VII
19 ans» lorsqu'il attira sur lui tous les regards par sa belle défense de la ville de Poitiers, dans laquelle il s'était jeté volonlairement. Le gouverneur lui ayant déféré le commandement, il le refusa, et se couteuta de partager avec lui les fatigues et les dangers. L'amiral fut à peine arrivé devant Poitiers , qu'avec son infanterie il assaillit, par plusieurs endroits à la fois, le faubourg de Saint-Lazare, qui n'était point fortifié. L'officier qui défendait ce faubourg soutint pendant trois heures l'assaut de l'amiral, et fut enfin contraint de se retirer. Le duc de Guise , combattant à l'un de ces assauts, tint toujours l'ennemi en échec, et ne désempara point qu'il n'eût vu brûler et démolir les maisons voisines de la porte et du fossé, où les calvinistes auraient pu se loger : son exemple et ses libéralités animaient l'officier et le soldat. L'amiral, à force de pousser les travaux et de ruiner ceux des assiégés, parvint à faire une brèche, et crut pouvoir hasarder un assaut. Il le tenta à plusieurs reprises, mais toujours sans succès, et perdit beaucoup de monde. A toutes ces attaques, le jeune duc de Guise , exposé au plus grand feu , faisait l'admiration des plus vieux capitaines. La ville étant mal fortifiée et la garnison très-faible , les officiers-généraux qui y commandaient craignirent qu'elle ne fût forcée par ramira), et que dans ce cas le duc de Guise et le marquis de Mayenne ne tombassent eutre les mains des calvinistes. Quelquesuns furent d'avis qu'on les mît tous deux en sûreté; mais ces timides précautions ne furent pas goûtées par le duc de Guise , dont elles blessaient le courage. Il déclara qu'il préférait une mort glorieuse à une lâche retraite. Aussitôt il part pour réparer le dégât que l'artillerie ennemie avait fait , met la main à l'ouvrage , et conduit les travailleurs à la brèche, qui fut bientôt hors d*insulte. L'amiral résolut alors de prendre la ville par famine ; et , déjà elle était réduite aux dernières extrémités , lorsque le duc d'Anjou , en faisant le siège de Châlellerault, contraignit l'amiral de lever celui de Poitiers. Le duc de Guise vint à Tours faire sa cour au roi, qui lui donna une place au conseil secret. A la bataille de Monlcoucour, H fut chargé par le duc d*
Montpensier de soutenir les enfants-perdus avec quelques escadrons de cavalerie, dont il était l'un des commandants. Il rompit les escadrons ennemis, et reçut une blessure à la jambe, par suite de laquelle il fut long-temps boiteux. En 15^2, la cour ayant résolu la destruction des calvinistes, le duc de Guise fut chargé de l'exécution de celle entreprise. Dans la nuit du 24 août, à peine le signal du massacre était-il donné,, que le duc de Guise se transporta à l'hôtel de l'amiral de Coligny, le fit tuer, et ordonna à Besmc, l'un des assassins, de jeter le corps par les fenêtres, pour que le duc d'Angouiêmc le vit. Pendant cette nuit affreuse, d\\e delà Saint- Barthélémy, \e duc de Guise poursuivit lui même , avec de la cavalerie, ceux des protestants qui, avertis du massacre, avaient pris la fuite. Au siège de la Rochelle, en 1573, le duc de Guise, qui voulait être à tous les assauts, courut risque de périr à celui du 7 avril. N'étaul point commandé pour cette attaque , il accourut de son chef sur le bord du fossé, avec plusieurs jeunes seigneurs. Le général leur ordonna de se retirer , et ils parurent obéir ; mais, au moment où les troupes marchaient à l'assaut , ils se mêlèrent avec le soldat, descendirent dans le fossé, et, malgré le feu terrible des assiégés, emportèrent plusieurs casemates, quoiqu'on fît pleuvoir sur eux une grêle du pierres , des feux d'artifice, de la poix fondue et de l'huile bouillante. Le duc de Nevers, instruit du dauger que courait le duc de Guise, vint le débarrasser. Après le siège de la Rochelle , le roi envoya le duc de Guise au-devant des ambassadeurs de Pologne. Nommé lieutenant-général commandant l'armée des provinces de Champagne et de Bourgogne, le 28 août i5j5. il mit celte armée eu mouvement, pour empêcher les Allemands d'entrer dans le royaume, et de se joindre aux mécontents, ainsi qu'aux protestants. Cependant, Montmorency Thoré, qui conduisait ce secours, composé de 2000 Réitrcs, 5oo arquebusiers français et 100 geudarmes, avait passé le Rhin, traversé la frontière delà Lorraine, pénétré eu Champagne, et s'était même avancé jusqu'à Atligny. Dans sa marche r il avait considérablement augmenté son déta*
chement. en attendant que le prince de Condé parût en France avec toute l'armée allemande. Le duc de Guise s'avança pour lui couper le chemin, et, l'ayant rencontré auprès de Chàleau-Thierri, le serra de si près , qu'il le réduisit à la nécessité de se rendre ou de combattre. Les troupes françaises de Thoré furent d'abord rompues, malgré leur résistance ; et les Réitres, ne pouvant non plus résister au nombre des assaillants , prirent la fuite. Le duc de Guise se mit alors à la poursuite des fuyards, et reçut un coup d'arquebuse qui lui emporta une partie de la joue et de l'oreille gauche : il lui en resta une cicatrice, qui lui Ht donner te surnom de Baiajré. En i5?6 , lit* nri III , étant monté sur le trône , témoigna beaucoup de froideur au duc de Guise. Celui-ci se livra alors à la faveur populaire, et devint l'un des chefs les plus zélés de cette fameuse confédération des catholiques, connue sous le nom de la ligue. Les protestants ayant dressé une contre-ligue , en 1 077 , le roi mit sur pied deux armées, et le duc de Guise, qui n'eut point de commandement, servit sous le duo d'Anjou (ci-devant duc d'Alençon). La campagne ayant été ouverte par le siège de la Charité , le duc de Guise se rendit maître du fossé : la place capitula. Ou assiégea ensuite Issoire, et la garnison ayant refusé de se rendre, on résolut d'attaquer cette place par trois endroits différents : Tune de ces attaques fut confiée au duc de Guise. Ce guerrier monta le premier à l'assaut sans armure et en simple pourpoint. Il fut repoussé, et tous ceux qui l'accompagnaient furent tués ou blesnés. Les assiégés, désespéra nt d'être secourus, offrirent de se rendre par capitulation; mais, comme on prétendait les avoir à discrétion , ils rejetèrent cette proposition. Le duc de Guis»: fit alors tirer à revers contre un retranchement formé derrière la muraille. Les assiégés s'effrayèrent , et se rendirent à discrétion. En 1678, le duc de Guise traita, d.ins les intérêts de la ligue, avec le roi d'Espagne, qui s'en déclara le protecteur. I! fut fait chevalier des Ordres du roi, le3i décembre i5<~§. Voulant se rendre maître de quelque place frontière d'Allemagne, ie duc de Guise avait jeté les yeux sur Strasbourg , et com-
mnniqué son projet à un jeune gentilhomme protestant , qui cherchait à s'avancer, et qui se chargea de coopérer a l'exécution. Le duc de Guise s'approcha de la frontière, pour être à portée de profiter de cette intrigue. Pendant ce temps, le, gentilhomme protestant faisait jouer ses ressorts. II avait eu la permission de lever 4000 hommes en Alsace, et de venir à Strasbourg y acheter des armes pour ses troupes; mais le sénat strasbourgeois, ayant été instruit de la conjuration , ordonna à ce gentilhomme de se retirer, et l'entreprise échoua. En i584« après plusieurs assemblées tenues à Nauci pour régler les opérations de la ligue , le duc de Guise sigua à Join ville, avec les agents du rot d'Espagne et les députés de plusieurs princes catholiques, un traité qui assurait au cardinal de Bourbon la succession à la couronne, à l'exclusion du roi de Na* varre. II fit faire, en i585, des levées dans tout le royaume; s'assura de 6000 Suisses; chargea un de ses lieutenants d'avancer vers la frontière , avec un corps de Réitres ; se mit à la tête de la noblesse de Bourgogne et de Champagne . leva le masque pour la ligue, et commença à s'emparer de Chàlons- sur -Marne, où il conduisit le cardinal de Bourbon , qui le nomma lieutenant-général de la ligue. Il fit en même temps soulever les principales villes des provinces, surprit Verdun , en personne , y entra avec 5o chevauxrassiégca le gouverneur dans sa maison, le prit, et força 5 compagnies qui composaient la garnison de mettre bas les armes : ceci se passa à la vue de 4°° soldats huguenots, venus de Sédan pour secourir Verdun. La reine ayant demandé une entrevue et un sauf- conduit au duc de Guise ,. celui-ci présenta à celte princesse les conditions qu'il exigeait , et auxquelles le roi consentit, par son édit du 7 juillet , qui défendit tout autre exercice de religion que la catholique. On accorda aussi au duc de Guise, pour villes de sûreté, Verdun, Toul, Châlons et Saint - Dizier, 3o arquebusiers pour sa garde entretenus aux dépens du roi , et 100,000 écus pour bâtir une citadelle à Verdun. La ligue générale enfanta une ligue particulière, qui se forma à Paris, et qui prit son nom des seize quartiers de cetto
ville : Guise, dont elle secondait les desseins, l'autorisa; et, appuyé de cette faction, dans la capitale du royaume , il contraignit le roi de prendre les armes contre les protestants. En i586, il prit Donzi , sur le duc de Bouillon ; et, sous prétexte que le roi était d'intelligence avec les protestants, il fil ordonner, par les ligueurs assemblés à Orcamps, près Noyon , qu'on agirait désormais sans les ordres du roi , et qu'on s'emparerait des villes frontières de la Champagne , où les calvinistes se réfugiaient sous la protection du duc de Bouillon. Aussitôt le duc de Guise fit le siège de Roc roi, et il était prêt à lui donner l'assaut, lorsque cette tille ouvrit ses portes : la capitulation porta qu'elle se rendait au duc de Guise, et il n'y fut point fait mention du roi. Henri III défendit alors au duc d'aller en avant; mais celui ci ne s'empara pas moins de Gaucour, et étendit le ravage jusqu'aux portes de Sédan. Il tenta, en 1587, de se saisir de Boulogne, dont te port aurait facilité l'entrée et le débarquement des Espagnols en France; mais le roi, averti de la trahison qui se tramait, la fit échouer. Guise ne réussit pas mieux à Daigni et à Ci von ne , deux châteaux situésprèsde Sédan. Il s'avança pour les reconnaître en personne; mais le duc de Bouillon tomba sur sa troupe, et la mit dans une telle déroute, qu'il fut impossible de la rallier : le duc de Guise prit aussi la fuite. Jametz lui résistant avec la même vigueur, il eut recours à l'artifice, et gagna un capitaine de la garnison, qui promitde lui livrer la place : le gouverneur, instruit du complot, fit trancher la téte an capitaine. Les Allemands et les Suisses passèrent le Rhin au mois d'août, sous les ordres du duc de Bouillon , et furent joints dans leur marche par différents renforts, qui formèrent une armée de 4*1,000 hommes. Le roi opposa trois armées à l'invasion de ces étrangers ; et , quoique le duc de Guise ne commandât que la moins forte des trois, il se prépara à soutenir les premiers efforts des Allemands sur les fronr tières de la Lorraine. Sans demander l'agrément du roi, il joignit à ses troupes 400 lances Wallones , et 2000 fautassins italiens; et par sa jonction avec le duc de Lorraine, son armée se trouva forte de i3,ooo hommes. Dans une
escarmouche qui se passa au Pont Saisi- Vincent , il fut sur le point d'être enveloppé; mais il fit la plus belle retraite, avec 400 chevaux , en présence de l'armée ennemie. Les Allemands passèrent la Meuse à Neuchâtel. Le duc de Guise, qui, par la retraite du duc de Lorraine , vit son armée réduite à 4000 hommes, se trouvant trop faible pour attaquer les ennemis, se borna à les harceler, enleva leurs fourrages , leur coupa les vivres, et les suivit, en les combattant, jusqu'en Bourgogne. Là, il reçut quelques détachements qui lui permirent de se montrer avec plus de hardiesse. Iustruitqucie commandant de» Réitrcs était logé à Vimori, à une lieue de Montai gis, el qu'il avait auprès de lui 8 cornettes séparés du reste de ses troupes, Guise marcha à Vimori sur les sept heures du soir, fit attaquer ce bourg, l'emporta, et y mit le feu. Le commandant des Réitres étant accouru , on se mêla de part et d'autre avec une extrême fureur : un orage qui survint termina le combat. Le plus graud avantage que procura cette action fut la perte du bagage des Allemands, qui se mutinèrent. Le général allemand prit ses quartier* à Aunueau, à deux lieues de Chartres. Le duc Je Guise gagna le capitaine du château, qui consentit à introduire dans sa place 400 arquebusiers. Guise s'avança lui-même, dans la nuit du 1 \ novembre, avec oooo chevaux , à la faveur des ténèbres. Dès le matin, et au moment où les Allemands rangeaient, par files, leurs chariots dans les rues de la ville, Guise détache i5oo hommes qui entrent en petites troupes par la porte la plus voisine du château , et qui se partageant à droite et à gauche des chariots, tuèrent (oui ce qui se rencontra. Les 4°o arquebusiers eurent le même succès sur un autre point. Daus ce tumulte, le général allemand fit ses efforts pour rallier ses gens; mais l'embarras occasioné par les chariots ne le lui permettant pas, il se fit jour l'épéo à la main, et gagna la campagne. Dans celte échauffourée, 1200 Allemands furent assommés, et un grand nombre fut fait prisonnier. Le duc conduisit à Étampes son armée victorieuse. Tous ses soldats étaient gorgés de butin , et ils firent leur entrée triomphaute dans la ville, montés sur
les chevaux des Réitres, ou portés sur les 800 chariots qu'ils avaient pris. Cette déroute déconcerta les étrangers; et les Suisses, s'en étant séparés, traitèrent avec le roi à Marigny, le 18 décembre. Le duc de Guise , piqué d'un accommodement qui lui enlevait la gloire d'exterminer entièrement les étrangers , poursuivit les Suisses jusque dans le comté de Montbéliard, où il permit à ses soldats toutes sortes d'excès et de brigandages, pour punir le comte de Montbéliard d'avoir été l'un des auteurs de l'armement contre la France. En i588, te duc de Guise assembla à Nanci les principaux chefs de la ligue. On résolut dans cette assemblée, que, sans aucun ménagement, on prescrirait au roi une règle de conduite pour le gouvernement. Le roi dissimula , et promit l'exécution des différents articles qu'on lui présentait. Les seize, devenus audacieux par la condescendauce et la faiblesse du roi, pressèrent le duc de se rendre à Paris , et lui offrirent 20,000 hommes. Leur intention était de s'emparer de la personne du roi. Le duc promit de se rendre à cette invitation, envoya dans la capitale des capitaines expérimentés, leur ordonna de faire provisions d'armes, et alla conférer à Soissons avec le cardinal de Bourbon. Ensuite, et malgré la défense du roi, il vint à Paris, où il fut accueilli par les acclamations du peuple. La reine-mère, Catherine de Médicis, le conduisit elle-même au Louvre; et Guise, après avoir salué le roi, se relira à son hôtel. Il eut avec le roi une seconde conférence, dans laquelle on se fit des plaintes réciproques. Sur ces entrefaites, Henri III, apprenant que les ligueurs étaient déterminés à l'enlever, fit introduire les Suisses dans Paris, et leur ordonna de se joindre aux gardes-françaises, d'occuper les principaux postes de la capitale, et de se saisir des chefs de la révolte. Les gardes françaises, qui avaient défense de charger la populace, sont re poussés de la place Maubert. Le duc de Guise fait alors prendre les armes à ceux de son parti. On teud les chaînes le 12 mai, et on forme partout des barricades que l'on pousse jusqu'auprès du Louvre. Les soldats du roi, investis de tous côtés, et exposés aux mousquetades
DES GÊXfXltiX FRANÇAIS. 225
Urées des fenêtres el à une grêle de pavés qui sont lancés sur eux de chaque maison , se voient dans l'impossibilité de se retirer, ni de forcer aucun passage. La reinemère vient inutilement trouver le duc de Guise pour l'engager à sortir de Paris. Dans ce tumulte , un Suisse ayant tiré un coup de mousquet , le peuple tombe sur les soldats de cette nation et en tue ou blesse : le reste demande quartier. Les gardes- françaises, aussi mal menés, crient comme les Suisses : vive Guise, et se laissent désarmer. Le duc de Guise paraît alors dans les rues sans autres armes que son épée ; il parcourt les barricades, fait rendre aux Suisses et aux gardes-françaises les armes qu'on leur avait enlevées, et les renvoie au Louvre, avec cette différence pour les gardes françaises, qu'on les oblige de marcher chapeau bas et les armes baissées. La reine, n'ayant pu engager le duc de Guise à rendre la paix à la capitale, en fit sortir le roi. Le duc, resté maître absolu dans cette ville , y rétablit l'ordre et la tranquillité , et sut si bien se faire obéir, que dès le lendemain , il ne parut pas qu'il y eût eu le moindre mouvement. Il se saisit de la Bastille ainsi que de l'Arsenal, du château de Viucennes et de Corbeil. Il tenta aussi de s'emparer de ftlelun; mais le gouverneur refusa de lui livrer cette place, et il ne put U forcer. Il nomma , à Paris, un nouveau prévôt des marchands et de nouveaux échevius. Après bien des négociations, la reine conclut avec le duc de Guise un traité que le roi signa à Rouen , au mois de juillet. Le roi accorda tout ce que le duc demandait ; mais ce monarque avait des vues secrètes, et se proposait de faire tomber le duc dans le piège qu'il lui tendait. Guise fut nommé lieutenant-général de toutes les armées du roi, par pouvoir donné à Chartres , le 6 août i5b8, enregistré au parlement de Paris, le a3 (1). On le combla de caresses, et le roi lut fît l'honneur de l'admettre à sa table. S. M. fit, le3!oclobre, l'ouverture des étals à litois. Le crédit du duc de Guise y ,1,1 ii , • ' • * »n • • •• ' :.'*..; .
