‹ Dictionnaire historique des institutionsChapitre 72 sur 224 · TI · texte numérisé non relu

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Traité de la police de de La Marre ( IV, 615-619). A partir de 1672 , les messageries de l’Université ayant été réunies au domaine du roi , le fermier des postes fut chargé de payer à l’Université la somme qui lui était allouée pour la ferme de ses messageries , et eut seul le droit de transporter les lettres et les paquets. L’Université ne recevait, en 1716, que quarante-sept mille six cent quatre-vingtcinq livres dix sous pour le bail de ses messageries . Sur les représentations qu'elle lit relativement à l'insuffisance de cette somme, le régent, après avoir pris l'avis des principaux membres du conseil du roi et du parlement , rendit nn édit en date du 14 avril I7i9qui accordait à l'Université le vingt-huitième effectif du bail général des postes pour lui tenir lieu du produit de ses messageries. Le même édit déclarait qu’à l'avenir l'instruction serait gratuite dans les collèges de la faculté des arts ( ou des lettres ). L’Université accueillit cet édit comme un bienfait, et llollin , qui était alors recteur, remercia le régent au nom de tout le corps dans un discours latin qu'il a inséré dans son Histoire ancienne .

Ce monopole fut aboli par une loi du 20 août 1790. Après plusieurs essais pour mettre en régie le transport des voyageurs et des effets , on adopta le système delà libre concurrence (loi du 9 vendémiaire an vi). Le gouvernement se réserva seulement un droit de surveillance et la perception du dixième du prix des places dans les voitures des messageries . Cette loi est encore en vigueur.

MESSAGERIES (Petites). — Les petites messageries furent établies à Paris , au commencement de 1825, pour transporter les effets et marchandises d'un quartier à l'autre.

MESSE (Fondation de). — Un diplôme de Charlemagne en faveur de l'abbaye de Saint-Arnould de Metz, délivré en 783, porte à croire que, dès le vme siècle, en fondait des messes pour les défunts. Une notice chaHulaire de l’abbaye de Redon, de 868, offre à la fois une preuve de fondations de messes , et une des plus anciennes stipulations de prières nombrées que l'on connaisse (Lobineau, HisU de Br et. y II , 68 )* I/abbé s’engage, pour une restitution de fonds, à acquitter trois cents messes et cent psautiers.

MESSE IlOUGE. — On appelait messe rouge la messe qui se célébrait dans la grande salle du palais de justice pour la rentrée du parlement après la Saint- Martin. Elle était chantée par les prêtres

de la Sainte-Chapelle. Le premier président , les présidents à mortier, les présidents de chambre, les conseillers, les gens du roi , tous en robes rouges avec leurs fourrures et épitoges , assistaient à cette messe ; c'est ce qui lui faisait donner le nom de messe rouge . On lit dans le Journal de V avocat Barbier (1 , 467 ) : « Aujourd'hui , il n’y a eu ni rentrée ni messe rouge ; ce qui n’était jamais arrivé, dit-on, au parlement qui a toujours fait cette cérémonie dans les endroits où il était en exil. »

MESSE DES CATÉCHUMÈNES. — On appelait messe des catéchumènes la première partie de la messe jusqu'à l'évangile inclusivement , parce qu'après la lecture de l'évangile on renvoyait les catéchumènes de l’Église. On fermait ensuite les portes, et on commençait la messe des fidèles. Le nom de messe ( missa ) vint, selon du Cange (v° Missa) de l’usage de renvoyer ( mittere ou dimittere ) les catéchumènes. La messe des catéchumènes était en grande partie célébrée par les diacres et sous-diacres qui étaient chargés de lire l'épitre et l’évangile.

MESSIDOR. — Dixième mois de l’année républicaine, ainsi nommé parce qu'il correspondait à l'époque de la moisson (messis) ; il commençait le 19 juin et se terminait le 18 juillet. Un poète de la révolution a dit :

Fer et blé sont les voeux du sage ;

Qu’il trouve l’un dans messidor ;

L’autre sera dans son courage.

MESSIER. — Les messiers étaient nommés pour veiller à la garde des fruits avant la récolte. Ils étaient choisis par tous les habitants de la commune et responsables des délits commis dans l'étendue du pays soumis à leur surveillance.

MESS1RE. — Ce titre était primitivement réservé aux chevaliers. Dans la suite , il fut donné à toutes les personnes de qualité , et même aux gens d’Église et de robe.

MESTPtE DE CAMP. — Le grade meslre de camp répondait à celui de colonel. Les mestres de camp furent établis par François Ier pour commander les régiments de cavalerie légère. Il n’est pas exact de dire, avec quelques auteurs, que cette dignité ne date que de 1544, puisque l’on voit à cette époque Montluc quitter la charge de meslre de camp qu'il avait exercée pendant trois ans. Ce même capitaine, dans les remontrances qu’il adresse à Charles IX, insiste sur l’importance des mestres de camp . «c Je ne parlerai point.

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dit-il , des généraux de la cavalerie ci des colonels de l'infanterie, parce que ce sont deux états qui se doivent donner aux princes ou grands seigneurs f encore qu’ils soient jeunes et peu expérimentés; cela n’importe pourvu que le mestre de camp soit bien expérimenté.» 11 y avait aussi des mestres de camp de l’infanterie aux xvi® et xvir siècles. Il en est question dans les Capitaines français de Brantôme et dans V H » stoire universelle du président de Thou (livre Cil ). Pellisson , dans ses Lettres historiques , parle encore de mestres de camp d'infanterie.

«Le salut des armes, dit-il, ne se fait point quand on est en haie. M. le duc d’Orléans et M, de Turenne général passent à la tête de leurs régiments devant le roi, l’un l'épée à la main comme général de cavalerie, et l’autre portant la pique comme mestre de camp d'infanterie. »

Tant que la charge de colonel général exista, l’officier qui commandait en chef en régiment n'était nommé que mestre de camp , comme étant subordonné au colonel général. Louis XV ayant supprimé la colonelle général en 1730 ordonna que les chefs quitteraient le titre de mestres de camp pour prendre celui de colonels.

Lorsque Louis XVI cm rétabli la charge de colonel général par ordonnance du 15 avril 1780, tous les colonels furent obligés de prendre le titre de mestres de camp; mais, par les nouvelles dispositions de l’ordonnance du 17 mars 1788 , le roi ayant supprimé toutes les charges de colonels généraux, les chefs de régiment furent désignés sous le nom de co • lonels. Depuis 17 88 le nom de mestre de camp a cessé entièrement d’ètre employé.

MESTRE DE CAMP GÉNÉRAL. — La dignité de mestre de camp général de la cavalerie fut établie en 1552 par Henri IL Le mestre de camp général avait à l’armée une garde de cavalerie, commandée par un lieutenant, et une vedette à l’entrée de son logis; il mettait quatre cornettes derrière ses armes. Voy. Daniel, Hist. de la milice française. — On créa, en 1558, une charge de mestre de camp général des dvagons. Le titre de mestre de camp générai fut supprimé en 1 70 1 .

MESURAGE. — Ce mot désignait quelquefois un droit seigneurial qui se prélevait sur chaque mesure.

