francs furent alors, dit Procope, en possession de cette mer. Sous les fils de Clotaire I, il est encore question de la flotte des Francs. Gontran, roi des Burgondes, étant en guerre avec Léovigilde , roi des Visigoths, envoya des vaisseaux ravager les côtes de la Galice. Il paraît, d’après le récit des continuateurs de Frédégaire et par la chronique d’Aimoin, que Charles Martel dirigea une expédition maritime contre les Frisons et qu’il y réussit avec son bonheur ordinaire. Charlemagne entretint des flottes considérables , l’une sur l’Océan et l’autre sur la Méditerranée. Il avait aussi des barques armées à l'embouchure des grands fleuves pour repousser les pirates du Nord ou Normands. Sous ses successeurs, la marine fut abandonnée , lorsque l’empire franc tomba en pleine dissolution. Mais les Normands établis en 912 sur la côte occidentale de la France , dans l’ancienne Neustrie , avaient une puissante marine que mentionnent souvent les écrivains des xe et xie siècles.

Marine des Normands . — Les Normands ou hommes du Nord s’étaient rendus célèbres par leurs pirateries au ix® siècle; ils remontaient les fleuves sur des barques légères , auxquelles ils donnaient quelquefois la forme de dragons.

Un écrivain du xie siècle , l’auteur de Y Eloge d'Emma ( Emmæ Encomium ) nous a laissé une description des vaisseaux normands qui est confirmée par la tapisserie de Mathilde. « A la poupe , dit-il , on voyait un lion doré ; au haut des mâts , des oiseaux signalaient par leurs évolutions la direction des vents. Des dragons de formes différentes lançaient des flammes par leurs naseaux. »

L’auteur décrit avec de pompeux détails les ornements d’or et d’argent dont les vaisseaux étaient surchargés; on peut trouver de l’exagération dans son récit, mais ce n’est que l’exagération de la réalité. Ce qui est certain , c’est que la marine des Normands était très-puissante à l’époque de Guillaume le Conquérant. On trouve dans un manuscrit du British muséum , cité par Lyttelton, Histoire de Henri II (t. I , p. 463), une énumération de forces maritimes dont disposait le conquéran t, lorsqu'il envahit l’A ngleterre. On voit que les principaux vassaux de son duché équipèrent à leurs frais un grand nombre de navires. Guillaume , fils d’Osbern , en arma soixante ; Hugues de Montfort, cinquante; l’abbé de Saint- Ouen de Rouen , vingt ; Robert , comte d’Eu, soixante, etc. Ces chiffres indiquent assez qu’il ne s’agissait que de

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grandes barques armées en guerre; ce qeai s'applique à tous les vaisseaux de guerre du moyen âge.

Marine militaire sous les Capétiens.

— Le système féodal priva les rois de France de toute puissance sur l’Océan et la Méditerranée, et la marine ne se releva qu'à l'époque où les rois capétiens s'emparèrent de la Normandie et des provinces méridionales de la France. Philippe Auguste n'avait pas encore de flotte, lorsqu'il partit pour la première croisade; il fut obligé d'emprunter des vaisseaux aux Génois. Mais après la conquête de la Normandie (1204), il fut en état d’équiper une flotte qui , si l’on en croit le poète chroniqueur Guillaume le Breton, s’élevait à plus de dix-sept cents voiles. Saint Louis mit en mer quatre-vingts vaisseaux pour protéger les côtes de Poitou contre les attaques des Anglais (1242). Au moment de la croisade, il réunit une flotte dans le port d’Aîgues-Mortes (Gard) qu'il avaitachetée sur la Méditerranée. Cefutlà qu'il s’embarqua pour ses deux croisades. Cependant les rois de France ses successeurs , quoique maîtres d’une grande partie des côtes de l’Océan et de la Méditerranée , eurent souvent recours aux puissances étrangères pour équiper des flottes. O11 voit Philippe le Bel s’adresser aux Danois et Philippe VI aux Génois pour en obtenir des vaisseaux et pouvoir lutter contre la marine anglaise. La flotte qui fut vaincue h la bataille de l’Écluse ( 1 340 ) était composée en partie de vaisseaux génois ; elle comprenait plus de cent vingt gros navires qui portaient environ quarante mille hommes. La marine, abandonnée sous le roi Jean , se releva sous Charles V; en 1369 , il réunit une flotte nombreuse àHarfleur; en i372 ilennnt une autre en mer, et les Français secondés par les Castillans remportèrent une grande victoire navale sur les Anglais à la hauteur de laBoehelle. Enfin, en 1377, Jean de Vienne , amiral de France, ravagea les côtes d’Angleterre. Au commencement du règne de Charles VI, il y eut quelques préparatifs faits pour* tenter une descente en Angleterre; mais ces projets ne réussirent pas , et bientôt la folie de Charles Vî et les malheurs qui en furent la suite ruinèrent la puissance maritime de la France. Charles VII et lacques Cœur cherchèrent h la relever; mais on ne voit pas que la France ait eu & cette époque de marine militaire, lien <at de même sous Louis XI , Charles Vlll £t Louis XII.