(i) Le Père Daniel date ce pouvoir du i4, et là VU des Hofanut Uvw. 29
parut avec éclat. À peine avait-il parlé que tous se rangeaient à son avis. Les choses furent poussées si loin, que Ton ne proposait rien dans cette assemblée qui n'eût été délibéré et discuté dans le cabinet du duc. On demanda que les délibérations fussent rendues publiques, aussitôt que les députés seraient d'accord entr'eux, et sans attendre la décision du roi. On força même le prince d'accorder une diminution sur Jes impôts, dans un temps où on l'obligeait de déclarer la guerre au duc de Savoie et au roi de Navarre. On exigea aussi que le roi de Navarre fût exclus de la succession à la couronne. Le duc de Guise se lit donner un prévôt de la connétablie et des archers pour sa garde, prérogative qui, selon lui, était attachée à sa dignité de lieutenant-général. Tout tendait enfin à ruiner l'autorité royale et à établir celle du duc* qui eu effet donnait l'impulsion aux états, dont tous les membres étaient choisis par lui, et passionnés pour sou élévation. Dans ces circonstances critiques , Henri III , prit conseil de ses plus fidèles serviteurs ; et , se trouvant dans l'impossibilité de faire punir selon les formes ordinaires un sujet redoutable à son roi et adoré par le peuple, il le fit tuer à l'entrée de son cabinet , le a3 décembre i588. (i). Càro-
(ustres du 4* eu fixant l'enregistrement au 26. Fontanon le date aussi du 4 * mais on ic trouve dans les registres du parlement daté do 6 août, et l'arrêt d'enregistrement est du a3. (Tom. VIII, des ordonnance* de Henri III.)
(1) Le duc de Guise réunissait en sa personne tous les avantages qui avaient fait aimer ou admirer les princes de sa famille , lesquels , disait la maréchale de Retz, avaient si ionnemine, qu'auprès d'eux (es autres •princes paraissaient peu-pie : air de dignité, taille haute, traits réguliers, regards doux, quoique perçants. II joignait à ces avantages corporels une bravoure à toute épreuve, l'esprit du commandement, la discrétion sous l'air de la franchise, et le don de la persuasion. L'action suivait chez lui la pensée: «Ce que je ne résoudrai, disait-il, en un quart-
• d'heure, je ne le résoudrai» de ma vie. • M. Charles Lacre telle, dans •on Histoire de France , pendant les guerres de la religion , a dit du duc de Guise : « C'était un homme nourri dans la politique, qui ne man- » quait pas d'élévation dans l'esprit , mais qui n'en avait aucune dan*
• l'ûawya . . ,
nologie militaire , tom. I , pag. 266; Histoire des Grands- Officiers de la Couronne, le président Hénaut, de Thou , Histoire de France du Père Daniel, Davila , Moréri, et Vie des Hommes illustres de Vabbé Péraut , tom. XVII\ Histoire de France par Anquetil, Biographie universelle, ancienne et moderne, tom. XIX, pag. 19a.)
db LORRAINE (Charles) , prince de Joinville , puis due de Guise, pair de France , commandant d'armée , èl fils aîné du précédent, naquit le 20 août i5?i. 11 prit le nom de duc de Guise après la mort de son père, assassiné à Blois, le 23 décembre 1 588. Il avait eu , dès le 6 août précédent, la survivance du gouvernement de Champagne et de Brie , ainsi que la survivance de la cbsrge de grand-maîtfe de France : mats il fut destitué de ces deux charges le jour même de la mort de sou père. On l'arrêta aussi , et on le renferma dans le château de Tours, d'où il s'évada, le i5 avril 1591. S'étant alors jeté dâns le parti du duc de Mayenne, son oncle, il se rendit à Paris, et y fut reçu avec des acclamations de joie. Au mois de février 1592, pendant le siège de Rouen, dans une escarmouche, le roi Henri IV enleva le quartier du duc de Guise, qui faillit lui-même être fait prisonnier : 200 ligueurs y périrent, et le duc de Guise perdit son bagage et la cornette de sa compagnie. Le roi d'Espagne ayant fait proposer aux ligueurs, en 1593, de faire épouser l'infaute au duc de Guise, et de le déclarer roi de France , ce jeune prince se laissa d'abord éblouir par ces offres brillantes, dont le duc de Mayenne lui fit bientôt apercevoir la vanité et l'artifice. Voulant se réconcilier avec le roi, au mois de mai 1594, il résolut de s'en ménager les moyens par une action de vigueur, et se rendit maître de la Champagne. Saint-Paul, l'un des maréchaux de la ligne, nommé lieutenant général de Champagne par le duc de Mayenne, avait commandé dans celte province, pendant la prison du duc de Guise . et s'était toujours tenu dans l'indépendance de ce prince. Il avait fait bâtir, à l'une des portes de Remis, un fort qu'il faisait garder par 260 étrangers, et son dessein était de livrer- la ville aux
Espagnols. Les habitants de Reims se plaignirent au duc de Guise, connue à leur gouverneur, de la conduite de Saint-Paul , et lui demandèrent la démolition de ce fort. Le duc de Guise en parla plusieurs fois à Saint -.Paul. Ce dernier, oubliant qu'il devait sa fortune et son élévation ù la maison de Guise, répondit avec audace; et, omettant la main sur la garde de son épée , osa dire au duc : « que le fort subsisterait, et qu'il y maintiendrait la garnison*» Guise, indigné de cette insulte, passa son épée au travers du corps de Saint Paul. Il conclut son traité avec le roi, qui le fit gouverneur et lieutenant-général de Provence, et amiral des mers du Levant, par provisions données à Paris, le 22 octobre. En i 5o6, le duc de Guise s'empara de Blarligue, de la tour du Bonc, de Grasse, ainsi que de son château, et d'Hières. Il investit tout à la fois Draguignan et Sainl-Tropès , donne deux assauts au château de la Garde; et, pendant qu'on le croit occupé à ce siège, marche jour et nuit, et arrive, le 2.6 février, à 4.11 bagne , d'où il donne rendez- vous à toutes ses troupes à Saint- Juilen , bourgade éloignée de Marseille- d'environ deux lieues. 11 ne s'était approché de cette ville que dans la vue de soutenir les intelligences qu'il y avait avec un zélé) serviteur du roi, nommé LÀbertaU Celui-ci, indigné, de voir ses concitoyens livrés aux fureurs de dieux tyrans (Casaux et Louis d'Aix) , et sous l'oppression des Espagnol* , était convenu avec le duo de Guise, qu'il se déferait des deux tyrans, et qu'il l'introduirait dans la ville. Il tint parole, et tua Casaux de sa main. Au signal marqué, le duc de Guise entre dans Marseille, le 17 février, et en chassa les Espagnols : Louis d'Aix prit la fuite. La prise de Marseille fit autant de plai>ir au roi qu'elle déconcerta le duc d'Épernon, l'un des tenants de la ligue, et auquel il ne resta plus alors que la ville de Sainl-Tropès, qu'il avait bien fortifiée. Le duc de Guise ayant assiégé cette dernière place, d'Épernon vint la secourir avec 5oo hommesde pied. Le duc de Guise, avec 600 fantassins et i5o gendarmes, le battit, le a5 février; lui enleva son bagage, et resta paisible possesseur du gouvernement de Provence. Au mois d'août
1600, il entreprit de surprendre le château de Nice ; mais cette expédition échoua > et il se retira avec perte. Il commanda l'armée destinée à couvrir la marche du roi en Guienne, par pouvoir du 14 août 161 5. Le roi partit de Paris, le 17, et se rendit à Bordeaux, pour son mariage avec la princesse d'Espagne . et pour celui de la princesse sa soeur, avec le prince d'Espagne. Le duc de Guise conduisit la cour, dans ce voyage , avec 1200 chevaux et 4000 hommes de pied. Il commanda cette même armée, après sa jonction avec celle du maréchal de Bois-Dauphin , par pouvoir donné à Bordeaux , le 27 novembre de la même année : cette jonction eut lieu le 7 janvier 1616. Le roi revenant de Bordeaux à Poitiers, le duc de Guise apprit, à Pamprou, que le prince de Condé voulait s'emparer de Saint-Jlaixcut. Il y marcha avec quelques compagnies de cavalerie, défit à son retour un corps d'infanterie, tua 200 hommes, fit le commandant prisonnier, et dispersa le reste de sa troupe. Le duc de Guise commanda l'armée de Champagne, par pouvoir du 20 avril. Le 1" septembre de la même année, le roi ayant fait arrêter le prince de Condé, auquel il avait accordé une trêve, le 20 janvier précédent , le duc de Guise , sur l'ordre qu'il reçut de venir au Louvre, prit l'alarme, et se retira à Soissons, d'où il revint à la cour , le 29 II eut encore , en 161 J , le corn* mandement de l'armée de Champagne, par pouvoir doncé à Paris, le 18 janvier. Cette armée était destinée à agir contre le duc de Nevers, et contre les princes et grands du royaume, qui s'étaient ligués pour faire chasser le maréchal d'Ancre. Il investit , le rr mars, le château de Richecourt , qui capitula, le 5 , et que le roi fit raser. Il attaqua ensuite Rosay, dout les habitants s'enfermèrent dans le château, qui se rendit, le io mars. Le i5, il investit Château- Porcien , qui se défendit jusqu'à la fin du mois: le duc y entra le 29, et dans le château, le 3 1. Le 1" avril, il part de Château - Porcien ; et , après une marche de huit heures, il arrive près de Laon, à deux heures après minuit ; attaque un corps d'infanterie de l'armée des princes, logé dans uu des faubourgs, force la barricade, tue une
23o DICTIONNAIRE HISTORIQUE ^
partie des soldats, prend 40 chevaux, et fait 23 prisonniers. Le château de Cisigny se soumit, le 3 d'avril. Il assiégea , le 8, Ile t h cl, qui se rendit, le 16. Sur la nouvelle que les lansquenets, levés pour le roi, s'avançaient sur la frontière, le duc de Guise eut ordre d'aller les recevoir avec sa cavalerie. La mort du maréchal d'Ancre, arrivée le 24, mit fin aux cabales, et rendit le calme au royaume. On nomma le duc de Guise pour commander l'armée du roi , le 22 mars 1619; mais cette armée ne fit aucune opération. Le duc de Guise fut créé chevalier des Ordres du roi, le 3i de décembre de la môme année. Eu 2620, on l'envoya en Provence , où il devait se joindre au maréchal de Les* diguières, si le duc de Montmorency se déclarait, en Languedoc, pour Marie de Médicis. Kn 1621, pendant le siège de Montauban, il était dans la tranchée, lorsque le duc de Mayenne fut tué à son côté , le 18 de septembre. Il fut nommé commandant de la flotte, le 24 juillet i522. Après un combat long et opiniâtre , livré le 28 octobre, près de l'tle deRhé, et où il fut toujours exposé au plus grand feu , le duc de Guise remporta la victoire sur les Rochelais rebelles , qui perdirent i5oo hommes et plusieurs vaisseaux. L'action et les attaques du duc de Guise auraient continué Iç lendemain, si l'on n'eût publié la paix conclue à Montpellier, le 19 du même mois. Il commanda l'armée navale , par pouvoir du 27 août 1627. Il eut le commandement de l'armée qui devait s'embarquer en Provence, par pouvoir du 4 décembre i63o. Le duc de Guise s'étant déclaré pour la reine-mère, dans les factions de la cour, le cardinal de Richelieu, qui d'ailleurs était jaloux du grand crédit de la maison de Guise, obligea le duc à sortir du royaume, en i63i. Le duc de Guise se retira et vécut librement en Italie avec sa famille. Il fut destitué du gouvernement de Provence, le 18 avril i65a, et mourut à Cuna, dans le Siennois, le 3o septembre 1640. (Chronologie militaire, tom. I ', pag. 374; le Passor, Mercure français, Histoire du Pere Daniel, Histoire des Grands* Officiers de la Couronne, Histoire de la mere et du fils , Mémoires de la régence de Marie de Médivis , Histoire de
France, par Anquetil; Gazette de France, Biographie universelle y ancienne et moderne , tom. XJX,pag. 198.)
de LORRAINE (Henri, IIe du nom), duc de Guiie, pair de France , commandant d* armée , et fils du précédent, naquit le 14 avril 1614. Il embrassa l'étal ecclésiastique. En i6i5 à 1621, et en 1626, il fut fait titulaire de plusieurs abbayes. Nommé à l'archevêché de Reims, au mois de mai 1629, il en prit possession le 17 septembre. Devenu l'aîné de sa famille, par la mort de son frère, il renonça à son archevêché , et quitta ses bénéfices. Mécontent du cardinal Mazarin qui s'était opposé à son mariage avec la princesse Anne de Gonzague, il se jeta, en 1641, dans le parti du comte de Soissons et entra dans la ligue qui prit le nom de ligue confédérée pour la paix universelle de la chrétienté, et combattit à la bataille de la Marsée, le 6 juillet. Il fut déclaré criminel de lè/.e- majesté , le 6 septembre de la même année. Il lit son accommodement au mois d'août 1643, rentra en France, et fut reçu au parlement , le 7 septembre suivant, en qualité de duc de Guise, comte d'Eu, et pair de France. Il leva, par commission du 6 juin 1644, un régiment d'infanterie de son nom, qui fut licencié eu 1609. Il accompagna , en 1644, le duc d'Orléans au siège de Gravelines, et suivit ce prince pendant toute la campagne. Les Napolitains, accablés des impots dont on les surchargeait , ayant secoué le joug, s'étaient révoltés contre le vice-roi, au mois de juillet 1647. Un des chefs de la révolte s'adressa alors au duc de Guise , qui poursuivait à Rome, la dissolution de son mariage , lui fît le tableau des maux que souffrait le peuple de Naples, et tous deux prirent, de concert, des mesures pour soutenir la révolte. Le vice-roi dissipa promptement les premiers rassemblements, et au mois d'octobre suivant, don Juau d'Autriche entra dans Naples, à la tête de ses troupes, tenant un flambeau dans une main, et sou épée dans l'autre. Le peuple, auquel on avait promis l'amnistie et l'oubli du passé , se voyant déchu de ses espérances, se livra au désespoir, courut aux armes, fit face aux Espagnols dans les
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rues, et les contraignit de ce retirer, partie sur des hauteurs, et partie dans les châteaux. En même temps les Napolitains envoyent une députationau duc de Guise, et le prient d'être le vengeur de leur liberté. L'entreprise était d'autant plus d illicite , qne la flotte d'Espagne investissait Naples. Le duc s'embarque sur une petite felouque , le 14 novembre; donne le change aux ennemis, à Gaëtte; traverse l'armée navale d'Espagne, dont il essuyé le feu , et aborde, le i5, à Naples. Cette ville , assiégée au dedans et au dehors par les Espagnols, manquait de vivres et de poudre. Les fonds destinés aux achats avaient été divertis. Les troupes en état de servir ne montaient qu'à 4000 hommes de pied et à 3oo chevaux ; et les chefs de chaque quartier, indépendants tes uns des autres, prétendaient tous faire la loi : il en résultait que le plus audacieux et le plus violent emportait les suffrages de la populace. Conformément à l'ordre qu'il en avait du roi, le duc de Guise fit serment de fidélité au peuple, qui le proclama, le 17. généralissime de ses armées, et défenseur de la liberté, il contint )a populace; se fit respecter des mutins, occupa différents postes au dehors, rétablit la subordination et l'abondance dans la ville : ces heureux commencements promettaient beaucoup. De son côté la flotte française canonna pendant six heures celle des Espagnols, et cette dernière eût été défaite, si la flotte française l'eût attaquée en arrivant. Le eonimandant de cette dernière flotte refusa au duc de Guise, les blés qu'on avait pris sur les ennemis, et offrit des hommes, mais point d'argent pour les payer. L'agent du roi n'oublia rien pour perdre le duc de Guise dans l'esprit des Napolitains. Le duc, abandonné de la France, exposé tous les jours à périr, par le fer ou le poison des émissaires espagnols, et chargé de veiller à la subsistance d'un peuple immense, se soutint néanmoins dans Naples pendant près de cinq mois. Étant sorti de la ville, pour s'emparer de Nisitara, le 6 avril 1648, un Napolitain livra aux Espagnols, la porte d'Àlbe , où il commandait. An premier bruit de la surprise de Naples, le duc de Guiso y revint ; mais le mal était sans remède, et il put voir toutes les avenues occu-
pées par les ennemis. Il se détermiua alors à aller joindre quelques gentilshommes qui faisaient la guerre dans les Àbbruzzes; mais il trouva tous les chemins garnis de soldats espagnols, et bientôt 6oo chevaux, s'étant mis à sa poursuite , le forcèrent de se rendre. Il ne resta plus au duc que »4 chevaux, harassés ou blessés; et son cheval, ayant reçu une mousquetade , ne put lui servir plus long- temps. Dans celte position désespérée, le duc de Guise se rendit prisonnier, et fut conduit an château de Ségovie , en Espagne, d'où il ne sortit qu'au mois d'août i65a. Nommé lieulenant-général commandant l'armée qui devait s'embarquer en Provence, pour aller à Naples, par pouvoir du 18 mai i654 , il la commanda en i65 \ et i655. Il fut fait, au mois d'octobre de Tannée iG54, grand chambellan de France, après la mort du duc de Joyeuse. Il s'empara de Castellamare, le i5 novembre; mais les Espagnols obligèrent, quelques jours après , les Français de se rembarquer. De retour en France, le duc de Guise ne servit plus. On lui donna le gouvernement de Ribbemont , par provisions du 9 mars 166 1. Il mourut à Paris, le 2 juin 1664 (1). ( Chronologie militaire, tom. 1, pag. 554; Larrey, Mémoires du Père d'Avrigny ; le président Hénaut , Histoire militaire de Louis XIF, par Quincy; Histoire de France, par Anquetil; Gazette de France, Biographie universelle, ancienne et moderne y tom. XIX. pag. 199.)
