‹ Dictionnaire historique des institutionsChapitre 78 sur 224 · MOI · texte numérisé non relu

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prouve un autre passage du même auteur (Sat. xiv ) :

Avoir autant couru

Qu’aux a\ents de Noël fait le moine bouru »

MOINE (Collège du cardinal Le). — Collège de l’ancienne université de Paris, fondé en 1303, par le cardinal Le Moine. Les boursiers de ce collège, pour honorer la mémoire du cardinal leur bienfaiteur, célébraient tous les ans, le 13 janvier, une fête qu’on appelait la solennité du cardinal . Le 12 janvier, tous les anciens du collège s'assemblaient dans une salle de la maison, et nommaient une personne du collège pour représenter le cardinal Le Moine . Aussitôt après l’élection , on l’habillait en cardinal , et il assistait dans ce costume aux vêpres qui étaient chantées solennellement dans la chapelle du collège, accompagné d’un aumônier qui portait son chapeau rouge. Le soir, le représentant du cardinal donnait un grand souper à ses confrères du collège, et, sur la fin du repas , il faisait servir des bassins remplis de dragées et de confitures sèches qu’il distribuait à la compagnie. Le lendemain, 13, jour auquel ce college célébrait la fête de Saint-Firmin , son patron , qui était aussi celui de l’église d’Amiens, la nation de Picardie (voy. Nations de l’Université ) y venait dire la première messe. Il y avait une rétribution pour tous les assistants. Ensuite on allait saluer le cardinal Le Moine qui faisait une nouvelle distribution de dragées et de confitures sèches. Sur les onze heures , on allait à la grand'messe qui était quelquefois célébrée pontificalement par le cardinal même. Après le dîner, tous les écoliers venaient le complimenter, et récitaient des vers et des harangues en l’honneur du cardinal Le Moine et de celui qui le représentait. — Guillaume Farei et Jean Calvin avaient fait leurs études au collège du cardinal Le Moine . L’abbé de Marolles cite parmi les professeurs célèbres de ce collège, Turnèbe, Bucanan et Muret. Une rue ouverte récemment sur les terrains qui avaient appartenu à ce collège, porte le nom de rue du cardinal Le Moine . Yoy. Université.

MOINES. — Ce nom , qui signifie solitaire , s’est appliqué par extension à des religieux qui vivaient en communauté.

Voy. àbbave. Clergé régulier et Religieux.

MOINES LAIS. — Moines employés pour le service du couvent, et qu’on appelait aussi frères lais ou laïques . • On dési-

gnait encore sous ce nom des soldats

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invalides qui trouvaient un asile dans les monastères ; on les appelait aussi oblats . Voy. Oblats.

MOIS DE PAQUES. — Ces mots désignaient quelquefois le temps pascal. Voy. da Gange, v° Mensis paschæ.

MOISSON. — Voy. Agriculture.

MOLINISME. — Système de théologie sur la grâce et le Tibre arbitre qui tirait son nom du jésuite espagnol , Louis Molina , né en 1535 , et mort en 1600. On accusa le molinisme de ne pas accorder à la grâce assez d’influence ; les dominicains le déférèrent à l’inquisition et l’aflaire fut portée à Home. Le pape Paul V, qui occupait alors le saint-siege, s’abstint de prononcer et se borna à défendre aux deux partis de se donner des qualifications injurieuses. La querelle se ralluma à l'occasion du jansénisme. On accusa les violinistes de professer une morale relâchée. On confond quelquefois le molinisme avec le molinosisme , quoique ces systèmes soient très-différents. Voy. Molinosisme

MOLINOSISME. — Ce mot désigne des opinions mystiques professées par un théologien espagnol et condamnées par l'inquisition. Molinos ht une abjuration publique et mourut en prison en 1696.

Le molinosisme a beaucoup d’analogie avec le quiétisme , qui fit condamner Fénelon à la fin du xvne siècle.

MOMON, MOMONS* — Espèce de mascarade qui consistait à metire des robes retournées , à se barbouiller le visage de farine ou de charbon et à porier des masques de papier. — On appelait aussi womons ou enfants de Momus des troupes de masques qui parcouraient la ville d’Aix en Provence. Voy. Fêtes, S I- — Enfin, on donnait le nom de momon à un jeu ou à un défi, au jeu de dés, porté par des masques. 11 en est question dans V Étourdi de Molière (III, 2) :

Trufaldin, ouvren-leur pour jouer un momon

et Scarron , dans la Gigantomachie chant iv :

Et ni plus ni moins que des masques Qui Tiennent de perdre un momon •

MONARCHIE. — Gouvernement d’un seul. Cette forme de gouvernement a généralement prévalu en France ; on en trouvera l’historique à l’article Royauté.

MONASTÈRE. — Habitation des moines.

Voy. Abbaye.

MONASTIQUE (Habit). - On attachait beaucoup d’importance, au moyen âge, à

se revêtir de V habit monastique à Farticle de la mort. L'histoire de France en fournit un grand nombre d’exemples ; on rapporte, entre autres, que le roi Philippe Ier se fit revêtir de Vhabit monnstique avant de mourir, en nos. Souvent même on faisait des dons à une abbaye pour obtenir l’autorisâtion de prendre Vhabit monastique sur son lit de mort (voy les Prolégomènes du car tul aire de Saint- Père de Chartres , §§ 198, 199). Hugues, un des principaux seigneurs de Mantes, au xie siècle , après avoir fait de grandes largesses aux moines de Saint-Père, rasa chez eux sa chevelure et sa barbe et prit Vhabit monastique . On voit même des femmes faire des donations au nom de leurs maris malades, et ceux-ci, après avoir renoncé à leurs biens, couper leurs cheveux et embrasser la vie monastique ( Ibidem ) On obtenait ainsi d’être placé au nombre des frères, d’être inscrit sur le nécrologe et d'avoir part aux prières que les moines faisaient pour les morts.

MONÉTAIRES. — Sous la première et la seconde race, on donnait le nom de monétaires à des officiers qui avaient l’inspection des monnaies et faisaient tous les règlements qui en concernaient la fabrication. Ils étaient subordonnés aux comtes des villes. Les monnaies portaient les noms des comtes et des monétaires , mais les seconds seuls y indiquaient leur qualité. On trouvera dans le Traité des monnaies des rois de France , par Le Blanc, une suite de monnaies de ces officiers. Elles ne portent le nom d’aucun roi, quoiqu’elles en montrent le figure, comme l’indiquent assez le diadème et la couronne. On peut consulter sur .es monétaires , outre le traité de Le Blanc, la Notitia Galliarum de Henri de Valois , le Traité du palais des rois de France , par dom Michel Germain , et la Dissertation sur les couronnes , par du Cange, à la suite de l’histoire de saint Louis.

MONITEUR. — Journal officiel de la France. Ce journal fut fondé par le libraire Panckoucke, après le 6 octobre 1789 , lorsque l’assemblée nationale eut été transférée à Paris. L’objet principal du Moniteur était de rendre compte des séances de l’assemblée. Il commençaà paraître le 24 novembre 1789. En 1796, Thuau Granville ajouta au Moniteur une introduction qui combla la lacune du 5 mai 1 789, époque de l’ouverture des états généraux, au 24 novembre delà même année. Ce journal portail d’abord pour titre: Gazette nationale ou Moniteur universel . Ce futseulement àpartirdu ierjanvier 18U

qu’il adopta exclusivement le titre de J/oni teur universel. La tidélité avec laquelle le Moniteur a généralement rendu compte des séances des diverses assemblées de la révolution .ui a donné une très-haute importance comme source historique. Cependant il doit, comme tous les documents de cette nature, être contrôlé par d'autres témoignages. On a signalé des omissions ou des altérations dans la relation faite par le journal officiel des séances les plus imposantes des assemblées révolutionnaires. Depuis le consulat, le Moniteur est divisé en deux parties : l’une officielle, qui contieut les actes du gouvernement, et l'autre consacrée aux nouvelles et aux articles de critique littéraire.

MONITIONS CANONIQUES. — On appelait ainsi, dans l’ancienne organisation de la France Tavertissement donné par un supérieur ecclésiastique à un clerc ou à un laïque de corriger ses mœurs qui causaient du scandale. Les monitions pouvaient être fniies verbalement et en secret, suivant le préceute de l’Evangile (ch. xvm de saint Matthieu). Les évêques s’en servaient ordinairement pour ramener les coupables par la douceur. La seconde forme de monitions avait lieu par acte juridique. Les évêques ou les promoteurs, qui remplissaient près des officialités le rôle du ministère public , devaient s'assurer du fait par des dénonciations en forme , signées de ceux qui les avaient faites, de peur d’ètre condamnés h des dommages et intérêts par les cours séculières, si les faits ne se trouvaient nas vrais, à moins cependant que les délits ne fussent venus à leur connaissance par la clameur publique. En ce cas, le promoteur pouvait, sans dénonciation préalable, faire informer h sa requête, et, après les monitions^ procéder extraordinairement. On pouvai t adresser des monitions aux ecclésiastiques pour tout ce qui regardait la décence et les mœurs, pour des habillements peu convenables , pour défaut de résidence, et, en général, pour tout ce qui touchait à l'observation des canons et des statuts synodaux particuliers à chaque diocèse. On faisait ordinairement trois monitions , entre chacune desquelles on laissait un intervalle de quelques jours pour donner Le temps du repentir et de l’obéissance à celui qui était menacé des censures ecclésiastiques. Cependant, dans les circonstances urgentes, on pouvait se borner x deux monitions ou môme à une seule, en exprimant dans l’acte que cette rnonition tiendrait lieu des trois qui devaient être faites, attendu que telle circonstance.

dont on faisait mention, ne permettait pas de suivre les voies ordinaires.

