ALCINOUS
par une interrogation : il déclare simplement qu'il ne dira point l'apologue d'Alcinoiis C8). 11 est encore plus faux que ce qu'il dit soit en d'autres termes la même chose que la table d'Alcinoiis. Ilestcertain qu'on trouvedans l'Indice des Adages d'Érasme , Alcinoi Mensa , et Alcinoi Apologus , comme deux proverbes différens. Le premier n'est point en titre dans le corps du livre : il n'est rapporté que comme un petit accessoire de l'adage Sybaritica Mensa (9^ ^ et il est tiré de ces paroles de Grégoire de Kazianze :
Oûx. û)ç Aa>TO(^â.yrjii viilidi,v ÀK'K ooç Akxivôoy TpiTTêÇctv, Non ad Lotophagorunt inopiam , sed Alcinoi mensam.
Hadrien Junius , qui a fait un recueil de proverbes après Erasme, où il a mis Alcinoi Horli comme un proverbe capital , cite dans l'explication de celui-là cet autre passage du même père touchant la table d'Alcinoiis :
Non si inarmoreuin dederis lectum Alcinoïque
mensam.
Lloyd cite un autre passage où ce saint docteur emploie la même phrase. Quant à Y Alcinoi Apologus , Erasme le rapporte deux fois. Premièrement , il l'explique d'un conte de vieille , de longis et anilibus fabulamentis ; et il se fonde sur les fables
Ïu'Ulysse débita à la table d'Alcinoiis : ^rodigiosas ac deridiculas fabulas et portentosa mendacia de Lolophagis , Lœstrigonibus , Circe , Cfclopibus , atque id genus aliis plurimis miraculis , frétas videlicet Phœacum inscitiu barbarieque (10). Mais ailleurs (i i) , il nous apprend qu'il avait trouvé une autre signification de ce même adage dans le IV*. livre de la Rhétorique d'Aristote (12), et qu'il veut suspendre sa décision jusqu'à ce qu'il y voie plus clair , ou par les Commentaires de saint Grégoire de Nazianze sur ces livres d'Aristote (1 3) ,
(8) Plato, àe Republ., Ub. X.
(9) C'en le LXV. de la II", centurie de la 11^. chilinde.
(10) Erasm. Adagior. cenlur. If^, chil. II, num 32 , pag. 46().
(il) Idem, ceniuria I , chiliade V , num. 82, pag. io5t.
(12) // est dans le chap. XVI du litre III , dans l'e'dilion de Genève , en i6o5.
(i3) Je n'ai jamais ouiparler de ces Comment taires.
ALCYOINIUS. 397
on par quelque autre moyer:. Je ne ALCYONIUS (PiERBE) a été un
vois prcst|ne personne qui fasse atten tion à ce dernier passage d'Erasme.
On s'arrête au premier comme si c'était là que l'on trouve le vrai sens : il s'en faut bien qu'on l'y rencontre^ car pour peu qu'on voie ce que dit Érasme sur les paroles d'Aristote , on se de'fîe entièrement de l'explication qu'il avait donne'e en un autre endroit. J'avoue que ce passage d'Aristote est obscur , qu'on le lit difiéremment , et qu'il n'est pas peut-être sans quelque lacune ; mais il n'y a nulle apparence que par l'apologie d'Alcinoiis , on s'y doive figurer des contes de Ma Mèi'e l'Oie. Gilbert Cousin , qui a fait un recueil de proverbes depuis Érasme , se figure néanmoins cela , quoiqu'il ne considère la chose que selon la citation d'Aristote (14). Il y a un passage d'Élien , où yllcinoi j4pnloffi , 'Axxi'voou ÎTrôxo^oi , ne se peut prendre que pour les discourr. qu'Ulysse fait à ce prince dans rOdyssée (i5).
