‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 2)Chapitre 113 sur 158 · TOME t · texte numérisé non relu

TOME t

réduit à la dernière nécessité * et l'on prétend qu'il mourut à

(a) Tssii des comtes de ce nom , à ce que dit Aubert. Mirœus , de Scriptorib. Saec. -VK/ , pa°'. 154.

* Cette circonstance est révoquée en doute par Joljy tjui rem'oie aux Méiuoireô do Hicérou.

^,g ALDROVANDUS.

l'hôpital de Boulogne , chargé (/) , et qu'il n'ait point su beaud'années (b) et aveugle , l'an coup de grec (g). Un poëte qui a i6o5 (c). C'est un exemple bien été pape l'a loué d'une manière parlant contre l'ingratitude du très-bien tournée (E).

public (B) , et même contre l'ex- ^y, Vossius de Origine Idololatr., lib. Tir,

cessive curiosité des particuliers Il y aurait raille réflexions et mille beaux lieux communs à pousser sur cette aventure : je les laisse à quiconque s'en voudra saisir , et me contente de cette petite observation ; c'est que l'antiquité ne nous fournit point d'exerapled'un dessein aussi éten

cap. XCl, pag. 1227.

{g) Ezecli. Spanhem. apud Konig. Bibliotii. , png. 24-

(A) U employa , pour auoir des figures exactes des animaux , les plus excellens artistes de l' Europe, "l Voici ce qu'Aubert-le-Mire avait recueilli sur ce sujet : Pictori cuidam , eà in arte unico , triginta et amplius annos annuuin aureorum ducentorum stipendium persoluit. Delineatores celeber-

du et aussi laborieux que celui de rimos, Laurentium Benninum Florennotre Ulysse à l'égard de l'histoi- ''«"^ . «' Cornelium Sumtum F,««- """^ •^,, „,.o . „ cofurtensem , œre sur» conduxit , nec

re naturelle. Pline , ]e i avoue , ^^^^ j^^^^-^ Ligotii, Serenissimi Eirus'est répandu surplus de sortes de TÏ?e Ducis pictoris eximii , opéra in sujets • mais il ne fait qu'effleu- hdc eddem prouincid FLorentiœ quanrer : i'i ne dit que peu de mots 'ioquè ususest , ut quo maximo fieri ICI . 11 ne u^ T 1,. ,., posset artificio aues eœ destgnarenlur.

sur chaque chose , au heu qu AI- y^^f/e»» ' . . - •

drovandus ramassait tout ce qui se pouvait rencontrer {d) . Sa compilation comprend plusieurs gros volumes in-folio ; mais il ne faut pas lui en attribuer toute la gloire (C) ; car il y a tel volume qui a paru après sa mort , dans lequel on ne croit pas qu'il ait autre part que celle d'avoir fourni le modèle (D), ou tout au plus quelques mémoires informes.

J'explique cela dans les remarques. Il ne paraît pas possible

qu'il ait fait le prodigieux nom- aunit sous lui ylprès a^olr dédié

bre de livres dont Impérialis a '^««=«. ''"f" ''« l' Omuholngie ou 1 , , . , ^ N X -i 5 ^ Histoire des oiseaux , au pape Cle-

donne le catalogue (e) ; et il n est

pas étrange qu'occupé à tant de recherches qui emportent toute

sculptoreni habuit insignem Christophorum Coriolanum Norimbergensen , atque ejus nepotem , qui eus adeo l'enuitè adeàque eleganler exsculpserat , ut non in ligno sed in œre faclœ wideanlur {\).

(B) C'est un exemple bien parlant contre l'ingratitude du public. ] 11 ne faut pas s'imaginer que personne n'ait secouru ce naturaliste dans les dépenses qu'il faisait. Le sénat de Bologne , te cardinal Montalte , François Marie duc d'Urbin, et quelques autres des principaux de l'Italie , y contribuèrent a^'ecjoie , en fournissant de leurs deniers à l'entretien des peintres et des grai-eurs qu'Aldronand

l'attention , il ait donné souvent pour des vers ce qui était trèscontraire aux règles de la poésie

{b) Bullart, Académie des Scienc, tom. II , pag. Iio, lui donne (juatre-vingts ans.

(c) Mercklinus, Lindenii renovali p. 1047.

(rf) Voyez la remarque (D).

(e) In Musaeo Historico. Voyez aussi le Théâtre de Paul Frelierus, pag. i3i7.

ment F'III , et quelques autres à ceux qui aidaient fouorisé son trai'ail de leurs libéralités , il consigna le reste par son testament au magnifique sénat de Bologne.,.., qui assigna une somme d'argent considérable à Jean Corneille Uter\^erius, natif de Delft enHollande, profosseur en cette unit^ersilc , et depuis encore à Thomas Demster , gentiltiomme écossais , aussi professeur au même lieu, pour recueillir et mettre

(i) AuberlMirseus.clc Scrlptorib. Ssec. XVI , pag. 154.

sous la presse des livres si dignes de voir le jour (2).

(C) // ne faut pas lui attribuer toute la qloire due a sa compilation. ] 11 paraît par la Bibliotlicquetles li\res de médecine , que la plupart des volumes de l'Histoire naturelle d'Aldrovandus ont e'te imprimes après sa mnrl (3). L'Ornithologie (4) , en trois volumes in-folio , et les sept livres des Insectes , en un volume de même taille , sont les seuls qu'il ait donnes au public. Le volume des Serpens , les trois volumes des Bêtes à quatre pieds, le volume des Poissons, celui des Animaux qui n'ont point de sang, THistoire des Jlonstres , avec les Supple'mens de celle des Animaux, en douze volumes , le Traité des Métaux , la Dendrologie (5) , ont paru en divers temps , par les soins de différentes personnes , depuis la mort d'Aldrovandus. En efî'et , le volume des Serpens a été mis en ordre, et sous la presse, par Barthélerai Ambrosin (6).

