‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 2)Chapitre 109 sur 158 · ALCMAN · texte numérisé non relu

ALCMAN

prête latin a mal traduit le premier vers de cette epigramme ,

. ^âpiTêiÇ àifX.a.W Trcfrépaii vô//oç.

Ol mea majorumque meorum palria

Sardes ;

car il faudrait conclure de cette version , qu'Alcman était né à Sardes (2) ■ ce que l'on ne peut conclure des paroles grecques : et voilà comment un traducteur est quelquefois un semeur de zizanie lorsqu'il y pense le moins. Celui qui a mis en latm Tépigramme grecque , ne songeait pas <{u'en ajoutant le mot ?nea , qu d croyait être sans conséquence , il serait cause que plusieurs s'opiniâtreraienl à soutenir qu'Alcman n'est point né à Lacédémone. Combien y a-t-il <l'auteurs qui ne consultent que les versions , et qui prennent dans les livres grecs toutes les preuves que les versions leur fournissent , soit que l'original le souffre , soitqu'ilne le souffre pas! M. de Saumaise a savamment corrigé cette epigramme (3) ; mais je Tievois pas trop ce que veulent dire ceux qni nous renvoient à lui , comme à un juge qui a terminé le procès de la patrie d'Alcman. Il s'agit dans ce procès , si ce poète est né â Lacédémone , ou à Sardes dans la Lydie. Suidas soutient le premier parti (4) ; Cratès soutient le second (5) ; Velleius Paterculus ( 6 ) et Élien ( 7 ) nient ce que Suidas affirme. A quoi sert l'épigramme pour terminer ce procès , puisqu'elle ne nous apprend pas oii est né Alcman , mais seulement qu'il n'a pas été élevé dans Sardes , la patrie de ses ancêtres; qu'il a été élevé à la manière des Grecs , et qu'il jouit de la bourgeoisie de Lacédémone? Cela peut signifier également ces deux choses :

ou qu' Alcman fut transporté en Grèce pendant son enfance , ou que son père s'y fut établir avant que ce garçon lui fût né. En ce dernier cas , rien n'empêcherait qu' Alcman n'eût reçu le jour dans la ville de Lacédémone. Scaliger a été dans ce senti-

(2) Amiot a fait la même faute.

(3) Salmas. Exercitat. Plinian. ,pag. SSS.

(4) Il le fait naître à Messoa , qui était un quartier de Lacédémone , selon Strabon, corrigé pnr Saumaise, Ext-rcit. Plinian., pag. 885.

(5) //;)U(i SuiHam , in' Ah.x.y.iv .

(6) Alcmana Lacones Jalsb stbi vindicant. Paterciil., Uh. I, subfin.

(7) ;Eliani Var. Hist. , lib. XII , cap. T..

ment; mais il s'est fondé sur une mauvaise raison. Ei^n ., dit -il (8), Laconeni fuisse aibitror, quùm Laconicd dialecto usus sit. S'il se fût souvenu de l'épigramme que Plutarque a rapportée, il n'eût pas manqué de voir la fausseté de cette raison. Alcman n'ayant pas été élevé dans la Lydie , mais en Grèce , et demeurant à Lacédémone , a dû se servir de la dialecte dorique , qui était celle de Sparte. Quelque rude qu'elle fût , il ne laissa pas de s'en servir à faire de bons poèmes. "^H iroiYia-a.vTi a.Ty.ct.ra.y

To iû<fai\'iv (9). Cui in Canticis pangendis nihil omnino Laconica lingua ohfuit, etsi mhtl ea in i-ocibus appetlandis habet suai'itatis.

(B) Les Lacédémoniens se sont fait honneur d'auoir fourni à la Grèce un bel-esprit comme celui-là- ] Le passage de Paterculus , que j'ai cité , le prouve; ces paroles de Stace :

Et letricis Alcman cantatus AmycUs (10),

le prouvent aussi. Joignez à cela le sépulcre qu'ils dressèrent à Alcman , proche du temple d'Hélène (11).

(C) Il passe pour le père de la poésie galante. ] Cela paraît par ce passage d'Athénée (la) , 'Ap;^''''"*? ^^ ô'Apy.o- VKtKOÇ, (£ç ^intri Xa^aiXêûJV , 'Akk/hava •vê'vovévAi T6CV ifim'riKcèv y.i'km «•ys/z-ovct , xcLi ix.é'auvan TrpœTov /rnhoç , à-KiiKcLçnv ov-

TO, KCtt TTift T*Ç yUVeLÏKCLÇ KCtl TilV TOlCtV-

THv Moi/3-5tv êiç Tctç (TistTfiCstç. Anhytas Harmoniacus scribil , ut ait Chumœleon , amatoriis ç'ersibus condendis omnium principem et ducem Alcmanem fuisse , erga mulieres pelulanlissimum , et anle omnes in t'ulgus eam inusnm et ea carmina edidissc , qui in hominum congressu ac coni'enticulis canerentur.

(D) // ne faut pas le distinguer du poêle Alcmœon.'\ Saint Jérôme, dans la Chronique d'Eusébe , après avoir parlé d'Alcmœou sousla 3o*. olympiade, parle d'Alcman sous la 4^*., et se sert de cette circonspection , ut quibusdam videtur. Scaliger a corrigé au

(3) Scalig. Animadv. in Euseb. , num. i36o. (g) Paiisan. , lib. III , pag- 96.