i>e LORRAINE-GUISE (Louis), duc de Joyeuse, pair de France, et lieutenant-général, frère du précédent, naquit le 11 janvier 1G22. Il fut nommé grand-chambellan de France, dès 1644. Il servit, la même année et en 1645 et 1646, à l'armée de Flandre, où il se trouva à divers sièges
(1) Il étaii bien fait, plein de grâces et d'adresse dan* tous les exercices du corps, doué de beaucoup d'esprit et de courage, et fut l'homme le plus galant de ton siècle. Ses duels, ses àmours romanesques, Mi profusions et les diverses particularités de sa vie le rendirent singulier en tout.
vu. $•
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et prises de places. Il devint colonel-général de la cavale* rie , sur la démission du duc d'Angoulême, son beau-père, par provisions du 20 juillet i653. Créé lieutanaot-général des armées du roi, par pouvoir du 26 mars i654, il lut employé dans l'armée commandée par le maréchal de Turenne. Il accompagna , le 22 août, ce général qui allait reconnaître le quartier du prince de Condé devaut Arras. Le prince, escorté par 10 escadrons, ayantété rencontré par Tureune et Joyeuse, il y eut de vives escarmouches, dans Tune desquelles le duc de Joyeuse fut blessé. On le transporta à Paris, où il mourut, le 27 septembre i654- (Chronologie militaire, tom. IF, pag. 191 ; Histoire des Grands- Officiers de la Couronne , Histoire militaire de Louis XJF, par M. de Çuincy (1), Gazette de France.)
de LORRAINE (Charles), marquis, puis duc de Mayenne, pair et amiral de France, commandant d'armée, et fils de François de Lorraine qui précède, naquit le 26 mars )554< H prit le nom de duc de Mayenne, au mois de septembre i5;5. Dès i562, il avait succédé à son père dans la charge de grand-chambellan. En 1569, il commença à servir sous le duc d'Anjou, contre les calvinistes, commandés par faillirai de Coligny. Il se distingua particulièrement à la défense de Poitiers, où, chaque jour, il inspirait un nouveau courage aux assiégés, soit en se mettant parmi les travailleurs, soit en marchant avec le soldat aux plus dangereuses attaques. Il déploya ainsi, pendaut trois mois, toute l'activité d'une grande jeunesse, ainsi que la contenance de la maturité d'un vieux capitaine. A la bataille de Montcontour, le 3 octobre, il soutint la haute réputation qu'il s'était déjà acquise. Le roi ayant accordé la
(1) Cet historien se trompe, lorsqu'il dit que le duc de Joyeuse fut tué à l'attaque des lignes. Cette attaque se fit le a5 août, et le duc avait été blessé le aa. Le Père Grifiet , dans son Journal de Louis XI F \ dit aussi que le duc de Joyeuse mourut des blessures qu'il avait reçues à l'attaque des lignes. On vient de voir qu'il ne pouvait être pié*ent à cette attaque.
paîx aux calvinistes, au mois d'août 1570 , le marquis de Mayenne offrit, en 1571, ses services aux Vénitiens dans la guerre contre les Turcs, et joignit, à Corfou, Jean d'Autriche, généralissime de la confédération. Cette campagne échoua par suite de la mésintelligence entre les princes ligués; mais le marquis de Mayenne ne s'y distingua pas moins par des actions de valeur et de prudence que la république récompensa du titre de noble vénitien. En il servit au siège de la Rochelle, y fut blessé, et s'exposa si souvent avec trop de témérité, que Je duc d'Anjou lui en fit des réprimandes. On le pourvut du gouvernement de Bourgogne, à la mort du duc d'Aumale , par provisions du 7 mars de cette même année. Pendant le siège de la Rochelle, le duc d'Anjou ayant été élu roi de Pologne, le marquis de Mayenne fut chargé d'accompagner, dans leur entrée à Paris, les ambassadeurs polonais. Il suivit aussi le nouveau roi dans ses états, et revint en France avec lui. Charles IX érigea en sa faveur le marquisat de Mayenne en duché, par lettres du mois de septembre i5?3. Il prit part, en 1575, à l'atTaire où Montmorency -Thoré , qui commandait un détachement de lléitres, d'arquebusiers et de gendarmes, fut battu , près de Château-Thierry, par les troupes du roi. A cette affaire, Mayenne fit la première attaque, fut repoussé, revint à la charge, et rompit les ennemis. En 1676, il commanda , à la place du duc de Guise, son frère, l'armée de la frontière de Champagne et de Bourgogne, et eut ordre de marcher contre les troupes qu'amenaient en France le prince de Condé et le prince allemand Casimir. Il s'avança en conséquence dans la Bourgogne pour harceler les ennemis ; mais, n'ayant point assez de monde pour tenter une action, il se borna à les forcer de marcher toujours bien serrés, et à empêcher qu'ils ne s'emparassent de quelques villes fermées. Se faisant craindre et aimer tout à la fois par ses soldats, il les accoutuma à une discipline et une obéissance qui n'existaient plus depuis le commencement des guerres civiles. Il fut chargé d'annoncer, de la part de Henri III, aux états de Blois, que ce prince se déclarait chef de la ligue.
2JÔ dictionnaire historique
Il fut nomrtlé lieutenant-général commandant l'armée aux pays de Poitou, d'Angoumois, de Sain longe et d'Aunis, par pouvoir donné à Blois, le 9 mars 1577, el se rendit en Saintonge , où il rassembla les troupes, avec lesquelles il devait marcher contre le roi de Navarre et le prince de Condé. Il assiégea et prit Tonnai-Charente , et entra dans llorhefort, qui lut abandonné à son approche. Voulant réduire la Rochelle par la famine, il s'attacha à lui couper toute communication avec lesviilescirconvoisines.il investit Marans, le G mai, et s'en empara. 11 alla camper, le 22 juin, «levant Brouage, qui fut obligé de capituler, le 28 août : la reddition de celte place fut suivie de la paix. Le duc de Mayenne fut pourvu de la charge d'amiral de France, sur la démission d'Honorat de Savoie, par provisions du 28 avril 1578. Il parvint à calmer, dans son gouvernement de Bourgogne, où il était fort aimé, les murmures qui s'y étaient élevés à l'occasion de nouveaux impôts que le rot exigeait. Dans cette conjoncture délicate, il eut le talent de concilier des intérêts fort opposés, et de contenter la cour ainsi que les états. Nommé, en i58o, commandant de l'armée du Dauphiué, il prit Saint Quentin et Beauvoir. En allant reconnaître cette dernière ville, il reçut un coup de mousquet, qui lui effleura la tête auprès de l'œil. Il força la Mure et son château de se rendre, après quatre assauts, et cependant il traita les habitants el la garnison avec tant de bonté et de politesse, qu'il s'acquit leur estime et leur amitié, et gagna les cœurs des protestants dans tout le pays. Ils le suivirent à Grenoble, et le comblèrent d'honneurs. La modération et la sagesse dont il avait donné des preuves, jointes à l'opinion qu'on s'était formée de sa prohité , suilirent pour rétablir le calme dans la province ; et le duc de Mayenne revint à la cour, avec la gloire d'avoir plus lait , par ces seuls moyens, qu'on n'eut effectué en gagnant une bataille : la paix se conclut avec les calvinistes. En i582, il calma eucorc les esprits, et rétablit la tranquillité dans le Dauphiné sans avoir recours à la force. Il se démit, au mois de juin, en faveur du duc de Joyeuse, Tuu des favoris du roi, de la charge d'amiral de France. Il fut dé-
coré de Tordre du Saint-Esprit , le 5 1 décembre de la même année. Ii fut nommé comiuandaut de l'armée de Guienne, par pouvoir du i" octobre i 585, et conserva ce commandement jusqu'au 24 décembre i583. En i586, il enleva aux prolestants plusieurs villes, et entre autres Castiilon, qui opposa une résistance opiniâtre et vigoureuse, et dont une partie des habitants fut livrée à la discrétion des soldats vainqueurs. Cherchant moins à faire des conquêtes qu'à se rendre maître de la personne du roi de Navarre, le duo de Guise serait parvenu à s'en saisir, s'il eût été mieux servi par ses confidents. Après avoir suivi pendaut longtemps les traces du roi de Navarre. Mayenne apprend que ce prince doit passer la Garonne à Camnont. Il se saisit aussitôt des passages, et marche avec son armée vers cette ville. Le roi de Navarre vint effectivement y coucher, accompagné seulement de 20 gentilshommes et de 10 gardes; niaisà peine était-il endormi, qu'on vint lui annoncer l'armée de Mayenne , qui était déjà aux portes de la ville. Le prince gagne promptement les bords de la Garonne, trouve heureusement un bateau dont il se sert pour passer la rivière, et s'échappe, après avoir traversé, sans malenconlre, un des quartiers du duc de Mayenne. En i58;, uu eorps de troupes protestantes, s'étant avancé de l'Allemagne, entra en France, pour y soutenir les calvinistes, et pénétra jusqu'en Bourgogne. Le roi euvoya une armée pour leur couper les passages, et le duc de Mayenne alla la joindre, avec 6000 hommes de pied et 1800 chevaux. Ce fut lui qui, au combat de Yimori , le 27 septembre , commença l'attaque avec son infanterie, qui se jeta dans le bourg, passa au fil de l'épée tout ce qui se présentait, et mit le feu aux maisons. Le général allemand, ayant alors réuni quelque cavalerie, vint charger l'infanterie catholique, et la força de reculer. Mayenne s'avance, et est reconnu à la lueur des flammes. Il engage avec le général ennemi un combat, pendant lequel il reçoit un coup de pistolet dans la mentonnière do son casque. De son côté, l'allemand est atteint d'un violent coup de sabre. A l'exemple de leurs chefs, les troupes se battent avec fureur; mais un violent orage qui survient
force les combattants de se séparer. Traversé dans ses projets par les autres chef* de Tannée, le dnc de Mayenne se retira mécontent, et promit son appui à la ligue. Au commencement de i588, il assista, à Nanci, à un conseil tenu par le duc de Guise , son frère , et les principaux chefs de la ligue. Le duc de Guise ayant été tué , dans la même année , par ordre de Henri LU , pendant la tenue des états de Blois, Mayenne, dans lequel le roi craignait de trouvér un vengeur de Passassinat du duc, fut sur le point d'être arrêté à Lyon, et n'échappa que d'une heure à ceux que l'on avait envoyés pour s'assurer de sa personne. En i58c), il se déclara contre le roi, après s'être assuré des places de la Bourgogne, dont il était gouverneur. Il fit des levées de troupes, et marcha vers Orléans dont les habitants assiégeaient déjà le château. À son approche , les troupes royales abandonnèrent ce château. Mayenne s'empara ensuite de Chartres. Dans l'espèce de frénésie où étaient les peuples, on voyait de tous côtés les habitants des villes et des campagnes accourir et se ranger sous les drapeaux de Mayenne, qui se servit de ces nombreuses recrues pour augmenter les garnisons des villes qu'il lui importait de conserver, ainsi que pour se former un corps d'armée , avec lequel il se flattait déjà de repousser les efforts du parti royal. Le duc de Mayenne , devenu le chef, l'âme et l'espoir de la ligue, arriva à Paris, où il fut reçu avec le plus grand enthousiamepar les habitants, qui le traitèrent en souverain aimé de ses peuples. Il y créa un conseil-général de la ligue ou de l'union , dont le premier acte fut de conférer à Mayenne le titre de lieutenant -général de l'état royal et couronne de France. Après avoir donné, le 4 mars de la même année 1589, des lettres portant convocation des états pour le mois de juillet suivant, il se rendit, au commencement d'avril , à l'armée qui , par ses ordres, s'était rassemblée da ns la Beauce.il s'empara de Vendôme et mit le siège devant Château-Renaud; mais, lorsqu'il se disposait à pousser les attaques contre cette dernière place, il reçut avis qu'il lui fierait aisé de surprendre la cavalerie royale , postée à Saint-
Ouen , près d'Amboise. Il décampe aussitôt, tombe brusquement sur cette cavalerie, lui tue 600 hommes, fait uo grand nombre de prisonniers, s'empare de 17 étendards , assiège le commandant des troupes royales, qui s'était réfugié dans le château , et le force de capituler. Les soldats de Mayenne, au mépris des articles de la capitulation, massacrèrent une partie de la garnison; mais le duc, indigné de cette violation du traité, et jaloux en même temps de maintenir la discipline militaire, punit avec la dernière sévérité les auteurs de ce lâche attentat. Il renonça au siège de Château-Renaud , parce qu'il m'éditait alors un dessein bien plus important pour soo parti : c'était d'enlever le roi, qui était dans Tours, et de s'emparer de cette ville. Mayenne, qui y avait des intelligences, ménagea la chose de manière que le roi devait être engagé à une partie de promenade, pendant laquelle on le ferait donner dans une embuscade de cavalerie. Au cas que le coup manquât, Mayenne devait, en attaquant le faubourg de Tours, y attirer toutes les troupes du roi; et alors ceux qui étaient dans ses intérêts se seraient saisis sans difficulté de la personne de 8. M. Henri III n'échappa à ces embûches que parce qu'un paysan l'avertit à temps du danger qu'il courait , en lui apprenant qu'il avait aperçu les ennemis au dehors de la ville. Cependant Mayenne, qui, dans la nuit du 7 mai, avait fait onze lieues pour arriver devant Tours, attaqua le faubourg et s'en rendit maître , après une escarmouche qui dura depuis 10 heures du matin jusqu'au soir, et qui coûta au roi ôoô hommes et presque tous ses officiers les plus marquants. Mayenne n'avait à regretter qu'une centaine de ligueurs, et pouvait encore espérer de réussir dans son entreprise, lorsque l'arrivée inopinée du roi de Navarre, avec des renforts, l'obligea d'y renoucer. Dès le lendemain, Mayenne marcha vers le Maine. 11 assiégea la ville d'Alençon , et s'entendit maître, le 22 mai. Henri III et le roi de Navarre ayant fait cause commune contre les ligueurs, après leur entrevue au château du Plessis-lèsTours, le 3o avril 1589, se disposèrent a réduire Paris. Mayenne résolut de s'y enfermer;
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et, après avoir repris Montereau sur les royalistes , il arriva dans la capitale, dont les deux Henris avaient fait l'investissement , le 5o juillet. Après la mort de Henri III, assassiné lé 1er août, par Jacques Clément, Henri IV, qui montait sur le trône, lit faire à Mayenne des propositions d'accommodement. Celui ci , séduit par les promesses de secours que lui faisait l'ambassadeur d'Espagne, refusa de prêter l'oreille aux offres de Henri. Il fil proclamer roi le vieux cardinal de Bourbon , sous le nom de Charles X , prit le titre de lieu tenant-général du royaume, et marcha , à la tétc de 5o,ooo hommes , contre Henri , qui feignait de vouloir entreprendre le siège de Rouen. Chemin faisant, Mayenne reçut à composition les villes de Poissy, Manies, Vcrnon, et Gournay. Henri IV, content du succès de sa feinte, se relira vers 'Dieppe, suivi de 7000 hommes, et se retrancha au village d'Arqués. Mayenne arriva, le i3 septembre, à la vue du Polet (faubourg de Dieppe), avec le dessein de s'en emparer, de battre l'embouchure du port, de priver Henri des secours de l'Angleterre, et de réduire la place par la famine. Henri IV laisse la garde de «es retranchements à un de ses généraux, marche au Polet et s'y maintient , malgré les escarmouches qui eurent lieu pendant 3 jours. Mayenne, après avoir perdu 200 hommes, tente, le 21, t'attaque du camp d'Arqués, est défait, et se retire cependant en bon ordre. Trois jours après, Mayenne affecte de décamper sans bruit, laissant dans son camp ses bagages, ses munitions et une partie de ses malades, pour faire croire à Henri, qu'il voulait surprendre, que son départ avait été précipité. Après une marche de sept lieues, Mayenne campe entre Arques et Dieppe, pour couper toute communication avec la ville. Henri, qui pénètre le dessein du duc, laisse quelques troupes dans le château d'Arqués, se loge, avec une partie de son armée, dans Dieppe et les faubourgs, et place le reste dans les villages. Le duc décampa , et prit la route de Picardie. Le roi parut aux portes de Paris, le 1" novembre, et emporta plusieurs faubourgs. Mayenne entra le lendemain dans la capitale avec son armée. Sa présence empêcha l'effet den
. BES GÉNÉRAUX FRANÇAIS. > \ i
intelligences que Henri s'était ménagées dans Paria. L'ambassadeur d'Espagne, aidé par la faction des seize, qu'il avait gaguée, briguait la couronne de France pour son maître ; et, d'un autre côté, le duc de Lorraine iutriguait pour la faire tomber sur la tête de son fils. Mayenne fit proclamer roi publiquement , dans le parlement de Paris, le cardinal de Bourbon, que Henri IV retenait prisonnier à Fonteuay-le-Cointe , et se fit en même temps confirmer dans la charge de lieutenant- général du royaume, pour tout le temps de la détention du cardinal. L'Espagnol, déconcerté , demanda pour son maître le titre de protecteur du royaume, avec le pouvoir de disposer des charges et des dignités, et proposa l'alliance d'une princesse d'Espagne avec un prince de Frauce, alliance qui ne se ferait qu'après la mort du cardinal de Bourbon. Mayenne temporisa d'abord, et fit naitre des difficultés; mais, prévoyant que les cabales séditieuses des seize, qui dominaient dans le conseil de l'union , pourraient finir par triompher de toute sa prudence, il eut l'adresse de s'assurer d'abord de personnes distinguées par leur naissance et leur mérite, leur fit voir où tendaient les manœuvres des Espagnols et de la faction des seize, et cassa le conseil de l'union , dout il méprisa les murmures et les menaces. H composa un nouveau conseil, nomma un garde-des-sceaux et quatre nouveaux secrétaircs-d'élat, et indiqua l'assemblée des états à M eaux . pour le 5 février suivant. Sur la fin de l'année 1589, Mayenne prit le château de Vincennes. Il profita d'une absence du gouverneur de Pontoise pour serrer celte place de si près, qu'elle fut obligée de se rendre, le 6 janvier 1690. Il assiégea, dès le 9, la ville de Meulan, qui, par sa position, empêchait la liberté des communications de Paris avec Manies, par la rivière, et y entra par la brèche. Le roi vient au secours de Meulan , et Mayenne lève le siège du château. Après le départ de Henri , il y revient avec son armée, est chassé de nouveau, et fait sa retraite. L'ambassadeur d'Espagne et les ligueurs recommencent alors leurs intrigues ; mais Mayenne menace à sou tour, et se montre inflexible. Il se rend cependant A vu. r>4
Bruxelles pour y hâter l'arrivée des secours espagnols, choisit ce qu'il trouve de meilleur dans Tannée du duc de Parme, rejoint ensuite son camp, et s'avance vers Dreux, dont le roi lève le siège à son approche. Les deux armées se rencontrent à Ivry, le 14 mars. A la ip\e de son aile gauche, Mayenne fond sur la troupe du roi, qui le reçoit avec la plus grande intrépidité. Bientôt la cavalerie de Mayenne est enfoncée, et son infanterie se débande. Presque seul sur le champ de bataille, Mayenne tient ferme, avec 3o gentilshommes , et élève plusieurs fois son étendard pour rallier ses gens. Les royalistes poursuivent leur succès, tuent tout ce qui tombe sous leurs mains, et obligent Mayenne de se sauver à Mantes, d'où il se rendit à Saint -Denis. On s'était servi dans celte affaire d'armes courtes, et la mêlée avait été très-meurtrière pour les deux partis. Après avoir confié au duc de Nemours (i) la défense de Paris, Mayenne alla attendre en Picardie les troupes que le duc de Parme lui avait promises. Le roi voulut surprendre Mayenne; mais celui-ci s'enferma dans Laon, et se retrancha dans les faubourgs : Henri, qui l'y attaqua, fut obligé de renoncer à son entreprise. Le roi cependant continuait toujours le siège de Paris, et déjà les habitants «le la eapitale, réduits à la dernière extrémité, pensaient à se rendre. Sur ces entrefaites , le duc de Parme arrive avec les secours espagnols, et joint, à IVleaux, le 22 août, le duc de Mayenne , qui fait passer des vivres aux Parisiens. Henri lève le siège, le 3i août. Par une ruse de guerre, on fait croire à Henri qu'on veut en venir à un« action générale; et, pendant que le roi se prépare au combat, les ducs de Mayenne et de Parme investissent Lagny, l'emportent d'assaut, le 6 septembre, et la font démanteler : l'occupation de cette ville facilitait les moyens d'approvisionner Paris. De Lagny, ils marchent à Corbeil,
(1) Fils de Jacques de Savoie, duc de Nemours , et de la veuve du François de Lorraioe, duc de Guue, assassiné a Orliaus, le 18 lutrin i563.
