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le firent rouler jusqu'au fond du fossé, et cette chute , en rappelant ses esprits, lui rendit le sentiment. On voulut le porter dans sa tente , mais il le refusa. Animant ses soldats de la voix, et leur montrant le sang dont il était couvert, il demeura assis sur la brèche , où on le replaça pendant le nouvel assaut qu'on donna : la ville fut emportée et réduite en cendres. Dès que Mon tluc put souffrir la litière, il rejoignit l'armée qui campait alors dans la terre de Labour. Le fameux Pierre de Navarre, qui avait débuté comme lui en qualité de simple soldat, lui accorda son amitié, et obtint pour lui la confiscation d'une des premières baronnies du royaume de Naples , appelée la Tour de l'Annonciade , et qui rapportait 1200 ducats de rente. Ces pre* tnières lueurs de prospérité s'évanouirent bientôt après; car, le royaume de Naples ayant été enlevé aux Français, Montluc perdit tout ce qu'il y possédait. François I9* avait formé, dès 1 534 , des légions, et avait divisé chacune d'elles en compagnies de 1000 hommes; Montluc obtint, en i536 , la lieutenance d'une de ces compagnies, qu'on envoya à Marseille, dont Charles-Quint paraissait vouloir entreprendre le siège. La ruine du moulin d'Àuriole, le seul que les Français n'eussent point encore brûlé en Provence, devait alors suffire pour plonger l'empereur dans un extrême embarras. On proposa cette expédition aux capitaines les plus déterminés de la garnison de Marseille , et tous la jugèrent impossible , à l'exception de Montluc, dont la vivacité gasconne envisageait un péril du même œil que d'autres auraient regardé une fête. Auriole est à la distance de 5 lieues de Marseille; et, pour parvenir au moulin, il fallait passer des rivières , des collines, des villages, des ravins au-dessus desquels on trouvait une petite ville avec une nombreuse garnison : l'armée de l'empereur campait dans le voisinage, à 4 lieues du moulin. Toutes ces difficultés n'arrêtèrent point Montluc. Il sort de Marseille, au mois d'août, accompagné de Tavannes et de 200 hommes choisis, franchit tous les obstacles d'une route peu pratiquée, poste son lieutenant auprès de la petite ville , marche au moulin , enfonce la porte , défendue par 60 soldats, en tue
une partie, culbute le reste dans la rivière, brûle le moulin, brise les meules, emporte les ferrements, détache 20 chevaux qui facilitent la retraite deTavannes, oblige les Impériaux de rentrer dans la ville , et reprend au grand pas le chemin de Marseille. Choqué de ce que son nom avait été oublié dans le rapport que Ton avait fait au roi de cette brillante action, il se retira dans ses foyers. En i53?, on le consola de cette injustice, en lui donnant une compagnie d'infanterie, qu'il conduisit au secours deTérouanne, alors assiégée. La trêve conclue, au mois de juillet, pour les frontières de Picardie et des Pays-Bas, ayant terminé la campagne, et occasioné la levée du siège, Montluc suivit, au mois d'octobre, le connétable de Montmorency, qui força le pas de Suze. Il fut dangereusement blessé au siège de Barcelonnette. On signa, le 16 novembre, une trêve pour le Piémont. En i538, Brissac lui confia le soin de réduire les petites places qui environnaient Turin. Montluc fut sur le point de terminer la guerre en un seul coup de main; car peu s'en fallut qu'il ne se saisît de la personne du duc de Savoie, qui, protégé par une faible escorte , était allé entendre la messe dans un village. Pendant le siège de Perpignan, en i54a, il entra déguisé dans la place, examina les murailles,- les défenses, et en rendit compte au connétable. En 1 5^3, il battit, dans