(E) On aimait dans son royaume la bonne chère , et les commodités de la i'ie. ] C'est de quoi Alcinoiis ne fit
point mystère à Ulysse: Nous ai- ' dans le feu (B). Paul Jove l'accuse 7rto«î , lui dit-il , les repas , la musi- d'un second défaut , qui est plus
de ces doctes Italiens qui cultivèrent les belles-lettres dans le X\ P. siècle. Il acquit une intelligence fort raisonnable* du grec et du latin, et fit quelques /j/^ce* d'éloquence qui ont mérité l'approbation des connaisseurs. Il fut correcteur d'imprimerie pendant long-temps à Venise , chez Aide Manuce (A) ; et il doit par conséquent avoir part aux éloges que l'on donne aux éditions de ce savant imprimeur. Il a traduit en latin plusieurs Traités d' Aristote (a) , et n'y a guère réussi. Sépulvéda écrivit contre ces versions , et y remarqua tant de fautes, qu'Alcyonius ne trouva point de meilleur remède à sa disgrâce que d'acheter autant d'exemplaires qu'il lui fut possible de l'écrit de Sépulvéda , pour les jeter
que, la danse, le changement d'habits , les bains et le Ut.
Ktti iùva.1 (l6j.
Semper autem nobh conviviuinque gralum ,
cithnraqup . chortque ^ Veslesquf ad peimulnndum allernalhn , la-
vacraque calida, etcubilia.
Horace exprime cela en cette manière :
Alcinoique
In cute curanddpUts œquo upprala juvenius , Cuipulchrutn fuit in niedios dorinire dies , et Ad strepiluin cilharce cessaium ducere curam (^17).
il n'est pas besoin d'avertir que , par Alcinoï jui'entus , il faut entendre les jeunes gens du royaume d'Alcinoiis. Athénée parle (|uelquefois de la vie voluptueuse des Phœaques.
(i4) Cognât, in Proverb. num. 210: il cite, comme Erasme, le IV^, livre de la Kbétorique d'Ari-tote.
(i.î) ^lian. Var. Histor. , lib. XIII , cap.
xni.
(16) Homeri Odysse» lib. VIII , vs. 248.
(17) Horat. Epist. // Ubri I , vs. i8, «177.
honteux que le premier : c'est d'avoir été un impudent yjarasite (C) , qui ne faisait point difficulté de manger deux ou trois fois hors de chez lui dans un même jour. Je ne sais s'il en faut croire tout-à-fait Paul Jove ; car il se brouilla avec Alcyonius {b) dès qu'il eut ouï dire qu'il avait en lui un rival dans la commission d'écrire l'histoire (D). Le Traité qu'Alcyonius fit imprimer touchant VExil contenait tant de beaux endroits parmi d'autres assez chétifs , qu'on crut qu'il avait cousu à ses pensées plusieurs mor-
* J. Leclerc , dans sa Bibl. choisie, troiwe étrange cette e.r pression rf'inteliij;ence fort raisonoable du latin . quand il s'agit d'un homme que peu de Cicéroniens ont égalé.
t'oj Voyez-en la liste dans la Bibliothèque de Gesner.
(i) Voyet ^e«£pî(r<s de.s Princes, yb/ 92. vcrsQ.
398 ALCYONIUS.
ceaux d'un Traité de Cicéron de mourut de maladie , au bout de Gloria , et qu'ensuite , pour em- quelques mois (h). Sa vanité l'empêcher qu'on ne le convainquît pécha de devenir plus habile (F), de ce vol , il jeta au feu ce ma- et sa médisance lui attira beau-
iiuscrit de Cicéron (E) , l'unique ({ui fût au monde (c). Les deux Marangues qu'il fit après la prise de Rome , où il représenta fort éloquemment l'injustice de Char- Jes-Quint et la barbarie de ses soldats, dissipèrent un j^eu les mauvais soupçons qu'on avait formés contre lui {d). Ce sont deux fort bonnes pièces. On parle d'une Harangue qu'il fit sur les chevaliers qui étaient morts au siège de Rhodes {e). Il était professeur à Florence , sous le pontificat d'Hadrien VI , et avait outre sa pension dix ducats par mois du cardinal de Médicis , jîour traduire un ouvrage de Galien {f).
Lorsqu'il eut su que ce cardinal avait été créé pape , il demanda son congé aux Florentins , et ne l'ayant pas obtenu , il ne laissa pas d'aller à Rome plein d'espé-
coup d'ennemis (G). Le Supplément de Moréri ne vaut rien sur cet article (H) : ce n'est qu'une copie fidèle des fautes énormes de M. Varillas. Au reste , il y a de savans hommes qui ont fort loué Alcyonius et ses traductions (I).