s'emparent, chemin faisant, des ponts de Saint-Maur et de Charenlon, assiègent Corbeil, le 24 septembre, l'enlèvent d'assaut, le 16 octobre, et passent lout au fil de Pépée. Le duc de Parme étant retourné avec son armée dans les Pays-Bas, le roi assiège Chartres, en i5p,i. Mayenne, pour l'obliger à abandonner cette entreprise, fait de son côté le siège de Château -Thierry, que le gouverneur défend faiblement, et qui se rend aussitôt que l'artillerie a fait brèche. La faction des seize, toute dévouée aux vues ambitieuses de l'Espagne, devenait de plus en plus redouta* ble, même pour le duc de Mayenne. Elle prétendait tout régler dans Paris, et avait même poussé les choses jusqu'à sacrifier à ses fureurs le premier président et plusieurs conseillers du parlement de la ligue. Mayenne , justement indigné, se hâte de venir punir une telle insolence. Il arrive à Paris, le 28 novembre, avec 5oo chevaux et i5oo hommes d'infanterie, se fait remettre la Bastille, et fait pendre, le 4 décembre , quatre des principaux membres de la faction. En 1692, le duc de Parme, étant parti des Pays- Bas avec une année d'Espagnols, vint rejoindre Mayenne. Ils s'emparèrent de Neufchâtel , après un siège de quelques jours. Le roi assiégait alors la ville de Rouen. Les deux ducs s'approchèrent lentement de cette ville, mais en faisant courir le bruit qu'ils en voulaient à Dieppe. Le roi lo crut, et conduisit un fort détachement de ce côté. Pendant ce temps , le gouverneur de Rouen fait , le 25 février, une sortie qui a le résultat le plus complet. Le duc de Parme veut que l'on profite de la consternation où cet événement met les assiégeants, pour surprendre leur camp; mais Mayenne, qui appréhende de voir les Espagnols entrer dans Rouen et s'y établir en maîtres, s'oppose vivement à cette attaque; et, par suite de la mésintelligence qui s'établit à ce sujet entre les deux ducs , ils se retirent en Picardie, et laissent le roi reprendre, le i5 mars, ses opérations contre Rouen. Cette ville était déjà réduite à l'extrémité, lorsque les deux ducs s'en rapprochent, le 20 avril. Le roi , qui n'avait que des forces inférieures, lève le siège. Mayenne ayant fait résoudre le siège de Caudebec, on le commença, le 24
*41 DICTlOaiUIB*: HISTORIQUE
avril. Le duc de Parme y fut blessé; el Mayenne, chargé seul des opérations, se rendit maître de la place en peu de jours. Pour couvrir Caudebec, Mayenne se retrancha à Yvelol, et le roi en fit autant à une demi-lieue de cette dernière vîHc. Dans ces positions respectives, les deux armées eurent de fréquentes escarmouches. Mayenne évita toujouru d'en venir à une action générale; et bientôt les vivres lui manquant , il décampa à la faveur d'un brouillard , et prit , le 18 mai, une position plus rapprochée de la Seine, et dans un lieu fortifié par la nature. L'armée du roi enferma « elle de Mayenne dans cette position, et la réduisît aux plus cruelles extrémités. Mayenne paraissait n'avoir plu» d'autre ressource que de tenter le sort d'une bataille. Cependant deux forts, que les deux ducs firent construira sur les deux rives de la Seine , leur ayant permis de construire un pont , la vigilance du roi fut mise en défaut , et ils s'échappèrent par ce moyen. Mayenne assiégea Quillebeuf, le 4 juillet; et , ayant été forcé par le roi de se retirer, il se dédommagea en prenant Pont- Audemcr, que le gouverneur lui livra. Le roi avait fait construire à Cournay un fort qui nuisait beaucoup aux Parisiens. Mayenne voulut s'en rendre martre, vers le milieu du mois d'octobre; mais l'arrivée de Henri IV, avec des forces supérieures , déconcerta encore celte entreprise. Vers ce temps, Paris était plus que jamais en proie aux menées de deux factions , celle des seize et celles des politiques. Les premiers voulaientun roi du choix de l'Espagne; les seconds demandaient la paix, et qu'on reconnût le légitime héritier du trône. Mayenne arrive dans la capitale sur la fin <ta mois d'octobre , blâme les politiques, intimide les seize, déposeles ofliciers de ville créés par ce» faotteux, en nomme de nouveaux, de sa propre autorité, et crée un amiral, ainsi que quatre maréchaux do France. Sachant que ie roi était avec une faible escorte à la Roche- Guyou , Mayenne sort de Paris , le 4 janvier i5r)3, pour aller surprendre ce monarque ; mais Henri, prévenu à temps , était déjà à Chartres, quand Mayenne arriva à la Rochc-Guynu. Moyenne tit à Paris, le 26 de ce moi», l'ouverture des .étais de la
ligue. Ou y proposa de faire k* serment de ne jamais reconnaître Henri IV, quand bien même il se ferait catholique; mais le duc de Mayenne s'opposa fortement à cet avis. Ayant interrompu les séances, il marcha sur Noyon , dont U s'empara avec le secours des troupes espagnoles. Lorsqu'il revint à Paris, au mois de mars, le parti espagnol, qui avait beaucoup d'influence, prétendait faire abolir la loi salique , et placer sur le trône de France l'infante Isabelle* néed'Élisabeth de France, fille 4e Henri II. Mayenne, que ce projet contrariait et révoltait tout à la fois, le fit échouer, 11 usa également de tout son ascendant sur l'esprit du duc de Guise , son neveu , pour faire rejeter par. ce jeune prince l'offre qu'on lui faisait de la couronne de France. Butin il s'y prit de manière à engager les états à différer l'élection d'un roi , et résista aux brillantes propositions que lui faisaient les Espagnols, qui, pour l'engager à servir leurs vues, lui offraient le duché de Bourgogne, en souveraiue- , té; le gouvernement de Picardie, pendant sa vie; le titre de lieutenant -général du royaume, et de grosses sommes d'argent. Apprenant d,ue Heoi IV pensait à abjurer le calvinifcnie , Mayenne s'expliqua sur cette conversion , de manière à faire entendre qu'il la souhaitait. Sur ces entrefaites, et malgré les ligueurs, il conclut . avec le roi qui l'avait demandée, une trêve qu'on publia à Saint-Denis et à Paris, le i*1 août. Le duc de Nemours, frère utérin de Mayenne, disposait alors de tout, en souverain, dans son gouvernement de Lyon. Mayenne , pour arrêter les projets de ce ieune ambitieux, le fit emprisonner à Pierre-Encise. La conversion de Henri IV avait eu lieu , le a5 juillet 1 5g5 ; et , de ce moment , tous les coeurs vraiment français s'étaient attachés à ce monarque. Le duc de Mayenne quitta Paris, le 5 mars irç^ (le roi y entra le 22), et se retira à Soissons , pour être plus à portée de joindre l'armée espagnole, que le comte de Mausfeld avait amenée sur la frontière de Picardie. Tous deux marchèrent pour secourir la ville de Laon , que le roi tenait assiégée, et dont la conservation était d'une extrême importance pour le parti de la ligue ; mais Ucuri IV leur enleva deux convois» leur tua
beaucoup de monde , et les força de regagner l'Artois. En 1595, le duc de Mayenne ne put, malgré tous ses efforts et les secours des Espagnols, empêcher, que le roi ne lui enlevât les villes de Beaune et de Dijon. Henri IV ayant ensuite marché en personne pour achever de soumettre la Bourgogne, les deux armées se rencontrèrent à Fontaine-Française, le 5 juin, et celle du duc de Mayenne y fut complètement battue. La cérémonie de l'absolution du roi ayant été faite solennellement à Rome, le 17 septembre de la même année, le duc de Mayenne, qui jusque-là avait pris le prétexte de la religion pour armer/contre Henri, n'ayaut plus alors de motif plausible pour combattre, demanda et obtint une nouvelle trêve, et se retira à Chà ions-sur- Saône. Il fit enfin son accommodement avec le roi , au commencement de janvier 1696; et Henri IV donna , à cette occasion , un édit dans lequel il parla de l'affection que le duc de Mayenne avait montrée pour sa patrie, en ne donnant jamais son consentement au démembrement de l'état. Le roi lui accorda trois places de sûreté, dont deux en Bourgogne et une en Champagne. Mayenne obtint , par provisions du 24 janvier, le gouvernement de l'Ile-de-France, vacant par la mort du sieur d'O, et se démit alors du gouvernement de Bourgogne. De ce moment, le duc de Mayenne fut inviolablcmeut attaché à Henri IV, qui l'admit dans sa plus grande intimité (1). Il suivit ce prince au siège de La Fère, qui se rendit , le 16 mai 1 f.gb'. Les Espagnols ayant surpris la ville d'Amiens, en 1097, le duc de Mayenne fut le seul qui, dans le conseil du roi, fût d'avis de marcher de suite pour la reprendre : cet avis prévalut. Sur l'avis de la marche des troupes du roi, les Espagnols vinrent avec une armée au secours d'Amiens, et cherchèrent à engager une bataille; mais le duc de Mayenne opina encore pour que les Français restassent dans leurs retranchements, et conduisit lui-même les travaux, au moyen desquels ce*
(1) Voltaire, dans sa H*nriddc, a dit du duc de Mayenne : • Fut le meilleur sujet du plus juste des princes.»
retranchements devinrent presque inaccessibles aux ennemis. Ces derniers, instruits des difficultés qu'ils auraient à essuyer pour forcer le passage, abandonnèrent leur entreprise; et les assiégés, privés du secours sur lequel ils avaient compté , capitulèrent , le 25 septembre. La paix de Vervins, signée le 2 mai 1698 , mit un terme aux hostilités et aux exploits militaires du duc de Mayenne , qui continua à jouir de la confiance de Henri IV. Après la mort de ce prince, en 1610, la reine régente fit entrer le duc de Mayenne dans son conseil. Il se démit, la même «innée, du gouvernement de l'Ile-de-France, en faveur de son fils. Il mourut à Soissons, le 3 octobre 161 1. (Chronologie militaire, tom, I, pag. 281 ; Histoire de France , du Père Daniel; lé président Hénault, de Thou, Mémoires de la Ligne , Vie des Hommes illustres , tom, XV III; Histoire de France, par Anquetil, tom, VetVI; Biographie universelle, ancienne et moderne, tom, XXVI pag. 229.)
de LORRAINE (Henri) , marquis de Mayenne, puis duc d' Aiguillon, et enfin duc de Mayenne , pair de France , commandant d'armée, et fils du précédent, naquit le 20 décembre 1 5^8- Il prit le titre de duc de Mayenne après la mort de son père, le 3 octobre 1611. Le roi l'avait nommé chambellan de France, conformément au traité d'accommodement signé à Folembrai, eu laveur de son père, le 24 janvier 1596. On érigea pour lui la terre d'Aiguillon en duché-pairie, par lettres données à Blois, au mois d'août 1599, registrées au parlement de Paris, le 2 mars suivant. Il fut pourvu , en 1610, du gouvernement de Pile - de - France , sur la démission de son père. Il fut envoyé en Espagne, au mois de juin 1612, comme ambassadeur extraordinaire, pour demander en mariage, au nom du roi , l'infante Anne d'Autriche. En 1614, il se laissa gaguer par le maréchal de Bouillon, qui avait formé un parti à la cour, contre le maréchal d'Ancre , et se retira à Soissons; mais il rentra dans son devoir, à la paix de Sain te - Ménéhou4d, le i5 mai , et eut alors un brevet qui lui assurait le gouvernement de Paris } s'il devenait vacant. Il re-
»{fô DICTIONNAIRE HISTORIQUE
vint à la cour, en 1616; mais le prince de Condé ayant été arrêté au Louvre, par ordre du roi , le duc de Mayenne quitta de nouveau Paris, et alla s'enfermer dans Soissons. Déclaré rebelle, en 1617, il fut assiégé dans cette ville, et s'y défendit avec beaucoup de bravoure, jusqu'à ce que le rot Tayant fait instruire de la mort du maréchal d'Ancre, il se soumit. Nommé gouverneur et lieutenant-général de Guienne. sur la démission du prince de Coudé, par provisions du 1» mai 1618, il prêta serment entre ta mains du roi , le aa , et lit sou entrée à Bordeaux, le 3 juillet. Il se démit alors du gouvernement de l'Ile-de- France , et de la survivance de celui de Paris. Il eut, par pouvoir du aa mars 1619, le commandement de l'armée de Guienne destinée à agir contre ceux qui se servaient du nom de la reine pour troubler l'état. Cette princesse, mécontente de la cour, s'était échappée de Blois, favorisée par le duc d'Éperno», qui avait armé pour elle 6000 hommes d'infanterie et 1000 chevaux. Le duc de Mayenne assembla alors dans son gouvernement 1 7,000 hommes, avec lesquels il marcha vers l'Angoomois, pour étouffer dans leur naissance ces commencements d'une guerre civile : elle n'eut en effet point de suite, et la reine-mère se réconcilia avec son fils. Le duc de Mayenne fut créé chevalier des Ordres du roi, le 3i décembre de la même année. 11 eut le commande me m de l'armée en Basse Guienne , par pouvoir du 19 mai 1G21. Le duc de Rohan fomentait à cet le époque la rébellion parmi les calvinistes de Guienne. Le duc de Mayenne , assisté des maréchaux de Hoquelaure et d'Aubeterre, assiégea Nérac. Pour l'obliger à lever ce siège, le marquis de la Force surprit la ville de Caumont; mais , le château ayant tenu bon, Mayenne eut le temps de venir à son secours avec une partie de ses forces, et obligea le marquis de la Force de renoncer à son entreprise. Mayenne retourna ensuite devant Nérac, s'en empara, le 9 juillet, et se saisit successivement de toutes les places de sûreté qui avaient été accordées aux calvinistes dans le duché d'Âlbret et le comté d'Armagnac. Il atla ensuite trouver le roi à Agen. Au siège de Montauban , que Pou
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investit, le 18 août, le duc de Mayenne se chargea de la féconde attaque, qui fut la plus vive: c'était celle d'un faubourg que la rivière du Tarn sépare de la ville. Il y donna deux assauts avec une valeur surprenante; maïs il fut repoussé. Étant, le 17 septembre, à l'extrémité des tranchées, près du fossé, il montrait au duc de Guise, nouvellement arrivé de Provence, comment il se proposait de réparer le mauvais succès de ses premières attaques, lorsqu'il reçut dans l'oeil un coup de mousquet, dont il mourut le même jour. {Chronologie militaire, tom. I, pag. 390; Dupleix , Histoire des Grands- Officiers de la Coïtronne, le Passer, Mercure de France, HisL de Louis XI par le Père Griffet , continuée par le Pere Daniel.)
de LORRAINE (Claude, II- du nom), marquis de Mayenne, puis duc d1 Au maie , commandant d'armée , et (ils de Claude de Lorraine, duc de Guise, qui précède, naquit le 1" août i5a6 (1). Il fut nommé colonel-général de la cavalerie de France, à la création de cette charge, par provtvisions du ao décembre 1549. François de Lorraine, son frère, ayant pris le nom de duc de Guise à la mort de leur père, le 18 avril i55o, le marquis de Mayenne devint alors duc d'AumuIe et en prit le titre. Il fut établi gouverneur et lieutenant-général eu Bourgogne , aussi à la mort de son père, par provisions du i5 juin de la même année. Nommé, en i55a, l'un des commandants de l'armée de Lorraine, il se trouva à la réduction de Metz, de Toul et de
(1) Il assista successivement au sacre des rois Henri II , François H, et Charles IX. Ce fut à la première de ces cérém, >nies que l'on vit éclater les prétentions de la maison de Lorraine, qui allaient jusqu'à s'égaler aux princes du sang. Dans une occasion solennelle, le duc d'Àumalc ayant pris rang avec le duc de Vendôme: «C'est tout ce que je pourvrais permettre au duc de Lorraine, chef de votre maison, > lui dit le prince. — «Il est vrai, répondit d'Aumale, que vous avec le pas sur
• lui en France , et non ailleurs ; car il est souverain, et vous sujet et vas-
• sal de la couronne. M. de Lorraine ne relève que de Dieu et de
• son épée. • Henri II décida cette contestation en faveur du duc d'Aumale.
