MAU
cadavres, et, après les avoir dépouillés, on les laissa nus sur le sol. Dans la nuit même, les meurtriers se sauvèrent avec les dépouilles; mais la vengeance de Dieu ne tarda pas à éclater sur ceux qui n'avaient pas craint de souiller de sang humain la terre qui lui était consacrée. »
Je n’ai pas voulu abréger ce long récit de Grégoire de Tours, parce que rien ne fait mieux comprendre les mœurs et les institutions des Francs et des Gallo-Romains que ce tableau dramatique; on y voit le respect dont jouissait l'asile de saint Martin , la violence brutale des Francs lors même qu’ils venaient s'abriter sous le tombeau du saint, et presque sous le voile du sanctuaire, la conduite )rudente du clergé en présence de ces sommes dont la férocité ne respectait pas toujours le caractère sacré du prêtre, enlin l’indignation du peuple gallo-romairi en apprenant la violation de l’asile vénéré , le soulèvement des pauvres qui viennent venger le saint dont le temple les protégeait et qui inondent le monastère du sang des profanateurs. Les rois qui , comme Contran, cherchaient à faire enlever les Francs rétugiés dans l’asile de Saint- Martin, n'en étaient pas moins remplis d'une profonde vénération pour cette église et la comblaient de présents. C'est encore Grégoire de 'fours qui nous en fournit la preuve dans un récit tiré du livre VIII (cfiap. n, m, îv), de son Histoire ecclésiastique des Francs . Ce récit explique, comme bien d'autres passages de cet historien, comment d'immenses trésors s’étaient accumulés dans l’église deSaint- Martin de Tours.
SIR — Richesses de V église de Saint- Martin. — Contran venait de triompher (585) de la conspiration qui avait pour but d’élever sur le trône un prétendu tils de Clotaire 1, nommé Gondovald; il se rendit à Tours. « Le matin, dit le chroniqueur, après avoir visité les lieux saints pour y faire sa prière , il arriva à notre logis. Je me levai plein de joie, je l’avoue, pour aller à. sa rencontre; et, après avoir fait l'oraison, je le priai de vouloir bien accepter dans ma maison les eulogies (vov. ce mot) de saint Martin. IL ne s’y refusa pas, entra avec bonté, but un coup, et, après nous avoir invités à sa table, il s’en alla toutcontent. Le jour venu, le roi, après s’être lavé les mains, reçut la bénédiction des évêques , et s’assit parmi nous avec un visage gai et une contenance joyeuse. On était à la moitié du repas, quand le roi voulut que je lisse chanter celui de mes deux diacres qui, la veille, avait dit les répons des psaumes; et lorsqu'il eut chanté , il m'ordonna de
faire cbafciter encore tous les prêtres qui se trouvaient là présents. Je leur en donnai l'ordre aussitôt, par le commandement du roi , et chacun chanta devant lui aussi bien qu'il le put. Comme on apportait des plats, le roi dit : Toute cette argenterie appartenait au parjure Mum nxolus (un des chefs de la conspiration de Gondovald) , maintenant elle est à moi par la grâce du Seigneur . J’en ai déjà fait briser quinze plats , comme ce grand aue vous voyez , et je n'ai réservé que celui-là et un autre de cent soixante-dix livres . Pourquoi en aurais-je gardé plus qu'il n'en faut pour mon propre usage?
Je n'ai , hélas 1 d’autre fils que Childebert (son neveu qu’il venait d’adopter), qui a bie7i assez des trésors que lui a laisses son père Sigebert , et de ceux que j'ai pris soin de lui envoyer des effets de ce misérable Gondovald trouvés à Avignon. Jte reste sera consacré au besoin des pauvres et des églises. Je vous demande seulement , 6 prêtres du Seigneur ! d'ûnplo rer la miséricorde de Dieu pour mon fils Childebert. C’est un homme sage , et tel que , depuis longues années , à peine en pourrait- on trouver un aussi prudent et aussi courageux. Si Dieu daigne le conserver à la Gaule , peut-être y a-t-il encore quelque espoir que notre race , aujourd'hui presque anéantie , se relèvera de ses ruines. » Les autres rois francs firent aussi de grands présents à l’église de Saint-Martin. La renommée de ses trésors s'était répandue au loin, et lorsque les Sarrasins marchèrent sur Tours, ils étaient surtout attirés par l'espoir de piller la basilique de cette ville. Tours ne dut son salut qu’à l'arrivée de Charles- Martel’ et à la brillante victoire qu'il remporta sur les Arabes (732) entre cette ville et Poitiers.
MARTINETS. — On donnait ce nom, dans l’ancienne Université , aux écoliers qui allaient de collège en collège, et que du Boulay appellerait scholares (écolier* errants). Histoire de V Université ,V , 658. — Ce mot désignait encore des machines de guerre. Froissart ( ch. cxxi ) parle de martinets qui lançaient de grosses pierres.
MARTINIQUE. — Voy. Café et Colonies.
MARTRES. — Fourrures précieuses dont on ornait les vêtements et qui étaient en grande estime au moyen âge. Voy. Industrie, S II.
MARTYROLOGE. — Catalogue dans lequel on inséra d'abord le nom des martyrs et la date de leur mort; on y ajouta
dans la suite le nom des autres saints auxquels l'Église rend un culte public. Le plus ancien martyrologe qui soit parvenu jusqu’à nous est celui de Bède le Vénérable, écrit au commencement du vmc siècle, en vers et en prose. Florus, diacre de Lyon, qui vivait au ixe siècle, fit un grand nombre d'additions au martyrologe en prose de Bède. D. Luc d'Aeheri a publié dans le tome V du Spicilegium un martyrologe en vers, rédigé par Vandalbert, moine de Prum, au milieu du ixe siècle. On a encore d'autres martyrologes rédigés dans les siècles suivants. Enfin, Baronius en a composé un qui a été adopté par le pape Sixte-Quint, et auquel on a donné le nom de martyrologe romain . Ce martyrologe renferme les noms de tous les saints canonisés. — Le mot martyrologe ou matrologe était quelquefois, au moyen âge, synonyme d 'obiluaire, registre" où l'on inscrivantes bienfaiteurs des églises pour lesquels on devait faire des prières particulières, enregistre de l'année 1389, cité par du Gange (vü Malrilogium ), s'exprime ainsi ; « Ou (au) matrologe de l’église Saint-Germain l'Auxerrois sera enregistré le jour du trespassement de feu M. Guillaume. »
MASCARADES. — On attribue ordinairement l'origine des mascarades à l'antiquité, et cette opinion parait très-vraisemblable. Cependant Sainte-Palaye (v° Masques ) la cherche dans les usages du moyen âge. « Les masques, dit-il, ont été connus dans l’antiquité ; mais je ne vois pas qu’ils aient été employés à d’autres usages qu’aux représentations théâtrales; ce n'est point là que nous devons chercher l'origine des masques qui se sont introduits dans les danses et autres divertissements. Je crois qu'on la trouvera plus sûrement et plus naturellement dans les anciens usages de la chevalerie et des tournois. On voit souvent que de jeunes écuyers de la plus haute naissance allaient, inconnus et déguisés, chercher à la guerre et aux tournois des occasions de se faire une réputation qu’ils ne devaient qu’à leur valeur et à leur adresse pour mériter la chevalerie, et que les nouveaux chevaliers usant des mêmes déguisements dans la première année de leur chevalerie, se trouvaient dans toutes les assemblées d'honneur vêtus de cottes blanches et armés à blanc, c'est-à-dire sans armoiries qui les tissent connaître. On voit, dans le roman de Perce for es t , que c’était une offense des plus graves de forcer un chevalier qui voulait être inconnu à se faire connaître; d’où nous vient sans doute l'usage de regarder
comme une insulte d’ôter le masque à celui qui veut le garder. »
Les mascarades devinrent très-communes au xiv° siècle. A l'entrée de la reine Isabelle ou Isabeau de Bavière à Paris, en 1389 , deux hommes déguisés, l'un en ours, l'autre en licorne, vinrent lui offrir les clés de la ville. On sait que ce goût des inascarades fut fatal à Charles VI. Il s'était enduit d’étoupes pour se déguiser en sauvage; un flambeau imprudemment approché mit le feu aux étoupes. Plusieurs des seigneurs travestis furent brûlés vifs; Charles VI n’échappa que pour tomber dans un nouvel accès de frénésie. Les arrêts d'amour rédigés au xv® siècle renferment des détails curieux sur les mascarades (voy, le cinquante-deuxième arrêt). On y voit qu'elles donnaient lieu à de graves désordres, Souvent les masques étaient armés de bâtons et d'épées. IL fut défendu aux marchands et gens de basse condition d'aller masqués par les rues, sinon les vigiles et jours de fètœ de leurs paroisses. On leur laissa toutefois la liberté d'aller en montons ou robes retournées, barbouillés de farine ou de charbon, avec de faux visages de papier. Il était interdit de porter les masques de l'année précédente. On pouvait se travestir depuis la veille delà Saint-Martin d'hiver jusqu’à la semaine sainte; dans le reste de l'année, les déguisements n’étaient permis qu'aux noces et festins solennels. IL était, en effet, d'usage de se travestir dans les grands repas. Mathieu de Coucy parlant du festin que le duc de Bourgogne donna à Lille, en 1453, dit qu’il y avait des amphithéâtres d’où l’on voyait les hommes et femmes , « dont la plupart étaient déguisés , et il y avait, ajoute-t-il, des chevaliers et des darnes de grande maison. »
Au xvic siècle, les mascarades continuèrent avec plus d’élégance et d'éclat.