le Piémont, a enseignes d'infanterie et une compagnie de cavalerie , chargées d'escorter un grand convoi qu'il enleva. Peu de temps après, il surprit un corps d'Espagnols, l'enveloppa et le renversa, après un combat opiniâtre. De concert avec de Termes, il détruisit le pont de Garignan , malgré le feu redoublé des ennemis, et quoique les Français intimidés l'eussent presque tous abandonné. En 1 544 » le comte d'Engbien envoya Montluc à la cour, pour demander au roi la permission de donner bataille : le conseil opinait à la refuser; mais Montluc ayant parlé avec ce ton militaire qui inspire la confiance, il parvint à persuader le roi. Le comte d'Enghien attaqua les ennemis à Gérisoles , le 1 1 avril. Pendant l'action, Montluc, à la tète des arquebusiers français, combattit, trois heures, contre les arquebusiers enne-
mis» et les repoussa jusqu'à leur centre. Il chargea eusuite un corps d'Allemands, l'entr'ouvrit, et le mit en désordre : le marquis du Guast lui ayant opposé sa cavalerie, Montluc la rompit, Ja dissipa; et, après avoir poursuivi les fuyards, revînt auprès du comte d'Eughien qui l'embrassa et l'arma chevalier. D'Italie, Montluc passa en Picardie, et suivit le Dauphin ,. qui tenta de surprendre Boulogne. Les Anglais n'ayant point réparé les brèches de cette place, Moutluc les emporta l'épée à la main. Le soldat français, quoique maître de la ville basse, prit l'épouvante , et la nuit venant augmenter la frayeur des troupes, elles se retirèrent. Mouline sortit le dernier, et ne remporta, pour tout butin, comme il Je dit lui-même, ique 4 flèches, dont sa cotte- de- «maillesetsa rondelle le garantirent. » En i545, Montluc* après avoir été de l'expédition de l'amiral d'Annebaut , sur les côtes d'Angleterre, revint à la terre d'Oye, où le maréchal du Biez fortifiait )e fort d'Autreau, devant Boulogne. Les pionniers qui y travaillaient ayant tous déserté, du Biez voulait forcer les soldats à les remplacer; mais il ne put y parvenir. Mon tluo eut recours aux voies d'insinuation, gagna quelques-uns des soldats, leur distribua des vivres, travailla, mangea ayee eux, et leur fil compter, outre leur solde ordinaire, la paie que Ton donnait aux pionnier*. Le lendemain, les soldats les plus indociles demandèrent à être reçus, et l'on acheva en huit ioursœ que les pionniers n'auraient pas exécuté en deux mois. Le maréchal du Biez , voulant enlever aux Anglais un fort qui couvrait la terre d'Oye, examina par quel coté il attaquerait la place. Moutluc s'approcha du fossé; et, lao An glais étant sortis, il les poussa jusqu'à leurs murailles. Il court alors vers le maréchal , qui continuait de tenir conseil, l'assure qu'avant que l'artillerie soit en train de marcher il emportera. Je fort. .Aussitôt il quitte du Biez, pari avec le colonel de Taix, appuie une hallebarde coutre la muraille du parapet, et s'efforce de mouler. Ses gens le poussent de dessus la courtine dans le fossé, où sa troupe se précipite , à son exemple. Étonnés de tant d'audace , le* Anglais abandonucul le fort. Le maréchal du Biei, voyant
les drapeaux français voltiger sur les murailles de ce fort , accourt suivi de 100 chevaux, et se voit maître, en deux heures de combat , d'une place qu'il se serait cru heureux de prendre en plusieurs jours. Montluc continua de harceler la garnison anglaise de Boulogne, et battit le lendemain un des partis ennemis. Il se retira ensuite chez lui , où il demeura jusqu'au règne de Henri II. Ce prince J'envoya à l'armée du Piémont , en i548. Il y servit, pendant dix huit mois, sous le prince de Melphes, qui, très-vieux alors, évitait de prendre les armes. L'inaction étant à charge