vu. 5j
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Verdun. Pendant la défense de la première de ces places, dans la même année, on lechargeade suivre et d'observer le marquis Albert de Brandebourg, qui s'était présenté comme auxiliaire des Français, et auquel , pour cause de suspicion , on avait refusé l'entrée dans Metz. Le duc d'Aumale, ne s'étant pas tenu suffisamment sur ses garde» , fut surpris par le marquis de Brandebourg. Accablé par le nombre, il se défendit avec beaucoup de valeur, eut plus de 200 gentilshommes tués, reçut lui-même 3 coups de pistolet, et fut fait prisonnier. Il obtint sa liberté, en 1 5 35. Quelque temps avant la bataille de Renty, en i554, le duc de Savoie, commandant l'armée impériale, détacha un parti de 6000 chevaux contre 5ooo cavaliers qui formaient l'arrièregarde française, et qui se trouvèrent obligés de passer un ruisseau en présence des ennemis. Le duc d'Aumale, l'un des commandants de cette arrière garde, tint ferme, jusqu'à ce que le ruisseau fût bordé d'arquebusiers, et l'ennemi , constamment repoussé, ne put entamer les Français. Le duc d'Aumale commanda, en i555, l'armée d'Italie, sous le maréchal de Brissac. Ce dernier étant tombé malade, d'Aumale le remplaça et entreprit le siège d'Ulpian. Ayant fait jouer ses mines, l'une d'elles ensevelit sous ses ruines un grand nombre des assiégés, et Ht une brèche sur laquelle on se logea , et d'où l'on pointa le canon sur une seconde brèche que la seconde mine avait entamée : la ville et la citadelle capitulèrent, au mois de septembre. Le duc d'Aumale fut fait grand- veneur de France, en survivance de son frère, par provisions du 4 juin i556. En 1557, il accompagna le duc de Guise, son frère, dans son expédition d'Italie, et y commanda 4oo gendarmes et 800 chevau-légers. Il revint en Frauce, en i558, avec le dut de Guise, qu'on y avait rappelé après la perte de la bataille de Saint -Quentin. Au siège de Calais, la même année, le duc d'Aumale fut chargé, par son frère, de la défense du château , que l'on avait emporté. Il y soutînt pendant la nuit deux attaques furieuses que firent les Anglais, cl réussit à s'y maintenir, malgré les efforts de l'ennemi et le feu d'une artillerie foudroyante. Il fit ensuite » .
DES GÉNÉRAUX FRANÇAIS. a5l
terrasser la porte du château, du côté de la ville, et mit ce poste à l'abri de toute insulte. En i562, il fut envoyé en Normandie, pour s'opposer aux entreprises des calvinistes dans cette province. Le 19 décembre, à la bataille de Dreux, le duc d'Aumale s'avançait pour soutenir le connétable, qui avait été blèssé et mis hors de combat. Les soldats du connétable, alors vivement poursuivis par Coligny, tombèrent au milieu de l'escadron du duc d'Aumale et le rompirent. Le duc fut renversé de son cheval, et eut la jambe gauche cassée. Il servit au siège du Havre, en i563. Il alla, en 1567, au-devant des Suisses engagés au service du roi , et les escorta lorsqu'ils se rendaient à Paris, après la retraite de ftleaux. Dans la même année, il marcha contre un capitaine calviniste nommé La Coche, qui, avec i5oo hommes, tant de cavalerie que d'infanterie, ravageait la Franche- Comté, l'Alsace et les terres de l'évêché de Strasbourg. Il le joignit à Neuf bourg, l'obligea de combattre , le 12 novembre, s'empara de la ville , et lit prisonniers La Coche, ainsi que plusieurs officiers, malgré la vigoureuse défense que firent ceux-ci, lorsqu'on les eut enveloppés. Le duc d'Aumale fut nommé, par pouvoir du 3o août i568, lieutenant-général, pour commander l'armée en Champagne, Brie, Bourgogne, pays Messin et Lorraine, conjointement avec le duc de Nemours,. et sous l'autorité du duc d'Anjou , lieutenant-général pour tout le royaume. Il s'opposa vivement alors à la marche dfcs Allemands protestants, commandés par le duc de Deux- Fonts, qui venaient au secours du prince de CondeV En 1 56q, il mena ses troupes de Strasbourg en Bourgogne , harcela 1» duc de Deux-Ponts, et l'empêcha, par de fréquentes escarmouches, de ravager la province et de s'emparer des villes. Les deux armées traversèrent ainsi la Bourgogne, sans que les Allemands pussent entamer le duc d'Aumale, dont les forces étaient inférieures à celles de ses adversaires. Le duc de Deux- Ponts s'étant approché de la Loire, le duc d'Aumale alla joindre le duc d'Anjou, pour l'aider à disputer le passage de cette rivière. Il commanda un des corps de la cavalerie à la bataille de Monteontour : la paix
25a DICTIONNAIRE HISTORIQUE
se fît, au mois de février 1 5;7>. Les hostilités ayant recommencé avec les calvinistes « dès le mois de mars de la même année , le duc d'An maie alla servir au siège de la Rochelle, où il fut chargé du détail des opérations. 11 y fut tué par un boulet de canon, le 3 du même mois (i). {Chronologie militaire , tom. I, pag. s» 4 8 ; Histoire des Grands -Officiers de la Couronne , le président Hénault, le Père Daniel, de Tkou , Davila , Histoire militaire des Suisses , Histoire de France parAnquelil, tom. IV et V\ Biographie universelle , ancienne et moderne , tom. III, pag. 68.)
de LORRAINE (René) , marquis d'Elbeuf, commandant d'armée, et frère du précédent, naquit le 14 août i55ô. Il se signala à la défense de Metz, en i55a, et au ravitaillement de Maricmbourg, en 1 555. Il lit . aveo le duo de Guise, les campagnes d'Italie, en i556 et i55? : il était alors colonel - général des 6000 Suisses qui marchèrent à cette expédition. Il servit, en i558, aux sièges de Calais et de Thionville. Nommé lieutenant général commandant l'armée d'Êcosse , par pouvoir du 18 novembre i55q, il partit pour ce pays, au commencement de Tannée i5T>o, avec 8 vaisseaux ; sa flotte ayant été battue par les tempêtes, il fut obligé de rentrer dans les ports de France. En i56i, il conduisit en Écosse la reine Marie Smart, veuve de François II. I» y arriva , le 21 août, et y séjourna jusqu'au commencement de i56a: A son retour en France, il servit dans l'armée commandée par le roi de Navarre et par le duc de Guise. On le chargea de la défense de ftaugency. Il força, le 16 septembre, le bourg de Notre-
(1) Le duc d'Aumatc fut l'un des moteurs de la Saint- Barthélémy, en haine de l'amiral de Coligny, auquel il ne pardonna jamais la mort de François duc de Guise , dont it le regardait comme l'auteur ou le complice. La Popelinière , écrivain protestant , dit cependant qu'après avoir satisfait sa vengeance sur l'amiral et sur les principaux seigneurs de son parti, le duc d'Àuroalc revînt aux sentiments de générosité qui lui e'taient naturels, et qu'il contribua, avec le duc Henri de Guise, son neveu, a sauver du carnage un grand nombre de personnes.
Dame -de-Cléry, où il défit deux compagnies de protestants. Il fut créé capitaine et lieutenant - général des galères du roi , à la mort de François de Lorraine , son frère, par provisions du 3i mars i503. Il devint capitaine et lieutenantgénéral des galères du Ponent et du Levant, par autres provisions du 6 avril de la même année. Il mourut au mois de juillet i566. (Chronologie militaire , torn. l\pa%. 226; le président Hénault, le Père Daniel, de Thou, Histoire militaire des Suisses.)
db LOKRAINE (Charles, II* du nom), duc d'Elbeuf, pair de France , commandant df armée, et petit-fils du précédent , naquit en 1 596. Il fut créé chevalier des Ordres du roi, le 3i décembre 1619. Il commanda Farmée de Normandie pendant les années 1G20 et 16a 1, et y fut chargé d'observer le duc de Longueville , et de l'arrêter s'il excitait quelque mouvement dans la province. On lui donna te gouvernement de Normandie, sur la démission du duc de Longueville, par provisions du i3 juillet 1620. Il fut blessé, au mois d'août 1021, au siège de Sainl-Jean-d'Angély , où il servait comme volontaire. Nommé commandant de l'armée de la Basse*- Guienne, par pouvoir du 16 décembre suivant, il se présenta , le 27 janvier 1622 , devant le château de la Force. Le marquis de ce nom étant venu au secours du château , attaqua Farmée le 3i, et fut obligé de se retirer, après avoir perdu 3oo hommes. On convint ensuite que le château serait mis sous la garde de Bourdeilles, qui en répondrait au roi. Le duc d'Elbeuf assiégea Montra vel, au mois de février, força le faubourg, le 23 , et enleva la ville d'assaut, le 28. Les assiégés s'étant retirés dans des tours soutenues de bastions et de retranchements, le duc d'Elbeuf fit donner deux nouveaux assauts, dans l'un desquels périrent le gouverneur cl 800 de ses .soldats : le reste delà garnison se rendit à discrétion. Pendant ce temps, le duc de la Force ayant surpris Tonneins, le duc d'Elbeuf se joignit au maréchal de Thémines, et tous deux attaqué- . n rit à la fois la ville basse et le château. Pour les emporter, ils forcèrent six barricades et tuèrent 3oo hommes. Le siège
de la ville haute fut long et meurtrier , et le duc de la Force, qui s'approcha deux fois pour secourir son fils, enfermé dans la place, fut battu. La ville haute, après avoir été réduite en cendres, capitula , le 4 niai. Le duc d'Elbeuf accompagna le roi au siège de Montpellier. Il fut nommé gouverneur de Picardie, après la mort du connétable de Lesdiguières , par provisions du 3o juillet 1627. H ^l son entrée dans cette province , le 8 octobre, et se démit alors du gouvernement de Normandie. 11 embrassa, en i63i, le parti de Monsieur, quitta le royaume, et se réfugia en Flandre. Déclaré criminel de lèse-majesté, il fut destitué de son gouvernement de Picardie, le 10 octobre, et condamné à être décapité par arrêt du parlement de Dijon, du 14 janvier i633. En 1643, il rentra en grâce auprès du roi, et fut rétabli dans son gouvernement de Picardie, sur la démission du maréchal deChaulnes, par provisions du 1" septembre. Il commanda l'armée de Flandre, conjointement avec le maréchal de Gassion , par pouvoir du 7 août 1644. Pendant les troubles de la fronde , en 1649, le duc d'Ëlbeuf offrit ses secours aux Parisiens. Déclaré général de ïarniée du roi, sous l'autorité du parlement, il devint mattre absolu dans Paris; mais son aulortté y fut bientôt détruite par l'arrivée du prince de Conty, que le parlement reconnut pour généralissime , et dont le duc d'Elbeuf ne lut plu* qu'un des lieutenants. La cour accorda une amnistie générale le 1er avril , et le cardinal Mazarin revint à Paris, le 1 8 août. Le duc d'Elbeuf commanda en chef l'armée de Flandre, par pouvoir du 1" février i652j mais, par suite des divisions qui régnaient dans le royaume, cette armée ne fut point en état de s'opposer aux progrès des ennemis. Le duc d'Elbeuf ne servit plus, depuis cette époque, et mourut à Paris, le 5 novembre 1657. {Chronologie militaire 1 tom. I , pag. 4o3 ; le Vassor , Mercure français , Gazette de France , Histoire de Louis XIV \ par le Père Grif- /et; Anquetil, Biographie universelle , ancienne et moderne, tom. XIII 9 pag. 4.)
de LORRAINE (Charles, 11V du nom), ducd'Elbeuf, pair de France, lieutenant- général , et fils du précédent, naquit en 1620. Il fut connu , pendant la vie de son père, sous le nom de comte de Harcourt-Elbeuf. Il servit en Italie , sous le comte de Harcourt , son oncle, et s'y trouva, en 1641 , à la bataille d'Yvrée; à la levée du siège de Chivas, par le priuce Thomas; au siège et à la prise#dc Coni. En 1642, il fut employé en Picardie, sous le même général, lise signala, sous M. le duc d'Enghien, à la bataille de Rocroy, et à la prise de Thionville et de Sierck, en 1643, ainsi qu'au siège de Gravelines , en 1644. Il leva, par commission du 25 février 1645, un régiment de cavalerie de son nom; combattit, sous M. le duc d'Enghien , à la bataille de Norllingen, et marcha au siège de Trêves. Créé maréchal-de-camp, par brevet du 26 avril 1646, il fut employé à l'armée de Flandre, sous Monsieur, et y servit au siège de plusieurs places. Nommé lieutenant-général des armées du roi, par pouvoir du 22 mars 1648 , il concourut, sous M. le prince de Condé, à la prise d'Yprcs, et • a la défaite des ennemis à Lens. On licencia son régiment à la fin de la campagne. Employé, en 1649, à l'armée de Flandre, sous le comte de Harcourt, il tailla en pièces un corps de Lorrains, près de Valenciennes, le 10 juin, et défit 800 chevaux entre Douay et Saint- Amand, le 23. Il servit au siège de Cambray, et prit Condé, le 25 août, après deux jours de tranchée ouverte. Employé sous le maréchal du Plessis-Praslin , en i65o, il marcha au secours de Guise, au siège et à la prise de Rethel , et eut part à la défaite des Espagnols près de cette place. Employé, en 1661, sous le maréchal d'Aumont, à l'armée de Flandre, il contribua à sauver la ville de Vervius, attaquée par le duc de Wurtemberg. Il obliul le gouvernement-général de Picardie et d'Artois, en survivance du duc d'Elbeuf, son père, par provisions données à Saumur, le 5 mars 1662 ; il n'a point servi depuis. Il fut créé duc d'Elbeuf , pair de France, et gouverneur en chef de la Picardie, à la mort de sou père, le 5 novembre 1657. Jl ^ enregistrer ses provisions de gouverneur de Picardie au parlement de Paris,
le 2 mars i658. Il se trouva à l'entrée que le roi et la reine firent à Paris, le 26 août 1660. Il mourut eu cette ville, le 4 mai 169a, à l'âge de 72 ans. {Chronologie militaire, tom.JF9 pag. 38 ; le président Hènault, Mémoires de d'Avrigny , Histoire militaire de Louis le Grand, par le marquis de Çuincy ; Journal historique de Louis XIF \ par le Pere Griffet; Gazette de France*)
db LORRAINE (Henri), prince, puis duc d'Elbeuf, pair de France et lieutenant- général , et fils du précédent , naquit le 7 août 1661 , et fut connu sous le nom de prince d'Elbeufàu vivant de son père. Il eut d'abord le gouvernement-général delà Picardie et de l'Artois, en survivauce du duc d'Elbeuf , par provisions données à Saint-Germainen-Laye, le 29 janvier 1677. Il suivit, la même année, le roi, aux sièges et à la prise de Valenciennes, de Cambray et de sa citadelle, et aux sièges de Gand et d'Ypres, en 1678 : il fut blessé à la jambe au siège de cette dernière place. II servit, sous M. le dauphin , aux sièges de Philisbourg, de Manheim et de Franckendal, en 1688. Il finit la campague d'Allemagne , sous le même prince , en 1690. Devenu aide -de -camp du roi, en 1691, H servil au siège et à la prise de Mous. Créé maréchal-de camp , par brevet du 25 avril, et employé, par lettres du 28, à l'armée de Piémont, sous M. de Catinat, il se trouva au siège et à la prise de Veillane et de Carmagnolle, et au siège de Cotti , que M. Bulonde leva. Après la reprise de Carmagnolle par le duc de Savoie, le duc d'Elbeuf fut chargé de détruire plusieurs habitations de Barbets, aux environs de Pignerol, et y réussit ; mais il ne fut point heureux dans sa retraite , qu'on le contraignit de faire avec beaucoup de précipitation et de perte. Il servit ensuite au siège de la citadelle de Montmélian. Devenu duc d'Elbeuf , à la mort de son père, le 4 mai 1692 , il entra en possession du gouvernement de Picardie. Employé à l'armée de Flandre , par lettres du 3 avril , il servit au îtfége et à la prise des ville et châteaux de Namur, et combattit à Steinkcrque et A Necrwinde, en 1695. Il était, en 1694, de la marche de
Yignamont au pont d'Espierre. Il servit au bombardement de Bruxelles, en i6g5. Nommé lieutenant-général des armées du roi, par pouvoir du 3 janvier 1696, il servit à l'armée de la Meuse, sous le maréchal de Boufllers, cette année et la snivante : on n'y entreprit rien. Il ne servit plus jusqu'à sa mort, qui arriva le 12 mai 1748. (Chronologie militaire, tom. IV % pag. 4io; Mémoires du temps, histoire des Grands -Officiers de la Couronne, Gazette de France.)