Progrès de la marine militaire sous François l\ — François I , en lutte avec Henri VIII, s’occupa plus sérieuse-

ment de la marine. Il creusa un port à l'embouchure de la Seine, et donna à ce nouveau havre le nom de Ville française. Le nom populaire de Havre de Grâce a prévalu. François I y réunit en 1545 une flotte, qui, selon Martin Dubeliay, comptait cent cinquante gros bâtiments, soixante petits navires et vingtr-cinq galères tirées de la Méditerranée. Le but de cet armement formidable était de reprendre Boulogne sur les Anglais. L'amiral d’Annebaut, qui commandait la flotte, fit une descente dans l’îLe de Wight et ravagea une partie de la côte d’Angleterre, mais il ne parvint pas à reprendre Boulogne. Plusieurs ordonnances de François I , publiées dans le Recueil des ancicm^ies lois françaises (XII, 137 et 854), réglèrent la juridiction maritime, veillèrent à l'etablissement des gardes-côtes ou troupes chargées de la défense des contrées maritimes, régularisèrent le partage des prises et fixèrent les droits de l’amiral et de ses lieutenants. Henri II entretint, comme son père , des flottes sur l’Océan et sur la Méditerranée. Mais après sa mort (1559), pendant l’époque désastreuse des guerres de religion , la marine française fut presque entièrement détruite. Henri IV ne put la rétablir, comme il l’aurait désire, et l’on vit sous ce règne une preuve de l’abaissement où elle était tombée. En 1603, la frégate, qui portait Sully en Angleterre, fut sommée par un amiral anglais de baisser pavillon. Sur le refus du commandant de la frégate, l’Anglais menaça de faire feu. Sully se vit obligé d’obéir aux ordres de cet étranger. Sans cela, il n'y a pointée doute qu’H n’y eût eu de la batterie, où apparemment la France eût été la plus faible ; ce que vous couvrîtes sagement , » ajoutent les secrétaires rédacteurs des mémoires de Sully (Mémoires de Sully , édit. Petitot , IV, 297). Cette home dut être cruelle pourun homme de cœur comme Sully; mais une marine se crée lentement,, et l’époque pendant laquelle Henri IV put s'occuper d'administration ne fut pas assez longue pour qu’il organisât la puissance maritime de la France. Cette gloire était réservée à Richelieu.

Organisation de la marine militaire par Richelieu . — Ce ministre avait aussi éprouvé au commencement de son administration le danger de n’avoir pas de marine. Il n’avait pu dompter les protestants en 1625, parce qu’il manquait de vaisseaux. En 1626 , il racheta de Henri de Montmorency la dignité de grand amiral et sfempara de la direction de la marine sous le titre de grand maître et surin -

