‹ Dictionnaire historique et biographique des géneŕaux FrancaisChapitre 4 sur 12 · TU · texte numérisé non relu

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de LECQUES, voyez de Ciïaumont.

LEFEBVRE (François-Joseph) , duc de Dantzick, pair et maréchal de France , naquit à Rastach, en Alsace, le a5 octobre 1^55. Il s'enrôla volontairement, le io septembre 1773, comme soldat, dans le régiment des Gardesfrançaises. Le maréchal de Biron, qui reconnut et qui aimait dans Lefebvre un caractère ferme et propre à prendre de l'empire sur le soldat, le nomma premier sergent dans ce régiment, le 9 avril 1788. Au commencement delà révolution française, le régiment des Gardes ayant été licencié , Lefebvre prit du service dans le bataillon de Paris, portant le nom de la section des Filles Saint-Thomas. 11 y fut blessé deux fois, Tune en protégeant la rentrée de la famille royale aux Tuileries, et l'autre en assurant, plus tard, le départ de Mesdames, tantes de Louis XVI. Les circonstances ayant changé la hiérarchie de l'avancement dans les emplois militaires, Lefebvre fut un de ceux qui s'élancèrent alors dans une carrière où son génie, soc goût et ses talens lui promettaient des succès. Devenu d'abord capitaine au i3* régiment d'infanterie légère, il joignit les armées, se signala par plusieurs actions d'éclat, et ne dut qu'à elles chacun des autres grades qui lui furent conférés. Nous ne le suivrons pas dans tous ses premiers faits d'armes, et nous ne ferons partir ses exploits que des combats de Lambach et de Giesberg, après lesquels il obtint le grade de général de division , en recompense du zèle et du courage qu'il y avait déployés, à la téte de deux divisions. En janvier 1794, il fut chargé, par le général en chef Hoche, d'assiéger, avec 00,000 hommes, le fort Vauban, dont les Autrichiens s'étaient emparés. 11 poussa les travaux avec uue telle activité, que les ennemis évacuèrent ce fort, dans la nuit du 16 au 17. Il entra ensuite dans le Palatinat, à la tète de 17 bataillons, et bloqua la tête du pont de Manbeim , par la rive gauche du Rhin. U concourut aux succès des combats d'Apach , de Sainte-Croix et de Dînant , et à ceux des deux batailles d'Arlon. Ugagna, seul, Fa flaire de Nicdelauge, et prépara ainsi la victoire que les Français

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remportèrent àFleurus, le a6 juin 1794. Dans celte célèbre journée , Lefebvre, qui commandait l'avant-gjrde de Parmée de Sambre-et-Meuse , défendit d'abord très-glorieusement la position qui lui avait été confiée, et contribua ensuite à déloger les Autrichiens du village de Lambussart : il eut un cheval tué sous lui pendant l'action (1). La campagne de 1794 fut encore marquée par quatre nouvelles victoires, remportées à M ni mont , Nivelles, près de Florival , et près de Finnois I. Lefebvre gagna , avec sa seule division , la première de ces affaires , et concourut au succès des trois autres. II commanda encore l'avant- garde , le 2 octobre, a la bataille d'Aldenhoven, qui fut suivie de la prise de Julliers. A l'ouverture de la campagne de 1795, la division du général Lefebvre , placée sous les ordres du général Kléber, que Jourdan avait chargé d'effectuer le passage du Rhin vis-à-vis de Dusseldorff, se mit la première en mouvement, le 5 septembre 1795, et débarqua sans obstacles à Eichelkamp, petite ville du grand -duché de Berg, comprise dans une ligne de neutralité fixée parle trailé de Baie , et qui était alors occupée par quelques troupes prussiennes. L'officier qui y commandait ayant voulu faire quelques plaintes sur la violation de la neutralité , Lefebvre lui répondit : «Je suis soldat, je dois obéir : le général Kléber commande ici (a).» Il ordonne en môme temps à son avaut-garde de se porter en avant , sur la route

(1) Une bombe ayant mis le feu à dei caissons remplis de poudre, l'armée française parut enveloppée d'un nuage de flamme et de fumée. Cet événement jeta un moment la terreur parmi le» soldats français, et quelques bataillons demandèrent à grands cris Tordre de la retraite. « Nous retirer, dit Lefebvre à ses soldats, quand nous pouvons combat- » tre et mourir avec gloire ! Non, non, point de retraite. » A ces mots, qui retentissent dans tous les rangs, les Français s'élancent sur les Autrichiens, et les enfoncent.

(2) L 'électeur- palatin, auquel appartenait le duché de Berg, n'ayant pas, aux termes du traité de Bâle, retiré de l'armée impériale le contingent de troupes qu'il y avait fourni , les commissaires de la convention décidèrent que les Français pouvaieut passer à Eichelkamp, sans violer le traité de neutralité conclu avec la Prusse.

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de Duisbourg à DusseldorlT; attaque avec vigueur le poste de Spick, et s'en rend maître, après un engagement vif et meurtrier, pendant lequel il est grièvement blessé d'un coup de feu , au moment où à la tête de ses braves , il leur montrait lui-même le chemin de la victoire. Il force ensuite le passage de l'Augersbach, et tourne 20,000 Autrichiens campés dans une formidable position , entre Hoeehum et Wetzlar. Le 10 du même mois, toute l'armée de Sambre-el-Meuse se trouvant établie sur la rive droite du Rhin, le général Jourdan la mit de nouveau en mouvement. L'avant-garde, commandée par Lefebvre , eut, le même jour, avec l'arrière-garde autrichienne, un engagement assee vif, dans lequel les Français conservèrent l'avantage. Le i3, Lefebvre, ayant trouvé les ennemis retranchés sur leS hauteurs de Blankenberg, les en délogea, après un combat sanglant. Il s'empara de Wetzlar sans éprouver beaucoup de difficultés, et s'y saisit d'un convoi d'effets d'habillement. En ij-cjG, Lefebvre fut employé à l'armée de Rhin et-MoseHe , et sa division , forte de 10.000 hommes, Se trouva placée dans le corps d'armée aux ordres de Rléher. Le 5i mai, jour de la rupture d'un armistice avec les Autrichiens. Lefebvre passa PAgger, et se rendit maître du pont de Siègberg, que les bataillons ennemis avaient défendu avec beaucoup de vigueur. Il commanda le centre du corps d'armé de Rléber au combat d'Altenkirchen , le 4 juin > enleva la formidable position de ce nom, et concourut puissamment aux succès remportés dans cette journée. L'archiduc Charles d'Autriche ayant passé la Lahn, à Wetzlar, le i5 juin, repoussa les avantpostes du général Soull sur les hauteurs au-delà de la Dill. Lefebvre accourut sur la route de Wetzlar pour s'opposer à l'archiduc, qui manifestait le dessein de faire le lendemain une attaque générale. Malgré toute l'étendue du danger qu'il courait en résistant à des troupes infiniment supérieures en forces , le brave Lefebvre ne se détermina pas moins à disputer le terrain avec vigueur. Cette généreuse résolution fut d'abord couronnée du plus grand succès; et les Autrichiens, à la rencontre desquels LefenvT*

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avait marché, furent contraints de se replier; mais, après un long combat sur plusieurs points à la fois, la valeur du chef et le courage du soldat furent obliges de céder au nombre, et Lefebvre opéra assez heureusement sa retraite à la faveur de la nuit : il avait perdu, dans cette journée, 5oo hommes et plusieurs pièces de canon. Le 3o juin , H marcha sur Siégen, et s'avança contre l'ennemi jusque dans les montagnes de k alten^ieh Informé que le général autrichien Rray occupait dans ces montagnes une forto position retranchée, en arrière de Wildendorff, il résolut de l'attaquer, et lit marchera cet effet sa division sur trois colonnes , le 4 juillet. L'aspérité des lieux et les difficultés des chemins , à travers des monts arides et des précipices , ne purent arrêler les Français, qui, quoique harassés de fatigues, gravirent les hauteurs, tournèrent les retranchements, et mirent d'abord l'infanterie autrichienne en déroute. Rray fit alors avancer sa cavalerie et son artillerie; cette dernière foudroya les troupes de Lefebvre , qui pouvaient être obligées à leur tour de reculer, lorsqu'une coin* pagnie d'artillerie légère vint à leur secours, et, par un feu bien dirigé , fit taire celui de l'ennemi et ébranla sa cavalerie. Une charge ordonnée à propos par Lefebvre acheva de jeter te désordre dans les rangs autrichiens , et Kray opéra sa retraite, après avoir perdu un bon nombre d'hommes tués et Goo faits prisonniers. Lefebvre concourut au passage de la Lahn, le 9 juillet. Marchant, avec l'ordre de se porter sur Bornheim et Offenhcim , et de passer la Weter sur ces deux points, il enleva, le ios (es deux villages que nous veuons de nommer, et s'empara ensuite des hauteurs en arrière du village de Frauerbach, malgré les efforts que faisaient les Aulfichiens pour conserver ces différentes positions. Il eut part, le 1a millet, à la prise de Francfort : un armistice fut alors conclu. A la reprise des hostilités , dans le courant du même mois , le générai Lefebvre eut le commandent en), de l'avant- garde de l'armée de Sambre-et- Meuse : cette avant- g-trde, forte de 12,000 hommes, se porta sur la Ivintz , à la poursuite du général autrichien Wcxnet-k. Le général Leiehvi\e fit capituler, le 3 août, la

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place de Kœnigshoflfcn, où Ton trouva 69 pièces de canon et quelques munitions. Il continua à prendre une parttrèsactive aux succès de l'armée de SambreetMeuse, combat tit avec distinction à Wurlzhourg. Dans la retraite de cette armée, d'abord sur la Lahn, puis sur le Rhin, il se distingua par les manœuvres et les actions vigoureuses qu'il fît exécuter. £11 1797, il eut , à l'ouverture de \s campagne, le commandement de l'aile droite de l'armée de Sambreet-Metise, alors sous les ordres du général Hoche. Il se trouva au passage du Rhin, à Neuwied, le 17 avril; attaqua et enleva , à la baïonnette , le village et les retranchements de Bendorff(i). Il ne porta ensuite sur Limbourg, et de là sur Francfort, qu'il lit attaquer. Déjà un régiment de chasseurs à' cheval de son corps d'armée s'était introduit dans cette ville, pêle-mêle avec les ennemis , et le général Lefebvre se préparait à y entrer lui-même , lorsqu'il fut obligé de s'arrêter, à la nouvelle qui lui parvint des préliminaires de paix signés à Léoben , entre la France et l'Autriche. Après la mort du général Hoche, qui eut lien le i5 septembre 1797, le général Lefebvre prit, comme le plus ancien général de division, le commandement en chef provisoire de l'armée de Sambre-et-Meuse. En mars 1799, la guerre ayant éclaté de nouveau entre la France et l'Autriche, le général Lefebvre eut le commandement de l'avantgarde de l'année du Danube , aux ordres de Jourdan. Il enleva, le 20, les positions de Holtzkirchen , de Z,ieben et de Bachau[>ten, malgré la vive résistance des ennemis. Attaqué , le ai, à Oslrach , il défendit cette position avec beaucoup de vigueur, marcha lui-même à la tête des grenadiers, et reçut une balle au bras gauche ; ce qui l'obligea de quitter le champ de bataille : les Français furent obligés de céder au nombre, et de se replier derrière l'Ostrach. Le général Lefebvre étant rentré en France, reçut du directoire une armure complète et le commandement de la 17* divi-

(1) La Taleur qu'il déploya en cette occasion lui mérita une lettre dt félicitation , qui lui fut adressée par la directoire exécutif.

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sion militaire ( Paris ). Il fut porté sur la liste des candidats pour le directoire-exéoutif. Il se rangea dans le parti de Buouaparte, lors de la révolution du 18 brumaire an 8 (9 novembre 1799); accompagna au conseil des cinq-cents ce général, qui l'avait fait sou premier lieutenant , et l'enleva de la salle au moment où il vit les poignards se lever sur lui. Buouaparte étant devenu premier consul, Lefebvre fut confirmé dans le commandement de la i<?* division militaire. Il eut aussi celui des 14* et 1 5* divisions militaires, et seconda parfaitement les dispositions du premier consul pour soumettre et pacifier les départements de l'Eure , de la Manche, du Calvados et de l'Orne. 11 fui élu membre du sénat-conservateur , le 1" avril 1800, et créé maréchal d'empire, le 19 mai 1804. Il devint successivement chef de la 5* cohorte de la Légion -d'Honneur, grand officier, puis grand-aigie de cette même Légion. Il reçut, en i8u5, l'ordre d'Espagne de Charles III. Dans la même année , l'empereur Napoléon faisant ses piéparatifs pour marcher au secours de la Bavière , envahie par l'Autriche; le maréchal Lefebvre reçut le commandement des cohortes de gardes nationales des déparlements de la Roër, de Rhin -et Moselle, et du Mont-Tonnerre. Au commencement de la campagne de 1806, contre la Prusse, Napoléon lui confia le commandement des corps de tronpesalliées,cantonnés dans la Haute- Bavière. Il commanda l'infanterie de la garde impériale à la bataille d'Iéua, le 14 octobre. En janvier 1807, il réunit le 10* corps d'armée à Ttioru, pour la défense de celte ville , et pour parer aux événements qui pourraient survenir sur la Vistule pendant la campagne de Pologne. Vers le 9.5 février, le maréchal Lefebvre se prépara , d'après les ordres de Napoléon , à faire, avec ce corps d'armée» le siège de Danizick. Dès le mois de mars, il fit resserrer les approches de cette place. Il s'empara , le 16, du village de Stolzemberg, et se rendit maître ,1e 19, de l'Ile de Nehrung, dont la possession interrompait toute communication entre Dantzicket Kœnigsberg. La garnison de Danizick lit, le 26, une forte sortie; mais le maréchal Lefebvre, qui avait bien pris toutes ses mesures , repoussa les assaillants;

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et ce fut a la suite du combat livré à celte occasion qu'il fit ouvrir la tranchée devant la place, dans la nuit du i* au a avril. Il pressa très-activement tous les travaux dusrége. Il fit enlever de vive force, dans la nuit du 6 au 7 mai, l'Ile de Flolm, d*où Ton délogea i5oo Russes et «200 Prussiens (1 ). Secondé par le maréchitl Lannes, qui lui amena des renforts, le 12 mai, Lefebvre fit pousser plus vigoureusement encore les attaques el le bombardement de la ville et des forts, lise préparait même à leur donner Passant, lorsque le général prussien Ralkreutb, gouverneur de Danlzick. , entra, le 21 mai, en pourparlers pour cette capitulation , qui fut arrêtée et signée , le 2 '4. La garnison sortit, le 26 , avec les honneurs de la guerre; et les Français entrèrent dans la place, qui était abondamment pourvue d'artillerie, d'armes et de munitions (2). En récompense de la beHe conduite qu'il avait tenue pendant ce siège , le maréchal Lefebvre fut créé duc de Danlzick, par lettres- patentes datées du 28 mai, et cette dignité fut déclarée transmissibie à ses descendants. Après la reddition de t>antziek, le maréchal Lefebvre alla, avec le io* corps, se placer en ligne dans la grande-armée. En 1808, il suivit Napoléon à l'armée d'Espagne , et y eut le commandement d'un corps d'armée composé de 5 divisions. Il gagna la bataille de I>urago,lo 5i octobre; s'empara de Bilbao, le 1" novembre; poursuivit l'armée de Blacke, et la battit complètement sur le* hauteurs de Guenès, le 7. Il concourut au gain de la bataille d'Espitiosa , le 10 du mémé mois. Il s'avança ensuit© ▼ers la Nouvelle-Casliile , par Valladolid, et occupa Ségo-

(1) A cette affaire, un soldat du 1 a» régiment d'infanterie lépère Ke distingua par un trait d'h^roïame semblable à celai du chevalier d*A-*sas. Ce soldat , nommé For tu ru s, s'étant porté en avant, tomba au milieu d'un détachement russe, Quelques instants après, le détachement ennemi fut lui -môme tourné par une compagnie du ia« léger. Les oJ- Cciers russes se mirent alors â crier : • Ne tirer pas, nous sommet. Français. . Menacé d'être tué s'il parlait , Fortunas s'étrieàson tour: «Ti- • lea , tirei , mou capitaine ; ce sont des Russe». »

(a) ta prit* de D-ntxick eut Heu , après 5i jours de tnmcbéc ouverte.

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vie , îe 3 décembre. Rappelé à la grande-armée d'Allemagne, en 1809, il y eut, dès Pouvcrture de la campagne contre l'Autriche, le commandement en chef des troupes bavaroises. Ce commandement lui fut conféré par Napoléon, avec l'approbation du roi de Bavière. II combattit, à la tête de ce corps, aux batailles de Thann , d'Abensberg et d'Eckmùlil. Après l'évacuation de la Bavière par les Autrichiens, le maréchal Lefebvre accompagna le roi Maximilien à Munich, sa capitale , cl s'avança de là vers le Tyrol pour se mettre à la poursuite du corps du général Jellachich, et assurer, de ce côté, les derrières de l'armée française. Il battit àColling les troupes de Jellachich. Ayant rencontré à Vorgcl le général Chasleler, à la tête des insurgés tyroliens, il le culbuta, et lui prit 700 hommes et 12 pièces de caoon. Il enleva la forte position de Srrull- Pass, et prit à l'ennemi 7 pièces de canon et 600 hommes. Devenu maître du Tyrol , il entra à Inspruck et ordonna le désarmement de tous les Tyroliens, en même temps qu'il leur annonça le pardon que Napoléon et Maximilicn accordaient à ceux qui ne feraient aucune résistance. En a 8 1 1 , il présida le collège électoral de Rhiu-et- Moselle. En 1812, pendant la campagne de Russie et la désastreuse retraite de Moskow, il commanda en chef la vieille garde impériale. En 18 15, lors de l'invasion des troupes alliées en France, le maréchal Lefebvre reçut de Napoléon, le commandement de l'aile gauche de l'armée française. Il combattit avec sa valeur et son dévouement accoutumés à Mon toi ira il, à Arcis sur- Aube et à Champ Aubert, où il eut un cheval tué sous lui. En 1814, après la déchéance de Napoléon , à laquelle il avait adhéré , et la restauration du trône den Bourbons, le duc d»* Dantzick fut créé par S. M. Louis XVIH , chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint- Louis , le 2 juin . et pair de France, le 4 du même mois. En 181 5, pendant les cent jours , il fut nommé membre de la chambre des pairs créée par Buonaparte , et envoyé par cette chambré , comme commissaire auprès» de l'armée. Après la seconde restauration , il fut compris dans la loi d'cxciiuion concernant les pairs créés par Buonaparvn* ai

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te. En 1816, S. M. le confirma dans son grade de maréchal de France, et lui en remit le bâton. Il fut créé pair de France, le 5 mars 1819. Il mourut à Paris, le 14 septembre 1820. Le maréchal Lefebvre s'était acquis la réputation d'un des meilleurs généraux de l'armée française, et il l'avait justifiée par un courage réfléchi , un coup d'œil juste et une expérience consommée (1). [Etats militaires, Moniteur, annales du temps.)

