‹ Dictionnaire historique des institutionsChapitre 82 sur 224 · livre VII · texte numérisé non relu

livre VII

Chrotta britanna placet.

La rote , d’après ce passage, était originaire de la Grande-Bretagne. M. Bottée de Toulmon prétend qu’on doit y voir le type des instruments qui , de nos jours, ont été désignés sous le nom de vielles , tandis que le mot vielle désignait, au moyen âge, une espèce de violon.

Violon . — Il est difficile de déterminer l’époque précise oii cet instrument apparaît pour la première fois. Il n’est pas probable que le violon ait été connu avant le xi® siècle, quoiqu’on ait prétendu en trouver des spécimens dans des sculptures des siècles antérieurs; mais l’âge de ces monuments n’a pu être fixé avec certitude. On ne trouve jamais le violon représenté dans les belles bibles du ix« siècle , qui offrent un grand nombre d’instruments de musique de formes très-diverses. Au comraire, à partir du xi° siècle, le violon est figuré sur un grand nombre de monuments peints ou sculptés. Le spécimen ci-joint ( fig. I) est tiré du portail de Saint-Denis dont on attribue la construction à Sugcr (xne siècle).

Le violon a longtemps porté le nom de vielle ; ce qui a été une cause de difficultés et d’erreurs pour beaucoup d’écrivains. Le violon et la viole employés dès cette époque étaient très-diflérents de la vielle. Un chapiteau d’un monument du xi° ou xii® siècle de l’église de Saint- Georges de Boscberviîle (Seine-Inférieure)

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fournit un renseigment très-curieux sur les violons déjà usités à cette époque. On y voit un personnage qui joue d’un violon semblable aux nôtres à côté d’un musicien qui joue d’une viole placée entre ses jambes, tandis que d’autres se servent de vielles appelées alors symphonies .

Rebec . — Le rebec était aussi une espèce de violon qui , suivant Millin ( Ant. nat ., IV, art. xli , p. 12), n’avait que trois cordes (iig. J ). Le spécimen ci-joint est tiré d’un manuscrit du xne siècle conservé à la Bibliothèque impériale. Une tradition archéologique représente le rebec comme un instrument grossier. Cependant l\abelais le met à côté des luths et violons ( Pantagruel , III, A 4): «Plus me plaît le son de la rustique cornemuse que les frédonnements de luths, rebecs et violons auliques. »

Guitare. — La guitare ou guiterne était un ancien instrument à cordes pincées.

Sa forme ( fig. L ) était à peu près telle

Fig. L.

que nous ia voyons maintenant. Elle était montée à quatre ou cinq cordes.

Doulcemer . — L’instrument désigné sous ce nom paraît à M. Bottée de Toulmon identique au piano. Il fait venir doulcemer de dulce melos (douce harmonie), et croit que c’était un piano à quatre octaves. Iî suppose que cet instrument était identique au tympanum.

Symphonie . — La symphonie n’était autre que la vielle actuelle. On l’a quelquefois confondue avec la rote , mais à tort, puisque l’on trouve les noms de ces deux instruments en regard l’un de l'autre dans plusieurs passages. Ainsi :

Et eiphones et vielles , liotes et harpes et muselles.

Le mot vielles indique ici un violon, comme dans les passages suivants :

N’orgue , harpe ne ehy fouie ,

Ilote, vielle et armonie.

En s tache des Champs dit de même

Vielle est jeux pour les moustiers (couvents),

Aveugles chiphonie aura t

Choro bruit ; rotho no plaira.

On trouve une représentation de la symphonie ou vielle sur le chapiteau de Saint-Georges de Boscherville, qui donne un spécimen de tous les instruments de musique du moyen âge.

2° Instruments à vent. Orgue. — L’orgue est un des plus anciens instruments à vent. Dès 757 , Pépin le Bref avait reçu un orgue de l’empereur d’Orient Constantin Copronyme; c’était le premier qu'on eût vu en France. Un poëme latin du x® siècle cité par Mabillondans 1 y Histoire des Bénédictins (t. V, p. 628) décrit un orgue qui avait vingt six soufflets, que soixante-six hommes mettaient en mouvement. On trouve souvent des représentations d’orgues dans les manuscrits des xiii® et xiv« siècles.

Flûte . — Cet instrument connu de toute antiquité était encore en usage au moyen âge. Guillaume de Machault , dans sa nomenclature des instruments de musique au moyen âge , dit , en parlant des flûtes , qu’il y en avait ;

Plus do dix paires ,

C’est-à-dire de XX manières Tant do fortes comme de légèros.

La flûte breliaigne ou béhaigne était le flageolet qu’on désigne sous le nom populaire de mirliton.

Muse. — La muse ou cornemuse étai* une espèce de hautbois : des instruments du môme genre étaient désignés sous les noms de chalemelle ou chalemie , de bombarde et de cromorne ; je renvoie pour les détails minutieux au savant ti ai té de M. Bottée de Toulmon. La doucatne était encore une espèce de hautbois ainsi que le fagot.

