‹ Dictionnaire historique des institutionsChapitre 79 sur 224 · MOT · texte numérisé non relu

MOT

degré d'abondance de l'argent, de la marchandise et des consommateurs. Pour parvenir à une appréciation relative aussi juste que possible, il faudrait donc connaître exactement la quantité d’or et d’argent qui étaient en circulation aux diverses époques de la monarchie , et l’état de l’agriculture et de la population aux mêmes époques. Le degré d’abondance de l’argent bien connu servirait à évaluer, par induction, la quantité de la denrée du même temps, eu égard à ce qu’on donnait de l’un pour se procurer l’autre, et réciproquement, la connaissance de l'état des produits du sol comparés à la population contemporaine, conduirait à l'appréciation de l'abondance de l'or et de l'argent par le rapprochement des prix anciens et modernes. Le prix de la journée de travail est encore un élément de calcul, un terme de comparaison utile, parce qu'il donne la mesure de ce qui était indispensable à l'artisan pour subsister, et , par conséquent, le prix approximatif des denrées nécessaires à la subsistance. Si, au lieu de produits agricoles propres à la subsistance , il s’agit de choses qui n'ont qu'une valeur de convention , telles que les objets de caprice , de luxe et tous ceux dont le prix n'est pas déterminé par des besoins réels et constants, il faudra savoir quel degré d'estime on accordait à ces objets dans le temps pris pour terme de comparaison , et en quoi ils convenaient aux goûts et aux habitudes de ce temps. » Voy. aussi M. P. Clément, dans son ouvrage sur Jacques Cœur et Charles Vil (Paris, 1853,2 v.in-8).

Sous la réserve de ces observations, je donnerai ce tableau de la valeur de la livre tournois en monnaiemoderne depuis Charles YII jusqu'à Louis XVI, d’après Y Histoire financière de la France , par Bally (t. II, p. 298 et suiv.). Les valeurs relatives y sont calculées d'après le prix du blé sous les différents règnes. La livre tournois du temps de

Charles Vil équivaut à.

27 fr. 34 c.

Louis XI

Charles VIII

Louis XII

François Ier

Henri II et François II.

Charles IX

Henri III.

Henri IV

Louis XIII

Louis XIV (1643-1661).

Louis XIV (1662-1683).

Louis XIV (1684-1715).

Louis XV (1716-1725).

Louis XV (1726-1774).

Louis XVI (1775-1786).

Voy., sur les monnaies , le recueil des Ordonn . des rois de France • ,t. III, préface, p. ci et suiv. — Borel , additions au Dictionnaire étymologique de Ménage , v° Marc. — DuCange, Glossaire de la Basse Latinité , v° Moneta. — Bouteroue, Recherches curieuses des monnaies de France (Paris, 1666 , in-fol., fig.). — Le Blanc, Traité historique des monnaies de France avec leurs figures (Amsterdam, 1692, in-4); cet ouvrage a conservé une réputation méritée, quoiqu’il soit maintenant très-incomplet. — Abot de Bazinghen , Traité des monnaies (Paris, 1764, 2 vol. in-4). — Tobiesen Duby, Traité des monnaies des barons , prélats , villes et seigneurs de France (Paris, 1 790, 2 vol, gr. in-4). — Combrouse, Catalogue raisonné des monnaies nationales de France (Paris, 1839-41, 2 part, de texte et 2 atlas gr. in-4). — De Longpérier, Notice sur des monnaies françaises , etc. Paris , 1848. — A. Barthélemy, Manuel de Numismatique moderne ( Paris, I852,in-18 avec atlas ). — Trésor de glyptique et de numismatique , texte rédige par M. Lenormand. — Revue numismatique , par MM. de La Saussaye et Cartier.

