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M. Guïzot a exposé cette situation des villes municipales dans ses Essais sur l’histoire de France « Les revenus des villes, dit cet historien, étaient atteints, comme ceux des particuliers, par les exigences du pouvoir. Ils le furent bientôt plus directement encore. A diverses reprises , entre autres sous Constantin , l'empereur s'empara d'un très - grand nombrede propriétés municipales. Cependant les charges locales, auxquelles ces propriétés devaient pourvoir, restaient les mômes; il y a plus, elles allaient croissant. Plus la populace devenait partout nombreuse et disposée à la sédition, plus il fallait de dépenses pour la nourrir et l’amuser, et de forces pour la contenir. Le pouvoir central, obéré lui-même, rejetait d’ailleurs souvent sur les villes une part de son fardeau. Or, toutes les fois que les revenus propres d’un municipe ne suffisaient pas à ses dépenses, la curie, c’est-à-dire le corps de tous les citoyens aisés, était tenue d’y pourvoir sur ses propriétés personnelles. Ils étaient de plus, presque partout, percepteuis des impôts publics, et responsables de cette erception; les biens propres suppléaient l'insolvabilité des contribuables envers l'État, comme à l’insuffisance des revenus communaux. » Les dignités de curiale et de décurion devinrent ainsi des charges intolérables, auxquels les habitants des municipes cherchaient à se soustraire et où la loi romaine s’efforçait, au contraire, de les emprisonner. Cette lune, dont le Code théodosien garde une vive empreinte, fut une des causes de la ruiné de l’empire romain. Vainement les empereurs créèrent, vers la fin du ive siècle, des magistrats appelés défenseurs de la cité pour protéger le peuple des villes contre les exactions fiscales ; vainement cette charge, qui conférait de grands privilèges, fut-elle confiée le plus souvent aux évêques, que leur caractère religieux et leur influence morale plaçaient à la tête des cités. Rien ne put sauver les municipes de la profonde décadence oü ils étaient tombés. Il en subsista à peine une ombre, qui eut besoin, pour se ranimer, de la puissante impulsion donnée par le mouvement communal du xuc siècle. Les noms des dignités municipales et même l’organisation des municipes avaient survécu clans beaucoup de villes à l’empire romain, et contribuèrent à former les communes. Voy. Communes. — On peut consulter sur le régime municipal les Essais de DT. Guizot sur l’histoire de France , Y Introduction aux récits mérovingiens, et Y Essai sur l’histoire du tiers-état en France , par M. Augustin
Thierry, enfin YHistoire du droit municipal en France , parM. Raynouard. Ce dernier ouvrage est loin de tenir tout ce que promet le titre.
MUNIT10NNA1RES. — Agents préposés à la garde et à la distribution des vivres et fourrages pour les troupes. Voy. Organisation MILITAIRE.
MUNITIONS. — Ce mot désigne d’une manière générale toutes les provisions de guerre ou de bouche destinées aux armées.
MUNSTER. — Le nom de munster , qui a le même sens que monastère, se donne quelquefois à une église. Ainsi , la cathédrale de Strasbourg porte le nom de munster . Cet usage s’explique par la vie cénobitique que les chanoines menaient dans les premiers temps de leur institution. Voy. Chanoines.