On en trouve de nombreuses preuves dans les mémoires de ce siècle. Brantôme décrit plusieurs de ces mascarades où figuraient de grands seigneurs. Il représente le grand prieur^ frère du duc François de Guise, monte sur un barbe, habillé fort gentiment en femme égyptienne, avec son grand chapeau rond ou capeline sur la tète, sa robe ou cotte tout de velours et. taffetas fort bouffante. « En son bras gauche, au lieu d'un petit enfant, il avait une singesse, qui était à lui et plaisante, emmaillotée comme un petit entant, qui tenait sa mine enfantine ne raut d5re comment et donnait fort à rire aux regardans. Elle lui donna pourtant de la peine et de l’incommodité à faire
ses courses à cause de rémotion du cheval à courre, de sorte qu'il fut contraint, après avoir lait quatre courses en tel état, de la laisser et de poursuivre ses courses toujours masqué. »
Au commencement duxvn® siècle, il est encore question de mascarades à cheval ; ainsi, en 16OS, dans une course de bague, les tenants étaient masqués; en 1612, à l’occasion d’un carrousel de la place Royale, il est enjoint à ceux qui voudront entrer dans la lice de s'y présenter avec masques, écus, livrées, noms, armes et devises. Ainsi l’usage des masques et des travestissements n’était pas restreint à l’époque du carnaval. On en trouve de nombreuses preuves au xvnc siècle.
La continuation du roman comique de Scarron retrace assez fidèlement quelques-unes des coutumes de cette époque.
Voici un passage relatif aux mascarades et aux momons (voy. ce mot) : « Le soir , je me masquai avec trois de mes camarades. et je portais le flambeau. Quand nous fûmes entrés dans la maison, après avoir éteint le flambeau, je m’approchai de la table sur laquelle nous posâmes nos boîtes de dragées et jetâmes nos dés. La du Lis (nom d’une demoiselle qui figure dans ce roman) me demanda à qui j’en voulais, et je lui fis signe que c'était à elle. Elle me répliqua : qu'est-ce que je voulais qu'elle mît au jeu ? Je lui montrai un nœud de ruban et un bracelet de corail qu’elle avait au bras gauche. Sa mère ne voulut pas qu’elle le hasardât; mais elle éclata de rire en disant qu’elle n’appréhendait pas de me le laisser. Nous jouâmes et je gagnai, et je lui fis un présent de mes dragées. »
Molière parle souvent de l’usage des mascarades . Ainsi dans les Fâcheux (acte III, scène vu), une troupe de masques arrive sur la scène :
v • . co sont des masques
Qui portent dos crincrins et des tambours de
basques.
Il est aussi question , dans Y Étourdi (act. III, scène vi), d’un divertissement de cette nature que Léandre veut donner à Clélie :
. • . Il se persuade
D’entrer ohe« Trufaldin par une mascarade ;
El plus loin (scène vm) :
Il prétend l’enlever avec sa mascarade f
Dans la suite, les mascarades ne furent
(dus admises que dans les bals et pendant e temps du carnaval. Mademoiselle pnrde dans ses mémoires (éd. Petitot, kl!, 27 de bals travestis : « Madame la maréchale
de l’Hôpital donna un bal ; nous y allâmes en masques, c'est-à-dire habillées de toile d'or et d’argent, de bonnets avec des plumes ; toutes les femmes étaient fort ajustées ; les hommes avaient des bas de soie et des habits en broderies. Quand nous entrâmes, nous tenions nos masques, que nous ôtâmes à l’instant. »
Au xvme siècle, et principalement sous la régence , les mascarades devinrent très-brillantes. Le Journal de Barbier en parle fréquemment. Au mois de février 1732 (t. I, p. 400-401), il est question d'une mascarade organisée par l'ambassadeur de Venise : « Cette année, le carnaval a été très-remuant à Paris, même dans le peuple.- M. l'ambassadeur de Venise a fait la dépense d'une fort belle mascarade; c'était un char en forme de gondole, et qui se terminait en haut par une grande coquille. » En même temps, les bals masqués de la cour conservaient toute leur pompe. Barbier raconte ainsi, dans son journal (II, 216-217), le bal masqué donné à Versailles, le 26 janvier 1739 : « A minuit , il y eut un grand bal de nuit oîi tous les masques entrèrent sans billet. On faisait seulement démasquer un de la compagnie qui disait son nom, et il y avait des gens qui écrivaient sur une liste : Monsieur ou madame une telle avec tant de personnes . Tous les appartements étaient illuminés magnifiquement. On dansait dans trois pièces, et il y avait des buffets pour les rafraîchissements dans trois autres. La galerie était le lieu de promenade. Tous ceux de la ville et de la cour qui aiment les fêtes ont été de celle-là. On portait continuellement des rafraîchissements, oranges, biscuits, confitures sèches que l’on offrait à tout le monde, dans toutes les salles, et il y avait pâtés, jambons et daubes, avec du vin, sur des buffets. Le tout renouvelé de façon qu’à sept heures du matin les buffets étaient garnis comme en entrant. Les étrangers sont convenus qu’ils n’avaient point vu de fête aussi bien ordonnée et aussi magnifique. On a répandu, dans Paris, que cela coûtait des sommes assez considérables , et cependant je sais positivement cjue cela n'a pas coûté cinquante mille francs. Il y avait deux cent cinquante musiciens à qui on a donné vingt-quatre livres chacun. Le roi y a été jusqu’à quatre heures, en ciiauve-souris, et s’y est fort réjoui. » Les bals masqués interrompus par la révolution reparurent dès le temps du directoire, et bientôt les mascarades populaires recommencèrent leurs promenades sur les boulevards et à travers les rues les plus fréquentées de Paris. Voy. un traité sur Vorigine et
JUTAS
Vusage des masques , a ans le Mercure galant , t. XIV, p. 234.