On trouve quelque chose qui le concerne dans les Lettres de Longolius , et qui n'est pas honorable (K).
(/() PieriusValerianus, de Littéral, infelicitat. , pag. 63.
(A) Il fut correcteur d'imprimerie pendant loni^-tenips a f^cnise , chez Aide M.anuce.'X Paul Jove n'en dit pas tant. Ciim. ddi in chalcographo' rum qfficinis , dit-il (1), corrigendis erroribus menstrud mercede operam nardsset, nudld obserualione ad prœcellentem scribendi facuUatem per^'enit.
C'est de M. Varillas que je tire ce qui concerne Aide Manuce ; et j'avoue que je le fais en tremblant , vu le grand nombre de fautes que cet écrivain a
rance de s'y avancer (g). Il per- commises touchant les beaux-esprits
dit tout son bien pendant les troubles que les Colonnes excitèrent dans Rome ; et quelque temjjs après , lorsque les troupes de l'empereur prirent la ville , l'an 1627, il reçut une blessure en se sauvant au château Saint- Ange. Il ne laissa pas d'y entrer, malgré les soldats qui le poursuivaient , et d'y joiiïdre Clément VII. Il se rendit coupable
dont il a parlé dans ses Anecdotes de Florence. Le public lui est redevable , dit-il (2) , de l'exactitude dont usait jild'i Manuce dans l' impression des meilleurs auteurs grecs et latins que nous admirons aujourd'hui ; car il a été toute sa uie correcteur de cette fameuse imprimerie Cette dernière particularité est fausse; car Alcyonius était professeur à Florence, sous le pontificat d'Hadrien VI.
(B) Il acheta ce qu'd put d'exemplaires de l'écrit deSépulwéda , contre ses versions d' Aristote , pour les jeter
d'une noire ingratitude envers ce <i'ins le /eu.] Paul Jove remarque cela pape ; car , dès que le siège fut ^""'" '^"''"'^ ^^ Anstotele perperàm levé , il s'alla rendre au cardinal Pompée Colonne , chez qui il
(c) Jovius, Elogior. cap. CXXIII.
(d) Jovius , ibicl.
(e) Lettres des Princes , folio 98.
(/■) C'est celui de Parlibus A.nimalium. ig] Lettres des Princes , folio gS.
insolenterque uertissel, in eum Sepulveda i'ir Hispanus , egregiè de litteris meritus , edito volumine peracula jacula contorsit...., tanin quidem eruditorum applausu , ut Alcyonius ignomi-
(i) Paul. Jovius , Elogior. cap. CXXIII , pag. 2G5.
(a) Varillas, Auecdot. de Florence, f>«g. i63.
ALCYOJNIUS.
niœ dolore miserè consternntus , His- ;e<eaM^eM.] Paul Joven'eslpas le seul*
j)ani hostis llbros in labernis , ul con- qui raconte cette supercherie funeste.