MONITOIRES. — T, es monitoires étaient des ordonnances des juges ecclésiastiques, relatant ordinairement quelque crime et enjoignant à toui ceux qui en auraient connaissance de venir à révélation. Ce fut le pape Alexandre III qui introduisit, dans le cours du xn« siècle, l’usage des moni Cotres , qui devinrent très- communs dans la suiie. Avant ce pape, on excluait de la communion des fidèles ceux qui avaient commis de grands crimes ; niais jusqu’à son pontificat on ne trouve point d’exemple qu’on ait obligé ceux qui avaient connaissance de quelque attentat à venir le révéler sous peine d’ excommunication. La première formule de monitoire se trouve dans les Extravagantes ( voy. ce mot) de Jean XXII. Le monitoire ciait adressé par l’official du juge ecclésiastique au curé qui devait en faire la lecture aux fidèles. Cette publication du monitoire s’appelait rnonition .

Quiconque, après trois monitions , ne révélait pas les faits parvenus à sa connaissance était excommunié. « Comme cette voie est la seule, dit Fleury ( Instit ution au droit ecclésiastique , IIIe part., chap. vu), pour trouver des preuves de certains laits secrets, elle est devenue très-fréquente, et les juges laïques, en des causes purement profanes, permettent souvent de faire publier des momtoires . » Ce fut ainsi qu’au commencement du procès de Fouquet et d’un grand nombre de financiers, vers la fin de l’année j66i, on fit publier des monitoires pour obtenir des révélations sur les malversations de ces financiers.

MONNAC.E. — Droit seigneurial prélevé sur les vassaux qui portaient leur blé au moulin du seigneur. Voy. du Cange, v° Monagium . — On appelait encore monnage le droit que payaient les marchands forains au seigneur d’un lieu, soit pour vendre, soit pour acheter.

MONNAIE. — Espèce ou partie de quelque substance que ce soit, à laquelle l’autorité publique a donné un poids et une valeur déterminés pour servir de prix à toutes les choses mises dans le commerce. On fait venir le mot monnaie du latin monere (avertir) , parce que la matière des espèces, leur poids , leurs empreintes et leur nom avertissent de leur valeur, et font connaître celui qui les a fait fabriquer. Il y a des monnaies réelles, qui ont cours dans le commerce et auxquelles les lois ont donné une valeur constante , comme les pièces d'or, d'argent, de cuivre;

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il y a aussi des monnaies imaginaires ou monnaies de compte, qui servent pour faciliter les comptes, telles que la livre tournois sous l'ancienne monarchie. A une époque où les variations des monnaies réelles étaient fréquentes, les monnaies imaginaires servaient principalement à faciliter les comptes parce qu’elles restaient immuables. Ainsi la livre numéraire a toujours valu vingt sous dans l’ancien système monétaire delà France , uoiqu’on ait employé pour la représenter es monnaies qui ont varié suivant les temps et les lieux. Nous n'avons pas ici à discuter les théories relatives aux monnaies, mais à exposer rapidement les actes administratifs qui les concernent, et en second lieu à indiquer quelquesunes des anciennes monnaies dont on a fait usage en France.

§ I. Administration des monnaies. — Tout système administratif en France commence avec l’empire romain ; il faut donc rappeler ici sommairement l’administration monétaire de cet empire. Le droit de battre monnaie appartenait exclusivement à l’empereur. Sous la direction du cornes sacrarum largitionum ( sorte de ministre des finances) étaient placés les p rocuratores monetarum , nommés aussi præpositi ou magistri ( prévôts ou maîtres des monnaies ) qui veillaient à la fabrication des monnaies . Il y avait dans les Gaules trois ateliers monétaires établis à Trêves, Lyon et Arles. La monnaie était fabriquée avec soin , et les faux monnayeurs condamnés à mort. Lorsque les barbares se furent emparés de la Gaule, on continua de se servir dans les établissements monétaires du type impérial. Procope prétend même qu’avant la cession de la Provence h Théodebert par l’empereur Justinien, en 539, les rois francs ne frappaient pas de monnaie d’or, parce qu’ils ne se considéraient pas comme souverains des Gaules; mais cette assertion est erronée, puisque Le Blanc cite des monnaies d’or qui portent le nom de Clovis. Ce qui est certain, c’est que l’on a une monnaie dror de Théodebert, oh l’image de ce prince est gravée d’un côté avec le titre de dominus noster (notre seigneur) qui n’appartenait qu’aux empereurs , et de l’autre une Victoire avec les armes de l’empire. Sous les Mérovingiens, l’administration des monnaies , comme toutes les autres branches d’administration , perdit l’unité et la simplicité qui l’avaient caractérisée du temps des Romains. On trouve des monnaies frappées dans les couvents et probablement les leudes les plus puissants tentèrent d’usurper ce droit de souveraineté.

Ce qui est certain , c’est que Charlemagne voulant s’opposer à ces désordres et probablement aussi à l’altération des monnaies qui en était la conséquence ordonna qu’il n’y aurait plus qu’une seule monnaie dans tout l’empire, et que cette monnaie serait frappée dans son palais d’Aix-la- Chapelle. Mais cette tentative pour rétablir, en l’exagérant, l’unité de l’administration romaine , ne réussit pas. On voit pas l’édit de Pistes ou Pitres, rendu sous Charles le Chauve, en 864 , que les monnaies étaient altérées. L’empereur prescrivit de choisir en tous lieux des personnes probes, pour veiller sur les wonnaies , et pour empêcher qu’on ne refusât les bonnes espèces, et veiller à ce qu’on ne prît que celles qui seraient de poids et d’argent fin. Outre la monnaie palatine ou frappée dans le palais impérial, cet édit reconnaît les établissements monétaires de Paris, Rouen, Sens, Reims, Orléans, Narbonne, etc. Mais bientôt le système féodal prévalut et le droit de battre monnaie fut un de ceux que les seigneurs usurpèrent. Il y eut alors une grande diversité de monnaies ; on trouve des deniers angevins , parisis, mançois, tournois, poitevins, melgorois, roumois, toulousains , bordelais, etc. Il est inutile d’insister sur les inconvénients d'un système qui favorisait les fraudes et entravait les relations commerciales.

Règlements relatifs aux monnaies depuis'saint Louis ; les rois se réservent exclusivement le droit de battre monnaie . — Ijorsque les rois capétiens eurent affermi leur autorité, ils attaquèrent ces abus et travaillèrent à s'emparer du droit exclusif de battre monnaie . Saint Louis fit le premier un règlement général sur les monnaies de France, en"i265. Ce prince était d’un caractère trop modéré pour réformer violemment l’abus et tenter d’enlever aux barons des prérogatives consacrées par le temps. Il se borna à proclamer le droit du roi de faire circuler sa monnaie dans tout le royaume, et en même temps il défendit aux seigneurs de frapper des espèces d’or. Comme la monnaie de saint Louis était de bon aloi et qu'elle favorisait les relations commerciales, elle l’emporta bientôt sur les monnaies féodales. Les successeurs de saint Louis allèrent plus loin : Philippe le Bel suspendit, en 1313, le droit des barons de battre monnaie , et l’enleva même à beaucoup d’entre eux. Les barons résistèrent, et sous Louis X, il y eut une sorte de transaction. Le roi par un règlement fait le 17 mai 1 3 1 5 , fixa l’aloi , Je poids et la marque des monnaies des barons. Les rois ne s’arrêtèrent pas à ces premières

conquêtes. Philippe le Long, d’après la chronique de Nangis à l’année i32l , avau voulu établir en France une seule monnaie aussi bien que l’unité de mesures (Incœpit rex or dinar e ut in toto regno suo non essel nisi unica men sura vini et bladi et omnium vendibi - Hum et emptibilium; proposait etiam idem rex ut in toto regno omnes monetæ ad unicam redigerentur ). Philippe de Valois déclara dans une ordonnance du 16 janvier 1346 qu’au roi seul appartenait le droit de battre monnaie ( Ordonnances des rois de France , II, 254 ) : « A nous et à notre majesté royale appartient seulement et pour le tout, en notre royaume, le métier, le fait, la provision , et toute l’ordonnance de monnaie , et de faire monnoyer telles monnaies , et donner tel cours /pour tel prix , comme il nous plaît et comme bon nous semble. » Le roi Jean , dans une ordonnance du 20 mars 1 36 c ( Ordonn . des rois de Fr ., III, 555 ), s’exprime d’une manière encore plus explicite : «A nous seul, et pour le tout , de notre droit royal, par tout notre royaume , appartient de faire telles monnaies y comme il nous plaît, et de leur donner prix. » Charles V défendit , en 1374 , au duc de Bretagne, de placer son nom sur l’exergue de ses monnaies . Cependant le principe de la centralisation monétaire ne triompha complètement qu’après la réunion de la Bretagne au domaine de la couronne par Charles VIII. Les pays d’états , comme la Bourgogne , la Provence et la Bretagne, furent soumis pour le régime monétaire aux lois qui gouvernaient le reste de la France.