MESURES. — L’uniformité légale des mesures n’a été établie qu’à l’époque de la révolution française. Charlemagne avait , il est vrai, déclaré qu’il n’y aurait qu’une seule mesure dans tout son em-

pire (voy. Capitulaires , $ VI ) ; il avait , dans plusieurs capitulaires , insisté sur la nécessité de cette réforme. « Nous voulons , dit-il dans un capitulaire de 789, que tous se servent de mesures justes et égales, de poids justes et égaux, soit dans les villes, soit dans les monastères, soit pour vendre, soit pour acheter. » Un capitulaire de l’année 800, s'exprime ainsi ; « Nous voulons que chaque juge ait un étalon des mesures semblable à celui qui est conservé dans notre palais. » — « Que partout, dit un capitulaiie de 813, op se serve de poids et de mesures justes et égaux. » Les successeurs de Charlemagne répétèrent les mômes prescriptions. Charles le Chauve, dans un capitulaire de 804 , ordonne de réduire les mesures qui se trouvent trop grandes et de se conformer, suivant l’ancien usage , à l’étalon conservé dans le

fralais de l'empereur . Mais la ruine de ’empirecarlovingien fit disparaître l’unité de poids et mesures. Le régime téodal qui triompha à la fin du ix* siècle laissa chaque seigneur maître d'établir à son gré les poids et mesures. 11 y en eut alors une infinité qu’il serait impossible d’énumérer ici voy Mesures anciennes). Cependant les Ordonn . des rois de France (voy. t. I , p. 35, 136, 144, 227, 228, 229 ), portèrent des peines sévères contre ’.es marchands qui se serviraient de fausses mesures . Quelques rois législateurs, et principalement Louis XI, songèrent à établir l’unité de mesure; mais ce projet échoua contre les résistances locales. Il faut arriver jusqu’à l'assemblée constituante pour voir succéder des résolutions efficaces aux velléités impuissantes. Dès 1790 ( décret des 8 mai — 22 août ) , l’assemblée avait ordonné des recherches pour arriver à établir l’unité des poids et mesures d’après un modèle pris dans la nature. Après avoir consulté l’Académie des sciences, elle décréta (26-30 mars 1791) quelle adoptait le quart du méridien terrestre pour base du nouveau système de mesures e tebe ordonna que des opérations fussent commencées pour mesurer un arc du méridien terrestre. Cette opération eut un plein succès, et la Convention décréta ( 1-2 août 1793 ) que l’unité des mesures serait établie dans toute l’étendue de la république française et aurait pour base la mesure de l’arc du méridien terrestre. Enfin la loi du 18 germinal an in décida qu’il n’y aurait pour toute la république qu’un seul étalon des poids et mesures , qui serait une règle de platine sur laquelle serait tracé le mètre, adopté pour unité fondamentale de tout le système des mesures . Depuis çetté

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époque jusqu’à la loi du 4 juillet 1S37, un grand nombre d’actes législatifs ont eu pour objet de déterminer, d'après un modèle uniforme, les mesures de longueur, de capacité, de solidité et les mesures agraires. Dans la législation moderne, l'État seul a le droit d’établir et de faire vérifier les mesures. Il serait superflu d’insister sur l’avantage immense que le commerce et l’industrie ont trouvé dans l’uniformité de mesures . L’adoption du système décimal, qui permettait de multiplier et de diviser toutes les mesures avec une grande facilité, était aussi un progrès d’une haute importance. On a fait dériver toutes les mesures du mètre avec la plus grande simplicité. L’unité des mesures de capacité est le cube de la dixième partie du mètre; on lui adonné le nom de litre. L’unité des mesures de superficie pour le terrain est un carré dont le côté est dix mètres; elle se nomme are. On a nommé stère un volume de bois de chauffage égal à un mètre cube. L'unité de bois, que l’on nomme kilogramme ou livre décimale est le poids de la millième partie d’un mètre cube d’eau distillée , considérée dans le vide à son maximum de densité ( à peu près deux livres cinq gros trente-cinq grains ). 'foutes \es mesures étant comparées sans cesse à la monnaie, il était surtout important de la diviser en parties décimales. On a donné à son unité le nom de franc d’argent ; sa dixième partie s’appelle décime, et sa centième partie centime . On a rapporte au franc les valeurs des pièces de monnaie de cuivre et d’or. Les grandes distances itinéraires s’évaluent en myriamètres. Le myriamètre vaut cinq mille cent trente et une toises ou environ deux lieues et demie de poste. La dixième partie de cette longueur est le kilomètre ou mille mètres. La mesure des grandes surfaces agraires est V hectare qui vaut dix mille mètres carrés ou cent ares , ou un arpent neuf dixièmes environ des eaux et forêts. « Tel est, dit La Place, le nouveau système des poids et mesures, que les savants ont olîert à la Convention nationale, qui s’est empressée de le sanctionner. Ce système fondé sur la mesure des méridiens terrestres convient également à tous les peuples. Il n’a de rapport avec la France que par l’arc du méridien qui la traverse. Mais la position de cet arc est si avantageuse , que les savants de toutes les nations , réunis pour lixer la mesure universelle , n'eussent point fait un autre choix. »

MESURES ANCIENNES. — U n’est pas sans intérêt, si l’on veut apprécier l’im-

portance de la réforme introduite par l’unité de poids et mesures , de rappeler sommairement quelques-unes des anciennes mesures de capacité et de longueur. On pourra consulter sur cette question que je ne fais qu’indiquer :

M. Ouerard, Prolégomènes du polyptyque d lrminon et du cartulaire de Saint- Père de Chartres , ainsi que de La Marie, Traité de la police. Les détails qui suivent sont tirés principalement de ces ouvrages. Les deux premiers donnent des indications sur les mesures du moyen âge, et le dernier sur les mesures employées au xviic siècle. On reconnaîtra uTl n’y avait eu presque aucun progrès ans cette partie des institutions.

§ I. Mesures de capacité. — Le baril ( ha ri l lus), appelé vulgairement costeret, qui servait pour le vin, était le sixième du muid, en 1229. Dans un document du commencement du xm° siècle, concernant l’église cathédrale de Chartres, on compte également six barils dans le muid de vin. Comme le muid de vin était évalué à cette époque à deux cent dixhuit litres, le baril , dit costeret , contenait trente-six litres un tiers.

Le boisseau , dit M. Ouérard ( Prolég .

du cartul . de Snint-Pève de Chartres , § 171), ne semble pas avoir été d’un usage ordinaire avant le xne siècle ; il ne se montre qu’au xme dans nos chartes , et ne servait qu’à mesurer les matières sèches. 11 nous est impossible d’évaluer, autrement que par conjectures, sa contenance, qui a dù changer avec le temps et suivant les lieux. S’il formait la cent quar antième partie du muid, comme dans les mesures agraires, on devrait, d’après nos évaluations précédentes, le faire égal à dix litres et demi ; mais il est probable qu’il était plus grand et qu’il se rapprochait du boisseau actuel de Chartres, qui vaut la moitié du minot ou le quart de la mine ou le huitième du se lier, c’est-à-dire quinze litres quatre cinquièmes.

La charretée ( carrum , carrada ï servait quelquefois de mesure pour le foin. La charretée contenait probablement mille livres de foin, faisant quatre cent huit kilogrammes. C’était la charge d’une voiture à deux bœufs, dans un temps où les routes et les chemins étaient difficiles et mal entretenus, et lorsque les transports se faisaient, autant qu’il était possible, par les fleuves et par les r ivières, la voie de terre étant peu sûre, peu commode ou manquant entièrement; le bois se mesurait également par voiture, et la charretée consistait aussi sans doute dans la quantité de bois que deux bœufs pouvaient

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traîner, ( Prolégomènes du polyptyque d’irminon, p. 189.)

JJhémine (hemina, emina ou mina) était la moitié du setier. Elle égalait deux litres dix-sept centilitres dans les temps anciens, et, depuis Van 1100, soixantetrois litres pour le blé, et un litre et demi pour le vin.

Le muid ( modius ), institué par Charlemagne, avait une valeur de soixantedix litres environ, ainsi qu’il résulte des calculs de M. Guérard dans les Prolégomènes du polyptyque d’irminon. Par la suite, cette mesure de capacité varia trèssouvent. D’après une charte de 1140, elle répondait à quinze hectolitres trois quarts; mais, en général, on peut l’évaluer à quinze hectolitres douze litres; ce qui est vingt-deux fois plus que le muid car lovmgien (voy. Prolég. du cart. de Saint- Père de Chartres , § 168).