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tendant de la navigation . Il fit alors adopter par Louis XIII les solides maximes qu’il a consignées dans son Testament nolitique (fl® partie, chap. ix , S 5) : « 11 semble, dit-il au roi, que la nature ait voulu offrir l’empire de la mer à la France par l’avantageuse situation de ses deux côtes, également pourvues d’excellents ports aux deux mers Océane et Méditerranée. Si Votre Majesté a toujours dans ses ports quarante bons vaisseaux bien outillés et bien équipés , prêts à mettre en mer aux premières occasions , elle en aura suffisamment pour se garantir de toute injure et se faire craindre dans toutes les mers par ceux qui jusqu’à présent y ont méprisé ses forces. Avec trente galères, Votre Majesté ne balancera pas seulement la puissance d’Espagne, qui peut par l’assistance de ses alliés en mettre cinquante en corps; mais elle la surmontera par la raison de l’union qui redouble la puissance des forces qu'elle unit. Vos galères pouvant demeurer en corps, soit à Marseille, soit à Toulon , elles seront toujours en état de s’opposer à celles d’Espagne , tellement séparées par la situation politique de ce royaume qu’elles ne peuvent s'assembler sans passer à la vue des ports et des rades de Provence, et même sans y mouiller quelquefois à cause des tempêtes qui les surprennent à demi-canal et que ces vaisseaux légers ne peuvent supporter sans grand hasard dans un trajet tàcheux où elles sont assez fréquentes. > Richelieu insiste ensuite sur l’importance de cette puissance maritime pour consolider l’influence française en Italie.

Louis XIII ayant approuvé les vues de son ministre, Richelieu se hâta de les mettre à exécution, il fit construire des vaisseaux et établit à Brouage, au Havre et à Marseille des fonderies de canon pour les armer. Bientôt la France eut deux flottes, l’une de soixante vaisseaux sur l’Océan , l’autre de vingt galères et de vingt vaisseaux ronds sur la Méditerranée. La première força les Anglais de respecter le pavillon de la France et de reconnaître la liberté des mers. La seconde balança sur la Méditerranée la uissance de l’Espagne. Dès 1626 , Malerbe , frappé de la grandeur des résultats obtenus, écrivait : « L’espace d’entre le Rhin et les Pyrénées ne lui paraît pas (à Richelieu) un champ assez grand pour les fleurs de lis. 11 veut qu’elles occupent les deux bords delà mer.... Mesurez à l’étendue de ses desseins l’étendue de son courage. » Ce fut surtout lorsque la guerre éclata , en 1635 , entre U France et l’Espagne que l’on reconnut

l’importance de la puissance maritime organisée par Richelieu. Les Espagnols furent chassés des îles Sainte-Marguerite et Saint-Ilonorat; Sourdis, archevêque de Bordeaux , les vainquit à Galtari en Biscaye (1638), puis alla sur les côtes de Portugal provoquer l’insurrection de ce pays contre l’Espagne (i64o). Le bailli de Foi bin , qui avait vu s’accomplir les réformes de Richelieu , s’exprimait ainsi ; « L'on a vu fortifier les côtes , augmenter le nombre des galères, construire les plus beaux vaisseaux et les plus puissants équipages que la France ait jamais eus , et , au lieu qu’une poignée de rebelles contraignît naguère de composer nos armées navales de forces étrangères et d'implorer le secours d’Espagne, d’Angleterre, de Malte et de Hollande, nous sommes à présent en état de leur rendre la pareille , s’ils persévèrent dans notre alliance, ou de les vaincre , lorsqu’ils en seront détachés. »

Le port de Brest date du ministère de Richelieu et assura, dès cette époque, un asile imprenable à la flotte de l’Océan. L’établissement des classes selon le père Daniel, ou, selon d’autres , la presse des matelots avait garanti le recrutement de l’armée de mer dès 1637.

Des écoles gratuites de pilotes furent établies dans tous les ports et dirigées par des pilotes hydrographes. Le régiment royal des vaisseaux date de 1639, et la composition des équipages fut fixée en 1641. C'est donc avec raison que Richelieu est proclamé par la plupart des historiens le véritable fondateur de la puissance maritime de la France. Après sa mort (1642), elle fut négligée par Mazarin et ne se releva qu’à l’époque oii Louis XIV prit la direction du gouvernement (1661).

