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daient avec les farces ou solties. Voy. Théâtre.
MORBIHAN (Compagnie du ).— La compagnie du Morbihan fut une des premières associations commerciales organisées sous le ministère de Richelieu ( 1626 ) pour fonder des colonies en Amérique. Elle se composait de cent associés qui réunissaient un capital d’un million six cent mille livres. Elle tira son nom de ce que le gouvernement lui avait cédé le pays de Morbihan en même temps que la Nouvelle-France (Canada) et les îles d’Amérique. La compagnie du Morbihan avait le monopole du commerce dans ces contrées et le droit de juger toutes les affaires dans lesquelles elle était intéressée. Le gouvernement n’imposait aux associés que le tribut d’une couronne d’or à chaque avènement; espèce de droit de joyeux avènement qui rappelait Vaurum coronarium des Romains. Les associés convinrent de prendre sur le fonds social une somme de quatre cent mille livres et de l’employer à la construction de navires. « Le bruit de cet événement alarmait déjà les Anglais et les Hollandais , » dit Richelieu ; mais le parlement de Rennes refusa d’enregistrer les clauses relatives à la cession du pays de Morbihan , et cette résistance ht tomber la compagnie. Elle fut dissoute après deux ans de vaines tentatives , et bientôt remplacée par une compagnie des Indes Occidentales.
MORGANATIQUE. — Voy. Mariage morganatique.
MORGANEG1BA, MORGANIGEBE, MOR- GINGAB, MORGINCAP. — Les mots morganegiba , morganigebe , morgingab , morgincap , etc., sont des formes plus ou moins altérées du mot allemand morgengabe ( présent du matin). C’était le don que l’époux faisait à sa femme le lendemain des noces. Grégoire de Tours parle (livre IX, chap. xx), de cet usage, comme étant en vigueur chez les Francs. On appelait dans la suite ce don-du-matin oscle (osculum , baiser ), parce que le présent était toujours accompagné d’un baiser.
Quelquefois le morgengabe était très-considérable et se composait d’un certain nombre de villes et domaines. Chilpéric 1er donna à sa femme Galswinthe, pour morgengabe , les villes de Bordeaux , Limoges , Cahors, Béarn (Pau) et Bigorre.
MORGENGABE. — Voy. Morganegiba.
MORGUE. — Lieu oh l’on expose les cadavres des personnes dont on n’a pu constater l’identité. La morgue de Paris
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était autrefois placée dans la basse geôle du grand Châtelet. Elle existait dès le xvi* siècle, comme le prouve un passage de V Apologie d’ Hérodote, oh il est dit que la justice ayant été avertie fit porter au Châtelet le corps d’une fille assassinée pour être vue d'un chacun .
MORION. — Espèce de casque dont se servaient surtout les fantassins. 11 n’avait pas de cimier. On en trouvera un spécimen au mot Armes, fig. T, p. 42.
MORT CIVILE. — La mort civile privait celui qui était frappé de cette peine de toute participation aux droits civils et politiques. La mort civile était, d’après le Code pénal (art. 18), la conséquence de la condamnation à mort, aux travaux forcés à perpétuité ou à la déportation. Cette peine a été supprimée par une loi du 31 mai 1852 et remplacée par la dégradation civique et l’interdiction légale.
MORT SAISIT T E VIF. — Règle de l’ancien droit coutumier oui signifiait qu’aussitôt après la mort au détunt l’héritier devenait seigneur et propriétaire de tous ses biens.
MO R TA! LL A BLES. — Espèce de serfs qui existaient encore au xvme siècle. Leur nom venait, dit-on, de ce qu’ils étaient taillables ou soumis aux droits seigneuriaux jusque dans la mort. En effet, s’ils décédaient sans enfants légitimes, le seigneur s’emparait de leurs biens , à l’exclusion de tous autres héritiers. Telle était la disposition de l'article 78 de la coutume de Chaumont. Les mortaillables étaient d’ailleurs de véritables serfs attachés à la glèbe. Ils ne pouvaient quitter, sans la permission du seigneur, la terre qui leuravait été assignée. Si un mortail labié commettait un crime qui entraînât la confiscation des biens, son seigneur avait les biens confisqués, à l’exclusion de tous autres, et même du roi, si ce n’est pour crime de lèse-majesté. Voy.
Coutume de la Marche , chap. xvn, art. 125, 126 , 127.