à Montluc, il quitta le Piémont, vint se renfermer dam le sein de sa famille, aimant mieux vivre en paix dans sa maison qu'auprès des ennemis. Depuis sa jeunesse, Montluc était dévoué à la maison de Lorraine ; et c'est ce qui Ht que le duc de Guise lui obtint, du roi, en i55i, une charge de mestre- de-camp de plusieurs bandes de Picardie, qu'il mena en Piémont. Il fut payé, en cette qualité, du 14 janvier (1). Montluc, sous les ordres du maréchal de Brissac, emporta Quiers en une nuit, sur la fin d'août. v Il se blessa à la cuisse, en descendant avec trop de vivacité de la brèche dans le fossé. A peine remis de sa blessure, il marcha au siège de Lantzo, le i5 novembre suivaut. Celte place était environnée de précipices, excepté vers une porte défendue par a bastions épais , à l'épreuve du canon, et bien munis d'artillerie. On ne pouvait dono attaquer Lantzo que par une montagne escarpée, située derrière le château, mais si roide et d'un accès si difficile, que les ingénieurs désespéraient d'y transporter une seule pièce de canon. Le maréchal et les officiers convaincus par eux-mêmes de l'impossibilité de prendre la ville sans artillerie , et regardant comme insurmontables les difficultés qu'on aurait à essuyer pour placer cette artillerie, conclurent à renoncer au siège. Montluc s'opposa vivement à cette délibérat » ••• . •
(i) Dans «es commentaires, Montluc donne à ces bandes le nom de régiment de Picardie : c'est à tort j car aucune troupe, à l'exception de ceJles étrangères, ne porta en France le nom de régiment avant 1567.
tion; mais on traita ses remontrances d'opiniâtreté, et on se flatta qu'il reviendrait au sentiment commun, lorsqu'il aurait visité lui-même la montagne. Il partit donc , à travers les arquebusades qu'on lui tirait de la ville, arriva sur les hauteurs, y découyritun espace uni, propre à recevoir plusieurs pièces d'artillerie , et conçut qu'à force de travail on parviendrait à les y conduire. Sur son rapport, les princes, le maréchal de Brissac, les soldats, et lui-même, mirent tous la main à l'œuvre, et dans l'espace de vingtquatre heures , on plaça les pièces en batterie. Les premières volées de canon intimidèrent tellement la garnison, qu'elle se rendit : Montiuc dressa les articles de la capitulation. Il secourut ensuite Saint-Damien. Le roi lui donna, en i55a, les provisions de gentilhomme de la chambre, et le gouvernement d'Albe. Il prit Courteville , et se chargea de la défense de Bène. Il n'y avait dans cette ville des vivres que pour huit jours , et on manquait de moulins , le* ennemis s'étant emparés de ceux du dehors; Montiuc se servit de quelques pierres tumulaires, et en fit faire onze meules. La campagne était alors couverte de blé déjà mûr; aussi, pendant que l'on attaquait d'un côté le camp des Impériaux, la bourgeoisie sortit de l'autre, et fit une récolte abondante : les ennemis se retirèrent. Montiuc tertermina la campagne par la prise d'une église , d'un ermitage et d'un fort qui défendaient la ville de Geva. On ne pouvait aborder à ce fort sans être exposé à une grêle de coups, les contrescarpes étant extrêmement élevées : cependant Ceva se rendit le lendemain. En i554, Montkic fut envoyé, par le roi, à Sienne, avec la qualité de sou lieutenant. A son arrivée, il battit un détachement du marquis de Marignan , qui s'était approché de la place. Les attaques, continuées par le marquis, soutenues avec succès par Montiuc , déterminèrent les ennemis à renoncer à employer la force, et ils résolurent de prendre Sienne par famine. Il est difficile qu'une garnison nombreuse et une grande population résistent long -temps à l'épreuve d'une abstinence forcée; Montiuc parvint cependant à en démontrer la nécessité à ses troupes et aux Siennois. Il diminua