Celui des Quadrupèdes au pied fourchu fut mis en ordre , premièrement par Jean Corneille Uterverius , et puis par Thomas Demsterus , et publié par Mai'c- Antoine Bernia et par Je'rùme Taraburin. Celui des Quadrupèdes au pied continu , et celui des Poissons , ont été mis en état par Utei-verius , et publiés par Tamburin. Celui des Quadrupèdes à doigts ou à grifl'es a été compilé par Ambrosin. L'Histoire des Monstres , et les Supplémens , ont été rassemblés par le même , et publiés aux dépens de Marc -Antoine Bernia. La Dendrologie est l'ouvrage d'Ovide Montalbanus (7).

(D) Il y a tel l'olume de sa compilation , dont il n'a fourni que le modèle. ] M. l'abbé Gallois a si bien représenté le jugement qu'il faut faire sur ce gros ouvrage , que j'ai cru <{u'on me saurait plus de gré de la copie que de l'abrégé de ce qu'il a dit. Voici donc ses propres termes : « Alj) drovandus n'est pas l'auteur de ce

(2) Bnllart, Académie des Scienc. , tom. II , pag. iio.

(3) MercWinns , in Lindenio renovato, }>ag.

(4) Cest-a-dire , /'Histoire des Oiseaux.

(5) C'ext-à-dire , /'Histoire des Arbres.

(6) Inpatrio Bononiœ Archigrinnasio Simpl. Med. j Professor ordinanux Mw^œi illuiti-iss . Senatdt Bonon., el Horli publia Prtpfecliis.

(■j) Ex Lindenio renovato , ;'(i^. io\'^.

ALDROVANDUS. 4,q

') livre (8), non plus que de beaucoup

» d'autres qui ont néanmoins été pu- » bliés sous son nom : mais il est ar- » rivé au recueil de l'Histoire natu- » relie , dont ces livres font partie , » comme à ces grands fleuves qui con- » servent pendant tout leur cours le » noni qu'ils avaient à leur source , » quoiqu'à la fin la plus grande partie » des eaux qu'ils portent à la mer ne w leur appartienne pas , mais ;\ dau- » très rivières qu'ils reçoivent. Car, » comme les six premiers volumes de » ce grand ouvrage étaient d'Aldro-' » yandus , quoique les autres aient ') été composés depuis sa mort par » dilTérens auteurs, on n'a pas laissé M de les lui attribuer, soit parce que » c'était la continuation de son des- M sein , ou parce qu'on s'était servi » de ses Mémoires , ou parce qu'on » avait suivi sa méthode , ou peut- » être afin que ces derniers volumes w fussent mieux reçus sous un nom si )> célèbre (9). » Ceux qui voudront savoir le plan de cette compilation , n'auront qu'à jeter les yeux sur les paroles suivantes j c'est M. l'abbé Gallois qui continue de parler : « On y> n'a presque rien écrit de ces ar- » bres, qu'il ne se trouve ramassé dans )j ce volume. Car cet auteur ne se » contente pas de rapporter tout ce » qu'il en a lu dans les naturalistes , » il remarque encore, suivant la mé- )) thode d'AIdrovandu» , ce que les » historiens en ont écrit , ce que les î) législateurs en ont ordonné, et ce » que les poètes en ont feint. De plus, » il explique les difiéreus usages aux- » quels on emploie ces arbres dans )) l'œconomique , dans la médecine , » dans l'architecture et dans les au- » très arts. Enfin , il parle des mora~ » lités , des proverbes , des devises , » des énigmes , des hiéroglyphes , et j) de quantité d'autres choses qui ren gardent ce sujet (10). » 11 n'avait pas négligé de consulter les médailles, et d'en tirer ce qui pouvait lui servir (11).

(E) t/n poète , qui a été pape , l'a loué d'une manière bien tournée. ] Je

(8) De la Dendrologie.

(9) Journal des Sarans, du 12 de novemlre 16C8 , pag. 423.

(10) Là même.

(ti) Voyez Spanliem. de Prast. N'unijsai , Diiiert, JII . iub fit. pag. ïôï.

ALÉANDRE.

parle <ie Mapbée Barberin , ou d'Ur- secrétaire î il eut ensuite la bain VIII. Voici l'une des épigrammes charge de bibliothécaire du Va-

tican *' , après la mort d Acciaioli. Mais le grand théâtre oii il commença de paraître avec

qu'il a faites à la louange d'Aldrovandus :

quas ponlus et

Multipliées reruin formas , œlher

Exhibet, et quidquid promit etabdithumus.