MORTAILLE. — Droit que les seigneurs prélevaient à la mort de leurs serfs mortaillables (voy. ce mot). — Dans l’ancienne langue française mortaille était quelquefois synonyme de funérailles.
Voy. du Cange, v° Mortalia.
MORTE-PAIE. — Les morte-paies ou archers morte-paie étaient des vétérans chargés de la garde d’une place peu importante. Il en est fait mention même à l’époque de Louis XIV. Le cardinal da Retz parle des morte-paies qui , en 1652 ,
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avaient la garde du fort de Vincennes.
Lorsque Louis XIV commença à gouverner par lui-même (1661), il supprima ces morte-paies , comme le prouvent les Lettres historiques dePellisson.
MORTIER. — Bonnet garni de fourrures qui était porté primitivement par les nobles en temps de paix. Dans la suite le mortier fut réservé au chancelier et aux présidents du parlement. Le mortier du chancelier était de toile d'or bordée d’hermine. Les présidents du parlement portaient un mortier de velours avec deux galons d'or pour le premier président , et un seul pour les autres présidents. Ordinairement les présidents portaient le mortier à la main ; ils ne s'en couvraient que dans les circonstances solennelles.
MORTIER (Machine de guerre). — Pièce de fonte dont on se sert dans l'artillerie et qui est faite à peu près comme un mortier à. piler. Il est question de mortiers dès le xv« siècle. Dans une lettre de 1480, citée par Ludwig ( RéV ?uiæ manu scriptorum , V, 29 1 ), on dit « qu'une ville fut entourée de bombardes et de mortiers qui devaient battre les murs et les détruire.
MORTS. — Le second concile de Tours défend d'offrir de la viande aux morts le 1er janvier de chaque année. Cet usage et quelques autres cérémonies païennes s’étaient conservés en Gaule après la conversion de Clovis et des Francs au christianisme.
MORTS (Rouleaux de ). — Membranes ou feuilles de parchemin qui contenaient les noms des défunts pour lesquels on devait prier dans les églises et monastères. On distinguait des rouleaux perpétuels , annuels et individuels . Les premiers se composaient de feuilles de parchemin cousues les unes au bout des autres, sur lesquelles on pouvait sans cesse inscrire de nouveaux noms. Voilà pourquoi on les appelait perpétuels . Les bonnes œuvres des défunts étaient mentionnées sur le rouleau à la suite de leurs noms. Orderic Vital parle, dans son Histoire ecclésiastique des Normands , d’un long rouleau sur lequel étaient inscrits, au monastère de Saint-Évroul , les noms des religieux , et ceux de leurs pères , mères, frères et sœurs. Il restait sur l'autel pendant toute l’année. On le déroulait le jour de l'anniversaire général, et le prêtre recommandait ceux qui y étaient inscrits par la prière suivante ; Seigneur , daigne admettre dans le sein de tes élus les âmes de tes serviteurs et servantes
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dont les noms se voient écrits sur cet autel .
« Les rouleaux annuels, dit M. L. Delisle, dans un mémoire sur les Monuments paléographiques concernant Vusage de prier pour les morts ( Ecole des Chartes, 2e série, III, 371 ), les rouleaux annuels étaient ceux que les églises associées s'envoyaient annuellement pour s'annoncer les noms de leurs morts.
Saint Boniface demande, dans une de ses lettres à l'abbé Adhérius des prières pour les âmes des frères endormis dont le porteur de la lettre montrera les noms. Ailleurs il envoie les noms des derniers défunts et recommande d'en transmettre la liste aux autres monastères.» On appelait quelquefois ces rouleaux annuels bréviaires ou encycliques. « Les rouleaux individuels s’envoyaient à la mort de chaque frère pour obtenir à son intention les prières de ses associés. Tantôt on faisait une copie du bref pour^ chaque communauté à laquelle on en voulait donner connaissance ; tantôt le même exemplaire était successivement apporté dans les différentes abbayes. » Les rouleaux étaient d’une grande simplicité pour les religieux ordinaires ; mais ils déployaient toutes les pompes du style pour les grands personnages. Souvent même les rouleaux étaient alors en vers ainsi que les réponses qu’on remettait dans Jes différents monastères aux porteurs de ces rouleaux.
On en trouvera des spécimens dans l'article de M. L. Delisle.