de LORRAINE (François-Marie), comte de Lillebonne, lieutenant-général, 4« fils de Charles de Lorraine, II* du nom, duc d'Elbeuf, qui précède, naquit le l\ avril 1624. Il fut fait capitaine au régiment du cardinal Mazarin , par commission du 22 mai 1645, et servit au combat de Nortlingen et à la prise de cette place, où il fut blessé. 11 marcha ensuite au siège d'Hailbron, et à la prise de Trêves. Il leva un régiment de cavalerie de son nom, par commission du 12 février 1646; servit, la même année, au siège de Lérida, y fit des prodiges de valeur, et y eut un cheval tué sous lui. En 1647, au siége tle Dixmude, il fut blessé d'un coup de feu, dans un combat qui se livra sur une digue près de l'Écluse. Il combattit à Lens, et servit au siège do Fumes, en 1648; fut employé à l'armée devant Paris, et se trouva à la prise deCharentou, au siège de Cambray, et à la prise de Condé, en 1649. Créè maréchal-de-camp, par brevet du 22 novembre de cette même année , il servit, en i65o, au secours de Guise, à la prise de Relhel, et au combat qui se donna sous cette place. On le nomma lieutenant-général des armées du roi, par pouvoir du 28 décembre i65i. Il servit en Guienne, en i65i, i659. et i655, et s'y trouva à plusieurs combats et sièges. Employé, sous le maréchal de Turenne , par lettres du 19 juin 1654, il commanda 6 escadrons de cavalerie à l'attaque et à l'enlèvement des lignes des Espagnols devant Arras. Il servit, en i655, i656, 1657 et 1G08, à l'armée de Flandre, et s'y trouva aux nombreux sièges et prises de places qui eurent lieu pendant le cours de ces quatre années. Il était, eu m. 33
1609, premier lieutenant-général de Farinée de Flandre, sous le maréchal de Turennc. La suspension d'armes arrêta le cours des opérations militaires. Le régiment de cavalerie du coniie de Lillebonne fut licencié, le 18 avril 1661. En 1667 , il eut un régimenl de cavalerie au service du duc de lorraine, commanda les troupes que ce prince avait jointe* à l'armée du roi , servit au siège de Douay, investit Oudenarde, et concourut à la prise de Lille. Il délit, le 3i août, une partie de la cavalerie espaguole, près de Datasse, petite ville sur la Lys. Étant à la tête de 5ooo hommes, il battit, le 26 septembre i(iG8, les Palatins, qni étaient venus l'attaquer auprès de Binghen , et leur tua 1200 hommes. Il mourut à Paris, le 11 janvier 1694. {Chronologie militaire, tom. If, pag. 1 14 ; Histoire des Grands-Officiers de la Couronne 9 Mémoires du Père d'Avrigny, Histoire militaire de Louis XIF, par le marquis de Quincy ; Gazette de France.)
le LORRAINE (Henri), comte de Harcourt et d1 Armagnac, commandant d* armée, et a' fils de Charles de Lorraine, P* du nom, duc d'Elbeuf, qui précède, naquit le ao mars 1601. Il fit ses premières armes à la bataille de Prague, le 8 novembre 1620. Il servit ensuite, comme volontaire, dans les guerres contre les calvinistes , et se trouva aux sièges de Moutaubau, de Saint-Jean-d'Angely, de l'île de Ré et de la Rochelle. On le créa chevalier des Ordres du roi, le 14 mai i633. Nommé général de l'armée navale , par pouvoir du 12 avril i636, il la commanda, conjointement avec l'archevêque de Bordeaux , pendant les années i636, 1637, 1608 et partie de 1639. En l637> le comte de Harcourt leva l'ancre, le i3 février, pour aller faire une descente dans Pile de Sardaigue. Il débarqua, le 21, marcha à Oristan; et, trouvant la ville remplie de provisions et d'effets, mais abandonnée par ses habitants, il la livra au pillage et la brûla. Il se rembarqua ensuite, et fit voile vers la Provence , dans le dessein de chasser les Espagnol» des îles de Sainte-Marguerite et de Saint-Honorat. 11 descendit en effet dans Hle Sainte-Marguerite , le 28 mars , à
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quatre heures après midi, malgré le feu des ennemis. Cette tle étant défendue par 5 forts réguliers, les Espagnols y disputèrent le terrain pied à pied , et le dernier fort ne capitula que le 6 mai. Le comte de Harcourt descendit, le l3f dans l'île Saint- Honorât , se saisit des redoutes , attaqua le fort, et se logea sur la contrescarpe : le gouverneur se rendit le 14. Nommé général de l'armée d'Italie, par pouvoir du 2 septembre 1639, il ,a commanda pendant les années 1640 et 1641. Au mois d'octobre 1639, il se rendit à Carignan , où les troupes montrèrent, à son arrivée, l'impatience qu'elles avaient de combattre sous ses ordres. L'armée était campée à Quiers ; mais, comme les Espagnols lui coupaient les vivres, le comte de Harcourt se détermina à décamper à la vue de l'ennemi. Le marquis de Le ganez commandait sur ce point une armée espagnole, forte de 10,000 hommes de pied et de 5ooo chevaux, et le prince Thomas pouvait sortir de Turin avec 6000 hommes. L'armée française n'avait à leur opposer, dans sa retraite, que 5ooo hommes d'infanterie et3ooo chevaux. A peine Pavantgarde française fut-elle sur le bord du ruisseau de la Route, que les Espagnols chargèrent l'arrière -garde, en même temps que le prince Thomas tombait sur l'avant -garde, conduite par le comte de Harcourt. Le prince Thomas fut défait en un instant , et s'enfuit en désordre à la faveur de la nuit. Le comte de Harcourt fait aussitôt dresser un pont, sur lequel passent son avant-garde et son bagage, pendant que l'arrière-garde entretient le combat, toujours en approchant du ruisseau. Léganez attendait le jour pour attaquer avec toutes ses forces; mais, avant la pointe du jour, l'infanterie était au-deià du ruisseau, que le comte de Harcourt fit border d'un double rang de mousquetaires, qui favorisèrent le passage de ce qui restait de cavalerie et de dragons : ce combat se donna le 20 novembre, et Léganez y perdit 2000 hommes (1). En 1640, après avoir pris
(1) En envoyant le cartel pour l'échange des prisonniers, Leganez fit dire au comte de Harcourt que , »M était roi de France , il lui ferait cou-
s6o DICTIONNAIRE HISTORIQUE
Je château de Busqué, Revel et Brodel , il marcha contra Léganez, qui assiégeait Casai; attaqua ses retranchements, le 29 avril, et les força après un combat de cinq heures, dans lequel Léganez perdit 6000 hommes, tués ou prisonniers, son canon, ses munitions, et presque tout son bagage. Casai étaut délivré, le comte de Harcourt marcha contre Turin , dont les Français occupaient la citadelle. Le prince Thomas étant maître de la ville avec une nombreuse garnison, Léganez s'avance à la tète de 12,000 chevaux, et enferme le comte de Harcourt entre son armée et la ville de Turin. Bien persuadé que le comte ne lui échapperait pas, Léganez le conduisait déjà, en idée, attaché à son char, et il avait fait avertir les dames de Turin qu'il était temps de louer des fenêtres pour voir passer son prisonnier. Le comte de Harcourt se retrancha de manière à repousser les sorties du prince Thomas, et les attaques de Léganez : une circonvallation le rassurait contre l'un , une contre* vallatkm le rassurait contre l'autre , et ses retranchements tinrent constamment contre les assauts redoublés des Espagnols. Le combat fut sanglant, le 2 juin. Le 11 juillet, il dura jusqu'à Ja fin du jour, et Léganez y perdit ^000 hommes. Le comte de Harcourt, qui avait commencé le siège avec 10,000 hommes, reçut des renforts; mais Léganez occupa deux passages qui coupaient les vivres aux Français. Ceux-ci, à l'exemple du comte de Harcourt , vécurent, pendant 22 jours, avec huit onces <le pain par jour. La disette étant encore plus grande dans Turin , le prince Thomas fit, le 14 septembre, une grande sortie, et s'empara de deux redoutes; mais elles furent bientôt reprises par les Français, et le prince rentra dans la ville, après avoir perdu 5oo hommes. Léganez, qui semblait n'être arrivé que pour être spec-
per ta tète pour avoir hasardé une bataille contre une armée plus forte que la sienne. « Et moi, répondit de Harcourt, si j'étais roi d'Espagne, » je ferais couper la téte au marquis de Leganei pour s'être laissé battre • par une armée beaucoup plus faible que la sienne. »
tateur de la déroute des assiégés, ne se flatta plus de vaines espérances , et se retira. Turin se rendit , le 24 septembre (1). En 1641, le comte de Harcourt arriva, le 19 avril , à Yvrée don t le siège était formé depuis le 1 1. Il fit donner l'assaut qui dura deux heures; mais la brèche était retranchée : il y perdit 5oo hommes. Le prince Thomas étant venu au secours de la place , le comte l'attaqua, le 24 : le combat ne ûnit qu'avec la nuit. Le prince Thomas ayant attaqué Chivas, le comte de Harcourt leva le siège d'Y- ? vrée, pour secourir Chivas, et força le prince Thomas de s'éloigner de cette dernière place, le i5 mai. Après s'être emparé de Ceva, Pianneze et Mondovi, il assiégea, le 3o juillet , la place de Cou i , qui capitula , le i5 septembre (2). La campagne finit par la prise de Revel et de Démon. Le comte de Harcourt avait levé, par commission du 24 février 1641 9 un régiment de cavalerie de son nom , qui fut licencié « en 1659. Il en Jeva uu d'infanterie, qui porta aussi son nom, par commission du 2 novembre de la même année, et s'en démit en novembre i6G5. Il fut nommé gouverneur et lieutenant-général de Guienne, par provisions du 2 janvier 1642 , regislrées au parlement de Bordeaux , le 4 septembre suivant : ces charges étaient vacantes par la mort du duc d'JÉpernon et la disgrâce du duc de la Valette, son fils. Il commanda l'armée de Flandre , par provisions du 23 janvier 1642, et ravitailla Bassée pour six mois. Les Espagnols prirent Lens et investirent la Bassée. Le comte de Harcourt, étant trop faible pour arrêter leur progrès, 6e joignit au maréchal de Guiche, et tous deux s'avancèrent pour attaquer les lignes ennemies; mais, ayant
(i) Ce siège de Turin présente un concours de circonstances fort extraordinaires : le prince Thomas, maître de la ville, assiégeait le château, pendant que la ville était assiégée par le comte de Harcourt, qui, de son côte, était assiégé par Lcganci. On rapporte que le fameux Jean de Wert dit à l'occasion du siège de Turin : .Qu'il aimerait mieux être • de Harcourt qu'empereur.»
(a) On lit alors la remarque que, depuis 5oo ans, le comte de Harcourt était ic premier capitaine qui se lût rendu maître de Corn.
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jugé cette attaque impossible , ils se séparèrent. Le comté de Harcourc marcha vers le Boulonnais, pour couvrir Calais, et se tint sur la défensive pendant le reste de la campagne. Il fut fait grand -écuyer de France , par provisions du 10 août 1643, en se démettant du gouvernement de Guienne; mais, comme cette charge ne le dédommageait point de ce gouvernement, dont il se démettait en faveur du duc d'Épernon, ci-devaut duc de la Valette, les mêmes provisions lui assurèrent une pension de 5o,ooo livres. Nommé vice-roi de Catalogne, sur la démission du maréchal de la Mot ho , par provisions du 24 décembre 1644» N commanda l'armée dans cette province, pendant les années i645 et 1646, et les deux premiers mois de 1G47. Au mois de mai 1645, il couvrit, contre l'armée espagnole, le siège dé Roses , que faisait le comte du Plessis-Praslin. Après la prise de cette place , le comte de Harcourt s'empara d'Agramont, et de Saint-Âunais; passa la Sègre; battit l'armée ennemie dans les plaines de Lorens, et lui tua 4000 hommes. S'étant rais à la poursuite du général espagnol et du reste de sa troupe, il l'assiégea dans Balaguier, qui sé rendit à composition, le 20 octobre. Une conspiration , qui s'ourdit contre lui vers ce temps, le rappela à Barcelonne, où il fît arrêter et punir les chefs du complot. Au mois de mai 1646 , il investit la place de Lérida , qu'il voulait prendre par famine; mais le marquis de Léganez le força, au mois de novembre , de lever ce siège , et de se retirer dans un désordre qui entraîna la perte des bagages et du canon. Le comte de Harcourt ne servit point en 1647 et 1648. Il fut nommé, le 17 janvier 1649, pour commander en Normandie* où , avec un petit nombre de troupes, il prit Quillebeuf et Pont- Audemer , et tint en échec le duc de Longueville, qui s'était déclaré pour le parlement contre la cour. On l'établit premier gouverneur et lieutenant-général en Alsace , par provisions du 20 avril de la même année. Commandant l'armée de Flandre , par pouvoir du 29 août suivant, il défit, près de Valcnciennes, un corps de troupes lorraines ; passa au fil de l'épée 800 hommes de cavalerie, entre Douay et Saiut-Amand, et assiégea Cambray.
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Les Espagnols ayant introduit 1400 hommes dans cette place, avant que les ligues de circouvallation fussent achevées, le comte de Harcourt fut obligé de lever le siège. Il pritCondé, Maubeuge et le château d'Esclen. Il commanda l'armée de Normandie , sous le roi , par pouvoir du 29 janvier i65o, et fut chargé d'empêcher les mouvements que la détention des princes pouvait faire naître dans cette province. Nommé général de l'armée de Guienne , par pouvoir du 24 décembre iG5i, il la commanda jusqu'au mois de septembre 1622, prit plusieurs places dont les garnisons tenaient pour le prince de Condé, et força ce prince de lever le siège de Cognac. De là, il marcha sur la Rochelle, que Ton s'efforçait d'eulever au roi , et se rendit maître de cette ville. Mécontent du cardinal Mazarin , il se retira, en io52, dans son gouvernement d'Alsace, su mit à la téte des troupes étrangères, et prit plusieurs ville?. Battu par le maréchal de la Ferlé, il reconnut sa faute, et fit sa paix avec la cour. Il se démit de son gouvernement , au mois de décembre 1669, en faveur du cardinal Mazarin , et fut pourvu , le 20 du même mois , de celui d'Anjou , qu'il conserva jusqu'à sa mort : elle eut lieu dans l'abbaye deRoyaumont, le 25 juillet 1606 (1). (Chronologie militaire, tom. I, p. £55; Dupleix , le président Hénault, Histoire militaire du règne de Louis Xl^, Larrej, Gazette de France, Histoire de France, par Jnquetil; Biographie universelle , ancienne et moderne > tom. XIX , pag. ^01.)
de LORRAINE (Louis^hilippe), dit le prince Philippe , lieutenant-général , et fils du précédent, naquit en i643. Il fut d'abord chevalier de Malte, connu sous le nom de chevalier de Lorraine, et obtint successivement plusieurs
(1) Le comte de Harcourt joignait aux qualités des grands capitaine» celles qui distinguent l'h immc de bien. Il ne parlait de ses succès qu'avec beaucoup de modestie et de réserve : « S'il y a, disait-il, des mat- . heurs imprévu» à la guerre, il y a aussi de* bonheurs qu'on n'aurait osé »*e promettre.»
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abbayes. Il alla servir comme volontaire à l'armée d'Italie, où il se trouva aux sièges de Trm et de Mortare, et au secours de Valence, en i658. En 1664, étant alors enseigne rie la compagnie colonelle du régiment de Harconrt, il passa en Hongrie, comme volontaire, sous les ordres du comte de Coligny, et se distingua au combat de Raab, iet" avril. Il se signala aussi à la défense du pont de la place de Kerment , assiégé par les Turcs. Dans cette circonstance, un jeune Turc, étant sorti des rangs, demanda un brave pour xe mesurer avec lui; le chevalier de Lorraine se présenta, engagea avec le Turc uu combat singulier, et lui passa son épée au travers du corps. Il déploya aussi beaucoup de valeur au combat de Saint-Godard. Devenu colonel du régiment de Harcourt, sur la démission du comte de Harcourt, son père, par commission du 10 novembre iG65, il alla servir comme volontaire sur la flotte des Hollandais, et donna de grandes preuves de bravoure dans le combat naval , livré aux Anglais, le 5 août 1666. Il commanda son régiment, en 1667, au siège de Bergues, où, à la tête de 200 hommes, il attaqua et emporta la demi-lune. Il servit ensuite aux sièges de Tournay, de Douay, d'Oudenarde et de Lille, et fut blessé à ce dernier siège, le 24 août. Créé maréchal - de -camp, par brevet du 27 mars 16Ô8, il fut employé, par lettres du 5o. à l'armée qui devait agir, sous le duc d'Orléans, aux Pays-Bas : la paix fut conclue au mois de mai. Son régiment, ayant été détruit en Candie » fut licencié en 1672. Le chevalier de Lorraine servit , celte même année, sous les ordres du #oi, et se trouva a toutes les opérations de la campagne. Il attaqua et emporta la contrescarpe au siège d'Orsoy, et se distingua au siège de Zuputen. Il servit, en 1670, au siège de Maëstrîcht. En 1674, il concourut à la conquête de la Franche-Comté, fut blessé au siège de Besançon, par un coup de mousquet qui perça son écharpe, et se distingua d'une manière brillante au siège de Dôle, dans la nuit du 6 juin. S. M. lui envoya le comte de Marsan, son aide-de-camp, pour lui dire combien elle était satisfaite de sa valeur et de ses services. Le chevalier de Lorraine combattit, la même année, à Seneff. 11
fat blessé àla bataille de Casse!, en 1671, et servit, la même année, au siège de Saiut-Omer. Créé chevalier des ordres du roi, le 1" janvier 1689, il prit en même temps le nom de prince de Lorraine. Il accompagna le roi au siège de Mons, en 1691, et à celui de Namur, en 1692. Il ne servit plus depuis cette dernière époque, et mourut à Paris, le 8 décembre 1702. {Chronologie militaire, tom. VI ,pag. 4!4> Gazette de France, mémoires du temps. )
de LORRAINE (Camille), dit le prince Camille , maréchal-de-camp , et neveu du précédent, naquit le 26 octobre 1666. Après avoir servi pendant un an dans les mousquetaires, avec lesquels il fil la campagne de Flandre, en i685, il obtint une compagnie de cavalerie dans le régiment d'Armagnac, par commission du 20 octobre de la même année. Il commanda sa compagnie, eu 1684, 311 s»ège de Luxembourg, après lequel elle fut réformée. Il servit comme volontaire en Allemagne, pendant les années 1688 et 1689, et se trouva aux sièges de Philisbourg, de Manheim, de Franckenthal , à la prise de Mayence et à la conquête du Palatinat. Devenu mestre-de-camp d'un régiment de cavalerie de sou nom, par commission du 25 novembre 1689, il le commanda à l'armée d'Allemagne , jusqu'en 1695. Créé brigadier de cavalerie, par brevet du 5 janvier ifîgO, il fut employé en cette qualité, à l'armée de Flandre, cette année et la suivante; au camp de Compiègne , en 1698 , et à l'armée d'Allemagne, en 1701. Ayant été promu au grade de maréchal-de-camp, par brevet du 29 janvier 170a, il se démit de son régiment de cavalerie, et alla servir en Allemagne , sous le maréchal de Catinat. Employé à la même armée, en 1703 , il y servit aux sièges de Brisach et de Landau , et combattit à la bataille de Spire. Il fut créé grandmaréchal de Lorraine, en 1704 , et se fixa alors à Nanci, où il mourut, au mois de décembre 1715. {Chronologie militaire, tonuVI , pag. 55o ; mémoires du temps, Gazette d& France.)