MONNAIE DES MÉDAILLES. — Monnaie établie sous Louis XIII dans les galeries du Louvre pour y frapper les médailles et les jetons. Les ordonnances ne permettaient de fabriquer des médailles que dans ce lieu, comme le prouvent plusieurs arrêts de 1685 et 1696. Il existe encore aujourd’hui une monnaie des médailles à Paris; c'est le seul atelier monétaire oü il soit permis de faire frapper des médailles.

MONNAYAGE. — Art de fabriquer la monnaie : « Avant le règne de Henri II, dit Millin dans son Dictionnaire des beaux-arts , on s'était toujours servi du marteau pour fabriquer des monnaies en France, et ce fut ce prince qui, en 1550, selon du Cange, ou plus tard, en 1553, en fit façonner au moulin. » Le moulin à monnaie se composait des laminoirs qui aplatissent et allongent les lames , et qui étaient mus ordinairement par des chevaux. Antérieurement on amincissait les lingots à coups de marteau afin de les réduire en lames. Le balancier a été substitué au marteau qui frappait sur les coins pour marquer l’empreinte des pièces ; il n’a jamais porté le nom de moulin. Les historiens varient beaucoup sur l'inventeur du moulin à monnaie; les uns l’attribuent à un graveur du xvi° siècle, nommé Antoine Brulier, et disent qu'Aubry Olivier en fut seulement le gardien ou le conducteur; les autres donnent l'honneur de cette découverte à Briot ou à Varin,

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fameux graveurs, qui, les premiers, fondirent des pièces d'or et chargent ; d’autres, au contraire, prétendent que le monnayage au moulin nous est venu d'Allemagne , et que , d'après la description de Freher, Briot et Varin firent établir au Louvre, vers 1638, un moulin tout semblable. Quoi qu'il en soit , sous Henri III (1583), le monnayage au marteau prévalut en France, et la fabrication au moulin ne servit plus que pour les médailles et les jetons. Sous Louis XIII, on employa alternativement l’une ou l’autre manière; mais son successeur fit reprendre le moulin et le balancier* On a continué depuis ce temps à se servir du moulin dans tous les hôtels des monnaies de France ; il n’y a pas d’apparence qu'on renonce à cet usage qui procure un point de perfection oh le marteau ne peut jamais arriver. Au commencement de ce siècle, M. Droz a perfectionné, à Paris et à Londres , le balancier, le coupoir et les laminoirs. Mais ce fut seulement en 1803, qu’à la suite d'un concours, on inventa un système de monnayage plus parfait. Les machines de M. Ph.* Gengembre furent alors adoptées et le sont encore aujourd'hui dans une grande partie de l’Europe.

MONNÊAGE (Droit do). — On nommait ainsi une aide payée tous les trois ans en Normandie pour obtenir que la monnaie restât invariable. Voy. du Cange , v° Monetagium .

MONNÉE. — Droit seigneurial prélevé sur ceux qui portaient leur blé au moulin du seigneur.

MONNOYAGE. — Droit prélevé sur la fabrication des monnaies.

MONOGRAMME. — On appelle monogramme des caractères factices se composant des principales lettres d'un nom ; quelquefois même le monogramme comprenait toutes les lettres, principalement aux vme, ix« et xc siècles. Charlemagne est ordinairement regardé comme le prince qui introduisit en France l'usage du monogramme sur les monnaies. Cet usage subsistait encore du temps du roi R.obert; il n’en est plus question depuis cette époque. [Les monogrammes étaient aussi apposés, dès le vne siècle, au bas des chartes, et servaient de signature. Ce fut surtout Charlemagne qui en multiplia l'usage.

« Afin de dissimuler, dit Eginhard, son inhabileté dans Fart d’écrire, il remplaça 6a signature par un monogramme ( mo nogrammatis usum loco proprii signi mvexit). L’usage des monogrammes ne fut plus interrompu dans les diplômes des rois de France depuis Charlemagne jus-

qu’à Philippe III inclusivement. » (Mabillon. Diplomatique , II ,10.) On trouve des exemples de monogrammes jusqu’au temps de Philippe le Bel. Voy. au mot Diplomatique (p. 282) un spécimen de monogramme. On trouvera à la lin du t. IV du Glossaire de Du Cange (éd. de 1845) deux tables ou sont figurés les principaux monogrammes des rois.