insensiblement la nourriture du soldat et du citoyen, et ménagea, par une sortie qu'il fit sur les Impériaux, la retraite des troupes allemandes, dont il pouvait se passer. Ayant été informé, quelque temps après, que le peuple sieunois pensait à se rendre, Mouline vint encore à bout de lui communiquer le feu qui l'animait , et fit passer son courage et sa fermeté dans le cœur des assiégés, qu'il amena jusqu'à oublier leurs besoins les plus pressants. Le marquis de Marignan escalada la citadelle et le fort de la porte Camiola ; mais Montluc, à la tête des Siennois, le repoussa et l'en chassa. On vit alors les dames sien noises partager elles-mêmes les travaux du siège , et paraître sous les armes, distribuées en compagnies. Montluc, pour fortifier les endroits faibles de la ville, parvint encore à persuader aux Sieunois de démolir leurs plus belles maisons. Il prévint toutes les surprises du marquis de Marignan, dont il démonta les batteries. Il démasqua l'imposture de quelques habitants qui, vendus à l'ennemi, animaient sourdement, et par de lâches artifices, le peuple contre la noblesse , et divisaient la république. Sienne était assiégée depuis dix mois, ses habitants étaient réduits aux aliments des brutes, et la place n'offrait plus qu'un assemblage de morts et de mourants. Les Siennois avaient poussé la constance jusqu'à l'héroïsme; et, pleins de confiance dans Montluc, ils avaient même consenti que le sénat lui décernât Ja dictature Montluc avait fait sortir de la ville
(i) Pendant le blocus, Montluc, quoique affaibli par une maladie, ordonnait, de ton lit, des mesures vigoureuses. • Dans notre métier,
• disait-il , il faut être cruel, et Dieu nous doit miséricorde pour avoir
• tait tant de maux. » Il repoussa cependant le conseil de Strozzi, qui voulait le massacre des habitants non dévoués à la France. Montluc,
apprenant que la crainte de le voir mourir répandait l'abattement parmi les Siennois, se fait apporter quelques flacons de vin grec, les boit, pour ranimer son teint , revêt des chausses dê velours cramoisi qu'il portait autrefois "pour l'honneur d'une dame dont il était amoureux quand il avait le loisir, et se fait transporter au sénat dans un équipage magnifique. • Eh quoil s'écrie-t-il , pensez-vous que je sois ce Montluc, qui
• s'en allait mourant par les rues? Non. Celui-là est mort, et }e suis un
• autre Montluc. • ce fut alors que le sénat lui décerna la dictature.
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toutes les bouches inutiles, et les Siennois avaient souffert patiamment qu'il séparât d'eux de tendres enfants, des femmes et des filles chéries, et des vieillards respectés. Aussi, ne restait-il plus duns la ville que quelques citoyens, lorsqu'elle capitula. Mouline, ne voulut point qu'on comprit son nom dans la capitulation. II devait recevoir la loi, il la donna , et sortit de Sienne en vainqueur. Le marquis de Marignan le combla d'honneurs, et fit escorter ses troupes, qui étaient dans un si pauvre état qu'elles ne ressemblaient plus à des êtres vivants. La prise de Sienne coûta aux Impériaux la moitié de leur armée. Le marquis de Marignan y entra, le 22 avril i555. Montluc s'embarqua à Civita-Vecchia et revint en France. Le roi lui donna 6000 livres de rente, le collier de l'Ordre, une compagnie d'hommes d'armes, et l'autorisa à vendre à son profit deux charges de conseiller au parlement de Toulouse. Monlluc repartit pour le Piémont, et servit au siège d'Ulpiati , qui se rendit, le 19 septembre « 5 55. Le sénat de Sienne , réfugié