Fabrication et altération des monnaies. — La fabrication des monnaies fut dès lors considérée comme un des droits de la couronne, et en même temps comme nn des principaux revenus du domaine royal. Les rois tirent trop souvent de l’altération des monnaies une ressource financière. Philippe le Bel surtout mérita d'être flétri du nom de faux monnayeur ; il lit refondre, en les altérant, les anciennes monnaies d’or et d’argent ; il confisqua aussi, sous prétexte d'appliquer les lois somptuaires ( voy. Lois somp- TUMitES ) la vaisselle d’or et d’argent de ceux qui n’avaient pas une fortune considérable; il la faisait fondre pour en fabriquer une monnaie dont le titre était altéré. Les successeurs de Philippe le Bel ne restèrent que trop fidèles à ce détestable système. Ils payaient leurs créanciers en monnaie faible , ou monnaie altérée, et exigeaient qu’on les payât en monnaie forte . Outre cet avantage, les rois prélevaient sur la nouvelle monnaie un im-

pôt appelé droit de seigneur iage, et avaient intérêt, par conséquent , à en renouveler fréquemment la fabrication. Sous le roi Jean , les variations de la monnaie furent perpétuelles : « À son avènement, dit M. Michelet ( Hist . de France , IIL, 3 6 1 ) , le marc d’argent valait cinq livres cinq sous, et à la fin de l’annee onze livres. En février 1352, il était tombé à quatre livres cinq sous; un an après il était reporté à douze livres. En 1354 , il fut fixé à quatre livres quatre sous; il valait dix-huit livres en 1355. On le remit à cinq livres cinq sous; mais on affaiblit tellement la monnaie qu’il monta, en

1359 , au taux de cent deux livres. »

Les rois , qui usèrent si souvent de la ressource funeste de l'altération des espèces d’or et d'argent , avaient recours à deux moyens principaux pour bénéficier sur les monnaies : i° en augmentant les monnaies qui avaient cours; c’était le moyen qu’ils employaient le moins souvent ; 2° en ordonnant la fabrication de nouvelles monnaies , et en étant du commerce celles qui avaient cours auparavant. Dans les mandements donnés h cet effet, on fixait le pr.ix du marc mis en œuvre en nouvelles espèces , et le prix que l’on devait donner, aux hôtels des monnaies , du marc en espèces décriées; l’excédant de ce premier prix sur le second appartenait au roi. Ainsi un mandement au 30 août

1360 ( Ordonn . des rois de Fr., Il L , 424 et 426) fixa le marc en nouvelles espèces à huit livres cinq sous , et le marc des espèces décriées à sept livres ; par suite de cette opération , le roi avait un bénéfice de vingt sous. En effet, on avait pour le prix du marc des nouvelles espèces deux livres quinze sous , et une livre quinze sous pour le prix des espèces décriées. ( Voy. Secousse, préface dut. III des Ordonn . des rois de Fr., p. cm et civ). Il y avait des coupeurs de monnaies chargés d’empêcher que les espèces décriées ne fussent mises dans le commerce ; ils étaient chargés de les percer ou de les couper afin qu’on ne pût s’en servir. En cet état, on les portait aux hôtels des monnaies, ou on les revendait aux changeurs qui les achetaient moyennant une certaine remise et les portaient aux hôtels des monnaies.

Désordres et misère résultant de la mauvaise administration des monnaies sous les règnes de Philippe de Valois et de Jean . — Outre la fréquente mutation des espèces il y avait encore à cette époque beaucoup de désordres dans les monnaies . On en fabriquait de différents titres dans les différentes provinces du royaume , et les différentes espèces de monnaies que l’on

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frappait dans la mémo monnaie n’étaient point l’équivalent Tune de l’autre, de sorte qu’il y avait profit à donner en payement les unes, plutôt que les autres. Du désordre des finances naissaient des inconvénients de tonie nature , et , entre autres, la difficulté des payements, la perturbation des relations commerciales et la cherté des denrées et des marchandises. Les historiens contemporains en fournissent des preuves nombreuses ;

« Le roi Philippe (de Valois), disent les grandes chroniques de Saint-Denis à l’année 1344, fit sa monnaie toujours empirer et aussi de jour en jour amoindrir, tellement que devant la fête de la Nativité Notre-Dame en l’an ensuivant, un denier valait quarante-cinq sous parisis, et pour cette cause fut grande cherté de blé et de toutes choses par tout le royaume de France, et valait le setier de blé soixanteseize sous parisis et d’avoine cinquante sous parisis. » Et plus loin : « En ce même an (1344), le roi de France fit choir sa monnaie par telle condition que ce qui valaii douze ciemers de la monnaie courante, c’est à savoir Fécu qui valait soixante sous parisis, ne valait que trentesix sous parisis et le gros tournois ne valait que trois sous parisis. Le quatorzième jour de septembre, en la Pâque prochaine, Fécu ne valut que trenteuatre sous parisis, la maille blanche six eniers parisis. Fan de grâce 1344 jusues en mi-septembre, et plus ne dura , ont il advint que blés? vins et autres vivres vinrent à grand défaut et à grande cherté; pour laquelle chose le peuple commença à murmurer, à crier, et disait que cette cherté était pour la cause que chacun attendait à vendre ses denrées jusques à temps que la bonne monnaie courût, et fut la clameur du peuple si grande que le roi en ce même an , c’est à savoir Fan 1344 le 28e jour d’octobre, fit choir les monnaies devant dites par telle manières que le gros vaudrait douze deniers parisis et la maille blanche trois tournois; le florin à Fécu de Florence neuf sous six deniers. Nonobstant la clameur du peuple devant dit, les blés et les vins et autres vivres furent plus chè rement vendus que par avant. » Ces passages des grandes chroniques sont confirmés par les Ordonnances des rois de France oy. t. 11, p 181).

Le règne de .lean fut encore plus déplorable que celui de Philippe de Valois par les variations perpétuelles des monnaies . Il en résulta une cherté si effroyable que Froissart dit, à l’année 1358, qu’on vendait un tonnelet de harengs trente écus d'or et toutes choses à l'avenant . L’année

suivante, on publia à Paris une ordonnance des monnaies relatée par les grandes chroniques de Saint-Denis : le denier blanc qui auparavant valait deux sous parisis tomba a deux deniers et le royal qu’on estimait antérieurement quatorze livres ne valut plus que trente-deux sous parisis. A cette époque, le setier de bon froment valait dix-huit livres parisis ou environ de cette monnaie altérée.

11 faut encore signaler au nombre des inconvénients qui résultaient de l’altération des monnaies , leur transport hors de France. On exportait une partie des monnai es décriées , et on les y convertissait en monnaies que l’on rapportait en France, et qui y avaient cours. Quelquefois même on altérait le titre de ces monnaies qui était déjà très-bas, en sorte que le royaume était rempli de monnaies contrefaites ou fausses. On voit même le Dauphin, dans un besoin pressant d’argent, défendre t Ordonn . des rois de Fr.y 1 1 1 , 94) aux généraux maîtres des monnaies d’empêcher qu'on ne répandît dans le public des espèces fabriquées dans la monnaie de Paris, qui, par la fraude des gardes eL maîtres de cette monnaie , étaient plus faibles et moins pesantes qu’elles ne devaient être. Il se contenta d’ordonner que ces officiers lui restitueraient le foiblage , c’est-à-dire ce qui manquait de matière sur chaque espèce.

Résistance aux variations des monnaies. — Quelquefois les nouvelles monnaies n’étaient pas reçues sans difficulté. Les Parisiens, excités par le prévôt des marchands, Étienne Marcel, résistèrent énergiquement à un mandement du Dauphin Charles, en date du 23 novembre 1356 pour l’établissement d’une nouvelle monnaie ( Ord. des rois de Fr ., III, 87 ). Le prévôt , accompagné o’un grand nombre de Parisiens, alla trouver le duc d’Anjou, second fils du roi, que le Dauphin , en se rendant à Metz, avait laissé pour son lieutenant à Paris, et il lui déclara que le peuple ne souffrirait pas que cette monnaie eût cours. Le duc d’Anjou promit d’en faire cesser la fabrication jusqu’à ce qu’il eût reçu les ordres de son frère, régent du royaume. Cette monnaie fut abandonnée, et ie Dauphin, étant luimême revenu peu de temps après à Paris, renonça à faire exécuter son mandement.