LENOIA (Auguste-Nicolas, barotî), maréchal-de-camp, naquit à Paris, le 29 juillet 1776. Il en ira au service, le i" septembre 1795, comme volontaire au 2* bataillon de Paris (qui devint 9' bataillon), y fut fait fourrier, le 19 juillet 1 - n 1 . et sergent, le 19 novembre suivant. Il passa à la 98* demi-brigade d'infanterie de ligne (depuis 92' régiment), le 18 mars 1799, et fut nommé sous lieutenant, le 21 juillet de la même année. On le nomma lieutenant, le 6 novembre 1801 ; adjudant-major, le 7 février i8o3, et il devint capitaine (adjudant-major}, le 6 août 1804. Depuis son entrée au service jusqu'au 2? septembre i8o5, il avait pris part à la mémorable campagne de 1794, et s'était trouvé aux sièges de Menin, d'Ypres et de Nieuport, et aux batailles de Turcoing et de Courtray. Il avait fait

(1) L'éloge du maréchal Lefebvre a été prononcé à la chambre des pairs, par le maréchal Suchet, duc d'Albuféra, dans la séance du ta juin 1831. On y trouve cette citation qui fait le plus grand honneur au maréchal Lefebvre. En 1794, un représentant du peuple, des plus exaltés, lui die un jour d'un ton fort animé : • Général, je sais que dans les corps que *vous commande* , vous maintenez en place des individus de la caste

• nobiliaire; la loi les frappe de réprobation : faites-les-moi connaître; je «dois remplir à leur égard les intentions du gouvernement.» Lefebvre répondit : • Je ne connais sous mes ordres que des guerriers dignes de

• la patrie, qu'ils ont défendue vaillamment jusqu'à ce jour. Je me ■ rends garant d'eux tous , sans en excepter un seul. »

On remarque dans le discours du maréchal Suchet le jugement qu'il portt du duc de Dantzick : « Il sut profiter des leçons de Turenne et » du maréchal de Saxe. Comme le premier, il fut sage et modeste ;

• somme le second , il fut actif, audacieux et prudent. •

les campagnes de 1795 en Hollande; de 1796 et 1797 à Tannée de Sarabre-et- Meuse; de 1798 contre les insurgés du Brabant; de 1799 contre les Anglais et les Russes dans la Nord-Hollande; et de 1800 à Tannée gallo-batave. 11 avait servi avec son corps, pendant les années i8o3 , 1804 et partie de i8o5, aux camps de West-Cappel (île de Walcheren) et d'Utrecht , et sur la flotte du Texel. Il passa capitaine adjudant-major aux grenadiers à pied de la garde impériale, le 21 septembre i8o5, et se trouva aux batailles d'Ulm et d'Austerlitz. Il fît les campagnes de Prusse et de Pologne, en 1806 et 1807, et celle d'Espagne, en 1808. Nommé chef de bataillon au 4' régiment des tirailleurs de la jeune garde, le 29 avril 1809, il servit avec ce corps à la grande-armée d'Allemagne , et fit la campagne contre l'Autriche. Il passa de nouveau en Espagne avec son régiment, et y servit en 1810 et 1811. Promu au grade de colonel-major du premier régiment de tirailleurs de la jeune garde, le 8 février 1812, il marcha à la tête de ce-corps dans l'expédition contre la Russie. Lors de la désastreuse retraite de Moscou, il eut la jambe droite emportée par un boulet de canon, au combat de Krasnoï, le 17 novembre, et subit, par suite de cette blessure, une captivité de 18 mois. Rentré en France, en 1814, après la restauration du trône des Bourbons, S. M. Louis XVIII le créa maréchalde-camp, le 21 décembre de la même année. On lui donna , le 20 janvier 18 15, le commandement d'armes de la place de Dunkerque, qu'il conserva fidèle au roi jusqu'au 24 mar» suivant. Obligé à cette dernière époque d'obéir aux ordres du ministère de Buonaparte , le maréchal-decamp Lenoir parvint à maintenir l'ordre et la tranquillité à Dunkerque, et à y empêcher tout mouvement réactionnaire. H fit rentrer cette place sous l'obéissance du roi , aussitôt après la seconde chute de Buonaparte , et même avant le retour de S. M. Louis XVIII dans sa capitale. Il fut maintenu dans son commandement, le conserva jusqu'au 1" janvier 1816, et ne le quitta que pour être admis à la retraite , par suite des dispositions de l'ordonnance du ier août précédent, relative aux officiers mutilés au service.

Le général Lenoir avait été, sous le gouvernement de Napoléon, créé membre de la Légion -d'Honneur , le 26 mai 1808, officier de 1* même Légion, le 6 mai 1812, et titré baron d'empire. S. M. Louis XVIII Ta nommé chevalier de Tordre royal et militaire de Saint-Louis, le 25 juillet 1814» et lui a accordé la décoration de commandeur de Tordre royal de la Légion-d'Honneur , le 3i janvier 181 5. Sur la recommandation de S. A. R. Mgr. le duc de Berry, le marquis de Latour-Maubourg appela le général Lenoir près de lui, lors de son avènement au ministère de ta guerre, et lui confia la direction de Timpnrtant bureau de Tinfanterie. Le généra! Lenoir a élé créé vicomte, par ordonnance royale du i*r mai 1821. Il est maintenant classé parmi les maréchaux-de-camp disponibles. (Etats militaires , Moniteur, annales du temps. )

de LENONCOURT (Henri , marquis) , maréchal-général des camps et armées du roi, se trouve qualifié, dans différents auteurs, lieutenant du roi en Champagne, depuis 1 5 5 '1 jusqu'en i585. Il était lieutenant de la compagnie de 3o lances de M. de Piennes, dè.4 i563, et il passa, en 1567, lieutenant de celle du chevalier d'Angoulême, fils naturel d'Henri II. Il devint gentilhomme de la chambre de François de France, duc d'Aleuçon, eu i5^o , et fut nommé chambellan du même prince, en i5?3. On le créa successivement chevalier de Tordre de Saint- Michel , gentilhomme ordinaire de la chambre du roi , et consciller-d'état. Il fui fait maréchal-de»camp' général, conjointement avec Jean de Léaumout , sieur de Puigaillard, par provisions du 2 octobre 1677, et nommé chevalier désordres du roi, le 3i décembre i5bo. Aucun histoiien ne rapporte un seul fait militaire qui le concerne. M mourut, le 5i décembre i584, âgé de 47 ans. (Chronologie militaire y tonu II, pag. ai.)

de LÉOCOURT, voyez Bechet.

de LÉON, voyez de Rohaf.

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LEPIC (Louis, comte), lieutenant-général, naquit à Montpellier le 20 septembre 1765. Destiné dès sa plus lendre enfance au métier des armes, il entra au service le 17 mai 1781 (à l'âge de i5 ans et demi ), comme simple dragon dans le régiment de Lescure, qui devint successivement dragons de Montmorency et 2* régiment de chasseurs à cheval. Après avoir obtenu dans ce corps tous les grades inférieurs qu'il dut à sa bonne conduite, il passa brigadier dans la garde constitutionnelle du roi Louis XVI, en 1792* et y servit jusqu'au licenciement. Il entra dans la division des volontaires nationaux à cheval, en qualité d'adjudantmajor, le 14 septembre 179a, et fut nommé lieutenantcolon ri de ce corps, le 8 octobre suivant. Il passa, le 7 mars 1793, lieutenant colonel du 21" régiment de chasseurs à cheval , qui prit depuis le n# 1 5e de la même arme. Envoyé avec son régiment à l'armée de l'Ouest , il arriva à Nantes, au mois de juillet, èt se trouva, sous les ordres du général Beysser, à la prise de Montaigu , le 16 septembre suivant. Il combattit aussi lors de la reprise de cette ville par les généraux vendéens Bonchamps et Charette, le 21 du même mois, et y reçut un coup de fou à la cuisse. Après sa guérison, il fut chargé par le général en chef Canclaux, de choisir 100 chevaux dans son régiment, pour aller porter à Fonlenay. des dépêches importantes au général Grouchy, chef de l'état major général. Parti de Nantes à la tête de ce détachement, Lepic traversa une pirtie de la Vendée et de l'armée royaliste , et arriva à •Fonteuay avec sa dépêche: cetteaction est peut-être une des plus audacieuses qui aient eu lieu pendant cette malheureuse guerre civile. Le colonel Lepic fut employé pendant 3 ans dans la Vendée, et se trouva à de nombreux combats ou batailles. Dans les derniers temps, il faisait partie de la colonne du général Travot, qui poursuivit le général Charette, et s'en saisit, le 23 mai 179O. Pendant ees campagnes , Lepic fut blessé deux fois; mais il fut du moins assez heureux pour laisser des souvenirs honorables dans ces contrées, où plusieurs fois il parvint à sauver des femmes, des enfants, des vieillards sur le point d'être massacrés, et qui, pleins de confian-

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ce dans sa généreuse humanité) venaient se placer sous sa protection (i). En 1796, la Vendée ayant été pacifiée , Lepic fut envoyé à l'armée d'Italie , avec le i5* régiment de chasseurs à cheval, dont il prit le commandement, en qualité de plus ancien chef d'escadron , et en remplacement du colonel, à qui son grand âge et ses infirmités ne permettaient pas de suivre l'armée. Il fit avec distinction toutes les campagnes de cette époque à l'armée d'Italie, et se signala particulièrement à la bataille de Yéronne, le 26 mars 1 799. Blessé de plusieurs coups de sabre dès le commencement de l'action , Lepic n'en resta pas moins à la léte de sou régiment, qui, après plusieurs charges brillantes exécutées sur les troupes ennemies , reçut l'ordre d'enlever une batterie. Aussitôt Lepic se précipite à la tète de ses braves, et culbute la cavalerie, qui s'opposait à son passage , en nombre très- supérieur au sien. Dans cette charge , il est couvert de mitraille, et a son cheval tué sous lui, près de la batterie. Sur ces entrefaites, la cavalerie ennemie, renforcée de plusieurs escadrons, fond à son tour sur le i5* régiment de chasseurs, et le force à la retraite. En se ralliant sous la protection de l'infanterie française, ce régfment s'aperçut qu'il n'avait plus son colonel ; quelques chasseurs, qui l'avaient vu tomber avec sou cheval, proposent d'aller le chercher; et à l'instant, tout le régiment s'écrie : « Mort ou vif, il faut ramener notre colonel. » En effet, le i5* de chasseurs fond sur l'ennemi, et le pousse jusqu'au champ de bataille, où l'on trouve Lepic étendu

(1) Nous citerons le trait suivant comme preuve de la sensibilité qui caractérise le général Lepic. Un jour il trouve une jeune 011e d'environ 3 ans et demi, abandonnée et étendue au pied d'un arbre, près d'une femme massacrée, qui paraissait être sa nourrice ou une domestique. Lepic recueille cette enFant, la fait transporter à Birronq, et lui prodigue lui-même toute sorte de «oins jusqu'au moment de son départ pour l'armée d'Italie , époque à laquelle il la confia à une dame qui l'éleva. Cette jeune personne, après avoir été pendant a5 ans privée de la connaissance de ses parents , a été enfin reconnue : elle appartient à une famille distinguée, et jouit aujourd'hui d'une grande fortune.

et baigné dans son sang. Relevé et placé sur un cheval , on le ramène au travers de la cavalerie ennemie. En récompense de la belle conduite que Lepic avait tenue à cette affaire , il fut nommé chef de brigade sur le champ de bataille (1). Le général Buonaparte étant revenu d'Égvpte, et ayant , quelque temps après, organisé, comme premier consul , une armée de réserve , pour marcher en Italie, fit comprendre dans cette armée le i5* régiment de chasseurs, dont la valeur lui était connue. Le colonel Lepic se trouva à la bataille de Marengo; mais il ne put y agir avec son activité accoutumée , ses blessures n'étant point encore guéries. 11 resta cependant à la tête d'une partie de son régiment, tandis que l'autre portion , placée sous les ordres de Murât , se portait sur Crémone et Mantoue. Après ta bataille de Marengo, Lepic fut promu au grade de major dans les grenadiers à cheval de la garde consulaire, qui devint plus tard garde impériale. Il fît avec ce corps toutes les campagnes de la grande -armée. Nommé colonel-major du 1" régiment des grenadiers à cheval de la garde impériale , le 1 décembre i8o5, îl le commanda le même jour à la bataille d'Austerlitz, et prit part à la brillante charge que toute la cavalerie de la garde, commandée par le maréchal Bessière, fit sur la garde impériale russe au plateau de Blasowitz. Il se trouva à la bataille d'Eylau, le 8 février 1807, et s'y couvrit de gloire par un des faits d'armes qui ont le plus illustré la bravoure française. Ayant reçu l'ordre de charger avec les grenadiers à cheval de la garde sur plusieurs masses d'infanterie russe qui s'avançaient vers le cimetière d'Eylau, et en même temps de faire taire une batterie ennemie qui causait de grands ravages, Lepic passe un défité à la tête du 1" régi-

(1) Le général Moreau, qui, sans avoir aucun commandement, se trouvait a cette affaire, fut le premier à proclamer Lepic colonel du i5« régiment de chasseurs; et il fit en même temps la rémarque, que c'était pour la seconde fois qu'il voyait un régiment aller chercher $on colonel au milieu des rang* ennemis.

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ment de cavalerie de 1 4 partie , et va se placer dans la plaine, *oiis le canon de l'ennemi. Le 2e régiment suit son mouvement, et se forme aussi, afin de soutenir celui t|ui le précède. Lepic tombe alors sur lésinasses ennemies, les culbute et en fait un carnage affreux. Il se dirige en même temps sur la batterie russe, et sabre les canonniers, qui tous se font tuer sur leurs pièces. Pendant ce temps, le canon tirant de toutes parts, et la neige tombant à gros flocons, il devint impossible de reconnaître le point d'où l'on était parti. Lepic fait cependant faire quelques mouvements à son régiment; mais, lorsqu'au bout d'une demi-heure la neige eut cessé de tomber, il s'aperçut qu'il était cerné au milieu de l'armée russe, qui lui envoya aussitôt des parlementaires pour te sommer de se rendre. Lepic, sans se laisser intimider, montre sa troupe à un colonel russe , et lui dit : « Regar- »de ces figures, et dis- moi si elles ont l'air de vouloir se «rendre. » A ces mots, il tourne bride vers le colonel russe, qui se hâte de fuir. Cependant Lepic, ne se dissimulant pas le danger de sa situation, adresse à ses grenadiers cette courte et éneigique harangue : «Mes amis, il faut «vaincre ou mourir; nous avons trois lignes d'infanterie à «culbuter; beaucoup d'entre nous y resteront, sans doute; «mais, dut-il n'en retourner que 20 ou 3o pour porter la » nouvelle , l'honneur du corps et de notre éteudard sera

• sauvé.» A peine Lepic eut-il parlé ainsi, que ses intrépides grenadiers répondent unanimement : « Chargeons et

• nous passerons. » Lepic forme alors son régiment en pelotons, par colonne serrée, ordonne la charge, se précipite sur la 1" ligne ennemie, et s'ouvre un passage à travers le feu le plus terrible : 5 grenadiers et 1 officier furent tués. La 2* ligne russe, déconcertée parcelle intrépidité, s'ouvre, fait peu de résistance, et ne blesse que quelques chevaux : la 5* ligne offre encore moius d'obstacles que la 2*. L«* corps russe que Lepic et ses braves venaient de traverser se battait alors avec un corps de l'armée française, et les tirailleurs de ce dernier corps, voyant déboucher du centre des colonnes ennemies une eavaleriequi venaitsureuxnu çalopv la crurent composée de Russes, et l'accueillirent à coups

de fusil, tout en se repliant sur le corps d'armée. L'artillerie française, également trompée, lira aussi sur le régiment et lui tua 2 grenadiers et quelques chevaux : cette fatale méprise ne cessa que quaud Lepic eut pu se faire reconnaître, en envoyant un de ses officiers dont l'arrivée fit cesser le feu. Napoléon, qui depuis trois heures n'avait point de nouvelles du icr régiment de grenadiers de sa garde, auquel il portait ajuste titre beaucoup d'affection, s'empressa de témoigner toute sa satisfaction au colonel Lepic, et de récompenser sa brillante valeur, en le nommant général de brigade sur le champ de bataille, et en lui accordant une dotation de 3o,ooo IV. Lepic avait reçu dans celle journée deux coups de baïonnette , et avait été atteint d'un coup de crosse sur les genoux : ces nouvelles blessures le mirent pendant quelque temps hors d'état de monter à cheval sans aide (1). Le général Lepic, en devenant officier - général > conserva néanmoins le commandement du 1" régiment de grenadiers à cheval de la garde. Il lit avec ce corps !a campagne de 1809, à la grande-armée; se distingua en différentes occasions et notamment à la bataille de Wagram , où sa conduite lui valut une nouvelle dotation qui lui fut accordée par Napoléon. Il fut envoyé deux fois en Espagne , commanda à Madrid la portion de la garde qui s'y trouvait sous les ordres de Murât , et ensuite de Joseph Buonaparte , auprès desquels il fit successivement le service de capitaine-général. Napoléon étant venu commander en personne ses armées d'Espagne, y amena toute sa garde, et le

(1) C'est par erreur, on par suite d'indications inexactes, que les auteurs de» Victoires et Conquête* ont, dan* leur tome XVII , pag. Go* et 68, attribué au maréchal Bc-ssicres la brillante charge de cavalerie dont nous Tenons de rendre compte. Ce fut bien le colonel Lepic qui dirigea cette charge. Quant au maréchal Be*sièrc», il «kî trouvait pendant ce temps dans le cimetière d'Eylau, près de la personne de l'empereur Napoléon. Ayant nous-môme cojumis une semblable erreur à l'article du maréchal Bessieres, nous la redresserons dans Y errata qui sera placé à la lin du présent volume.