MURIERS. — Ce fut Louis XI qui introduisit le premier en France la culture du mûrier , si importante pour l’industrie. Il fit faire des plantations de mûriers près de Tours. Son successeur, Charles VIII, en propagea la culture en Provence, dans le Languedoc et le Dauphiné. Au milieu du xve siècle, plusieurs édits ordonnèrent d’étendre cette culture. On multiplia les plantations de mûriers à Toulouse, à Moulins, et particulièrement aux environs de Tours. Négligée pendant les guerres de religion , cette culture fut remise en honneur par Henri IV. Sous son règne, en 1599, Olivier de Serres publia un traité qu’il intitula cueillette de la soie, et le dédia au corps municipal de Paris pour exciter les habitants de cette ville à la culture du mûrier . Il y avance que partout où croît la vigne, on peut recueillir la soie. Il prétend que les deux maisons royales de Vincennes et de Madrid éleveraient seules trois cent mille mûriers ; que cette nouvelle industrie pouvait occuper utilement tous les pauvres de Paris , etc. L’ouvrage d’Olivier de Serres lit une grande impression. Cependant la culture du mûrier eut un adversaire obstiné dans Sully, qui redoutait tout ce qui pouvait favoriser et propager le goût du luxe. Il fallut que Henri IV, dont l’esprit était souvent pius éclairé que celui de son ministre , se prononçât en faveur de cette innovation. Il envoya de Serres dans les provinces méridionales de la France avec de Colonces, surintendant général des jardins de France, pour acheter de mûriers . Ils en rapportèrent quinze à vingt mille qui furent plantés dans le jardin des Tuileries. En même temps , Henri IV consacra
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l’orangerie des Tuileries à élever des vers à soie et à fabriquer la soie qu'ils produisaient- Il encourageait les particuliers à s’occuper des memes soins ; des commissaires parcoururent l’Orléanais, la Touraine et le Lyonnais, et reconnurent que ces contrées étaient favorables à. la culture du mûrier et à l’éducation des vers à soie. Depuis cette époque, on n a cessé de propager la culture du mûrier, et l’industrie séricole est devenue une des branches les plus importantes de l’industrie française. Voy. Commerce et Industrie.
MUSCADE. — Noix produite par un arbre originaire des îles Moluqiàes. Dès le xvi® siècle, l’usage de la muscade était très-commun. Charles Étienne, dans son Seminarium , imprimé en 1536 , nous apprend que, de son temps, on en trouvait dans toutes les cuisines , et qu’on l’employait à l’assaisonnement de tous les ragoûts. Il paraît que déjà , à l'époque de lloileau, on l’estimait moins. On connaît ce vers ironique :
Aimez-vous la muscade ? on en a mis partout.
Le muscadier fut transplanté, en 1772 , à l’ïle de Bourbon , où il s’est parfaitement naturalisé. 11 est aussi cultivé à Cayenne.
MUSÉE. — - Lieu où on réunit des monuments de toute espèce, soit antiques soit modernes. Les tableaux des grands maîtres et les objets d’art étaient dispersés, avant la révolution, dans les églises, dans les palais des* rois, dans les châteaux de la noblesse ou de quelques riches amateurs. Ce n’est que depuis 1792 qu’on a réuni au Louvre et dans d’autres tnusées les objets d’art qui sont offerts à l'admiration du public et à l’étude des artistes. La Convention ayant ordonné qu’on rassemblât au Louvre les tableaux qui ornaient les palais royaux, le îo août 1793 y le musée du Louvre fut ouvert au public. Il s’accrut considérablement sous la république et l’empire, et, en 1814, il possédait au moins douze cents tableaux dus aux plus grands maîtres. Il perdit, en 18 1 5, une partie de ces chefs-d’œuvre enlevés aux nations étrangères. Depuis 1848, on a classé par écoles les tableaux placés dans la grande galerie. Le salon qui la précède présente un spécimen des diverses écoles ; chacune d’elles y est représentée par un chefd’œuvre. Dans la grande galerie se trouvent rangés successivement des tableaux appartenant aux écoles italienne , allemande, flamande, hollandaise et française Un grand nombre d’autres salons
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sont remplis de tableaux des maîtr es espagnols et des artistes du second ordre. Les dessins sont pour la plupart des esquisses des plus grands peintres, et offrent un grand intérêt comme ébauches d’ hommes de génie, tels que Raphaël, Michel-Ange, Le Carrache, Holbein , Vander-Meulen, Le roussin. Le Sueur, Le Brun, eLc. Une collection de pastels et les émaux de Petitot représentent un grand nombre de personnages illustres des deux derniers siècles.
Le musée des antiques, où se trouvent réunis les chefs-d’œuvre de la sculpture grecque et romaine, a été ouvert en 1800. Enrichi par les conquêtes de l’empire, il a été dépouillé, en 1815, comme le musée des tableaux. Il possède cependant encore un grand nombre de chefs-d’œuvre, entre lesquels il faut placer au premier rang la Vénus de Milo et la Diane chasseresse . On vient de disposer (1853) dans un nouvel ordre les statues historiques et spécialement celles des empereurs romains.
Des urnes funéraires, des trépieds, des vases, des mosaïques , etc., ajoutent encore à la richesse de ces collections d’antiquités gréco- romain es. Des moulures en plâtre donnent un spécimen des statues du temple de Thésée que possède le muséum britannique, et des statues d’Égine.