Progrès de la marine militaire sous Colbert et Seignelay . — Il n’y avait alors dans les ports de France, en 1661, que huit vaisseaux de trente à soixante-dix canons. De Lionne, qui avait la marine dans son département ? s’en occupa avec zèle : il fit réparer de vieux vaisseaux , en acheta trente-deux des Provinces-Unies , et en fit construire douze en France. Une fonderie de canons fut établie à Amsterdam pour le compte de la France. On attira des constructeurs hollandais, des tisserands et des cordiers de Hambourg, Dantzig et Riga; trente mille marins turent classés ,1e port de Brest agrandi et celui de Toulon creusé. En 1664 , on n’avait pu équiper pour l’expédition de Gigeri que quinze ou seize vaisseaux. Dès 1 665, le duc de Beaufort parcourut la Méditerranée à la tête d’une flotte française

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et détruisit les flottes de Tunis et d’Alger. En 1666 , il commanda sur l'Océan une flotte de trente-quatre vaisseaux montée par plus de dix mille hommes. En 1667, le nombre des bâtiments s’éleva à cinquante-neuf. Les particuliers mêmes montraient un grand zèle pour la marine. Caja c, seigneur de Ham , organisa , en 1668 , un corps de deux cents gentilshommes pour le service de la marine. On les appela de son nom les Cajacs. On les nommait aussi les Vermandois , parce que le duc de Vermandois était alors amiral de France. Ce corps fut licencié peu de temps après son organisation.

La marine militaire delà France ne prit tout son essor, que lorsqu'elle passa sous la direction de Colbert en 1669. En trois années, le nombre des vaisseaux fut porté à cent quatre-vingt-seize, dont cent dixneuf gros vaisseaux, vingt-deux (régates et cinquante-cinq bâtiments légers; plus de soixante mille matelots furent classés ; l’école des gardes-marines établie et le port de Hochefort creusé. L’infanterie de marine fut établie d'une manière permanente par une ordonnance du 20 novembre 1669. Colbert obtint, en 1672, que son fils Seignelay lui fût adjoint au département de la marine , avec droit de survivance. Seignelay, sous l’habile direction de son père, continua de développer les forces maritimes de la France. Un conseil de marine et un conseil de ' constructions navales furent institués à Paris pour éclairer le ministre de leurs avis. Dans les ports, l’administration fut séparée du commandement militaire et confiée à deux intendants, qui résidaient l’un à liochefort pour l’Océan, l’autre à Toulon pour la Méditerranée.

L’unité de poids et de mesure fut établie dans les arsenaux de la marine. Des ordonnances multipliées et entrant dans les détails les plus minutieux réglèrent l'approvisionnement des vaisseaux, la garde des arsenaux, la discipline des équipages, le payement des matelots au retour de chaque expédition , la visite des vaisseaux par les intendants de marine ; en un mot, elles prescrivirent toutes les mesures propres b entretenir et développer les forces maritimes de la France. Deux hôpitaux pour la marine avaient été fondés, en 1674, l'un à Toulon , l’autre à Kocliefort.

I/ordonnance de marine qui parut en 1681 fut aussi l’œuvre de Colbert et de son fils Seignelay. Elle conserva la juridiction spéciale des tribunaux nommés amirautés avec les différents sièges qui en dépendaient. Nous en avons donné ailleurs l’énumération (voy. Amiral). En

conservant ces tribunaux , l'ordonnance maritime fixa leur juridiction et les formes de leur procédure. Elle détermina également les attributions des consuls français en pays étrangers, le rang et les fonctions des capitaines , aumôniers, écrivains, pilotes, contre-maîtres, chirurgiens , etc. La môme ordonnance traite des contrats maritimes , de la police des chargements, du fret, des assurances , des avaries, des prises, des lettres de marque, des testaments de matelots; en un mot de toutes les questions qui pouvaient donner lieu h un procès devant l'amirauté. La police des côtes, des ports et des havres, les fonctions des maîtres de quais, des pilotes, des gardes-côtes , enfin les droits de pêche sont réglés dans l’ordonnance de 1681 avec une précision minutieuse. Cette ordonnance a été copiée par l'amirauté anglaise. C’est le plus grand éloge qu’on puisse en taire.