Mens haurit, speclant oculi , d'um cuncta sagaci ,

Aldobrandc , tuus digerit arle liber ; Miratur proprios solers industria fœtus ,

Çuainque lulil inoli se negat esse parem ! Obstupet ipsa simul rerumfecund a creatrix,

El cupit esse suuin quod videt artis opus(it)-

éclat fut l'Allemagne , au commencement des troubles que la réformation j excita. Il y fut envoyé nonce du pape, l'an iSig *^. Il y fit le personnage d'ani- Lorenzo Crasso en rapporte une autre bassadeur et le personnage de avec celle-là. docteur , selon les rencontres. Il

(u) Lorenio Crasso, Eiogii d'Huom. Lette- parla trois heurcs de suitc deraii , lom. I , pag- li^ , i38. yrjjj|- \^ diète de Worms , contre

la doctrine de Luther (b) ; mais on prétend qu'il ne la rapporta point fidèlement (c). Il ne put point empêcher que Luther ne fût ouï dans cette diète , et il refusa de disputer avec lui; mais il obtint que l'on brûlerait ses livres , et qu'on proscrirait sa personne : il dressa même l'édit qui le proscrivait (d). Il était nonce auprès de François P''. , devant Pavie , l'an iSaS , et il tomba entre les mains de quelques soldats qui le maltraitèrent (C). Il fut envoyé une seconde fois en Allemagne, l'an i53i, et y trouva un changement considérable , s'il en faut croire ce qu'on dit qu'il écrivit. Le peuple , dans les villes protestantes , n'était plus si animé contre le pape ; mais dans les villes catholiques , il témoignait une envie extrême de secouer le joug de

tom. I ,

ALÉANDRE (Jérôme) , archevêque de Brindes , et cardinal au XVr. siècle *\ Alexandre VI souhaita de l'avoir à son service (A) , et le voulut donner pour secrétaire à son fils. Il changea peu après de résolution , et aima mieux l'envoyer négocier en Hongrie ; mais Aléandre se trouva malade en ce temps-là, et ne put partir de Venise oii il demeurait. Louis XII le fit venir en France l'an i5o8 (B), pour la

Ïirofession des belles-lettres dans 'université de Paris **. Aléandre était alors âgé de vingt-huit ans.

Il se fit fort estimer dans cette charge. Il passa au service d'Everard de la Mark , évêque de Liège , qui l'envoya à Rome pour faciliter sa promotion au cardinalat , contre les oppositions de la France. Léon X le trouva assez habile pour souhaiter de le retenir , à quoi l'évêque de Liège donna les mains. Aléandre fut d'abord placé chez le cardinal de Médicis (a) , auquel il servit de

*' Leclerc le dit né à La Motte , le \i février 1480. Bajrle l'avait dit dans sa note B.

*' Joljr , d'après Chevillier , lui fait, avec Tissard , l'honneur d'avoir établi l'imprimerie grecque à Paris.

{a) Qui fut. le pape Clément VU*

•' C'est à tort , dit Joly , que Ciaconnius rapporte qu' Aléandre conserva cette place après être pan'enu au cardinalat.

* " Ce fut en 1 52o, dit Leclerc ; et il y porta la bulle de Léon X contre Luther , qui est de judlet i52o.'

(b) Ex Pallavicini Hist. Conc. Trid. Ce fut l'an l52l-

(c) Seckendorf , Historia Lulheraoisaii , lib. I . pair. 149.

{d^ Pallavic. Hist. Conc. Trid., lib. I, cap. XXria, nuin. 5.

ALEANDRE. 421

Rome , et de s'enrichir des biens l'en a accusé. Érasme fait sou-

d'Église , comme avaient fait les protestans. Le changement de ceux-ci venait de ce qu'ayant espéré une grande liberté, pourvu qu'ils secouassent le joug papal

vent mention de lui dans ses lettres , et presque toujours en mal (I). Il s'est plaint , entre autres choses , des mauvais offices qu'il en avait reçus auprès de l'évéque

dissimuler (K).

(A) Alexandre VI souhaita de l'avoir a son service. ] Je me sers de cette expression , parce que l'auteur que i"ai suivi réduit la chose à un pur dessein qui ne fut jamais exécuté *. De la manière qu'il en parle , Aléandre ne fut jamais actuellement au service de ce méchant pape. Si cela est , il faut compter pour perdues toutes les réflexions qu'on a faites au désavantage d'Aléandre , en vertu de la pernicieuse école d'Alexandre VI , et de César Borgia , où

ils éprouvaient que le joug de la de Liège, chez qui Aléandre avait puissance séculière sous lequel il un frère qui était beaucoup plus leur fallait vivre n'était pas plus grand maître que lui en l'art de doux. Aléandre fit tout ce qu'il put , mais sans succès , pour empêcher que Charles-Quint ne fît une trêve avec les protestans d'Allemagne. Il fut créé cardinal par Paul III *, et destiné à la présidence du concile , avec deux autres légats (e). En attendant , il alla en Allemagne , légat du pape , l'an 1 53b. Cette légation dura un an. Sa mort , arrivée le premier jour de février 1542, l'empêcha de prési- l^n prétend qu'il a été élevé. Je ne der au concile. Quelques-uns di- décide rien ; je laisse au lecteur la , VI . 1 1 A • peine d approfondir un peu la chose:

sent quil mourut par la betise Aleandrum { qui paulà antè Cancelde son médecin (D). Je n'ai point larius Leodiensis , et olim jamosissimi parlé de toutes ses nonciatures. Çœsaris iUius Borgiae seu ducis Fa- M. Moréri fournira ce que j'ai omis. Aléandre avait publié quelques ouvrages (E). Il entendait fort bien l'hébreu et le grec , et on lui attribue une mémoire surprenante (F). Je ne crois pas qu'on ait eu raison de dire que l'hébreu était sa langue maternelle, ou, pour m'exprimer plus clairement , qu'il était né juif (G). On a eu plus de raison de l'accuser d'emportement {f). Il fit lui-même son épitaphequi témoigne qu'il ne se dépitait point contre son destin (H), comme on

* Lechrc dit que cette promotion eut liuu le 20 décembre l53(). Paul III m'ait, depuis le mois de mai de Vannée précédente , rappelé auprès de lui Aléandre cjui était nonce lie Venise depuis i533.