MASQUE. — Pendant longtemps, et surtout au xvie siècle, les dames de noble naissance couvraient leur visage d'un masque de velours noir pour préserver la délicatesse de leur peau des atteintes de l’air. Ce masque s'appelait loup ou Cachelaid . Voy. Habillement, § IV.
MASQUE DE FER. — Un personnage mystérieux, auquel Voltaire a donné une certaine célébrité, est désigné dans l'histoire de France sous le nom de Masque de fer. C'était, dit-on, un prisonnier d’État qui avait le visage couvert d’un masque de velours noir fixé par une charnière en fer. Enfermé successivement à Pignerol, aux îles Sainte-Marguerite, à la Bastille, ce personnage a été l’objet de beaucoup d’hypothèses. On a prétendu que c'était un frère aîné de Louis XIV qu'Anne d'Autriche avait fait disparaître. Quelques écrivains ont soutenu que le Masque de fer n'était autre que le surintendant Fouquet. La tradition raconte que ce personnage était servi avec respect, mais soumis à une surveillance minutieuse. Il jeta, dit-on, un jour par une des fenêtres du château où il était enfermé, un plat d'argent sur lequel il avait écrit quelques mots. Le plat fut trouvé par un pêcheur qui le rapporta au gouverneur. Sais-tu lire? demanda cet officier au pêcheur. — Non ^ monseigneur .
— C'est heureux pour toi ; car je t’aurais brûlé la cervelle . — - Citer de pareilles anecdotes, c’est montrer combien la crédulité est avide de fables et disposée à accepter les plus grossières inventions.
Le masque ae fer a-t-il même jamais existé ? Le fait est douteux, et en tout cas on est réduit à des suppositions sur le personnage auquel peut se rattacher ce qu’il y a de réel dans cette légende. Voici l'hypothèse la plus vraisemblable : Un envoyé du duc de Mantoue, nommé Matthioli, avait été chargé de négocier avec la France, et lui avait promis de la part de son maître la ville de Casai. Il avait ensuite vendu ce secret d’État au roi d’Espagne et à l'Empereur. Pour le punir de cette trahison., Louvois le fit enlever par ordre de Louis XIV. Matthioli fut enfermé successivement à Pignerol, aux îles Sainte-Marguerite et à la Bastille, où il mourut. Ce récit est confirmé par le passage suivant des Mémoires de Mme Campan (t. I, p. 106): « Louis XVI, pendant les premiers mois de son règne, travailla à. la révision des papiers de son aïeul (Louis XV). Il avait promis à la reine de lui communiquer ce qu'il découvrirait
relativement à l’histoire de Vhomme au masque de fer ; il pensait d’après ce qu’il en avait entendu dire, que ce masque de fer n’était devenu un sujet si inépuisable de conjectures que par l'intérêt que la plume d’un écrivain célèbre avait fait naître sur la détention d'un prisonnier d’État qui n’avait que des goûts et des habitudes bizarres. J’étais auprès de la reine lorsque le roi, ayant terminé ses recherches, lui dit qu’il n’avait rien trouvé dans les papiers secrets d’analogue â l'existence de ce prisonnier ; qu’il en avait parlé à M. de Maurepas, rapproché par son âge du temps où cette anecdote aurait dû être connue des ministres, et que M. de Maurepas l'avait assuré que c'était simplement un prisonnier très-dangereux par son esprit d'intrigue, et sujet du duc de Mantoue. On l’attira sur la frontière; on l'y arrêta et on le garda prisonnier, d’abord à Pignerol, puis à la Bastille. » L'auteur oublie les îles Sainte-Marguerite ; mais, du reste, ces renseignements paraissent exacts et sont confirmés par les documents qu'ont publiés plusieurs écrivains modernes. Néanmoins l’amour du merveilleux et les fables propagées par des écrivains peu scrupuleux ont prévalu sur un récit aussi vraisemblable. Le roman et le théâtre se sont emparés de Vhomme au masque de fer et ont accrédité les erreurs populaires. On pourra consulter sur ce sujet : 1° YHistoire de l’homme au masque de fer , par Delort (Paris, 1825) ; 2° V Homme au masque de fer , par M. Marius Topin (i vol. in-8°, Paris, Didier).
MA SS A RT. — Nom donné â certains officiers municipaux du moyen âge, probablement à cause de la masse d'armes ue l’on portait devant eux. Dans les rdonn . des R. de Fr. (IV, 649), â l’année 1366, on lit : «« Les jurés, escbevins, massars et autres officiers de la ville de Tournai. »
MASSE. — Symbole de puissance que l'on portait autrefois devant le roi , le chancelier et un grand nombre d'autres dignitaires. D'après Savaron (épée française., p. 15 et 22), la masse royale était portée, par deux écuyers, à droite de l’arçon de la selle et à gauche de l’épée du roi. On ne porte plus aujourd'hui les masses que devant le conseil impérial de l'Instruction publique , les recteurs et doyens de l'université. Voy. Massiers.
MASSE D'ARMES. — Espèce de massue garnie de pointes de fer dont on se servait au moyen âge. Voy. Armes , fig. J.
MASSIERS. -L.es massiers étaient des
MAT
MAT
appariteurs ou huissiers qui précédaient le roi, le chancelier, les cours souveraines et les recteurs et officiers de l’université. On les appelait aussi sergents à masses . Les masses qu’ils portaient étaient, selon la condition des personnes, d’argent doré ou de plomb argenté. Guillaume de Nangis rapporte, à l’année 1236, que saint Louis, pour repousser les aitaues des assassins (sectateurs du seigneur e la montagne avait près de lui une troupe d’hommes armés de masses de cuivre ( oupreas clavas assidue déportantes). 11 est aussi question de cette garde de massiers qui veillaient sur la personne du roi dans Guillaume Guiart, poète du xme siècle. Après avoir rappelé les dangers qui menaçaient le roi, il ajoute qu’il se lit
Eschanguisier (gnrder) en toutes places Nuit et jour de serjans à maces Et par chaleur et par froidure ,
Cette coutume encore dure.
MASSUE. — U est souvent question de* massues dont étaient armés les hommes d'armes du moyen âge, et qui probablement étaient la même chose que les masses d’armes (voy. Armes , lig. J ). Une chronique de Flandre représente Philippe le Bel « monté sur un grand dextrier (voy. Cheval), tout armé de ses armes royales et tenant une massue de 1er en sa main. » Les ecclesiastiques, qui prenaient quelquefois part aux combats du moyen âge , préféraient cette arme pour ne pas violer trop ouvertement les lois de l’Église qui leur défendaient de verser le sang. On raconte qu’à la bataille de Bouvines 0214), Philippe de Dreux, évêque de Beauvais , combattit armé d’une massue et se signala par ses exploits.
MASURAGE , MASURIER. — Le ma surage était un cens ou rente qui se payait par masure ou vieille maison . On lit dans Beaumanoir (ch. xxx) : si les rentes sont dues par la raison des masurages , etc.
— On appelait masuriers ceux qui devaient une rente de cette nature.
MAT. — Ce mot employé au jeu d'échecs est, dit-on, tiré du persan et signifie mort . Cette étymologie est assez vraisemblable , puisque le mot échec vient aussi du persan schach (rci). Le roi est mat quand il est tellement serré de toutes parts qu’il ne peut sortir de sa position sans se mettre en échec. Delille a décrit dans V Homme des champs (ch. i), l’effet du mat :
Longtemps des camps rivaux le succès est égal , Enfin i’heureux vainqueur donne 1 échec fatal ,
Se 1ère , et du vaincu proclame la défaite ; L’autre reste atterré dans sa douleur muette ,
Et du terrible mat à regret convaincu Regarde encor longtemps le coup qui l’a vaincu.