ni.

général Lepic eut l'ordre de reprendre le commandement du i* régiment de grenadiers à cheval, à la tête duquel il prit part à toutes les affaires qui eurent lieu contre les Anglo-Espagnols. Il fit avec la garde impériale la campagne de 1812 contre la Russie. Pendant la retraite de Moscou, 8à 1 0,000 Cosaques,ayant à leur tête l'helman Platow,firent, le 7 novembre à 5 heures du matin , une tentative pour enlever Napoléon , ainsi que les escadrons de service qui se dirigeaient sur Wiasma. Dans cette circonstance, le général Lepic , qui commandait toujours son régiment de grenadiers à cheval , chargea avec toule la cavalerie de la garde, aux ordres du maréchal Bessières, sabra les Cosaques, les poursuivit pendant l'espace de 3 à 4 heures, leur tua beaucoup de monde, et reprit quelques canons dont ils s'étaient emparés. Créé général de division, le 9 février 181 3, il prit en cette qualité le commandement du 2" régiment des gardes d'honneur qu'il organisa à Metz , et à la tête duquel il fit la campagne de Saxe, en i8i3, et celle de France, en 18 14- Après la chute de Napoléon et la restauration du trône des Bourbons, le général Lepic fut nommé, par le roi , commandant de la 21e division militaire (Bourges). Pendant les cent jours, il fut employé par Buonaparte, et se trouva à la bataille de Waterloo. Après la seconde restauration , le général Lepic fut mis à la, retraite par le duc deFcltre, ministre de la guerre. Il s'est fixé, depuis lors, à la campagne , où il se livre à la culture des champs et à l'éducation de 5 fils qu'il destine à l'état militaire. Sous le gouvernement de Napoléon, il a été nommé membre delà Légion-d'Honneur , à la création de cet ordre; officier de la même légion, le 14 juin 1804* et commandant, le 26 juin 1809. Il a reçu la croix de chevalier de l'ordre militaire de Maxim itièn- Joseph de Bavière, le 29 mars 1806, et a été titré baron d'empire, le 19 mars 1808. Sa Majesté Louis XVIII l'a créé chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, le 29 juillet 1814 , et lui a accordé le titre de comte, le 17 janvier 181 5. {Etats et brevets militaires, Moniteur, annales du temps.)

de LESCURE (N...., marquis), m art chai- île-camp, était meslre-de-camp d'un régiment de dragons de son nom, lorsqu'il fut créé brigadier de dragons, le 1" mars 1780. On le nomma maréchal-de-camp des armées du roi , le 1" janvier. Il mourut en 1784- {Etats militaires, Mémoires de la marquise de la Hoche- Jacquetein, Biographie universelle , ancienne et moderne , tom. XX If, pag. 288.)

de LESCURE (Louis- Marie, marquis), général des ormées royalistes-vendéennes , et fils du précédent, naquit le i5 octobre 1766. Il entra à l'école militaire à l'âge de i3 ans, et en sortit à 16, après avoir fait de bonnes études. Eu 1791, la révolution française prenant un aspect triste et surtout menaçant, Lescure entra dans une coalition formée par presque tous les gentilshommes du Poitou, et dout le but était de s'emparer de la route de Lyon, et d'attendre les princes français émigrés, qui se trouvaient alors en Savoie. L'arrestation du roi, à Varennes, déconcerta çc projet, et Lescure revint dans ses terres du Poitou. Quoiqu'il peusât qu'on ne devait pas quitter la France , il suivit l'exemple de presque toute ta noblesse, émigra, et se rendit à Tournay. Le désir de revoir sa famille, et surtout son aïeule qui touchait à ses derniers moments, le ramena bienlôt dans sa patrie. Ce fut alors qu'il épousa la fille unique du marquis de Donissan , gentilhomme d'honneur de S. A. R. Monsieur (aujourd'hui Louis XVIII) (1). Après son mariage, il vint se fixer à Paris, ppurêtre plus à portée de servir la cause de son roi. Il ne quitta pas le cliàleau des Tuileries, pendant la journée du 20 juin 1792. Après celle du 10 août , dont il fut le spectateur impuissant, il parvint, non saus peine , à obtenir un passe-port^

(1) Après la mort du marquis de Lescure , mademoiselle de Donissan se remaria au marquis de h Roche- Ja.cquclcin, qui fut tué en défendant la cause royale, en i8i5. Madame de la Roche-Jacquclcin a écrit et publié, en 1H17, des Mémoires fort intéressants sur les guerres de Ja Vendée.

et se rendit dans son château de Clisson, près de Bressuire, au milieu d'une population qui l'aimait et le respectait. Le recrutement de 3oo.ooo hommes, décrété par l'assemblée nationale, occasiona dans la Vendée une révolte, à la suite de laquelle les autorités républicaines firent arrêter M de Lescure, et renvoyèrent avec toute sa famille dans les prisons de Bressuire, où il n'échappa que par une sorte de miracle aux violences des soldats qui étaient accourus à la hâte pour combattre les insurgés. Le corps d'armée des patriotes, chargé de défendre Bressuire, ayant évacué celte ville, le 2 mai 1790, à rapproche des royalistes, Lescure fut délivré par ces derniers, et retourna à Clisson. 11 se décida alors à prendre part à l'insurrection, et fut compté de ce moment parmi les principaux chefs de l'armée vendéenne. Le général républicain Quélineau s'étant établi àThouars, le 4 mai . les Vendéens marchent aussitôt contre cette ville, et l'attaquent, le 5. Lescure commande une colonne à cette affaire; et, dans le fort de la mêlée, voyant les républicains s'ébranler, il se saisit d'un fusil , crie à ses soldats de le suivre , et arrive, au milieu des balles et de la miraille, jusqu'au pont de Vrine, que les patriotes avait barricadé : ce trait hardi ne put d'abord trouver d'imitateurs parmi les Vendéens. Lescure , persistant à rester sur le pont, eut bientôt ses habits percés de balles. Secondé par MM. de la Roche-Jacquelein et Foret, et par un seul paysan, il traverse le pont, et saute par dessus la barricade. Les Vendéens accourent alors en foute, et le passa ge est forcé. Les républicains fuient vers la ville deThouars, qui fut aussitôt assiégée, et qui capitula au moment où Lescure et la Roche-Jacquelein y entraient d'assaut. A la prise de Fontenay, le ^5 mai, Lescure commanda l'aile gauche de l'armée royaliste. Voyant ses soldats hésiter à s'avanrer, il se porte à trente pas en avant de la colonne, s'arrête, et crie : Vive le roi. Une batterie républicaine , de six canons, fait sur lui un feu à mitraille. Ses habits sont percés, un de ses éperons emporté, et sa botte droite déchirée ; mais il ne fut pas blessé : < Vous le voyez, mes amis, »dit,-il aussitôt , les bleus ne savent pas tirer. » Les Ven^

déensse décident, prennent leur course vers la ville, attaquent et culbutent Paile gauche de l'armée républicaine^ qui se met en déroute et fuit, abandonnant son artillerie et sa caisse militaire. Lescure entre le premier dans Fontenay, s'avance témérairement dans les rues, au milieu, des fuyards, et offre de leur faire quartier, à condition do mettre bas les armes. L'un d'eux, après avoir jeté son fusil, le ramasse, et fait feu sur Lescure: la balle perec le bras et les chairs auprès de la poitrine. Lescure fait ouvrir les prisons tt délivre un grand nombre de prisonniers de guerre qui devaient être fusillés dès le lendemain. Le 10 juin , l'armée royaliste attaque la ville de Saumur. Lescure commanda celle des trois attaques qui offrait le plus do difficultés. Il marche avec l'aile gauche sur le pont Fouchard, tourne les redoutes des républicains, et force le passage. Dans ce moment, une balle lui perce le bras; et ses soldats, le voyant couvert de sang, commencent à lâcher pied. Lescure fait serrer sou bras avec des mouchoirs, et veut ranimer les Vendéens ; mais il ne peut y réussir. Une charge de cuirassiers républicains allait achever la dé-, route , lorsque deux caissons , ayant versé sur le pont, obstruèrent le passage et arrêtèrent la cavalerie des patriotes. Lescure profite de cet événement pour rajlier ses troupes et les ramener au combat. Il parvient alors à faire reculer les patriotes, qui bientôt fuient en désordre, au cri de sauve qui peu/. Les deux attaques ayant également réussi, Saumur tomba au pouvoir des royalistes. Ce fut sur la proposition de Lescure que Calhelincau fut nommé généralissime des armées vendéenues. Après l'infructueuse attaque de Nantes par les Vendéens, l'année royaliste fut dissoute, et Lescure se rendit dans le Bocage, pour veiller de plus près à la défense de ce poste , menacé par les préparatifs du général Biron , qui grossissait journellement l'armée qu'il commandait à Niort. Les patriotes ayant incendié ses châteaux d'Âmaiiiou et de Clisson, Lescure se renferma à Glissière, fit sonnerie tocsin, rassembla, non s.» ii s peine , 3 à 4ooo paysans mal armés et 4 pièces de canon. U fut joint par La roche- Jacqueleio, qui

lui amena de Saumnr un pareil nombre de combattants; mais tous deux lurent bientôt forcés d'évacuer Bussière , pour défendre Chàtillon, sur lequel Westermann marchait avec 3ooo républicains. Lescure sort de Chàtillon, le 16 juillet, et marche à la rencontre des patriotes. Les deux armées se trouvent en présence sur la hauteur dite du Moulin-aux- Chèvres. Westermann commence l'attaque , et malgré la résistance des deux chefs vendéens, mal secondés par leurs soldats, il enlève le poste et entre en vainqueur dans Châtillon. Lescure , retiré à Chollet, rassemble, de concert avec Laroche-Jacquelein , toutes les forces disponibles. II fait surprendre les avant-postes de "Westermann , met l'armée républicaine en déroute, et reprend Châtillon. Il parvint à y arrêter le massacre que les Vendéens faisaient de leurs prisonniers , et menaça même de prendre personnellement la défense de ces derniers, si Ton ne cessait cet horrible carnage. Le i5 juin, les royalistes partirent de Vihiers pour s'opposer à la marche du général Labarolière, qui venait camper à Martigné- Briaud. Les colonnes vendéennes s'égarèrent d'abord, et arrivèrent harassées de fatigue. Cependant Lescure et les autres chefs royalistes ordonnent l'attaque : elle réussit d'abord ; mais, une méprise ayant jeté le désordre parmi les Vendéens , ceux-ci prennent la fuite et se replient sur Coron. Dans la nuit du 4 août, Lescure et la Roche-Jacquelein furent surpris par les républicains dans la ville de Doué, qu'ils évacuèrent, après avoir perdu quelques centaines d'hommes tués ou faits prisonniers. Lescure fit une excursion dans la ville de Parthenay, se saisit de tous les bestiaux qui s'y trouvaient mis en vente, et les envoya à Châtillon. Au combat de Luçon, Lescure et Charette commandèrent l'aile gauche de l'année royaliste, et commencèrent l'attaque. Déjà ils avaient fait plier les patriotes et pris 5 canons, lorsqu'un faux mouvement de la division du centre jeta parmi les Vendéens un désordre dont les généraux républicains profitèrent pour faire manoeuvrer leur artillerie légère et exécuter des charges par leur cavalerie : les Vendéens furent mis en déroute. A la suite de cette affaire, les républicains

ayant occupé Chantonnay, Lescare concerta avec M. de Bon champs une attaque sur cette ville, qui fut reprise. Lescure quitta, le îa septembre, son camp de Saint- Sauveur, et marcha, avec 2000 Vendéens, pour s'opposer aux républicains qui se réunissaient à Thouars, et qui déjà y formaient un camp d'environ 20,000 gardes nationaux. N'ayant pu vaincre la répugnance de ses soldats pour une attaque de nuit, il ne s'avança contre la ville que le 14 au matin , et eut d'abord quelque succès; mais un secours amené aux patriotes par le général Rey changea la face du combat, et Lescure fut obligé de faire une retraite qu'il exécuta daiw le meilleur ordre possible (1). L'armée républicaine s'avanyant rapidement dans la Basse- Vendée, les chefs royalistes réunirent toutes leurs forces, consistant en jo,ooo hommes , et se rendirent à Chollet. Une partie de cette année vint se ranger en bataille, le 19 septembre, entre TitTanges et Chollet , faisant face à Torfou. Dès le premier feu des patriotes, les Vendéens prennent la fuite. Lescure, mettant alors pied à terre, s* écrie : « Y » a- 1- il 400 hommes assez braves pour venir mourir avec »moi? » A cet appel, les gens de la paroisse des Échaubroignes, au nombre de 1700, commandés par Bourasseau, répondirent à grands cris : «Oui, monsieur le marquis, «nous vous suivrons où vous voudrez. » Avec ces braves Vendéens, que leur courage avait fait surnommer iesgrena- Mers de. la Fentlée, Lescure parvient à arrêter, pendant deux heures, les efforts des républicains, et fait même plier un de leurs bataillons. (VI. de Bonchamps, arrivant sur ces entrefaites avec sa division, les Vendéens reprennent l'offensive, et obligent les patriotes à faire une retraite, qui, sans une savante mesure du général Kléber, eût été

(1) A ce combat de Thouars, fut tuée une jeune fille du village de Courlay, nommée Jeanne Robin , qui, sou» les habits d'homme , s'était constamment battue depuis le commencent de la guerre de la Vendée; elle trouva la mort, en se précipitant; avec la plus grande intrépi* dite , au plus tort de la mêlée.

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très-désastreuse pour les troupes mayençaises qu'il commandait. Lescure combattit avec sa valeur ordiuaire aux affaires de Montaigu , de Clisson et de Saint-Fulgens, les ai et 23 septembre. Dans cette dernière journée, il se lança tellement à la poursuite des ennemis, qu'à dii heures du soir, lui et KM. de Beauvillier et de Monlhion se trouvèrent seuls, tout-à-fait en avant de leur armée : 4 soldats républicains* cachés derrière une haie, tirent feu avec leurs fusils chargés de plomb de chasse, et M. de Lescure eut ses habits criblés. Lescure campait avec ses troupes sur les hauteurs du moulin du Bois-aux -Chèvres, lorsqu'il fut attaqué, le 8 octobre, par les généraux Chabot et Westermann. Il repousse les républicains et les poursuit; mais un reufort étant arrivé à Westermann , l'aile gauche des Vendéens est mise en déroute. La ville de Châtillon tomba au pouvoir des républicains, à la suite de cette affaire. Deux jours après, elle fut reprise par les royalistes ; et Lescure se distingua de nouveau dans le combat qui eut lieu à celte occasion. L'armée vendéenne marchant pour attaquer les républicains à Chollet , Lescure , qui , avec sa division, suivait le chemin de Mortagne, rencontra les patriotes dans les avenues du château de la Tremblaye, le i5 octobre. S'étant porté en avant pour reconnaître le chemin, il monte sur un tertre; et, découvrant un poste de patriotes , il crie à ses soldats : « Mes amis, en avant. » Au même instant, il est frappé par une balle qui l'atteint près du sourcil gauche et sort derrière l'oreille. Les Vendér ns, le voyant tomber, se sentirent découragés; cependant un certain nombre d'entre eux s'élance en avant pour empêcher que le corps de leur général tombe au pouvoir fdes républicains. Laissé pour mort sur le champ de bataille , Lescure fut relevé par un fidèle domestique, qui, ayaut reconnu que son maître respirait encore, lui fit donner des secours. Malgré ses souffrances, le marquis de Lescure fut porté à la suite de l'armée vendéenne, qui, pressée de toutes parts , se voyait contrainte de passer la Loire. Il aida encore de ses conseils ses braves compagnons d'armes, auxquels il ne cessait de douuer i exemple de la constance

et de la résignation. Après une agonie lenle et des plus douloureuses, il mourut, pendant une des marches de l'armée, le 3 novembre 179!, entre Et née et Fougères. Il parut à ses derniers moments ce qu'il avait toujours été , bon chrétien et sujet fidèle et dévoué à son souvera in. Le marquis de Lescure était d'uue douceur parfaite et d'un sang-froid que les plus grands périls ue pouvaient altérer. 11 portait l'humanité au plus haut degré; et on le vit toujours s'opposer à ce que les prisonniers de guerre fussent massacrés ou même maltraités. Il était fort instruit, et avait étudié avec soin les livres de tactique militaire. [Etats militaires , Moniteur, annales du temps, Mémoires de la marquise de la Roche-Jacquelein, Paris, 1817, 4* édition.)