(10) Stal. Sylv. ///, lib- F, vs. i53. (iij Pausan. , hh- III , pag- 96.

(i2j Athcn., lib- XIII, pag. 600. Fide etiam Siiidam , in Akh/A-cLV.

ALCMENE.

premier passage Alcmœon par Me- tre le mari d'AIcmène(B), fut ad-

ma/i. Il est visible, par le reene a Ar- „^- „„„, „,i ^„ i r

1 111* I ir»' ^^^^ sans nul scrupule aux lonc-

dys , roi de Lydie , sous lequel Crates . . i--""- ""^ ^"u»-

a placé Alcman , que ce poète floris- *'0"S matrimoniales. Le jeu lui sait environ la 3o*. olympiade , temps plut de telle sorte , qu'il fit durer auquel on niet Alcmaeon dansla Chro- cette nuit-là trois fois plus qu'à

Tordinaire (C). Voilà d'où sortit

nique dEusèbe. Si cette raison ne suffit pas pour montrer qu'il faut réduire ces deux noms à une même pei'sonne , on vous prouvera invinciblement qu'AIcmaeon , ' AK>if/.a.ia>v , et Alcman , 'AKKy.iv , ne diÙèrent que de dialecte ^ et que le premier se doit convertir au second , pai" les règles de la dialecte dorique. Voyez le Commentaire de Saumaise sur Solin , à la page 885. L'Alcman de la ^i^.

olympiade est une chimère. On le place là , parce qu'on avait lu des auteurs qui s'e'taient trompés sur Tâge d' Alcman.

(E) Je ne t^ois point de nécessité de reconnaître deux Alcmans , l'un de Lacédémone , l'autre de Messène. ] Suidas est , je pense , le seul qui le fait. Or , son autorite' n'est pas fort grande , lorsqu'il ne cite personne , et qu'il ne marque point de circonstances. Voilà le cas de son Alcman de Messène , il n'en dit rien.

Souvenons-nous qu'il a dit que le ve'ritable Alcman était né à Messoa , 3tT5 Mss-j-caç. Ce lieu n'est pas autrement célèbre ; et c'est ce qui aura fait juger à quelques copistes , qu'il fallait lire o-tto Mês-j-iîviiç , dans les auteurs qui avaient débité la même chose que Suidas. Leur prétendue correction aura forgé un nouvel Alcman , que l'on aura cousu aux centons de Suidas. Cette conjecture me paraît plus vraisemblable que celle de Lilius Gyraldu.s. Il ne reconnaît qu'un Alcman j mais il le veut na' if de Messène, et il corrige dans Suidas i-rl Mss-s-ôstç par Ù.TO Mss-s-h'vmç. Scaliger rejette avec raison cette conjecture (i3j.

(i3J Scalig. Animadv. in Euseb. , num. i36o.

Hercule. La plupart des auteurs modernesdisentqu'Alcmène était déj à grosse du fait d'Amphitryon ,mais Apollodore insinue assez clairement qu'elle était encore fille (D) ; et c'est tourner mieux la chose à l'honneur de Jupiter, Quoi qu'il en soit , Amphitryon revint chez lui le jour même qui succéda à la longue nuit que ce Dieu avait passée avec Alcmène.

Il ne trouva point que sa femme le reçût avec les empressemens qui accompagnent la première vue après une absence , et il en sut bientôt la raison par l'histoire qu'elle lui fit de la nuit dernière. Ceux qui se mettront à sa place pourront nous dire les pensées qu'il eut là -dessus. Il alla d^abord au devin , et il sut de Tirésias que Jupiter , déguisé ea Amphitryon , avait eu affaire avec Alcmène. Ce fut à lui à se consoler ; et il ne paraît pas que son chagrin ait été fort long , puisque dès la nuit suivante il fit un enfant à safemine,déjà grosse du fait d'un Dieu \a). Juuon, par un effet de sa jalousie ordinaire , traversa le plus qu'elle put les couches de cette femme ; et ce

ne fut que par l'adresse d'une ALCMÈNE , fille d'Électryon servante que l'on éluda les mau- (A) , roi de Mycènes , fut femme vaises intentions de Lucine (E) ,

d'Amphitryon, et mère d'Hercule. Elle accoucha de ce fils pendant la vie de son mari ; et cependant Hercule n'était point fils d'Amphitryon , mais de Jupiter, qui , faisant st^niblaut d'c-

qui empêchait Alcmène de se délivrer. Elle accoucha de deux garçons : celui dont Jupiter était

(a) Ex ApoUoilori Biljliolhec. , lib- II , p. 97 et seçtient. Hygin , c/iap. XXIX, dit qu'il ne coucha plus ai'ec elle , et ne parle çitn d'Hercule.

4o6 ALCM

père fut nommé Hercule ; celui qui était fils d'Amphitryon fut .ippelé Iphiclus(6). Onditqu'elle épousa Rhadamanthe , après la mort d'Amphitryon , et que son tombeau se voyait auprès de celui de Rhadamanthe , proche d'Halirate , dans la Béotie (c).