Plusieurs salles sont consacrées aux antiquités égyptiennes : statues colossales des hommes et des dieux, sarcophages couverts de caractères hiéroglyphiques , peintures murales qui durent depuis plus de trente siècles, momies chargées de dorures et d’emblèmes de toute espèce, figurines en bronze, papyrus, etc.; en un mot, tout ce que l’Égypte a entassé pendant des siècles , et laissé comme un monument impérissable de sa civilisation, a été précieusement recueilli et classé dans ce musée égyptien . 11 a longtemps porté le nom de musée Charles X7 parce qu’il a été ouvert sous le règne de ce prince.
L’Assyrie et ses monuments figurent aussi dans nos musées . La France , qui a eu la première l’honneur de fouiller le sol de l’ancienne Ninive et d’en retrouver les ruines, a placé dans une des salles basses du Louvre quelques-uns des débris gigantesques du palais de Korsabad. On remarque surtout une porte soutenue par deux taureaux à tète humaine couronnée de la mitre. La vigueur des types de ces sculptures, les détails de costume, les cylindres creusés, les bagues, et une multitude d’objets précieux pour l’art, donnent un grand intérêt à ce musée assyrien. Les antiquités étrusques ont
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aussi leur place dans les salles du Louvre.
On a ouvert depuis deux ans des musées spéciaux pour les sculpteurs français de la renaissance et du xvne siècle. Dans la salie consacrée à la renaissance , figurent les chefs-d’œuvre de Jean Goujon, de Germain Pilon, de Jean Cousin. Parmi les sculpteurs français du xvne siècle, le Puget, Girardon , les Anguier, Sarrasin , occupent le premier rang. Enfin un musée spécial, sous le titre de musée des rois de France , réunit les meubles, les armures, les vêtements qui ont appartenu ou que la tradition attribue aux souverains de la France. Je n’insisterai pas sur le musée de la marine où sont réunis les modèles de navires anciens et modernes , et les plans en relief d’un grand nombre déports. Ce musée n’a été ouvert au public que depuis 1839. 11 renfermait primitivement des antiquités américaines, qui depuis quelques années, ont été transportées dans une salle basse du Louvre et réunies sous le nom de musée américain .
Le musée des monuments français , formé en 1790 et 1791 , par M. Lenoir, et placé dans le couvent desPetits-Augustins (aujourd’hui palais des Beaux-Arts), a contribué à sauver d’une ruine imminente un grand nombre de sculptures et de fragments d’architecture. Dès le 4 janvier 1791 , M. Lenoir avait été nommé conservateur du musée des Petits-Augustins ou des monuments français. Ce musée fut ouvert au public en 1795. M. Lenoir avait disposé dans sept salles des statues, des bustes, des bas-reliefs qui représentaient des personnages historiques , et qui avaient été sculptés par des artistes célèbres , comme Jean Cousin , Jean Goujon, Germain Pilon, etc. Il y avait aussi réuni des fragments de vitraux peints. Les statues et les chefs-d’œuvre de la sculpture française ont été enlevés de ce musée , en isi6 , et ornent les musées du Louvre ou de Versailles. Quelques tombeaux, et, entre autres, celui d’Héloïse et d’Abailard , formé avec les débris du Paraclet, avaient été placés par M. Lenoir dans les jardins des Petits-Augustins. Ils ont été transportés au cimetière du Père-Lachaise. Il ne reste plus aujourd’hui dans l’ancien couvent, devenu palais des Beaux-Arts , que des fragments de sculpture , une partie de la façade du château deGaillon que le cardinal d’Amboise avait fait construire en 1500, et du château d’Anet, élevé en 1542 pour Diane de Poitiers par Philibert Delorme.
L e musée d’artillerie, où l’on a réuni des armes et des armures de toutes les
époques et de tous les modèles, depuis le prétendu casque d’Attila jusqu au mousquet de Richelieu , a été placé dans un ancien bâtiment des Jacobins , entre les rues du Bac et Saint-Dominique. Il a été ouvert en 1794, et formé à l’aide d’un grand nombre d’armes et d’armures qu’on avait enlevées de la Bastille. Il s’est accru successivement d’armures curieuses enlevées aux arsenaux. On y remarque surtout des armures de Louis Xf, de Louis XII, de François 1er, de François II, de Henri de Guise, de Henri IV, et. de Louis XIV. On peut y suivre les perfectionnements successifs des armes à feu en étudiant des mousquets et des fusils ciselés avec art, et où la richesse de la matière le dispute à la beauté du travail.