DE LESDIGUIÈRES, voyez de Bonne.

de LETTES dit Després (Antoine), marquis de Montpezat , maréchal de France, fut créé chevalier de l'ordre du Roi et l'un des écuyers tranchants de François I", en i5i6. Il obtint une place de gentilhomme de la chambre, * en i5oto. Il accompagna le roi en Italie, et fut fait prisonuier, en même temps que ce monarque , à la bataille de Pavie, en i5a5. Ayant eu dans cette circonstance le bonheur d'être présenté à propos et de se rendre utile à François I", ce prince paya la rançon de Montpezat, l'envoya d'abord à la régente, et le dépêcha ensuite, à plusieurs reprises, auprès de l'empereur Charles- Quint. Il fut fait capitaine de 5o hommes d'armes , en«i526 ; obtint du roi la chàtellenie d'Égon ville, en Beauce, le 27 juin de la même année , et fut créé maître particulier des eaux et forêts du Poitou . après la mort de sou beau père, par lettres du 8 janvier ia'27. Le marquis de Motttpczat se trouve qualifié sénéchal de Périgord, dans une quittance datée du même jour. 11 servit, en i5-i8 , au siège de Naples. Sur la fin du mois de juin i55i, il porta à François l,r»^ui se trouvait alors à Bordeaux, la nouvelle de l'échange des deux fils de ce prince. Il fut pourvu de la capitainerie de Montluçon, celte même année. En i532, le roi le nomma son ambassadeur à la cour de Londres. 11 fut fait sénéchal du Poitou,

vu. a3

à la mort d'André de Vivonnc de la Chataigncrayc, par provisions du 1 2 août de la même année , et prêta serinent pour cette charge, au parlement de Paris, le 3 octobre suivant. Le marquis de Saluées, gouverneur et lieutenantgénéral pour le roi, en Piémont, s'étant, par une honteuse perfidie, servi de l'autorité que François Ier lui avait donnée, ouvrit aux ennemis les passages de la France; et, loin de fortifier les villes que le roi voulait conserver, il avait fait disparaître la meilleure partie des subsistances de la ville de Fossano, et excité, sous main, la désertion de presque tous les pionniers qui avaient commencé les réparations de la place. A l'approche des Espagnols , le marquis de Saluées passa dans leur camp , et leur remit l'état des hommes et des vivres qui se trouvaient dans chaque place. Le marquis de Montpezat se chargea alors de défendre Fossano, ce qui devait arrêter l'armée de Charles V, et donner au roi le temps de se reconnaître. L'armée espagnole , commandée par Antoine de Lève, parut , le 7 juin i53G, devant la ville de Fossano, qui n'avait que pour 20 jours de vivres, etdont toutes lesforlificationsseréduisaieut à quelques levées de terre faites à la haie. La courageuse résolution et le génie du marquis de Montpezat suppléèrent à la faiblesse de la place. Avant que le général espagnol eût achevé de loger ses troupes, Montpezat fit une sortie, dans laquelle il tua beaucoup d'ennemis. Cependant, au bout de trois jours de siège, les batteries espagnoles ayant déjà ruiné les défenses des assiégés , ceuxci n'eurent plus de ressource que dans un courage qui ne leur manqua pas. Ils firent une seconde sortie, à la faveur d'un chemin creux, chargèrent le quartier des lansquenets , et passèrent la garde au fil de l'épée. L'alarme étant parvenue jusqu'à Antoine de Lève, ce général détacha un grosd'Espagnolspourcouper laretraite de la cavalerie française; mais cette première troupe fut obligée de revenir sur ses pas, pour secourir la tranchée que l'infanterie française avait forcée. La cavalerie des assiégés se mit alors à la poursuite des Espagnols, qui, se trouvant exposés, en même temps, au feu que l'on faisait de la tranchée, ne

purent tenir contre cette double attaque. Tout fut bientôt , en désordre dans le camp ennemi; et Antoine de Lève, resté seul , et obligé , à cause d'une attaque de goutte » de se faire porter sur une chaise, fut jeté dans un blé, où il se tint cache jusqu'à la rentrée des Français dans la place. Piqué de l'espèce d'affront qu'il venait de recevoir, Lève ne se consolait que par l'espérance de voir les Français , contents d'avoir donné des preuves de leur courage, abandonner enfin la défense d'une place si mauvaise et si mal approvisionnée. Cette idée conduisit le général espagnol à laisser libre la porte de Fossano du côté de Coni. Il présumait que les Français en profiteraient pour se retirer pendant la nuit; mais Montpezat ne fit usage de cette liberté que pour fournir d'eau toute la ville , dont les puits étaient desséchés. Àutoine de Lève, voyant son attente trompée , dresse une nouvelle batterie et fait faire à la place une large brèche, par laquelle 5o hommes pouvaient passer de front. Montpezat, qui s'attend à une affaire, se porte dans un retranchement sur le rempart , ayant ses gendarmes en tête et son infanterie derrière. Antoine de Lève , qni veut effectivement donner l'assaut, commande pour cela les troupes italiennes : elles refusent de marcher, et les lansquenets n'obéissent pas mieux. Le 16e jour du siège , et douze jours s'étantécoulés depuisque la brèche avait été faite, Montpezat visita ses magasins , et reconnut qu'il n'avait plus que pour cinq jours de vivres , et qu'à peine il lui restait la poudre nécessaire pour soutenir un assaut. Dans le môme temps, il reçut do roi un avis , portant que Ton ne pouvait secourir Fossano avant quinze jours, et que, si ce délai était trop ' long, il pouvait capituler. De concert avec ses capitaines, Montpezat avait résolu de se rendre ; seulement il lui répugnait d'en faire la proposition ; mais Antoine de Lève le prévint y et lui offrit des conditions honorables. Montpezat obtint, entr'autres points, qu'il demeurerait encore pendant quinze jours dans la ville , et que , si dans cet intervalle elle était secourue,; la capitulation serait nulle. Il stipula aussi que les assiégeants lui fourniraient dès vivres qu'il paierait, çt qu'on laisserai* armer dansja ville l'argent que.

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le roi lui enverrai I. Boit jours après cette convention, l'empereur arriva avec sou armée au camp devant Fossano , et fit presser Montpezat d'évacuer la place avant le jour marqué. Monipezat tint bon jusqu'à l'expiration du terme, et sortit alors de Fossano avec ses enseignes déployées. Il eut, la même année, un commandement à la défense de Marseille , sous Antoine de la Rochefoucauld - Barbesieux : Charles-Quint fut obligé de lever le siège de celte place, le 11 septembre. En i538, Montpezat accompagna le roi, lorsque ce prince reçut l'emperereur à Aigues-Morles. Il fut nommé lieutenant-général en Languedoc, en l'absence du connétable de Montmorency, qui en était gouverneur, par pouvoir du 12 août 1 54 1 . II fut confirmé dans celte licutenance générale, par lettres de François 1", données à Montréal , le 3o avril \*y ]■.*.. Il servit . en cette dernière année, sous le dauphin et le maréchal d'Annebaut au siège de Perpignan , que l'on croyait pouvoir surprendre , et que l'on investit, vers le i5 août; mais l'empereur en aya-nt renforcé la garnison , on leva le siège, à la fin de septembre. Il fut créé maréchal de France, à la place de d'Aubigny, par état donné à Saiut-Germain-en-Laye, le i3 mars 1 544- H mourut au mois de novembre de la même année. (Chronologie militaire, tonu lî , pag. a'j 1 ; Histoire de France du Père Daniel y Brantôme, Histoire du Languedoc, Dictionnaire des maréchaussées , Histoire des Grands- Officiers de la Couronne, Histoire de France, par Anqueltt, tom. IV.}

de LEVIS (Gaston- Charles-Pierre) , marquis , puis duc de Mirepoix, maréchal de France, naquit à Belleville, prévôté de Dieuloir, le 2 décembre 1609. Il entra aux mousquetaires , le 22 juin 17 18, sous le nom de marquis de Mirepoix. Il fut fait colonel du régiment' d'infanterie de Saintouge, sur la démission du marquis de Lormion , par commission du 6 mars 1719. Son régiment étant resté en garnison à la citadelle de Besançon, il eutpermissioii de servir, en 1733, comme volontaire, au siège de Kehl, qui capitula, le 28 octobre. Il obtint le régiment de la marine; sur la démission du comte dtr Middclbourg, par commission du 10

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mars 1734*, servit à l'armée du Rhin, et se trouva à l'attaque des lignes d'Etlingen, le 4 mai. Il ouvrit la première tranchée au siège de Philîsbourg. Il montait la cinquième tranchée, lorsque la place se rendit, le 18 juillet. Il y demeura pour otage jusqu'à l'évacuation de la garnison. Créé brigadier, le iw août, on l'employa à l'armée du Rhin, par lettres du 1" avril 1735. Il passa avec sa brigade au pays de Trêves, et commanda ensuite 4 autres brigades sur la Kill. Après la signature des préliminaires de paix, il fut choisi pour aller à Vienne, en qualité d'ambassadeur près de l'empereur. Nommé maréchal- de - camp , le 1" mars 1738, il eut un pouvoir donné à Fontaineblau , le 25 octobre, eu vertu duquel il signa, le 8 novembre, le traité de paix avec l'empereur, en qualité de minisire plénipotentiaire du roi. M fut fait chevalier des Ordres de Sa Majesté, le 2 février 17^9; revint de son ambassade, en 1740, et fut reçu chevalier, le 2 février 174** Employé à l'armée de Bavière et de Bohême, par lettres du 20 juillet, il marcha avec la colonne qui partit du fort Louis, le 19 août. Détaché à Saint- Polten , avec une brigade de cavalerie , il passa le Danube , et ouvrit la marche de l'armée en Bohême avec la réserve. 11 était à la téte des troupes qui escaladèrent Prague, le 26 novembre, à l'attaque du comte de Saxe. Il forma, en 1742, le blocus d'Égra, et fit les préparatifs du siège. Après la prise de cette place, qui capitula, le 2 avril, il y commanda, ainsi que dans tout le district, jusqu'au 20 mai. A cette dernière époque, le maréchal de Bloglîe, l'ayant appelé auprès de lui , et lui ayant donné le commandement de la réserve, il marcha contre le prince de Lobkowits qui assiégeait le château de Frawemberg, et chassa les troupes irrégulières, qui prétendaient retarder la marche de celte réserve, afin d< s favoriser la retraite du prince Lobkowits. Ce dernier, ayant su que cette même réserve n'était point soutenue par le reste de l'armée*, qui se trouvait engagée dans des chemins difficiles, revint sur ses pas et tomba sur les troupes du marquis de Mirepoix, qui déjà avaient dépassé le village de Sahai. Mirepoix eut alors à soutenir le choc de

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loule l'aile droite des ennemis, composée de 3 régiments de cuirassiers, de 800 hommes chacun, qui se formèrent en demi-cercle pour l'envelopper. Il n'avait à opposer à ces forces que 5oo carabiniers et 3oo dragons; mais, ayant disposé ses dragons sur sa gauche, et marchant avec les carabiniers, il renversa 2 régiments ennemis; puis, prenant à dos le 3* qui était aux mains avec ses dragons, il acheva de le metlre en déroute. Sur ces entrefaites, l'infanterie française étant arrivée, attaqua, le 25 mai, le village de Sahai , et l'emporta. Le marquis de Mirepoix porta la nouvelle de cette victoire d'abord à l'empereur, qui se trouvait à Francfort, et ensuite à la cour de France. Il eut le commandement de la Provence, par commission du 22 juillet i;4a , et celui des troupes stationnées dans cette province, par ordre du 1" août. Employé à l'armée d'Italie, sous l'infant et H. le prince de Conti, par lettres du ier février 1744» »1 combattit à l'attaque des retranchements de Montalban dans la nuit du 19 au 20 avril. Commandant l'avant-garde d'une des colounes, il parvint, à dix heures du soir, au pied du retranchement, et attaqua une cassine , où il fit 3oo prisonniers; puis, à la faveur de la nuit, il se plaça sous les glacis du fort , se jeta à la pointe du jour dans les retranchements avec 10 compagnies de grenadiers, s'empara de 2 batteries, défit 5 bataillons, et prit 14 drapeaux, 90 officiers et 1100 soldats. Ayant aussitôt rallié ses troupes , il les fit marcher au secours d'un officier espagnol qui combattait contre 3 bataillons ennemis. En attendant que la colonne, qui devait soutenir cet officier, fût arrivée, le marquis de Mirepoix et le chevalier de Levis désarmèrent, seuls, 2 bataillons piéraontais, qui s'étaient retirés dans un chemin creux (1). La colonne du marquis de Mirepoix, s'étant repliée sur Nice, fut join-

(1) Le marquis de Mirepoix et le chevalier de Levis avaient imprudemment devancé leurs troupes. Arrivés à cent pas des bataillons ennemis, qu'ils aperçoivent alors, ils courent à eux , en criant : «Bas les arômes; vous êtes entourés. » On les crut, et on se rendit.

te pâr 2 régiments, et marcha au secours de l'officier espagnol; mais, après un combat très-long, elle ne put parvenir à gagner les hauteurs, et se retira : les ennemis abandonnèrent cependant leurs retranchements, et se replièrent nuitamment à Oneîlle. Le marquis de Mirepoix fut créé lieutenant-général, le a mai. Il retourna alors en Provence, pour garantir le pays contre l'invasion des Anglais, dont la flotte croisait dans la rade de Marseille : sa présence suffit pour rassurer cette province. L'armée ennemie ayant ensuite pénétré dans le Piémont, et entrepris le siège de Coni, le marquis de Mirepoix eut ordre, au mois de septembre, de tenler de déboucher vers Mondovi, par les montagnes du côté de Nice. A cet effet , il passa le Var avec 3 bataillons; mais, les neiges fermant toutes les ligues, il ne put exécuter son projet. Employé à la même armée, par lettres du i*r avril i 7/4.1 , il couvrit la marche des troupes, en côtoyant l'Apennin , avec la réserve qu'il commandait; chassa les ennemis de tous leurs postes, et les força dans le col du Poisson. Chargé ensuite du commandement de 9 bataillons campés à Millésime) et de la défense de tous les postes qui étaient dans la communication jusqu'au Var, il battit et mit en fuite plusieurs partis ennemis. Il repoussa avec avantage deux de leurs attaques, pendant sa retraite sur Carcaré. Après la séparation de l'armée , il commanda dans le comté de Nice et sur toute la communication. Il continua de servir en Italie, en 1746. Il fut détaché de Novi , où il avait joint l'armée, au mois de mai de cette année, avec 12 bataillons, pour se rendre à l'armée espagnole, sous Plaisance. Le maréchal de Maillcbois y étant arrivé , le i5 juin , avec le reste de ses troupes , on lit les dispositions nécessaires pour attaquer les ennemis. Le marquis de Mirepoix, commandé pour l'attaque du centre, combattit pendant toute la nuit. Il chargea et battit, le 16, à la pointe du jour, un corps de troupes irrégulières, commandé par Nadasty; mit ses troupes en bataille sur le Refudo, et le passa. Envoyé pour occuper Pavie, il poursuivit jusqu'aux portes de la ville un détachement de troupes du roi de Sardaigne, qui s'était avancé pour le

reconnaître. Il était prêt à le déposter , lorsqu'il reçut ordre de se rabattre derrière l'Ambro, où il resta campé jusqu'au 22 août. D'après les ordres du maréchal de M ai lit bois , ii partit pour Gènes, en passant par les Etats de Venise, de l'Église et de Modène, pour y rassembler un corps de troupes, inquiéter l'ennemi sur ses derrières, et procurer aux armées françaises la facilité de repasser le Pô; ce qui réussît. Il joignit ces armées sous Tortone, le 16 septembre, avec 14 bataillons. Détaché avec 2 brigades d'infanterie pour couvrir Savone et Final, il eut en tête toute l'armée du rôi de Sardaigne, composée de 45 bataillons , qu'il repoussa. Les armées combinées ayant repassé les mootagnes , le marquis de Mirepoix fit l'arrièregarde, et fut inquiété dans cette retraite par les ennemis, qui le harcelèrent jusqu'à Albenga. Il partit de là pour la Provence, où il fit les dispositions nécessaires à la réception des troupes. Lorsqu'elles furent en Provence, et repliées en partie sur Grasse, le marquis de Mirepoix resta avec 19 bataillons et 2 régiments de dragons pour couvrir et défendre les postes qu'on avait laissés sur le Var; et, à mesure que les ennemis pénétrèrent dans cette province, il se replia devant eux, se tenant toujours à portée de les contenir jusqu'au camp de Carmoulles, pendant que l'armée était campée au Puget. Au mois de janvier 1747, il commanda un corps de 19 bataillons et 22 escadrons, qui marcha entre les montagnes de la Basse-Provence et la mer, et défit Tarrière-garde des ennemis, qui abandonnèrent Fréjus à son approche. Il attaqua quelques-uns de leurs postes, avant qu'ils eussent repassé le Var. Il obtint le gouvernement de Brouage à la mort du vicomte de Beaune, par provisions du 3 mars. Employé à l'année de Flandre, par lettres du i,r du même mois, il combattit à Lawfeld, le 2 juillet, d'où il retourna à l'armée d'Italie, par ordre du 1er août suivant. Le maré< liai de Believille lui laissa pendant l'hiver le commandement dans le comté de Nice II continua de servir en Italie, par lettres du i5 avril 1748, et concourut au ravitaillement du château de Vintimille, le 20 octobre. Il senit encore à la même ar-

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triée , en 17/19, jusqu'au mois de février, époque à laquelle on évaoua toutes les conquêtes qu'on avait faites. Nommé ambassadeur en Angleterre, le 1* janvier 1749» il eut sa première audience, le 3 juin. Il fut créé duc de Mirepoix, par brevet du i3 septembre 1751. On le pourvut do la charge de lieutenant-général en Languedoc, au département du Vivarais et du Vêlai, sur la démissiou du maréchal de Richelieu, par provisions du 5 décembre 1755, et il prêta serment en cette qualité, le 10. Il eut, le môme jour, 5 décembre, le commandement en chef du Languedoc. Il fut employé comme lieutenant-général sur les côtes de Languedoc, sous le maréchal de Richelieu, par lettres du 3i du même mois. Le roi le nomma capitaine de la compagnie des gardes-du-corps (depuis Beauvau),surla démission du duc de Béthune, par provisions du ior mat 1756. Élevé à la dignité de maréchal de France, par état donné à Versailles, le 24 février 1757, il prêta serment, le 27 mars suivant. Il eut le commandement en chef sur les côtes de la Méditerranée, par pouvoir du 1" juillet de la même année : il le conserva jusqu'à sa mort , qui eut lieu à Montpellier, le a 5 septembre suivant. Il éjait alors dans la 58* année de son âge. (Qironologie militaire , tom. III, pag. 428; mémoires du temps, Gazette de France, Biographie universelle, ancienne et moderne, tom, XIX, pag. 128.)

de LE VIS (François- Gaston, marquis, puisse), maréchal de France , naquit le 25 août 1720, et fut d'abord connu sous le nom de chevalier de Levis. Il eutra au service , le 25 mars 1735, comme sous-lieutenant dans le régiment de la marine, où il fut fait lieutenant, le 3 juin suivant. Il lit la campagne sur le Rhin, et devint capitaine , le i*r juin 1737. En 17/11, il servit dans l'armée de Bohême ; se trouva à la prise de Prague, au mois de novembre; au cantonnement de Hisscck, pendant l'hiver; combattit à Sahay, concourut à la levée du siège de Frawernberg par les ennemis , et à la défense de Thein. Il contribua aussi à la défense de Prague, marcha à toutes les sorties que fit la garnison, et fit, en 174*1 la fameuse revu. A