D'autres disent qu'elle fut enterrée à Mégare , et que l'oracle l'ordonna ainsi , lorsque les enfans d'Hercule le consultèrent sur le différent oii ils étaient : les uns voulant qu'elle fût portée à Argos , les autres soutenant qu'il fallait la porter à Thèbes {d). Elle mourut en chemin sur les frontières de Mégare , comme elle s'en retournait d'Argos à Thèbes (e). Hercule était déjà mort :

elle avait eu le chagrin de lui survivre ; mais, d'autre côté, elle avait eu la satisfaction de tenir entre ses mains la tête du persécuteur d'Hercule , et de lui arracher les yeux (F). On a conté que son cadavre disparut pendant la cérémonie des funérailles , et qu'on trouva une pierre dans son lit {/)■ C'est ce qui fait dire à Pausanias qu'elle fut convertie en pierre {g). Antonin Liberalis raconte que, pendant que les Héraclides travaillaient aux funérailles d'Alcmène , Jupiter commanda à Mercure de la dérober , et de la transporter aux îles des Bienheureux , afin de la marier avec Rhadamanthe. On exécuta cet ordre, et l'on mit une pierre dans le cercueil. Ceux qui

[h) Apollod. Biblioth., pag. io3.

(c) Plutarc. in Lysandro , pag. 4^9 ; AnloniniLiberalis Metamorplios., cap. XXXIII. {d) Pausan. , lih. /, pag. Sg.

(c-) Id. ibid.

{/) Plul. jHRomulo , pag. 35 {g) Pausan, , lib. AV, pag. ap^-

le portaient l'ayant senti fort pesant , l'ouvrirent , et y trouvèrent au lieu du cadavre , une pierre qu'ils déposèrent dans le bois sacré oii fut ensuite la chapelle d'Alcmène à Thèbes {h). Diodore de Sicile marque simplement qu'elle disparut , et que les Thébains lui rendirent les honneurs divins (/). Ils montraient encore sa chambre du temps de Pausanias {k). On voyait son autel à Athènes en ce même temps (/).

Le présent qu'elle reçut de Jupiter pour la longue nuit qu'elle avait passée avec lui, était montré dans Lacédémone plusieurs siècles après , comme une rareté singulière {j7i). On a raconté des choses bien merveilleuses touchant son tombeau (G). Consultez l'article d' Amphitryon.

{h) Antonini Liberalis Metamorpbos., cap. XXXIII , ex Pberecyd.

((■) Diod. Sic. , Ub. r , cap. IV,

(A) Pausan. , Ub. IX , pag. 290. // vif ait enuiron i5o ans après la naissance de Jéstis- Chrisl.

(/) Idem, lib. I , pag. 17.

(m) Voyez la remarque (D) de Vartich Teleboes.

(A) Fille d' Electryon. ] Le poète Asius la fait naître d'Amphiaraùs et d'Eriphyle (i). D'autres disent bien qu'Electryon était son père ^ mais ils lui donnent pour mère Anaxo , fille d'Alcée , fils de Persee (2) , et non pas Lysidice , fille de Pëlpps et d'Hippodaraie, que Chai'les Etienne, Lloyd, Hofman , etc. lui donnent (3). Le scoliaste de Pindare tient pourLysidice(4).

(B) Jupiter , faisant semblant d'être le mari d'Alcmène, etc. ] Diodore de Sicile remarque que Jupiter prit ce parti , parce qu'il ne voulait point user de force j et que , par la voie de la persuasion , il n'espérait rien d'une personne aussi sage que l'était Alc-

(i) Apud Pausaniam , lib. V , pag. i65. (2) Apollodor. Bibllolh. , lih. Il , pag. Ç)6. Scboliasl. Homeri in Ui.-id. XIV, v.'. 323- (3 Vorez leurs Dictionnaiie.s.

(4) Inblymp. , Od. Vif.

ALCMÈNE

mène (5). Le même historien observe en repos pendant trois jours , afin

que Jupiter , en cette rencontre , ne que Jupiter eût le temps qui lui' était

fut point agité de cette passion las- nécessaire pour produire Hercule

cive , qu'il avait tant de fois sentie une nuit ne sufBsant pas à la produc-

pour d'autres femmes , et qu'il n'eut tion d'un si grand euerri

pour but que de procréer un illustre

grand guerrier. Towtov

OC/V êV //li Vt/;cTi à7roTï>.€3-6»vsti àcfyv«T0V.

moqueraient de cette raison. Je ne sais pourquoi Plante fit parler ainsi Jupiter à Amphitryon :

Tu cum Alcuineniî uxore anliquam in gra-

tiam Redi : haud promeruil tfuamobrnm vitio ver-

teres , Med vi subacta est facere (6) ;

car , puisque Jupiter avait pris la fi

fant pensa faire crever la

Tendebat gravila! uterum mihi, quodmie fe-

rebam ' •'

Tanlum eral , ut passes auctorem dicere tecti ronderis esse Jovein (11).

Il y a bien des auteurs qui assurent que cette nuit ne fut pas triplée , mais doublée seulement (12). D'autres di-

gure du mari, il n'était pas néces- sent qu'elle dura neuf fois plus que de " ■ coutume. Saint Jérôme, qui avait pu

lire cela dans les écrits de deux pères de l'Église (i3) , ne s'en servit point pourtant : il s'en tint à la tradition de la double nuit : In Alcmenœ adulterio duas noctes Jupiter copulai^it.