(c) Les cardinaux Campegc et Simoneto.

{/") Voyez la remarque (G}, à la fin.

lenlini secretarius fuerat , famulus hero dignus , et pars aulœ Romance sub Alexaiidro VI , ) pessiinè describit Lutlierus (i).

(B) Louis XII lejît venir en France, l'an i5o8. ] Pallavicini ne marque point cette année ; mais comme 11 dit qu'Aléandre, âgé de vingt-huit ans , fut appelé à Paris , je n'ai pas cru me tromper en la marquant , puisque d'ailleurs l'épitaphe d'Aléandre porte qu'il mourut l'an i543, âgé de soixante-deux ans moins treize jours (a). II était donc né le 1 3 de février 1480 ; car ceux qui marquent le jour de sa mort , la mettent au premier jour de février (3). Je suis surpris de la né-

* Leclerc explique qu\4le'andre , envoyé par le pape en Hongrie , étant tombé malade en route , fut obligé de revenir à Venise, et ne parut jamais il In cour d'Alexandre VI qui mourut au mois d'août i.So3.

(1) Seckendorf, de Lutheran. , lib. I , pag. 133 , num. 3-

(2) In Nomenclatore Cardinaliom , pag- ifiz, et in Istoria de' Poeti Gra^ci de Lorenzo Crasso , pag. 278.

(3) Oldoioas, in Atnena;o Romano, pag. 3i7-

ÂLÉANDRE.

gligence des auteurs de son epitaphe.

ils y metteut qu'il naquit à La Hotte, dans la Carnlole , l'an 1479 , et rtfil mourut à home , l'an i543 , âge de soixante deux ans moins treize jours.

Cela ne peut être vrai que dans la supposition que l'année i479 ne commença pas au mois de janvier, et que l'année 1642 y commença : or il est ri<liciile de supposer dans une epitaphe une manièi'e de marquer le temps si destituée (l'uniformité. Je m'étonne que l'auteur du Nnmenclalor wc se soit point aperçu de cette fausse supposition Ji dit une chose incompatiblea vec le prre Pallavicini : savoir, qu'Aléandre n'avait que vingt ans lorsqu'il enseignait dans l'université de Paris.

(C) // tomba entre les mains de quelques soldats qui le maltraitèrent. ] Voici ce qu'on trouve là-dessus dans une lettre d'Iliérome Négro à Marc- Antoine Michieii , datée de Rome le ao de mars iSaS : « L'archevesque de }> Capue nous a racompté un cas esi> trange d'Aléandre , évesque esleu j) de Brindes , et nonce de sa Sainteté » près le roy très-Chrestien : c'est qu'en M la plus grande fureur du combat , 3> et en celle confusion telle que la » pouvez imaginer , le pauvre gentil- V homme s'etifuj'ant vestu d'accous- 3> trement digne de son estât d'éves- )> que , il tomba es mains de trois j) Espagnols , lesquels le prenans , et 3) sans autrement le cognoistre , le » con'raignirent par menaces et bra- « vades , de se tailler à trois mille i> ducats de rançon , et le menèrent » en cest équipage par le camp , se M tournans souvent en arrière , et )' l'importunans avec très-rigoureuses » paroles de les suy vre. L'eff'royé éves- » que couroit après eux comme un J> laquay , sans oser dire qu'il fust » nonce apostolique. Mais , estant dew dans Pavie , il fut recogneu par le » viceroy de Naples , et par le mar- ') quis de Pesrare , qui , avec grande M peine et difficulté, le délivrèrent de » ceste prison et servitude : néanmoins w fallut-il [)our estre (juitte de son ser- » ment, qu'il donnast aux soldats sus- » dits deux cents ducats pour homme » afin de les contenter. J'entends qu'il » va à Venise , il vous fera le compte de » ses disgrâces et mésavantures (4). »

(4) Lettres des Princes , traduites parBeUeforêt, folio 96.

(D) Quelques-uns disent qu'il mourut par la bêtise de son médecin (5). '\ Cela ne s'accorde guère avec son epitaphe , qui témoigne qu'une maladie de langueur , contractée par les travaux de ses ambassades, le fit mourir:

Mox , dii'ersis Legationibus pro summis Pontificibus ad omnes Jerè christianos Principes fideliter et diligenter perjiincto, et ideÔ intaeem delapso. Un passage de Paul Jove , mal compris d'abord , et puis métamorphosé de main en main en différens sens , aura peut-être donné lieu à cette bêtise du médecin d'Aléandre. Quoi qu'il en soit , nous apprenons de Paul Jove , qu'Aléandre ruina lui-même sa santé par le trop de soin qu'il en prit , et qu'il fut à lui-même un très-méchant médecin , pour s'être servi de trop de remèdes non nécessaires : Lœtatus est ed purpura per annos quinque (6) , pen^asurus Jiaud dubiè ad exactam œtateni , nisi nimiâ tuendœ valetudinis sollicitudine intempestiris medicamentis , sibi herclè insanus et inj'elix medicus , l'iscera corrupisset (7).

(E) Il ai'ait publié quelques ouvrages, ] M. de la Rochepozai ( 8 ) me donne encore un petit sujet de me plaindre de son manque d'exactitude.

Il dit r|u'Aléandre , quoique très-capable de traiter les plus sublimes matières , n'avait pas dédaigné d'écrire sur les humanités , et de publier quelques petits opuscules , dont le sujet était fort mince : Dere... litterarid licet infcriori benè mereri non dedignatus est, exilis argutnentioperulis editis , quœ tamen autoris nomen et J'amam nec eleuant neque iniuiinutuni eunt(g).