cremaiet, f^rat^i pietio coëmere coge- Paul Manuce , dans son Commentaire
returi^). Voyez jcs Epîtres des Princes sur ces paroles de Ciceron : Librunitibi
recueillies par Ruscelli , et tradui- celeriter mittarn de Gloiid (8), en ]mr\e
tes par Belleforêt, folio g3. Voyez aussi la XXVIP. et la dernière lettre du III*. livre de Longolius. Si benè te noi't , ipse tudenunciabis ; c'est-à-dire, que l'ouvrage de Sépulve'da était imprime' , ut honiinis ad tantœ conlumeliœ nuncium , i^ultuin i^ideas : quod ununi sanè spectaculuni tibi magnoperè inuideo. IVunquam enini is ex
oculis labnrai'il, quitùm ejus jronteni mini dubiumj'uit qitin Petrus Alcyospectdrit (4^- nius, cui nionachcn niedicosunejus trac-
(C) On l'accusa.... d'avoir été un tandœ BibLiothecœ potestalem fece-
ainsi : Lihrns duos significat, quos de Gloria scripsit .- qui usque ad patrum noslrorum œtatem peruenerunt. IVam Bernardus Justinianus , in indice librorurn suoruni n'uninat Ciceronem de Gloria, /s liber postea ciim unii-ersam Bibtiothecam Btrnardus monacharutn monasterio legdsset , magnâ conquisitus cura, neutiqu'am est im^entus. Ne-
impudent parasite.'] Rapportons les termes de Paul Jove : Cùm nulld ex parle ingenuis , sed plané plebeis et sordidis nioribus Jœdaretur , erat enini impudens gulœ niancipium , ita ut eodem scepè die bis et ter aliéna tamen quadrd cœnitarel ; nec in ed fœdilate malus omninij m.edicus , quod domi demiim in lecti limine per i'omitum ipso crapulœ onere lei'aretur (B). M. Varillas ne parle que de l'ivrognerie d'Alcyonius ; il ne Taccuse que de s'être enii'ré toutes les J'ois qu'il en trnui^ait l'occasion. Latomus,dont Paul Jove rapporte les vers, fait mention des deux excès de ce personnage, de celui de boire et de celui de manger
(D) Paul Jove le crut son rii'al dans In commission d'écrire Chisloire.'] Celui qui nous apprend cela ajoute qu'il n'était point vrai qu'Alcyonius dût composer une histoire, et qu'on ne l'avait dit à Paul Jove qu'aOn de les brouiller ensemble i,6). Le cardinal de Me'dicis se divertissait à ces querelles des savans : il se faisait un plaisir des inquiétudes où il jetait Alcyonius en protégeant Se'pulve'da (7). Notez qu'Ai
raat, homo improbus furto auerierit.Et sanè in ejus Opusculo de E.rsHio aspcrsa nonnulla depi ehenduntur , quœ non olere Alcyoniumauctoreiu; sedaliquantà prœitanliorem artificem fideantur. Nous apprenons de ce passage qu'Alcyonius e'tait médecin de profession. Voyez la remarque (I). Or, puisqu'il l'a été d'un couvent de religieuses , il ne saurait être vrai, ce me semble, qu'il ait passé toute sa vie dans l'imprimerie de Manuce C'est une nouvelle preuve de l'erreur de Varillas.
J'ai deux choses à remarquer contre cet historien. La première est que, dans le Fragment de son Louis XI, il imputait à Philelphe le plagiat et la destructiondu Traité Je G/or/<ï, et citait les petits Éloges de Paul Jove. On l'avertit (9) que cela n'y était point. 11 a profité sans doute de cet avis en pubiiantsonLouisXI; car, après avoir observé, touchant Philelphe. les mêmes choses que dans le Fragment, il ajoute : // n'est pourtant pas certain qu'il ait été coupable de ce crime, qui passe pour un des plus grands qui se commettent en matière de littérature ; et il
cyonius loua magnifiquement la pre- j- a des auteurs qui l'imputent h un njière Décade de THistoire de Paul sax'ani du même temps , nommé Alcyo
Jove , dans la 11*. partie de son Traité de Exilio.
(E) On l'accusa de s'être approprié plusieurs morceaux d'un traité de Ciceron, de Gloria , et ensuite de l'a^'oir
(3) Paul. Jovius , Elogior. cap. CXXIII , yag. 2G5.
(4) Longolius, Epist. ullim. tibri III , fol. a56, verso.
(5) Paul. Jovius, Elogior. cap. CXXIII, pag. 263.
(6) Lettres des Princes , folio g3.
(7) Là inéme.
nius , et soutiennent qu'il s appropria ce Hure de Cicéron après en afoir changé le titre , qui était de la Gloire , en celui de l'Exil (10). Il applique à ce
* Outre let auteurs cites par Sarle , Joly en nomme cinq autres qui ont aussi accusé Alcyonius de s être approprié le traité de <Moriâ.
(8) Cicero, Episto a ad Atticum XXVI librt
(g) Dans les Nouvelles de la République des Lettres, juin i685 , article I, vers la fin.
(10) Varillas , Hist. de Louis XI , Uv. I , pag. 3f) , édition de Hollande.
^oo ALCY
dernier fait la citation de Paul Jove.