Le muid qui servait , au xue siècle , h mesurer le vin et les autres liquides , était beaucoup moins grand, et M. Guérard ne Vé value (1. c.) qu’à environ deux cent dix-sept litres. Au commencement du xii® siècle, le pain comme le vin se mesurait au muid . Voy. du Cange, v° Modius ; on y trouvera l’indication de la capacité du muid dans diverses provinces ; ces évaluations sont tirées des registres de la chambre des comptes de Paris.

Le setier ( sextarius ) était une division exacte du muid , et, comme la capacité du muid était très-variable, celle du setier variait également. Il y avait ordinairement seize ou dix-sept setiers au muid ; quelquefois dix-huit ou vingt-deux, et quelquefois meme vingt-quatre. D’après l’évaluation du muid carlovingien , par M. Guérard (voy. plus haut Muid) , le setier, qui en était le seizième, devait répondre à quatre litres trente-cinq centilitres. Mais, après l’année 1100, le setier , au lieu d’être le seizième du muid , en devint le douzième, et comme le nouveau muid avait, ainsi qu’on Ta dit plus haut (voy. Muid), une capacité beaucoup plus grande que le muid carlovingien, le second setier dut valoir environ cent vingtsix litres cing douzièmes. Le premier setier servait également pour le blé et le vin; le second servit seulement pour le blé. On continua, après le xi° siècle, à se servir pour mesurer le vin d’un setier qui équivalait à environ trois litres.

§ 11. Mesures agraires et mesures de longueur . — L’acre valait deux arpents ou quatre vergées, d’après un ancien registre de la cour des comptes et d’autres textes cités dans le Glossaire de du Cange. En Normandie , dans le département do la Manche, Y acre vaut encore

aujourd’hui quatre vergées (voy. Prolégomènes du cartulaire de Saint-Père , § 158).

h’dnée ( asinata) était une mesure agraire qui contenait environ sept arpens, c’cst-à-dive deux cent quatre-vingtquinze ares quarante centiares. On lui donnait le nom d ' ânèe, soit parce qu’elle indiquait la quantité de terre qu’un âne pouvait labourer en un an, soit parce qu’elle servait à désigner celle qu’on ensemençait avec autant de blé qu’il en fallait pour la charge d’un âne. Une ânée de terres labourables produisait, aux xi® et xii® siècles , environ dix sous de rente annuelle, tandis qu’un arpent ne rapportait que quator ze à vingt deniers environ. C’est ce ci ni résulte des textes du Cartulaire de Saint-Père de Chartres (voy. les Prolégomènes de M. Guérard, § 160).

C’ansaiige ( andecena , andecinga , ancingua , anzinga , antsinga) est restée en usage dans les environs de Paris , au moins jusqu’au xve siècle. Il en est fait mention dans les actes des années 1236, 1256, 1262, 1319 et 1394, sous les noms laiins ù’encengia , escengia , acengia , aitengia , et sous le nom vulgaire d’ansarige. C’était une espèce de mesure agraire, en usage pour les terres labourables % pour les prés, les vignes et les bois. Mais il semblerait que la pièce de terre ainsi désignée eût été entourée d’une haie, d’un palis , d’un treillis ou d’une autre sorte de clôture. Du moins, dans les lois du Bavarois, il est question de l’obligation imposée aux colons ou serfs de l’Église, de clore les ansanges ; et, d’après plusieurs chartes, on voit qu’un certain nombre d ’ansanges étaient, dans certains pays, attachées auxmanses(voy Ma nse). Uansange , en tant que mesure agraire, était plus faible que le bonnier, et peu différente de l’arpent. Suivant la loi bavaroise, elle avait quarante perches de long sur quatre perches de large : elle contenais , par conséquent , cent soixante perches carrées, qui font Quatorze ares uarante-sept centiares. ( Prolégomènes u polyptyque d}Irminon, p. 176-177.) Vansange, suivant M. Guérard, était le neuvième environ du bonnier (voy. Bonnier, p. 779), et valait un arpent un neuvième. « Dans la suite, ajoute le même auteur, cette mesure s'accrut un peu, et valut, à ce qu’il semble, un arpent et demi aux environs de Paris. » On trouvera la preuve de cette assertion à la page 177 des mêmes Prolégomènes.

\j arpent ( aripennum ) est une ancienne mesure gauloise, égale à la moitié du jugerum romain , c’est-à-dire à douze ares soixante-quatre centiares, d’après

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les tables de M. Dareau de La Malle. Il avait encore la même valeur au ixe siècle (voy. Prolégomènes du polyptyque d'Irminon, par M. Guérard) ; mais dans la suite, la valeur de V arpent varia beaucoup suivant les temps et selon les lieux. En Normandie, Yarpent valait les cinq huitièmes de l’acre, et contenait, au xiic siècle, quarante-deux ares vingt centiares (voy. les Prolégomènes du cartu laire de Saint-Père de Chartres , § i52).

L'aune ( ulna ou alna ) , ainsi qu'elle est appelée dans le Polyptyque , servait à mesurer les étoffes. Elle avait, chez les Romains, un pied et demi de long, et se confondait avec la coudée. Sa longueur paraît avoir été la même chez les Francs ; car, dans un manuscrit du Xe siècle , qui donne la valeur usuelle de plusieurs mesures, tant romaines que germaniques, elle est égalée à un pied et demi. Elle valait donc 0m,4444 ( Prolégomènes du polyptyque d'Irminon, p. 161). L’auteur des Prolégomènes avait rappelé antérieurement que le pied romain valait, d’après M. Dureau de La Malle , 0m,2963.

Le bonnier (bonuarium) i avait une contenance d’environ cent vingt-huit ares , d’après les Prolégomènes du polyptyque d’Irminon , par M. Guérard; mais ce savant reconnaît ailleurs ( Prolégomènes du cartulaire de Saint-Père de Chartres , S 156) que, faute des renseignements nécessaires , U est impossible de lever les contradictions relatives à cette mesure.

« Ce qu’il est permis d'affirmer, dit-il , c'est que le bonnier et l’arpent sont deux mesures très- différentes, et que la première est beaucoup plus grande que la seconde. »

La hâte ( hansta , hanta , hasia) contenait environ quatre ares vingt-neuf centiares.

Le journal ( diurnus) était la quantité de terre qu’une charrue pouvait labourer en un jour, quantité très-variable suivant la résistance du sol. Dans les Prolégomènes du polyptyque d’Irminon , M. Guérard évalue le journal en usage aux environs de Paris et de Chartres à trente-deux ares huit centiares , et il suppose que cette mesure est restée la même au moins jusqu’à la fin du ix* siècle.

lia lieue ( leuva ou leugaj contenait un mille et demi ou quinze cents pas de cinq pieds romains, et devait, par conséquent valoir deux mille deux cent vingtdeux mètres. Cependant elle est beaucoup plus forte dans plusieurs auteurs du ixc siècle. Ainsi , par exemple , Nithar compte euviron trente leuva de Laon au camp de Charles le Chauve, assis sur

la gauche de la Seine, en face de Saint- Denis. Or, cette distance étant, à peu près , de cent vingt mille mètres , donnerait pour une leuva environ quatre mille mètres qui sont la mesure de notre lieue nouvelle. Le même historien évalue à soixante-dix leuva la distance de Worms à Metz, et à huit leuva celle de Metz à Thionville. Or, de Worms à Metz, il y a cent quatre-vingt-deux mille mètres; donc une leuva égalerait deux mille six cents mètres. De Metz à Thionville, il y a vingt-neuf mille mètres; donc une leuva serait égale à trois mille six cent vingtcinq mètres. Suivant Prudence , évêque de Troyes , la distance de Saint-Benoîtsur-Loi re à la ville d’Orléans était de douze leuga; or, cette distance est, en réalité , de trente et un mille mètres ; donc une leuga contiendrait deux mille cinq ccnt quatre-vingt-dix-neuf mètres.