MORTUAGE. — Droit que les curés prélevaient en Bretagne sur ceux qui mouraient sans avoir laissé une partie de leurs biens à l'Église, comme aumône pour les pauvres ; on appela aussi ce droit neufme , parce qu'on prélevait le neuvième du bien. Laurière cite des arrêts du commencement du xivc siècle qui reconnaissent et confirment ce droit. On le réduisit, vers le milieu du xvi° siècle, au neuvième du tiers des meubles de la communauté du décédé. Des curés de Poitou prétendaient à un autre droit do mortuage : ils réclamaient le lit des gentilshommes qui mouraient dans leur paroisse (Laurière, Glossaire , v° Corbi nage ).
MORTUAIRE. — Le mot mortuaire désignait, au moyen âge, un droit que chaque curé prélevait sur ses paroissiens décédés. ( Du Cange , \° Mortuarium ). — Dans les statuts de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem (plus tard ordre de Malte), les mortuaires étaient les revenus d une commanderie ou autre bénéfice depuis la mort de celui qui en avait la jouissance
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jusqu’au 1er mai suivant. — Les registres mortuaires sont ceux où Ton consigne le nom des morts. Ces registres mortuaires étaient conservés autrefois dans chaque paroisse; ils sont maintenant déposés à l’État civil (voy. État civil). On appelle Extraits mortuaires les extraits que Ton tire de ces sortes de registres pour constater les décès.
MOTTE. — Ce mol désigne souvent dans les actes du moyen âge la colline où s’élevait un château fort, et par extension le château fort lui-même. Ainsi on lit dans la coutume de Troyes (titre II, art. 14) : Le 'principal chastel ou maison , fort 9 Motte ou place de maison seigneuriale. Souvent la motte était une butte factice sur laquelle on construisait le donjon*
MOTUS PROPR1I. — Constitutions pontificales dont Innocent VIII a été le premier auteur; elles sont ainsi appelées de ce que les papes les donnent de leur pleine autorité et de leur propre mouvement. On distingue les brefs et les motus proprii , dit D. de Vaines, en ce que ces derniers ne sont jamais munis de sceaux et que la signature du pape y supplée, au lieu que les premiers ont toujours le sceau du pêcheur qui est de cire rouge. Outre cela , les dates sont différentes : celles des brefs portent le lieu , le quantième du mois à notre mode. Père vulgaire en chiffres, et l’année du pontificat; les motus proprii énoncent, au contraire, le jour du mois à la manière des bulles, c’est-à-dire par les calendes, et ne font aucune mention de l’année du Seigneur ou de l’Incarnation.
MOUCHARÀBYS. — Balcons en pierre empruntés à l’architecture orientale et employés dans la construction des châteaux forts comme système de défense.
Voy. CHATEAU FORT ( fig. G, p. 138).
pour le faire moudre en vertu du droit seigneurial appelé banalité . Voy. Banalité. — Les établissements de Saint- Louis (voy. Établissements) condamnaient à une amende quiconque allait moudre hors du four seigneurial, et, en ce cas, la farine était confisquée au profit du seigneur. La plupart des coutumes , entre autres celles du Maine, d’Anjou, de Touraine, d’Angoumois, de Saintonge, de Poitou , de Nivernais , de Ponthieu , renfermaient des dispositions semblables.
Les rois accordèrent quelquefois aux bourgeois des villes le droit de bâtir des fours ; ainsi Charles V l’octroya comme un privilège aux habitants de Villefranche en Périgord ( Recueil des Ordonn. des rois de Fr.y [II , 208). Quelques coutumes déterminaient le temps dans lequel devait être moulu le grain apporté au four banal ; c’était ordinairement dans les vingtquatre heures. Des lettres accordées aux habitants de Saint-Belin dans le bailliage de Chaumont en Bassigny par le prieur d’un monastère dont ils étaient hommes et sujets, leur assurent le desgrain sur tous les étrangers ; le dtzgrain était le droit de moudre avantles autres. L’exemption de moudre au moulin banal n’était accordée qu'à prix d’argent; la redevance était même souvent convertie en une somme payable immédiatement ou en rente annuelle (voy. Ordonn VIII, 55, 160,205 ). Dans la plupart des lieux où la banalité des moulins était prescrite, le seigneur ne pouvait y contraindre les nobles et les ecclésiastiques ; mais l’exemption était personnelle; leurs fermiers ou leurs métayers n’en jouissaient pas ( voy. Coutume du Maine , art. 36 , et Coutume d’Anjou , art. 3i).