En général, une des causes des troubles de 1357 et 1358 fut la variation perpétuelle des monnaies . Quelquefois le peuple continuait, malgré les ordonnances, à se servir des monnaies décriées , et il les conservait dans le commerce pour un prix plus élevé que celui qu’on leur avait assigné. Dans certaines circonstances r

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il faisait monter la valeur des monnaies qui avaient cours au delà du prix fixé par les ordonnances. Les receveurs royaux admettaient quelquefois ( preuve du désordre qui régnait dans cette partie de l'administration ) les espèces pour une valeur supérieure à celle qu’elles avaient communément dans le commerce. On en trouve la preuve dans une ordonnance de la chambre des comptes, imprimée dans le tonie 111 (p. 195) des Ordonnances des rois de France .

Réforme de l’administration des monnaies par Charles V et Charles VII . — Les rois administrateurs, comme Charles V et Charles VII, cherchèrent à mettre un terme aux abus qui résultaient des variations perpétuelles des monnaies . Nicolas Oresme ^précepteur de Charles V, publia un traité spécial (imprimé dans la Bibliothèque des Pères , édit, de Lyon, L XXVI , p. 228 ) et destiné à combattre Tahus qu’on avait fait des variations des monnaies sous les règnes précédents. « Le prince , y disait-il, n’est ni maître ni propriétaire des monnaies : il ne doit pas les changer à moins de nécessité ou d’utilité évidente pour l’intérêt général. » II flétrit le gain que certains princes ont retiré de l'altération des monnaies* « Je ne sais, dit-il, si je dois l’appeler un brigandage criminel ou une exaction frauduleuse. » Charles V se montia fidèle aux principes posés par Nicolas Oresme, et, sous ce règne, les monnaies ne furent pas altérées.

Malheureusement, après la mort de Charles V, la valeur de la monnaie subit encore de nombreuses variations. Le moine de Saint-Denis, un des historiens de Charles Vi, parle de ces abus. «Je commencerai cette année . dit-il à Vannée 1385, en parlant d’une nouvelle monnaie d’oret d’argent, que le roi lit frapper à son nom et à son coin pour porter son image et sa réputation par tout le monde, aussi loin que les rois ses prédécesseurs ; mais, pour lui donner plus de cours , on décria toutes les vieilles espèces. Je ne prétends pas nier que le roi n’en eût le pouvoir, et je blâme encore moins cette noble envie de signaler sa mémoire; mais qu'on ne se servît que de cette monnaie dans le royaume, et qu’on abolît celle des rois anciens, et particulièrement celle des écus d’or qui élaient en réputation parmi les étrangers, il y avait de l’injustice , et il m’est impossible de ne pas dire que ce fut un très-mauvais conseil des gens de la monnaie . ils en promettaient un grand profit; niais quel profit que celui qu’on tirait d’un édit fait au grand dommage des peuples et qui

tourna presque tout entier à l’avantage de ceux qui prévirent cette ordonnança et qui se hâtèrent de payer toutes leurs dettes en vieilles pièces, auprès desquelles les pauvres laboureurs et les artisans fussent morts de faim, si l’on n’eût accordé pour un temps le Cv>urs de la monnaie du feu roi ? >» Juvënal des Ursins signale aussi ce changement de monnaie qui se fit, dit-il, « au grand dommage du peuple et de la chose publique. » Les factions, qui désolèrent la France pendant la seconde moitié du règne de Charles VI, ne se firent pas faute non plus de changer la valeur des monnaies . Le duc de Bourgogne, Jean sans Peur, en est formellement accusé dans un mandement royal publié au nom de Charles VI , en 1413, et conservé par la chronique de Monstrelet. Il y est question de grandes débilitations et vilipensioiis de valeur faites dans les monnaies du royaume.

Alain Chariier, historien de Charles VII, signale encore, à Tannée 1 435, les variations des monnaies. « Les blancs du roi , dit-il, furent mis à six deniers, lesquels étaient à huit. » Ces changements, selon Monstrelet, excitèrent de vifs mécontentements. « En ee temps, dît-il à l’année 1437, plusieurs étaient émus pour la perte delà monnaie nouvelle de Tan 1435, et l’abaissement des vieilles monnaies . »

Ce fut, selon l’opinion commune, sous Charles Vil que cessa l’abus des variations perpétuelles des monnaies. Le Blanc le dit formellement dans son Traité historique des monnaies de France (p. 73 et 167) : « J’ai trouvé dans un ancien manuscrit qui est environ de ce temps-là (de Charles VII), que le peuple, se ressouvenant de l’incommodité et des dommages infinis qu’il avait reçus de l'affaiblissement des monnaies et du fréquent changement du prix du marc d’or et d’argent, pria le roi de quitter ce droit , consentant qu’il imposât les tailles et les aides ; ce qui leur fut accordé. Le roi se réserva seulement un droit de seigneuriage fort petit qui fut destiné au payement des officiers de la monnaie , et aux frais de la fabrication. Un ancien registre des monnaies , qui paraît avoir été fait sous le règne de Charles VII , dit que, « oneques puis que (jamais depuis que) le roi mit les tailles des possessions ( sur les biens immeubles), des monnaies ne lui chalut plus ( il ne se soucia nlus des monnaies et n’en tira plus de profit). »

Nouvelles variations des monnaies après la mort de Charles VIT — Cependant on trouve la preuve qu’il y eut encore dans la suite des variations assez fréquentes des monnaies. Sous Louis XI,

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le chroniqueur, Jean de Troyes, signale des variations de monnaies . Il dit, à l’année 1473, que le « roi fit ordonnance sur le fait de ses monnaies , et ordonna ses grands blancs courir pour onze deniers tournois qui auparavant valaient dix. » Les états généraux de 1484 se plaignirent de ces variations du numéraire, mais sans plus de succès que ceux de 1356 et de 1413. Louis XII, cependant, s’efforça de remédier à cet abus, comme a beaucoup d’autres. Une pièce publiée par Godefroy, dans son recueil de l'histoire de ce prince, s'exprime ainsi: «11 pourvut à un autre abus des plus préjudiciables au royaume. Car toutes monnaies d’or et d’argent y avaient cours, bonnes ou mauvaises, qu'elles fussent même à plus haut prix qu'elles n'avaient aux lieux où on les avait forgées. Et qui plus était, toutes pièces d'or se prenaient sans peser, tellement que en tous payements qui se faisaient, il y avait tare (déchet) de la vraie valeur de plus du huitième , outre que plusieurs pièces se trouvaient fausses ou moindres d’aloi. Sur quoi le roi Louis donna si bon ordre qu'à présent ont cessé tous ces abus. » Cependant on eut encore souvent recours aux variations des monnaies. Elles sont attestées, sous Henri III, par l'ambassadeur vénitien Jérôme Lippomano, qui résida en France de 1577 à 1579. Il s'exprime ainsi ( [Relat . des ainbass. vénit ., n, 345) : « On s’occupa à Paris de régler les monnaies. L'écu , qui était monté à cinq francs, au grand dommage du commerce, fut réduit à trois. » De Thou (liv. LXIV, chap. iv) confirme l'assertion de Lippomano. « Tandis que la cour était à Poitiers, dit cet historien (ann. 1577), le roi fit un édit mémorable au sujet des monnaies , dans lesquelles il s'était introduit depuis trois ans de grands désordres. L’ancien usage du royaume était que, dans les contrats, les prix fussent estimés en livres de France. Mais, comme ces livres n'étaient qu'une monnaie de compte, sans prix fixe et arrêté, il arrivait qu'en augmentant la valeur des espèces d'or et d’argent , on anéantissait en quelque sorte la fortune des particuliers. Le peuple surtout souffrait infiniment de ces désordres , parce que, dans le payement des impôts, on ne recevait les monnaies que pour un prix fort inférieur à celui pour lequel on était obligé de les prendre dans le commerce. En effet, l’écu de trois livres était déjà à cinq livres et même à six dans certains endroits. Pour remédier à ce désordre , on tint à Paris une assemblée de gens habiles où il fut réglé que, dans la suite, il y aurait une juste proportion entre les

espèces d'or et d'argent; que l'usage reçu jusqu'alors de compter par livres serait aboli, et que, dans les ventes et contrats, les évaluations auraient lieu en écus d’or. L'édit en fut dressé au moins, et, après bien des contestations, il fut enfin publié et enregistré au parlement le 13 novembre 1577.» Il y eut aussi des altérations des monnaies sous Henri 1Y.

Sully dit, dans ses Mémoires , à l'année 1601 , que l'on haussa les espèces d’or et d’argent qui avaient cours en France pour en empêcher l'exportation. On pourrait citer même sous Louis XIV, de nombreux exemples de l'altération des monnaies; le controleur général , Desmarets , y eut encore recours en 1709.