Sous l’impulsion de Colbert et de Seignelay, la marine française devint la première du monde. Elle triompha, sous Duquesne , des Hollandais commandés par Kuyter. Les vaisseaux français, non contents de refuser le salut aux autres nations, l’exigèrent des Espagnols( 1681), bombardèrent Gênes et forcèrent Alger de rendre les prisonniers chrétiens. A Ja mort de Colbert (1683) , la France avait cent soixante-seize vaisseaux de tout rang. Seignelay continua avec zèle l’œuvre de son père. Malheureusement la jalousie de Louvois , dont l'influence était devenue prépondérante, ne permit pas à Seignelay de faire pour la marine tout ce qu’exigeait la prospérité de la France et tout ce que lui conseillait son zèle pour le bien public. « La jalousie de Louvois , dit Samt-Simon (t. Xlll , p. 25 ), écrasa la marine. » On retrancha une partie des fonds destinés à ce service pour les jeter dans des fêtes dont Louvois avait la direction. La révocation de l’édit de Nantes enleva b la France un grand nombre de matelots , et des meiU leurs , dit Mni® de La Fayette (Mémoires, année 1689, coll. Petitot, t. LXV, p. 110). Enfin la mort de Seignelay (1690), la funeste bataille de la Hogue ( 1692) où, malgré des prodiges de valeur, l'amiral de Tourville ne put balancer la supériorité numérique des ennemis, et les désastres de la guerre de succession d’Espagne portèrent un coup funeste b la marine française. Lorsque le maréchal de Viilars, après la mort de Louis XIV, se rendit dans son gouvernement de Provence, il vit avec douleur les débris des flottes pourrissant dans les ports ( ilfïm. de Villars , coll. Petitot, t. LXIX , p. 470).

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Marine sous Louis XV et Louis XVI , pendant la révolution et V empire. — La marine fut négligée pendant la première partie du règne de Louis XV et accablée de désastres pendant la seconde. Le régent , allié de l’Angleterre , et le cardinal de Fleury, d'une économie parcimonieuse, ne s’occupèrent pas des forces maritimes de la France. On eut de la peine à mettre en mer vingt-deux bâtiments en 1739. La guerre de succession d’Autriche (1740- 1748) prouva combien avait été funeste la conduite du cardinal. La France y essuya plusieurs défaites navales ; mais ce fut surtout la guerre de sept ans qui fut fatale à la marine française. En 1759, les amiraux de La Clue et de Conflans furent vaincus à Lagos et à Brest. La France perdit quatre-vingt-treize vaisseaux détruits par la guerre, par l’incendie ou par des naufrages. Louis XVI fit de grands efforts pour relever la marine Le port de Cherbourg fut creusé. Les amiraux d’Or villiers , de Grasse, d’Estaing et le bailli de SufFren , soutinrent l’honneur de la marine française pendant la guerre d’indépendance d’Amérique. Bougainville et l’infortuné Lapeyrouse l’illustrèrent par leurs découvertes. Pendant la république et sous l’empire les principaux efforts furent dirigés vers le continent. Cependant la marine ne fut pas entièrement abandonnée. En 1794 , la Convention fit équiper dans le port de Brest une flotte de vingt-six vaisseaux de ligne et en donna le commandement à l’amiral Villaret-Joyeuse. Un des membres du comité de salut public , Jean-Bon-Saint-André , s’embarqua sur la flotte dont il avait surveillé et hâté l’organisation. Les vaisseaux français furent attaqués par l’amiral anglais Howe qui croisait sur les côtes de France. Les Français perdirent la bataille après une résistance glorieuse. On n’a pas oublié l’héroïsme du vaisseau le Vengeur qui s’engloutit dans les flots au cri de Vive la république . Napoléon, dans sa lutte contre l’Angleterre, avait préparé fies forces maritimes redoutables. 11 créa, en 1808 et 1811, des bataillons de marins qui furent désignés sous le nom à! équipages de haut-bord ou équipages de flottille. Ils furent supprimés sous la restauration ; mais on les réorganisa en 1825 sous le nom d’équipages de ligne. Ces corps ont été plusieurs fois modifiés dans la suite. Depuis 1815, la marine française , sans s’élever au premier rang* n’a cessé d’être entretenue et de faire respecter son pavillon. Elle a figuré à la bataille navale de Navarin ( 1827 ) et a joué un grand rôle dans la conquête d’Alger (1830). Cet événement et les relations

fréquentes de la France avec l’Algérie ont donné une grande importance au port de Toulon.