D’après ces données, qui, d’ailleurs, sont peu d’accord entre elles , on devrait compter dans la lieue plus de un mille et demi, si l’on pouvait tirer de quelques faits particuliers et incohérents des conséquences générales , directement opposées aux témoignages les plus exprès et les plus authentiques qui font la lieue égale à quinze cents pas romains. Notger, évêque de Liège, qui écrivait à la fin du Xe siècle, la définit ainsi : « Dicitur autem « leuca , apud Gallos, spatium mille quinte gentorum passuum, id est duodecim « stadiorum » (les Français appellent lieue un espace de quinze cents pas ou de douze stades ). Il ne paraît donc pas possible de compter, dans une lieue, plus de quinze cents pas ou douze stades, qui composaient l'ancien mille et demi. ( Prolégomènes du polyptyque d'Irminon , p. iGi-162.)

Le mille des Francs ne paraît pas avoir été une mesure uniforme. « Saint- Ouen , dit M. Guérard ( Prolégomènes du polyptyque d'Irminon, p. 162-164), Saint- Ouen compte six milles de Solignac à Limoges, et il y a neuf mille mètres entre ces deux lieux; ce qui fait quinze cents mètres au plus pour un mille , dont la valeur, chez les Romains , était de quatorze cent quatre-vingt-un mètres. Suivant un écrivain anonyme également du vnc siècle, il y avait environ dix-huit milles de Saint-V an drille à Rouen, et, comme cette distance est de vingt-cinq mille mètres, le mille n’aurait contenu qu’environ quatorze cents mètres. Un auteur, plus ancien de deux siècles, no met qu’environ trente milles entre Tonnerre et Moutier-Saint-Jean, qui sont distants de trente- neuf mille mètres; donc il n'aurait fallu qu’environ treize cents

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mètres pour former un mille* Un auteur qui écrivait, au plus tôt, à la fin du viue siècle, ne donne pas davantage au mille , puisqu’il fixe à dix milles la distance de Clermont à Mozat, laquelle est de treize mètres. On citerait aisément d’autres autorités qui ne font pas 1 e mille plus grand, ou même qui lui accordent encore moins d’étendue. A la vérité , d'après d’autres témoignages, 1 e mille des Francs aurait eu quelquefois un peu plus de quatorze cent quatre-vingt un mètres. Dans ce cas, lorsque la différence est assez faible, on doit la tenir pour nulle , surtout lorsque les auteurs comptent en nombres ronds, et qu’ils n’attribuent à leurs chiffres qu’une valeur approximative ; et même, il nous faudra considérer comme romain tout mille qui n’excédera pas deux mille deux cent vingt-deux mètres , parce que, si la fraction a été négligée, on aura dû compter pour un mille tout ce qui était compris entre un mille et un mille et demi. Ainsi les milles de seize cent vingt-cinq, seize cent soixantesix , seize cent soixante-sept , dix sept cent vingt-deux, dix-septcent cinquante, dix sept cent cinquante-quatre, dix-huit cents, dix-huit cent cinquante mètres, qui résultent des distances marquées dans plusieurs autres documents des six premiers siècles (du vc siècle au xie), se rattacherontaisëment au système romain.

Au contraire, si le mille , sans aucune addition de fraction , dépassait ces longueurs, il représenterait des lieues gauloises , de deux mille deux cent vingtdeux mètres :et, s’il allait encore beaucoup plus loin , il devrait sans doute être regardé comme un mille teutonique, qui était égal à deux milles romains* Ainsi, les milles de deux mille, deux mille cent, deux mille deux cents à deux mille six cents mètres que nous déduisons des calculs de divers auteurs anciens, sont à nos yeux autant de lieues gauloises , et ceux d'environ trois kilomètres doivent être pris pour des milles teutoniqnes. » Ces valeurs différentes , données à une même mesure itinéraire, prouvent quelle perturbation les invasions des barbares et le système féodal avaient jetée dans les institutions de toute nature.

La perche ( pertica ) était d’une grandeur très- variable. D’après quelques textes du x° siècle, elle valait un peu plus de cinq mètres. La perche ordinaire des temps modernes ne s’éloigne pas beaucoup de vingt pieds dans les départements voisins de Chartres ( Prolégomènes du cartulaire de Saint-Père de Chartres , § 1 6 1 ).

Pied Chez les Francs, dit l'auteur des

Prolégomènes du Polyptyque d’Irminon , (p. 160), la principale mesure linéaire était le pied ( pes ), dont la longueur, autant quai est possible de ia déterminer, était la même que celle du pied romain. En effet, les écrivains des cinq premiers siècles ( du Ve au xe ; se servent, pour mesurer les distances, du mille et du stade, en leur donnant (voy. Mille et Stade), les grandeurs qu’ils avaient dans l’antiquité; de plus, ils attribuent à ces mesures le même nombre de pieds que les Romains. Or, de cette double conformité, il résulte que le pied luimême n’avait pas changé ; et attendu que le pied romain valait 0,2963 , nous devrons assigner une pareille valeur au pied des deux premières races. Cette évaluation est encore justifiée par la grandeur que les Francs donnaient à l'arpent. Celui qu’ils employaient était (voy. plus haut, p. 778-779, l’article relatif à arpent ) , l’ancien arpent des Gaulois ; or, pour les Francs , ainsi que jadis pour les Gaulois, il était égal à un carré de cent vingt pieds de côLé; donc le pied en usage chez les uns ne différait pas du pied en usage chez les autres.

Le stade était une des mesures itinéraires usitées, en France, au nmyen âge. « il y lut constamment compté pour le huitième du mille ou le douzième de la lieue, ainsi qu’il résulte de plusieurs témoignages , et particulièrement de celui de l’évêque Notger, et de celui de Fauteur anonyme de la vie de sainie Eusébie , abbesse d’Hamage , où nous lisons que deux stades étaient le quart d’un mille ( stadiis duobus , quod est quarta pars milliard). La longueur du stade devait donc être de cent quatre-vingt-cinq mètres , comme dans l'antiquité. Et , en effet, cette mesure est confirmée par l’auteur anonyme de la vie de sainte Geneviève , qui compte six cents stades d’Orléans à 'l'ours (« sunt vero ah Aure- « lianorum urbe usque ad Turonuni civi- « tatem , quæ tertia Lugdunensis nuncu- << patur, quasi stadia sexcenta).» Comme il y a cent dix kilomètres de distance entre ces deux villes , il s’ensuit que le stade devait valoir cent quatre-vingt-trois mètres. De même, l’historien Kicher , moine de Saint-Remy de Reims, comptant deux cent quarante stades de Reims à Laon, lorsque ces deux villes sont éloignées de cinquante kilomètres , suppose le stade de deux cent huit mètres. Or ces deux mesures rappellent très-bien le stade olympique de cent quatre-vingtcinq mètres, et prouvent que ces auteurs, qui comptaient d’ailleurs en nombres ronds, se servaient de cette espèce de

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mille dans leurs calculs. » ( Prolégomènes du polyptyque d’ Irminon , p. 164-165.)

La toise ( tesia) avait environ six pieds de longueur.

La vergée ( virgata ) était le quart de l’acre et se divisait en quarante perches ; elle répondait à peu près à seize ares quatre-vingt-huit centiares.

D’après le droit coutumier, la garde de rétalon des poids et mesures était généralement attribuée au seigneur suzerain, qu’il fût comte, baron, châtelain ou haut 4usticier. Les seigneurs des justices inférieures étaient tenus de se conformer, pour les poids et mesures , à l’étalon du lieu principal auquel ressortissaient leurs Justices ; mais les coutumes leur attribuaient généralement le jugement des contraventions en fait de poids et mesures. Telle était encore la législation sur cette question à la fin du xvn® siècle, comme on le voit dans le Traité de la police , de Delamarre. Les détails que le même auteur donne sur les mesures employées de son temps , prouvent que la confusion du moyen âge s’était perpétuée, malgré les efforts de quelques rois administrateurs.