Jupiter prit alors congé des femmes :

Alcmène fut la dernière des mortelles avec laquelle il coucha. Niobé avait été la* première ^ il y avait eu seize générations de l'une à l'autre (i4) :

telle fut la durée des amours de Jupiter pour les femmes. Or , comme le divertissement avec Alcmène était en ce genre-là le dernier qu'il devait prendre dans ce monde , n'était-il pas raisonnable qu'il le fît durer longtemps ? Alcmène admira la longueur de cette nuit (i5) : elle lui parut donc longue ; cela lui fait honneur. Aussi était -elle une très - honnête femme (16) , et qui n'aurait pas mérité, si elle eût perdu la vue , qu'on eût fait contre elle un distique tel que celui-ci :

saire d'user de force : et nous v enons d'entendre qu'il ne prit cette figure f(ue parce qu'il ne voulait point employer la force. Un auteur moderne s'est servi de cet exemple d'Alcmènè,' pour prouver que l'ignorance de bonne foi disculpe; et il a cité de trèsbeaux vers de Molière (5). Il y a mille choses à dire sur cela : c'est un grand sujet de réflexions. Notez qu'il y a des gens qui veulent que la pensée de Plaute soit celle-ci : Alcrnène a été contrainte de nie laisser jouir d'elle , parce que j'ai eu la force de prendre i^otre figure. Si cela est, il faut dire que l'intention de ce poète a été beaucoup meilleure que son expression.

(C) Cette nuit -là dura trois J'ois plus qu'à l'ordinaire. ] On lira peutêtre sans dégoût ce vieux gaulois :

Jupiter trouva une telle saueur en la dame , qu'il prolongea cette nuit du jour et de l'autre nuit en suit'ant , ce qui aurait mu Lycnphron d'appeler Hercule Tfurî^Tîp'jç Km'/ , le lion de trois nuits , comme fait aussi Lucien (8). On a eu peut-être en vue ces paroles d'Hygin : Qui tani libens cum eâ concubuit , ut unum diem usurparet , duas noctes congeminaret (g). Le Dialogue de Lucien , où il est parlé de la longue nuit que Jupiter eut d'Alcmènc , nous apprend que Mercure alla porter au soleil l'ordre de se tenir

r.ï) Diod. Sicul. , Itb. V, cap. II.

(G) Plant, in Amptiitr. , ad. V, .ce. //.

(7) Voyez les y. Lettres contre le Calvin, de Maîmb. , pag 280, etc.

(8) Vigenère, sur Philostr , tom. II , folio 17, édil. in-4.

>9) !'yii'° t c^p. xxtx.

Cum longas nocles MoreUi {\-) ab amore rogaret , Favit ainor vous, perpeUiasque dédit.

'oyez

(10) Lucianus , Dialog. Merc. et Solis. Vo aussi Diodore de Sicile , liv. V , chap. II.

(11) Ovid. Metam. , lib. IX, vs. 28-.

(12) Idem , Amor. lib. I . Eleg. Xlîl ; Propr-rt.. lib. Il, Eleg. XXII; Capella, lib. II, cap.

(i3) Clem. Alpxandr. in Prolrepl. , pag. 10 ; Arnobius, Vib. IV , pag. i45 , cu\us hœc sunl lerba : Quis lUnm in Alcmenà novem noclibus fecit pervigilâsse continais ?

(i4) Diodor. Sicnl. , Uh. V, cap. II,

(i5) HygLn., cap. XXIX.

(16) Voyez la remarque (B).

(17) La comtesse de Morel , maîtresse de Henii-lc-Graml.

ALCMÈNE

Sosie , valet d'Amphitryon , s'avisa «î'une remarque digne de lui , quand il s'aperçut que la nuit durait plus qu'à l'ordinaire. 11 félicita les palans qui n'avaient pas eu bon marché de leur proie.

Vbi sunt isti scortatores, qui soli inviti cubant? Hœc nox scitasl exercendo scorto conducto maté (i8J.

(D) EUe était encore fille. ] Apollodore raconte qu'Electryon , allant venger la mort de ses fils , mit soq royaume et sa fîUe Alcmène entre les mains d'Amphitryon , après l'avoir fait jurer qu'il se contiendrait envers Alcmène jusqu'à son retour (19).

Amphitryon , l'ayant tué par mégarde peu après , fut obligé de chercher une retraite. 11 se retira dans la Béotie avec Alcmène ; et , parce qu'elle déclara qu'elle épouserait celui qui vengerait la mort de ses frères , il s'engagea à poursuivre cette vengeance • et, s'associant avec d'autres, il porta la guerre chez les Téléboes qui avaient tué les frères d' Alcmène (20). De retour à Thèbes , victorieux et triomphant , il apprit qu'un autre lui-même avait couché avec cette dame. Il est visible que ce ne fut point lui qui eut la première faveur : Alcmène avait difléré sans doute la cérémonie des noces, la consommation pour le moins de son mariage , jusqu'à ce qu'Amphitryon eût vaincu les Téléboes. Jupiter sachant qu'Amphitryon revenait , et que , pour cueillir cette fleur de virginité il n'y avait point d'autre temps à prendre que celui qu'Amphitryon emploierait à son voyage , le prima , et fit avant l'arrivée du mari ce qu'il y avait à faire. ApoUodore ajoute qu'Amphitryon, ayant couché avec Alcmène , lui fit un enfant , qui fut plus jeune d'une nuit qu'Hercule.