Au moyen âge , l’expression échec et mat était déjà consacrée. Le Roman de la Rose , à l’occasion de la lutte entre Manfred et Charles d’Anjou, s’exprime ainsi :
En la premeraine bataille L’asailli por li deconfirc Eschec et mat li aîa dire.
— Matés vient de là. Robert Wace dit dans le Roman de Rou :
Bien cuide (croit) Normands matés et confondus.
MÂT DE COCAGNE. — Jeu d’exercice qui remonte à une époque fort ancienne.
11 est question , dès l’année 1425 , d’un mât de cocagne qu’on planta dans la rue aux Ours ou aux Oues , en face de la rue Quincampoix. Au haut du mât était un panier contenant une oie grasse et six pièces de monnaie. On oignit ce mât et on promit à celui qui pourrait monter jusqu’au haut, l’oie, le panier et ce qu’il contenait. On fit un grand nombre de tentatives sans succès. Un jeune homme approcha assez près du but et obtint Foie, mais on ne lui donna ni le mât, ni le panier, ni l’argent.
MATADOR. — Ce mot a été emprunté à l’espagnol. On s’en servait au jeu de l’hombre ( voy. Jeux , § Il , p. 619 ) pour désigner les cartes maîtresses appelées aussi triomphes .
MATASSINS (Balletdes).— Danse imitée de la danse armée des anciens ; elle était encore exécutée au dernier siècle dans certaines villes où il y avait des troupes en garnison. Les soldats qui représentaient les matassins avaient l’épée à la main , s’escrimaient avec cette arme eC s’en servaient pour exécuter des tours d’adresse. Ils étaient ordinairement au nombre de vingt-quatre. Le mot matas sin est dérivé de l’espagnol ; il désignait également et la danse et celui qui l’exécutait.
MATELAS. — Les gens de la maison du roi étaient dans l’usage d’emporter des maisons de Paris où ils avaient logé les matelas qui étaient à leur convenance.
C’était une suite du droit de prise ou pourvoirie. On trouve, dans le Recueil des Ordonnances des rois de France (t. II, p. 434, et t. IV, p. 268), plusieurs ordonnances qui interdisent cet usage. Les habitants de Bourges avaient obtenu formellement d7en être exemptés. Voy.
MAT
Thanmassière, Coutumes de Berri, p. 64, 67, 68, 7 1.
MATHÉMATICIENS. — Ce mot a été longtemps employé comme synonyme d’astrologue. On lit dans la vie de saint Eloi, par saint Onen : H faut mépriser les mathématiciens, avoir en horreur les augures, etc. ( mathematici spernendi , auguria perhorrescenda, etc.). Alain, dans son traité De l’office divin, dit que les astrologues étaient appelés ordinairement mathématiciens (astrologi vulgo mathematici appellabantur).
MATHÉMATIQUES. — Voy. Sciences.
MATHURIN (Saint). — On faisait des pèlerinages à Saint-Mathurin pour guérir de la folie (Sainte-Palaye, v° Mathurin).
MATHUR1NS. — Ordre religieux fondé en 1 198 pour le rachat des captifs. — Voy. Clergé régulier, v° Mathurins.
MATIÈRE D’OR ET D’ARGENT. — Voy.
Or et Argent.
MATINES. — Office de l’Église qui se chante de grand matin. Les matines de Notre-Dame se disaient à une heure, comme le prouve une lettre de rémission en date de 1392, citée par du Cange, v° Malutinales. — Dans la suite, les matines se chantèrent a l’aube du jour.
On se rappelle les vers de Boileau .-
Les cloches dnns les airs de leurs voix argentines Appelaient à grand bruit los chantres a il latines .
MATINES FRANÇAISES, — On a quelquefois donné le nom de matines françaises à îa Saint-Barthélemy, parce que ce massacre commença à une heure du matin.
MATINIERS. — Clercs qui étaient tenus, en vertu de leurs bénéfices, d’assister h tous les offices et spécialement aux matines, d’où venait leur nom. Du Cange (v« Matuiinarius) cite l'extrait d'une charte de I3l2 , ainsi conçu : « Pierre de Uochefort, chantre de Chartres et archidiacre de Langres, a donné à l’église de i Chartres cent sous et un muid de blé de rente perpétuelle aux us (pour l’entretien ) d’un malinier perpétuel en l’église vie Chartres. >*
MATRICULE. — Registre où l’on inscrivait primitivement les clercs et les pauvres d’une paroisse. On donnait quelquefois le nom de matricule à la maison dans laquelle ces pauvres étaient logés et nourris; elle était ordinairement bâtie a coté de l’église. Quelquefois même l’église , auprès de laquelle était bâtie une de ces maisons , prenait le nom de ma-
tricule. (Voy. du Cange, v° Matricule — On appela matricuïaires (matricularii) les clercs attachés à une église qui avait une matricule et des pauvres inscrits sur la matricule. De ce mot est venu niarguiltiers . fl y avait aussi des femmes appelées matricuïaires ( matriculariæ) qui remplissaient des fonctions analogues à celles des diaconesses . Voy. Diaconesse.
Le mot matricule s’appliquait aussi , dans l’ancienne monarchie, aux registres tenus pour les réceptions d’officiers ou personnes pourvues d’un office de magistrature ou de finances. Le registre oh étaient inscrits les avocats portait également le nom de matricule. Enfin les noms des rentiers de l’hôtel de ville de Paris étaient contenus dans des registres-matricules.
MAUCLERC. — Mauclerc ou le mowvais clerc était une épithète injurieuse employée pour désigner un ignorant , un homme grossier. Ce mot figure dans l’histoire de France comme épithète de Pierre de Dreux, comte de Bretagne (la Bretagne n’était pas encore érigée en duché à l’époque de saint Louis où vivait Pierre de Dreux). Au contraire le nom de Beau clerc s’appliquait à un savant et à un personnage de mœurs polies. Henri I, duc de Normandie et roi d’Angleterre, a été caractérisé par le surnom de Beuuclerc.
MAUR (Congrégation de Saint-). — Congrégation de l'ordre de Saint-Benoît établie en France et approuvée par le pape en 1621 ; elle est célèbre par les savants qu’elle a produits ( Voy. abbaye). — La Congrégation de Saint-Maur était divisée en six provinces, avait un supérieur général, plusieurs assistants et visitateurs ; elle tenait tous les trois ans un chapitre général.
MAURl (Saint). — On invoquait saint Maur au xive siècle pour qu’il envoyât la goutte à quelqu’un (Sainte-Palaye, v ° Maur (saint).
MAUKESQUE (Danse). — Danse empruntée aux Maures d’Espagne et usitee au moyen âge. On lit dans La Col om bière ( Théâtre d'hormeur, I, 166) : « Après que les chevaliers eurent rendu^ compte ue leurs aventures, se dressaient danses mauresques et farces qui duraient jusques à deux heures après minuit. »
MAURESQUE (Architecture). — Archrture imitée des Arabes d Fspagne. Elle remarquable par sa hardiesse et s»
;èreté, et a exercé quelque influence sur genre d’architecture qu’on appelle unoprement style gothique.
MAZ
MED
MAURICE (Saint). — La lance de saint Maurice était le symbole de la puissance souveraine dans le royaume d’Arles, qui comprenait le bassin du Rhône (Provence, Savoie, Dauphiné, Lyonnais, Franche-Comté et partie de la Suisse).
