DOMINICI
MISSI DOMINICI. — Les Missi dominici ou envoyés du seigneur étaient des inspecteurs chargés par Charlemagne et par ses successeurs de visiter leur empire pour en surveiller toutes les parties et s’assurer de l’exécution des lois. On a quelquefois traduit leur nom en celui de Mis royaux. L’institution des Missi dominici était antérieure à l’époque de Charlemagne , mais, comme ils devinrent permanents sous son règne, c’est surtout de cette époque qu’on les fait dater. Ce prince établit dix missatica , comprenant chacun sixeomtéset quatre évéchés Dans la suite , sous Charles le Chauve , il y eut douze missatica ou circonscriptions qui devaient être inspectées par les Missi dominici. Quatre fois par an deux Missi , un laïque et un ecclésiastique, parcouraient le missaticum. Us avaient rang
au-dessus des comtes et des évêques dans la hiérarchie des fonctionnaires publics. Ils recevaient dans chaque missaticum des provisions en nature. On voit par i>n capitulaire de Louis le Débonnaire que ces provisions se composaient de quarante pains, deux jeunes porcs, un agneau , quatre poulets, vinet œufs, neuf setiers de vin , deux muids de cervoise et deux muids de blé. Ils avaient droit de gîte , comme tous les officiers royaux, c’est-à-dire qu’ils étaient hébergés avec leur suite.
Dès que les Missi dominici étaient arrivés, ils convoquaient une assemblée de tous les Francs qui habitaient le comté ou les comtés de la circonscription territoriale qu’ils devaient inspecter, ils leur exposaient l’objet de leur mission , et, commeils ne pouvaientpas inspecter euxmêmes toutes les localités comprises dans le missaticum , ils choisissaient parmi les habitants' du comté les hommes les plus recommandables par leur probité et leur véracité , et les chargeaient de faire les enquêtes particulières. Trois points surtout appelaient l’attention des Missi dominici , et de leurs délégués , la justice , l’administration générale et la perception des impôts. Leur inspection devait aussi s’étendre aux affaires ecclésiastiques. Si quelque seigneur laïque ou ecclésiastique refusait d’obéir aux ordres des Missi dominici , ils pouvaient s’établir avec toute leur suite dans ses domaines jusqu’à ce qu’ils l’eussent contraint d’obéir. Quand ils ne disposaient pas des forces nécessaires pour réduire un rebelle, ils rendaient compte de leur mission à l’empereur qui se chargeait de faire respecter la loi. Il appartenait encore aux Missi dominici de nommer certains magistrats d’un ordre inférieur comme les scabini ou échevins. L’institution des Missi dominici contribua puissamment à la grandeur de l’empire carlovingien. Elle se maintint quelque temps après la mort de Charlemagne; mais elle finit par tomber en désuétude dans la seconde moitié du ixe siècle. — François de lloye a publié à Angers, en 1672, un traité latin Demissis dominicis où il expose avec détails et en réunissant tous les textes les droits dont étaient investis les inspecteurs envoyés par Charlemagne et par ses successeurs.
MISSIONNAIRES, MISSIONS. — Les missions ont eu pour but à toutes les époques de propager la foi chrétienne , ef les missionnaires sont les prêtres séculiers ou réguliers qui se sont dévoués à cette œuvre sainte. A peine les Francs étaient-ils établis dans les Gaules que des
MIS
MIS
missionnaires , sortis pour la plupart des monastères bénédictins, allèrent prêcher la foi chrétienne aux peuplades païennes. Saint-Colomban ramena au christianisme les habitants des Vosges, Saint-Gall convertit les Helvétiens, saint Willebrode les Frisons , saint Kilian les Franconiens , saint Ruprecht les Bavarois. De tous ces missionnaires le plus zélé fut Winfried ou saint Boniface , archevêque de Mayence; secondé par les ducs francs, il alla prêcher le christianisme chez les Saxons, et pendant un apostolat de plus de trente années, il fonda de nombreux évêchés , entre autres à Würtzbourg, Eichstadt, Erfurt, et des abbayes à Fulde, Fritzlar, etc. Il fut martyrisé en 755, par les Frisons, chez lesquels il ne cessait de prêcher la religion chrétienne. D’autres missionnaires continuèrent son œuvre évangélique. Un d’entre eux, saint Liebwin , faillit éprouver le même sort que saint Boniface. Un chef saxon le sauva en disant à ses compatriotes : « Souvent il nous est venu , de la part des Normands et des Slaves, des ambassadeurs que nous avons reçus en paix, et voici l’ambassadeur d’un Dieu que nous mettrions à mort. » Saint Liebwin fut épargné; mais les Saxons dévastèrent des églises fondées par les Francs , et bientôt Charlemagne arriva pour en tirer vengeance et leur imposer le christianisme par les armes. Dans ses guerres contre les Saxons il était accompagné de missionnaires chargés de propager la foi : Sturm et les moines de Fulde à l’est du Weser, Willehad entre l’Ems et le Weser, Lvudger entre FEms et Flssel secondèrent par leurs prédications la puissance de ses armes. Des villes épiscopales remplacèrent les forêts de la Germanie : de ce nombre lurent Brème, Halberstad, Hildesheim, Verden , Paderborn , Minden , Osnabrück et Munster. Plus tard de nouveaux évêchés s’élevèrent k Hall , Magdebourg et Hambourg.
