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daient en Angleterre, en Espagne, en Italie et jusque dans les états barbaresques ( Relat. des ambass . vénit 1 , 255 ). On exportait des vins français pour plus de quaire millions de monnaie du temps. « On les vend plus cher que ceux d’Espagne et de Chypre, dit Marino Cavalli ; ils sont moins forts, mais plus délicats.»
L'abolition des péages illicites établis depuis plus de cent ans sur la Loire, Puniformité d’aunage imposée pendant quelque temps par François Ier. furent des mesures avantageuses pour l’industrie.
Enfin le luxe de la cour et l’élégance des vêtements de cette époque contribuèrent encore aux progrès industriels de la France. Henri il s’efforça de marcher sur les traces de son père , comme l'attestent plusieurs ordonnances relatives à ia fabrication des draps d’or et de soie, à l’introduction en France des verreries vénitiennes par le Bolonais Muiio et à l’établissement de poids et mesures uniformes ( Anciennes lois [rang t. XIII, p. 374 ,
L’art de travailler l’ébène ou ébenis terie fit à cette époque les plus grands progrès. Il suffit de parcourir nos musées pour se convaincre du soin et de l'habileté avec lesquels les meubles furent alors sculptés. (Voy. Meubles.)
Progrès de l'industrie pendant les règnes de Henri IV et de Louis XIII.
— Les guerres de religion suspendirent jusqu'à la fin du xvic siècle les progrès de l’industrie française. Ce fut seulement sous le règne réparateur de Henri IV qu’elle se releva. 11 appela près de lui , en X604 , les délégués de l’industrie nationale pour concerter les mesures les plus propres à en seconder l’essor. On voit par les mémoires que rédigea le contrôleur général du commerce, Isaac LafFemas, que le roi faisait les plus grands efforts pour affranchir la France du tribut qu’elle payait encore aux industries étrangères. Malgré l’opposition de Sully, qui regardait l’établissement des fabriques de soie comme un luxe inutile , elles prirent en peu de temps un si grand développement que la France exporta en deux ans des étoffes de soie pour plus de dix-huit millions (monnaie du temps). En même temps on multiplia les mesures prohibitives contre l'introduction des produits des fabriques étrangères , et l’on fonda des manufactures pour filer l’or, scier le fer et le marteler, fabriquer des bas de soie, des lapisseries de cuir doré et des vases de cristal.
Cuirs de Hongrie . — Henri IV envoya en Hongrie un tanneur nommé Roze qui déroba à ce pays le secret de la fabrication
des cuirs. On appela hongrieurs ou hongroyeurs ceux qui exerçaient cette industrie. Le célèbre établissement des Gobelins dato aussi du règne de Henri IV.
Sully, en sa qualité de grand-voyer, travaillait, « à redresser et embellir les chemins en faveur du trafic », comme le dit LafFemas dans le Mémoire que j’ai cité.
Les Etats généraux de I6i4 exprimèrent des vœux en laveur de l’industrie. Ils demandaient qu’on ia protégeât , comme l’avait fait François Ier, par la prohibition des produits étrangers. Richelieu , au milieu des soucia de la politique européenne, fut loin d’oublier l’administration intérieure; il multiplia les moyens de communication et de transport, acheva le canal de B ri are commencé par Sully pour réunir la Seine et la Loire, rendit navigables les rivières d’Ourcq, de Velles, de Chartres, de Dreux et d’Etampes , et encouragea puissamment le commerce extérieur dont les progrès sont étroitement liés à ceux de l’industrie nationale. Mazarin , tout occupé de négociations , laissa tomber les manufactures; elles ne se relevèrent qu’à l’époque oti Louis XIV commença à gouverner par lui-même et appela Colbert dans ses conseils.
S IV. De l'industrie française sous le règne de Louis XIV. — L'administration de Colbert (I66i-16$3) fut une des plus fécondes en mesures destinées à développer le commerce et l’industrie. Les manufactures de luxe furent encouragées comme celles qui fabriquaient les objets de première nécessité Les tentatives que l’on avait faites au xvr siècle pour doter la France de la fabrication des glaces n'avaient pas réussi. Venise en avait toujours le monopole, et c’était de la célèbre manufacture de Mura no que sortaient les glaces que Von recherchait en France et que l’on payait ui^prix trèsélevé. Colbert attira dans ce royaume des ouvriers vénitiens et les établit d’abord à Nevers et plus tard à Paris. Dans la suite, les ouvriers italiens ayant élevé des prétentions exorbitantes, lurent congédiés; mais la France était maîtresse de leur secret. Des manufactures de glaces avaient été établies à Tourlaville près de Cherbourg et à Saint-Gobain en Picardie. Dès 1670, Colbert écrivait à l’ambassadeur de France à Venise que les glaces françaises ne le cédaient en rien aux glaces vénitiennes. Aujourd’hui encore Tourlaville et Saint-Gobain sont au nombre des principales manufactures de glaces.