Chevrette. — Espèce de musette dont on se servait principalement aux xn®, xmc et xivc siècles. Cet instrument est encore désigné dans le Gâtinais, le Li-

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mousin et la Bourgogne , sous le nom de chevre , chièvre et chiore.

Musette. — Instrument h vent composé do deux chalumeaux , d’un bourdon et d’une peau qui s’enfle au moyen d’un soufflet, lequel tait partie de l’instrument. Le cylindre ou bourdon de la musette à cinq concavités que l’on ouvre et que l’on ferme avec cinq morceaux de bois, d’ivoire ou d’autres matières que l’on appelle layettes. Il existe un 'Traité de la Musette, par Bourgeon (Lyon, 1672, in-fol.).

Buccine ; olifant. — La buccine était un instrument à vent qui répondait à notre cor de chasse et au cornet à bouquin des paires. Dans un poëme où l’on célèbre les louanges de Bérenger ( De laudibus Berengarii , t. VIII du recueil des historiens de France ), les chasseurs se rassemblent au son de la buccine. C’était une espèce de corne recourbée , telle qu’on la voit figure M.

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Fig. M.

On lui donnait aussi le nom d’oliphan ou olifant. Ces cors étaient quelquefois en ivoire et c’était alors surtout qu’on les appelait oliphans. Du Cange parle dune buccina porcilis, qui devait être la meme chose que le cornet à bouquin des bergers.

Buisine. — Trompette de métal. Froissant dit en parlant du Jugement dernier :

Saint Jehans, saint Mars et saint Lus,

Et sains Mallieu droit là seront 9 Qui leurs buisines sonneront,

Dont resusciteront les morts.

La buccine et la buisine pourraient bien n etre que des variétés d'un même instrument.

Trompe , saquebute — La trompe était un instrument à peu près de même usage et de meme nature que la buccine. On sait que les Suisses marchaient au combat au son de deux trompes qu'on appelait le Taureau d’Uri et la Vache d’Unterwal aen, dont les sons formidables jetaient -épouvanté au cœur des Bourguignons.

La saquebute était aussi une espèce de ±S?nQette 9 ^ue Plus tard on a nommée trombone. Les cornets étaient primitive-

ment de simples cornes d'animaux ou cornets a bouquin. Dans la suite on y pratiqua des trous , et ils prirent différents noms, et, entre autres , celui de serpents .

Cors sarrazinois. — Les cors sarrazi nois , dont parlent les poèmes du moyen âge , paraissent avoir été des instruments bruyants qui animaient les soldats au combat, comme les tambours et trompettes. Il en est question dans le Roman de la Rose :

Si ot maintes armonies ;

Tabours et cors sarrasinois iintr eux main en t grand tabarois.

3° Instruments à percussion. — Les principaux instruments à percussion étaient le tambour , que l'on appelait aussi ueaon. Cet instrument paraît avoir été emprunté aux Arabes. Les tambours de basque ont aussi été en usage au moyen âge. On les appelait alors tymbres, comme le prouve le passage suivant où il est question de jeunes filles représentées avec des tambours de basque : « Au mineu de jeunes meschinettes (servantes) tymberesses. Car ce signifie li timbres , qui est un estrumenz de musique qui est couvert d'un cuir sec de beste. » Et, dans le Roman de la Rose :

’ • • • Qui no fmaient (cessaient) do ruer

Le tymbreen haut et recueillaient

Sur un doi , que onques défaillaient

Nacaires . — Les nacaires ou nac quaires, dont parlent Joinville et beaucoup d autres chroniqueurs du moyen âge ^étaient des timbales dont l'origine parait aussi asiatique. Les cimbales se nappaient les unes contre les autres.

Les clochettes formaient une espèce de carillon , ainsi que le prouve le chapiteau de 1 eglise de Saint-Georges de Boscherville. La trepie était probablement le triangle dont on se sert dans la musique militaire, et même dans les orchestres.

On désignait sous le nom de marronettes un instrument analogue aux castagnettes.

Les deux noms viennent de la forme de cet instrument analogue à celle des marrons ou des châtaignes.

Ci tôle , choron. — La nature de la cttole est douteuse. D'après M. Bottée de Toulmon, c'était probablement un instrument à cordes analogue à la lyre. Le choron paraît avoir été semblable à la musette. Il est aussi question d'un instrument, appelé tantôt eschaqueil , tantôt eschiquier , dont la forme n'est pas bien déterminée. Je renvoie pour d’autres instruments du même genre au mémoire qui m'a fourni presque tous les détails relatifs à la musique du moyen âge.