MONOPOLE. — Droit exclusif de trafiquer d'une denrée. Le gouvernement français se réserve certains monopoles, tels que ceux du tabac, de la poudre à canon , des cartes à jouer. — Le mot mo nopole se prenait autrefois dans des acceptions très-diverses; on appelait monopole toute association ou réunion illicite. Des lettres de rémission , citées par du Cange (v° Monopolium) , défendent de faire harelle, monopole , assemblée, etc.

— Le mot monopole désignait aussi toute espèce d'impôt onéreux , et on appelait monopoleurs ceux qui étaient chargés de le percevoir.

MONSEIGNEUR. - — Dans l’ancienne monarchie, le titre de monseigneur tout court désignait le Dauphin depuis le règne de Louis XIV. « Jamais, dit Saint-Simon ( VH, 151-152), Dauphin jusqu’au fils de Louis XIV n’avait été appelé monseigneur tout court, en parlant de lui ni même en lui parlant. On écrivait bien monseigneur le Dauphin; mais on disait monsieur le Dauplwi et monsieur aussi en lui parlant, pareillement aux autres fils de France, à plus forte raison au-dessous.

J-.e roi, par badinage, se mit à l’appeler monseigneur ; je ne répondrais pas que le badinage ne fût un essai pour ne pas faire sérieusement ce qui se pouvait introduire sans y paraître, et pour une distinction sur le nom singulier de monsieur ( voy. Monsieur ). Le nom de Dauphin le distinguait de reste, aussi bien que son rang si supérieur à monsieur qui lui donnait la chemise et lui présentait la serviette. Quoi qu'il en soit , le roi continua; peu à peu la cour l'imita, et bientôt après non-seulement on ne lui dit plus que monseigneur parlant à lui , mais même parlant de lui , et le nom de Dauphin disparut pour faire place à celui de monseigneur tout court Le roi, parlant de lui , ne dit plus que mon fils ou monseigneur ; à son exemple, madame la dauphine. Monsieur, Madame, en un mot tout le royaume. M. de Montansier, M. de Meaux qui l'avaient élevé , Sainte-Maure, Florensac, ceux qui avaient été auprès de lui dans sa première jeunesse, ne purent se ployer à cette nouveauté; ils cédèrent à celle de lui dire monseigneur , parlant

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à lui , mais en paillant de lui ils continuèrent de rappeler monsieur le Dau~ phin , et y ont persévéré toute leur vie. M. de Montau>ier, qui avait été son gouverneur, et qui, tant qu'il a vécu, lui servit assidûment de premier gentilhomme de sa chambre, ne lui dit jamais que monsieur , parlant à lui , et ne se contraignit pas de déclamer contre l'usage qui s'était introduit de lui dire monseigneur . Il demandait plaisamment si ce prince était devenu évêque. » Saint-Simon raconte ensuite comment l'usage de se faire appeler monseigneur fut établi par quelues princes. Ce titre ne tarda pas à être onné aux ducs et en générai à tous les seigneurs titrés.

Les ministres et les évêques obtinrent aussi le monseigneur sous le règne de Louis XIV, mais ce ne fut pas sans quelque résistance.