MOUCHE. — Partie de la toilette des femmes aux xvu® et xviii® siècles. Voy. Habillement, S V, p. 522, où l’invention des mouches est attribuée au xvu® siècle.
MOUCHES. — Ce mot s’employait encore pour désigner des espions qui marchaient devant le guet pour éclairer la route et signaler les voleurs. L’avocat Barbier parle de ces mouches dans son Journal , à l’année 1752 (t. III, p. 359): « On a doublé le guet, et on a même répandu des mouches déguisées en habits bruns. »
MOULIN BANAL. — Moulin où tous les vassaux étaient tenus de porter leur blé
MOULINS. — On se servit, dans l’origine, pour moudre le blé, de moulins à orasy dont parlent souvent les chroniques.
On lit, dans les Miracles de saint Bertin, l’histoire d’une femme qui ne voulant point fêter la translation de ce saint, et travaillant, ce jour-là, à moudre son blé, perdit l’usage du bras. Frodoard rapporte un miracle semblable opéré, en 888 , sur une autre femme , qui, dans un cas pareil , sentit tout à coup sa main s’attacher à la manivelle de la meule et ne fut délivrée qu’en invoquant saint Denis. Quelquefois on se dévouait par esprit de pénitence au travail pénible de la mouture à bras. Saint Germain, évêque de Parts , ne mangeait d’autre
f>ain en carême que celui dont il avait ui-même moulu le grain. De même, sainte Radegonde , lorsqu’elle eut pris le voile de religieuse à Poitiers , voulut tous
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les ans moudre aussi son blé , ainsi que l'atteste le poète Fortunat. On trouve des exemples de moulins à bras jusqu'au xiii« siècle, principalement dans les communautés religieuses situées loin des rivières , dans les déserts et dans les bois. Il était prescrit aux moines par leur règle d'y moudre le grain nécessaire à la nourriture du couvent. On les rétablit, en 1741, à Paris , à kt suite d'une inondation et d'un hiver très-rigoureux. Les agronomes modernes, dit Le Grand d'Aussy (Vie privée des Français ) recommandent beaucoup l'usage des moulins à bras . Ils prétendent que, comme la farine y est moins échauffée par la pression que sous les meules énormes des autres , elle perd moins son huile et ses principes essentiels , et que , par conséquent, le pain qui en résulte est meilleur.
On se servit aussi , mais à une époque postérieure, de moulins à eau et de moulins à vent . On établit spécialement sur le Rhône des moulins à bateau qui entravèrent pendant longtemps la navigation de ce fleuve. Il y avait aussi des moulins à arches , construits sur les arches des ponts et appelés vulgairement moulins pendants. Enfin les moulins à vent furent importés en Europe à la suite des croisades. Ils sont mentionnés dès Tannée il 05 dans une charte de Guillaume, comte de Mortain , petit-fils de Guillaume le Conquérant. D'autres prétendent que, depuis plusieurs siècles, ou se servait de moulins à vent dans une grande partie de l’Europe. Ce qui est certain, c'est que cette machine reçut dès l'origine toute la perfection dont elle était susceptible , au moins pour la partie essentielle, c'est-à-dire les ailes dix moulin. 11 fallait qu'elles présentassent au vent un certain degré d'inclinaison, sans quoi il les aurait brisées ou n’aurait fait que glisser sur elles , sans les faire tourner. Toutes les combinaisons qu’on a proposées pour leur donner un plus haut degré de perfection n’ont servi qu’à prouver avec quelle justesse leurs dimensions avaient été calculées. Voy. pour les détails V Histoire de la vie privée des Français , par Le Grand d’Aussy.
MOULINS (Ordonnance de). — Cette ordonnance, œuvre du chancelier de L'Hôpital , fut promulguée en 1566, sous le règne de Charles IX. On la considère avec raison comme une des ordonnances les plus importantes de l'ancienne monarchie. On en trouvera l’analyse au mot Ordonnances.
• MOUItRE. — Jeu qui consiste à montrer un certain nombre de doigts à son
adversaire qui fait la même chose de son côté. Les deux joueurs accusent un nombre en même temps, et le gagnant est celui qui devine le nombre de doigts qu'on a montrés. Ce jeu était eu grande estime chez les Grecs et les Romains. Les Français l'empruntèrent aux Italiens chez lesquels il est encore en vogue.