La France était encore tributaire de l’industrie vénitienne pour les dentelles et les soieries. On faisait, il est vrai, des
dentelles à Alençon ; mais elles étaient beaucoup moins rechei'chées que celles de Venise, dont les nobles et les riches aimaient à se parer. Comme à cette époque les vêtements des hommes et des femmes étaient chargés de dentelles , la France payait à T Italie un impôt considérable pour cette branche d’industrie.
Colbert protégea , suivant l’usage du temps, l'industrie française par des mesures prohibitives; il interdit, on 1666, l'importation des dentelles de Venise , appela en France des ouvrières de cette ville et les établit au Quesnoy, à Arras, Iteims, Sedan, Château-Thierry, Loudun, Alençon, Aurillac, etc.; il réunit dans ces villes beaucoup de tilles pauvres qui devaient se former aux procédés de l’industrie vénitienne. La correspondance administrative de Colbert atteste avec quelle sollicitude il s’occupait de la propagation de cette industrie et luttait contre les obstacles que lui opposait la routine ( Correspondance administrative sous le règne de Louis XIV ^ publiée par M. DCpping, t. III, p. 735, 746, 799, 810, 819, 87 3 , etc. ). Les fabriques de soieries appelèrent aussi son attention. Lyon, qui n’était jusqu’alors qu’un entrepôt du commerce de l’Italie et de la France, Lyon devini une ville manufacturière de premier ordre. La France rivalisa avec l’Italie pour la fabrication des étoffes de soie , crêpes , taffetas , velours , damas et brocarts.
La manufacture des Gobelins qui datait de Henri IV, mais qui n'avait pas encore pris un grand essor, devint célèbre par scs tapisseries et ses travaux de peinture, de sculpture, d’orfévrene et d’ébénisierie. Placée, dès 1665, sous la direction du célèbre peintre Le Brun, elle l’emporta sur tous les établissements analogues. André Charles Boule et son tlls dirigèrent les ébénistes des Gobelins , et encore aujourd’hui les meubles de Boule ont une grande réputation. La manufacture de La Savonnerie imitait les tapis de Perse, pendant qu’on fabriquait à Beauvais et à Aubusson des tapisseries qui étaient plus à la portée des particuliers.
Colbert, en développant l’industrie de luxe , fut loin de négliger les manufactures dont les produits moins somptueux et moins chers étaient d’un usage plus général. On tirait le savon blanc d’Italie; Colbert en établit des fabriques en France.
les bas d’estame ou de laine tricotée ; Colbert introduisit cette industrie en France, Avant ce ministre, il c y avait pas en France un seul fabricant de fer-blanc; Colbert parvint à attirer d’Allemagne des ouvriers ferblantiers. 11 déroba à T Angleterre le secret de la trempe de l’acier. Le Hollandais Van Uobais vint en France à la sollicitation de Colbert, et établit à Abbeville, en 1664 , une célèbre fabrique de draps. Draps lins de Sedan et Je bouviers, draps communs d’Elbeuf , feutres de Caudebec; perfectionnement de l’horlogerie; culture de la garance , produits variés du fer, de l’acier, du cuir, des terres argileuses , en un mot toutes les branches de l’industrie reçurent de Colbert une féconde impulsion. Il maintint, à la vérité , Je système des corporations, avec son monopole, ses jurandes , ses entraves de toute nature , et il multiplia les mesures
prohibitives , qu’on regardait à cette épo-
3ue comme indispensables à la prospérité u commerce national. On le lui a sévè-
II appela dans ce pays des ouvriers de Suède pour enseigner à extraire des pins les matières résineuses et à faire du goudron. Des manufactures de toiles à voile furent établies dans le Dauphiné. L’Angleterre fournissait aux classes infér>onwJ*
rement reproché. Mais comment faire un crime à Colbert de vues étroites peut-être, mais universellement adoptées de son temps? Un étranger illustre qui visita la France, en 1678 , sir William Temple, proclamait les heureux résultats de l’administration de Colbert et déclarait que la France lui paraissait le pays le plus riche et le plus florissant du monde.
Malheureusement La mort de Colbert , en 1683, et la prépondérance de Louvois entraînèrent la décadence de l’industrie française. La révocation de l’édit de Nantes , en 1685 , lui porta le coup le plus funeste. On en trouve une preuve incontestable dans les mémoires qu’en 1698 les intendants des généralités furent chargés de rédiger : la fabrication de la soie qui avait occupé, en Touraine, jusqu’à vingt mille ouvriers et un nombre double de femmes et d’enfants, n’employait plus, à la fin du xvnc siècle, que quatre mille ouvriers des deux sexes; au lieu de huit mille métiers on n’en comptait plus que douze cents. Lyon , qui avait, du temps de Colbert , dix-huit mille métiers , en avait perdu plus des trois quarts. Il en fut de même de presque toutes les branches d’industrie.
Le xvm® siècle fut moins remarquable par les progrès de L’industrie que par les réformes que subit à cette époque le système des corporations. Les jurandes e-t associations industrielles, qui avaient été, dans le principe , d’une grandeutilité pouf protéger et encourager l’industrie naissante, n’étaient plus qu’une entrave au xvme siècle. Turgot en obtint ia stippres- 1776; mais le ministre qui avait
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blessé des préjugés puissants, fut renversé ceue môme année, et rédit qui abolissait les corporations fut révoqué.