Le musée des Thermes ou de Cluny se compose d’une riche collection d’œuvres d’art du moyen âge et de la renaissance réunis par M. Dusommerard dans les bâtiments de l’ancien hôtel de Cluny et acquis par l'État sons le règne du roi Louis- Philippe. Ce musée a été ouvert le 17 mars 1844. On y trouve des spécimens de tous les genres de curiosités que peut offrir le moyen âge, depuis les bas-reliefs et les dyptyques jusqu’aux émaux peints et aux poteries vernissées. Des armures, des dressoirs, des bahuts, des sièges sculptés et un grand nombre d’autres meubles du moyen âge ont été réunis dans ce musée .
Le musée de Versailles , établi par le roi Louis-Philippe dans le magnifique palais de Louis XIV, est essentiellement un musée historique, destiné à rappeler toutes les gloires de la France. Cette pensée avait certainement de la grandeur; malheureusement les tableaux destinés â perpétuer le souvenir des batailles et des événements historiques laissent souvent à désirer. Ce qu’\l y a de plus curieux dans ce musée , ce sont les portraits placés dans les deux attiques; ils font revivre aux yeux du spectateur les personnages les plus célèbres des derniers siècles.
Il existe encore un grand nombre de 7nusées départementaux, parmi lesquels les musées de Dijon , de Marseille , d’Aix , de Mmes, de Rouen, de Grenoble, de Lyon, de Montpellier occupent le premier rang.
MUSÉUM D’HISTOIRE NATURELLE. — Il a été question , à l’article Jardin des plantes, de l’origine et des agrandissements successifs de cet établissement. Il ne prit le nom de muséum dy histoire naturelle qu’en 1793 (îo juin), à la suite d’un l'apport de Lakanal . qui sauva le jardin des plantes et en fit organiser l’en-
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seignement. Douze chaires furent consacrées à V histoire naturelle étudiée dans tous ses détails, depuis la géologie et Ja minéralogie jusqu’à V anatomie humaine .
En J 794, on agrandit le muséum cV histoire naturelle , et il atteignit presque l’étendue gu il a encore aujourd’hui. Depuis cette époque, les collections de botanique , de minéralogie, de géologie se sont considérablement accrues. Le cabinet d'histoire naturelle est devenu un des plus riches du monde, et les animaux les plus rares y ont été réunis. En 1806, le public fut admis dans les galeries d’anatomie , et, vers le même temps , la galerie de botanique fut aussi ouverte. En i8io et x8li , ou termina les galeries de géologie ainsi que la rotonde située au milieu du jardin des plantes et oü sont logés les éléphants, hippopotames, rhinocéros, girafes; etc. De 1818 à 1821 , on construisit la menagerie, destinée aux bétes féroces. D’autres batiments élevés pendant le règne de Louis-Philippe, ont permis de donner de nouveaux développements à la ménagerie, aux galeries d’histoire naturelle et à la bibliothèque. L’enseignement a été complété parla création de plusieurs chaires nouvelles répondant aux progrès de la science. Les Annales du muséum commencèrent à paraître en IS02, et furent continuées sous le titre de Mémoires du muséum.
MUSICIEN. — Yoy. Ménétriers et Musique.
MUSICIENS DU ROI. — Il y avait depuis le règne de François I«r deux troupes de musiciens attachées à la cour: i° Les onusiciens de la chambre qui se composaient de chanteurs et de symphonistes qui jouaient du luth , de la harpe , de la viole, de l’épi nette et autres instruments d’harmonie; ils étaient admis dans les appartements du roi et jouaient pendant les repas ; 2° la bande de V écurie , composée de violons , hautbois, saquebuttes ou trombones, cornets, musettes, trompettes, lifres et tambours ; elle tirait son nom de ce que ces musiciens faisaient partie des officiers de l'écurie du roi. Dans la suite on y ajouta les vingt-quatre violons de la chambre du roi . Yoy. Violons.