MAUSOLÉE. — Ce mot désigne un tombeau orné de sculptures; il vient de Mausole, roi de Carie , auquel sa femme Artémise avait fait élever un tombeau magnifique.
MAUVAIS-GARÇONS. — Bandes de pillards qui désolèrent la France aux xivc, xve et xvie siècles. Ces mauvais-garçons étaient souvent des soldats mercenaires.
Us se rendirent redoutables, au xiv® siècle, sous le nom de Grandes-Compagnies , Tard-venus 9 Malandrins , etc.
MAXIMUM.— Loi qui fixe le plus haut prix ( maximum ) auquel peuvent être vendues les denrees. Dès le 27 septembre 1792, la municipalité de Paris avait fixé le prix le plus élevé auquel certaines marchandises devaient être vendues dans cette ville. La Convention, dominée par la Montagne, étendit à toute la république la loi du maximum pour les grains et farines le 3 mai 1793. Le 29 septembre de la même année, elle soumit au maximum la viande fraîche, la viande salée et le lard, le beurre, l’huile douce, le bétail, le poisson salé, le vin, l’eau-de-vie, le vinaigre, le cidre, la bière, le bois à brûler, le charbon de terre, la chandelle, l’huile à brûler, le sel, la soude, le savon, la potasse, le sucre, le miel , le papier blanc, les cuirs, les fers, la fonte, le
{ilomb , l’acier, le cuivre , le chanvre, le in, les laines, les étoffes de toiles, les matières premières nécessaires aux fabriques, les sabots, les souliers, les colza etrabette, le tabac. Toutes ces denrées étaient taxées au prix qu’elles avaient en 1790. Un troisième décret du 22 février 1794 fixa le prix des transports qui devait être ajouté au maximum . Toutes les lois relatives au maximum furent abolies le 24 décembre 1794.
MAZARINADES. — On appelle Mazari nades les pamphlets qui furent composés contre le cardinal Mazarin pendant la Fronde. Le nombre en est si considérable que la Bibliographie des Mazarinades que M. Moreau a publiée pour la Société de V histoire de France forme 3 volumes in-8 ( Paris, 1850-1851). La même Société a publié un Choix de Mazarinades en 2 volumes in-8 (Paris, 1853). On trouve au tome II, p. 2 41, la pièce qui porta, primitivement le nom de Mazarinade , et au’on a attribuée à Scarron. L’auteur du
recueil , M. Moreau, convient que dans ce pamphlet f le plus célèbre de tous, on ne trouve ni esprit, ni gaieté, mais beaucoup de saletés et d’ordures. On peut en dire à peu près autant de toutes les Mazarinades. Elles fournissent peu de renseignements utiles à l’histoire et sont presque sans intérêt pour l’histoire littéraire.
MAZELIN. — Coupe précieuse en usage au moyen âge :
Dessus la table mettez mon mazelin .
Roman de Garin. Yoy. du Cange, v° Mazelinus.
MÉCANIQUE. — Partie des sciences mathématiques qui s'occupe de l’équilibre et du mouvement des corps en général.
Yoy. Sciences.
MÉCANIQUES ( Gens ). — Artisans. On trouve le mot mécanique avec cette signification dans une lettre de François II (1559) citée par du Cange, v° Mecanicus .
MÉCHITARÏSTES. — Société religieuse qui tira son nom d’un Arménien nommé Méchitar. Elle a fondé à Paris, en 1834 , un collège dans le but d’élever de jeunes Arméniens qui se destinent au sacerdoce. La dotation de ce collège provient du legs considérable qu’a laissé dans cette intention Samuel Moorat, riche négociant arménien, établi à Madras. M. E. Boré a publié, en 1835, une Histoire de la Société religieuse de Méchitar .
MÉDAILLE MILITAIRE. — Ce signe de distinction a été établi par un décret du 22 janvier 1852 pour récompenser les services rendus dans l’armée.
MÉDAILLES. — Les médailles ont servi dès la plus haute antiquité à rappeler .es événements historiques ou quelque circonstance importante de .a vie aes princes. On en trouve dans les tomoeaux gaulois. Il en existe aussi des époques mérovingienne et carlovingienne. Suger, dans son Histoire de Louis VI y rapporte que des médailles furent frappées pour perpétuer le souvenir des avantages remportés par Louis le Gros sur l’empereur Henri V et sur Henri Beauclerc, roi d’Angleterre. Louis XII, d’après le récit de l’historien de Thou (livre I), fit frapper, à l’occasion de sa querelle avec Jules II, une médaille d’or, où l’on voyait d’un côté son effigie avec les titres de roi de France et de Naples , et au revers les armes de France avec ces mots: Perdam Babylonis nomen (je détruirai le nom de B abylone)- On perpétua aussi par des médailles le souvenir du massacre de la Saint-Barthé-
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lemj ( de Thou, li-vre LUI). On en frappait encore à l'occasion des alliances conclues, par exemple, en 1602, pour l'alliance de la France avec les Suisses. Ce fut une médaille frappée par les Hollandais qui fournit à Fouis XIV le prétexte de la guerre de Hollande ( 1672 ); on prétendait que le Hollandais Van-Beuning s’était fait représenter sous les traits de Josué arrêtant le soleil, avec cette inscription : In conspectu meo stetit sol (à mon aspect le soleil s’est arrêté). Sous le règne de Louis XIV, on frappa un grand nombre de médaillés pour rappeler les événements glorieux ou les Institutions les plus importantes. Ainsi, lorsque les grands jours de Clermont eurent puni les excès de l'aristocratie , une médaille en perpétua le souvenir et porta Finscription suivante : Salus provinciarum repressa potentio rum audacia ( le salut des provinces assuré par la répression des grands ). On a recueilli en un volume in-fol. les dessins de toutes les médailles frappées sous le règne de Louis XIV comme un témoignage historique de la plus grande authenticité. Personne n'ignore cependant que la flatterie a trop souvent altéré dans ces médailles \o. vérité historique.
Il existe à la Bibliothèque impériale un précieux cabinet de médailles antiques.
François I commença cette collection , qui s'accrut considérablement sous ses successeurs, et, entre autres sous Charles IX. Elle s’enrichit en 1565 des médailles de Grollier vendues après sa mort. Mais ce fut principalement sous Louis XIV que le cabinet des médailles fut formé. Il était alors à Versailles. Au xvme siècle, les médailles et les pierres antiques furent transférées à la Bibliothèque royale qui avait été installée dans l’ancien palais Mazarin. De Boze et l'abbé Barthélemy travaillèrent à la classification de cette collection qui ne cessa de s’enrichir par ; l'acquisition de collections particulières.
La Révolution y fit entrer beaucoup d’objets précieux conservés dans les églises et les monastères, entre autres une agate de la Sainte-Chapelle , le calice de l'abbé Suger,les médailles et antiques de Sainte- Geneviève. A la fin duxvme siècle, Mionnet commença une nouvelle classification des médailles , d’après le système géographique d’Eckhel. Elles étaient rangées jusqu'alors par ordre alphabétique. Les conquêtes de laRépublique et de l’Empire augmentèrent considérablement le Cabinet des médailles ; mais ta plupart de ces acquisitions furent perdues en 1815. Depuis cette époque, malgré des vols dont il a été plusieurs fois victime, le cabinet des médailles n'a cessé de s'accroître et
est considéré avec raison comme la plus belle collection qui existe en ce genre Voy. histoire du Cabinet des médailles , par M. du Mersan. — Les principaux ouvrages traitant des médailles i sont ceux d Eckhel , de Doctrina nummorum vetemm , Vindobonæ, 1772-98, 8vol. in-4, fig — Mionnet , Descriptions des médailles antiques grecques et romaines ; Paris, 1806- 37 , 15 vol. in-8, fig. — Duchalais , Description des médailles gauloises de la Bibliothèque royale ; Paris, 1846, un vol. in-8 , fig. — Ch. Lenormant, Trésor de numismatique et de glyptique , Paris 1834-1850, 20 parties in-fol., fig.