MOUSQUET. — Ancienne arme à feu qui ressemblait à la carabine; on commença à s'en servir dans les armées françaises sous Charles IX. Si l'on en croit Brantôme, cette arme ne fut pas adoptée sans de grandes difficultés. En 1567 , Charles IX tit armer ses gardes de mousquets ; mais ils étaient si lourds et d’un tel calibre qu’ils accablaient le fantassin. Strozzi , col onel -général de l’infanterie 9 proposa au roi d’en tirer de Milan quelques-uns plus légers , plus portatifs , et tels qu'en avaient les mousquetaires espagnols. Milan était alors renommée , entre toutes les villes , par ses fabriques d'armes. On en fit venir, en effet , deux douzaines de mousquets , et, comme ils arrivèrent au momeni où la Rochelle était assiégée U573), Strozzi engagea les capitaines à s’en servir, afin de les accréditer dans l'esprit des soldats. Lui-même s'arma d'un mousquet pour donner l’exemple, et il ne manquait pas l'occasion de montrer la portée et la justesse de cette arme. «Je le vis un jour, dit Brantôme, tuer avec son mousquet un cheval à cinq cents pas. » Cependant l’arquebuse lutta longtemps contre le mousquet . Il fallut de nouveaux perfectionnements pour démontrer la supériorité du mousquet . On substitua à la mèche qui s'abaissait lentement sur la platine , un chien portant une pierre comme le fusil moderne ; lorsqu'on appuyait sur la détente cette pierre frottait une roue d'acier cannelée et produisait ainsi des étincelles qui menaient le feu à l'amorce.
MOUSQUETAIRES. — Soldats armés de mousquets ; il y avait deux compagnies de 7nousquetaires dans la maison du roi, les mousquetaires noirs et les mousquetaires gris qui tiraient leur nom de la couleur de leurs chevaux. Voy. Maison nu Roi , S H , p. 714. — Vers la fin du xvn° siècle, on les distingua en mousquetaires blancs et mousquetaires noirs.
C’est ce que prouve le passage suivant de Dangeau, à la date du 2 février 1693 : « Le roi nous dit, à son coucher, qu'il avait fait un changement dans ses deux compagnies de mousquetaires . 11 met , dans chacune, trois nouveaux officiers ; ainsi , il y aura, dans chacune , deux sous-lieutenants , deux enseignes et deux cornettes. M. de
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Mirepoix , qui était enseigne des blancs , sera sous-lieutenant des noirs ; Richeville en est premier sous-lieutenant. D’Artagnan , qui était cornette des blancs , sera second sous-lieutenant des noirs. Le roi dît quM aurait voulu conserver le nom d’Artagnan da.os\esmousquetaires blancs .
Il fera monter aux autres charges les deux plus anciens maréchaux de logis de chaque compagnie. »
MOUSQUETON. — Arme à feu don; on se sert généralement aujourd’hui dans la cavalerie. Cette arme tient du fusil et de la carabine; elle est plus courte et plus légère que le fusil ; son canon est un peu plus long que celui de la carabine. Le mousqueton date du même temps que le mousquet. Il y a plusieurs espèces de mousquetons suivant les différents corps de cavalerie.
MOUSSELINES. —Le nom de cette étoffe vient, dit-on , de la ville de Mosoul située près des ruines de Ninive. Ce n’est que vers le commencement de ce siècle que la fabrication des mousselines a pris en France un assez grand développement.
Dès 18O6, on remarqua les mousselines sorties des fabriques de Tarare et de Saint-Quentin.
MOUSTACHE. — Voy. Barbe.