' AkufAiwti Si Sôo îyhvitTi Tra.lj'xç. Aii juhv

HpctKKÎa. /UlS. VUKTI 7rpS3-ft/TîpOV , 'A^^i-

rpiaivi "I^iKAÉ* (21). Alcmena vtirà duos peperit fiHos : Jofi qiiidem Herculem unâ nocte grandinrem , atque Amphitijoni Iphidem. Nouvelle confirmation de ce que j'ai à prouver. Le scoliaste d'Homère est plus précis qu'ApoHodore : il dit nettement que le mariage ne se lit qu'après le retour

(18) Plauli Amptiitr., act. I, <c.J,vers. i3i

(19) Apnllod. Bibliot. , lib. II,j>as. 99-

(20) Ihidz-m , pai;. loi.

!,ai) Idem, ya^. io3.

d'Amphitryon (i-î). Dans la comédie de Plante, les choses vont autrement.

Amphitryon y laisse sa femme grosse en s'en allant à la guerre [l'i]. Grand ragoût pour Jupiter ! Ce serait bien pis , si Plaute avait observé l'unité de temps comme le veut mademoiselle le Fèvre II faudrait dire , en ce caslà , qu'en arrêtant le soleil Jupiter interrompit tout le cours de la nature, afin de se divertir plus long -temps avec une femme grnsse de deux enfans , et si proche de son terme , que pour peu qu'il eût difléré sa retraite , la sage femme aurait été obligée de lui dire, cédez-nini la pince. C'est une fAcheuse alternative pour Plaute : il faut , ou que sa pièce dure plusieurs mois , ou qu'il fasse d'une femme toute prête d'accoucher de deux jumeaux , un des plus friands morceaux du monde pour le plus grand de tous les monarques ; et cela, en supposant que ce maître des Dieux et des hommes a déjà produit l'un de ces jumeaux. Prenez bien garde que ce poète ne feint pas que Jupiter se déguisa en Amphitryon , pour venir en bon mari au secours d'Alcmène pendant le travail d'enfant : c'était la visite d'un homme bien amoureux. Voici comme parle Mercure dans le prologue :

Et mew paler nunc intut hic cum illa cubai ; El hœc ob eam rem nox est fada longior , Dhm ille qud cum volt voluplalem capil.

Et pour ce qui est deces paroles de Sosie,

Hœ.i nox .'cita'xl exercendo scorlo conduclo maie (24)1

voici comme il les relève :

Meus paier nunc pro hujus verbis rectè et sa-

pienler facil , Qui complexus cum Àlcumend cubai amans

animo obsequens.

11 se félirite d'avoir écarté tout ce qui pouvait interrompre la joie de Jupiter , et il se prépare à continuer ses bons oflices , jusqu'à ce que le galant n'en veuille plus.

Béni el prospère hoc hodiè operis processit mihi ;

(22) Sctiol. Homeri in Iliad. XIV, vs. ZiZ.

(23) Oravidam e^o illam hic reliqui ciim aheo. Plaulus, Ampliitr. , acl. Il , se. H , va. 35.

El cum te gravidam , cum pulchrè plenam adspicio , gaudeo.

Ibid. vs- 49- Mercure avait assure' le même fait dans le

P'OloguP.

(24^ Plant. Ampliitr., acl. /, se- I, vs. lîs.

ALCMÈNE

Amovi à foribui maximnm molestiam , Palri ut licerel lulo illam amplexaner.

Errons ambo ego illos et demenliœ Complebo , aique omnem Ainphiliuonis fami-

liam Àdeb , usque saliftaUin d'iim capiei paler Illius tjuain anial (25 ■

(E) L'adresse cTune Je ses sentantes éluda (es maut^aises intentions

de Lucine y7,Q.) ] Je rue suis règle sur Ja narration d'Ovide. Il y avait sept jours qu'Alcmène était en tiav ail d'enfant , avec des douleurs horribles.

Galanthis, Tune de ses femmes, entrait et sortait \ et, se doutant d'un maléfice en voyant une femme qui marmottait , assise à la porte , les mains jointes sur ses genoux (^) , elle lui alla dire qu'Alcmène était accouchée.

Lucine (car c'était elle qui se tenait en cette posture) n'eut pas plus tôt oui ces mots , qu'elle sépaia ses mains et se leva ; ce qui fit accoucher Alcmène :

Sub redit in illd

j4nte fores ara, dexlroqiie à poplite lœ^'um Pressa genu , diiiitif inier se pec-ltne jutictis, SusUnuit partus. Tacitd quoque cannina voce Dixtt , et incœplos leiiuerunl cannina partus.