Il n'y a point, d'homme qui , lisant cela, ne se prépare à ne voir que de forts petits livrets dans le catalogue des OEuvres d'Aléandre , qui est à la suite de ces paroles du Nomenclator. Cependant, voici le début de cette suite : Scripsit l'aslum opus adversiis singulos disciplinarum prnj essores, in quos censuram acerbiùs et Jelicem exercuit

(5) Voyezles Jugem. des Savans sur les Poet. tom. III, num. ii-^i, pag. i()4-

(6) // faudrait conclure de là qu'il obtint le cardinalat en iSSy.

(7) Paulns Jovius, Elog. , cap. XCVIII, p.

(8) Évrque de Poitiers , auteur du Nomenclator Cardinalium.

(g) Nomenclator Cardinalium , pag. i3i , edit: i6i4--

ALÉANDRE.

calamum ; Tabulas in grammuticam grœcam *', seu potiUs grammaticam ad Hueras grœcas ; Dialngos iluosfestifissintns , quorum aller Cicero lelegatus inscribitur, aller i^erà Cicero rel'ocatus (lo); Carmina quœJam illustriuni poëlarum Italoruin carminibus imlila ; Epiilolas multas , quarum 4 habes inter epistolas Federici Nauseœ, et alias in quibus de Rébus eci Lsiasticis agit ; Annotationes iteniquasdam in bibliolhecd cardinnlis Sirleti assert^alas. Si Ton est choqué de voir un grand et immense oinrage , où l'on ne devait rencontrer qu'une petite dissertation , on ne revient pas de ce de'goût , en ne trouvant dans le catalogue des écrits d'un bouiaie aucune marque qui fasse la distinction de ce qui a été imprimé , et de ce qui ne l'est point. Voilà un défaut (jui règne dans le N^nmenclalor , dans Vylthenœum d'Okloïni , et dans |>lusieurs autres bibliographes. Le giand ouvrage d'Aléandre , où il faisait la censure de toutes sortes de professeurs n'a jamais été imprimé. 11 y mettait, dit- on, la dernière main lorsqu'il mourut ; Menlre andava compiendo una faslissinia opéra contra i projessori di lutte le scienze ,Ju assalito in Rnma dalla morte ( ii). C'est ce que M. .Moréri a voulu dire par ces paroles : // mourut le i'^''. février i543, dans le temps qu'il allait publier un cuivrage considérable. Paul Jove a été sur cela l'original de beaucoup de gens. Quiim l'ustum opus , dit-il (12), t'astd illd memorid ad^ersiis singulos disciplinarum proj'tsiores agitaret, Roniœ interdl. Les continuateurs de Gesner et Konig n'ont connu de tous les ouvrages d'Aléandre que les tables de la grammaire grecque. Drasjdius n a pas même connu cela. Le catalogue d'Oxford ne contient qu'un petit poème de cet auteur *'.

(F) On lui attribue une mémoire

*' Imprimées , selon Simlei; en i5i7, in-S° ■ Je ne sais , ajoute Leclerc , si cet ouvrai^e est dijférent du travail (VAléandre sur la grammaire de Chrrsoloras.

(10) Je fais voir dans Varlicle d' (Horleasio) Làndo , que cela etl faux.

(il) Lor. Crasso, Islor. de' Poeti Greci , p.

(12) Jovias in Elogiis, cap. XCVIII, p. aSi.

*^ C^esl ^ dit Leclerc , une pièce de 22 vers^ inlitule'e Poèma ad Juliam rt N'ejeram , imprime'e a la page 'iG du tome I", des Delicia: poétarum Italorum de GriUer.

surprenante. ] Je ne saurais prendre ce que Paul Jove en a dit que pour une saillie poétique , quoiqu'il l'ait assuré en prose. C'est qu'Aléandre retenait tout ce qu'il lisait , et qu'il le pouvait réciter long- temps après sans se méprendre en rien , ni quant aux choses ni quant aux paroles : Delur hoc incomparubili inusitatœ memorice felicilali quœ in Hieronymo Aleandro supra cujusque wel antiqui seculi captiim admiranter excellait , ut ejus ex vero depici a faciès uel in pudendâ ingenii sterilitate inter Jecuiulissimas imagines conspiciatur , quando nihil eum ciincta volumina cupide perlegentem uel rerum wel i'erborum omnino sublerfiigerit , quin singula memoriter uel a mullis annis longo sepulta silt-ntio recitaret (i3;. On a de la peine à croire cela si Ton ne le voit; mais comme une mémoire ne laisse pas d'être très -heureuse , encore qu'elle ne le soit point au degré que Paul Jove vient de décrire , je ne doute point de la connaissance parfaite de plusieurs langues que l'épitaphe d'Aléandre lui attribue: Hebraïcœ, Grcecœ , Latince , aliquotque aliarum linguarum exoticarum ita exacte dodo , ut eas rectè et apte loqueretur et scriberet.

(G) Je ne crois pas qu'on ait eu raison de dire qu'il était né juif. ]

Luther et ses disciples donnèrent cela pour un fait certain *^ , pendant la première nonciature d'Aléandre en Allemagne ; et voici ce que nous lisons dans les œuvres de Luther (i.'j) : f^enit his diebus Hieronymus ylleander, uir sud opinione longé maximus , non soliim propter linguas quas eximiè callet , siquidem IUbrcea illi i^ernacula est , Grœca h ptiero illi coaluit , Latinam autem didicit diutind.

proj'essione , sed etiam mirabilis suis l'idelur ob antiquitatem generis. Nam Judœus natus est, quœ gens immodicè gloriatur de Abraham wetustissimo se originem ducere. An t-'ero baptisatus sit nescitur. Certum est eum non esse Pharisœum , quia non crédit resurrectionem mortuorum , quoniani i'ii'it perindc atque eum corpore sit tolus pe-

{i3) Id. ibid. , pag. aSo.