S'il avait entièrement supprimé ce qui regarde Philelphe, il se serait mieux tiré de tout embarras; car où trouverait-il que l'on ait aocuse' Philelphe de cette supercherie? D'ailleurs, on n'accuse pas Alcyonius d'avoir publié le livre de Cicéron , et d'y avoir seulement changé le titre ; on lui pardonnerait aisément sa vanité s'il n'était coupable que de cela; la joie d'avoir l'ouvrage de Cicéron ferait oublier la fraude : mais on l'accuse d'en avoir tiré une riche broderie pour la mettre sur ses lambeaux, et puis d'avoir brûlé tout l'ouvrage de Cicéron : Ex libro de GloridCiccionis , quem nef aria malignitate abolet'eral mullorum judicio confectum crederetur. In eo enim tanquam i'ario centone prceclara excellen' lis purpurœjila, languentibus cœteris coloribus, intertexta noiahantur {\i). Ma seconde remarque est que, quand M. Varillas fait mention de François Philelphe dans les Anecdotes de Florence (12) , il ne lui attribue rien par rapport au livre de Gloria : c'est Alcyonius seul qu'il accuse de ce forfait. Il dit (i3) que ce misérable plagiaire fut obligé de consoler le provéditeur Cornaro dans l'exil où il auait été condamné pour avoir été battu faisant ta guerre aux Turcs , quoie/u'il rCy eût point de sa faute. Jilgionus (i4) lui eni^oja le iwre intitulé De foriiter tolerandâ Exilii fortunâ : et comme ce traité n'était composé que de sentences fort mal ajustées du lii^re de la Gloire de Cicéron , il ne laissa pas d'être beaucoup estimé, quoique les plus judicieux remarquassent bien qu'il n'j avait aucune liaison. Algionus , ravi du succès de son ouvrage, changea le dessein qu'il avait eu de faire imprimer la pièce de Cicéron. Et comme il savait bien que personne n'en avait de copie, il le jeta dans le feu , de peur qu'on ne trouvât un jour parmi ses papiers de quoi le convaincre de larcin. Si l'on compare ce narré avec celui qui se trouve dans la Vie de Louis XI , on y admirera qu'un même homme puisse rapporter un fait avtc tant de variétés incompatibles. Com-
(11) Jovius, Elogior. cap, CXXIII,p. 266.
(12) Page 169.
(i3) Page 168.
(i4) C'est ainsi qu'on a mis toujours dans l'e'diticn des Anecdotes.
ONIUS.
me je n'ai point ce Traité d'Alcyonius» je ne puis déterminer par moi-même si M. Varillas en a bien marqué le sujet et l'occasion. Je puis dire seulement que le titre qu'il lui donne n'est point conforme à celui que Gesner a marqué, Medices Legatus ,sive de Exilio liber ; et qu'un passage de ce livre (i5) m'a fait connaître que Jean de Médicis, qui a été le pape Léon X, y parle.
Mais ce que je ne puis déterminer par moi-même, je puis l'affirmer sur la parole d'un de mes amis, dont l'exactitude et les lumières me sont très-connues (16}. Or , voici ce qu'il vient de me marquer : « Le Legatus )) Medices , seu de Exilio , de Petrus "Alcyonius, bien loin d'être écrit » pour servir de consolation au préten- » du provéditeur Cornaro, est adressé » par l'auteur ad Nicolaiim Schonber- )> gium, Pontificem Campanum (17) , )) et dans tout le livre il n'y a pas un )) mot qui puisse directement ni indi- )) rectement regarder Cornaro. Cet 5) ouvrage, imprimé à Bâle en i546, » est divisé en deux livres , dont voici » le titre de mot à mot : Pétri Alcyo- )) nii Medices Legatus, seu de Exi- » lio ad JVicolaiim Schonbergium , » Pontificem Campanum. Il est écrit » en dialogue , dont Jean de Médicis , » qui a été depuis Léon X, Jules de j) Médicis , et Laurent de Médicis , ;> sont les interlocuteurs. Voilà pour- » quoi on a mis Medices au titre j » et parce que l'auteur suppose que )) ces interlocuteurs s'entretinrent peu X de temps après que le pape Jules II )» eut envoyé Jean de Médicis comme » son légat à la tête de l'armée qui » devait reprendre Bologne , on a M joint le mot Legatus à celui de Me- )) dices. )) Voici , à coup sûr, une lourde faute. Il s'en repentit néanmoins sur la fin de sa vie (savoir Alcyonius ) et, fit une espèce d'amende honorable à la tête des deux harangues qu'il avait composées a f^enise, sur la désolation de Rome par les luthériens (18}. 11 ne faut point douter que l'on n'ait voulu traduire là ces paroles de Paul Jove : P^erùm non multà post con-
(i5) Il est curieux : liset-le dans les Opuscules de r.olomiés , chap. XV^.