Ce qu'il faut constater en signalant ces abus, c'est que du moins le droit de battre monnaie fut si bien reconnu comme appartenant exclusivement à l'autorité souveraine, que les princes qui plus tard firent frapper des monnaies à leur effigie étaient en pleine révolte contre la puissance royale; témoin le prince de Condé , premier du nom, qui, sous Charles IX, fit frapper une monnaie où il prenait le titre.de roi de France. C'est du moins ce que raconte Brantôme. « Il devint en telle gloire, dit Brantôme en parlant de ce prince dans ses Capitaines français , qu’il fit battre monnaie d'argent avec cette inscription à l'entour : Louis treizième , roi de France , laquelle monnaie M. le connétable, tout en colère, représenta à une assemblée générale qui Kit faite au conseil du roi, Lan 1567, le septième jour d'octobre, après midi, au Louvre. » Les princes qui se révoltèrent contre Louis XIII, ou plutôt contre Richelieu, en 1641 , reprochèrent au ministre dans leur manifeste d'avoir fait battre monnaie à son effigie. « Il s’est vu, disaient-ils, des pièces d'or à sa marque où son effigie était empreinte. »

( Mémoires de Montrésor, t. I, p. 385.)

Fabrication des monnaies ; maîtres généraux des monnaies ; cours des monnaies ; hôtels des monnaies . — Lorsque les rois eurent enlevé à tous leurs vassaux le droit de battre monnaie , la fabrication j des monnaies devint l'objet d'un grand c nombre d'ordonnances et de mesures lé- j gislatives. Un certain nombre de maîtres ^ généraux des monnaies furent chargés de t visiter les hôtels des monnaies dans les } provinces et d'en diriger la fabrication. Ils ir formèrent dès le temps de Charles VI une ; cour distincte, appelée cour des mon - ' naies , qui devint plus nombreuse sous Charles VII et sous François Ier 't454 et > 1523). Elle était chargée de juger tous le» b procès relatifs aux monnaies • on lui cou-

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testa longtemps les droits de cour souveraine. Enfin, il fut décidé, en t552, qu’elle jugerait en dernier ressort. La juridiction de la cour des monnaies s’étendit à la plus grande partie delà France, excepté pendant une période assez courte où exista la cour des monnaies de Lyon (1704-17 71). Les parlements de Pau et de Metz exerçaient dans leurs ressorts les attributions de cours des monnaies. Il en était de même de la chambre des comptes de Dole pour la Franche-Comté.

Les hôtels des monnaies avaient été établis dans un grand nombre de villes; il y en avait trente au xvmi® siècle, et chaque hôtel des monnaies avait un signe distinctif , comme on le voit dans le tableau suivant :

Aix. . .

Amiens. .

Angers. .

Bayonne.

Besançon.

Bordeaux.

Bourges.

Caen. . .

Dijon.

Grenoble.

La Rochelle Lille. . .

Limoges.

Lyon. . .

Metz. . .

Montpellier.

Nantes. .

Orléans. .

Paris.

Pau. . .

Perpignan.

Poitiers. .

Reims. .

Rennes. .

Riom.

Rouen.

Strasbourg.

Toulouse.

Tours.

Troyes. .

. etc.

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Pendant longtemps la juridiction et l’administration des monnaies furent confondues. Enfin , en 1696, on sépara l’administration des monnaies de la juri diction ; la première fut confiée à un contrôleur et à un directeur général (1696) ; >n leur adjoignit un essayeur général, un çraveur général des monnaies et deux -ommissaires du roi, inspecteurs des npjinaies, dont l’un eut l’inspection gétérale des monnaies de France et l’autre 'inspection des essais. Pendant long- -mps la fabrication des monnaies fut

affermée; mais elle fut aussi quelquefois donnée en régie. Colbert rendit le système de régie général , et depuis cette époque les directeurs des hôtels de monnaie achetèrent, fabriquèrent et vendirent avec les fonds et pour le compte du roi, moyennant l'allocation d’un prix fixe par marc. Ainsi , dit Forbonnais , chaque directeur d’un hôtel des monnaies , se trouvait à la fois régisseur pour le roi , et entrepreneur des frais de fabrication. Les ouvriers monnayeurs jouissaient de plusieurs privilèges , et entre autres de n’être justiciables que de la cour des monnaies . Il fallut souvent restreindre les droits qui leur avaient été accordés , et les rois établirent, dans la plupart des villes, des monnayeurs qui étaient les chefs de ces corporations.

Administration des monnaies depuis 1789. — L'Assemblée constituante supprima les corporations de monnayeurs et la cour des monnaies . La juridiction en cette matière fut renvoyée aux tribunaux ordinaires. La fabrication des monnaies suspendue en 1794 par l’émission du papier-monnaie ou assignats fut reprise des l'année suivante. On appliqua le système décimal aux monnaies par un décret du 15 août 1795. L'unité monétaire reçut le nom de franc d’argent; la dixième partie s’appela décime , et la centième partie centime. Les ateliers monétaires ont été réduits à sept par ordonnance du 16 novembre i837;ils ont étéétablis à Paris (qui a pour marque A), à Bordeaux (K), à Lille (W), à Lyon (D), à Marseille (M)f à Rouen (B), enfin h Strasbourg (BB). Aujourd'hui l’administration des monnaies dépend du ministère des finances et est confiée à une commission composée d'un président et de deux commissaires généraux , à un bureau formé d’inspecteurs véiificateurs des essais, d’essayeurs et d’aides essayeurs, à un conservateur du musée monétaire et à un graveur des médailles. Les ateliers monétaires, réduits à deux (Paris et Bordeaux), ont un directeur de fabrication, un commissaire du gouvernement et des contrôleurs. La commission des momiaies surveille l'exécution des lois relatives aux monnaies et s’occupe de tout ce qui concerne cette partie de L’administration , titre et

f)oids des espèces fabriquées, marque des ingots et ouvrages d'or et d’argent, fabrication des monnaies et médailles, etc. Le musée monétaire établi à la monnaie de Paris présente une collection de tous les coins, poinçons de médailles, etc., depuis Charles Vlli jusqu’à nos jours.

Faux monnayeurs . — Le crime de fausse monnaie 'a toujours été puni avec

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une grande sévérité. Un édit de Childéric III (744) ordonna que le faux mon nayeur eût le poing coupé: ses complices étaient punis d'une amende de soixante sous, s'ils étaient libres, et recevaient soixante coups de bâton , s'ils étaient esclaves. Des capitulaires de Louis le Débonnaire, en 819, de Charles le Chauve, en 864, prononcèrent les memes peines contre les faux monnayeurs. Les Etablissements de saint Louis les condamnaient à avoir les yeux crevés. La plupart des coutumes provinciales portaient la peine de mort contre les faux monnayeurs ; ils étaient quelquefois brûlés vifs ou condamnés à périr dans l’eau bouillante.

L'Eglise joignit ses anathèmes aux supplices cruels ordonnés par les lois civiles ; Clément Y excommunia, en 1309 , les faux monnayeurs , et cet anathème fut plusieurs fois renouvelé. Un édit de Henri 11(3 février 1549) chargea les grands prévôts de connaître du crime de fausse monnaie , conjointement avec les baillis, sénéchaux et juges présidiaux. Malgré la rigueur des lois, les faux monnayeurs se multiplièrent; Richelieu établit pour les réprimer une chambre de ju ticequi siégeait à l'Arsenal j63i); on prétend que de 1610 à 1633 on punit de mort plus de cinq cents faux monnayeurs , et, suivant un écrivain contemporain , ce n’était pas le quart de ceux qui s'étaient rendus coupables du crime de fausse monnaie . L'Assemblée constituante abolit la peine de mort en cette matière et y substitua quinze années de travaux forcés (Loi du 25 septembre i?9i). Le Code pénal de 1810 ( art. 132 ) rétablit la peine de mort contre ceux qui auraient altéré les monnaies d'or ou d'argent; la peine des travaux forcés à perpétuité était prononcée contre ceux qui auraient contrefait les monnaies de cuivre ou de billon. La peine de mort contre les faux monnayeurs a été abolie , en 1832 , lors de la révision du Code pénal.

§ II. Des ANCIENNES MONNAIES. Les

Gaulois avaient des monnaies comme le prouvent des pièces trouvées dans leurs tombeaux. On y reconnaît une imitation des monnaies grecques introduites par Marseille , et plus tard des monnaies romaines. La domination romaine lit disparaître les monnaies gauloises, et imposa l’unité monétaire à la province des Gaules (voy. p. 8 1 4 ). Les invasions des barbares amenèrent de nouveaux changements.

Cependant le type monétaire sous les deux premières races, fut, d’après l’opinion des juges compétents, une imitation des monnaies romaines ; mais cette imitation grossière , comme celle des institutions

romaines par les Germains , atteste que la barbarie succédait à la civilisation. Les monnaies de cette époque portent , d'un côté , la tête ou le buste du roi , avec son nom et celui du duc ou du comte ou seulement celui du monétaire; au revers, une croix, et autour le nom de la ville ou de la métairie royale ( villa), dans laquelle la monnaie avait été fjappée. Il y avait aussi un atelier monétaire dans le palais impérial , et la monnaie qu’on y frappait s'appelait moneta palatina (monnaie du palais). Déjà, sous le règne de Dagobert , on trouve des pièces qui ont pour légende moneta palatina ; le nom du monétaire est Eligius; sur d'autres, on lit le nom deparisina civi tate et le même mot Eligius. Cet atelier monétaire suivait les rois francs dans leurs voyages. C’est dans une pièce d’or de Childebert Ier qu’on trouve le premier monogramme de Christus . Le Blanc cite six pièces d'or antérieures et dont quelques-unes portent le nom de Clovis. La tète est couronnée du diadème perlé simple; c'était encore une imitation des monnaies romaines.