MUSIQUE. — La musique suppose des connaissances tellement spéciales que pour donner une idée , même succincte, de son histoire en France et des principaux instruments qu’elle a employés, il faut recourir aux hommes qui en ont fait une étude particulière. M. Bottée de Toulmon a consacré plusieurs traités à cette
matière et l’exactitude de son érudition a été si généralement reconnue que le Comité des arts et monuments lui a confié la rédaction des instructions sur la musique. Nous emprunterons donc avec pleine confiance à ce savant les notions que nous réunissons ici sur l’histoire de la musique en France.
§ ï. Musique au moyen âge; musique religieuse . — Au moyen âge, l’Église fut le berceau de l’art musical ; un traité de plain-chant était donc la première méthode mise entre les mains de ceux qui voulaient étudier la musique. On possède deux traités sur cette matière. L’un , du vic siècle , composé par saint Nicet ; l’autre du ix® siècle, par Aurélien. Le premier est très-vague et se ressent de la méthode plus spéculative que pratique des Grecs; le second atteste la grande révolution musicale qu’avait opérée le pape saint Grégoire et cjui avait donné naissance au chant grégorien introduit en France par Charlemagne (787). Les huit tons de l’Église sont déjà bien marqués dans le traité d’Aurélien. Plusieurs passages de Grégoire de Tours prouvent que les évêques s’occupaient avec zèle de la musique religieuse. Il cite saint Nisier, archevêque de Lyon, qui exerçait les enfants à psalmodier; saint Quintien, évêque de Clermont, qui, charmé de la belle voix d’un jeune enfant nommé Gai, l’amena dans sa ville épiscopale pour y chanter dans l’église cathédrale. Mais ce fut surtout Charlemagne, qui, frappé de la supériorité de la musique religieuse de l’Italie, contribua à perfectionner le chant des églises. On lui attribue même la musique d’une hymne.
Ce qui est plus certain, c’est que le roi Robert ( 996-1031 ) composa plusieurs chants religieux. Voy. Y Histoire du plainchant , par l’abbé Lebeuf, in-8°.
Notation musicale . — A ces époques reculées on se servait pour la notation musicale de signes appelés neumes , et non pas des lettres comme on l’a souvent prétendu. « Saint Grégoire , dit M. Bottée de Toulmon , n’employa que les neumes dans la notation de son antiphonaire déposé sur l’autel de Saint-Pierre à Borne. » La notation en usage aux ixe, xe, xic et xnc siècles est constamment de cette nature. On la trouve aussi sur les dyptyques dont on se servait, comme canon sur l’autel, et elle se changea ou se modifia de siècle en siècle. Elle variait probablement, non-seulement, seL\n les époques, mais encore selon les localités. L’idée, d’après laquelle les neumes avaient été conçus, n’était pas aussi défectueuse qu’on pourrait le penser. Ils avaient sur
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la notation en lettres un grand avantage, le degré d’intonation étant représenté par la hauteur ou rabaissement du signe ; c’était un moyen de mettre l’œil en rapport avec ce que devait percevoir l’oreille et exécuter la voix. Ce système, tout im-
f parlait qu’il fût, était donc préférable aux eltrea , qui n’avaient aucune corrélation avec les sons à exécuter. Seulement ce que Ton devait craindre dans une telle notation , c’était la négligence ou l’inhabileté des copistes; car l’erreur était bien facile. C’est ce qui a fait dire à Jean Cotton , auteur ecclesiastique du xu° siècle : « Que si deux personnes discutent sur la valeur des neumes , l’une , s’appuyant sur l’avis de maître Trudon , et l’autre sur le sentiment d’Albinus , un troisième interlocuteur faitintervenir l'opinion de maître Salomon. Si donc il est rare , dit Coiton , que trois s’accordent sur un même chant, encore bien moins mille. » On voit que la plus grande confusion régnait dans le^ principes de la notation ; il était réserw à un homme, dont le nom représente à l’idée une des époques importantes de la musique au moyeu âge, de venir terminer ces discussions par un moyen fort simple.
Gui ou Guido d’Arezzo , moine de Pompose, dont les ouvrages parurent vers le milieu du xie siècle, imagina de placer les neumes dans un système de lignes , en se servant en même temps des intervalles que ces lignes laissaient entre elles , de manière à fixer positivement la place que devait occuper chaque neume.