*' leclerc combat longuement cette opinion de Luther.

(i4) Tome I , folio 496 , apud SerVendorf de Lulhemn. , lib- I , pjg- laS , nuni. 4-

ALÉANDRE.

ritums , adeo nullum a se prauum affectum abstinens. U sque ad insaniam iracundus est, quduis occasionefurens .

Impotentis arrogantiœ , afaritiœ inexplebilis , nejandœ libidinis et immodicœ , summum gloriœ mancipium , quanquam moUior quam qui possit elaboratn stylo ( 1 5) glorinm parure , et pejnr quam qui uel conelur in argumenlo hontsto. At ne nesciamus , cessit felicissimè simulata defectio ad Chriitianns. Voilà un portrait qui nous représente Ale'andre , non-seulement comnae un juif qui faisait semblant d'être chrétien , et dont le baptême était une chose douteuse ; mais aussi comme un homme qui ne croyait point l'immortalité de l'âme, et qui se plongeait dans les plus infâmes voluptés , emporté jusqu'à la fureur , avare et superbe au touverain point.

II répondit à l'accusation d être né juif, et déclara devant la diète de Worms , que ses ancêtres avaient eu la di};nité de marquis dans l'istrie, et uil a>ait fourni de bonnes preuves e sa noble et illustre extraction lorsqu'il était devenu chanoine de Liège.

Il prit à témoin plusieurs personnes de probité qui l'entendaient , et qui connaissaient sa famille. C'est M. de Seckendorf qui nous apprend cette particularité. Il l'a trouvée dans les archives des ducs de Weimar, oh l'on garde , entre plusieurs manuscrits de ce temps- là , les actes de la diète de Worms. La longue Harangue d'Aléandre est en abrégé dans ces actes , et c'est de là que cet illustre luthérien a tiré ce que l'on va lire tel qu'il l'a traduit en latin (i6) : Tandem questUs est a Luthero spargi quasi Aleander génie Judœus esset ; aDeum

(i5) Paul Jove témoigne i)uj4le'andre ne s'exerça qu'à parler j et que, lorsquil voulut écrire , il sentit trop tard son faible. [Sur cela Leclerc dit qu'' Ale'andre , au contraire , a composé un grand nombre d'ouvrages dès sa jeiineise , mais qu^il en est peu d'imprimés ; savoir ; l". la seconde édition de la grammaire de Chrysoloras a laquelle il avait travaillé ; 3°. la Gnomologia qu'il fit imprimer en i5i2 ; 3°. la Préface du dictionnaire grec et latin , i5i2 ; 4°- 'O" épiinphe en deux vers grecs, rap' portés parBai le, remarque(ff), etlepetit Poème Inlin dont Bai le a parlé remarque (£);5°. quatre Lettres dans le recueilde Nauséa, en i55o , ainsi que Bajle Va encore dit remarque(E); 6°. les Tabiilae in grammaticani gra:cam , citées par Barle au même endroit.^

(i6) Seckendorf, de Lulheran., pag. i4g, !((. h.

■» immortalem ! dixit , multi hic sunt » boni l'iri , quibus notas sum ego et » familia niea , et asserere ego uerè )) possum , majores meos marchiones » in Istrid fuisse (17) : quod vero pa- » rentes niei ad inopiam redacti sunt , >) fato iribui débet. Natales meos ith » legitiniai'i , ut in Canonicum Leo- )» diensem receptus sim, quod Jactum » non foret , nisi orlus essem ex fa- 5) jjiilid illustre i'el spectabili. « Ce qui me fait croire que ce reproche de naissance judaïque était injuste , n'est pas une petite raison. Hulric Hutten publia contre Aléandre une invective, où il se mit si en colère qu'il le menaça de le tuer : Omnem advertam diligentiam , omne adhibebo studium , omnia tentabo conaborque , ul quifurore , amentid , et iniquitate grafis accessisti , vitd inanis hinc ejfferaris. JYeque enim exspectanduni adhuc tibi est ut stylos doctoriim hic firorum seu' lias , sed fulurum crede ut fortiutn gladiis conjodiare (18). Il n'ignorait pas que ce nonce avait réfuté devant la diète le reproche du judaïsme , et s'était vanté de descendre d'une maison très-illustre ; mais tant s'en faut qu'il s'engage à soutenir ce reproche, qu'il nie qu'on le lui eût fait. Peu m'importe qu'il ait eu tort de le nier ; la preuve que je tire de son silence n'en est pas moins bonne ; car s'il avait vu quelque fondement dans l'accusation, il eût pour le moins soutenu qu'Aléander niait faussement son extraction juive. Ne lui soutint-il pas que les comtes qu'il se donnait pour parens ne le reconnaissaient pas pour tel ? IVihil intellexisti proximd auditione ctim niullis qiiidem exciisares judaïcam originem , nemo objiceret.