Titre de Monseigneur donné aux ministres. — Louvois fut le premier ministre qui exigea le monseigneur , si Ton en croit Saint-Simon ( Mémoires , t. II, p. 285) : « Il exigea, tant qu'il put, d'être traité de monseigneur par ceux qui lui écrivaient. Le subalterne subit aisément ce joug nouveau. Quand il y eut accoutumé le commun, il haussa peu à peu , et à la fin il le prétendit de tout ce qui n'était point titré. Vue entreprise si nouvelle et si étrange causa une grande rumeur; il l'avait prévu , et y avait préparé le roi parla même adresse qui lui avait réussi à l'égard des ducs. Il se contenta d'abord de mortitier ceux qui résisté' ent, et bientôt après il fit ordonner par le roi que toute personne non titrée ne lui écrivît plus que monseigneur. Quantité de gens distingués en quittèrent le service, et ont été poursuivis dans tout ce qu'ils ont pu avoir d’affaires jusqu'à leur mort. La même chose, qui était arrivée sur le monseigneur aux ducs des autres secrétaires d'Éiat, leur réussit de même à tous quatre pour se le faire donner comme M. de Lo^vvois; et le rare est que ni lui ni les trois autres ne l'ont jamais prétendu ni eu de pas un homme de robe. Ils poussèrent après jusqu'à l'inégalité de la suscription avec tout ce qui n'est point titré, et même avec les évêques, archevêques , excepté les pairs ecclésiastiques, et tout leur a fait joug. » Le titre de monseigneur fut donné successivement aux principaux fonctionnaires, ambassadeurs , gouverneurs de provinces, présidents des parlements, intendants, etc. Aujourd’hui il n'est plus usité que pour les évêques et les princes.

Titre de Monseigneur donné aux évêques. — Pendant la plus grande partie du xviie siècle , on désignait les évêques et

archevêques par le nom de monsieur en y ajoutant le titre de leur évêché ou archevêché. Bossuet est toujours appelé M . de Meaux , Fenélon M . de Cambrai c Il suffit pour s'en convaincre de parcourir les lettres de Mme de Sévigné. Elle écrivait le 5 janvier 1687 : « M. d'Aulun ( l'abbé de La Roquette, évêque d’Autun \ est encore tout pénétré de cetLe mort ( la mort du Grand Condé ). » Cependant vers cette époque les évêques avaient résolu d’obtenir un titre qui était accordé à la plupart des seigneurs et des grands dignitaires. Saint-Simon l'indique en passant dans ses Mémoires (VII, 152) : « Dans une assemblée du clergé (tenue vers la fin du xviie siècle), les évêques, pour tâcher de se faire dire et écrire monseigneur prirent délibération de se le dire et de se l’écrire réciproquement les uns aux auires. Ils ne réussirent à cela qu'avec le clergé et le séculier subalterne. Tout le monde se moqua fort d’eux, et on riait de ce qu'ils s'étaient monseigneurisés. Malgré cela, ils ont tenu bon , et il n'y a point eu de délibér ation parmi eux sur aucune matière, sans exception , qui ait été plus invariablement exécutée. »

Les évêques réussirent à obtenir de tous le titre qu'on leur avait d'abord refusé, et ils l'ont presque seuls conservé dans l’organisation moderne de la France

Du reste, on aurait tort de prendre à la lettre les assertions de Saint-Simon. A des époques beaucoup plus reculées, dès le xive siècle, le titre de monseigneur était donné à des personnages d'un rang inférieur. L'abbé Lebœuf raconte dans son Histoire civile d'Auxerre qu’en 1375 on traitait de monseigneur le doyen et les chanoines de la cathédrale d'Auxerre. Quant au Dauphin, il était souvent désigné par le titre de monseigneur dès le temps de Louis XI. Duclos cite dans les preuves de son Histoire de Louis XI une iettre du comte de Dammartin adressée au roi et désignant le Dauphin par le titre de monseigneur .