Vaisseaux de ligne , galères , etc. — Escadres. — Hiérarchie maritime. — La marine militaire comprend aujourd'hui environ trois cents bâtiments de toute grandeur. On appelle vaisseaux de ligne (autrefois vaisseaux du roi) les bâtiments du premier rang, parce qu’ils combattent ordinairement en ligne. Ils portent de soixante à cent vingt canons. Ils ont trois ponts. Les frégates occupent le second rang ; puis viennent les corvettes , les flûtes, etc. Les galères étaient autrefois en usage sur la Méditerranée. Elles allaient à'voiles et â rames. Des condamnés aux travaux forcés ramaient sur les galères; il y avait ordinairement cinq rameurs pour chaque rame. On appelait réale ou royale la galère que montait le général des galères. La patrone avait le second rang et était sous les ordres du lieutenant général des galères. Dans d’autres pays on l’appelait capitane , La loi du 3 juillet 1846 a fixé l’effectif de la marine lrançaise à trois cent vingt-huit bâtiments de guerre , savoir : quarante vaisseaux de ligne, cinquante frégates, cent deux bâtiments à vapeur, le reste corvettes, bricks, transports et bâtiments de flottille.

Les principaux grades de la hiérarchie maritime sont ceux d’amiral (voy. ce mot) et de vice-amiral qui commande en l’absence de l’amiral. Louis XIV établit deux vice-amiraux en 1669, l’un pour la Méditerranée portait le titre de vice-amiral du Levant ; l’autre, pour l’Océan, s’appelait vice-amiral du Ponant. Jusqu’en 1789 les divisions des flottes, nommées escadres , étaient placées sous les ordres d’un chef d’escadre. Depuis cette époque les commandants d 'escadres ont porté le nom de contre-amiraux. Les capitaines de vaisseau viennent après les officiers généraux, commandent les vaisseaux de ligne et prennent le titre de capitaines de pavillon , quand leur vaisseau est monté par un officier général.

Les lieutenants ae vaisseau commandent en l’absence des capitaines. Il y avait autrefois des majors de marine entre les capitaines et les lieutenants de vaisseau. Ces derniers sont quelquefois chargés du commandement des frégates. Les enseignes de la marine militaire tirent leur nom de ce que , dans l’origine, ils étaient chargés de protéger l’enseigne ou pavillon de poupe. Les aspirants de marine sont les jeunes gens qui sortis avec succès de l’École navale de Brest font ur stage à bord des vaisseaux de guerre

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pour se préparer au commandement. Il y a plusieurs classes à! aspirants de marine, d'après le rang d'ancienneté et l'expérience acquise. Les contre-maîtres dirigent les manœuvres de l'équipage.

L’inscription maritime (voy. ce mot) assure le recrutement des matelots pour la marine militaire.

Le hamac, qui sert de lit aux marins, s'appelait autrefois branle . De là est venue l'expression de branle-bas , par laquelle les officiers ordonnent de détendre les hamacs. Le branle-bas de combat a lieu, lorsque les marins dégagent le pont et font les préparatifs du combat.

D'après un programme posé en 1857, on doit progressivement, et dans un intervalle de quatorze an nées, changer notre flotte à voile en flotte à vapeur, et 224 millions sont consacrés à cette transformation. On forme une flotte de transition composée de batiments mixtes, en ajoutant une machine à vapeur aux vaisseaux à voile qui peuvent en être pourvus avec avantage. L'invention des navires cuirassés a encore contribué à cette transformation de la marine militaire de la France. La flotte doit comprendre 150 navires de combat à vapeur. Elle comprenait en 1863, 13 vaisseaux à vapeur, 23 vaisseaux mixtes, total 36 vaisseaux de combat, 6 frégates cuirassées, 18 frégates, io corvettes, 63 avisos et 26 canonnières à flot, en tout i45 bâtiments, auxquels iL faut ajouter les vaisseaux de l'ancienne flotte et les transports.