fit, 3 \
266 DICTIONNAIRE HÏSTOBIQUE
de LORRAINE (Charles-Louis), prince de Pons , lieutenant-général, et issu d'une autre branche de la famille des précédents, naquit le 19 novembre 1696. Il en Ira dans les mousquetaires, le 10 mars 1714, et fut fait colonel d'un régiment d'infanterie de sou nom, par commission du i5 mars 1718. On le créa chevalier des Ordres du roi, le 3 juin 1724. H servit au camp de la Moselle, du 3i août au jo septembre i;32, et se trouva au siège de Kehl, en 1753. Créé brigadier, par brevet du 20 février 1734, et employé à l'armée du Rhin , par lettres du 1" avril suivant, il concourut à l'attaque des lignes d'Fltingen et au siège de Phiiisbourg. Il servit encore à l'armée du Rhin, par lettres du 1" mai 17Ô5, et se démit de son régiment en faveur de son fils. Promu au grade de maréchal-dccamp, par brevet du 1" mars 1738, il fut employé à l'armée de ia Meuse , sous le maréchal de Mailicbois, par lettres du ier août 1741 ; marcha avec la 2e division de l'armée qui partit de Sédan , le 3i ; la conduisit en Westphalie, et passa l'hiver dans le pays de Juliers. Lorsque cette armée passa de Wcstphalie en Bohême, le prince de Pons marcha avec la 1" divisiou, et se trouva à quelques escarmouches qui eurent lieu pour forcer les passages. Il passa l'hiver en Bavière , rernra en France avec la V division do l'armée, au mois de juillet 1743, et (luit la campagne en Basse-Alsace, sous le maréchal de Noailles. Il fut employé a l'armée du roi, en Flandre, par lettres du 1" avril 1744. Créé lieutenant-général des armées du roi, par pouvoir du 2 mai, il servit au siège de Menin , comme maréchal-decamp. Déclaré lieutenant-général, le 7 juin, il se trouva en cette qualité au siège d'Ypres, et commanda les troupes à Dixmude et pendant le siège de Fumes. Passé à l'armée de Flandre, commandée par le maréchal de Saxe, par lettres du 1" juillet, il finit U campagne au camp de Courtray. Il fut employé à l'armée du roi en Flandre, peudaut les campagnes de 174^, 1746 et 1747; se trouva au siège de Tournay; combattit à la bataille de Fontcnoy ; servit au siège de Namur, et se trouva aux batailles de Uaucoux et de Lawfeld. Il ne servit plus jusqu'à sa
mort, qui arriva à Paris, le 1" novembre i?55. (Chronologie militaire y torn. V, pag. 29b" -, mémoires du temps , Gazette de France.)
de LORRAINE (Camille-Louis), prince Camille, puis prince de Marsan* lieutenant-général et fils du précédent, naquit le 19 décembre 1725. 11 quitta l'état ecclésiastique qu'il avait d'abord embrassé, pour entrer, en 1741 * au* mousquetaires, avec lesquels il fit la campagne de 1743 , en Flandre, où l'on se tint sur la défensive. Après la bataille de Dettingen , où il se distingua , en i?43> il obtint, par commission du 20 juillet, un régiment de cavalerie de son nom , qu'il commanda sur le Rhin pendant le reste de la campagne. En 1744» M commanda son régiment à l'armée de Flandre, et se trouva aux sièges de Menin, d'Ypres et de Furnes. Il passa , en juillet, à l'armée commandée par le maréchal de Saxe, et finit la campagne au camp de Courtray. Employé à la même armée, en 1745, il combattit à la bataille de Fontenoy ; servit aux sièges deTournay, d'Oudenardc et d'Ath, la môme année, et au siège de Bruxelles, en février 1746. Il prit part à la bataille de Raucoux , au mois d'octobre. Çréé brigadier, par brevet du 20 mars 1747» et employé à l'armée de Flandre, par lettres du 1" mai , il combattit à Lawfeld , et marcha , eu août, au siège de Berg-op-Zoom. Il servit, en 1748, au siège de Maestricht; fut créé niaréchal-dc-camp, par brevet du 10 mai, et se démit de son régiment, au mois de janvier 1749» époque à laquelle il fut déclaré maréchalde-camp. Nommé chevalier des Ordres du roi, le 1" janvier 1756, il fut reçu, le 2 février. Il servit, en 1757, dans l'armée de l'impératrice, reine de Hongrie et de Bohême, sous les ordres du prince Charles de Lorraine et du maréchal de Daun , et se trouva à toutes les actions de celle campagne, entr'autres, à la défaite du général "Winterfeld, par le général Nadasty. Dans cette affaire, le prince Camille déploya la plus grande valeur. Promu au grade de lieutenantgénéral des armées du roi , par pouvoir du 6 juin l ^58 , et employé à l'année commandée par le prince de Soubi-
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se, par lettres du même jour, il concourut à la prise de Marbourg, au mois de juillet; à la bataille de Lulzelberg; a la prise de IUiinfeld, et à celle de Francfort, où il passa Pliiver. Chargé de la défense de Bergheii , le i3 avril 1709, jour où fut livrée la bataille de ce nom , il y montra autant de bravoure que d'activité; après avoir repoussé les ennemis jusqu'à trois fois , il les obligea d'abandonner tout-à-fait leur attaque, et de se retirer avec une perte considérable. Employé à la même armée, sous le marquis de Contades, par lettres du 1" mai, il servit au corps de réserve commandé par le duc de Broglie, et se trouva à la prise de Minden, ainsi qu'au combat qui se donna près de cette place. Employé à la même armée , par lettres du rr mai 1760, il combattit àCorback, le 10 juillet. Il prit le nom de prince de Marsan , au mois de février 176?.. La date de sa mort ne nous est pas conuue. (Chronologie militaire, tom. F, pag. 611 ; mémoires du temps.)
de LORT d'Aloïïsac (François) , maréchal- de-camp, servait, dès Tan iG3o, dans le régiment de Champagne. Il y était devenu capitaine, lorsqu'on le créa maréchal-decamp, par brevet du 19 juillet i655. Il fut fait lieutenantcolonel du régiment de Champagne, dont il était alors premier capitaine, le 18 janvier iGG5. A cette même époque, il exerçait la charge de maître-d'hôlel du roi. Il se démit de sa lieutenance-colonelle , au mois d'août 1670, et se retira dans ses terres. Il est dit dans l'arrêt du i5 décembre 1669, qui le maintint dans sa noblesse, qu'il n'avait pas manqué une seule action de guerre depuis 4<> ans qu'il servait, et qu'il avait reçu plusieurs blessures. 11 mourut le 20 avril 1679. {Chronologie militaire, tom. Vî% pag. 401.)
de LOSSE, voyez de Beaulieu.
le LOUP de Beauvoir (Claude), marquis de Bellenave , maréchal-de-camp , avait servi pendant plusieurs années en qualité de lieutenant et de capitaine , dans un vieux corps, lorsqu'il obtint, par commission du 3 juillet ib34,
DES GÉNÉRAUX FRANÇAIS. a6(J
un régiment d'infanterie de son nom , qu'il commanda , Ja môme année et jusqu'en i638 , à. différents combats, batailles, assauts, sièges et prises de places. Il se démit de son régiment à la fin de la campagne de i638 , et fut nommé sergent de bataille, le 17 novembre de la même année. Il servit, en cette qualité, pendant les campagnes de 1639, 1640, 1641, 1642 et 1643, et se trouva aux sièges et à la prise d'Hesdin , d'Arras , d'Aire , de la Bassée , de Bapaume, de Thiocvillc et de Sierck; au combat d'Honnecoort , et à la bataille de Rocroy. Il combattit avec la plus grande distinction aux batailles de Fribourg, en 1644* 11 eut» Par commission du 18 août 1644» un régiment d'infanterie, qui prit son nom , et qu'il conserva jusqu'à sa mort. Le marquis de Bcllenave servit aux sièges de Fhilisbourg et de Landau. Créé maréchal -de- camp , par brevet du 17 octobre 1644, »1 fut nommé , par ordre du 6 mars 1645, pour commander le corps de troupes destiné à la conservation des places fortes le long du Rhin. Employé , dans la même année , à l'armée d'Allemagne , sous le duc d'Enghien , il combattit avec beaucoup de valeur à la bataille de Norllingue, gagnée sur les Impériaux, le 3 août, y fut blessé, et mourut des suites de cette blessure, au mois de décembre suivant. (Chronologie militaire, tom. fl, pag, 189 ; Gazette de France.)
le LOUP (Louis-Marie) , comte de Chasseloir, maréchalde-camp, naquit à Nantes, le 23 novembre i?5i. Il fut fait sous-lieutenant du régimeut de Peuthièvrc cavalerie, en 1772, et passa capitaine au régiment Royal-Roussillon cavalerie, le 3 juin 1779. Ayant émigré, en janvier 1791, il joignit, à Worms, le corps d'armée de M. le prince de Condé, et fut nommé, en avril 1792, colonel en second de la cavalerie de la légion de Mirabeau , avec laquelle il fit la guerre de cette époque, jusqu'à la dissoluliou de ce corps. Il se trouva à toutes les affaires qui eurent lieu, et se distingua en plusieurs occasions. Il fut créé chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint Louis, en 1793. Lorsque l'armée du prince de Coudé se rendit en Russie, ver»
la fin de 1797 , les restes des différents régiments de cavalerie qui en avaient fait partie ayant été incorporés pour former le régiment d'Enghicn, le comte de Chasseloir fut nommé commandant du 5e escadron de ce nouveau régiment. Il revint de Russie avec le corps du prince de Condé, en 1799, et se trouva aux combats livrés en Suisse. Il rentra en France , en 1800 ; mais il n'y accepta aucun service ni emploi sous le gouvernement de Buonaparte. En i8i'i, après la restauration du trône des Bourbons, S. 81. Louis XVIII le créa maréchal -de -camp, à prendre rang dans l'a nuée, du 28 avril 1800. S. A. R. Monsieur le nomma, en 1817, inspecteur-général des gardes nationales du département de la Loire-Inférieure. Il conserva cet emploi jusqu'à la suppression des états-majors de la garde nationale, en 1819. Pendant la durée de ses fonctions, il avait organisé 17 légions, qui toutes se distinguèrent par leur dévouement au roi. Le comte de Chasseloir a été créé commandeur de Tordre du Phénix de Hohenlohe , le 10 avril 1817. (Etats et brevets militaires.)
de LOWENDAHL, voyez de Loevexdam..
de la LOYÈRE , voyez Armand.
du LUC, voyez de Vintimille.
de LUCKAN, voyez de Saarsfield.
de LUCRNER ( Nicolas , baron) , maréchal de France , naquit à Camp, en Bavière, dans Tannée 1723. Issu d'une famille noble, mais pauvre, il se consacra dès sa plus tendre jeunesse au service militaire, et obtint rapidement les premiers grades dans un régiment bavarois. Il passa ensuite au service de la Prusse, y devint colonel de hussards, et fit sous le gTand Frédéric la guerre de sept ans, pendant laquelle il eut souvent occasion de combattre le» Français. Il se signala particulièrement à la bataille de Rosbach, le 5 novembre i7r>7. La distinction avec laquelle il avait servi pendant de nombreuses années dans les troupes allemandes, où il avait obtenu le grade de général, le
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fit rechercher par quelques souverains de l'Europe, qui lui offrirent des grades et des pensions; mais Louis XV eut la préférence , et Luckner passa au service de France en qualité de lieutenant-général, le 20 juin 1763. La paix , qui se fit la même année, ne permit plus à Luckner de se signaler, et il vivait fort paisiblement lorsque vint à éclater la révolu lion française, dont il parut d'abord être partisan. Il fut maintenu dans ses pensions, et obtint , le 28 décembre 1791, le grade de maréchal de France (1). L'assemblée nationale ayant déclaré la guerre à l'Autriche, le 20 avril 1792, le maréchal Luckner reçut le commandement d'un corps de troupes réuniesen Basse-Alsace, et chargées d'observer le cours du Rhin depuis la Suisse jusqu'à Lauterbourg. Voulant mettre cette frontière à l'abri d'une invasion, Luckner chargea le général Custine de s'emparer de la principauté de Porentruy, appartenante au prinec-évêque de Bâle : cette occupation eut lieu sans coup férir, le 28 avril. Les premières opérations des Français coutre la Belgique ayant été désastreuses, Luckner fut appelé à Valenciennes, pour y concerter, avec le maréchal de Rochamb<*au et le général La Fayette, ce qu'il convenait alors de faire. Le conseil ayant décidé que Luckner ferait une invasion en Belgique , par la Flandre maritime, ce maréchal se rendit au camp de la Madeleine, près de Lille; et, après y avoir pris les mesures nécessaires pour rétablir la discipline militaire parmi ses troupes, il marcha, le 17 juin, avec 28,000 hommes, sur la ville de Courtray, devant laquelle il se présenta, le 18 , après avoir occupé Menin. 1200 Autrichiens, campés sous les murs de Courtray, osent vainement entreprendre de résister aux forces supérieures de Luckner; ils sont repoussés, après un combat d'une heure et demie, et Luckner entre dans la ville (2). L'armée
(1) Le ministre de la guerre Narbonne, présentant Luckner à l'assemblée nationale, le 26 lévrier i;ya , dit de lui, qu'il avait le cceur -plus français tju» l'accent.
(1) Malgré son grand âge, le maréchal Luckner i'itait porté aveu
272 DICTIONNAIRE IIISTORIQCK
autrichienne ayant reçu des renforts sur ce point, Luckner» qui n'était point soutenu, fut obligé d'évacuer Courtray, le 3o juin, et marcha à la défense de la frontière de France, alors menacée. Il se rendit à Valenciennes , et refusa de concourir au plan que La Fayetle avait conçu, pour attaquer à la fois toutes les forces autrichiennes, réunies près de Mons. La défense de la frontière du Nord fut alors divisée, par le conseil du roi, en deux parties, et Luckner eut le commandement depuis Longwi jusqu'au Rhin. Il prit position en arrière de Longwi. Une colonne de l'armée des coalisés s'avançait de Cobleulz sur Trêves, dans le dessein de pénétrer en France entre Thionviile et Longwi : Luckner, qui devine le projet des enuemis, quitte son camp de Longueville, près Metz, marche sur Fontoy , village situé à portée des deux places menacées, et s'y retranche. Le 19 août, il y est attaqué par 22,000 Autrichiens, qui s'efforcent d'escalader les retranchements. Le feu des batteries françaises les écrase, pendant que de toutes parts ils sont repoussés par les troupes de Luckner ; enfin, l'ennemi est obligé de se retirer, laissant le champ de bataille couvert de ses morts et de ses blessés. Après la Journée du 10 août 1792, le maréchal Luckner fut remplacé par le général Cusline, dans les fondions de général en chef de l'armée du Rhin. Au mois de juillet 179^, on le nomma généralissime des armées françaises du Nord , et il eut le commandement des troupes depuis Montmédy jusqu'à Dunkerque. Le 6 août, il eut un engagement avec les Autrichiens, dans la forêt de Candel , enveloppa les ennemis, et leur prit 5oo hommes, 220 chevaux et 6 pièces de canon. Vers la fin du même mois, le maréchal Kellermann le remplaça dans le commandement de l'armée du Rhin. Luckner, tout en conservant son litre de généralissime, fut alors relégué dans un camp de seconde ligne,
beaucoup d'audace aux premiers rangs de ses troupes. Il répondit à ceux de ses officiers qui voulaient le faire éloigner , en lui représentant qne le devoir d'un général est de se conserver poumon armée : « Laîs#c« , mc# » -unis ; les balles respectent les braves. »
près de CliAlotis-sur- Marne , où il n'eut à s'occuper que du rassemblement des recrues destinées à faire partie de l'armée de Dumourier. Il faillit y être pendu, le 17 septembre, par ces mômes recrues, et ne dut la vie qu'au courage de Puu de ses aides-de-camp. Il se rendit, quelque temps après, à Paris, pour justifier sa conduite, et détruire les accusations portées contre lui, tant à cause des sentiments d'attachement qu'il avait manifestés en faveur de l'infortuné Louis XVI, que pour n'avoir pas fait punir le général Jairy, qui, lors de l'évacuation de Courtray, avait fait incendier cette ville. Sur le rapport de Collot -d'Herbois, la convention nationale arrêta, le 27 septembre, que le maréchal Luckner ne pourrait sortir de Paris, avant qu'elle eût prononcé à son égard. Il adressa à la convention, au mois d'octobre suivant, un mémoire justificatif, et demeura assez tranquille jusqu'au 27 septembre 1793, époque à laquelle la convention suspendit le paiement des 56,ooo livres de pension dont il jouissait. Il fut arrêté, dans le courant du mois d'octobre, traduit au tribunal révolutionnaire, et condamné à la peine de mort. Il périt, le 4 janvier 1794, à l'âge de 72 ans. (Etals militaires, Moniteur, annales du temps.)