MÉDECIN. — Les médecins furent pendant longtemps juifs, arabes ou clercs.
Ce furent des Juifs qui fondèrent l’école de médecine de Montpellier. Les autres médecins ou mires , comme on les appelait au moyen âge, restèrent clercs jusqu’en 1452. A cette époque, le cardinal d’Estoute ville , qui s’occupait de la réforme de 1 Université, leur accorda la permission de se marier. Au moyen âge , la médecine employait souvent des remèdes étranges qui attestent l’ignorance et la grossière superstition de ces temps. Bernard de Gordon , un des plus célèbres médecins de Montpellier, l’auteur du Lilium medicinæ écrivait que, pour guérir un épileptique , il suffisait de répéter à son oreille , au moment du plus violent paroxysme, les vers suivants :
Gaspar fert mirrliam , tbus Melchior, Balthasar aurum ;
Hæc tria qui secum portabit nomina regum Solvitur a inorbo , Christi pietate, caduco.
(Gaspar porte la myrrhe, Melchior l'encens, Balthazar l’or. Quiconque aura sur soi ces trois noms des trois rois-mages sera guéri du mal caduc par la grâce du Christ. ) Un autre médecin célèbre du moyen âge, Gilbert d'Angleterre, auteur d’un Compendium de médecine , prétendait guérir de la léthargie en attachant une truie dans le lit du malade. En cas d'apoplexie, il provoquait la fièvre, au moyen d'un mélange d'œufs de fourmis, d’huile de scorpion et de chair de lion (Germain , Histoire de la commune de Montpellier , III, I08sqq.). A Paris, quand les médecins désespéraient d’un malade, ils le faisaient exposer au parvis de Notre- Dame, afin de le recommander aux prières des fidèles et à la miséricorde divine.
Les médecins conservèrent jusqu’au xvme siècle des signes distinctifs, en particulier la robe longue du moyen âge et l’usage de la langue latine. Cette persistance à rester stationnaires au milieu d’une société qui s’était renouvelée, jointe
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à l’incertitude de la science médicale, expliquent les vives attaques auxquelles les médecins ont été en butte auxxvi' et xvue siècles. Rabelais, quoiqu’il fût lui-même médecin , ne les a pas épargnés. De Tliou (His toirede son temps , livre XXXI V), parlant de Jacques Hcullier, médecin célèbre, mort en 1562, oppose sa conduite à celle des médecins qui , contents de fatiguer leurs mules par un grand nombre de courses et de visites, ne se donnaient pas la peine d’étudier les maladies. Ce passage de de Thou fait en meme temps connaître les mœurs de cette époque, et nous montre les médecins parcourant les villes sur leurs mules aussi bien que les magistrats et les nobles dames.
Malgré les critiques auxquelles elle fut toujours exposée , la profession de médecin était très-recherchée. «IL y a longtemps, dit La Bruyère, que l’on improuve les médecins et que l’on s’en sert ; le théâtre et la satire ne touchent point à leurs pensions; ils dotent leurs lilles, placent leurs fils aux parlements et dans la prélature, et les railleurs eux-mêmes fournissent l’argent Ceux qui se portent bien deviennent malades, il leur faut des gens dont le métier soit de les assurer qu’ils ne mourront point. Tant que les hommes pourront mourir et qu’ils aimeront à vivre, les médecins seront raillés et bien payés. » Les médecins jouissaient, dans l’ancienne constitution de la France, de plusieurs avantages; ils étaient exempts de la collecte des tailles. Les médecins de la faculté de Paris étaient dispensés de tutelles, curatelles et autres charges publiques. La loi avait voulu compenser ainsi les longs et pénibles sacrifices imposés à ceux qui aspiraient à devenir médecins.
Voy. Médecine {Écoles de ).
Dès 1352, les ordonnances des rois de France interdirent l’exercice de la médecine à Paris à quiconque n'avait pas été reçu licencié par la faculté de cette ville (Ord* des R. ae Fr., Il, 609). 11 en résulta des contestations avec les médecins de province qui s'établissaient à Pans. En 167 3 , les médecins reçus dans les facultés provinciales formèrent une Chambre royale et érigèrent dans Paris même une espèce de nouvelle faculté à côté de l’ancienne : les médecins de la faculté de Paris attaquèrent cette institution et en obtinrent la suppression. Après de longues discussions, il fut convenu, en 1696, que la faculté de médecine de Paris pourrait autoriser quelques médecins provinciaux à exercer, à condition qu'ils subiraient deux examens et une thèse en habit de bachelier. Aujourd’hui l’exercice de la médecine est soumis à des condi-
tions réglées par la loi. On ne peut exercer la médecine sans être pourvu d'un diplôme accordé par une des trois facultés de médecine établies à Paris, Montpellier et Strasbourg. Les officiers de santé ne peuvent pratiquer la médecine que dans une localité déterminée.
MÉDECIN DU ROI. — Les rois avaient des médecins attachés à leur personne dès le temps de Clovis; on sait que Gontran fit périr les médecins qui n’avaient pu sauver sa femme. Du Cange compte en tout cinquante-quatre médecins des rois de France , sans en mentionner aucun pour la seconde race. Cependant Gabriel Naudé, dans ses Additions à V histoire de Louis XI , nomme deux médecins de Charlemagne, à qui ce prince ordonna de composer le livre intitulé Tables de santé . Pasquier ( Recherches , livre VIII, chap. xxvi) rapporte : « qu’au Mémorial O de la chambre des comptes, il se trouve , par l’ordonnance du roi Philippe deValois, du mois de mars 1 350, qu’il n’y aurait qu’un physicien (médecin) ordinaire en cuur, et non plus, à vingt sous tournois par jour, et , après sa mort, que le roi Jean son fils n’avait que trois physiciens . » Sous Charles VIII, on trouve un premier médecin du, roi , et cette charge a existé jusqu’à la fin de l’ancienne monarchie. Les médecins des rois étaient souvent pourvus d’offices. Adam Fumée, médecin de Charles VIII, devint maître des requêtes; Jacques Coictier, médecin de Louis XI , était président de la cour des comptes ; Jean Michel , médecin de Charles VIII, fut nommé conseiller au parlement de Paris. Miron, premier médecin du roi Henri III, fut employé à des négociations diplomatiques, comme l’attestent les mémoires de Sully et de Villeroy. Dans l’organisation régulière de la maison du roi , telle qu’elle fut établie aux xvu« et xvme siècles, le premier médecin jouissait d’importants privilèges : outre l’inspection générale sur le service de santé de la maison du roi, il avait la surveillance de tous les médecins, chirurgiens et pharmaciens du royaume, l’intendance du jardin royal ou jardin des plantes, la surintendance de tous les jardins des maisons royales et des eaux minérales de France. Lorsque le premier médecin allait assister aux séances de la faculté de médecine, il était reçu à la porte par le doyen accompagné des bacheliers et précédé des bedeaux. Voy.
Guvot, Traité des offices , etc., livre I, chap. xxxi.