MONSIEUR. — Ce titre s'appliquait, dans l’ancienne monarchie, au premier des frères du roi. Gaston , frère de Louis Xlil , fut , selon Saint-Simon ( VII ? 147), le premier fils de France qui ait été véritablement et continuellement appelé Monsieur , et qui l’ait affecté. « Il est vrai, dit le même écrivain, que les histoires et les mémoires de son temps l'appellent duc d’Oiléans, mais il n'est pas moins aussi vrai qu'il y est aussi très-ordinairement appelé tout court Monsieur , et d'une fréquence suivie tout autrement que les fils de France dont on vient de parler (du

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temps de Charles IX et de Henri III). Il est certain de plus que j’ai ouï dire à mon pèrequi Ta vu tantd’annéessous Louis XIII et depuis, qu’on ne lui donnait jamais d’autre nom en parlant de lui, et que je l’ai su encore de tous ceux que j’ai vus ui ont vécu dans ces temps-là. On doit onc regarder Caston comme le premier qui ait véritablement porté le nom de monsieur , et qui, par l’idée qu’on y a atiacbée, Ta consacré au premier frere du roi. Cela est si vrai qu’il l’a porté jusqu’à sa mort, parce que les rangs, honneurs et distinctions une fois acquis, ne se perdent pas , à la différence des préséances. Gaston cédait à M. le duc d’Anjou , frère de Louis XIV, qu’il a longtemps vu, puisqu’il n’est mort qu’en 1660, pendant le mariage du roi son neveu, et néanmoins il demeurait monsieur .» Quelques mémoires de l’époque de Louis XIV parlant du duc d’Anjou du vivant de Gaston le désignent sous le nom de petit monsieur , tant le titre de monsieur était inhérent au premier frère du roi.

MONSTÏER. ■ — Expression du moyen âge employée pour désigner un monastère ou une abbaye. Voy. Abbaye.

MONSTRE. — Revue de troupes. Voy.

Montre.

MONTAGE. — Droit prélevé sur les navires qui remontaient une rivière. Du Cange, v° Montagium.

MONTAGNARDS , MONTAGNE (La). — On désignait sous le nom de Montagnards les membres de la Convention qui siégeaient sur les bancs les plus élevés et soutenaient les opinions les plus violentes. La partie de l’Assemblée qu’ils occupaient était appelée montagne . En opposition on nommait plaine la partie inférieure de l’Assemblée qui était occupée par les membres les plus modérés.

MONTAIGUC Collège de). — Ce college de l’ancienne université de Paris avait été fondé en 1314 par Gilles Ascelin de Montaigu, archevêque de Narbonne. Il était destiné à l’entretien de pauvres écoliers qu’on nourrissait à peine. L’esprit et les dents y étaient également aigus , comme l’indique le jeu de mots latin (nions acu tus , dentes acuti , ingenium acutum ).

Les boursiers devaient faire maigre et jeûner tous les jours ; on ne leur donnait le matin qu’un morceau de pain trèsléger. Leur vêtement était une cape fermée par devant et un camail aussi fermé par devant et par derrière; d’où leur était venu le nom de capètes . Le collège de Mon taigu lut supprimé en 1792 ; les bâtiments

convertis en hôpital, et ensuite en maison d’arrêt pour les militaires. Ces batiments ont été démolis il y a quelques années et sur leur emplacement on a construit en partie la nouvelle bibliothèque Sainte- Geneviève.

MONTFAUCON (Gibet). — L e gibet de M ont faucon, situé au delà des faubourgs Saint-Martin et du Temple , se composait de seize gros piliers qui avaient chacun environ dix ou douze mètres de hauteur. Des barres de bois réunissaient ces piliers ; on y avait suspendu des chaînes de fer pour attacher les suppliciés. Des échelles perpétuellement dressées le long des piliers , servaient pour hisser les patients au gibet. 11 y avait ordinairement cinquante ou soixante cadavres qui s’y balançaient. Au milieu était une cave qui recevait les cadavres lorsqu’ils tombaient par lambeaux, ün ciie, entre autres suppliciés pendus au gibet de Montfaucon , Tierre de La Brosse , favori de Philippe le Hardi, Enguerrand de Marignv un des ministres de Philippe le Bel ; Gérard de La Guette, surintendant des linances sous Philippe le Long; Jourdan ou Jourdain de l’isle, neveu du pape Jean XXII ; Pierre Henry , surintendant des finances sous Philippe de Valois; Massé des Mâches, maître des monnaies, pendu en 1331; Jean deMomaign. surintendant des finances, pendu en 1409 ; Olivier le Dain, surintendant des finances sous Louis XI; Jacques de la Beau ne , surintendant des finances sous François Ier; Jean Poncher, trésorier de Languedoc sous le même règne. Coligny, assassiné à la Saint-Barthélemy, fut aussi pendu au gibet de Montfaucon . On raconte que Catherine de Médicis et sa cour allèrent contempler les restes mutilés de l’amiral. Ce gibet a été entièrement détruit en 1761.