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traite de Prague , après laquelle il rentra en France avec son régiment et toute l'armé*, au mois de février 1743. Il combattit en cette dernière année à la bataille de Detlingen; pansa , au mois d'août , avec son régiment , à l'armée «le la Haute-Alsace, sous les ordres du maréchal de Coigny, cl se trouva à la défaite des ennemis près de Rhinvillers. Il commanda sa compagnie à la défaite du général Nadasly, près de Saverne ; à l'affaire d'Haguenau; au siège et à la prise des ville et château de Namur, et passa l'hiver eu Souabc, sous les ordres du maréchal de Coigny. Il servit, en 1745 , à l'armée du Rhin, sous les ordres du prince de Conly, et se trouva au passage de ce ileuve, en présence des ennemis, le 10 juillet. 11 conduisit son régiment à l'armée d'Italie, où il arriva, au mois de septembre 1 746 ; concourut à la défense de la Provence el à la reprise de plusieurs places de cette province , dont les ennemis furent totalement chassés , au mois de mars 1747. On le créa aide-major-général-des- logis de cette même armée, le 23 avril l?47f el *' marcha en cette qualité au passage du Var, à l'attaque des retranchements de Yillefranche et de Mqntalban, et à la prise de Nice, de la citadelle de Yillcfranche , du château de Yintimille et du fort de Montalban. Il obtint, le i5 août, une commission, pour tenir rang de colonel d'infanterie. Il marcha, au mois d'octobre suivant , au secours de Yintimille, se trouva au combat livré sous celte place, et continua de remplir à l'armée d'Italie les fonctions d'aide-major- général- des -logis, jusqu'au mois de février 1749- On lui donna, le 27 février 1756, une commission de colonel réformé, à la suite du régiment de la marine, en quittant la compagnie qu'il y possédait. Créé brigadier d'infanterie, le 11 mars suivant, il alla servir au Canada, sous les ordres du marquis de Montcalm, fut employé dans toutes les expéditions , y déploya beaucoup de valeur et d'intelligence, et se trouva à toutes les actions et combats qui curent lieu. Il fut nommé maréchal-de-camp, le 20 octobre 1758, après le combat qui se donna sous le fort Carillon. Il avait commandé, <ian9 cette affaire» la droite de l'armée du marquis de Mont-

calm, et avait particulièrement contribué aux succès des troupes françaises. Après la capitulation de Montréal, il reviut en France, où il arriva, en février 1761. Il fut créé lieutenant général , le 10 du même mois. Aux termes de la capitulation du Canada, le chevalier de Levn ne pouvait pas servir pendant toute la durée de la guerre; mais , le roi d'Angleterre lui ayint permis, par considération , de servir en Europe seulement , il fut employé, par lettres du 0 avril , à l'armée du Bas-Rhin, commandée par le maréchal de Soubise. Il combattit à Fillinghausen , le 16 juillet; fut détaché, au mois d'août, avec un corps de troupes pour joindre l'armée du Haut-Rhin, commandée par le maréchal de firoglie, et y servit le reste de la campagne. . Il prit le nom de marquis de Levis, en se mariant, en 1763. Il commandait l'avant-garde et l'armée du prince de Condé au combat de Johannisberg, le 5o août de cette dernière année; et ce fut lui qui s'empara des canons que l'on voyait , avant la révolution , au château de ce prince, à Chantilly. La paix de Versailles termina la carrière militaire du marquis de Levis. Il fut pourvu du gouvernement de l'Artois, et prêta serment en celte qualité, le 20 janvier i?65. Lorsque l'on forma, en 1771 ,1a maison militaire de Monsiebb (aujourd'hui Louis XVIII), le marquis de Levis eut le commandement d'une compagnie de ses gardes. Il fut créé maréchal de France, le i3 juin 1785, et prêta serment pour cette charge , le 14 du même mois. On l'deva à la dignité de duc, en 1784. Il mourut, en 1787, à Arras , où il s'était rendu, quoique malade, pour tenir les états d'Artois. Pendant sa carrière militaire, il se fit toujours remarquer par beaucoup de valeur, et surtout par un calme, un sang- froid et une présence d'esprit qui contrastaient singulièrement avec la vivacité de sou caractère (1) (a). Toujours juste, toujours affable, et empressé à

(1) Voyez à l'article Levis qui précède le trait relatif à la prise de a bataillons ennemi* sur les hauteurs de Montalban.

(3) Avant succédé au marquis de Moutcalro , tué à la bataille de

rendre service, il se fit aimer de» troupes et des citoyens. L'assemblée des états d'Artois Jui décerna de magnifique» obsèques, et lui fit ériger dans la cathédrale d'Arras un monument, qui a été détruit par les révolutionnaires.

[Etats militaires, tableau historique de la noblesse militaire, parJVaroquier; mémoires du temps, Biographie universelle, ancienne et moderne, tom. XXIV, pag. 38 1.)

de LE Y DE, voyez de Bette.

de LIANCOURT , voyez de la Rochefoucauld.

le LIÈVRE, voyez de la Grange.

de L1LLEBONNE, voyez de Lorraine, de LISLE-ADAAi , voyez de Villiers.

Québec, le chevalier de Le vis a' était retiré à Montréal, capitale du Haut- Canada ; mais , ayant appris que les Anglais se gardaient mal dans Québec, it résolut de les y surprendre. Après avoir fait ses préparatifs, dan* le plus grand secret, il embarque son artillerie sur le fleuve Saint-Laurent, côtoie la rivière avec l'élite de ses troupes, et parvient ainsi, sans être découvert, jusqu'à peu de distance de Québec. Tout lui réussissait à souhait , lorsqu'un des glaçons que cb; riait alors le fleuve fit chavirer l'un des bateaux qui portaient les canons. Tout l'équipage se noie , à l'exception d'un sergent, qui s'accroche au glaçon, et est transporté sous lea murs de la place. L'étonnement des Anglais est très-grand , lorsqu'il* reconnaissent l'uniforme français, et qu'ils apprennent par le sergent Fapprcche du chevalier de Levis, que l'on croyait tranquille dans ses quartiers d'hiver. Le gouverneur de Québec se mit aussitôt en défense, et l'expédition du chevalier de Levis manqua. Sur ces entrefaites, lea soldats français, qui avaient saisi deux navires marchands chargés de rhum et d'eau-de-vic, s'étaient cuivrés au point de ne plus pouvoir faire le moindre mouvement. Tout ét;:it perdu, sil'enncmi venait à être instruit de cette circonstance. Le chevalier de Levis ordonne aux officiers de prendre les armes, de faire des patrouilles autour du camp, et de ne laisser approcher personne. Il écrit en même temps au gouverneur de Québec qu'il va se retirer, et qu'il laisse à l'hôpital établi hors de la ville 200 malades qu'il recommande à l'humanité des Anglais. Le gouverneur, Croyant tes Français sur leurs gardes, ne songe point à les attaquer; et, bientôt après, ceux-ci se retirent sans perte, grâce a l'ingénieux expédient de leur chef.

de LIVRON (Charles), marquis de Bourbonnc, maréchal-de-camp , avait servi pendant plusieurs années à la tête d'une compagnie de 5o hommes d'armes, lorsqu'il leva , par commission du 29 avril i6a5, un régiment d'in«fanterie de son nom, qu'il conduisit, la même année, à l'armée d'Italie, et à la tête duquel il se trouva à plusieurs actions militaires. En 1626, son régiment fut licencié après la paix. Le marquis de Bourbonne alla commander en Champagne. Il fit arrêter, en 1628, sur les frontières de Lorraine et de Franche-Comté, un Anglais nommé m \ lord Montagut, qui tramait une conspiration contre la France. On le fit lieutenant-général du gouvernement de Champagne, au département de C h an mont. Vitry et Saint- Dizier, par provisions données à Paris, le 6 février i63o, registrées au parlement de Paris , le 28 du m£me mois : il commanda dans cette province jusqu'à sa mort. Il devint conseiller- d'état, au mois de mai de la même année, et fut créé chevalier des Ordres du roi, le 14 mai ib'35. Il suivit le roi au siège de Nancy et à la conquête de la Lorraine, en la même année , et servit à l'armée d'Allemagne, en 1634. Créé maréchal-de-camp, le 3 octobre de cette dernière année, il fut employé en Picardie, sous les maréchaux de Chaulnes et de Châtillon, en i635. Il défit 100 mousquetaires du duc de Lorraine , remporta sur les troupes de ce prince un autre avantage dans le Bessigny, et s'empara des châteaux de Deuilly et de Richecourt. Il retourna- ensuite commander en Champagne. En 1637, il contribua à la défaite de 200 chevaux du duc Charles de Lorraine, près du village Dampierre. En 1641 9 allant à la petite guerre dans la Franche- Comté avec deux compagnies de chevau-légers, il rencontra la garnison de Jouvelle, qui était sortie pour fourager; défît la cavalerie ; tailla en pièces l'infanterie, et fit des prisonniers. Il reçut une blessure, le 26 août 1667, au siège de Lille, et fut tué au combat de Senef, le 11 août 1674. {Chronologie mi* Maire, tant. FI,pag. 101 ; mémoires du temps. Gazette de France.}

de LOEWENDAHL (Woldemar, comte), maréchal de France, naquit à Hambourg, Je 6 avril 1700. Il était arrièrepetit-filsde FrédéricIII, roi de Danemark. Son grand-père, fils naturel de ce prince, fut légitimé ; mais son père s'étant attiré la colère du monarque danois, fut obligé de se retirer en Saxe. Le jeune Lœwendaht, doué d'un extérieur avantageux, d'une taille élevée, d'une force prodigieuse , de beaucoup de mémoire et d'intelligence, manifesta de bonne heure des goûts très-prononcés pour l'état militaire. Dès l'âge de 14 ans, i| traduisit nu livre portugais, sur l'artillerie. Sou père voulut qu'il commeuçdt par obéir, pour apprendre à commander, et lui fit faire sa première campagne, comme simple soldat, dans les troupes impériales employées en Pologne, en 1713. Le jeune Lœwendahl y devint successivement bas-officier, enseigne et aide-major. Nommé capitaine au régiment de Guido- Stahremberg .en 1 7 1 4 * il servit comme volontaire dans les troupes du Danemark , et se trouva aux combats qui eurent lieu contre la flotte suédoise, les 11 et 24 avril 17 i5, ainsi qu'à la prise de Maslaud II passa en Hongrie, en 1716, ' N. combattit contre les Turcs à Petei waradin , le 5 août, et servit au siège de Themeswar, qui capitula le i3 octobre. Devenu capitaine de grenadiers, en 1717, il se trouva à la bataille de Belgrade : le prince Eugène, sous les ordres duquel il servait, prédit, dès-lors, qu'il deviendrait un grand général. En 1718, il défendit la citadelle de Messine et se distingua dans plusieurs combats et sièges. Il retourna en Pologne, en 1721, et y eut le commandement des chevaliers-gardes du roi Auguste, qui lui donna aussi un régiment d'infanterie. Il passa au service de Saxe, en 1728, et y fut fait maréchal-de-camp et inspecteur-général de l'infanterie. Il servit en Corse, en 1700 et 1701. Après la mort du roi Auguste, il défendit Cracovie, en 1733. Il fit la campagne de 1754» sur le Rhin , sous les ordres du prince Eugène, et commanda, en i755, l'infanterie auxiliaire de Saxe, à l'armée impériale. Dans les intervalles de paix qui séparèrent ses campagnes, il employa tous ses instants à approfondir les parties les plus importantes de l'art de la

f uerre : l'artillerie et le génie. La haute réputation dont il jouissait déjà en 1736, engagea la czarine Anne Iwanowna, qui recherchait les hommes de mérite de tons les pays , à 1 Vit tirer à son service et à lui confier la lientenance-générale de son artillerie. 11 fut envoyé en cette qualité, auprès du général Munich, qui faisait le siège d'Oczakow. Les excellentes dispositions qu'il fit lui donnèrent tout l'honneur de la conquête de cette forteresse, qui fut prise par un assaut, au commencement duquel Lœvrendahl reçut une blessure, ce qui ne l'empêcha pas de combattre. Il fut employé pendant l'hiver en Crimée. Il défendit l'Ukraine, en 1708, contre l'invasion des Tartares, et les força à prendre la fuile et à abandonner le butin qu'ils y avaient fait. Il concourut au gain de la bataille de Chokzim, le 27 septembre 1759, et la réduction de la place de ce nom lui fut due en grande partie. En récompense de ses importants services, il obtint, la même aunée, le grade de géuéral des armées de Russie et le gouvernement-général des duchés d'Estonie et de Revel. Il fit ensuite, sous les ordres du général Lascy, deux campagnes en Finlande, y commanda un corps séparé, contribua beaucoup à la délaite des Suédois, et conclut la capitulation par laquelle ceux-ci mettraient bas les armes. Il fut créé comte de l'empire, pour lui et ses descendants mâles et femelles, par diplôme de l'empereur, sous la date du 8 février 1741. Lœwcndahl, sollicité vivement par le maréchal de Saxe, sou ami depui» l'enfance, entra au service de France, et y leva un régiment d'infanterie allemande , par commission du !*• septembre 1743. S. M. Louis XV le créa lieutenant- général de ses armées, par pouvoir du même. jour. Lœwendahl servit en cette qualité, à l'armée de Flandre , eu 1744 > et prouva, aux sièges de Menin, d'Ypres et de Furnes , qu'il était digne du grade que le roi lui avait accordé. Étant passé eu Alsace, avec un détachement destiné à renforcer l'armée du Rhin, il eut le commandement de l'avant garde de celle armée, lorsqu'elle marcha contre le prince Chai les de Lorraine. Il repoussa, pendant 5 jours, les troupes légères impériales qui ne cessaient de le harceler. Il combai-

tit, le 23 août , à Haguenau , où, à la tête de 2000 cavaliers et de 1000 fantassins, il se posta avec tant d'avantage, qu'un corps ennemi, trois fois aussi fort, ne put l'entamer, ce qui donna aux maréchaux de Noailles et de Coigny le temps d'arriver et d'obliger les Impériaux de repasser le Rhin. Il servit ensuite au siège de Fribourg, et reçut un coup de fusil à la téte , en commandant, quoiqu'il ne fût pas de tranchée, l'attaque du chemin couvert de cette place, qui capitula le 6 novembre. A peine rétabli de sa blessure, il alla servir en Flandre, sous les ordres du roi, en i?45* A la bataille de Fontenoy, le 11 mai, on le vit pendant toute la durée de Faction se porter sur les points les plus dangereux , parcourir le front de la ligue anglaise , malgré le feu terrible qui faisait tomber à ses côtés ses plus braves officiers, et changer les dispositions d'une batterie masquée, pour qu'elle produisît plus d'etfet contre lesennemis. Jugeant que les Anglais ne marcheraient point sur la position qu'il était chargé de défendre, il accourt de son propre mouvement au secours du centre de l'armée française , se met à la tête de la brigade de Normandie , se joint à la maison du roi, charge les troupes du duc de Cumberland et contribue puissamment à enfoncer la colonne anglaise : la victoire demeura aux Français. Lœwcndahl s'avança avec 5ooo hommes contre Ondenarde qu'il feignit de vouloir bloquer ; partit de devant cette place , le 9 juillet; déroba une marche aux ennemis, et parut , le 10, à la vue de Gand. Il attaqua, le 1 1, le fort entre l'£scaut et la porte Saint-Pierre, traversa le fossé rempli d'eau, et se rendit maître de la ville, où il fit prisonniers 60 officiers : on trouva dans la place 100 milliers de poudre, beaucoup de munitions, plusieurs canons, 5oo,ooo rations de fourrages, i4>ooo sacs d'avoine, l'habillement et l'équipement complet de plusieurs régiments. Il continua , le 1 J , ses dispositions pour l'attaque du château de Gand , dans lequel la garnison de la ville s'était retirée. Le gouverneur capitula le i5, et se rendit prisonnier, avec toutes ses troupes. Lœwendahl retourna de suite faire le siège d'Oudesarde, où il ouvrit la tranchée dans la nuit du 18 au 19. Le

DE* GÉNÉRAUX FRANÇAIS. ig3

gouverneur arbora le drapeau le 21. Il marcha à Ostende, el battit un détachement de la garnison de Nieuport , qui prétendait couper la digue du canal. Dans la nuit du ai au aa, il se rendit maître du chemin couvert, malgré la résistance des assiégés, qui perdirent a 00 hommes, tués à cette affaire : Ostende, quoique défendue par 4000 hommes et par plusieurs vaisseaux de guerre, capitula au bout de deux heures. On prit dans la place, ainsi que dans le fort Saint-Philippe, 18a pièces de canon , 36, 000 boulets, 1,200 bombes, 8000 grenades , 3oo milliers de poudre et 5o milliers de plomb. Il s'empara également de Nieuport et du fort de Wilworth , le 5 septembre. Créé chevalier des ordres du roi, le a février 1 ; j(i , il fut employé la même année , à. l'armée de Flandre, sous le maréchal de Saxe. Cette armée ayant marché, le 19 août, pour resserrer les ennemis sur la Méhaigne, le comte de Lœweodahl fit Parrière-garde. Suivi par les troupes légères ennemies et par un détachement de 4000 hommes d'infanterie que le prince Charles de Lorraine conduisait en personne, Lœwendahl soutint pendant 8 heures les efforts et le feu terrible des Autrichiens , et continua sa marche , qui ne fut pas même ralentie. Il s'empara, le ai, delà ville de Huy, où Ton prit 80 caissons et 80,000 rations de pain ; et alla ensuite servir, sous M. le comte de Clermont , au siège des ville et château de Namur, qui se rendirent les 19 septembre et 3 octobre. Employé à l'armée de Flandre, en 1747» il entra . dès le mois d'avril, dans le pays de Waès, fit enlever les redoutes de Boucautawen et de Zaidick, et investit le fort de l'Écluse, ainsi que le Sas-de-Gand. Il emporta un ouvrage sur la chaussée d'Aerdembourg, et poursuivit les troupes qui s'y trouvaient jusqu'au chemin couvert de l'Écluse. Il occupa le poste de Laustrice-Polder, et y fit prisonniers une trentaine de dragons montés. Il prit le poste de Roudenedam et sa garnison. Le fort de l'Écluse capitula le ai avril, et ceux d'Iffendick et de la Perte, le 34. La garnison du Sas-de-Gand se rendit prisonnière, le 3o. Le comte de Lœwendahl fit échouer les desseins des ennemis sur Anvers. Le fort des Philistins se rendit à lui, le 6 mai.