MOUTARDE. — La moutarde de Dijon, qui est la plus renommée de toute la France , a dû , dit-on , sa réputation au faiUsuivant : en 1382 , Philippe le Hardi , duc de Bourgogne, voulant soumettre les Gantois révoltes, marcha contre eux avec son nevGu le roi Charles VI. Dijon voulut dans cette circonstance témoigner du zèle à son souverain et lui fournit mille hommes. Le duc, de son côté, se piquant de reconnaissance , accorda à la ville différents privilèges, et , entre autres, celui de porter ses armes avec sa devise : Moult me tarde . Dijon fit sculpter les armes et la devise sur sa porte principale ; mais il arriva que les trois mots de la devise , au lieu d’être placés sur une seule et même ligne , le lurent de travers , le mot me se trouvant au-dessous des deux autres , de sorte qu’au premier coup d’œil on lisait moult tarde ; ce qui , ajoutet-on , trompa beaucoup de gens et leur fit croire que c’était là une sorte d’enseigne placée par ia ville sur la plus passagère de sesportes pour annoncer sa moutarde . Cette facétie fut publiée pour la première fois dans les bigarrures du seigneur des accords par Tabouret ( 1581) , et elle est digne d’un tel ouvrage. Cependant beaucoup d’auteurs l’ont sérieusement répétée et la répètent tous les jours. Un mot suffit
pour en montrer la puérilité. La moutarde de Dijon était célèbre plus d’un siècle avant l’époque de Philippe le Hardi; elle est déjà citée dans une pièce du xm® siècle, intituléeles Proverbes . On fait dériver avec plus de vraisemblance le mot moutarde de multurn ardet ( qui brûle beaucoup ).
MOUTE. — Droit que percevait le seigneur d’un moulin banal; il consistait en une certaine quantité de blé. On l’appelait encore droit de montage.
MOUTIER. — Ce mot s’employait au moyen âge pour monastère. Voy. Abbave.
MOUVANCE. — Dépendance d’un fief inférieur à l’égard du fief dominant dont il relevait. Il y a eu de longues discussions sur la mouvance de Bretagne, c’està-dire pour examiner si la Bretagne relevait de la Normandie.
MOYENNE JUSTICE. — Voy. Justice.
MOZETTE. — Camail des évêques et des chanoines.
MUIDS. — Voy. Mesures , p. 778.
MUNDEBURGE. — Tutelle ou protection. Même sens que mainbour et main~ bournie . Voy. Mainbour.
MUNICIPAL (Régime). — Forme de gouvernement établie dans les municipes de l’empire romain. Voy. Municipes.
MUNICIPAUX ( Officiers ). — Magistrats chargés de l’administration des villes. Il a été question, au mot Commune, des anciennes administrations municipales. Les officiers municipaux étaient d'abord nommés librement par les bourgeois ; mais
Î>eu à peu la royauté se réserva le droit de es choisir. Au xviii® siècle, elle ne laissa subsister qu’une ombre d’élection. L’avocat Barbier expose dans son Journal , à la date du 16 août 1749 , comment se faisaient, à cette époque les élections municipales de la ville de Paris. Elles n’avaient plus lieu que pour la forme. «On mande, dit-il, quatre notables de chacun des seize quartiers de Paris , qui vont signer un premier procès-verbal chez le quartinier de leur quartier. On donne à chacun une livre de bougie, et, par le procèsverbal , il leur est enjoint, par le quartinier, d’attendre le jour de Saint-Roch, et de se tenir prêts chez eux jusqu’à midi sonné. Le matin de ce jour-là, on les tire au sort à l’hôtel de ville, et il y en a deux de brûlés des quatre. C’est encore de forme ; car les amis des échevins et des quartiniers sont conservés. Ensuite , un huissier de la ville , dans un carrosse, va
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prendre les deux notables dans chaque quartier; ce qui fait trente-deux , lesquels se rendent à Dhôtel de ville. Quand tout est assemblé, on nomme quatre scrutateurs pour recevoir les billets ou bulletins cachetés , que le quartinier donne à ses notables , oii est le nom de celui qui est désigné pour être échcvin , et celui des deux qui a le plus de voix est le premier échevin. Ordinairement, c’est un officier de ville : les quartiniers s'arrangent, pour cela, avec le prévôt des marchands. Le premier scrutateur est toujours un magistrat, jeune homme , qu’on appelle le scrutateur royal . C’est lui qui porte la parole devant le roi , en lui présentant les échevins; le second est un conseiller de ville ; le troisième, un quartinier et le quatrième un des plus notables des mandés. Il y a ensuite un discours du prévôt des marchands et un du procureur du roi. Les quatre scrutateurs prêtent serment sur le crucifix , entre les mains du prévôt des marchands , et ensuite le scrutateur royal prend le crucifix et reçoit le serment de tous les notables mandés qui donnent leur bulletin. Quand l’élection est laite , on ôte ses robes et l’on se met à une grande table longue, d’environ cent couverts , où il y a toujours un magnifique dîner, et chacun des conviés a devant lui une belle corbeille de confitures sèches qu’il emporte. Le lendemain, on se rend à l’hôtel de ville à huit heures où l’on déjeune. Le