MARINETTE. — On désignait la boussole sous le nom de marinette moyen âge, comme le prouve le passage suivant d’un poëme composé vers 1200 par Guiot de Provins :

Un art font qui mentir ne peut Par vertu de la Marinette ,•

Une pierre laide et noirette,

Où li fer volontiers se joint,

Ont, si esgardent le droit point.

Il est certain que Guiot a décrit ici la pierre d'aimant. Quelques critiques prétendent qu'au lieu de marinette on doit lire manière ou magnière (signifiant pierre d’aimant) dans ce passage de la bible Guiot , et substituer dans le vers suivant: Brunière à Noirette .

MARIONNETTES. — Les Grecs et les Romains connaissaient les marionnettes .

Les Grecs les appelaient neuroplasta (objets mis en mouvement au moyen de petites cordes). Les formes grotesques de polichinelle se retrouvent même dans les figurines de l’antiquité. La France

paraît avoir emprunté les marionnettes à l’Italie qui avait conservé plus fidèlement les usages anciens. Ce fut , dit-on , sous le règne de Charles IX ou plutôt do Catherine de Médicis, lorsque la cour imitait avec passion les modes et les mœurs de Pltalie, que les marionnettes furent introduites en France. D’après quelques auteurs, elles tirèrent leur nom d'un saltimbanque nommé Marion. Ménage fait dériver leur ,nom de marions ou petites maries. Quoi qu'il en soit, \es marionnettes eurent bientôt une grande popularité qui s’est soutenue jusqu’à nos jours ; elles la durent principalement à Jean Brioché, saltimbanque célébré du xvn« siècle. Voy. V Histoire des marionnettes, par M. Magnin , Paris, 1852, i vol. in-8-

MARLAGER. — Droit que l’on payait aux gardiens dans certaines églises. Le mot marlager venait de ce que le gardien s’appelait marrelarius (voy. ce mot dans du Gange ).

MARMOUSETS. * — Figures grotesques sculptées au portail et sur les muis des églises. (Voy. Grotesques.) — Par extension, on appela marmouse(s? à la fin du xivc siècle, les ministres plébéiens qui remplacèrent en 1389 les oncles de Charles VI dans le gouvernement du royaume.

MARNE. — L'usage d’employer la marne comme engrais remonte à une époque fort ancienne. Les ordonnances des rois de France prouvent qu'on s’en servait en 1366. Voy. Ord . des rois de France , t. IV, p. 716.

MARON. — On désignait sous le nom de maron , dans les colonies françaises, un esclave qui se retirait dans les bois pour se soustraire aux mauvais traitements et quelquefois même aux supplices. Ceux qui parvenaient à les reprendre et à les livrer à leurs maîtres recevaient en récompense cinq cents livres de sucre. En cas de résistance, on pouvait tuer l'esclave maron . On en était quitte pour affirmer qu'on avait été forcé pour se défendre d’en venir à cette extrémité. Le mot maron tire, dit-on , son origine d'un mot espagnol qui signifie singe . — Par extension on appelle encore marons les personnes qui exercent le courtage sans titre légal.

MARONAGE. — Droit de couper dans les forêts du merrain ou bois de charpente. On lit dans une charte de 1622 citée par du Cange (v° Materia) : « Que les bois en seront distraits, esquels elle ne pourra rien prétendre, sinon pour sou chauffage « maronage , etc. »

MARQUE.- — Peine infamante au moyen de laquelle on pouvait toujours reconnaître le condamné. La marque était empreinte ordinairement sur l'épaule au moyen d’un fer rouge. Pendant longtemps les voleurs furent condamnés à être marqués d’une fleur de lis qu’on leur imprimait sur l’épaule.