VU. a5

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On pensa alors à assiéger Maestricht ; mais il fallait auparavant s'emparer de Berg-op -Zoom, le chef-d'œuvre de Cohorn, qui en avait fait la plus forte place des Pays- Bas. Lœwendahl se chargea de réduire cette ville, alors défendue par 16,000 Autrichiens, et abondamment pourvue de vivres, Berg-op -Zoom , ne pouvant être entièrement bloquée, recevait journellement des renforts; mais Je comte de Lœwendahl ne fut poi n t effrayé de toutes les difficultés qu'il avait à surmonter, et ouvrit la tranchée, dans la nuit du 14 au i5 juillet 1747* Tous les secours qui se présentèrent par terre pour entrer dans la place furent repoussés avec perte, et il en fut de même des sorties que fit la garnison ; mais bientôt les maladies contagieuses vinrent accabler les assiégeants, ^ui, en peu de temps, eurent ao,ooo hommes hors de service. Malgré les remplacements successifs, le siège n'avançait pas au gré de Lœwendahl, qui d'ailleurs voyait la mauvaise saisou s'approcher. Il sentit qu'il fallait un coup prompt et hardi; et, s'élant assuré, le 1 5 septembre, que les brèches étaient praticables, il fit «es dispositions d'assaut pour le lendemain. Effectivement f Je 16, à la pointe du jour , il fit faire simultanément trois attaques. Les retranchements^tablisdansies bastions et sur la demi-lune furent forcés; et les Français, après avoir passé au fil de l'épée tout ce qui s'opposait à eux, se mirent en bataille sur chaque bastion et sur les remparts à droite et à gauche. On s'empara de suite des deux postes du côté d'Anvers et de Breda. Cependant la garnison , retirée sur la place et dans les maisons, continuait à faire un feu très-vif sur les assaillants ; mats on la poussa partout l'épée aux reins; et tout ce qui ne mit pas bas les armes fut taillé en pièces. Berg-op-Zoom , ainsi pris d'assaut, fut livré, malgré les efforts du comte de Lœwendahl, à un pillage qu'autorisent les lois de la guerre. On prit dans la place, dans les forts ou dans le port, 200 pièces de canon, une quantité prodigieuse de munitions, et 17 bâtiments chargés de provisions de toute espèce (1). Le

(1) Louis XV, en apprenant «u cucoè* étonnant, demanda au raaré-

DES GÉNÉRAUX FRANÇAIS. 1t)J

comte de lœwendahl fut créé maréchal de France, par état donné au camp de flamal , en Brabaot, le 17 du môme mois de septembre, et qui fut enregistré à la connétablie, le i5 jacv er 1 -48. Par brevet du 25 novembre 1747, le roi lui accorda, pour lui, ses descendants et héritiers, a des pièces de canon qui avaient été prises à Berg-op- Zoora , avec la permission de les placer dans son château de la Ferté, près d'Orléans. Le maréchal de Lœwendahl commanda l'armée de Flandre, conjointement avec le maréchal de Saxe, par lettres du i5 avril 174&» e* concourut puissamment au siège de Maeslricht , qui fut pris, le 7 mai. Celte conquête fut suivie du traité d'Aix-la-Chapelle, signé le 18 octobre, et le maréchal de Lœwendahl put jouir alors d'un repos qu'il n'avait pas connu depuis l'enfance. En lySi, il se rendit à Dresde, où il eut une audience particulière du roi de Pologne, le 4 février. Il fui présenté, le 10 août suivant, au roi de Prusse, qui le reçut avec les plus grands témoignages d'estime (1). En 1754, il fut élu par l'académie royale des sciences de Paris membre honoraire de cette société. Après cinq ans d'inactivité, le maréchal de Lœweudahl, voyant la guerre prête à «e rallumer, demanda de nouveau à servir, et il allait obtenir un commandement, lorsque son « xcessiv» confiance dans son chirurgien le conduisit au tombeau. La gangrène se mit à une engelure au pied qu'il avait né- »

chai de Saxe comment il deTait récompenser le vainqueur : « Sire, ré-

• pondit le maréchal, il n'y a pa» de milieu : il faut le faire pendre, ou

• le Taire maréchal de France. •

(i) Frédéric lui ayant demandé à table, an milieu de plusieurs gênéraux étranger», ijucls moyens il emploierait pour prendre Luxembourg, •'il en était chargé, Lœwendahl , qui pensait que quelque jour il pourrait avoir à Caire ce siège, éluda la question , en dUant au roi : « Sire,

• Luxembourg n'est pat une ville qui se prenne entre la poire et le fro- »mage. • Dans le cours de la guerre de sept ans, l'envoyé de Louis XV ayant étalé aux yeux du roi de Prusse les ressources de la France, Frédéric lui répondit : « Tout cela est vrai ; mais vous n'avez plu* ni Saxe, aoi LorvfendahL »

gligée, et il mourut à Paris, à l'âge de 55 ans, le 37 mai J755 > dans le palais du Luxembourg, où le roi lui avait donné un logement. Louis XV honora sa mémoire par des honneurs extraordinaires. Il accorda à sa veuve une pension considérable , et donna à son fils le régiment d'infanterie allemande, devenu vacant par la mort du maréchal. Le comte de Lœwendahl unissait les qualités de l'honnête homme à celles du guerrier (1). Son esprit était orné de connaissances profondes, et toutes les langues de l'Europe lui étaient familières. (Chronologie militaire, tom. III, pag. 379 ; mémoires du temps, Biographie universelle, ancienne et moderne , tom. XXV, pag. 3i4; Histoire de France, par Anquetil, tom. VII, pag. 456 et

de LOIGNY (Louis) , eut une commission datée du 4 février 1412, pour exercer la charge de maréchal de France, que l'on avait ôtée à Jean de Rieux. Il prêta serment en celte qualité, le 12 du même mois. En octobre i4'5, Jean de Rieux ayant été rétabli dans sou grade de maréchal de France , ou supprima la commission donnée à Louis de Loigny. (Chronologie militaire , tom. II, pag. i440

de LOM AGNES (Antoine), baron de Terrides , commandant d'armée , était capitaine de 5o lances , et gouverneur de Pignerol, dès i552. Il fut créé chevalier de l'ordre du Roi, le 29 septembre i56o. Envoyé, en i56i, à Toulouse pour y commander et y maintenir la paix que troublaient les calvinistes, il y entra, le 3i août. Il enleva, en i562, la ville d'Agen aux protestants. Il entreprit le siège de Montauban , le i5 septembre de la même année; et, sachant que, depuis le départ de la garnison de cette place, les habitants ne pensaient qu'à défendre le couvent des Dominicains , qu'ils avaient commencé à fortifier, il résolut de s'en rendre maître, et feignit pour cela

(1) Il refusa l'offre de l'artificier Turré , qui croyait avoir trouvé le feu grégeois, et qui lui proposait de s'en servir dans ses expéditions*

d'insulter la ville par le» couvents des Carmes et des Cordeliers et par la porte du Pont. Pendant ce temps , une partie de ses troupes escaladait le mur au-dessus du couvent des Dominicains, et , à la faveur d'un grand bruit de tambours et de trompettes , appliquait le bélier aux murailles et aux portes; mais les habitants qui veillaient à la garde de cet endroit repoussèrent les assaillants, tuèrent aoo hommes , et prirent les échelles ainsi que le bélier. Terrides se dédommagea de cet échec par la prise d'un faubourg. Les ftlontalbanais se laissèrent réduire aux plus grandes extrémités, plutôt que d'ouvrir leurs portes , et Terrides qui, de son côté, voulait, à quelque prix que ce fût, entrer dans la ville, changea souvent ses batteries, et donna différents assauts, tous infructueux. Enfin Montauban , assiégé jusqu'au mois d'avril 1 563 , fut délivré par le traité de pacification, qui se conclut dans le même mois. Terrides se signala, en 1567, par la défaite entière de Ponsenac, gentilhomme du Bourbonnais, et l'un de» capitaines du prince de Condé , qui ravageait toute l'Auvergne avec 5ooo hommes de pied et 5oo chevaux. Il eut un pouvoir, donné à Metz, le 18 mars i56<), de lieutenant-général commandant l'armée , pour entrer dans la Navarre, le Béarn, et tous les pays qui appartenaient à la reine de Navarre et à son fils, s'en saisir, et y établir des gouverneurs et des garnisons. Terrides, avec d'assez mauvaises troupes, soumit en peu de temps le Béarn et les autres domaines de la reine de Navarre. Il fut cependant obligé d'assiéger Navarreins dans les formes. La reine de Navarre ayant demandé du secours à l'amiral de Coligny, Monlgommcry traversa le Languedoc avec 4000 arquebusiers et 5oo chevaux , et s'approcha de Navarreins avec une diligence extrême. Terrides, très-inférieur en forces, leva le siège, et se retira à Orthès. Montgommery l'y suivit , attaqua les faubourgs , d'où il fut d'abord repoussé ; mais il rallia son infanterie, la fit soutenir par sa cavalerie, força le faubourg, et entra dans la ville. Terrides s'enfuit dans le château, qu'il ne put conserver, faute de vivres. Il y mourut , Je 7 août 1569. (Chronologie militaire,

M)8 DICTIONNAIRE HISTOH1QWE

tom. I9 pag. a5a; Histoire du Languedoc , tom, V, p. 17$ et suivantes ; Dupleix , de Thouf le Père Daniel (t)„)

anaso Louis-Marie), comte de Brienne* lieutenant' gêné 'rai , naquit à Paris, le 20 avril 1730. Il fut fait cornette de la compagnie que son frère atné avait dans le régiment de cuirassiers, le 8 janvier 174 1 » el passa, le la mai 1744 » capitaine de dragons au régiment, qui depuis prit le nom de Chabot. Il combattit, la même année, à l'ai laque des lignes de Weissembourg , et y fut fait prisounier. 11 obtint, le 7 août 1747 , le régiment d'infanterie d'Artois , vacant par la mort de son frère atné , tué au combat d'Exilés. On le créa brigadier des armées du roi, le 10 février 1759; raaréchal-de-camp , le a5 juillet 176a, et lieutenant-général, le 1" mars 1780. Protégé par le cardinal de Brienue, son frère , premier ministre sou* Louis XVI, il devint ministre-secrétaire-d'état au département de la guerre, en 1787. Il forma alors un conseil composé d'officiers distingués, et d'où sortirent d'assez bons règlements. Dans la même année , il fut membre de rassemblée des notables. Créé chevalier du Saint-Esprit , le 11 mai 1788, il fut reçu, le 1" janvier 1789. Il fut rem* placé au ministère de la guerre par M. de la Tour- du- Pin. Étant resté en France après la chute du trône, il périt sous la hache révolutionnaire, le 1" mai 1794, à l'âge de 64 ans. {Etats militaires, Biographie universelle, ancienne et moderne , tom. XXI V, pag. 658, Dictionnaire universel par Chaudon et Delandine, tom. X,pag. ao3.)

LONCHAMP (Louis, baron), marêchal-de-camp, est né à Sombacourt, eu Franche-Comté, le 26 mai 1770. lien-

(1) Le Père Daniel, après avoir raconté l'expédition d'Or thés, qu'il attribue avec raison à Antoine, baron de Terri des, atribue aussi à cet officier la prise de Castres, en l5;4, et le fait trouver au siège de Cabors, en i58o. Ces deux derniers faits appartiennent a Geraud de Lomagne, vicomte de Tcrrides, et non à Antoine, qui était mort dès i5f>9* ^oyez i'Hùtoiro du Languedoc, tom. V,pag. 55a.)

Ira au service comme capitaine, le 10 août 1792» dans le y- bataillon de volontaires nationaux du déparlement du Doubs, où il fut fait chef de bataillon, le 27 avril 1801. A cette dernière époque, il avait fait sans interruption les campagnes depuis 1793, aux armées du Rhin, du Nord, de Sambre-et-Meuse et d'Italie. Il avait aussi fait partie , de l'armée d'expédition d'Égypte, pendant laquelle il reçut un coup de feu à la jambe gauche, au siège du Caire, le 18 avril 1800. Il fut aussi blessé d'un coup de feu à la bataille du 21 mars 1801 , près d'Alexandrie. Après le retour en France de l'armée d'Orient, il servit en i8o3 et 1804 à l'armée des côtes de l'Océan, sous les ordres du maréchal Sou 11 II passa, avec son grade de chef de bataillon, dans les grenadiers à pied de la garde impériale, le 3o août i8o5, et fil avec ce corps les campagnes de 180 5, 1806 et 1807 à la grande -armée d'Allemagne. Il se trouva aux principales affaires qui eurent lieu à cette époque en Prusse et en Pologne, et reçut un coup de feu au col, à la bataille d'Eylau, le 8 février 1807. Nommé colouel-maior au 2- régiment de grenadiers à pied de la garde impériale , le 20 janvier 1808, il alla servir avec son régiment en Espagne , la même année. Il passa colonel-major du 1" régiment de tirailleurs de la garde impériale, le iei février 1819, et fit avec ce corps la campagne de la grande-armée d'Allemagne contre les Autrichiens. Il se conduisit avec beaucoup de distinction à la bataille «l'Esling, le 22 mai, et y fut blessé d'un coup de feu à l'épaule gauche. Il retourna faire la guerre en Espagne, sous les ordres du général Dorsenne, eu 181 1. Promu au grade de général de brigade, dans la ligne, le 9 décembre 1811, il servit, en 1812, dans la division du général Compans, faisant partie du 1 corps de la grande-armée , commandée par le prince d'Eckmulh , et fit la campagne de Russie , ainsi que la retraite, de Moscou. En i8i3, il fut employé dans la division du général Kochambeau , dépendant du corps d'armée aux ordres du général Lauriston, et se trouva aux différentes affaires que ce corps eut sur l'Elbe. Il a fait la campagne de France , eu 1814 , sous les ordres du

âOO DICTIONNAIRE HISTORIQUE

général de division Rusca. Il se distingua, le 14 février, par la longue résistance qu'il opposa aux ennemis lors de la prise de Soissons par le général russe Winzingerode, et fut fait prisonnier en sortant de la ville par les troupes du général Czernichcw. En récompense de ses services distingués, le général Lonchamp a obtenu successivement sa promotion de membre de la Légion-d'Honneur, le 14 juin 1804 ; la croix d'officier de la même Légion, le 14 mars 1806, et celle de commandant aussi du même ordre, le 5 juin 1809. Après la restauration du trône des Bourbons, Sa Majesté Louis XVIII Ta créé chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, le 25 août 181 4- 11 est maintenant classé parmi les maréchaux-de-camp en disponibilité. {Etats et brevets militaires, Moniteur, annale* du temps.)

de LONGUE VILLE , voyez Ohleaîïs. ,

deLORCET (Jean-Baptiste, baron), maréchal-de-camp, naquit à Reims, le 18 mars 1768. Il entra au service comme lieutenant au iw bataillon des fédérés volontaires nationaux, le 22 juillet 1792 , et fil la campagne de cette année à l'armée du Rhin. Employé eu la même qualité au siège de Muyence, en 1793, il reçut, le 10 avril, du général Aubcrt- Dubayet, l'ordre de pénétrer avec 5o hommes dans le village de Coslheim. Ayant trouvé dans ce village un corps de 400 Prussiens, il les chargea vigoureusement, les mit en fuite, et les força de se retirer dans un tel désordre , que la moitié se noya en voulant passer le Mcin sur des radeaux peu solides. Lorcet fut blessé dans cette affaire. Devenu capitaine aux chasseurs de Cassel, le 1" mai 1793, il continua de servir à l'armée du Rhin, et passa ensuite à celle de la Vendée, avec la garnison de Mayence. Employé dans le corps du général Kléber, il combattit à l'affaire de Cholet, le 9 octobre , y fut blessé d'un coup de feu , et eut un cheval tué sous lui. Il passa officier d'état-major à l'armée de l'Ouest, le 20 avril 1794; fut attaché en cette qualité au général Vachot ; reçut un coup de feu au travers du corps, et eut encore un cheval tué sous lui au combat de Condé, le 8 juin. Sa belle conduite dans celte affaire lui

valut le grade d'adjudant-général chef de brigade , qui lui fut conféré sur le champ de bataille : le brevet de ce grade lut fui expédié, le 5o juillet suivant, et il reçut du gouvernement la confirmation de cette promotion, sous la date du 25 octobre de la même année. Il servit à l'armée du Rhin, en 1795, et fut employé à l'armée d'Italie, commandée par le général en chef Buonaparte, pendant les campagnes de 1796 et 1797. Il se trouva, sous les ordres du général Masséna, à la bataille de Casliglione, le 3 août 1796, et y fut blessé de deux coups de feu. Il reçut encore une blessure et eut 2 chevaux tués sous lui , au passage du Tagliamento, le 16 mars 1797. Dans la même année, étant attaché à la division du général Augcreau, il reçut l'ordre de faire une reconnaissance, à fond, sur Villa-Franca et Trévise, avec -un escadron du 1" régiment de hussards, et un du 9e régiment de dragons. Parti de Padoue, il arriva, après deux jours de marche, à Villa-Franca, où il rencontra 2 régiments de cavalerie autrichienne. Malgré l'infériorité de ses forces, il attaqua aussitôt ces 2 régiments, les poursuivit jusqu'à TréviRe, entra en même temps qu'eux dans la ville, et les suivit Tépée aux reins jusqu'à Saint- Artien. Là II s'engagea un combat des plus vigoureux, dont tout l'avantage resta aux Français, qui continuèrent à poursuivre l'ennemi l'espace d'environ 4 milles, et le forcèrent de repasser la Piave. L'adjudant général Lorcet revint à Padoue avec un nombre de prisonniers qui excédait celui des combattants commandés par lui dans cette expédition. Il fit les campagnes de 1798, 1799 et 1800, à l'armée du Rhin, et y servit, sous les ordres des généraux Ney et Moreau. Il fut blessé d'un coup de feu à l'affaire de Winterthurn , et reçut un coup de feu dans le ventre au combat de Brackenheim , le §* novembre 1798. Créé général de brigade, le 3o juillet 1799, il reçut du général Ney, le 4 octobre suivant, Tordre de prendre le commandement d'environ 10,000 hommes d'iufanterie et de cavalerie placés sur les hauteurs de Uocheim, et de forcer les Autrichiens de passer la Nidda et le Mein. Dès le lendemain, i3, le général Lorcet ayant disposé ses troupes sur vu. a«