Vna minislrarum mediâ de plèbe Galanthis , Flava contas, aderat Jaciendis slrenua jussis, O0ictts dUecia suis. Ea sensit iniqua JPfescto quidJu'iOne geri, duinque exil et inirat Scepè fores , Divatn residentem vidu in ard, Brac/tiaque in genibus , dtgiiis connexa , le~

nentein ; Et , quœcunque es , ait , domina gralare : le-

i-aia est Ar§oUs Alcmene , politurque puerpera voto. Exsiluit , junctasque inanus patejncta remisit Diva potens uieri; vinclis ievor ipsa remis-

Pausanias ne raconte point la chose avec les mêmes circonstances. II dit qu'on voyait à Thèbesia figure de certaines femmes (28; , que Junon avait envovées empêcher les couches d'Alcméne. LafilledeTirésias (29) les trompa , en criant (ju'Alcmène était délivrée (3o). Du temps de Pline, on prenait encore pour un maléfice la posture dont j'ai parlé. S'asseoir aupiès des

(25) Plaut. Amphit., act. T, se. II, vs- i, 2, 3 , 5 et seq.

(26J Ce'init la déesse des accouchemens .

(*) Rabehis, I. 3, cb. 48, a fort bien rendu le texte d'Ovide et de Pline. Si M. Bayle l'avait su , c^êtait un pa.^sa^^e à alléguer ici. Rem. crit.

(27) Ovid. Metam. , Itb. IX, vs. 298 et seqq^

(28 On les appelait tlitfy.a.x.ii'i;. Nous les appellpiions aujourd'hui sorcières.

129) Elle s'appelait Hi.storis.

(io) Païuan. , l:b. IX, png. 290.

femmes grosses, ou quand l'on médicamente quelqu'un les doit^ls enlrelassez en jormsile pigne, c'est un charme nuisible , et dit-nn que décela L'expérience s'en put voir lors qu'Alcmène enjanla Hercule : pire encore est-il, si l <^n tient les tnains accouplées contre l'un de ses genniU ou les deux.

C'est ainsi que Vigénère (3i) traduit ces paroles de Pline: Adsidere graciais , vel ciim remedium alicui adhibetur , digitis peclinathn intt-r se implexis, fenejicium est: idque compertum iradunt Alcmend hcrculem parienle, Pejus si circa umim ambofe genua, item pnphtes allernis genibus imp'ini (Sa). Kous verrons ailleurs (33) la liberté que Piaule a prise de supposer qu'Alcmène accoucha sans nulle douleur.

(F) On lui liiTa la télé du persécuteur d'Hercule , et elle lui arracha les yeux'] Apollodore nous apprend que les fils de ce héros trouvèrent un bon asile dans Athènes contre Eurysthéej et qu'Hyllus, l'un d'eux, ra)ant tué , lui coupa la fête, et la donna à Alcmène : K*< T))v //sv HS<fa.X))V ÀTrcrijutiv

A^JtyUHVH {TieTaiî-IV. » (Ts KilKlTl TOt/Ç ô.^Ôa>.-

/jLiùi 'i^cefu^iv cLÙ^'Âi (34j. /^jusque caput aniputatum Alcmenœ dedit. Hœc autein illitexloriis radiis oculos ejfudit.

(G) On a raconté des choses bien meri'eilleuses touchant son tombeau.'] Agésilaiis , roi de Sparte , voulant faire transporter les reliques d' Alcmène à Lacédémone , envoya des gens à Haliarte, qui ouvrirent le tombeau de cette femme. On y trouva deux vases de terre , un brasselet d'airain , et une table de cuivre sur laquelle il y avait des lettres gravées, que personne ne connaissait. Comme elles étaient semblables à l'écriture des Egyptiens, Agésilaiis les fit copier, et envoya cette copie au roi d'Egypte^ et le pria de faire expliquer à ses prêtres ce que c'était, s'ils le savaient (35). Plularque ajoute qu'Agétoridas , député d'Agésilaiis, alla à Mensphis, où le prophète Chonuphis déchiffra cette inscription. Elle contenait un ordre

(3i) Vigénère sur Philostrale, tom.II,fol. 17. (il Plinius, /ifr. XXriII .cap. VI, p. 579. (33) Dans la remarque (E) de l'article Tele-

BOES.

(34 Apollodoii Bibliolh. , lib. II, pag. i5i. (?5) Plutarch. in libro de Socratis Genio, p. 571» et seqq.

4'0 ALCMÉON

adressé aux Grecs, qu'ils eussent à vivre en paix, à honorer les Muscs, et à terminer leurs difTérens selon les règles de Téquité. Les lettres de l'inscription étaient conformes à l'écriture qu'Hercule apprit sous le règne du roi Protée. Ce qu'il y a de plus singulier, c'est que les habitans d'Haliarte, ayant eu une très-mauvaise récolte , et de grandes inondations, crurent que ces mauxétaient venus de ce qu'ils avaient souflert que l'on remuât le tombeau d'Alcmène. On lit de semblables réflexions dans plusieurs légendes , par rapport au démembrement ou à la translation des corps saints.

ALCMÉON. Plusieurs personsoiines ont été ainsi appelées. Le dernier archonte perpétuel d'Athènes ce nommait Alcméon.

Après lui , on créa d'autres archontes dont la charge ne durait

nie que Pisistrate et ses fils tâchèrent en vain de perpétuer. Je crois que cet Alcméon est le même que celui qui fut général des Athéniens dans la guerre qu'on entreprit pour la protection du temple de Delphes , à la sollicitation de Solon (c). Je trouve dans Plutarque un Alcméon qui fut grand ennemi de Thémistocle [d). Il y a dans le Dictionnaire de Moréri plusieurs fautes concernant le mot Alcméon (A). Je vais parler à part de deux personnes qui ont porté ce nom-là.