(16) M. de Larroqufi.
(!■;) Il fuL depuis cardinal: je parle de lui
sous (Xicol.TS j SCBOMBERC.
(18) Varillas , Anecdot. de Florence, j9 (68.
ALCYON lus.
firmatœ suspicionls iru'idiani Juabus s/fltndiJissiriiis Orationibus pertfgiegiè mitiiçai-'il quant in clade urùis vehementissimc itwcctus in Cœsnrcni , populi Roniani injurias et Bai barorum inimanilatum suntnid perfecli oralnris elnquentid deplord^set. Y a-t-il dans ce passagf la moindre ombre de lu
4oi
cet ouvrage. Il ne contient rien qui se rapporte à rexll d'un provéditeur vénitien. Les trois interlocuteurs ne considèrent que leur propre état Ils étaient tous de la maison de Médicis, et souffraient encore le malheur du bannissement. Jean de Médicis se console et , ,-. ,„ ,., , ^ les console :c'e.t lui qui est le princi-
theriens .'1 a-t il quelque trace de re- pal personnage de la j)ièce et qui de'peutir , quelque vestige d'amende ho- bite les raisons et les exemples- c'est norable au sujet du iiwre de Gloiid? à lui, en un mot, que l'auteur iirê'teson PaulJove a-t-ii quelque autre dessein érudition et son style assezéléi^ant Noqu'de faire voir que les harangues tez qu'on réimprima cet ouvrage d' Ald'Alcyoniusfurent trouvées si bonnes, cyonius à Genève , l'an iGa4 *'in-8" u'on crut beaucoup moins qu'aupa- avec deus traités de Cardan faa) '
qu on crut Deaucoup moins qu'aupa ravant qu'il fût incapable d'avoir produit de sa tête ce que le livre de Exilio contenait de beau ? Il me paraît très-faus que ces harangues aient été composées à Venise.
Au reste , je m'étonne que Pierius Valerianiis , qui a regretté la suppression d'un ouvrage, de laquelle il a tasé Alcyonius, n'ait rien dit du traité de Gtorid. Ayant rapporté que Pierre Martellus n'avait pu achever quelques ouvrages à cause de ses maladies , il ajoute : Quatuor lamen Ubros exaclissimce interpretatinnis in Malhematicas disciplinas Braccius ejus filius ab interitu l'endicdral , wel ipsius auctoris de se testimonio absolutos , atque ii Barbarnrum (19^ inanus effugeranl , Brnccii ipsius diUgentid in Arctni JEfium asporlati. Sed enim in Pétri AlcyoniL manus ciiin incidissent , ità suppressi sunt, ut nusqu'am ampliiis apparuerint (20).
Depuis la première édition de ce Dictionnaire, M. Bourdelot, médecin du roi et de madame la duchesse de Bourgogne , m'a fait la faveur dem'en- Toyer son exemplaire du traité d'Alcyonius C'est un petit in-4'', imprimé à Venise, l'an iSaa, in œdibus Aldi et Andreœ Asulani Soceri. Il a pour titre : Pelri A cyonii Medices Legatus de Exsilin , et contient deux parties (21) , qui sont dédiées l'une et l'autre a<l JVirnlauni Schnnbergiurn, Pontifîceni Canipanuni. J'ai trouvé tout- à-fait juste l'instiiuction que M. de Laroque m'avait écrite touchant
(if)) Il pari» des soldais de Chartes-Quint, qui ptllèreni Boine , Van iSî-.
(20) Pier. Valerian. de Littéral. lafelicit. , p. 76.
(21) .4 la i". . on met au haut des pages Medicps Legatns prior , et à la 2'. , Medices Legalus posterior.