LUDOT(Denis-Éloi), maréchal -de -camp, naquit à Arcissur-Aube, le 26 juin 1 7O8. Il entra au service, le 25 septembre 1784 1 comme soldat dans le régimeut Royal infanterie, d'où il sortit le 25 janvier 1791. Il s'enrôla volontairement dans le 2* bataillon du département de l'Aube, le 20 août de la même année, y fut fait capitaine le même jour; fit avec ce corps la campagne de 1792, à l'armée du Rhin, sous les ordres du général Custines, et passa, le 3i décembre de cette dernière année . avec son grade de capitaine, dans le icr bataillon léger du département des Ardennes. Employé à l'armée du Nord , qui fut successivement commandée en chef par les généraux Dumourier et Dampierre, il marchait, le 1" mars 1793,3 l'arrière-garde de l'armée, lorsque, traversant la ville d'Aix-la-Chapelle, il reçut du général aiiackseuki , l'ordre de s'emparer, aveo
vu. 55
3^ î DICTIONNAIRE HISTORIQUE
ioo chasseurs à pied, d'un poste d'où il pût arrêter l'ennemi, en al tendant que celte arrière garde eût pris une position avantageuse. Lndot s'acquitta parfaitement de cette mission importante ; et, par sa vigoureuse résistance, il arrêta la marche des ennemis, et ne quitta sa position que lorsqu'il en reçut l'ordre de la part du général, qui lui donna des éloges publics, sur sa conduite dans cette occasion. Le 18 du même mois, à la bataille de Neerwinde, il reçut deux coups de sabre sur la tête, et n'en continua pas moins de combattre. Il se trouva à la bataille du 1" mai suivant, sous les ordres du général Dampierre, et y fut blessé d'un coup de feu qui lui emporta l'index de la main droite, et lui endommagea fortement le milieu de la même main. Nommé adjoint a l'adjudant -général Jcanet, le 12 septembre 1793, il fut employé à l'armée des Alpes, dans le corps du général Dumas. Le 20 juin 1794 , il reçut du général Bas-de-Laune, commandant la divisionTarentaise, l'ordre d'incendier le port de la Tuile, situé entre le petit Saint- Bernard et la redoute du Prince Thomas. La destruction de ce poste était d'autant plus importante , qu'il renfermait des magasins , et que celte position couvrait les mouvements de l'ennemi. Ludot parvint à s'en rendre maître, malgré la défense opiniâtre qui lui fut opposée , et le feu continuel de la redoute du Prince Thomas; il s'y maintint, exécuta les ordres qu'il avait reçus, et fut blessé, dans celte expédition, d'un coup de baïonnette à la tête. Il passa chef d'escadron dans la légion de Police, le a5 octobre 1795, et continua de servir à l'armée des Alpes, sous les ordres des généraux Moulin et Kellermann. Il fut attaché à l'état -major du général La Jeannetière, à l'île de Cayenne , le 7 février 1796. En revenant de celte colonie, avec des dépêches pour le gouvernement français , et après quelques mois de traversée, le bâtiment américain qu'il montait fit naufrage, le 5 décembre 1797, sur les Dunes, près d'Ostcnde. Dans ce malheureux événement , le chef d'escadron Ludot fit le sacrifice de tous ses effels, pour sauver les dépêches qui lui avaient été confiées. Il fut mis en non activité, depuis le 24 janvier 1798 jusqu'au 21 juil-
let 1800, époque à laquelle on l'tmploya comme adjoint à l'état - major de l'armée de réserve, sous les ordres du général Brune. Il passa , en la même qualité, le 20 février 1801 , à l'état -major de l'armée des Grisons, commandée par le général Macdonald. Il entra , comme chef d'escadron, dans le 6' régiment de dragons, le 24 août de la môme année, servit à l'armée d'Angleterre, et fit les cam> pagnes de la grande-armée d'Allemagne, en i8o5 et 1806. Le 9 novembre i8o5, dans la vallée qui conduit de Saint- Pollen à Krems, il était à la tête du 6* régiment de dragous, qu'il commandait depuis l'ouverture de la campagne : ce régiment ayant mis pied à terre pour combattre, Ludot attaqua et chargea avec intrépidité les escadrons ennemis, qui défendaient le passage du défilé, et les mit en fuite. Au combat de Wùschem , il eut un cheval tué sous lui. Il concourut au succès de la bataille d'Austerlilz, où il commandait encore le 6* régiment de dragons. Nommé major du 8" régiment de la même arme , le ±'\ septembre 1806, il commandait ce corps , le 28 octobre suivant, à 1'afLiire de Preuzlovr, sous les ordres du général Beauinout. Dans cette journée , il chargea , à la téte de 5 escadrons, sur un bataillon carré commandé par le prince Auguste de Prusse. Ayaut eu sou cheval tué sous lui , dès la première charge, il monta un cheval de troupe, et fil deux autres charges qui eurent un tel succès, que le bataillon carré mit bas les armes, quelques instants après, toute retraite lui ayant été coupée par la manière dont le major Ludot avait placé son régiment. Ludot continua de servir à la grande-armée d'Allemagne, en 1807, et de commander le 8" régiment de dragons. Le 01 janvier, ce régiment étant en reconnaissance, fut attaqué près de Passenheim, en Prusse, par une colonne de 2000 hommes de cavalerie. Le major Ludot, qui se trouvait à la téte de l'escadron d'arrière-garde, fit successivement plusieurs charges , dans l'une desquelles il fut cerné par les cavaliers ennemis. II se battit alors avec la plus grande intrépidité; mais, accablé par le nombre, il fut fait prisonnier, après avoir reçu 8 blessures graves, qui le firent tomber de cheval : étant à
terre, il reçut encore 1Ê feu d'une décharge de pistolets, Nommé colonel en second du 8a régiment de dragons, il fit la campagne de 1809, à la grande-armée d'Allemagne et dans le Tyrol. Il fut employé, avec son régiment, en 1810, à l'armée de Portugal, sous les ordres du maréchal Masséna. Il fut fait colonel du 1 y régiment de dragons, le 5 décembre 1810, et servit , en 1811, 1812 et 1810, aux armées de Portugal et d'Espagne, sous les ordres du maréchal duc de Dalmalie. Promu au grade de général de brigade, le 3o mai 18 13, il quitta son régiment, le 5o juin suivant , pour venir joindre la grande-armée d'Allemagne. Pendant la campagne de France, en 18 14» le général Ludot était à la lêle de la IM division de dragons du 5° corps de cavalerie, dont il avait le commandement par intérim; il engagea, comme avant-garde, l'affaire qui eut lieu près de Saint-Dizier. Son altaque réussit; et, ayant été secondé par la 2' division que commandait le général Lhérilier, il culbuta les alliés sur tous les points. Officiers et soldats, tous se couvrirent de gloire dans ce combat. Toute la cavalerie ennemie, forte de i3,ooo hommes, y fut complètement battue par 2000 dragons et quelques escadrons de la vieille garde impériale. La 1" division de dragons s'empara , pendant l'action, de 14 pièces de canon. Le général Ludot avait été créé membre de la Légion -d'Honneur, le i5 juin 180/1, et officier de la même Légion , le 18 septembre 1808. Après la restauration du trône des Bourbons, Sa Majesté Louis XVIII lui accorda la croix de chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, le 19 juillet 1814» et le nomma commandeur de l'ordre royal de la Légion-d'Honneur, le 14 février 181 5. Dans la même année, pendant les cent jours, le général Ludot fut employé par Buonaparte, comme commandant de la 1" division de réserve de cavalerie, et comme adjoint à l'inspection du lieutenant-général Fririon. Depuis la seconde restauration , le général Ludot a été classé parmi les maréchaux-de-camp disponibles. [Etats et brevets militaires, Moniteur, annales du temps.}
de LUDRES (François Louis-Hyacinthe, chevalier), maréchal-de-camp, naquit à Nancy, le 10 avril 1 74°- H tul
d'abord fait chevalier de Malte. Il commença à servir, en 1 7^7, comme sous-lieutenant dans le régiment du Colonel- Général de la cavalerie ; passa lieutenant eu second des dragons de la légion royale, en 1758, cl fut fait capitaine de dragons, en 1761. Il devint lieutenant-colonel des volontaires de Soubise, le 10 février 1762, et fut fait colouel- commandant de la légion royale, en 1765. Après avoir été meslre-de-camp en second du régiment Royal- Champagne, il fut créé brigadier de cavalerie , le 1" mars 1780, et maréchal-de-camp, le 5 décembre 1781. {Etats militaires.)
de LUR-d'USA (Pierre) , marquis de Saluées, maréchalde-camp, avait servi pendant deux ans dans les mousquetaires, lorsqu'il obtint, le 16 décembre 1722, une commission de capitaine réformé, à la suite du régiment de cavalerie de la Tour, avec lequel il servit au camp de la Moselle, en 1727. Devenu capitaine en pied au même régiment, le ier mars 1728, il passa, avec sa compagnie, dans le régiment Royal- Roussillon , le 20 mai 17JO. Il la commanda au camp de la Meuse, la même année; au siège de Rehl , en 1733; à L'attaque des lignes d'Ettlingen, et au siège de Philisbourg, en 1754 ; à l'affaire de Clauscn , en 1735; à l'armée de Westphalie, eu 1741; sur les frontières de Bohême et en Bavière, en 1742. Nommé mestre-de-camp d'un régiment de cavalerie du son nom, par commission du 6 mars 1745, il le commanda à l'armée de Bavière jusqu'au mois de juillet, et sur le Rhin, pendant la fin de la campagne. Il servit avec son régiment à Ja défense de Weissembourg, et à la reprise de cette place, en 1744» et fut employé en Bretagne pendant le reste de la campagne de cette année et en 1745. Il combattit a Raucoux, en 1746; à Lawfrld, en 1747, et servit au siège de Bcrg-op-Z,oom, aussi en 1747. Créé brigadier, le 1" janvier 174S, il se trouva, la même année , au siège de Maestricht. Il fut employé au camp de Sarre-Louis, en 1754; à l'armée d'Allemagne, en 1757; combattit à Hast.exnbeck, cl concourut à la conquête du Hanovre. Dé ta-
ché de la grande- armée , au mois d'octobre, il alla joindre le corps commandé par le prince de Soubise , et fut blessé et fait prisonnier à la bataille de Rosbach. Promu au grade de maréchal -de camp, le 10 février 1709, il se démit alors de son régiment, et ne fut pas employé depuis, (Chronologie militaire , tom. VII % pag. ^70; Gazette de France , mémoires du temps.)
de LU Pi de S ALUCES (N...., comte), maréchal-de-camp, et fils du précédent, fut fait meslre-de-eamp-lieutenant du régiment de cavalerie de Penlbièvre, en 1754- On le créa brigadier de cavalerie, le a5 juillet 1762, et maréchal-de-camp, le 3 janvier 1770. (Etats militaires.)
de LUSSAN , voyez Audibert et d'Esparbès.
de LUTTANGES , voyez d'Attbl.
de LUXEMBOURG (Sébastien) , vicomte de M ar ligues , succéda à Charles de la Rochefoucauld, comte de Raudan, dans l'exercice de la charge de colonel-général de l'infanterie en- deçà des monts, par commission du 5 septembre i.r»62. Il en remplit les fondions jusqu'à la paix, qui fut signée au mois de mars i563, époque à laquelle d'Andelot fut rétabli dans cette charge, qui Lui avait été ôtée, lorsqu'il prit les armes en faveur des calvinistes. (Chronologie militaire, tom. III, pag. 555.)
de LUXEMBOURG, voyez Mohtmobenct.
de la LUZERNE (César- Antoine), comte de Beuseville, maréchal-de-camp, entra aux mousquetaires, en 1709, et combattit, la même année, à la bataille de Malplaqoet, où il fut blessé d'un coup de sabre sur la main. Nommé inestre-dc-camp-licutenant du régiment des cuirassiers du roi, le l\ janvier 1710, il le commanda à l'armée du Rhin , jusqu'à la paix, et se trouva aux sièges de Landrecies et de Fribourg, et à la défaite du général ennemi Yaubonne. Il servit au camp de la Saône, en 1727. Employé à r&rmée d'Italie, en 1733 et 1754, il se trouva aux
sièges et à la prise de plusieurs places. Créé brigadier, le 20 février 17^4» H commanda une brigade aux batailles de Parme et de Guastalla. Il obtint le grade de maréchalde-camp, par brevet du 18 octobre de la môme année, se démit alors du régiment des cuirassiers du roi, et continua de servir comme maréchal-de-camp à l'armée d'Italie jusqu'à la paix. Il ne fut point employé depuis, et mourut, le i3 juin i^55, à l'âge de G 4 ans. [Chronologie militaire , tom. V IL , pag. i34 ; Gazelle de France.)
de la LUZERNE, voyez de Bmqueville.
de LU Y NES , voyez d'Aibebt.
de LYNDEN, voyez d'Aspremont.
Dr LYON (Jean), grand-maître de l'artillerie, fut d'abord garde et visiteur de l'artillerie au bailliage de Vermandois. Jl passa garde de l'artillerie du Louvre, le G janvier 1341, et fut qualifié et payé comme grand-maître de l'artillerie du roi, depuis le 10 avril 1 358 , jusqu'à sa mort, qui eut lieu au mois d'octobre 1578. {Chronologie militaire , 1. 11/, pag. 472.)
du LYON (M ilet) , grand-maître de l'artillerie, et fils du précédent , fut pourvu , à la mort de son père, de la charge de maître-général et visiteur de l'artillerie du roi , par provisions du 1" novembre 1378. Il prêta serment pour celle charge, le 6 du même mois, et s'en démit, au mois de février 1^97. {Chronologie militaire, tom. 11 f, p. 473.)
du LYS (Jeanne d'Aac, ou), connue sous le nom de la Pucelle d'Orléans (1) , naquit à Domremy, près de Vau-
(1) L'héroïne de la France, l'illustre Jeanne d'Arc, que ses hautes destinées, ses brillants faits d'arincs et ses victoires ont rendue si chère ô tous les Français , et qui, accompagnée de l'élite des chevaliers de son siècle, est parvenue au faite de la grandeur militaire et a commandé en chef les troupes de Charles Y II, lors du siège d'Orléans, en 14^9, doit
couleurs, en Champagne, »ur I\t frontière de la Lorraine, au mois de février ou mars 1410 (v. st.) Ses père et mère, Jacques d'Arc et Isabelle Romée, étaient de simples cultivateurs. La France était alors en proie aux plus affligeantes calamités. En i j-.-tt , les Anglais possédaient plus de la moitié du royaume et régnaient d;tns la capitale. Orléans restait fidèle à son roi, Charles VII ; mais elle était assiégée par l'armée anglaise. La conservation de cette place était tellement importante pour la monarchie , que les plus vaillants des capitaines qui suivaient les drapeaux de leur souverain légitime avaient volé à sa défense. Lahire, Xain- Irailles et le brave Dunois commandaient à Orléans. Dans les rangs anglais, on distinguait Salisbury, Suffolk et Talbot/La ville était vivement pressée; et, si les Anglais fussent parvenus à s'en rendre les maîtres, il n'est pas douteux qu'ils eussent bientôt asservi le reste de la France. Jeanne d'Arc, alors âgée de 18 ans, est présentée par se* parents, en février 14*28, à Baudricourt, gouverneur de Vaucouleurs, et lui parle en ces termes : « Capitaine messire, sachez que » Dieu, depuis aucun temps en çà, m'a plusieurs fois fait » à savoir et commandé que j'allasse vers le gentil dauphin, » qui est et doit être le vrai roi de Frauce (Charles VII) , » qu'il me baillerait des gens d'armes, et que je lèverais le » siège d'Orléans, et le mènerais sacrer à Reims. • Baudricourt regarde Jeanne comme une folle, et la renvoie. Ce rebut ne la déconcerte pas. Elle revient une autre fois, et dit au gouverneur ; « Au nom de Dieu, vous mettez trop à » m'envoyer ; car aujourd'hui le gentil dauphin a eu, près » d'Orléaus, un assez grand dommage, et sera-l-il raillé de » l'avoir encore plus grand, si ne m'envoyez bientôt vers » lui. » C'était le jour même où les Français, ayant entrepris d'intercepter un convoi que le duc de Bedfort envoyait
occuper une place distinguée dans tout ouvrage consacré à la gloire de la bravoure française, et particulièrement dans le Dictionnaire des généraux français y dont l'auteur, né à Orléans, a le besoiu d'offrir à la mémoire de la libératrice de sa patrie un hommage public de *ou aduùlation.
aux troupes anglaises, qui assiégeaient Orléans, furent défais dans la plaine de Rouvray, eu Beauce. Baudricourt apprit plusieurs jours après la nouvelle de ce désastre. Frappé de la singularité de l'annonce que Jeanne lui en avait faite, Baudricourt cède à ses instances. « Vas donc, » lui dit-il, et advienne ce qu'il pourra. » Il la met sous la conduite de deux gentilshommes de son canton , Jean de Metz et Bertrand de Poulangy. Ces deux chevaliers, persuadés de la vérité de la mission de Jeanne, Péquipèrent à leurs frais : Baudricourt lut donna seulement une épée, et fit prêter à ceux qui devaient l'accompagner le serment de la mener saine et sauve au roi. Son escorte se composa de 7 personnes, Pierre d'Arc, l'un de ses frères, de Metz et Poulangy, leurs deux serviteurs, et deux autres individus. Jeaune arrive, le 24 février, à Chinou, en Touraine, où Charles Vil tenait sa cour. Le roi était prévenu de son arrivée. Ou l'introduisit auprès de lui. Quand elle entra . Charles VII, qui avait ce jour-là un habit fort simple, se trouvait confondu dans la foule des courtisans. Jeanne va droit à lui sans hésiter, et s'agenouille. « Je ne suis pas »le roi, lui dit Charles Vil. Le voici, ajouta t il, en » lui montrant un seigneur de sa suite.» — o Mon Dieu, » gentil prince, c'est vous, et non autre. Je suis envoyée » de la part de Dieu pour prêter secours à vous et à votre » royaume : à vous mande le Roi des cicux, par moi, que > vous serez sacré et couronné en la ville de Reims. » Charles, surpris, la tire à l'écart pour l'interroger; et, après cet entretien , il déclare que Jeanne lui a dit des choses secrètes que nul autre que Dieu et lui ne pouvait connaître, et que pour cette raison il prenait grande confiance en elle. Charles néanmoins crut devoir, avant de fixer son opinion sur le compte de Jeanne, la soumettre à des interrogatoires, des examens de la part des évêques qui se trouvaient à sa cour, des membres du parlement qui siégeait alors à Poitiers, et des théologiens de l'université de celte vitle : «Qu'on me donne des gens d'armes, disait » constamment Jeanne, en telle et si petite quantité qu'on » voudra , et j'irai faire lever le siège d'Orléans. » Les déli-