Les évêques obtinrent une puissance considérable qui était nécessaire pour la propagation du christianisme. I)e ces évêchés sortirent les missionnaires , qui , à leur tour, portèrent la foi chez les Danois et les Slaves. Alcuin pouvait donc sans exagération dire à Charlemagne dans une lettre de 798 ( ap. Script . rer. galiic V, 612) : « Quelle gloire, ce sera pour toi , ô bienheureux roi , au jour de l’éternelle rétribution , lorsque tous ces peuples que ta sollicitude a arrachés à l’idolâtrie pour les amener à la connaissance du vrai Dieu , t’accompagneront devant le tribunal de N. S. .1. C., ou tu occuperas la place des bienheureux ! Avec quelle dévotion et quelle bonté tu as travaillé pour propager
le nom du Christ à vaincre la dureté de ce malheureux peuple des Saxons. Dieu a soumis au sceptre d’un roi qui combattait pour son honneur les Huns autrefois si redoutables par leur férocité et leur courage; sa grâce a courbé sous ce joug de la foi sainte ces tètes longtemps si orgueilleuses, et il a répandu la lumière de la vérité dans ces esprits aveuglés depuis tant de siècles. »
On trouve à toutes les époques de notre histoire des missionnaires zélés pour la propagation de la foi. La prédication des croisades par Pierre l’Ermite, par saint Bernard, par Guillaume de Tyr, et par tant d’autres missionnaires apostoliques avait pour but de rendre au christianisme les contrées conquises par les infidèles. Au xin® siècle, les frères mineurs et les frères prêcheurs ( voy. Abbaye et Clergé régulier) furent d’ardents missionnaires dont l’Eglise se servit pour combattre les hérésies. Saint Louis envoya jusque dans les contrées les plus reculées de l’Asie des moines franciscains, tels que Uuysbrœek ou Rubruquis et Plan-Carpin pour y négocier avec les Mongols et propager la foi chrétienne. Ces apôtres de la religion fournirent de précieux renseignements à la science. On apprit à connaître par leurs récits des contrées dont les noms mêmes étaient ignorés de l’Europe.
La découverte de l’Amérique (i492) et les colonies fondées par les Européens dans les Indes, en Chine et en Océanie donnèrent une nouvelle activité aux missionsr. Il n’est pas de mon sujet de retracer les travaux apostoliques qui depuis plus de trois siècles ont si puissamment contribué à la propagation de la foi chrétienne dans le Nouveau Monde, en Asie et dans l'Océanie. Il suffira de rappeler que la France y a pris une grande part par l’organisation de plusieurs congrégations religieuses. Sans parler des Jésuites 7 dont l’ordre appartient à la chrétienté tout entière, les Lazaristes ou congrégation de la mission et les prêtres des missions étrangères ont fourni et fournissent encore des missionnaires .
Saint-Vincent de Paul établit , en 1625, la congrégation de la mission dans le but de prêcher la foi chrétienne aux pauvres gens des campagnes. Approuvée en 1626 par l’archevêque de Paris, en 1627 par lettres-patentes du roi, et en 1632 par le pape Urbain VI II , cette congrégation prit de rapides développements. Le séminaire des missions étrangères fut institué, en 1663 , par le père Bernard de Sainte-Thérèse , carme déchaussé et évêque de Babylone. Le séminaire des missions étrangères supprimé en 1792, rétabli en 1804 f