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§ II. De la musique en France depuis

L« XVIe SIÈCLE JUSQU’A NOS JOURS. — Il y

eut une révolution dans musique comme dans tous les arts au xvic siècle. François 1er établit une musique cle sa chambre, outre la musique de la chapelle. Elle le suivit en 1 5 1 5 à la bataille de Marignan , et , se joignit à Bologne à la musique de Léon X pendant le séjour qu'y firent ces deux souverains. Le goût de la musique italienne commença à se répandre en France. Un musicien de Mantoue , nommé Albert, avait alors grande renommée et obtint une pension de François 1er. Ce nouvel Orphee a mérité d'être chanté par Marot :

Quand Orphéus revîendroit d’Elysée,

Du ciel Phœbus plus qu’Orphéus expert ,

Ja ne scroit leur musique prisée

Pour le jourd’huv tant que celle d’Albert.

Le Franc-Comtois Claude Coudimel , qui ouvrit le premier une école publique de musique à Home, forma, entre autres musiciens, Claude de Sermissy, maître de chapelle de François Ier. Catherine de Médicis amena en France une troupe de musiciens italiens. «< Elle rendait la rnesse fort agréable, dit Brantôme ( Dames illustres), par les bons chantres de sa chapelle, qaelle avait été curieuse de recouvrer des plus exquis musiciens. Aussi naturellement elle aimait la musique , et en donnait souvent plaisir à la cour dans sa chambre qui n'était nullement fermée aux honnêtes dames et honnêtes gens. »

Sous Charles IX, Jean-Antoine Baïf établit à Paris une académie de musique dans le faubourg Saint-Marceau; cette société donnait des concerts auxquels le roi assistait une fois par semaine. Il avait même fait venir de Bavière un musicien célèbre , dont parle de Thou (livre LVII). On cite encore Eustache du Cauroy, maître de chapelle de Charles IX et de Henri 111. La plupart des anciens Noels étaient, dit- on, des airs de gavottes faits par du Cauroy pour Charles IX. Ce fut lui qui composa la musique exécutée aux Grands-Augustins le jour de l'établissement de l’ordre du Saint-Esprit. Le mariage de Marguerite de Lorraine, bellesœur de Henri lit, fut l’occasion d'une fête brillante. Ronsard et Baïf fournirent les paroles ; Beaulieu et Salmon composèrent la musique; il y eut aussi un ballet-comique, dont les paroles étaient de La Chesnaye et la musique des mêmes artistes. L’exécution de ce ballet inspira aux Français du goût pour ce genre de plaisir, et c’est alors qu’il s’établit une troupe de musiciens h l'hôtel Bourbon.

Plusieurs fêtes furent données à l'imita-

tion de celle qu’on vient de rappeler. La reine , femme de Henri III , en donna une au Louvre , qui Unit par un ballet de Cérès , dont la musique était de Claudin , le plus célèbre musicien qu’on eût encore vu en France ; les airs de danse étaient de l’italien Baltazarini qui s'appela depuis Beaujoyeux ; c’était un des meilleurs violons de l'Europe.

En 1585 , on établit une musique dans plusieurs églises de Paris. A l'imitation des Italiens, et principalement de Claude Monteverde, on perfectionna l'instrumentation ; Forchesire qui accompagna l'opéra d’Orphée se composait de deux clavecins, de deux grandes violes à treize cordes, d’une grande harpe double, de deux violons français , de deux guitares , de deux orgues, de quatre trombones, d’un flageolet, d’un clairon et de trois trompettes. Sous Henri IV, Cominy, assez bon musicien , fut maître de musique de la chambre ou de la musique de la cour. Louis XIII fut si content d’en tendre le célèbre du Manoir jouer du violon qu'il lui lit expédier, en 1630, une patente de roi des violons. Le violon devint l’instrument favori au xvne siècle. Les vingt-quatre violons formaient la principale musique des fêtes du roi et des particuliers ( voy. Violons du roi ). Les ballets donnés par les princes avaient lieu au son des violes et violons . « Ce soir, dit le journal de Dubuisson-Aubenay, à la date cftl 12 mars 1650 (voy. plus haut, p. 805), ce soir, le ballet de Monbrun-Souscarrière, ou en douze entrées, plus ou moins, se dansèrent toutes les vieilles danses , bourrées, pavanes, voltes , etc.; et conduit par une viole et uri violon masqués et habillés en ballet, s'est donné au palais d'Orléans (Luxembourg). » En 1644, le cardinal Mazarin lit venir d’Italie les plus fameux musiciens pour donner une première représentation d’opéra (voy. ce mot) qui fut joué dans la salle du Louvre; le sujet était les Amours d' Hercule. Lulli lit la musique des ballets, ce fut son début. En 1660, parurent Lambert et Bosset qui créèrent un nouveau genre de chant. Cambert, surintendant de la musique de la reine mère , mit en musique les deux premiers opéras de l’abbé Perrin , qui furent joués, l’un en 1659 , et l’autre en I67i. Cependant jusqu'à Lulli, la musique fut en quelque sorte au berceau. Il fut le premier, en France, qui fit des basses, des milieux, des fugues. On eut d’abord de la peine à exécuter ses compositions, qui, depuis, parurent simples et aisées. Les airs détachés, les ariettes, ne répondaient pas à la perfection des grandes scènes d’Atys , d'Armide et de Roland.

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