3 colonnes, fit attaquer l'ennemi, dont les forces s'élevaient à 28,000 hommes, les culbuta, et les obligea de se replier en toute hâte au-delà du Me in. Le ?5 avril 1800, jour de l'ouverture de la célèbre campagne d'Allemagne , par le général en chef Aloreau , les redoutes et les retranchements d'Albrouck, sur la rive droite du Rhin entre Bâle et Tingcn, furent attaqués par la division du général Leclerc; mais après trois heures de combat rien n'était encore décidé sur ce point. Le général IVloreau ordonna alors au général Lorcet, qui commandait une brigade de la division Deltnas , d'attaquer de vive force les positions des Autrichiens, et il le fit en même temps soutenir par les brigades Grandjean et Boyer. Quoique les forces ennemies s'élevassent à ôooo hommes, Lorcet, plein de confia uce dans la valeur de ses troupes, fait marcher l'arme au bras, arrive aux redoutes, les attaque , s'en rend maître, s'empare de l'artillerie ainsi que des munitions, et fait bou nombre de prisonniers. Les Autrichiens étant en fuite, Lorcet se met à la tôle du 4e régiment de hussards, charge les fuyards et les pousse jusqu'à Tingen. Le général Moreau fit attaquer, le 26, cette dernière position, et Lorcet reçut une blessure pendant l'action. Il fut employé dans les i3° et 2* divisions militaires, pendant les années 1801 , 1802, i8o3, i8o4-et i8o5. Il servit, en 1806 et 1807, au camp de Boulogne et à la grande -armée d'Allemagne. Il fit, dans le corps commandé par le maréchal Ney, les campagnes de 1808, 1809, 1810 et i8irà l'avant-garde des armées d'Espagne et de Portugal. Commandant Pavantgarde du 6e corps, il rencontra, le 12 août 1809, à Aldea- Nueva-del-Comino, les troupes anglaises aux ordres du générai Wilson, et quoique la position de l'ennemi fût trèsforte, le général Lorcet l'emporta au premier choc. Le 28 novembre suivant, après avoir fait une grande diligence, il atteignit la division espagnole du duc del Parque, qui se retirait sur Salatnanque dans la direction d'Alba de Tormès. Cette division fut attaquée par le général Lorcet, qui , trop faible pour résister aux forces supérieures de reuiiemi , se relira en bon ordre, après avoir vaillamment

DES GÉNÉRAUX FRANÇAIS. 2o3

combattu. Il se trouva avec la division du général Marchand à l'affaire de Tamamèse, le 18 octobre 1810, et y reçut un coup de feu. Il fut aussi blessé d'un coup de biscaïen à la bataille de Fuenles d'Onoro, le 5 mai 1811. Le général Lorcet servit, en 1812, i8i5 et 1814, à l'armée de Hollande, sous les ordres du général Molitor. Après la restauration du trône des Bourbons, le roi lui cou lia le commandement de la place et de l'arrondissement de Saint-Malo. En 18 15, pendant les cent jours, Buonaparte le nomma lieutenaut-général de cavalerie » mais le roi , étaut rentré en France, ne confirma point cette promotion. Depuis 1 8 1 5 » le général Lorcet a été mis en non-activité, au grade de général de brigade. Il avait été créé commandant de la Légion-d'Honneur, le 16 mai 1804, baron d'empire, le i5 août 1810, et chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, le 5 juillet 181 \. (Etats militai? res9 Moniteur y annales du temps»)

LORDÀ T, voyez de Bbam.

\ ius LORGES, voyez Dcrfort;

de LORRAINE (Claude), comte, puis duc de Guise, pair de France et commandant d'armée , naquit le 20 octobre 1496. Il était fils puîné d'Anne de Lorraine, II* du nom, et tige de toutes les branches de la maison de Guise . Claude de Lorraine viut s'établir en France, et y fut naturalisé, par lettres du mois de mars i5o6. Il porta le nom de comte de Guise , jusqu'au mois de janvier 1 527, époque à laquelle il prit celui de duc de Guise. En i5i5, il suivit François I" en Italie, et commanda les troupes du duc de Gueldres, son oncle, à la bataille de Marignau. Il y reçut une blessure si grave, (fu'on le crut tué, et il ne dut la vie qu'à son écuyer, qui le tira d'entre les morts et les8* blessés. Il eut, en i5a-2, le commandement de 6000 lansquenets dans l'armée de Guienne, sous les ordres de l'amiral Bonnivct. Il passa , à la tête de ces 6000 hommes , la rivière d'Aodaye , en présence d'un corps nombreux

d'Espaç:nols , que sa hardiesse effraya» et qui prirent U fuite. L'armée ayant investi Fontarabie, s'en rendit maître; et le comte de Cuise donna à l'amiral le sage conseil de faire raser celle place, qui tôt ou tard pouvait retomber au pouvoir de* Espagnols: Bonnivct n'en fit rien, et plus tard on s'en repentit. En i5a5, le comte de Guise commandi un camp volant en Picardie et en Artois; et, de concert avec le comte de Saint-Paul, il défit un parti d'Anglais près du Vieux-Hesdin. 11 battit encore l'arrièregarde anglaise au vil 'âge de Pas, eu Artois, et lui tua 5oo hommes. Commandant en Bourgogne, dans l'année i5a4> il se jeta , avec 3oo hommes d'armes, dans la ville de Chaurnont-en-Bassigny, et sauva, parce moyen, la Champagne et la Bourgogne. Ayant été informé de la marche des Allemands vers Neufchâtei, en Lorraine, où il* se proposaient de repasser la Meuse, le comte de Guise se porta vers ce point, joignit l'arrière-garde ennemie, et la tailla en pièces. Il concourut à la dispersion des paysans révoltés de Misnie , de Souabe et d'Alsace , qui se préparaient à entrer en Lorraine et en Fiance; les battit à Saverne, et reçut à cette occasion des lettres de félicitation du parlement de Puris. Au mois d'avril i5a5, à la mort du duc d'Alençon , le comte de Guise fut fait gouverneur de la Champagne et de la Brie. Il reçut du roi, le 10 juillet de la même année, la seigneurie de Saint-Dizier. Il fut nommé chevalier de l'ordre du Roi et grand-veneur de France, au mois d'août 1626. On le créa duc de Guise, pair de France, par lettres données à Saint-Germain-en-Laye, au mois de janvier 1 5a8, registrées au parlement de Paris, le 14 août, et à la chambre des comptes, le 5 septembre. En i556, il secourut la ville de Péronne , assiégée par le comte de Nassau, y Gt entrer 400 arquebusiers d'élite, avec un sac de <?» poudre chacun, ce qui obligea le comte de Nassau »1e lever le siège. En i53?, il couvrit la Champagne. Il fut nommé , par pouvoir du 8 octobre, pour commander sur toutes les frontières de Champagne ainsi qu'en Bourgogue, et mit ces deux provinces à l'abri des ineursions de l'ennemi. Il commanda, par pouvoir du 22 juin 1642, sous les ordres du

DES GÉNÉRAUX FRANÇAIS. 2o5

duc d'Orléans, fils de François I", l'armée destinée à s'emparer du duché de Luxembourg, et prit part à la conquête d'une grande partie de ce duché, que les ennemis reprirent presque aussitôt. Le duc de Guise réussit^ arrêter la marche des ennemis, en se jetant dans Yvoi. Il reprit aussi Montmédy, dont ils s'étaient emparés. Il se démit du gouvernement de Champagne, et fut pourvu de celui de Bourgogne, à la mort de l'amiral Chabot, par provisions du 3 juin 1 5/|3 : il posséda ce gouvernement jusqu'à sa mort. La terre de Mayenne fut érigée en marquisat en sa faveur, Ipar lettres données au mois de février i54$, regisirées au parlement de Paris, le 7 septembre i546. Le duc de Guise mourut dans sa terre de .loin vil le, le 18 avril i55o (1). (Chronologie militaire, tom. I, pag. 190; Histoire des Grands-Officiers de la Couronne, le Président Hénault , le Père Daniel, Histoire de France par Anquetil, tom. IX; Biographie universelle, ancienne et mo derne, tom. III, pag. 67.)

de LORRAINE (François), d'abord comte, puis duc d'Aumale , et enfin prince de Joinville et duc de Guise , pair de France, commandant d'armée, et fils du précédent, naquit le 17 février 1519. Il montra dès sa plus tendre jeunesse une grande ardeur pour la gloire, beaucoup d'intrépidité et de sang-froid dans les moments les plus périlleux ; et l'on put dès lors augurer qu'il deviendrait un grand capitaine. Il fit ses premières armes au siège de Landrecies, en i5^5. L'armée française étant occupée, la même année, à ravitailler Thérouenne, le comte d'Aumale, qui cherchait toutes les occasions de se signaler, alla escarmoucher devant Aire. Un soir, qu'il se retirait vers

(1) Le duc de Guise était grand, spirituel, magnifique, homme d'état et habile capitaine. Il fut le créateur de la fortune de ses enfants, qui hérilèrent d'une partie de ses grandes qualités. Il avait pourvu , en i54", à la sûreté des Parisiens, alors très alarmés; et c'est de cette époque que date l'affection qu'ils vouèrent aux princes de m maison.

Hesdin, accompagné de 100 gentilshommes volontaires a> cheval, il aperçut 400 chevaux des ennemis qui devaient passer sur un pont. Il les y attendit, les chargea vigoureusement jusqu'aux portes d'Aire, et revint à Thérouenne, tout couvert du sang des vaincus et avec 100 cavaliers qu'il avait fait prisonniers. Il prit part à la défense de Saint- Dizier, en 1544. Servant au siège de Boulogne, en i545 , il remarqua un jour que les Français resistaieut faiblement à une troupe d'Anglais par lesquels ils couraient risque d'être investis. Quoiqu'il fût alors suivi de peu de monde, il marcha aux ennemis, qui, étonnés de sa hardiesse, s'arrêtèrent d'abord, puis commencèrent aveo lui un combat très- animé. Le comte d'Aumale y reçut un coup de lance dont le fer et le tronçon pénétrèrent fort avant entre l'œil et le nez. Il revint cependant au camp, à cheval et tout couvert de sang , et souffrit courageusement qu'on lui arrachât avec des tenailles, le fer et le tronçon de la lance qui étaient restés dans la plaie. On désespéra long-temps de sa vie ; mais il en fut quitte pour une cicatrice qui , au lieu de le défigurer, sembla donner encore plus de noblesse à sa figure. A la mort du comte de Saint-Paul , on lui donna le gouvernement du Dauphiné , par provisions du 6 octobre i546. Il fut créé duc d'Aumale pair de France, par lettres d'érection du comté d'Aumale en duché pairie, do' nées à Reims, au mois de juillet i54?, registrées au parlement de Paris, le 5 janvier i548. Il commanda, en 1 548 , sous le connétable Anne de Montmorency, l'armée destinée à punir les révoltés de Bordeaux et des provinces voisines; et, pendant que le connétable vengeait avec éclat les outrages fait» à l'autorité royale , le duc d'Aumale de son côté parcourut la Saintonge et le Poitou, et réussit à pacifier ces contrées sans employer la violence. Il servit, en i549 e* i55o, sur les frontières de Picardie, et y fut employé jusqu'à la paix d'Outreau, conclue, le 24 mars i55o. Commandant, sous le connétable, l'armée des frontières de la Lorraine , en i552 , il concourut à la prise de Metz, de Toul et de Verdun. On le créa prince de Joinville, par lettres d'érection datées du 9 mai i55a. Dans la

même année , après avoir fait réparer les fortifications de Toul , quoique la peste y régnât alors, et donné des ordres pour la défense de cette place, il se rendit à Metz, que Charles-Quint menaçait avec 100,000 hommes. Metz n'avait point de dehors fortifiés; ses murailles étaient sans rem- • parts, ses fossés étroits et comblés en plusieurs endroits, et ses magasîus étaieut presque vides : tout y annonçait la faiblesse , et promettait à l'empereur une conquête facile. Le duc d'Aumale anima, par son exemple, le soldat et la bourgeoisie , dont chaque jour il partageait pendant plusieurs heures les travaux, et parvint à gagner tous les cœurs parsa douceur et sa générosité. Il fit abattre toutes les maisons construites sur les murailles de la ville , ruina les jardins, détruisit les faubourgs, fit construire au dehors de la place d'excellents cavaliers, éleva la muraille, et la fortifia de remparts, derrière lesquels il établit de solides retranchements. Il munit la place de vivres, de munitions de guerre, d'artillerie, de poutres, de gabions, de mantelets et de sacs pleins de terre et de laine pour suppléera la faiblesse des fortifications. Il fit rompre les moulins des enviions , et brûler les fourrages et les grains qu'on ne put enlevervIl défendit, sous peine d'avoir le poing coupé, tous les duels II confia la défense des quartiers aux capitaines les plus expérimentés, et prescrivit une discipline sévère. 11 renvoya de la ville toutes les bouches iuutUfes, régla le nombre de chevaux et de valets à conserver, approvisionna les hôpitaux, fit nettoyer la ville, et parvint entin à y établir l'ordre , la salubrité et l'abondance. Après avoir ainsi pourvu à tout, il attendit de pied ferme l'armée de Charles- Quint, qui se présenta effectivement devant Metz, le 19 octobre. Les escarmouches commencèrent de suite, et furent suivies de vigoureuses sorties toujours meurtrières pour les assiégeants. Charles-Quint lit battre la ville sans relâche, et dans un seul jour il fit tirer 14,000 coups de canon contre la seule muraille qui séparait la plate-forme de la porte de Champagne. Bientôt la tour de Saint-Michel et deux autres furent ruinées de fond en comble , et 110 pas de murailles furent renversés,

en sorte que la ville était pour ainsi dire ouverte aux ennemis; mais le duc de Guise, à la tête des habitants, passait lui-même les nuits à porter des terres pour réparer les dégâts faits par l'artillerie des assiégeants. Pendant les journées ses soldats allaient braver et attaquer les Impériaux jusque dans leur camp (i). Charles-Quint résolut enfin de * donner un assaut à la place, et employa tous les moyens propres à encourager ses troupes; mais la fière contenance du duc de Guise, que Ton voyait constamment armé sur la brèche, à la tète de ses brave», inspira une telle terreur aux assiégeants, que ni les menaces ni les prières de Charles- Quint ne purent les faire avancer, et l'assaut fut abandonné. L'empereur eut alors recours à la sape et à la mine; mais le duc de Guise, par des travaux de même espèce , rendit inutiles ceux des ennemis. Tout ce que l'art, le zèle et le courage put imaginer fut employé pour la défense de Melz(a); et Charles-Quint, après avoir inutilement assiégé cette place pendant 65 jours, fut obligé de décamper le 10 janvier i553, après avoir perdu beaucoup de monde, et laissant dans son camp un grand nombre de malades et de blessés, dont le duc de Guise prit soin (5). Au siège de Renty, en 1 554 * le duc de Guise, voulant reconnaître la place, eut son habit percé d'un coup de mousquet. Appliqué surtout à reconnaître le terrain et les avautages qu'on

(i) Le duc de Guise choisissait lui-même ceux qui, chaque jour, devaient faire de» sorties. Il se tenait aux portes avec un corps de réserve pour soutenir ses troupes; et, lorsqu'elles rentraient, il leur prodiguait des louanges qui excitaient encore leur zèle.

(a) Un sergent se jeta, lui sixième, dans une tranchée, la nettoya et en chassa 3oo hommes : 6 homme» déterminés se portèrent contre uue batterie, enclouèrent le caoon et tuèrent les artilleurs sur leurs pièces.

(3) Un officier espagnol ayant fait demander au duc de Guise un esclave, qui peudant le siège s'était sauvé dans la ville avec le cheval de son maître, le duc fit racheter le cheval et le renvoya à l'officier. Quant à l'esclave, il refisa de le rendre : • Cet homme, dit-il, est devenu Ji- • bre, en mçttant le pied sur les terres de France. Le rendre pour qu'il » retrouve ses fera , ce serait violer les loi* du royaume. •

en pouvait tirer. S'étant aperçu que les Impériaux trouveraient un grand avantage dans l'occupation d'un bon , s'ils s'en emparait ut, il cacha dausce boi<t3oo arquebusiers plaça en dehors quelques troupes, en vue de l'ennemi, et leur donna ordre de se replier sur le bois , si elles étaient attaquées. Les Impériaux donnèrent dans le piège que le duc de Guise leur avait tendu , et furent repoussés avec une grande perle. Cependant l'empereur mit son armée en bataille , et la fit marcher pour déloger les Français de ce bois. Le duc de Guise se replia peu à peu de manière à attirer les ennemis daus la plaine; et, dès qu'il les y vil, il se plaça I à la tête des troupes, et fit charger vigoureusement les Retires de l'armée de Charles-Quint. Ceux-ci firent néanmoins plier les Français; mais le duc de Guise accourut avec quelque cavalerie, culbuta les Rcilres sur les lansquenets qui les suivaient, pénétra jusqu'à ces derniers, et mit en déroute toute celte partie de l'armée impériale , qui perdit dans cette journée 2000 hommes , 17 enseignes, 5 cornettes et 8 pièces de campagne : du côté des Français, la perte ne fut que de aoo hommes (1). Le duc de Guise fut nommé lieutenant-général, commandant en chef l'armée d'Italie, en l'absence du cardinal de Ferrare, par pouvoir du 18 avril i555. Il obtint la charge de grand- veneur de France, par provisions du 4 i"in *556. Les princes d'Italie s'étant unis avec la maison CarafFe, sous la protection du roi de France, ou résolut de tenter la conquête du royaume de Naples,et le duc de Guise fut nommé lieutenant général et capitaine-général de l'armée de la sainte ligue , hors U

(1) Saint-FaI, l'un des lieutenants du duc, s'était, par un excès de courage, avancé avec trop de précipitation :1e duc l'arrêta, <n lui donnant un coup d'épée sur le casque. Il appnt, après la bataille, que Saint Fal était inconsolable de ce qu'il regardait comme un affront. L'ayant fait venir, il lui dit : • Vous êtes offensé du coup que vous ave* reçu; mais

• il vaut mieux que je vous l'aie donné pour vous arrêter, que pour vous

• faire avancer. Ce coup, loin d'êfre humiliant, est glorieux pourvou».» Le duc interpelle alors les officiers présents, et tous sont du même sentiment que lui.

vu. »7

2lO DICTIONNAIRE HISTORIQUE

Piémont^ en l'absence du cardinal de Ferrare, par un nouveau pouvoir donné à Saint-Germain-en-Laye , le 14 novembre i556. 11 marcha 9 en i55?, au secours du pape Paul IV, attaqué par les Espagnols; mais, ayant été mal secondé par le pontife (1), il ne put rien exécuter qui répondit à sa réputation. Bans sa marche, il insulta, sans succès, le pont de Sture. Il réussit mieux contre Valence, qu'il emporta en trois jours. Il entra dans Rome, où on lui prodigua les honneurs , et en sortit pour faire le siège de Civitella , qu'il fut obligé de lever. Le duc de Guise se voyait trahi et arrêté dans toutes ses opérations par ces mêmes Caraffe qui avaient imploré le secours du roi ; mais il sut se garantir de leurs pièges et conserver son armée entière. Sur ces entrefaites, les Français avaient étévaiucus à la malheureuse journée de Saint-Quentin , le 10 août 1 55y; et la France entière, effrayée de ce désastre, appelait à grandscris le duc de Guise , dans lequel elle avait confiance. Le duc reçut ordre de quitter l'Italie, et fut déclaré, le 10 septembre, lieutenant- général de l'état et du royaume : cette nomination fut confirmée par un autre pouvoir daté du 5 octobre suivant. Empressé de répondre à la confiance de son souverain et à l'enthousiasme des Français pour sa personne, le duc de Guise fait dresser, malgré la rigueur de la saison, un camp dans les environs de Compiègne. II y forme bientôt une nombreuse armée, composée de troupes françaises régulières, des hommes produits parl'arrièreban, de 14,000 Suisses et de quelques Allemauds. Pour donner le change aux ennemis, le duc fait courir le bruit qu'il en voulait à Saint-Quentin : mais en même temps il ordonne à tous les capitaines de vaisseaux et aux armateurs de Saintonge, de Bretagne, de Normandie et de Picardie , de se rendre dans la Manche; et, après avoir fait faire à son armée beaucoup de marches et de contre-marches, il se présente devant Calais, dont il commence le siège, le 1"

(1) Le pape avait promi» i5,ooo hommes de pied et 1000 chevaux, qu'il ne donna point.