« On se servait à Paris, dit Delamarre (Traite de la police ), pour mesurer les grains , du boisseau , du minot , du setier et du muid. Le boisseau se subdivisait en demi-buisseau , quart et demi-quart. Le litron et demi-litron ne servaient qu’à mesurer les menus grains ou légumes secs. Le boisseau de bon blé pesait vingt livres; c’était le poids qu’il avait dans les Gaules dès le temps de Pline ( H . N., Yiu, 7), au premier siècle de l’ère chrétienne ; le minot contenait trois boisseaux , et pesait environ soixante livres; le setier contenait quatre minots ou douze boisseaux ; et le muid douze setiers. » 11 faut remarquer que le boisseau et le minot étaient les seules mesures dont on se servît réellement; le muid et le setier n’étaient que des mesures de compte. Les commissaires du châtelet de Paris, chargés en 1673, 1675 et 1679 d'examiner sur les lieux les diverses mesures, constatèrent des différences qui donneront une idée des entraves que devait rencontrer le commerce : à Soissons, le setier pesait trois fois autant qu’à Paris; à Amiens, il fallait quaLre setiers et demi pour égaler le setier de Paris; à Chauni, quatre setiers faisaient un setier plus un demi-boisseau de Paris; à La Fère, trois setiers égalaient un setier de Paris; la mesure ordinaire était un demisetier qui s’appelait mancot; à Chàlonssur-Marne, il fallait treize boisseaux et demi (mesure du pays) pour faire le se-

tier de Pans ; à Vitry, quatorze boisseaux et demi pour la même mesure; à Troves, le setier valait deux setiers et huit boisseaux de Paris; à Sens, on comptait par bichets ; huit biohets faisaient le setier du pays ; il n’en fallait que sept pour égaler le setier de Paris. Provins avait deux espèces de boisseaux, l’un qui servait dans les marchés et que l’on nommait boisseau du minage; il pesait vingtquatre livres; l’autre, qui ne servait que chez les particuliers et qu’on nommait boisseau du grenier ; il tenait trois demisetiers de moins que celui du minage. Je ne continuerai pas cette énumération : on la trouvera tout au long dans le Traité de la police de Delamarre, livre V, titre VIII, chap. il: elle est prise dans des documents officiels qui en garantissent l’authenticité, et suffit pour donner une idée de la variété des anciennes mesures .

Les mesures de liquides ne différaient pas moins que les mesures de solides. La petite mesure était le posson , qui pesait une demi-livre; la chopine pesait deux livres, la pinte , quatre livres, et la quarte , huii livres. Le setier n’était, comme pour les solides, qu'une mesure de compte, qui équivalait à huit pintes , et servait à indiquer la contenance des plus grands vaisseaux. On trouve, dans Delamarre ( livre V, titre vu i , chap. m et suiv.), plusieurs arrêts contre ceux qui ne se conformaient pas à l’étalon de ces mesures . Il était prescrit à certains officiers de faire la visite des poids et mesures employés par les marchands.

MES15T\ELP*S. — U y avait à Paris vingtquatre mesureurs de sel qui jouissaient d’importants privilèges. Ils avaient la garde des étalons des mesures, comme on le voit par une ordonnance de Charles VI, en date de février 1 4 1 5—14 16, que cite Delamarre ( Traité de la police , t.ll, p. 749). Les mesureurs de grains de Paris formaient une corporation dès le temps de saint Louis , comme le prouve le Livre des métiers . Le roi Jean leur assigna un marché spécial le 30 janvier i35o-l35i. D’autres ordonnances de i 4i5, 1438, 1 47 1, 1546, 1633, 1667, 1674 , etc. ( voy. Traité de la police , U, 759, sqq.), confirmèrent les règlements relatifs aux 7iiesureurs de grains . Charles IX, par un édit du mois de janvier 1 569, avait créé un mesureur de grains en titre d’office dans toutes les Mlles et bourgs oh il y avait des toires et marchés ; mais cet édit n’ayant pas reçu immédiatement d’exécution, il fallut que Louis XIV publiât, en janvier 1697, un nouvel édit pour prescrire l’exécution de cette mesure fiscale.

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METAIRIE. — Habitation occupée par un métayer avec les logements convenables pour exploiter les terres qu'on lui donne à cultiver. Voy. Métayer.

MÉTAPHYSIQUE. — Science qui s’occupe des objets purement intellectuels qui ne tombent pas sous les sens.

MÉTAYER. — On donnait ce nom à des fermiers qui gardaient la moitié de la récolte et donnaient l’autre au propriétaire. Dans le latin du moyen âge, on les appelait medietarii, parce qu'ils partageaient par moitié. Les anciens jurisconsultes les nomment quelquefois coloni partiarii (colons partiaires), à cause du partage qui se faisait entre eux et le propriétaire. Voy. du Cange, v° Medietarius , et Pasquier, Recherches , livre VIII , chap. xlvi.

MÉTHODISTES. — Secte protestante qui s’est propagée principalement en Angleterre et en Amérique. Comme il y a aussi des méthodistes en France, il est nécessaire de rappeler en quelques mots l’origine de cette secte. En 1729, deux frères, Jean et Charles Wesley, étudiants à Oxford, commencèrent à former, avec quelques condisciples, une petite congrégation qui s'occupait de la lecture de l'Écriture sainte, de la pratique des œuvres de charité , s’imposait des jeûnes les mercredi et jeudi jusqu’à deux heures après midi et communiait tous les dimanches.

Depuis cette époque, la secte a pris un développement considérable, et s’est propagée en Amérique et sur le continent.

Quant au nom même de méthodistes , il est assez difficile et peu important de savoir s’il a été donné aux partisans de Wesley par ironie ou pour caractériser leur méthode de pratiques religieuses.

MÉTIERS. — Voy. Corporation et Industrie.

MÉTIERS (Livre des). — Le Livre des métiers , contenant les statuts de la plupart des corporations industrielles de Paris au xmc siècle, a été rédigé sous le règne de saint Louis par Etienne Boileau, prévêt des marchands de Paris.

M. Depping a publié ce curieux ouvrage dans la collection des Documents inédits de Vhistoire de France . Nous en avons cité plusieurs passages à l’article Corporation.

MÉTIS. — On désigne sous ce nom , dans les colonies, les personnes nées d’un Européen et d’une Américaine, ou d’un Américain et d'une Européenne.

MÉTROPOLE , MÉTROPOLITAIN. — Le mot métropole a été pris en plusieurs

sens : i° mère -patrie d’une colonie; 2° ville principale qu capitale d’une province; 3° siège d'une église archiépiscopale que l'on appelait métropolitaine et dont le chef portait le nom de métropolitain. Ce titre fut quelquefois donné aux simples évêques. Le titre de métropolitain passa en Occident vers le ve siècle. Au vie, les simples métropolitains étaient souvent qualifiés du nom de patriarches , et quelquefois simplement de celui d’archevêques , tant en France qu'en Italie.

Les métropolitains ne prirent eux-mêmes cette qualification en France qu'aux vme et ixe siècles, temps auxquels ils préféraient néanmoins celle d’ archevêques., Voy. Clergé et Évêques.

METS. — On appelait mets , au moyen âge, de grands plats chargés de plusieurs espèces de viandes, bœuf, mouton, lard, avec une grande quantité d’herbes et de racines cuites. Quand la confrérie des drapiers donnait un past ou repas public, elle devait au roi nostre seigneur son mets entier . ( Le Grand d’Aussy", Vie privée des Français. oy. Mets de mariage.