Sous la seconde race, le monétaire ne mit plus son nom sur les espèces , et au lieu de la lête du prince on plaça presque toujours son monogramme. On se servit en Gaule pendant les deux premières races de la livre d’or, du sou d'or ( solidus aureus ) , ou simplement soZidus ou aureus ; du tiers du sou d’or, triens , tremissis ; de la livre d’argent; du sou d’argent, solidus: du tiers de sou d'argent, tremissis; et du denier, denarius , et quelquefois argenteus. La livre d’or, la livre d’argent et le sou d'argent étaient des monnaies de compte ; le sou d'or, le tiers de sou d'or et le denier étaient des monnaies réelles. Le sou d'or valait quarante deniers; le tiers de sou d'or en valait treize et un tiers , et le sou d'argent douze. ( On trouvera des détails très*-étendus sur ces diverses monnaies dans les Prolégomènes du polyptyque d’Irminon , par M. Guérard , p. 1 1 4 et suiv.) Le denier d'argent était l'unité monétaire des Francs , et formait une division du sou d'or ou du sou d’argent.

Le denier valait deux francs vingt-trois centimes, sous la première race , d'après M. Guérard ( L c. ) , sous Pépin, deux francs cinquante-deux centimes, et sous Charlemagne trois francs quarante-neuf centimes. La valeur relative du sou d’or était de quatre-vingt-dix francs. Pépin abolit l’usnge des monnaies d’or au commencement de la seconde race, et dès lors les sous d’or de quarante deniers cessèrent d'avoir cours. 11 en fut de même

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tous Cnwlsmagne. Ce dernier établît une litre nouvelle de la valeur de vingt sous d’argent ou deux cent quarante deniers.

Après la dissolution de l’empire carlovingien, et pendant la période féodale; il y eut une multitude de monnaies diverses de nom , de poids , de valeur. 11 est souvent question à cette époque de sous ou deniers parisis, tournois , mançois , angevins , poitevins , chartrains , bordelais , rouennais ou roumois , toulosains , etc.

On cite, entre autres monnaies , les ma rabotins dont l'origine et la valeur ont été une cause de discussion entre les savants. II est probable que cette monnaie était d'origine arabe ; ce qui est certain, c'est qu’elle eut cours en France vers l’époque des croisades, principalement dans les provinces voisines des Pyrénées. Sous saint Louis, la royauté commença à mettre un peu d'ordre dans ce chaos et intervint par des règlements généraux pour fixer le cours des monnaies C voy. p. 814), sans supprimer cependant les moniiaies seigneuriales dont quelques-unes ont duré jusqu’au xvm« siècle.

Les princes d'Henrichemont et de Boisbelle, descendants de Sully, jouirent du droit de battre monnaie jusqu’en 1766, époque où leur seigneurie fut réunie aux domaines de la couronne.

Les premières monnaies qui parurent en France avec le millésime furent frappées sous Louis XII, en 1498 , par ordre d'Anne de Bretagne sa femme. Mais ce ne fut qu’à partir du règne de Henri II que le millésime fut placé d'une manière uniforme sur les monnaies . Avec Henri IV commence la legende ; Roi de France et de Navarre. Louis XUI fit frapper les premiers louis d'or et reçut à cette occasion le nom de .res taurateur de la monnaie que lui donne la légende de plusieurs pièces de monnaie ( restilutori monetæ ). Ne pouvant insister sur toutes les monnaies qui ont eu cours en France, je me bornerai à indiquer les principales, par ordre alphabétique :

Agnel , agnelet , aignel . — Uagnel , agnelet ou mouton d’or, était un denier d’or fin, fabriqué du temps de saint Louis. Il valait dix sous parisis ou douze sous dix deniers tournois. Les sous dont il s’agit étaient, dit Le Blanc, d’argent fin, du poids d’environ un drachme sept grains. \?agnel d'or a duré en France jusqu’à Charles VIL On y voit d’un coté un agneau tel qu’on le représente ordinairement aux pieds de saint Jean- Baptiste , avec l’inscription : Agnus Dei , qui tollis peccala mundi , miserere nobis7 et de l'autre une croix fleurdelisée avec

cette légende : Christus ( XPS ) vincxt , Christus régnât , Christus imper at.

Angelot . — Les monnaies appelées anges ou angelot liraient leur nom de la figure de l’archange saint Michel qui y était représenté tenant une épee de la main droite et de la gauche un écu chargé de trois fleurs de lis ^ avec un serpent à ses pieds. L 'angelot était une espèce de monnaie en usage ver s 1240, et de la valeur d'un écu d'or fin. Il y a eu des angelots de poids et de prix divers. On a fabriqué des a?igelots à diverses époques, et spécialement, au xiv* siècle, sous Philippe de Valois, et, au xve siècle, lorsque les Anglais étaient maîtres de la France. Les angelots frappés du temps de Henri VI, roi d’Angleterre, portaient les écus de France et d'Angleterre. L'angelot s’appelait aussi noble.

Angevines ( monnaies ). — 11 y avait un établissement monétaire d’une haute importance établi à Angers. Les plus anciennes pièces de monnaie angevines remontent à Foulques Nerra, comte d’Anjou, au commencement du xe siècle. Ces monnaies portent le monogramme de Foulques (Fulco ), et, de l'autre, une croix grecque avec le nom du comte qui les a fait frapper, et l'indication de la ville (Urbs Andecavis). Le monogramme disparut au xme siècle, à l’époque de Charles d'Anjou, et fut remplacé par une clef accostée, à droite, d'une fleur de lis, et, à gauche, d’un besant entouré d’une couronne de perles ou d'une seconde fleur de lis. Les monnaies angevines avaient cours en Normandie et dans la plu»

grande partie de la France. Henri II, duc de Normandie et roi d'Angleterre , faisant une donation aux chanoines du Plessis, s’exprime ainsi : « Je leur donne cent livres d’Angers sur la prévôté deBaïeux, et, si un jour une autre monnaie devient dans cette ville la monnaie courante , qu'ils aient pareillement en cette autre monnaie ladite rente de cent livres. »

La monnaie d'Angers avait encore cours au commencement du xive siècle. Louis X en fixe la loi dans son ordonnance de 1315, sur les monnaies des prélats et des barons. Les rois de France s’emparèrent, au xive siècle, de l'établissement monétaire d'Angers; mais ils le laissèrent subsister pendant longtemps.

Baudequin Petite monnaie de cuivre qui avait cours en France au xm® siècle, et qui tirait son nom de ce que le roi y était représenté sous un Baldaquin. Celte monnaie disparut au commencement du xivc siècle.

Bernardins . — Or> désigne sous le nom de bernardins les monnaies d’Anduze»

parce qu'elles portent un grand B regardé comme initiale de Bernardus . Saint Louis s’étant emparé, en 1243, de la seigneurie d’Anduze, les bernardins furent remplacés par des tournois. On lit. en effet, dans les Olim , à la date de 1065, un texte dont voici le sens : « Ce n’est pas comme successeur de Bernard, mais comme seigneur suzerain , que le roi frappe des tournois qui ont cours dans tout le royaume ; sa monnaie ne peut se comparer aux raymondins et aux bernardins , qui n’avaient cours que dans les domaines des Raymond et des Bernard. » Il s’agit probablement des Baymond de Toulouse, dont la monnaie était célèbre dans le midi.

Besant. — Cette monnaie, dont le nom vient de Byzance, fut usitée en France au moyen âge. Elle s’y introduisit probablement à l’époque des croisades. Joinville dit que la rançon de saint Louis fut de deux cent mille besants ? qu’il évalue à environ cinq cent mille livres. Du reste , il est fort difficile d’indiquer la valeur réelle du besant , qui parait avoir été trèsvariable. Le Blanc a même conjecturé qu’on appelait besant, au moyen âge, toute sorte de pièces d'or. Les rois de Fiance étaient dans l’usage de présemer treize besants à l’offrande le jour de leur sacre.

Blanc . — Monnaie d’argent fort répandue en France, surtout depuis le xiv« siècle. On n’est pas d’accord sur l’époque où les blancs commencèrent à paraître.

Quelques écrivainsles font remonter à Philippe-Auguste ou à saint Louis; d’autres prétendent que les blancs ne datent que de Philippe' de Valois. Ce qui est certain, c’est que la distinction entre le gros tournois ei\e blanc a été établie sous ce dernier règne. Il y eut des variations presque continuelles dans la valeur des blancs . Sous Philippe de Valois, on appelait grands blancs des pièces de monnaie qui valaient dix deniers, et petits blancs des pièces de six deniers. Les rois qui mirent de l’ordre dans les finances , comme Charles V, Charles VII , Louis XI et Louis XII , rendirent au grand blanc son ancienne valeur de douze deniers. Ces monnaies portent l’empreinte tantôt d’un château , tantôt de fleurs de lis.

Carolus . — Le carolus était une monnaie de France qui valait dix deniers ; elle était marquée d’un K et portait le nom de Carolus parce qu’elle fut fabriquée du temps de Charles VIII.