MONTILS LÈS-TOURS.— L’ordonnance de Montils-lès-Tours , datée d’avril 1453 , eut surtout pour but la réformation de la justice dans un royaume « qui avait été moult opprimé et dépopulé par les divisions et guerres » ( Ôrdonn.% XIV,, 284 ). Charles VII , après avoir rappelé dans quelle situation il trouva le royaume à son avènement et les conquêtes faites sur les Anglais , insiste sur la nécessité d’une réforme de la justice, « qui avait été moult abaissee etopprimée. » Jlentre ensuitedans Jes détails en commençant par le parlement, qu’il réorganise. Il y aura, à l’avenir, dans la grand’chambre quinze conseillers clercs et quinze laïques, outre les présidents. Dans la chambre des enquêtes. vingt-quatre conseillers-clercs et seize laïques, et à la chambre des en-

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quêtes, qui est rétablie, cinq clercs et trois laïques. Les présidents et conseillers sont tenus à résidence pendant la durée des parlements. Ils se reuniront de Pâques aux vacances avant six heures du matin ; la messe qui doit précéder les audiences sera dite avant cette heure. Depuis la Saint-Martin jusqu’à Pâques, ils se réuniront après six heures. Ils ne seront occupés pendant la durée des séances que des affaires du parlement, et ne pourront ni sortir, ni tournoyer ou vaguer dans les salles avec quelque personne que ce soit. Le parlement n'aura à juger que les causes des pairs de France , aes prélats , chapitres, comtes, barons, villes et communautés , et les appels qui ne devront être portés devant cette cour qu’après avoir épuisé les juridictions intermédiaires, à moins que le parlement n’ait voulu retenir la cause , « et sur ce , dit le roi, en chargeons leurs consciences.» Les sentences doivent recevoir immédiatement leur exécution. L'ordonnance contient un grand nombre de prescriptions destinées à hâter l’expédition des procès civils et criminels. Elle établit , outre les requêtes, les enquêtes et la grand’ chambre , une chambre appelée Tournelle , parce que les conseillers y siégeaient à tour de rôle. Les juges de la Tournelle étaient spécialement chargés de l’expédition des procès criminels. Les membres du parlement devaient siéger de nouveau après dîner, afin de terminer le grand nombre de procès qui encombraient la cour. Le parlement ne pouvait pas connaître en première instance des causes criminelles dont le jugement appartenait aux baillis et sénéchaux.

Dès qu’un accusé avait été amené à Paris, il devait être mis dans les prisons du parlement, et interrogé immédiatement. Dans l'appel des causes , on suivait l'ordre d'inscription. « Car, dit l’ordonnance (Ibid., p. 264), en jugement on ne doit avoir acception de personnes, et est nostre dicte cour de parlement ordonnée pour faire droict aussitôt au pauvre comme au riche. » Les salaires des procureurs n’étaient admis qu'après avoir été dûment examinés par la cour. Plusieurs articles concernent les avocats et leurs plaidoiries. D'autres défendent d’accorder des lettres de délai , qui retardaient les procès. Les heures et jours des plaidoiries étaient fixés, les jugements par commissaires prohibés, le nombre des juges déterminé, la comparution des baillis et sénéchaux prescrite. Quant au choix de ces magistrats, l'ordonnance indiquait les mesures à prendre pour qu'il fût le meilleur possible ÿ elle les obligeait

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à résidence , réglait leur conduite et celle des autres officiers de justice, greffiers et notaires, la police des audiences, la rédaction des sentences qui ne devaient jamais par leur obscurité donner matière à de nouveaux procès ; elle décrétait la publication des coutumes du royaume, comme moyen d’abréger les procès et d’en diminuer les dépenses , enfin elle enjoignait aux juges de se conformer aux lois qui auraient été rédigées et publiées en vertu de cet article. Yoy. Droit coutumier.