METS DE MARIAGE. — Redevance que les vassaux devaient payer au seigneur à l’époque de leur mariage. Le seigneur de La Boulaie, en Normandie, avait droit au mets de mariage et devait recevoir du mari deux mesures de vin , deux pains, etc.; le marié devait aussi danser en sa présence. On lit dans une charte de Louis de Sainte-Maure (1615), citée par du Cange (v° Missus) : <c Nous avons droit de mets de mariage , qui est dû par ceux qui se marient et qui viennent épouser en l’église de Saulx, lequel se doit apporter jusqu’au château par l’épouse avec les joueurs d'instruments ; ledit mets doit être composé d’un membre de mouton , deux poulets , deux quarts de vin valant quatre pintes, quatre pains, quatre chandelles et du sel, le jour des épousailles , en peine de soixante sols parisis d’amende. » Le mets de mariage était encore désigné sous le nom de plat nup • tial , past , juglerie , etc. Le mets de mariage était quelquefois réclamé par les jeunes gens , lorsqu'un prêtre disait sa première messe.

MEUBLES. — Les meubles ou ameublements des Français aux diverses époques de leur histoire peuvent servir à constater l’état plus ou moins développé de la civilisation et à marquer les progrès du goût et les caprices de la mode. C’est un sujet trop vaste pour que nous ayons la pré* tention de le traiter.

Sièges. — Les sièges n’étaient, dans le

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principe, que de simples banquettes ou bancs à dos. La chaise curule, dite fauteuil du roi Dagobert, que Ton conserve à la bibliothèque impériale , n'est qu'un siège à dos. Aux xme, xiv® et xv« siècles, on commença a sculpter délicatement les sièges de bois. Aujourd'hui ces meubles d’un travail ingénieux sont recherchés et

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même imités par les caprices de la mode. Il y avait dans les manoirs féodaux des sièges plus élevés et sculptés avec plus de soin pour les seigneurs et les châtelains. Ces sièges seigneuriaux étaient appelés aussi sieges à dosserets et falsiditoires . Ceux dont nous donnons le dessin (fig. A ) sont tirés des Monuments fran

Fig. A.

Fig. A.

, jais inédits par Willemin; il les avait lui-même pris dans un psautier richement y ' enluminé, de la bibliothèque

de Jean, duc de Berry, oncle de Charles VI. Leur composition svelte et effilée et leur ornementation pleine de coquetterie se rapprochent beaucoup du système de décoration architecturale employé au xve siècle , et on doit les considérer comme un spécimen du style de transition.

Les bancs à dais sculptés étaient un des meubles élégants des xive et xvc siècles. La figure B en donne une idée. On tendait sur le dossier et sur le siège une pièce d'étoffe que l’on appelait le banquier et des coussins nommés carreaux . De Fig. B. là vinrent les fauteuils rem-

bourrés qui ne furent en usage qu’au xvufl siècle. Dès le xvie siècle , il est question d'une espèce de siège appelé cancan. Sully raconte , dans ses Mémoires que Henri IV, l'ayant appelé près de son lit , lui ât donner un cancan . Quant aux

canapés, sofas, ottomanes, divans, ce sont des inventions du xvm« siècle.

Bahuts , dressoirs. — Un des plus anciens meubles fut le bahut, coffre de bois, qui, dans les premiers temps, servait tout à la fois de siéue , de coffie-fort et de garde-robe. Sculpté avec soin, il devint comme les sièges à bras un ornement des habitations opulentes aux xive et xvc siècles. Les artistes du xvic siècle, qui tirent une révolution complète dans les ameublements, remplacèrent les simples coffres par des armoires sculptées^ont les nombreux compartiments présentaient une ingénieuse marqueterie.

Le dressoir , un des principaux meubles de nos pères, était une espèce d'armoire ornée de fayences, de porcelaines , de verres de Venise que les dames disposaient avec cette délicatesse et cette curiosité minutieuse que l'on retrouve aujourd’hui dans leurs étagères chargées de statuettes, de vases de bohème, de porcelaines de Chine et du Japon.

Au moyen âge, les dressoirs étaient plus ou moins somptueux suivant le rang des personnages. D’après les Honneurs de la cour , ouvrage rédigé vers la tin du xv« siècle par Alienor ou Éléonore de Poitiers, le dressoir de la reine devait avoir cinq degrés, celui des princesses et des duchesses quatre , celui des comtesses trois, celui des femmes de chevaliers bannerets deux et enfin celui des simples dames nobles, un seul.

Les dressoii's d'honneur présentaient un échafaudage de gradins couverts de riches étoffes et surmontés de dais, sur lesquels on étalait momentanément la vaisselle la plus splendide que renfermaient les coffres du Fig, C. prince. Quant

aux dressoirs

proprement dits nous en donnons ici un

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double spécimen d’après les Monuments, français inédits de Willemin (fi». C ).

Dans le dîner que Charles V donna à l'empereur Charles IV en 1377, et dont les Grandes chroniques de Saint-Denis nous ont laissé la description , il y avait « trois dressoirs à vin très-richement parés et garnis de vaisselle; le plus grand était garni de vaisselle d'or et de grands flacons d’argent émaillés; le second était couvert de pots et le troisième de vaisselle blanche à servir continuellement. « La même chronique représente les

deux rois as- ^ .

sis sous deux dais; puis un autre dais qui couvrait toute la longueur de la table; la salle était tout encourtinée de hautes lices (tapisseries ) à images .

Les meubles de Boule eurent la vogue

Fig. C.

au commencement du xvni® siècle; i s tiraient leur nom d’un ouvrier appelé Boule , qui , sur un fond d’ébène, adaptait des ornements délicats en fer moulu. On s'éprit aussi d'admiration pour le vieux laque de la Chine et du Japon. On s’assurait de l'origine authentique des meubles qui en étaient enduits , à l’odeur de musc qu’exhalait leur vernis.

On remarque parmi les meubles recherchés au moyen âge les lampadaires ou l'on plaçait tantôt des chandelles de cire, tantôt des lampes à godets. Au xv« sitcle, les lampadaires se distinguaient par l’élégance et la variété de leurs formes. Ils présentaient quelquefois un cercle entouré de flambeaux et portaient alors le iimn de couronne (fig. D ). Il a été question ailleurs des lits (voy. Lits) qu on a toujours considérés comme une des par*

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ties les pkis importantes de l’ameublement.

Tapisseries . — Pendant les premiers siècles qui suivirent la chute de l'empire romain , on n’avait pour tapisser les murs et les protéger contre l’humidité que des nattes de jonc. Tressées avec soin, elles présentaient des couleurs heureusement nuancées. La ville de Pontoise a été longtemps renommée pour ce genre d’ouvrage. 11 était encore d’usage au xive siècle de tapisser les chambres et palais avec des rameaux verts. On lit dans Froissart ( livre IV ) ; « Le comte de Foix entra en sa chambre, laquelle il trouva toute jonchée et pleine de verdure, fraîche et nouvelle; les parois d’environ étaient tout couverts de rameaux verts pour y faire plus frais et odorant. Car le temps et l’air du dehors étaient merveilleusement chauds , ainsi qu’il arrive au mois de mai. Quand il se sentit en cette chambre fraîche et nouvelle , il dit : Cette verdure me fait grand bieri ; car ce jour a été assurément chaud, et là s’assit sur son siège. >*