à Montaloin, demanda et obtint Montluc pour lieutenantgénéral en Siennois et en Toscane, à la place de Soubise. Ses provisions furent délivrées à Paris, le 18 août i556. Monlluc rassura Rome, menacée par le duo d'Albe, et retira de Tiv oli François des U rsins, ainsi que 5 enseignes italiennes qu'il crut ne pas pouvoir se soutenir dans cette place. Il se rendit ensuite à Montalcin, attaqua les ennemis qui la bloquaient, et les délogea des postes les plus voisins de la ville. En 1757, sur le refus que lui fit l'officier qui commandait à Sienne, pour l'empereur, d'échanger les prisonniers français. Monlluc résolut de les enlever de la petite ville de Pianze (située entre Sienne et Montalcin), où on les tenait renfermés. Il arriva à une heure avant le jour au pied des murailles de Pianze , avec 800 hommes auxquels il avait recommandé un silence duquel dépendait le succèsde l'escalade. Douze jeunes gentilshommes ayant pénétré dans la place à la faveur d'un égout , se crurent dispensés des précautions de sagesse qu'on leur avait recommandées. Au bruit qu'ils font, la garnison s'éveille, se rassemble, et pendant qu'une partie bouche l'égout, l'au-
Ire assiège les jeunes gentilshommes dans une maison où il» s'étaient jetés. Montluc veut tenter l'assaut, au moyen des échelles qu'il a apportées : il est repoussé. Il se rapproche cependant de la muraille, malgré le feu des ennemis; et, secondé par les Suisses de sa garde, il perce à coups de pique un endroit qui n'était point encore terrassé, entre dans la ville, attaque un bastion, en chasse ceux qui le défeudent, se réunit aux jeunes gentilshommes qui continuaient de se battre, délivre les prisonniers, emmène 200 chevaux de prix, un butin considérable, et rentre dans Mon L. de in aux acclamations des Siennois. Le roi rappela Montluc en France, après la perte de la bataille de Saint- Quentin , le 10 août de la même année. Il suivit, en i558, le duc de Guise au siège et à la prise de Calais. D'Andelot , colonel-général de l'infanterie française, ayant déplu au roi par son attachement au calvinisme, Sa Majesté le suspendit de sa charge, et choisit Montluc pour l'exercer : on le trouve payé en cette qualité du rr juin 1 558 , jusqu'à la paix de Cateau-Cambrésis , signée le 3 avril i559« Montluc eut ordre de se rendre au siège de Thionvi Ile , et décida du sort de cette place , par l'attaqne des casemates qu'il emporta, le 21 juin : le gouverneur capitula le 22. Le duc de Guise, maître de Thionville , marcha vers Arlon ; et, tandis que ce prince, épuisé de fatigue, dormait dans sa tente, Montluc prit Arlon. Il préserva , en i56a , la ville de Toulouse de la fureur des calvinistes; découvrit une conspiration qu'ils tramaient, en avertit le parlement, et lui envoya de puissants secours. Après avoir pacifié la ville d'Auch, il arriva à Toulouse, le 18 mai. A son approche les calvinistes prirent la fuite. Les troupes catholiques, accourues au secours de Toulouse, pensant moins à secourir celte ville qu'à la piller, Montluc feignit d'entreprendre un siège, et les conduisit, le 24, devant Montauban, d'où il décampa trois jours après. Il battit à Ver, en Périgord, le 9 octobre , les calvinistes commandés par le baron de Duras. Ils perdirent dans cette défaite 2000 soldats, 19 enseignes, 5 cornetteset leur artillerie : cette victoire rendit le roi maître de la
vu. 61