(c) Plut, in Solone . pag. 84-

{d)Id. in Vitâ Arislid. subjin. , p. 334, E.

(A) Ily a dans le Dictionnaire de Moréri plusieurs fautes touchant le

que dix ans. Ce changement ar- '"ot Alcméon.-] i». Il n'est pas vrai '■■ -, 1 /-e 1 • 1 M^^ Alcméon , dernier archonte perpe-

riva pendant la 6 . olympiade,un t^^i ^-^^ ^^^u vers Tan 3oi ou 3oo peu avant que Romulus bâtit la ville de Rome (a). Hérodote parle d'un Alc3IÉox qui vivait à Athènes du temps de Crésus , et qui rendit mille bons offices aux ambassadeurs que ce roi envoya à Delphes (6). Crésus l'ayant appris le fit venir à sa cour, et lui permit de prendre dans ses trésors tout autant d'or qu'il pourrait porter. On jieutlire dans Hérodote les expédiens dont Alcméon se servit pour se donner une charge bien pesante. Crésus lui fit encore d'autres présens ; de sorte qu'il le mit en état de

donner un très-grand lustre à sa pour aller h Delphes; ni qu'après leur famille dans Athènes. Elle y a ai'oir promis de le faire , ceroiUùJit été une des plus considérables, présent d'autant d'or qu'il en pourrait TA - / , - - porter ; m nu ayant aperçu qu Aie-

Les Alcmeonides ( cest amsi que ^^^^^ s'était chargé d'or au delà de l'on appelait les descendansd'Alc- ses forces, il le fit porter auec ce far méon ) s'y distinguèrent en plu— deau dans sa maison , parce qu'il ne sieurs rencontres , et surtout en /^""^"'^ P«^ marcher à cause do sa , ^r . , 1 c7i«ri/e. Je ne saurais deviner par quel

s opposant rortement a la tyran-

{\)Onle dilpourlantdansl'e'dil.delTollnnde.

[a) Euselni Chronicon. x^ Supplém. de Moréri n'avait dit , .<inon qur

{b) llerod. , lib. VI, cap. CXXF. cet Alcméon availôlé archonle annueld' Alhines.

de Rome- Eusèbe, qu'on cite, met avant la fondation de Rome la fin des archontes perpétuels. 2°. D'ailleurs, l'année 3oi de Rome ne répond pas à l'année 33oo du monde : mais environ à l'année 353o , selon le père Pétau , ou à l'année 3498, selon Sethus Calvisius. 3°. Alcméon, l'archonte perpétuel , n'est ])as le même Alcméon qui reçut tant de présens de Crésus(i). Il précéda d'environ 190 ans la première année du règne de ce monarque. 4°- La dernière année de ce règne répond à l'an 206 de Rome. 5°. Hérodote , que l'on cite , ne dit point qu'Alcméon ait succédé à Megaclès son père en la charge d'archonte annuel; nique les ambassadeurs de Crésus aient demandé à Alcméon , s'il voulait se joindre ai'ec leur maître

ALCMÉON

4ii

esprit on cite Hérodote , lorsqu'on a falsifie si étrangement ce qu'il raconte . 6°. Alcméon, fils d'Amphiaraiis , n'épousa point Caliirhoé après la mort d'AlpIiésibée sa première femme :

celle-ci était en vie pendant le second mariage (a). 7". Plutarque ne dit point que la fable d'Alcmèon signifie c/u'il tua sa mère , c'est-à-dire ia partie , pour aller iàvre a la campagne , qui nous est exprimée par lejieu^e de son beau-père. Ne dirait-on pas que M. Moréri a lu dans Plutarque qu'Alcmëon se châtra : c'est à quoi conduisent naturellement ces paroles, il tua sa mère, c'est-à-dire sa partie. Je veux croire qu'au lieu de partie, l'auteur avait dit patrie : mais cela ne le lire point d'affaire : car Plutarque ne dit point qu'Alcme'on tua sa patrie , ou qu'il la maltraita : il dit , au contraire , qu' Alcméon fuyant les magistratures , les séditions , les factions et les calomnies, se choisit une petite retraite pour y vivre dans le repos ; et que c'est ainsi <|u'il fuit les Furies (3). 8°. La Chronique d'Eusèbe est citée encore plus mal a propos , pour expliquer ce que la fable a dit d'Alcméon j car à quoi peut servir, pour l'explication de cette fable, de dire que la ville de Thèbes fut pillée, que Tirésias fut fait prisonnier , que sa fille Manto fut consacrée au service d'Apollon ? 9°. Il n'est pas vrai qu'Eusèbe rapporte ces choses en l'an 817 d'Abraham. Il ne dit rien de ce pillage de Thèbes : il parle en général des sept capitaines qui attaquèrent cette ville, et de leurs descendans qui renouvelèrent la guerre ; il parle, dis-ie,de la première de ces deux expéditions sous l'an 784 , et de la dernière sous l'an 823. En dixième lieu, ni Eusèbe, ni aucun autre historien , ne remarque que l'expédition d'Alcméon contre Thèbes ait été malheureuse (4) ; car ce fut alors que les Epigones pillèrent la ville, etc. 1 1°. l's ne menèrent point le paui^re aveugle Tiresias : il avait pris la fuite, avec les autres Thébains,

(2) Outre Apolloilore , voici un autre te'moin, savoir, Ovid. de Remed. Amor., vs. 455.