Cependant dès le xie siècle, on trouve des tapisseries proprement dites , c’està-dire des tissus de laine et de soie de diverses couleurs, liees ensemble sur un canevas, de manière à représenter des dessins et meme des sujets historiques. Une des plus anciennes et des plus célèbres tapisseries est celle de la reine Mathilde, tille de Henri 1, duc

de Normandie et roi d'Angleterre. On y voit représentées plusieurs scènes de la conquête de l'Angleterre par les Normands. Cette tapisserie, que l’on conserve k Bayeux, a été plusieurs fois reproduite par la gravure. La Flandre fut au moyen ûge te pays Le plus renommé pour la fabrication des tapisseries. Lorsque les ducs de Bourgogne devinrent maîtres de cette contrée, an xve siècle, l'usage des tapisseries se répandit en France. 11 en est souvent question dans les chroniques des xiv° et xve siècles. Juvénal des Ursins , parlant de l’entrevue qui eut lieu, en 1393, entre le duc de Berry et le roi d’Angleterre près d’Abbeville, dit que « le duc Bourgogne fit dresser une moult belle tente en forme et manière d’une ville environnée de tours. En icelle, il y avait grand logis et assez d’espace pour retraire trois mille hommes. A l’entour, par dedans, il y avait salles et chambres, oîi étaient tendues diverses tapisseries , les unes de laine à batailles diverses, toutes battues en or; ès autres était la passion de N. S. J. C., et étaient tenues moult belles et moult riches, et puis il y avait les sièges des seigneurs très - noblement par és ; qui était bien plaisante chose à voir, et le bas comme le plancher était couvert de tapis velus , et disaient les Anglais que onques n’avaient vu chose ou tel cas si riche ni si bien ordonné.» L’bistuire de Cltarles VI par un moine de Saint-Denis parle aussi , à l’année 1397, des riches tapisseries de ceLte époque : « Quoique les tapisseries de laine puissent être si bien travaillées qu’on ne les estime pas moins que les plus richement étoffées et qu’on eût pris soin d’en apporter des plus rares, il y en avait tant de relevées d'or et de soie , qui représentaient tout ce que l’antiquité nous a laissé de mémorable, que ceux que leur éclat invitait à les considérer ne demeuraient pas moins ravis de la beauté et de la délicatesse que de la richesse de l’ouvrage. »

Cependant les tapisseries restèrent longtemps un objet de luxe que les riches seuls pouvaient se procurer. Les tapisseries de Bergame, étaient moins chères que celles de Flandre; elles étaient fabriquées avec des laines grossières, de différentes couleurs, disposées en lo*~ sanges ou en pointes. Les tapisseries de points de Hongrie étaient moins grossières que les Bergames , parce qu’il y entrait de la soie. Ces étoffes se fabriquaient surtout en Normandie. Le luxe des tapisseries atteignit son plus haut degré sous Louis XIV. A cette époque , la manufacture des Gobelins surpassa

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par la beauté de ses produits toutes les fabriques étrangères (voy. Gobelins ). Les fabriques de Beauvais, d'Aubusson , de Felleiin fournissaient des tapisseries moins belles et moins chères, mais supérieures cependant aux bergames et aux points de Hongrie. Les cuirs peints et dorés avaient été en grande estime à la fin du xvie siècle et au commencement du xvne siècle.

Damas , brocatelle , papiers peints . — Au xvme siècle, les tapisseries furent moins recherchées. On préféra les boiseries et les dorures pour orner les salons et les cabinets, et, lorsqu'on voulut meubler des pièces qui n'étaient pas entièrement boisées, on se servit de damas et de soie. Les damas , espèce de soie brochée, dont le nom vient de la ville de Damas en Syrie, étaient encore tirés, au xvne siècle, d'Italie et spécialement de Gênes ; au xvme siècle , les manufactures de Tours et de Lyon en fabriquèrent d'une qualité supérieure. Les étoffes de soie, qui avaient été longtemps d'un luxe où ne pouvaient atteindre que lesgrandes fortunes, étaient devenues plus communes dès le xvi® siècle. Cependant , comme elles étaient toujours d'un prix très-élevé, on cherchait à les remplacer par des étoffes moins chères. La brocatelle de Venise, mélange de laine et de soie, fut imitée en France, et fournit un ameublement plus économique ; des toiles peintes de la Perse et de l’Inde se fabriquèrent aussi en France au xviii® siècle. Enfin , les papiers peints ont remplacé dans la plupart des maisons modernes le luxe des anciennes tapisseries. C'est un ornement beaucoup moins riche, mais plus approprié aux besoins d'une société où les fortunes sont généralement médiocres.

Glaces . — Le luxe des glaces est un de ceux qui ont fait le plus de progrès. L'antiquité n'avait connu que des miroirs d'acier poli ei d'argent; on en a retrouvé dans les tombeaux des anciens rois et des généraux gaulois et francs. Ce ne fut qu'à la fin des croisades qu'on commença à se servir de miroirs de verre ou de glace étamée. Les Vénitiens en empruntèrent le secret à l'Asie et l’introduisirent en Italie ; les miroirs de Venise furent, pendant tout le xvie siècle et une partie du xvn«, un objet de luxe d'un grand prix. Rabelais décrivant une maison magnifiquement meublée dit que « toutes les salles , chambres et cabinets , étaient tapissés en diverses sortes , selon les saisons de l'année. Tout le pavé était couvert de drap vert ; les lits étaient de broderie; en chacune arrière-chambre était un miroir de cristallin enchâssé en

or fin , autour garni de perles , et était de telle grandeur qu'il pouvait véritablement représenter toute la personne. » Les sculpteurs et ciseleurs habiles, que l’Italie fournissait à la France, relevaient le prix de ces miroirs par la richesse et l'élégance des ornements. Ce travail artistique fait encore aujourd’hui rechercher les miroirs du xvie siècle. La France déroba , à son tour, à l'Italie le secret de la fabrication des glaces. Colbert fonda en 1665 , une grande manufacture de glaces à Tourlaville près de Cherbourg. La manufacture de Saint- Gobin fournit bientôt des glaces , qui , pour la grandeur et la beauté, surpassèrent de "beaucoup les miroirs de Venise. Depuis cette époque, le luxe des glaces est devenu commun et on l'a vu , de nos jours , s'étaler dans les cafés et les magasins.

Si nous pouvions , dans cette esquisse, traiter de tous les meubles qui ont fait l'ornement des habitations , il faudrait parler des tableaux , statues , vases , porcelaines , marbres, lustres, girandoles ornées de boules et de pendentifs de cristal , des ornements d'orfèvrerie, etc. Partout nous verrions le luxe élégant remplaçant la nudité grossière des premières habitations , le travail souvent exquis des meubles du xvi° siècle, la richesse somptueuse des ameublements sous Louis XIV, la délicatesse maniérée du genre qu'on a nommé Pompadour ; enfin , de nos jours , l'utile se substituant au beau , le luxe faisant place au confortable , le bien-être bourgeois pénétrant partout et descendant jusqu'aux classes inférieures pour améliorer la condition du peuple et garnir les maisons des meubles nécessaires. Voy. pour les détails sur les meubles du moyen âge et du xvie siècle, l'ouvrage de Willemin intitulé Monuments français inédits .

MEUBLAGE. — Au moyen âge, le mot meublage s'employait dans le sens de fourniture , provision . Voy. du Cange, v° Mobile .

MEUNIERS, — Les meuniers ou fourriers sont mentionnés dès le temps de Charlemagne. Il en est aussi question dans le Livre des métiers d'Etienne Boileau.

MEURTRE. — Chez les Francs le meurtre se rachetait par une somme d’argent ou composition qu'on appelait wehrgeld (voy. Wehrgeld et Cadavre). D'après les romans de chevalerie, cilés par Sainte- Palaye (v° Meurtriers ), il était d'usage de mettre, après l'exécution des meurtriers, un couteau sur leur tète avec un écriteau

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pour indiquer la nature du crime qums avaient commis.

MEURTRIÈRES. — Ouvertures percées dans les murailles pour lancer des projectiles contre l’ennemi. Les meurtrières sont ordinairement de longues fentes verticales, très-étroites à l’extérieur et s’élargissant à l’intérieur. Voy. Châteaux forts.

MEZEAU, MEZEL. — Nom sous lequel on désignait les lépreux , au moyen âge. Voy. Ladre et Léproserie.