On doit à Guido une autre amélioration fort importante; elle consistait à tracer deux lignes de différentes couleurs , une rouge et une jaune ou verte, alternativement avec les autres. La première de ces lignes colorées indiquait ordinairement que la note placée dans son trajet était la note fa, et la ligne jaune ou verte était alors réservée à Yut ; précédemment une lettre au commencement de chaque ligne désignait le nom de chaque note. Les perfectionnements de la musique suivirent de près l’invention de la gamme par Gui d’Arezzo. On commença à chanter, dans le xivc siècle , quelques pièces à trois parties , dont la plus basse était appelée ténor , celle du milieu motetus , et celle du dessus triplum. On donna k ces accords le nom de déchant qui d'abord avait désigné l’accord de deux voix. Telle est l’origine de ce qu’on a appelé contrepoint. Dans certaines églises, et spécialement dans l’église de Paris , le dechant était défendu , même aux xiv« et xv° siècles. Un écrivain du moyen âge, appelé Denis le Chartreux „ le traite avec sevé-
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rité; il le compare à la frisure des femmes et à toutes les superfluités du luxe dans les vêtements ; il prétend que le déchant empêche qu’on n’entende le sens de ce qu’on chante. Malgré cette opposition, le déchant fit de rapides progrès, et, dès le xiv° siècle, Jean de Mûris composa un traité sur cette matière.
Il y eut à cette époque une véritable invasion de la musique populaire dans l'Église. On accouplait souvent des mélodies toutes différentes, choisies l’une dans les hymnes ecclésiastiques , l’autre dans les chants profanes. Quelquefois on réunissait trois airs différents , et ces morceaux, k la mode jusqu’à la fin du xive siècle portaient le nom de motets . On composa des hymnes sur des airs populaires , surtout lorsque le clergé eut obtenu que les fidèles ne mêlassent plus aux chants d’Èglise des cris d’histrions , des sifflements , des hennissements, des mugissements, des bêlements, etc. ( Histrio - 'neas vo ces, sibilantes , hinnientes velut vocalis asina , mugienles seu balantes quasi pecora, cité dans Y Histoire de l'harmonie au moyen âge par M. deCoussemaker. Paris, 1852, in-4°.)
Musique de cour ; musique guerrière .
— Il y avait, même au moyen âge, une troupe de musiciens attachés à la cour.
Un règlement de l’hôtel du roi par Philippe le Long, daté de 13 17, et cité par M. Bernhard ( Ecole des Chartres , ire série , III , 379-380) , prouve que , dès cette époque , les musiciens du roi avaient droit à une distribution de vêtements , et une part de pain, de vin et de viande dans les princi pales fêtes. Ils égayaient par leurs voix et par le son de leurs instruments les festins des rois. Charles V, d’après le récit de Christine de Pisan (chap. xvi) , aimait à entendre, à la fin de ses repas, les sons des instruments touchés doucement et mélodieusement. La maison de Jacques Cœur à Bourges avait , dans la salie à manger, une tribune réservée aux musiciens qui jouaient pendant les repas. Il en éta\t de même dans tous les palais et châteaux des rois et des principaux barons. La bourgeoisie même ne négligeait pas la musique. On voit, dans la description de la maison de Jacques Duchié, bourgeois de Paris, en 1434, qu’il y avait « une salle remplie de toutes manières d’instruments, harpes , orgues , vielles y guiternes, psalterions et autres. » ( Jacques Cœur et Charles VU, par M. P. Clément, t. IT , p. 74.)
La musique guerrière remonte aux temps les plus reculés de notre histoire. Les anciens historiens parlent des bardes qui conduisaient les Gaulois au combat.