JYam esse inalum qudcunque etiam gente editum sciebant omnes. Itaque nemo magnoperè putabat generis praf^itatem tibi objiciendam : adversîini mores fremebant infensè mnlti. Et poterat sentiri jam manifeste quœ esset animorum commotio : tu tamen , quasi illïc potissimiim expurgalione opus esset , mullis tractabas locum eum ad fastidium usque audientium ; sed lantâ cumjîducid ut plané certns tibi esse l'idereris neminem intelligere , quam

(17) On assure dans son épilaphe qu^il étaU issu e comitibus Landri iu Carniâ Petra:piIos;ti in Istriâ.

(i8j Hulricus HuHenius in Alcindrum,

ALEANDRE.

impudenter ibi mentireris omnia. Illo riox^ûv, Svirif Ut7y àx^iov >iv 6a-

enimpost multa erupisti,ut ad nobiliss. v«.Tot/.

comitum, qui te penitùs ignorant , et i- • • j

guof tu haud satis nôsti , gtnus , ori- Voila quelle serait la disposition de

ginem tuam referres {■iç)\ Or, comme *«"« les hommes, si la réflexion , si

il n'y a si petite chose qui , en pas- la raison , si le bon sens , étaient ca-

jnt débouche en bouche, ne devienne pables de surmonter les impressions

nonce , n aii eu pour louueinem i:c VT t — -i" •- — v .

que dit Paul Jove , que les Juifs ad- étrange que Paul Jove ait produit miraient l'habileté d'Aléandre en fait contre soi-même un témoin aussi ford'hébreu , et qu'ils n'avaient nulle mel que cette épitaphe. Il avait dit peine à croire qu'il était de leur na- qu'Aléandre , indigne contre son destion : Latinœ grœcœque litlerœ quiim tin, qui l'emportait un an avant l'ansœpè alacriter jactabundo pro verna- née chmacterique, rendit 1 ;ime , en cutis haberentur, Hebraïcas admiran- se plaignant de cette anticipation : Intibus Judceis et suœ stirpis eum facile tenUjato suo vehementer indignatus, credentibus , solertissimè didicit (20). Ç""'" *e prœreptum anno uno ante cli- Ceux qui chercheront à me critiquer rnactencum inler anxia supremaque sont avertis que \e ne prétends point suspina quercrelur^ (22) ; et tout ausque le livre de Paul Jove ait donné sitôt il ajoute qu Aleandre ordonna lieu à la médisance : ma pensée est par «on testament , qu'on mit dans que, longtemps avant que PaulJove «on épitaphe un distique grec de sa eût dit cela , d'autres pouvaient l'a- façon , contenant cette pensée :

voir Cilt. ExcessievilœœrumnisJ'acilisquelubensque,

« Ce que dit Luther, qu'Aléander Nepejoraipsd mone dehincvideam*.

3> était fort colère, est très-véritable : » n j-^ < • 1 «

.> on en peut croire Josse Gentin , se- ^«'^^"^," Crasso di a peu près la même

^ crétaire de ce cardinal, dans une <=h°^,« ^^. ^e cïepit d Aleandre contre

5) lettre à Nauséa , évêque de Vienne 5) (*). 11 lui dit de la meilleure foi du 3) monde, après lui avoir mandé la «mort d'Aléandre, qu'il ne sait où j) prendre parti , après la mort de son 3' maître , dans l'appréhension où il » est d'en trouver encore un plus em- 3) porté. Hacteniis , dit-il, alium Me- 3) cenatem Jiomœ non quœsiui , eo y> quod immodestia etfuror hujus mei 3) dejuncti inculcat mihi timoreni , ne iijaciam Glauci cum Diomede per- 3) niutationem (21). »

(H) Il fit lui-même son épitaphe , qui témoigne qu'il ne se dépitait pas

J,«<„„ j „.■ 1 en • 1. uuani a la première, on

contre son destin. tUe consiste en ^ • ./- ' 1 1

j^.,^ ^„„ . „ ■■■ri vi 1 en lustitier, qn on ne le c

deux vers grecs , qui signaient qu il , ■' ,, l li -j-

^».;t 1 J„ ù„„ „,A^ 7...'4i leurs d une horrible medi

son destin : Fu assalito in Roma dalla morte , conlro la quale mostrossi anche negli ultimi snspiri sdegnato (23).

Paul Jove est tombé dans une autre erreur à l'égard d'Aléandre. 11 l'accuse d'avoir présagé de nouveaux malheurs prêts à foudre sur nos têtes : noi^as cladesimminerenobis ominatur ; mais rien n'est plus faux que cela.

Aleandre ne regardait à l'avenir que par accident , toutes ses vues se portaient sur le passé ; il s'imaginait seulement que l'avenir ne vaudrait pas mieux en ce monde. Voilà donc une seconde erreur de Paul Jove.

Quant à la première , on ne saurait charge d'ail-

'i-;t „„," j„ u -! '" ■ VI leurs u une uoiriuie uieuisance . C est

était mort de bon ère, parce qu il j, • , x- ai- j

^^.c■„^r.■^ j'*t- 1 • J 1 • d avoir représente Aleandre comme

cesserait d être témoin de plusieurs r • *^ -l j • j ..

«u«o.„o A 4- i„ 't i. \ un fourbe moribond , qui ordonnait

choses dont Ja vue était plus insup- .' ^ „. .

portable que la mort :

K«.T9atV0V oÙk àÀKlfi , OTI 7ra.Ô9-6fAAl

liv iTTIf/.a.fiTVÇ

(i^) Idem, ibid.

(20) Jovius, Elogiorum cap. XCVIII, p. aSi. (*) Lib. VIII , Epist. ad Nau5eain à variis

srriptarum , pag. 353.