prévôt des marchands, les deux anciens échevins , le procureur du roi , des conseillers et quartiniers , avec les deux nouveaux échevins , montent dans des carrosses de la ville à quatre et à six chevaux. Le scrutateur royal mène les trois autres scrutateurs dans son carrosse , et tout cela part pour Versailles en grand cortège, à huit ou dix carrosses, accompagnés d'oîücïers et gardes de la ville à cheval. Cela arrive à Versailles pour l’heure que le roi a indiquée pour cette cérémonie. Ils se rendent d’abord dans une grande salle par bas , que l’on dit être la salle des ambassadeurs. Ils vont rendre visite au gouverneur de Paris, qui est logé dans le château , et ils reviennent dans leur salle , où le grand maître des cérémonies vient les prendre et les conduire, avec le gouverneur de Paris à leur tête, au cabinet du roi. Le roi est au fond, assis dans un fauteuil, son chapeau sur la tète , entouré de ses ministres, cardinaux, évêques et seigneurs. On avance vers lui avec de grandes révérences , puis toute cette bande , prévôt des marchands et autres , se mettent un genou en terre. Le scrutateur royal , â genoux , fait un discours au roi ,
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lui remet un double du procès-verbal d’élection , et lui présente les deux nouveaux échevins, lesquels prêtent serment entre les mains du roi sur la formule qui est lue par le secrétaire d’État de Paris ; après quoi cette bande se lève. Le roi ne dit mot et reste couvert. On se retire à reculons jusqu’à la porte ; 01 fait de profondes révérences, et l’on sort. On va de même chez la reine, laquelle est assise dans un fauteuil, avec toutes les mêmes cérémonies, à l’exception du discours du scrutateur royal et du serment. C’est le prévôt des marchands qui lui fait un petit compliment, à genoux, et l’on sort en reculant. On va de là chez M. le Dauphin qui est assis dans un fauteuil, couvert, mais qui ôte son chapeau. Le prévôt des marchands lui fait un petit discours d’une phrase , auquel il répond une politesse.
Toute la bande reste debout, et, après une profonde révérence, se retourne pour s’en aller. De même chez madame la Dauphine. Ensuite chez mesdames de France, qui reçoivent la présentation debout. Il n’y a plus de grand maître des cérémonies, et elles répondent chacune un remercîment au compliment du prévôt des marchands. Comme cette cérémonie est longue , quand on est sorti du château , on va, dans des chaises à porteur, à l’hôtel de M. le gouverneur de Paris , dans Versailles, où il n’est pas, mais où il fait préparer un rafraîchissement de langues, biscuits et fruits. Ensuite, dans les chaises à porteur, le prévôt des marchands et toute la ville, ce qui fait environ vingt personnes, vont rendre visite dans le château à tous les ministres et à tous ceux qui composent le conseil royal. Après quoi la ville remonte dans ses carrosses et revient à Dhôtel de ville , oii il y a un bon dîner-souper, et les quatre scrutateurs ont encore un présent de bougies ou de sucre pour les remercier de leur peine. »
MUNICIPALITÉ. — La loi du 14 décembre 1789 désigna sous le nom de municipalité le corps des officiers municipaux préposés à l’administration d’une commune. Dans la suite , on a dit dans le même sens corps municipal . Nous avons parlé, au mot Commune, des anciennes administrations municipales. Les municipalités établies en 1789 se divisaient en conseil et en bureau. Le bureau, qui avait le pouvoir exécutif , se composait d’un tiers des officiers municipaux , et était présidé par le maire; les deux autres tiers formaient le conseil. Dans les circonstances importantes, on leur adjoignait un certain nombre de citoyens pour
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former Te conseil général de la commune (voy. Commune de Paris). Ils étaient tous élus par les citoyens actifs (voy. Citoyen). Il y avait dans chaque municipalité un procureur chargé de défendre les intérêts de la commune. A Paris, le procureur général de la commune avait deux substituts. La constitution directoriale ou constitution de Pan ni (1795) concentra les municipalités dans les cantons; plusieurs communes se réunirent pour former une municipalité ; chaque commune y eut son représentant. Ehi 1800 , ces municipalités cantonales furent supprimées ; il y eut de nouveau une municipalité dans chaque commune , avec un maire , un adjoint et un conseil municipal ; mais ces magistrats municipaux furent nommés par le premier consul. Il en fut de même sous l'empire et la restauration. La loi du 21 mars 1831 rétablit l’élection pour les membres du corps municipal, parmi lesquels le préfet ou le chef de l’Etat, suivant Pimportance de la ville , devait choisir le maire et ses adjoints. Aujourd’hui encore , le maire et les adjoints constituent le pouvoir exécutif dans les administrations municipales. Le conseil municipal contrôle leur gestion et alloue les fonds nécessaires pour les dépenses communales.