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Les Francs , comme tous les Germains, avaient leurs chants de guerre, et les poètes du moyen âge nous montrent les Trouvères marchant en tête des armées et répétant léchant de Koland (voy. Bardes, p. 66). Les nacaires et buccines animaient les combattants; c’était en sonnant d'un cor appelé oli fant que Jes chevaliers demandaient l’hospitalité à la porte des châteaux. Les ménestrels jouaient leurs lais en s’accompagnant de la harpe. Dans le roman de Perceforêt , »« une damoiselle moult noblement vêtue, selon son métier ( car elle se mêlait de la ménestrandie ) , se présente au roi Perceforêt qui était à table et demande à faire entendre un lay que douze damoiselles Pavaient chargée de jouer dans l’espérance que les chevaliers pour qui il était lait se trouveraient dans une assemblée aussi noble et aussi nombreuse. Le roi le lui ayant permis, elle accorda sa harpe, sur laquelle elle commença à jouer le lay en même temps qu’elle chantait.» (Sainte- Palaye, v° Musique . )
Un règlement fait pour les ménétriers, en 1349, indique quels étaient alors les principaux instruments de musique. 11 y est question de nacaires ou timbales , du demi-canon ou demi-llûte, du corne t, de la guiteme ou guitare latine, de la flûte Behaigîie ou bohémienne, delà trompette, de la guiterne moresque ou guitare mauresque et de la vielle ou violon ; il faut ajouter les buccines , espèces de cors de chasse, les sambuques , la trompe, Voliphan ou olifant, les cors sarrasmois. On trouvera Pexplication de ces termes dans les paragraphes suivants où il est question des principaux instruments de musique employés au moyen âge. Je me suis servi, pour cette partie de l’article, d’un mémoire de M. Bottée de Toulmon inséré dans le tome VU de la Société des Antiquaires de France , 2e série.
1° Instruments à corde. — Instruments de musique employés au moyen âge. — Lyre. — La lyre des anciens paraît s’être conservée très-longtemps. Fortunat y fait allusion (Carm. X, y) lorsqu’il parle des instruments d’airain qui faisaient entendre de doux murmures :
Laxabat placidos mox œrea tela susurroB.
Le poète compare ici la' lyre à une toile dont la trame serait métallique. Un manuscrit du xc siècle conservé à la Bibliothèque impériale donne un spécimen de lyre à huit cordes de forme antique ( lig* A)% Une clef à très-long manche est implantée dans la barre transversale de cette lyre.
Harpe. — Parmi les anciens instru-
nts de musique un des plus célèbres u la harpe . C’était avec la har\)e que
Fig. A.
les bardes accompagnaient les chants destinés à exalter l’ardeur guerrière des Gaulois et des Germains. Fortunat en parle comme d'un instrument particulier aux barbares :
Rornanusque lyra, plaudat tibi barbarus harpa.
La harpe servait aux troubadours pour accompagner leurs chants. Elle était souvent à celle époque de forme triangulaire et n’avait quelquefois que six cordes.
Malgré l’imperfection d’un pareil instrument, un poète du moyen âge disait:
A la harpe partout telle renommée Qu’autro douceur à li n’est comparée.
On la regardait comme un instrument noble. 11 existe un petit poème intitulé le Dict de la harpe , par Guillaume de Machault, qui vivait au xivc siècle. On y voit qu’à cette époque la harpe avait ordinairement vingi-cinq cordes. Ce poète donne naturellement le premier rang à cet instrument dont il dit :
Mais la harpe qui tout instrument passe Quand sagement bien en joue et compassé.
Les variétés de la harpe étaient fort nombreuses. Elle était désigée sous les noms de psaltérions , cythares , déca cordes Les formes de la harpe étaient aussi diverses que les mots qui servaient à les indiquer.
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La fig. B, tirée du portail de l’abbaye avec une plume. Le psaltêrion donna plus
tard naissance à l’un des instruments
Fig. E.
Fig. D.
qu’on appelait psaltérions. Le roi David est quelquefois représenté sur les monuments accompagnant ses chants avec le psaltêrion , La cythare ( fig. F) était un
instrument triangulaire monté également avec des cordes à boyau.
Parmi les psalté rions, il y en avait que Ton appelait décacordes , parce qu’ils présentaient dix cordes tendues de haut en bas. On se servait d’une plume pour les toucher , dans la crainte que les Mis de lai ion ne blessassent les doigts des musiciens. La figure H, tirée par Willemiri d’un ancien manuscrit offre un spécimen de musicien touchant le psaltêrion
de Saint-Denis construit par Suger, représente une des variétés de la harpe.
Psaltérions ; cythare . • — Les instruments (ici figures D, E) sont de ceux
XJLMRn
Fig. H.
auxquels l’art musical a le plus d’obligations , au clavecin , qui n’est qu’un psaltérion à touche.
Rote. — La rote était un des plus anciens instruments de musique. Il en est déjà, question dans Fortunat (Carm..