DES GÉNÉRAUX FRANÇAIS. *ff

janvier ; 58. Celte place n'était accessible que par un seul pool, qui du côté de France était défendu, à un quart de lieue de la ville, par le fort de Nieulay. On trouvait un autre fort au village de Sain le- Agathe , et la lour du Resban protégeait l'entrée du port. Le fossé autour de Calais était large et profond, et recevait une rivière, ainsi que plusieurs ruisseaux. Pour empêcher la place d'être secourue, soit par terre soit par mer, il fallait s'emparer des deux forts et de la tour. Le duc de Guise se rendit d'abord maître du fort Sainte-Agathe, d'où il chassa les Anglais, qui se retirèrent dans le fort Nieulay. Il fit de suite ouvrir la tranchée devant ce second fort et le fit battre eu brèche dès le lendemain matin, en même temps qu'il attaqua la Tour. Le gouverneur de Calais, qui voulait conserver tout son monde pour la défense de la place, ordonna au commandant du fort Nieulay de capituler. Une heure après que ce fort fut au pouvoir des Français , le duc de Cuise força la tour de Resban , et en fit la garnison prisonnière de guerre. Il fil ranger les vaisseaux français sous le canon du Resban , et ferma par ce moyen le passage aux navires anglais qui auraient voulu profiter des marées montantes pour ravitailler Calais. Pour faire les approches de la place, il se servit de claies poissées, au moyen desquelles on forma des chemins dans le marécage , et l'on parvint ainsi jusqu'aux levées, derrière lesquelles on se logea. Il restait à prendre un château fort d'un accès difficile, attendu qu'une rivière y coulait et que la mer y entrait durant son flux. Le duc de Guise battit ce château en brèche, fit saigner le fossé, et ordonna l'assaut, à marée basse. Lui-même, au premier rang et ayant de l'eau jusqu'à la ceinture, il passa le fossé , emporta la brèche, et se logea dans le château , où tout fut passé au fil de Tépée : M revint dans son camp, avant que la marée fût montée. Les Anglais, désespérés de tant d'échecs, et sentant toute l'importance de la possession du château, firent de prodigieux mais inutiles efforts pour le reprendre : 3oo de leurs plus braves soldats périrent dans deux assauts. Le gouverneur, désespérant de pouvoir faire une plus longue résistance, capitula, et demeura prison.-*

nier de guerre avec 5o hommes seulement de sa garnison : le reste eut la li erté de se retirer (1) (2). On trouva dans Calai* une quantité considérable de canons* d'armes, de m u ni lions de guerre et de provisions de bouche. L'or, l'argent et les meubles furent distribués, par ordre du duc de Guise, aux officiers et soldats de son armée : il ne se réserva rien pour lui. De Calai?, le duc de Guise marcha sur Guines, fit donner un premier assaut , qui fut repoussé ; et, ayant commandé lui-même un second assaut, il se rendit mattre de la place, le a a janvier i558 : la garnison fut prisonnière de guerre. Il enleva encore la forteresse de Ham, située au milieu des marécages. Ainsi , en moinsd'un mois, il eut la gloire d'avoir entièrement chassé les Anglais delà France, et il devint à juste titre l'idole de la nation, comme il était déjà le héros di l'Europe. Bientôt la forte place de Thionvilleel la ville d'Arlou furent reprises par lui sur les Espagnols. La paix désastreuse de Cateau-Cambrésis, à laquelle il s'était opposé, mit momentanément un terme aux hostilités et aux exploits du duc de Guise. François II étant monté sur le trône , le 10 juillet i56g , le duc de Guise fut choisi par ce prince, ainsi que le cardinal de Lorraine, pour gouverner l'état. Le duc s'empara du commandement des troupes. 11 fut nommé, au mois d'octobre suivant, grandmaître de la maison du roi, sur la démission du connétable de Montmorency. Par pouvoir du 17 mars i56o, le duc de Guise fut confirmé lieutenant - général dans tout le royaume. Il dissipa , la même année, par sa prudence, la conjuration d'Amboise, conduite par la Renaudie, et qui avait pour but de se saisir de la personne du roi, en même temps que IVmi arrêterait les Guise. Le parlement donna à cette

(0 Au milieu de l'hiver, le due de GuV emporta, en huit jours, une place qu'aucun de nos roi» , depuis 1 10 au», rj'av-it osé alléger, el qui avait coûté 11 moi» de tv-ge à ÉJouard Itl, roi d'Angleterre.

(a) Cala» était le srul poiot que le» Anglais eUMeol conservé de leur» anciennes conquêtes en Fiance, et c'était dr là qu'ils bravaient encore le» Français (Jntf ville était d'ailh-ur» Tunique entrepôt du commerce immense qu'ib faisaient avec les Paj»Bas. H

DES GÉNÉRAUX FRANÇAIS. 3l3

occasion au duc de Guise, dans une lettre qu'il lui écrivit» le glorieux surnom de conservateur delà patrie» Dès i56i, sous le règne de Charles IX, le crédit du duc de Guis© baissa beaucoup; cependant son association avec le connétable de Monlmorency et le maréchal de Saint- André, association connue sous le nom de triumvirat , lui laissa encore une grande consistance dans l'état. Voyant néanmoins le peu- d'égards que l'on avait pour ses conseils, il se retira en Lorraine, et de là en Alsace. Rappelé, en 1 56a,par leroi de Navarre, alors lieutenant-général du royaume , le duc de Guise passa à Vassy, petite ville sur la frontière de Champagne. Ses valets y prirent querelle avec les religionnaires qui se rendaient au prêche : des injures on en vint aux coups; et le duc, étant accouru pour calmer le désordre , fut blessé dans la mêlée , par une pierre qui l'atteignit à la joue. Furieux de voir couler le sang de leur maître, les gens du duc de Guise , malgré sa défense, tombent avec rage sur les calvinistes, frappent sans distinction d'âge et de sexe, brisent la chaire du ministre, déchirent les livres du culte, font main-basse sur tout ce qui se présente, et ne 6nissent de frapper qu'après avoir étendu sur le carreau une cinquantaine de personnes tuées, et en avoir blessé environ aoo. Cet événement malheureux, que les calvinistes nommèrent le massacre de Vassy •, retentit dans toute la France, et ralluma bientôt après tous les brandons de la guerre civile. Le duc de Guise fit à Paris une espèce d'entrée triomphante, suivi d'un cortège nombreux. La cour s'é tant déterminée à reconquérir par la force des armes les places dont les calvinistes s'étaient emparés, le duc de Guise, commandant l'armée royale, sous les ordres du connétable, prit Blois et le saccagea. La ville de Tours, intimidée, ouvrît ses portes; et le gouverneur de Bourges , gagné par les promesse? du duc , se rendit sans coup férir. Le duc marcha contre Rouen, et réduisit cette place à se rendre au troisième assaut qu'il lui donna (i). Le prince de Condé, qui coru-

(i) Pendant le siège de Rouen, on amena an duc de Guise un pren-

2l4 DICTIOÏTNÀIRË HISTORIQUE

mandait l'armée calviniste, voulant relever les espérance* de son parti, déconcerté parle» conquêtes du duc de Guise, marcha sur Paris, avec la persuasion que cette ville mat fortifiée ne pourrait tenir contre ses troupes. Il s'établit à Mont-Rouge, menaçant de là les faubourgs Saint-Germain, Saint-Jacques et Saint-Marceau. Mais déjà cette portion de la capitale venait d*être couverte par un retranchement construit d'après les ordres du duc de Guise , qui y avait fait placer une forte artillerie. Otte circonstance, jointe aux rigueurs de la saison d'hiver, obligea le prince de Condé de se retirer à grandes journées. L'armée royale conduite par le connétable et le duc de Guise le suivit avec la même ardeur, et l'atteignit enfin près de Dreux , le 19 décembre. A cette bataille, malheureusement trop mémorable» le duc de Guise ne commanda d'abord qu'un corps de réserve de 600 hommes, en sa qualité de capitaine des gendarmer d'ordonnance du roi. L'action s'étant engagée, le connétable, qui s'était porté en avant avec plus d'intrépidité que „ de sagesse, fut vigoureusement pressé par Condé et par Goligny, qui le blessèrent et le firent prisonnier. Le maréchal de Saint-André fut tué, et la perte de l'armée royale paraissait indubitable, lorsque le duc de Guise, qui avait tout observé de l'arrière-garde où il se trouvait placé, jugeant que les ennemis s'étaient eux-mêmes fort affaiblis par leurs propres succès et par le désordre de la poursuite, s'adressa à ceux qui l'entouraient, et leur dit : « Marchons, »mes amis, marchons; ils sont à nous. * Aussitôt il fond sur les Reitres de l'armée de Condé, les renverse, taille ensuite l'infanterie allemande en pièces, et passe sur le

til homme protestant, qui avoua le dessein qu'il avait de tuer le duc « Or çà , lui dit le duc , je veax vous montrer combien la religion que je

• tiens est plus douce que celle dont vous faites profession. La vôtre

• vous a conseillé de me tuer, sans avoir reçu de moi aucune offense;

• la mienne me commande que je vous pardonne, tout convaincu que . vous êtes d'avoir voulu me tuer sans raison. » M. de Voltaire a mis cette réponse sublime dans la bouche de Gusman , à la dernière scène de sa tragédie à'Alzirt.

DES GÉNÉRAUX FRANÇAIS. 2l5

ventre de l'infanterie française. Le prince de Condé , qui n'avait plus alors sur le champ de bataille assez de monde pour résister à cette furieuse attaque, essaya de tenir ferme en attendant du secours; et , victorieux deux fois dans cette journée, il eut honte de lâcher pied; mais, entouré de toutes parts, il vit en un clin d'œil toute sa troupe enfoncée ; et lui-même , renversé de cheval, fut forcé de se ren* dre prisonnier du jeune Damville, second fils du connétable (i). Ce combat dura pendant sept heures, et la perte y fut d'environ 8000 hommes de chaque côté : le duc de Guise y courut plusieurs fois le risque de la vie. Il fut pourvu du gouvernement de Champagne, à la mort du duc de Nevers, par provisions du 16 janvier i563: il était alors chevalier de l'Ordre du roi et grand-chambellan de France. Nommé pour la troisième fois lieutenant-général du royaume, le duc de Guise se flattait de terminer la guerre civile par un coup définitif; et en conséquence, il entreprit , la même année , le siège d'Orléans , où tous les chefs du parti calviniste s'étaient renfermés. Déjà il avait poussé ses attaques de manière que la ville ne pouvait plus tenir au-delà de 24 heures, lorsqu'il fut assassiné, le 18 février, par Poltrot de Méré, gentilhomme angoumois, qui lui tira un coup de pistolet. Les balles étant empoisonnées, la blessure fut incurable , et le duc de Guise, après avoir montré une fermeté et une grandeur d'âme au-dessus de tout éloge , et avoir reçu avec une pieuse résignation les secours de la religion, mourut , le 24 du même mois. Ce grand homme était regardé comme le génie tutélaire de la France ; .aussi fut-il vivemeut regretté. Le duc de Lorraine avait une taille majestueuse ; il était fier sans dédain , et populaire sans bassesse. Aux qualités qui

(1) Oubliant les libelles que le prince de Condé avait fait répandre contre lui, et dans lesquels sa vie était peinte sous les couleurs les plus ' noires , le duc de Guise accueillît le prince comme un ami malheureux, le fit souper avec lui , et lui proposa de partager le seul lit qu'il eût : ce qui fut accepté. Quelques historiens ajoutent que Guise dormit d'un profond sommeil, tandis que Condé oc put fermer l'oit

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en firent un héros français, il joignait les qualités d'un honnête homme. Il était affable, franc, généreux et sincèrement attaché à ses amis : malheur à quiconque se déclarait son ennemi ; il le poursuivait sans relâche : mais il paraissait n'ambitionner de le vaincre qu'afin de se procurer le plaisir de pardonner. (Chronologie militaire, tom. I, )>ag. 209; le président Héhault, le Père Daniel, de Thou, Histoire des Grands- Officiers de la Couronne, Vie des hommes il/iistres , tom. X, pag. a5a; Davila, Mémoire de Langey, Brantôme, Histoire de France, par Anquetil, tom. IV et V; Biographie universelle , ancienne et moderne, . tom. XIX, pag. 186.)

de LORRAINE (Henri) , prince de Joinville , puis duc de Guise, surnommé le Balajré, commandant d* armée , et fils de François, duc de Guise, qui précède, naquit le 5i décembre 1 55o. Il fut élevé à la cour de Henri II , roi de France, et porta le nom de prince de Joinville, jusqu'au •j4 février i563, époque à laquelle il prit le titre de duc de Guise. Il accompagna le duc de Guise , son père , au siège d'Orléans en 1 563. Il montra dès lors jusqu'où il porterait un jour ta fermeté et la valeur. 11 fut fait grandmattre de la maison du roi , gouverneur de Champagne et de Brie , à b mort de son père , par provisions données à Blois, le 26 février i563, enregistrées au parlement de Paris, le 3 mai. La guerre s'étant allumée en Hongrie , entre l'empereur et le* Turcs, en i566, le duc de Guise passa en Allemagne, où il servit dans les troupes de l'empereur. A son retour, en 1567, il eut une place au conseil. Il remit sous l'obéissance du roi la ville de Metz, que les protestants avaient surprise. L'amiral de Coligny menaçant la ville d# Sens, le duc de Guise s'y enferma , et la mit en état de se défendre. Celle même année, la cour le chargea de garder, avec une armée , la frontière de Champagne. Il fat déclaré majeur , par lettres du 27 septembre i5b'8, registrées au parlement, le 14 octobre. Il commanda l'avant-garde de l'armée que le duc de Moutpensier conduisait en Périgord. Il se distingua à la rencontre de Wessignac , le 25 octobre ,

et à la bataille de Jarnac, le i5 mars i56$. Le capitaine la Rivière s'étant emparé de Jaruac, cette ville fut aussitôt investie par les protestants ; et la Rivière, trop faible pour leur résister, demandait du secours. Le duc de Guise offrit d'en conduire un; mais les généraux, persuadés qu'on no pouvait le tenter qu'en exposant l'armée i rejetèrent les offres du duc. Celui-ci, à force d'importunités , obtint cependant qu'il ferait cette expédition avec sa seule compagnie de gendarmes, forte, au plus, de 200 hommes : Guise était jeune , et ne suivait que les mouvements de sa valeur. A peine fut-il dans la plaine, qu'il aperçut en bataille la cavalerie de l'amiral Coligny, ce qui l'obligea de regagner le camp : il ne cessa d'élre poursuivi et harcelé (pie lorsqu'il fut près de rejoindre le gros de l'armée. L'amiral s'étant éloigué de Bassac, le duc de Guise pénétra jusqu'à ce village, dont il se rendit maître. De là il détacha 200 fantassins , qui furent poursuivis jusqu'à Bassao , où leur retour mit tout endésortlre. Le duc fut obligé de se retirer : mais on combattait avec fureur. Placé à la tête des esca-

drons de l'aile droite, le duc de Guise eut à soutenir le choc du prince de Condé , qui culbuta tout. Les protestants défaits à Jarnac, se rallièrent à Cognac, et le duc de Guise crut pouvoir profiter de leur embarras pour emporter Cognac ; mais il fut vivement repoussé. Au combat de la Roche-Abeille, le duc d'Anjou , moins fort que l'amiral, auquel le duc des Deux - l'ont s s Y ait joint, évitait d'en venir aux mains, et s'était posté de façon à n'être point insulté. Une compagnie d'arquebusiers gardant un ruisseau entre les deux armées , l'amiral les fit attaquer par un détachement , qui fut reçu avec fermeté par les arquebusiers. Ceux-ci ayant été soutenus par i5oo hommes, chargèrent à leur tour le détachement huguenot, qui feignit alors de reculer. Le duc de Guise prenant cette retraite pour une fuite, passe le ruisseau avec 200 hommts de cavalerie, poursuit les prétendus fuyards, et s'avance à i5oo pas au-delà du ruisseau. L'amiral , qui lui avait tendu ee piège, fond sur les troupes du duc, avec louteson armée, et les bat complètement. Le duc de Guise n'avait point encore

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