Ainphilochi f rater nePhegida semperamaret, Caliirhoé fecit parle recepla lori.

Ci) Plutarcli. de Exilio , pag. 602.

(4) ^oici comme parle M. Àloréri , tant dam l' édition de Lyon, en 1688 , que dans celle de flollande : Après sa malheureuse expc.lition de Tlièbes.

avant que les ennemis entrassent dans cette ville, la". Ils ne firent pas un grand butin , pour venger te déshonneur de leurs pères. 11 fallait dire que , pour venger le déshonneur de leurs pères , ils entreprirent une seconde expédition. i3°. Il n'est pas vrai que le philosophe Alcméon ait fait voir que la lune a une propriété particulière, qui nefinit jamais : il a supposé l'éternité de cet astre.

C'est une chose que l'on ne peut que supposer j et c'est une négligence plus impardonnable à un prêtre qu'à un autre auteur, que de dire qu'on a fait voir que la lune est éternelle , et que l'âme immortelle tourne toujours comme le soleil. 14°. Eusèbe ne parle point d'Alcméon le philosophe: c'est sans doute le poète qu'il a prétendu désigner lorsqu'il a dit : Alcmœon clarus habetur , et Lesches Leshius qui parvam fecil Iliadem. i5°. 11 l'a dit sous la 3i*. olympiade, et non pas sous la 69^. 16". Il n'est pas vrai que Plutarque , en la f^ie de Solon , cite un historien nommé Alcméon. Voici les paroles de Plutarque : elles sei'viront à montrer comment les copistes précipités s'abîment dans les bévues les plus grossières : Où //.«'vtoi ç-çxTuyo;

iTTl TO^/TOV àiTriiii'xfiVt T5V TTOXêMOV , ffiÇ

Xê'j.êiv <Ç/)5-iv 'Efy.iTTToç 'EfivQn tÔv 2«- //»ov. OÙTi-^HLf hio-^itïii i f «Tap toI/t' iif»jtsv , 'evTi TOK TûJv AsÂt^Mv ÙTTr.y.x i\y.a.<n\ AKic//.xia!v , où Sôxaiv , 'AÔhvaiûiv ç-fitTHyoç àva.yîypa.:TTa.t (5j. JYonJuit ille tamen ad bellum hoc designalus dux , ut tradere Samiuni Euanthem Hermippus ait. Neque enim id orator prodidit jEschines, et in Delphorum Comnientariis Alcmœon , non Solon , est Atheniensium dux. MM. Lloyd et Hofman ont trouvé le prétendu historien Alcméon dans < et endroit de Plutarque. In Delphorum Comnientariis , disent-ils, cilatur à Plutarcho in Solone- 11 est visible que ces Commentaires de Delphes sont l'ouvrage qu'ils attribuent à Alcméon , et qu'ils prétendent avoir été cité par Plutarque.

Je m'étonne que Vossius ait donné dans une telle bévue. Alcmœon, ditil (6j , in Delphorum Commenlariis, ' AKx.//.a.icev êv tok Tœv Asx^iûjv ÔTTo/ut-vny.ot.s-1 , citatur à Plutarcho in Solone.

(5) Plntarch. in Solone , pag. 84, A- (fi) Vosïius, de Histor. Graîc. , pag. Soi.

4ia ALCM

ALCMÉON , fils d'Ampbiaraiis et d'Eriphyle , sœur d'Adraste , tua sa mère pour obéir au coin— mandement de son père. Vous allez voir la raison d'un commandement si étrange. Amphiaraiis regardait Eriphyle comme la cause de sa mort. Il ne voulait point aller à la guerre contre les Tliébains ; car, comme il était grand devin , il avait prévu que s'il y allait , il y périrait. D'ailleurs , il avait promis avec serment , que pour ce qui regarderait les disputes qu'il pourrait avoir avec Adraste , il s'en remettrait â tout ce que sa femme en ordonnerait. Ils eurent un différent sur l'expédition de Thèbes. Adraste voulait qu'Amphiaraiis s'y engageât. Amphiaraiis n'en voulait rien faire , et en détournait les autres. Eriphyle décida selon les désirs d'Adraste , après avoir été gagnée par le beau collier (a) que Polynice lui offrit (b) , et qu'elle accepta sans avoir égard aux défenses que son mari lui avait faites de rien prendre de Polynice. Elle est devenue parlà un grand fonds de lieux communs et de pensées morales entre les mains des censeurs du sexe. On sait qu'Ampliiaraùs , ayant pris la fuite lors de la déroute de l'armée , fut englouti par un abîme qu'un coup de foudre avait ouvert sur son chemin. Il avait donné ordre à ses fils , avant que do marcher contre Thèbes , qu'aussitôt que l'âge le leur perniettrait , ils tuassent Eriphyle. Tous les autres généraux , à la réserve

{a) Voyez . touchant ce colliei-, les remarques de l'article Callirhof..

{b Hygin , chap. JiXXllI , dit qu' Adraste donna le collier , et iju'Eriphyle découvrit le lieu oii Amphiaraiis s^étail caché.

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