L’Assemblée constituante supprima les privilèges industriels, comme les privilèges nobiliaires ; elle détruisit les corporations d’arts et métiers par un décret du 13 février j?9i.
S Y. De l’industrie depuis i abolition des corporations jusqu'à nos jours . — Les troubles de la Révolution paralysèrent pendant quelques années le développement du commerce et de l’industrie, qui ne peuvent prospérer qu’à la faveur de l'ordre et de la stabilité publique. La marine détruite, les colonies en révolte ou envahies par l’étranger, la loi du maximuni étaientautan t deeauses de ruine pour l’industrie française. Elle ne commença à se relever qu’à l'époque oii le traité de Campo-Formio (1797) donna à la France ses frontières naturelles et rendit quelque sécurité au commerce. L’année suivante eut lieu la première exposition des produits de l’industrie nationale , et depuis cette époque la France 11’a cel^sé de soutenir avec succès la lutte contre les industries rivales et de constater, à des époques périodiques, les progrès de ses manufactures par des expositions solennelles.
Le blocus continental , en fermant les ports français aux marchandises anglaises , imposa aux manufactures françaises des efforts prodigieux pour remplacer les produits de l’industrie anglaise. C’est surtout pendant cette période que l’on vit s’élever les grandes manufactures pour la filature du coton , et la fabrication des toiles peintes nommées indiennes. On imita les cachemires de l’Inde, qui avaient commencé à se répandre en France vers le temps de l’expédition d’Égypte. Enfin on fit quelques essais de filatures de lin , mais sans beaucoup de succès. Depuis celte époque, on n’a cessé de développer et de periectionner ces diverses branches d’industrie.
Les métiers à la jacquart , dont la première invention remonte aux dernières années du xvuie siècle , permirent de remplacer, par un procède mécanique, le travail de plusieurs ouvriers et d’apporter plus de précision et de rapidité dans l'exécution. Entre les diverses branches d'industrie où excellent les Français , ceiies qui demandent du goût et de l’élégance, tiennent le premier rang; leurs modes, leur orfèvrerie et leur bijouterie sont renommées dans toute l’Europe. L’ébénisterie française n’est pas moins florissante; on compte, dans le faubourg Saint-Antoine, plus de quarante mille ouvriers qui s’occupent rie cette industrie.
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Nous ne devons pas oublier, en parlant des progrès de l’industrie, le luxe qu’étalent aujourd’hui certaines boutiques. Elles étaient autrefois d’une grande simplicité. Mais depuis un certain nombre d’années, les glaces, les dentelle'»' artistement disposées, les châles et les tapis étalés avec un soin plein de recherche et de coquetterie, la vive clarté du gaz , tout a contribué à donner aux boutiques un caractère de splendeur. Aussi le nom de boutique a-t-il paru trop modeste. Il a fait place à celui de magasin. Il y a tels magasins qui rivalisent de magnificence avec les plus riches hôtels.
Conservatoire des arts et métiers . — Outre les expositions , par lesquelles le gouvernement encourage l’industrie et en constate les progrès, plusieurs institutions ont pour but de former d’habiles chefs d’atelier et de perfectionner les sciences appliquées à l’industrie. J’ai déjà parlé des écoles d’arts et métiers et de l’école centrale des manufactures (voy. Écoles, § III . On ne doit pas oublier le Conservatoire des Arts-et-Mé tiers. Cet établissement, destiné à conserver les modèles des machines, remonte à la fin du xvme siècle. En 1775 , Vaucanson, mécanicien célèbre, légua au roi Louis XVI la collection de ses machines. En i79i , une loi de la Convention ( 19 vendémiaire, 10 octobre ) institua le Conservatoire des Arts-et-JUétiers , et ordonna d'y réunir tous les modèles des anciennes machines et de celles que l’industrie devait inventer ou perfectionner.
En 1795, on attacha à cet établissement trois démonstrateurs et un dessinateur.
Bientôt on transféra la collection des machines, considérablement augmentée, dans les bâtiments de Fancienne abbaye de Saint-Martin des Champs, où elle se trouve encore aujourd’hui. Depuis cette époque, le Conservatoire des Aris-et - Métiers n’a cessé de s’agrandir. En 1S17 , il eut un directeur, un inspecteur et un conseil de perfectionnement. En i8i9, le gouvernement y établit des cours de mécanique , de chimie et d’économie industrielle appliqués aux arts. Douze bourses furent créées en faveur des jeunes gens sans fortune qui se signaleraient par leur aptitude pour les sciences industrielles. En 1829, le gouvernement ajouta un quatrième cours destiné à l'explication des machines. En 1839, le nombre des professeurs fut porté à dix et ils composèrent le conseil de perfectionnement du Conservatoire. Un d’entre eux fut chargé de l’administration sous l’autorité du ministre de l’agriculture. Telle esteucore aujourd’hui l’organisation du Conservatoire,