MONTINE. — Espèce de jeu de hasard, sorte de loterie en vogue au xve siècle. On y jouait dans les cabarets, comme le prouve un acte cité par du Cange (v° Montina). Ceux qui perdaient étaient chassés sans qu’on leur donnât à boire ; pour ceux qui gagnent, dit le texte , on leur donne à boire et ils ont V honneur.

MONT-JOIE. — Mont-joie Saint-Denys était le cri de guerre des Français au moyen âge. On a supposé que le nom de Mont-joie venait de mons Jovis (montagne de Jupiter ), parce que la colline où s’élève Saint-Denis était primitivement consacrée à Jupiter. 11 y a, du reste, beaucoup de dissertations sur l’étymologie de ce mot. Je m'abstiendrai de citer toutes ces opinions qui ne serviraient qu à embrouiller la question. Il sera cependant bon d’en rappeler une qui fait allusion à un usage du moyen âge. Les pèlerins entassaient des pierres dans certains lieux pour marquer la route ou indiquer des stations; et appelaient ces monceaux de pierres mont joye ( gaudii ); c'est ce que rapporte le cardinal Huguet de Saint-Cher : « Constituunt acervum lapidum et ponunt cruces, et dicitur mons gaudii . » Del-Rio raconte la même chose des pèlerins qui se rendaient à Saint-Jacques en Galice : « Lapidum congeries.... Galli Mont-joyes vocant.» Comme Saint-Denis était un lieu de pèlerinage célèbre, on avait élevé sur le chemin qui y conduisait un certain nombre de ces monceaux de pierres ou mont-joyes ; et on peut admettre sans invraisemblance que la colline de Saint-Denis en reçut elle-même le nom de mont joye ou mont-joie . Le même mot servait de cri d’armes à d'autres princes de la maison capétienne. Les ducs de Bourgogne avaient pour cri : Mont-joye Saint- André ; quand le duc se trouvait en personne à la guerre, ses compagnons se ralliaient au cri de Mont-joye au noble duc . Le cri des ducs de Bourbon était Mont-joye Bourbon et Mont-joye Notre- Dame . • — Le roi d’armes de France était aussi désigné sous le nom de Montjoie.

MONTMARTRE. — Cette colline est ap-

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pelée en latin tantôt mons Mercurii , tantôt mons Martis , le plus souvent mons marlyrum (montagne des martyrs ).

Cette dernière étymologie est la plus vraisemblable , puisque saint Denis et ses compagnons ayant été martyrisés sur cette colline. Dans plusieurs contrées, les mots martre et mar trois servent encore à indiquer la place des exécutions.

MONTRE.— Les actes des anciens chartri ers , appelés montres (monstræ , monstrationes) étaient des listes des gens de guerre que les seigneurs devaient amener à leur souverain. Par extension, on appela montre ou monstre une revue de troupes. On désignait aussi par ce nom la solde qui se payait ordinairement pendant la montre , où l’on constatait la présence des soudoyés. Le mot montre est souvent employé dans ce sens par les écrivains du xvte siècle.

MONTREE. — On appelait montrée , au moyen âge, ce qui a été plus tard désigné sous le nom d’aveu ou dénombrement. ( Voy. Aveu et Dénombrement. ) Quand un seigneur craignait que son vassal ne diminuât son fief, il pouvait l’obliger de lui en faire montrée devant quatre chevaliers. Saint Louis exige dans ses ordonnances qu’on accorde quinze jours et quinze nuits à celui qui doit faire la montrée.