Cnaise d'or . — - Cette monnaie d’or, qui fut frappée depuis le règne de Philippe le Bel jusqu’à celui de Charles Vil inclusivement , tirait son nom de ce que le roi y était représenté séant en son trône, le

sceptre en main. Au revrra éUi* nue croix fleuronnée et cantonnée de environnes royales. Elle portait, du côté où le roi était représenté sur son trône, le nom du souverain avec le titre de Francorum rex ; du côté de la croix , se trouvait la légende ordinaire : Christus vincit , Christus reg?iat , Christus imper at .

Couronne . — Monnaie d’or ou d’argent qui tirait son nom de ce qu’elle portait une couronne dans un champ semé de fleurs de lis. On commença à frapper des couronnes d’or, en 1339, sous Philippe de Valois ; mais la fabrication de cette monnaie fut interrompue dès Tannée suivante. — Les couronnes d’argent eurent cours sous les règnes de Philippe de Valois et de Jean, et subirent de nombreuses variations comme toutes les monnaies de cette époque.

Denier. — Ce mot a désigné tout à la fois une monnaie de compte et une monnaie réelle. Le denier valait sous la première race deux francs vingt-tmis centimes, sous Pépin deux francs cinquantedeux centimes, et sous Charlemagne, trois francs quarante-neuf centimes. Les deniers frappés du temps des rois Louis VI et Louis VII, à Paris, à Chartres et à Pontoise, pesaient, en moyenne, vingt grains ou un gramme six centièmes, d’après les pesées faites au cabinet des médailles de la bibliothèque impériale (Cartulaire de Saint-Père de Chartres , § 181). On fabriua, depuis saintLouis jusqu’à Charles VII, es deniers d’or où était représenté l’agneau pascal avec la légende Agnus Deij qui tollis peccata munai. On les appela moutons d la grande et petite laine ; la valeur de ces deniers varia de douze à vingt-cinq sous. Sous Philippe de Valois, on frappa des deniers d'or à Vécu , ainsi nommés parce que le roi était représenté tenant un écu. On distinguait ainsi souvent les divers deniers par un signe accessoire ; il y avait des deniers à T agyiel, à Vécu , aux fleurs de lis , etc.

Double. — Petite pièce de billon qui valait deux deniers ; de là vint le nom de double denier ou simplement de double .

Il y avait des doubles parisis et des doubles tournois. Ce fut PhilippeUe Bel qui, en 1295, ordonna qn’on fabriquât ces pièces de monnaie . Philippe de Valois fit frapper des doubles d’or qui valaient trente sous tournois. On appelait double Henri une monnaie d'or fabriquée sous le règne de Henri III, et qui valait environ douze livres. C’est à cette monnaie que Henri III faisait allusion, lorsque, ayant réuni son armée à celle de Henri de Navarre , il refusa de combattre celle du duc de Mayenne, chef de la Ligue, ea

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disant qu’il n’était pas prudent de risquer un double Henri coutre un simple carolus .

Écu. . — Les écus d'or furent frappés pour la première fois, en 1336 , sous le règne de Philippe de Valois. Cette monnaie eut quelque temps une valeur de vingt-cinq sous; mais elle fut bientôt altérée, comme toutes les monnaies , sous le règne de Jean. L ’écu tirait son nom de ce que le roi était représenté séant sur son trône, tenant d’une main une épée et de l’autre un écu semé de fleurs de lis. Interrompue sous Charles V, la fabrication des écus fut reprise en 1384, et continuée jusqu'à Louis XlV ; mais la valeur de ces monnaies subit de nombreuses variations indiquées par Le Blanc dans son Traité des monnaies. Les ecus étaient désignés sous des noms très-divers , écus au soleil ou écus-sol , écus à la couronne , ecus-heaumes , écus à la salamandre , écus au porc-épic i etc. Ces dénominations font allusion aux symboles qui remplaçaient quelquefois la croix, comme une couronne, un soleil; elles venaient aussi de ce que Vécu était soutenu par deux salamandres ou deux porcs-épics, ou surmonté d'un heaume. 11 y avait encore des écus blancs ou écus d'argent. Sous Louis XIII, on frappa des écus de six livres , et des demi-écus ou écus de trois livres qui ont été en usage jusqu’au commencement de ce siècle.

Esterling. — Cette monnaie d'origine anglaise eût cours en France [au moyen âge. Elle fut imitée dans les évêchés de Liège, de Toul et dans les principautés de Luxembourg et de Porcien. Les esterlings avaient pour empreinte une tête couronnée, avec le nom du roi et ses titres, et, au revers , une croix cantonnée de douze besants , avec le nom de la ville où la monnaie avait été frappée.

Franc . — Les monnaies appelées francs remontent à Tannée 1360, sous le règne de Jean. Les premiers francs étaient d’or fin et pesaient un gros et un grain. On y voyait la ligure du roi à cheval, armé de pied en cap, heaume en tète, et la couronne royale pour cimier. Les vêtements royaux et la housse du cheval étaient semés de fleurs de lis. La légende était Johannes Dei gracia Fran corum rex (Jean par la grâce de Dieu roi des Français) ; au revers, une croix fleuronnée avec la légende ordinaire XPS vincit ( C hris tus vinci t, Christus régnât , Christus imperat). Ce franc fut désigné sous le nom de franc à cheval , parce qu’il portait l’empreinte d’un cavalier.

Sous Charles V, on frappa des francs qui avaient même titre et même valeur, mais

où la figure du roi était représentée à pied, sous un portique gothique, avec l’épée et la main de justice^ portant la couronne en tète. Comme le champ de la pièce était semé de fleurs de lis, or\ leur donna aussi le nom de fleurs de lis d’or. On continua de frapper des francs à cheval sous les règnes de Charles VI Charles Vil et Henri VI, roi d’Angleterre, qui fut pendant quelque temps maître d’une partie delà France. Les francs à cheval disparurent après le règne de Charles VH. — Quant aux francs d’argent , on en trouve, depuis 1575, sous les règnes de Henri llï , Henri IV et Louis XIII. Us portaient, d’un côté , le nom du roi et le millésime, et de l’autre la légende sit nomen Domini benedictum .

Florettes • — On appelait florettes de grands blancs frappés sous le règne de Charles VI, et pesant vingt deniers tournois ou seize deniers parisis. Les fleurs de lis empreintes sur ces pièces de monnaie leur tirent donner le nom de florettes.

Gros . — Monnaie d’argent du règne de saint Louis; elle valait douze deniers. On l’appelait quelquefois gros blanc ou gros denier blanc. — Sous Henri II, on vit paraître une monnaie appelée gros , de la valeur de deux sous six deniers ou six blancs ; elle fut souvent désignée sous ce dernier nom. Henri II fit aussi frapper des demi-gros qui valaient trois blancs . On appelait encore ces pièces gros et demi-gros de Nesle , parce que i’atelier monétaire d’où ils sortaient était établi dans l’hôtel de Nesle.

Liard. — Monnaie de billon qui a cours en France pour trois deniers. On a prétendu que le mot liard était une contraction pour li-hard (pièces de monnaie qui auraient tiré leur nom de Philippe le Hardi). Mais on ne trouve aucune mention de liards admis dans toute la France avant le règne de Louis XI. On voit seulement, par une ordonnance de ce prince, qu’on se servait en Dauphiné d’une monnaie de billon qui ne valait que trois deniers, comme les liards. Louis XlV ordonna une fabrication de liards , par déclaration du 1 or juillet 1654; ils furent nommés dans la légende d’écusson liards de France. Ils valaient trois deniers. Ils furent réduits à deux denier- par lettres patentes du 4 juillet 1658; ils reprirent leur ancien prix en 1694. En 1709, il fut ordonné de fabriquer des pièces de deux liards dans les monnaies d’Aix, de Montpellier, de la Rochelle t de Bordeaux et Nantes , jusqu’à concurrence de deux millions. Cette monnaie de billon a été d’usage en France jusqu’au règne de Louis-Philippe,

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Livre . — Ce mot a désigné successivement une monnaie réelle et une monnaie de compte. Le franc d’or des rois Jean et Charles V valait justement vingt sous ou une livre, aussi bien que le franc d’argent de Henri 111. De là vient que, même sous l’ancienne monarchie, on se servait indifféremment des mots franc ou livre . Mais la livre était surtout une monnaie décompté qui variait suivant les provinces. La livre tournois valait vingt sous. On ajoutait le mot tournois pour la distinguer de la livre parisis et de la livre de poids . La livre parisis était de vingt sous parisis ou de vingt-cinq sous tournois, un quart de plus que la livre tournois.

Louis . — Monnaie d’or et d’argent qui a commencé à être fabriquée sous le règne de Louis XIII. La fabrication des louis d’or fut ordonnée par édit du 3i mars 1640. La valeur du louis d'or a été très-variable. Sous Louis XIV, elle fut généralement de vingt livres; mais, dès le commencement du règne de Louis XV, elle fut portée à trente livres, et même à trenie-six livres et plus. Ces pièces d’or ont encore cours aujourd’hui pour vingt francs. On appela louis d'argent des pièces de soixante sous, de trente sous, de quinze sous et de cinq sous, que l’on commença à frapper sous Louis XIII. Le nom d’écu a été plus généralement adopté pour ces espèces d’argent, dont quelques-unes avaient enco2*e cours au commencement de noire siècle.