MEDECINE ( Écoles Au moyen âge,
la France avait un grand nombre d’écoles de médecine ; les principales étaient celles
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de Montpellier, Paris, Toulouse, Besançon , Perpignan, Caen , Reims, Nancy. Il existe aujourd'hui en France trois écoles de Médecine ; établies à Montpellier, à Paris et à Strasbourg. Il est nécessaire d’en parler séparément
S 1. École de médecine de Montpellier . — La plus ancienne de nos écoles de médecine est celle de Montpellier. Elle fut, diton , fondée par des médecins juifs venus d'Espagne. Saint Bernard parle dans une lettre deu53, des médecins de Montpellier. Il raconte qu'un archevêque de Lyon, en allant à Home, tomba malade à Saint- Gilles et se détourna vers Montpellier, où «il dépensa avec les médecins ce qu’iL avait et ce qu'il n'avait pas.» Gilles de Corbeii, qui fut médecin de Philippe Auguste , voulant faire l'éloge de Richard, un de ses contemporains, dit que, «sans l'éclat que ce vieillard répandait à Montpellier par ses lumières, la gloire de la médecine serait depuis longtemps éclipsée.» Le moine Gésaire d’Heisterhach proclamait, au commencement du xiue siècle, que Montpellier était la source de Fart médical (fons est artis physicæ). Une charte de Guillaume VIII , comte de Montpellier, en date de \ 18O , eut pour but de régler l’enseignement de la médecine dans cette ville. Toutefois 1 y école de médecine de Montpellier ne reçut ses statuts que plus tard, en 1220, du cardinal Conrad , légat du saint-siège contre les Albi-
Seois (voy .V Histoire de la commune de l ontpellier , par M. Germain). Parmi les médecins les plus célèbres de cette école, au moyen âge, il faut ci ter Arnaud de Villeneuve , auquel on doit d’importantes découvertes (voy. Eau-ue-vie, S ï), Bernard de Gordon , auteur du Lilium medicinæ , Gui de Chauliac, médecin du xvie siècle , qui a mérité d'ôtre appelé le père de la chi - Turgie moderne , etc.
Réception des bacheliers , licenciés et docteurs dans V école de Montpellier . — La réception des médecins dans Y école de Montpellier était accompagnée de cérémonies particulières. Il fallait subir seize épreuves avant d’arriver au doctorat. On ne pouvait se présenter à l'épreuve du baccalauréat qu’après trois années d’études. Le candidat qui la subissait d'une manière satisfaisante, recevait des juges une des baies ( baccæ ) du laurier réservé h la couronne doctorale (c’est de là, selon quelques écrivains, que vient baccalauréat)- Pour parvenir à la licence, il fallait d’abord faire des leçons publiques pendant trois mois sur un sujet indique par le doyen. Cette épreuve terminée, on était admis à se présenter aux quatre examens per intentionem , qui tiraient leur
nom de ce qu’on les subissait avec l'intention de parvenir à la licence (per in tentionem adipiscendi licentiam ). Ces quatre thèses se soutenaient successivement et de deux jours en deux jours sur un sujet assigné la veille; le candidat devait parler chaque fois au moins pendant une heure. Il y avait encore deux autres thèses sur une maladie quelconque ou sur un aphorisme d’Hippocrate; les sujets étaient tirés au sort vingt-quatre heures avant la soutenance , et le candidat devait parler au moins pendant quatre heures sur chacun. Ces thèses portaient le nom de Points rigoureux. Le candidat était tenu de répondre à toutes les difficultés qui pouvaient s'élever à l’occasion de ces thèses. Une fois admis , le candidat allait recevoir la licence des mains de l’évêque de Maguelonne ou de son vicaire général, en présence de deux professeurs délégués par la Faculté.
Venaient ensuite les Trtduancs , exa* mens qui avaient lieu pendant trois jours matin et soir, et qui duraient au moins chacun une heure. Les deux premiers jours, les docteurs seuls argumentaient; mais, le troisième jour, les licenciés, les bacheliers, et même les simples étudiants prenaient aussi la parole. Après ces nouvelles épreuves on conférait le doctorat. On l’appelait aussi Y acte de triomphe (actus triump halls). Cet acte solennel avait lieu dans l’église de Saint-Firmin , dont la grosse cloche l'annonçait la veüle. La Faculté , en corps et en robes rouges , y conduisait le récipiendaire au son de la musique, et là, à la suite de discours prononcés en latin , on lui délivrait les insignes du ^rade suprême, en présence d’une assemblée ordinairement très-nombreuse.
Ces insignes consistaient en un bonnet de drap noir, surmonté d’une honpe de soie cramoisie , en une bague d’or et une ceinture dorée , qu'on passait au doigt et autour des reins du récipiendaire, à qui l’on remettait aussi le livre d’Hippocrate. Le président, après la délivrance de ces insignes, faisait asseoir le récipiendaire à son côté, puis lui donnait l'accolade et la bénédiction, en lui recommandant de remercier Dieu , la sainte Vierge et ses maîtres. Le futur docteur se faisait présenter par un parrain , et, la cérémonie achevée, paradait avec les insignes du doctorat; il distribuait aux dames des gants et des dragées ou des fruits confits. Ces cérémonies avaient une grande analogie avec celles qui se pratiquaient pour la réception des chevaliers (voy. Cijevalekie ). « Ces pratiques, dit M. Germain, auquel nous avons emprunté les détails précédents ( 'Histoire de la commune dé
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Montpellier, III, 129), se sont perpétuées très-longtemps. Elles étaient encore en pleine vigueur au xvn® siècle, et Molière, durant son séjour à Pézenas auprès du prince de Conti, a pu y puiser d’originales inspirations pour son Malade imaginaire. »
La justice de Montpellier devait chaque année un homme mort ou vif à la faculté de Montpellier pour les travaux anatomiques. Guillaume Bouchet rapporte, dans son recueil de contes intitulé Sérées, que les médecins de Montpellier profitèrent de ce droit pour sauver un gentilhomme qui avait été condamné à avoir la tête tranchée.
Depuis la révolution, V école de médecine de Montpellier a cessé d’être une corporation jouissant de privilèges et d’une organisation indépendante. Supprimée en 1792, elle /ut reconstituée en 1794, sous le nom d' École de santé : mais cette institution ne réussit pas et fit place, en 1803, aune école de médecine qui a pris le nom de Faculté , en 1808, et qui existe encore aujourd’hui comme une de nos troi£ facultés de médecine.
S II. Ecole de médecine de Paris. — On place vers la fin du xnc siècle ou le commencement du xme l’origine de VÉcole de médecine de Paris . Elle fut d’abord comprise dans l'Université; mais elle s’en sépara, vers 1280, et eut ses statuts particuliers (voy. pour des détails plus complets les Recherches historiques du docteur Sabatier sur la Faculté de médecine de Paris). On a perdu les registres primitifs de cette faculté, connus sous le nom de Commentaires ; le plus ancien
Îue l’on ait conservé ne remonte pas au ela de l’année 1395. Les professeurs de médecine n’eurent pas de salle attitrée avant 1505. Jusque-là les soutenances d’actes avaient lieu dans les maisons particulières, et les réunions générales se tenaient à Notre-Dame ou dans l’église des Mathurins. Les leçons se faisaient dans la rue du Fouarre , qui tirait son nom de la paille et du foin qu'on y répandait* En 1454 , Jacques Desparts, chanoine de l’église de Paris et premier médecin de Charles YIÏ, convoqua la faculté de médecine , au bénitier de Notre- Dame, suivant l’usage. Il établit facilement la nécessité de chercher un antre local pour renseignement de la médecine , et donna à la faculté trois cents écus d’or et une partie de ses meubles et de ses manuscrits pour faciliter le nouvel établissement. La faculté de médecine eut alors sa chapelle, ses écoles particulières et sa bibliothèque. Les livres de la faculté étaient peu nombreux *a. à?» ju
pnx très-élevé , comme le prouve le fait suivant: En 1471, Louis XI, ayant emprunté le manuscrit qui contenait les œuvres de Rhasès , qu’il voulait faire copier pour sa bibliothèque, fut obligé de déposer pour garantie de l’ouvrage emprunté douze marcs de vaisselle d’argent et un billet de cent écus d’or qu’un riche bourgeois , nommé Malingre , souscrivit au nom du roi. Jusqu’en 1452, les professeurs de l’école de médecine de Pans étaient astreints à la loi du célibat. Le cardidal d’Estouteville abolit cette prescription lorsqu’il fut chargé à cette époque de la réforme de l’Université.