MARQUE (Lettres de). — L’usage des lettres de marque ou de représailles remonte à une époque très-ancienne. Dès le xive siècle, il en est question dans les registres du parlement appelés Olim . La cour ordonne à Louis , roi de Sicile, de rendre justice à un des sujets du roi que les pirates avaient dépouillé en mer et elle le menace de lettres de marque ou de représailles, s’il n’obéit pas. Dans le même registre on trouve une lettre du roi de France Charles VI , à Martin , roi d'Aragon (1396), où il est également question de cet usage. Le prince français promet d’indemniser les sujets de Martin qui avaient été pillés afin d’éviter que des lettres de marque ne fussent données contre les Français. En 1456, les États de Languedoc demandèrent que le roi donnât seul des lettres de marque afin de mettre un terme aux pirateries" qui désolaient la Méditerranée.

MARQUÉE. — Rente d’un marc d’or ou d'argent.

MARQUES DE FABRIQUE. — Signes distinctifs au moyen desquels on reconnaît les produits des diverses fabriques.

MARQUETTE. — Redevance féodale prélevée par les seigneurs sur leurs vassaux qui se mariaient. Yoy. du Cange, v° Mar cheta . On y trouve les détails sur lesquels nous ne pouvons insister.

‘MARQUIS. — Ce mot vient de mai 7c ou marche ( frontière ) ; il désignait pri mitivement les seigneurs qui avaient le gouvernement des marches ou frontières.

Dans la suite, il s’est appliqué à ceux qui occupaient le troisième rang dans la hiérarchie féodale. Les marquis venaient après les princes et les ducs Ils portaient dans leurs armoiries des casques de front, fermés de onze grilles ; leur couronne était ouverte et rehaussée de quatre fleurons et de trois perles entre chaque fleuron. Le titre de marquis commençait à tomber en désuétude du temps de Louis XIV. Les attaques de Molière encouragées par le roi y avaient contribué. Saint-Simon , le grand partisan de la noblesse et des distinctions féodales constate cette décadence à la tin du xvn« siècle. « Il est vrai, dit-il ( Mé-

moires , t. II, p. 191 ), que les titres de comte et de marquis sont tombés dans la poussière par la quantité de gens de rien et même sans terre qui les usurpent, et par là tombés dans le néant, si bien même que les gens de qualité qui sont marquis ou comtes (qu’ils me permettent de le dire) ont le ridicule d’être blessés qu’on leur donne ces titres en parlant à eux. »

MARQUISAT. — Primitivement fief situé sur la frontière ou marche; on donna dans la suite le nom de marquisat à des seigneuries situées dans l'intérieur des Etats, et occupant le troisième rang dans la hiérarchie féodale.

MARRAINE. — On donnait primitivement aux enfants plusieurs parrains et marraines; mais comme Les alliances spirituelles que Ton contractait ainsi étaient un obstacle aux mariages , on renonça à cet usage.

MARS (Champ de). — Assemblée des Francs mérovingiens. Yoy. Mal, Mallum.

MARS ( École de ). — École militaire établie , en 1794 , par la Convention dans la plaine des Sablons près de Paris. Cette école se composait de jeunes gens réunis de tous les points de la République , habillés, armés et nourris aux frais de l’État et exercés aux manœuvres militaires.

MARTEAU D’ARMES. — Arme du moyen âge , qu’on appelait aussi masse d'armes . Yoy. Armes , fig. J.

MARTEAU (Gardes ). — Officiers des eaux et forêts chargés de marquer les arbres qui devaient être réservés. Us dataient du règne de Henri III (1583). Yoy. Eaux et Forêts, S IV.

MARTIALE (Loi). — Voy. Loi martiale.

MARTIN (Chape de saint). — Yoy.

Bannière et Chape de saint Martin.

MARTIN (fête de saint). — La fête de saint Martin était une des époques de l'année ovi l’on se livrait à des réjouissances presque païennes; on y buvait du vin nouveau. Le vin de la Saint - Martin était une expression proverbiale. Pasq nier écrit à un de ses amis : « Le jour Saint- Martin , que la folle ancienneté dédia pour tâter nos vins nouveaux, je priai quelques gentilshommes et demoiselles de notre Brie de vouloir prendre un mauvais dîner chez moi. » Il fallut que le clergé s'opposât à ce que les festins fussent célébrés dans les églises à l’occasion de cette fête. — Les parlements de France recommençaient ordinaire-

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