(21) Ce Supple'ment [ c'est-à-dire , ce dernier alinéa'^ vient de M. de la Monnaie.

par son testament qu'on fît accroire un grand mensonge à toute la postérité j savoir qu'il n'était pas mort à

(32) Jovias Elogior , cap. XCVIII , p. 281.

* Joiy , dans i« Additions et Correciions , rapporte une autre traduction latine , sans doute de sa façon , et qu'il donne comme meilleure que celle de Bayle.

(23) Lor. Crasso, Istor. de' Poeti Greci, p.

ALÉANDRE.

regret. Lorenzo Crasso rapporte que tereacjucitndissimdnecessitudinecon- Scraderus a insère dans ses 3Ionu- juncliirn, miris mendaciis in me comens d'Italie l'inscription sépulcrale nati sunt irritare... Quid multis ? perd'Ale'andre , avec la version latine suaserant homini, ut acri siniplicique des deux vers jurées (24). Cette ver- in^enio prœdito , ita credulo, me pasion est la même que Paul Jove a rùm ainicè de ipso et sentire el loqui. rapporte'e : elle n'est guère moins IVec dejuerunt, qui coatescenlem amimauvaise que celle-ci: /Vo/i itifitus citiam nouis iubindè delationibusdisobii ; quia quiei>co , testis mullorum cinderent ("iG). C^est parler bien faiquœ i'idere pejus est morte ( 25 ). blement des mauvaises dispositions Voilà ce qu'on gagne quand on se d'Aléandre, s'il est vrai, comme on sert d'une langue peu connue : toute n'en peut guère douter, que ce soit la force et toute la grâce du distique lui que l'on ait désigné ailleurs (27) grec ont échappé aux traducteurs. par le titre de porteur de bulles ,

Mettons ici une remarque qui m'a Aittacb/zato^Ô/ioç ; car ce porteur de cte communiquée par un habile hom- bulles fît tout ce qu'il put pour perrae : Josse Qentin , dans sa lettre à dre Erasme ; et bien en prit à ce der- JVauséa , dit qu'Alénndre , trois jours nier , que l'empereur ne voulut pas ai'ant sa mort , ayant mis ordre à faire tout ce qu'on lui demandait : toutes choses , servitoribus et aliis -/^/e quoniinus oppresseril par illuni prœsentibus, pronunciavit suum quod non stetit : perierat Erasmus, sipronas fieri cupieliat epitaphiuni, quod hoc aures principum reperisset. Une letdisliclio clausit, KotTâavov, e/c. Cela tre qu'Erasme avait écrite à Luther , fait voir que l'épitaphe ne consistait et que les amis de celui-ci rendirent pas entièrement dans ces deux i>ers ; publique, irrita si fort Aléandre , mais que ces deux l'ers étaient seu- qu'il tâcha de ruiner son ancien ami , lement la clôture de l'épitaphe. Je ne tant auprès du pape qu'auprès de l'ésuis point de ce sentiment : je crois vêque de Liège : //(^c (epistola) dédit que Gentin a voulu dire que son mai- ansam Aie andro jampr idem iniquo in tre renferma dans ce distique toute nie animo ut me perditum iret , col'inscription qu'il ordonna que l'on nalus Leonis aninium irritare in me , mît sur son tombeau. simul Leodiensis episcopi qui priiis

(I) Erasme fait soutient mention de penè deperibat , ut ita loquar , in lui dans ses lettres , et presque tou- Erasmum. Nam ipse Leodiensis osjours en mal.'] Aléandre, bouillant tendit mihi litteras quas ad eum è de son naturel , et intéressé d'ailleurs Româ scripserat Aleander salis odiosè à la ruine du luthéranisme , par sa ^^^ altingentcs (28). Il afi'ecta de dire qualité de nonce envoyé en Alleraa- que les hérétiques avaient trouvé dans gne pour étouffer ce parti dans le les ouvrages d'Érasrae le fondement berceau .n'avait pu soufirir la mode- de toutes leurs fausses doctrines : Jant ration d'Erasme*. Ce ne fut pas tout : audio multis persuasum ex meis scriples ennemis d'Erasme ne cessèrent de *'* exstitisse totam hanc ecclesiœ proie diffamer, comme fauteur du lu- cellam. Cujus l'anissimi rumoris prœthéranisme 5 ainsi l'amitié et l'estime cipuus aMto/y«j7 Hieronymus Aleanréciproques , qui avaient été entre lui der, homo, ut nihil aliud dicam, non et le nonce, souffrirent une grande superstitiosè i^erax (29J. il ne se condiminution au premier voyage d'A- tentait pas de mordre sur la religion léandre en Allemagne : Hieronymum d'Erasme , il médisait aussi de l'éru- Alearulrum , nuncium apostolicum , dition et des ouvrages de ce grand homineni opprimé doctum mihique we- homme. Cela paraît par une lettre

(24) Lor. Crasso , Istor. de' Poeli Grfci , p.

(î5) Chytraeus, lib. XVII , folio 458, la rapporte, ^o^ej Seckendorl , liv. I, pag. 128, tel. h.

* Le clerc a fait en réponse a Bajle l'apologie d'^le'andre; mais c'est à l'article Erasme tju'il avait renvoyé et quil a inséré ses longues el nombreuses notes. Sans citer Leclerc Joly les a, transposées el reproduites ici.

qu'Erasme lui écrivit en l'année 1624

(26) Erasmî Epistola XXIV libri XVII , p. -fil-

(27) Dans la XXIV. Lettre du XXF'. livre,

(28) Erasmi Epistola CXI II lihri XIX , p. 9H9-

(29) Idem, Epistola LXXXIV Ubri XX, p.

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