Organisatioîi de VÉcole de médecine de Paris . — La faculté était gouvernée par un doyen que nommaient cinq électeurs auxquels la faculté avait délégué ses pouvoirs. Le doyen prêtait devant l’assemblée le serment de remplir scrupuleusement ses devoirs et de sévir contre ceux qui pratiqueraient illégalement la médecine. Il inscrivait ensuite sur un registre le procès-verbal de sa nomination, et donnait à son prédécesseur un reçu des biens de la faculté, du sceau attaché à une chaîne d’argent , du livre des statuts et des sommes qui restaient en caisse. Le serment, que prêtaient les professeurs de médecine; peint les mœurs et les usage» de cette époque: « Nous jurons et promettons solennellement de faire nos leçons en robe longue, à grandes manches, ayant le bonnet carré sur la tête , le rabat au cou et la chausse (voy. ce mot) d’écarlate à l’épaule ; Item , de faire nos leçons sans interruption, de les faire par nousmêmes et non par des suppléants, chacune d'elles pendant uneheure au moins, tous les jours de l’année qui ne seront pas jours de fête. » Les examinateurs des candidats au doctorat et aux autres grades étaient nommés d’avance dans une assemblée qui se tenait tous les deux ans. Des bacheliers, envoyés parla faculté, venaient leur offrir des cierges aussitôt après leur nomination.
Réception des gradués de la Faculté de médecine. — Les trois grades de l’école de médecine de Paris étaient le baccalauréat, la licence et le doctorat. Les bacheliers, après leur réception , présentaient à leurs juges des épices, telles que poivre, gingembre, cannelle et autres denrées de cette nature, qui étaient à cette époque rares et précieuses. Dans la suite, les bacheliers donnèrent à leurs examinateurs un repas après la soutenance des thèses. Cette coutume ne fut abolie que vers 1650. Après deux années d’études, les bacheliers présentaient ***** jiuxxniiaue à la faculté pour être ad-
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mis à l’examen sur la pratique. Les docteurs régents étaient convoqués pour ces examens. Ils juraient sur le crucifix et sur peine de damnation éternelle de ne suivre que la justice pour fixer les rangs des candidats. Les examens terminés, les noms de ceux qui étaient reçus étaient proclamés par l'appariteur ; ils se mettaient à genoux devant le chancelier qui leur coulerait la licence et faculté de lire , enseigner et 'pratiquer la médecine en tous lieux . Les nouveaux licenciés se rendaient ensuite processionnellement à la cathédrale pour remercier Dieu des succès de leurs travaux. Les paranymphes (voy. ce mot) suivaient la licence.
Réception des docteurs . — Le troisième grade était le doctorat. La cérémonie de la soutenance avait un caractère solennel : le candidat entrait accompagné des massiers de la faculté (voy. Massiers) et des bacheliers; il devait répondre aux docteurs qui argumentaient contre lui.
Lorsqu’il sortait vainqueur de cette redoutable épreuve , il était reçu docteur avec des cérémonies que la comédie a tournées en ridicule, mais qui eurent longtemps une influence salutaire en inspirant le respect pour un grade conquis par le travail, et pour une profession qui avait une si haute importance. Le grand appariteur de la faculté s’approchait du candidat, et, après un salut respectueux, il lui rappelait, dans une allocution latine, les trois serments imposés aux docteurs : i° observer les lois et règlements, ainsi que les louables coutumes de la faculté ; 2° assister à la messe de saint Luc en mémoire des confrères décédés; 3° employer toute son influence à abolir l’exercice illégal de la médecine. Après cette allocution, le récipiendaire prononçait le fameux juro qui a fourni a Molière un des passages les plus célèbre» de ses comédies. Le serment prêté, le président plaçait sur la tête du candidat un bonnet carré après y avoir tracé le signe de la croix, lui donnait un léger coup sur la tête, comme cela se pratiquait lorsqu’on armait un chevalier, et enfin embrassait son nouveau confrère.
L’école de Paris était, comme celle de Montpellier, une corporation privilégiée.
Supprimée en 1792 , elle fut réorganisée sous le nom à* école de santé , en 1794, et placée dans le local de l’académie de chirurgie auquel on réunit le couvent des Cordeliers; elle redevint école de médecine, en 1803, et fut annexée à l’Uni versité comme faculté de médecine, en 1 808.
S 11L École de médecine de Strasbourg .
— L’école de médecine de Strasbourg fut fondée par l'empereur Maximilien II
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( 1 564-1 576). Les privilèges de l’Université de Strasbourg furent confirmés lorsque cette ville fut réunie à la France (1681); son école de médecine, qui avait produit plusieurs médecins célèbres, fut supprimée en 1792 et réorganisée sous le nom & école de santé (1794), puis d’école de médecine (1803), enfin de faculté de médecine transférée à Nancy (1871).
Les trois facultés de médecine qui existent aujourd’hui ont des chaires de chimie médicale, de botanique médicale, de matière médicale et thérapeutique , d’anatomie, de physiologie, de pathologie interne et externe, de clinique interne et externe, d’accouchements, de médecine légale et d’hygiène. La faculté de médecine de Paris a de plus des cours de physique médicale, d’anatomie pathologique, de pathologie et de thérapeutique générales, d’opérations et appareils de clinique et de pharmacie. Les professeurs sont nommés par le ministre de l’instruction publique sur une liste de candidats présentés par la faculté. On ne peut être admis à exercer la médecine qu’après avoir suivi pendant auatre années au moins les cours d’une faculté et subi avec succès les diverses épreuves imposées par les règlements.
MÉDECINE ( Écoles secondaires de). — Dans ces écoles , organisées par des ordonnances en date des 18 mai 1820. 1 3 octobre 1840 et 12 mars 1841, on fait des cours sur la chimie et la pharmacie, l'histoire naturelle médicale et la matière médicale, l’anatomie et la physiologie, la clinique interne et la pathologie interne, la clinique externe et la pathologie externe, les accouchements et maladies des femmes et des enfants. Les élèves des écoles secondaires ou écoles l^re'paratoires de médecine peuvent faire compter huit inscriptions prises pendant deux années dans ces écoles pour toute leur valeur dans l’une des facultés de médecine; les autres inscriptions ne peuvent compter que pour le tiers de leur valeur. Les officiers de santé sont admis à exercer après quatre années d’études dans une école secoîidaive de médecine; mais les facultés seules accordent le titre de docteurs en médecine.
MÉDIANOCHE. — Repas fait à minuit, en gras, pour marquer le passage d'un jour maigre à un jour gras. Cet usage est souvent mentionné dans les mémoires et les lettres du xvne siècle. « Le Roi, dit Mademoiselle, me mena à un medianox, sur le canal (de Fontainebleau) avec Madame. » (Mémoires, édit. Petitot, fc. XLÏIT, p. 76.) Mmode Sévigné, après avoir raconté