MUNICIPES. — On appelait municipes ou villes municipales, dans l’empire romain, celles qui , primitivement, étaient admises à tous les droits de la cité romaine , et participaient à toutes les fonctions (munera capiebant). Dans la suite, lorsque toute liberté politique eut été étuuffée dans Rome et dans l’empire romain, les villes municipales conservèrent le droit de s’administrer elles-mêmes.
Tous les citoyens qui possédaient vingtcinq arpens de terre formaient Paristocratie municipale ou classe des curiales . Leur réunion constituait la curie . On appelait encore curie le lieu où se réunissaient les sénateurs municipaux, choisis parmi les curiales . Les magistrats, nommés dé curions , étaient aussi tirés du corps des curiales, et chargés d’administrer les revenus de la ville et de rendre justice aux citoyens dans les causes de simple police municipale. Les premiers magistrats des municipes se nommaient tantôt consuls , tantôt décemvws.
Il existait en Gaule un grand nombre de villes municipales , telles que Bordeaux , Toulouse, Arles, Montpellier, Avignon , Marseille, etc. Ces villes devinrent trèsflorissantes sous le régime municipal romain, ainsi que l’attestent plusieurs passages d’ Ausone, poète gaulois de la lin du
ive siècle. Dans son ouvrage intitulé : Ordo nobilium urbium (liste des villes illustres de la Gaule), il montre Trêves, alors capitale des Gaules, se reposant dans la sécurité, au sein de la paix,
Pacis ut in medïæ gremio secura quiescit.
Les murailles de cette ville, s’étendant sur une large colline, descendaient jusqu’au bord de la Moselle, qui la baignait de ses ondes tranquilles, et apportaient les denrées des contrées les plus lointaines ;
Lata per extentum procurrunt mœnia collern , Largus tranquillo proolabitur amne Mosella , Longinqua omnigenæ vectans commercia terræ.
Le poète décrit plus loin Arles , la Rome des Gaules ( Gallula Roma Arelas ), qui allait bientôt succéder à Trêves comme métropole de cette province; elle était l’entrepôt d’un vaste commerce qui enrichissait la Gaule entière. Toulouse, qu’enveloppaient de vastes murailles de briques et qu’arrosaient les belles eaux de la Garonne, était le centre des relations de l’Aquitaine et de l’Espagne.
Inter Aquitanas gentes et nomen Iberura,
Narbonne recevait les marchandises de l’Orient et de lTbérie, et était visitée par les vaisseaux de l'Afrique et de la Sicile; elle est aussi chantée par Ausone. 11 serait facile de multiplier ces citations. Tout en faisant la part de l’exagération poétique, on ne peut méconnaître la prospérité et la grandeur de la Gaule sous le gouvernement romain. Les arènes d’Arles et de Nîmes , quelques arcs de triomphe , des débris de temples attestent l’éclat de cette civilisation. Des poètes et des prosateurs remarquables, depuis Trogue Pompée jusqu’à Ausone , avaient adopté la langue de Rome et l’avaient enrichie de leurs œuvres. La Gaule avait une réputation d’éloquence que proclamaient les Romains eux-mêmes : « La Gaule , disait Juvénal , a communiqué son éloquence aux Bretons : »
Gallia causidicos docuit facunda Britannos.
Des écoles d’éloquence existaient à Marseille , Trêves , Autun , Bordeaux , Narbonne, Toulouse , Poitiers , Lyon , Besançon , etc.. On ne peut nier , en voyant ces résultats , que la domination romaine n’ait eu pour la Gaule de grands avantages; mais en même temps, les abus d’une administration fiscale pesaient cruellement sur cette province. Dans les derniers temps de l’empire romain, les municipes furent écrasés d’impôts, et la classe des curiales fut presque entièrement ruinée par cette tyrannie.
MUN