Maille — La maille était primitivement une monnaie de la plus petite espèce.

Sous le règne de Henri IV, le peuple donnait encore le nom de mailles aux deniers tournois. Dans la suite , on appela maille une monnaie de compte évaluée à la moitié du denier tournois.

Moutons. — Pièces d’or qui ont été frappées sous saint Louis, et ont eu cours jusqu’au règne de Charles VII. On les appelait moutons d'or à la grande laine et quelquefois à la netite laine ou agneletsy deniers d'or à l'aignel , etc. Tous ces noms venaient de ce que ces pièces d’or portaient l’effigie d’un agneau pascal.

Nobles . — Les nobles à la rose étaient une monnaie d’or anglaise, que Henri VI lit frapper en France pendant qu’il occupait une partie de ce royaume. Dans la capitulation de Rouen du 13 janvier 1419, il est dit que la ville payera au roi trois cent mille écus d’«»r, dont deux égaleront un noble d' Angleterre.

Noble- Henri.— Autre monnaie anglaise qui fut également introduite en France pendant l’occupation anglaise ( 1420- 1453). Les nobles-Henris pesaient qua-

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torze grains de moins que les nobles à la rose.

Parisis. — Les parisis furent primitivement une monnaie réelle qui se fabriquait à Paris, et étaient d’un quart plus forts que les tournois. Ainsi la livre parisis était de vingt-cinq sous, et la livre tournois de vingt sous Philippe ne Valois lit fabriquer le premier des parisis d’or, qui valaient une livre parisis. On en frappa de 1330 à 1336. Le même roi fit aussi fabriquer des parisis d'argent , qui valaient douze deniers ou un sou parisis . Ils n’eu rent cours que sous le règne dece prince. Dans la suite , les parisis ne furent plus qu’une monnaie de compte qui indiquait l’addition de la quatrième partie de la somme à la somme totale ; ainsi quatre sous parisis équivalaient à cinq sous.

Patar ou Palard. — Pièce de monnaie fabriquée en France sous le règne de Louis XII. Les patars étaient encore en usage au xvme siècle en Flandre et dans quelques provinces voisines; ils avaient à peu près la même valeur- que le liard.

Pistole. — La pistole était primitivement une monnaie d’or d’Espagne de la même valeur que les louis d'or. Mais, dès le xvme siècle, ce n’était plus qu’une monnaie de compte qui représentait dix livres.

Roumois. — Monnaie frappée à Rouen sous les ducs de Normandie. Il est probable que ces roumois ne différaient pas des monnaies angevines. On voit , en effet, dans un passage cité plus haut ( p. 821 ) que les roumois et angevins se prenaient indifféremment les uns" pour les autr es. Les roumois n’étaient donc, selon toute apparence, que la monnaie frappée à Rouen ou \a monnaie courante à Rouen.

Voy. pour les détails de cette question un article de M. Léop.Delisle sur les revenus publics en Normandie ( Ecole des Chartes 2e série, V, 186-187 ).

Saluts. — Henri VT, roi d’Angleterre, qui régna sur une partie de la France , de 1422 à 1453 , lit frapper des monnaies d’or, d’argent et de billon. De ce nombre furent les saluts d’or qui valaient vingtcinq sous. Ils tiraient leur nom de ce qu’ils représentaient la salutation angélique. On y voyait, d’un côté, la vierge recevant d’un ange une bandelette sur laquelle était écrit Ave; de Faune, une croix latine accostée d’une fleur de lis et d’un léopaid. La légende était Henricus Dei gra : Francorv. et Anglie rex.

Six blancs — En 1549, sous Henri II* on fabriqua des monnaies de biüon que l’on appela gros et demi-gros de Nesle, parce qu’elles furent frappées dans un atelier établi dans l’hètel de Nesle. Ces

gros eurent cours pour deux sous six deniers et furent appelés pièces de six blancs , parce que les blancs valaient alors cinq deniers pièce: on appela les demigros pièces de trois blancs . Ces monnaies répondaient au sou et double sou parisis. En 1656 , Louis XIV ordonna, par un édit du mois d’août, une fabrication de pièces de six blancs , et la supprima l’année suivante. La désignation de six blancs s’est conservée longtemps en France pour deux sous six deniers, quoique les pièces de six blancs eussent cessé d’exister.

Sou. — Monnaie d’or, d’argent et de billon. Le sou d'or ( solidus ) est souvent mentionné dans la loi salique et dans les autres lois des Barbares. Il était en usage aux époques mérovingienne et carlovingienne (voy. p. 820). Dans la suite, on appela sou une monnaie de billon , qui eut cours surtout aux trois derniers siècles et de nos jours. En 1657 i 19 novembre), Louis XIV ordonna qu’il serait fabriqué des sous et des doubles sous ; les premiers de quinze deniers, et les seconds de trente. Ces nouvelles espèces furent décriées dès l’année suivante. On refondit tous les sous en 1738. Cette nouvelle monnaie de cuivre portait un L surmonté d’une couronne avec trois fleurs de lis, et pour légende Ludovicus XV Dei gratia Franc, et Nav. rex. La révolution a multiplié la monnaie de billon , à laquelle on a fait servir les cloches des églises. En 1852, on a commencé la refonte de toutes les pièces d’un sou et de deux sous. Le sou était encore, sous l'ancienne monarchie, une monnaie de compte ; il y avait des sous tournois et des sous parisis , les premiers valant douze deniers, et les seconds quinze deniers.

Testons. — Monnaie d’argentlabriquée pour la première fois en 1513, sous ie règne de Louis Xll. Elle tirait son nom de l'effigie, qui représentait la tête du roi. On fabriqua des testons , en France, jusqu’au règne de Henri III. On les remplaça à cette époque par des pièces de vingt sous.

Tourtiois. — Les tournois étaient primitivement une monnaie réelle qui tirait son nom delà ville de Tours; il y avait des livres tournois , des deniers tournois . Dans la suite, les tournois ne furent plus qu’une monnaie de compte, on s’en servit concurremment avec les parisis ( voy.

p. 824) jusqu’à l’époque de Louis XIV. Ce prince abolit l’usage de compter par parisis, et depuis cette époque les comptes en tournois ont été seuls admis.

Usage de suspendre des monnaies au cou . — On trouve chez les Gaulois et chez les barbares l’usage de suspendre au cou des monnaies et des médailles. Cette cou-

tume s’est perpétuée pendant tout le moyen âge. Beaucoup de gros tournois de saint Louis furent percés et portés comme des amulettes. Les besants que les croisés avaient rapportés de Constantinople étaient aussi suspendus au cou comme pouvant préserver de certaines maladies.

Difficulté de V évaluation des anciennes monnaies. — Il n’est pas de question plus difficile que celle de l’évaluation des anciennes monnaies en monnaies modernes.

Je me bornerai à indiquer quelques-uns des travaux sur une matière qui est encore loin d’être éclaircie. M. Guérard , dans les Prolégomènes du polypt. df Irminon , p. 141 et suiv., a traité ce sujet avec sa science et son exactitude ordinaires. J’ai cité (p. 820) la valeur qu’il assigne aux monnaies mérovingien nés et carlovingiennes.Cependantbi question présente encore de sérieuses difficultés. M. Biot, dans un article du Journal des savants , a indiqué quelques-unes des causes qui la rendent presque insoluble. « Ces difficultés, dit-il, tiennent surtout à l’ignorance où l’on est, dans chaque cas , sur la qualité et la quotité des objets vendus : la qualité , qui est presque toujours de nature variable entre des limites impossibles à fixer, la quotité, qui dépend d’étalons locaux , aujourd’hui perdus, dont la diversité devait être extrême, à en juger par ce qui avait lieu dans toutes les autres provinces françaises avant l’établissement du système métr ique. »

Ces réflexions suffisent pour faire apprécier la difficulté, pour ne pas dire l’impossibilité d’arriver à des résultats certains. Cependant ces obstacles n’ont pas arrêté les savants. Un grand nombre d’ouvrages ont été composés sur cette question. On trouve dans les Mémoires de V Académie des inscriptions et belles-lettres (t. XXXU, p. 787 et suiv.) , une dissertation de Bonami sur l’évaluation des monnaies. Dupré de Saint-Maur a publié sur la même matière un traité intitulé : Recherches sur la valeur des monnaies et sur le prix des grains , avant et après le concile de Francfort, en 794 (Paris, 1762, in-12). Beaucoup d’autres érudits on l suivi cet exemple, .le me bornerai aux plus récents. M. Leber a composé un Essai sur V appréciation de la fortune privée des Français au moyen âge , aux diverses époques de leur histoire (Paris, 1847). Les principes posés par cet auteur peuvent se résumer ainsi : « La valeur du marc d’argent n est pas le seul élément pour déterminer la valeur relative de l’argent. Le prix ou valeur vénale des choses s’établit en raison composée du

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