Guienne (i). Le roi nomma Mouîluc, conjointement avec Charles de Gouchy, comte de Burie, lieutenant-général en Guienne, après la mort du roi de Navarre , par pouvoir donné à Saiiit-Germain-en-Layc, le 10 décembre. Montlue s'empara, en i568, de IMcdeRé, et il se disposait au siège de la Rocht Ile, lorsque la paix, que le roi accorda aux calvinistes, Tobligea de renoncera ce siège. Ilenleva,eu 1669,1a ville de Mont-de Marsan et sa citadelle. En i570,lcscalvinistes, pour avoir la facilité de faire des courses dans le Bordelais et jusqu'en Gascogne, avaient construit un pont sur la Garonne au port Sainte-Marie, au-dessous d'Agen. Montluc détacha un moulin construit sur la rivière, et qui, emporté parle courant, rompit le pont. Il eut ordre de la cour de passer dans le Béarn, et d'en chasser les garnisons, calvinistes; mais, comme on ne lui donnait ni argent, ni munitions pour cette expédition, il en emprunta : la noblesse, qui l'aimait, le suivit à cette expédition. 11 assiégea R ibasteins , qui était alors la plus forte place du Pérîgord. Au secoud assaut, il reçut uue arquebusade qui lui perça les deux joues et lui emporta une partie du nez, ce qui l'obligea de porter un masque le reste de sa vie. Le sang lui sortant en abondance par le nez et par la bouebc, on voulait le porter dans sa tente ; mais il s'y opposa : « Ne «pensez, dit-il, qu'à venger ma mort. » On ne lui obéit que trop bien; et, la brèche ayant été forcée , on passa tous les habitants au fil de l'épée. Sa blesssure empêcha la conquête du Béarn. Il fut remplacé par le marquis de Villars daus son commandement de la Guienne. Il servit
(1) Vers cette époque, (après la mort de François II), Montluc changea, disent les auteurs de la Biographie universelle , le titre de guerrier illuslre contre celui de boucher royaliste que lui méritèrent les cruautés qu'il exerça contre les protestait*. On le vit parcourir la Guienne, accompagné de deux bourreaux ; et, par ses sanglantes exécutions, établir une affreuse rivalité entre lui et le fameux baron des Adrets, l'un des chef* protestant». Montluc, daus ses Mémoires, est devenu le plus véhément de se» accusateur*, loisqu'il y dit : • On pouvait connaître par
• où j'avais passé; car par les arbres, sur les chemins, on trouvait de*
• enseignes. • Ces enseignes étaient les cadavres de ses victime*.
îîES GÉNÉRAUX FRANÇAIS. . 4$ 3
au siège de la Rochelle, en 1 57 j. Promu au grade demnréchal de France, de nouvellecréalion, par état donné à Lyon, le a5 septembre i5?4> »l eut un pouvoir du même jour pour commander en Guiennc en qualité de maréchal de France. Il assiégea et prit Gensac. La prise de cette ville fut son dernier exploit. Saisi d'une maladie lente, il mourut en juillet 1 5^7, à l'âge de 77 ans, dans sa terre d'Eskillac, près d'Ageu , où il s'était retiré depuis quelques années (1). [Chronologie militaire, totn. Il,pag. ; Brantôme, Dupleix, Histoire du Languedoc, tom. F; le président de Thouf le président Hénault , Histoire de France du Père Daniel, l'abbé le Gendre, Histoire des Grands-Officiers de la Couronne, Moréri, Dictionnaire des maréchaussées > Vie des hommes illustres, tom. Xll \pag. 97 ; Mémoires de Caslelnau, Davila, d'Aubigné, la Popelinitre , Histoire de France, par Anquetil , tom, LF et F; Biographie universelle , ancienne et nouvelle , tom, XXIX , pag. 590.)
(1) Dans les derniers temps de sa vie, Monlluc avait rédigé , en sept livrer, ses Commentaire», ou Mémoires de sa vie militaire, depuis i5io, jusqu'à la paix de Catcau Cambrésis , en 1 5 1 y. On retrouve la vivacité originale, la brusquerie, la jactance et l'audace d'un homme qui avait pris pour devise : Dto diuv et ftrro comité. Ces commentaires, remplis d'excellentes leçons militaires, ont mérité d'être comparés aux mémoires de Lanoue : Henri IV les appelait la bible des soldats. La Mémoire de Montluc y est souvent intidèle sous le rapport des dates; mais >a véracité n'est point suspecte.