MONTRE -MARINE. — Les montresmarines ou garde-temps sont des montres qui indiquent l’heure du lieu où elles ont été réglées et peuvent servir à déterminer la longitude eii mer. Les perfectionnements introduits par Huyghens dans le mécanisme des montres permirent à Harrison de faire une machine à l’aide de laquelle on pouvait mesurer le temps en mer; mais ce fut surtout en France que les montres-marines furent portées à un haut degré de précision. En 1801, Louis Berthoud mérita un prix de l’Institut pour ses montres-marines ou chronomètres. On a dû aussi à M. Bréguet de

Srands perfectionnements dans ce genre e montres.

MONTRES. — Les montres ou horloges manuelles ne datent que du xvi« siècle ; elles furent fabriquées à Nuremberg vers 1500 ; on les appela d’abord œufs de Nuremberg parce qu’elles avaient une forme ovale ; elles marquaient les vingt-quatre heures et étaient, à pans coupés, enfermés dans une boîte d’argent ou de cristal de roche. En 1588 , on portait les montres suspendues au cou , comme le prouve un passage du Journal de Pierre de l’Etoile.

On regardait alors une belle montre

comme un objet tellement précieux qu’on envoya au roi une montre enlevée au marquis du Guast pendant les guerres d Italie (Brantôme, Capitaines français ) Vers la fin du xvi« siècle , l’art de l’horlogerie fut introduit par Charles d’Antin dans m ville de Genève , où il fit de rapides progrès. Au milieu du xviF’ siècle, on inventa, en Angleterre les montres à répétition, vers 1676, et les premières que l’on vit en France furent envoyées à Louis XIV par le roi d’Angleterre Charles IL Depuis cette époque l’horlogerie irançaisea lutté avec celle de Suisse et d’Angleterre, surtout pour les instruments de précision et l’horlogerie marine. Les montres Bréguet ont une réputation européenne.

MC>NTS-DE-PIËTÊ. — Les monts-depietê sont de véritables banques de prêts sur gages. J’emprunte à un rapport de M. Charles Lucas les notions suivantes sur l’histoire des monts-de-piété : l’histoire de cette institution présente quatre époques principales : 1° de 1450 à 1578 ; pendant cette période, le nom de montsde-piété ( montes pietatis ) désignait des établissements dont les prêts , entièrement gratuits, provenaient de fondations charitables ; 2° de 1578 à 1626, les montsde-piété devinrent pendant cette seconde époque des maisons de prêts sur gages , à l’exemple de l’établissement fondé à Amsterdam; 3° de 1626 à 1789, Louis XIII, Louis XIV et leurs successeurs multiplièrent les monts-de-piété; Louis XIII ordonna d’en établir dans toutes les villes du royaume ; mais cet édit ne reçut pas d’exécution. Un nouvel édit rendu , en I643,pendant la minorité de Louis XIV, restreignit à cinquante-huit villes rétablissement des monts-de-piété ; mais il n’y en eut que six fondés dans les villes d'Apt, Tarascon, Brignoles, Angers, Montpellier et Marseille. Paris n’eut un montde-piété que sous Louis XVI ( lettres-patentes du 9 décembre 1777); 4° de 1789 à nos jours, les monts-de-piété , ruinés d’abord par la révolution , se sont relevés par les décrets du 24 messidor an xn et du 8 thermidor an xm. 11 existait, en 1847 , quarante-six monts-de-piété , dont quelques-uns faisaient des prêts gratuits et les autres prenaient un intérêt qui variait depuis un pour cent jusqu’à quinze pour cent.

MONUMENTS FUNÈBRES. — Voy. Tombeaux.

MORALITÉS. — Pièces de théâtre oh l’on développait une sentence ou pensée morale. Souvent les moralités se confon-

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