MEZELLERIE. — Hôpital destiné aux mezeauxou lépreux. Voy. Léproserie.

MICHAUD ( Code ). — Code rédigé par Michel de Marillac en 1629. Les parlements qui refusèrent de l’enregistrer ne le désignaient que par le sobriquet de Code Alichaud. Il y avait cependant des dispositions très-utiles dans cette longue ordonnance en 4Gi articles. On remarque surtout les défenses faites aux seigneurs de lever des troupes , de faire des préparatifs de guerre , de fortifier les villes ou châteaux, de tenir des assemblées sans l’autorisation du roi (art. ni, 1 72, 173, 174, 175, 176 et 177).

MICHEL (Ordre de Saint-). — Ordre de chevalerie institué par Louis XI en 1469. Voy. Chevalerie (Ordres de).

MILICES. — Les milices communales ou urbaines existaient déjà à l’époque mérovingienne. On voit figurer dans les armées de Chilpéric des milices de la Touraine, du pays de Baveux , du Mans, de l’Anjou et d’autres provinces. Les villes de Nantes, de Rouen, d’Avranehes, de Saint-Lô , d’Ëvreux , de Séez, de Lisieux, de Coutances , de Poitiers , de Tours , lui envoyaient leurs milices pour combattre les habitants du Berry. L’organisation de ces milices urbaines remontait à l’empire romain ; elles comprenaient la plupart des habitants de la cité. Les prêtres, les sénateurs et les magistrats municipaux , nommés curiales , étaient seuls exceptés. Mais les rois francs ne laissèrent Les armes aux Gallo-Romains que pour servir leur ambition ou leur vengeance. Les milices urbaines n’eurent une véritable importance qu’à l’époque de rétablissement des communes. On les voit alors s’organiser, se ranger sous les bannières de leurs curés et marcher au combat pour soutenir la cause royale contre les seigneurs. Ce fut surtout à l’époque de Louis VI qu’elles défendirent énergiquement la royauté. Les milices communales se signalèrent à la pi'ise de la forteresse du Puiset. A la bataille de

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Bouvines (1214), elles se rangèreut autour de l’étendard royal et couvrirent Philippe Auguste de leurs corps. Guillaume le Breton , témoin oculaire , célèbre leur valeur et leur dévouement.

Les milices communales n’étaient obligées de servir à leurs frais que jusqu'à une certaine distance de la ville; il y en avait même qui ne devaient s'éloigner de leur ville que de manière à pouvoir y revenir coucher. Tel était le privilège de la milice communale de Rouen, ainsi qu’il est marqué dans un rôle de 1272, cité par le père Daniel dans son Histoire de la milice française ( U I p. 93 ). Le nombre des soldats qui devaient fournir les milices communales était stipulé dans leurs chartes. On en trouve le dénombrement dans un rôle de 1253. On y voit figurer les villes de Picardie qui envoyèrent des sergents de pied. 11 en vint trois cents de Laon ; cent , de Bruyères ; deuæ cents , de Soissons; trois cents , de Saint- Quentin; trois cents , de Péronne; trois cents , de Montdidier ; quatre cents , de Gorbie , etc.

Les milices communales avaient surtout pour but la défense de la cité et de ses privilèges. Dès qu’un seigneur féodal les menaçait , elles couraient aux armes , tendaient leurs chaînes , barricadaient leurs rues et luttaient courageusement pour le maintien de leurs droits. 11 est même permis de croire que les bourgeois montraient beaucoup plus d’intrépidité pour la défense de leurs villes que dans les combats en rase campagne , où ils étaient écrasés par la cavalerie féodale. Cependant on ne doit pas oublier que les milices communales ae Flandre égorgèrent les chevaliers dans les plaines de Courir ai ( 1302).

A Paris , on appelait guet ou guette le service auquel les milices communales étaient astreintes dans l'intérieur de la cité. Les bourgeois fournissaient chaque jour un certain nombre d’hommes pour veiller pendant la nuit à la sécurité de la ville. Les clercs du guet avertissaient les bourgeois désignés ; ceux-ci se rendaient au Châtelet à l’entrée de la nuit pendant l’hiver et à l’heure du couvre-feu en été. On les distribuait ensuite dans des corps de garde établis dans les différents quartiers de Paris ; ils formaient le guet assis . Le nombre des bourgeois exempts était considérable; ceux qui avaient passé soixante ans, qui étaient boiteux, contrefaits, qui habitaient hors de la ville ou faisaient partie de certaines corporations industrielles, étaient dispensés du guet . Les maîtres de beaucoup de métiers alléguaient, comme on le voit dans

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le Livre des métiers d’Étienne Boileau, qu’ils étaient obligés de travailler nuit et jour, et ne pouvaient par conséquent faire partie des milices communales . La négligence des bourgeois pour le service du ^uei força d’établir un guet royal compose de sergents à cheval et à pied , dont le nombre a varié suivant les époques.11 fut pendant longtemps de soixante sergents dont vingt à cheval et quarante à pied. Cette garde était placée sous les ordres du chevalier du guet .

Les milices communales rendirent de véritables services à une époque où les armées régulières n’étaient pas organisées. Vers la fin du xiv* siècle, la milice de Paris ne s’élevait pas à moins de cinquante mille hommes ; elle se composait d’arbalétriers à pied et à cheval , de pa vescheurs ou soldats armés de boucliers de bois recouverts de cuir qu’on appelait pavois , enfin de maillotins qui n’avaient pour arme offensive que des maillets. La plupart des villes n’étaient défendues en cas de siège que par leurs milices communales. A Rouen, les arbalétriers, commandés par Alain Blanchard, opposèrent, en 1 4 1 S , une résistance énergique aux attaques des Anglais ; ils se signalèrent par leur courage à côté des troupes mercenaires que le roi avait envoyées dans la ville de Rouen pour la défendre. On a cité plus d’une rois la réponse d’Alain Blanchard prisonnier des Anglais et trop pauvre pour payer une rançon : « Je n'ai pas d’or pour me racheter ; mais , si j’en avais , je ne voudrais pas racheter les Anglais de leur déshonneur. » A Lyon , la milice bourgeoise était divisée en trentecinq pftmonnages ou corps commandés par des officiers à pennoj\. Chacun de ces corps fournissait par nuit cinquante hommes répartis dans deux corps de garde, de neuf heures du soir à deux heures du matin.

L’organisation des milices bourgeoises a été plus d’une fois modifiée. A mesure que l’autorité royale se fortifiait, les milices communales perdaient de plus en plus de leur importance. Les rois ne cherchèrent point à en former une armée nationale Cependant les milices continuèrent d’exister. Un arrêt du conseil d’État du 19 septembre 1668 et une ordonnance de 1692 les placèrent sous les ordres des intendants de province et des lieutenants de roi. Un édit royal de 1694 créa des charges héréditaires et transmissibles d’officiers de milice . Voy. Miliciens.

Outre ces ?ntlices mobiles qui servaient à côté des armées permanentes , il avait toujours dans les grandes villes es milices sédentaires; mais elles figu-

raient presque exclusivement dans les cérémonies publiques. Paris avait trois compagnies de milices bourgeoises ( ar* baletriers, archers et arquebusiers), forte chacune de cent hommes et commandée par un capitaine, un lieutenant, un sous-lieutenant, un enseigne, un cornette et un guidon. Par lettres-patentes du i4 décembre 1769 , Louis XV renouvela les privilèges de cette milice urbaine , lui accorda le rang de maréchaussée de France et y ajouta une compagnie de fusiliers. Le contingent de chacun des quatre corps fut réduit à soixante-seize hommes. A l’époque de la convocation des états généraux en 1789 , le corps des électeurs exprima, le désir de la réorganisation des milices bourgeoises, et, en effet , elles furent transformées la môme année en garde nationale . Voy. Garde

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