A LÉ ANDRE
(3o) , où il lui décharge son cœur. Il En un autre endroit , il le désigne
le regardait comme un ennemi si ir- sous le nom de Vtiipns (36) ; ce qui
rite , qu'il le prit pour Tun des prin- témoigne qu'il n'était point desabusé
cipaux promoteurs des censures que delà médisance qui avait couru , que
la Sorbonne avait publiées contre ses cet homme-là était né juif. Si Aléan-
livres, et pour lauteiir véritable de dre avait fait ce livre, il avait eu des
l'invective qui avait couru sous le liaisons très -étroites avec Érasme:
nom de Jules-César Scaliger : Non ta- même table, même chambre et même
nien erant proditurœ censurée, nisi qui- lit avec lui, et il en avait reçu de
dam oleum camino addidissent. Lu- bons offices ; car voici ce qu'Érasme
îetiœ fuit Eccnis, etut suspicor Alean- nous apprend : Cum aliero fuit mihi
der, tjuem suspicor hdc de causd prœ- oiim non leclum modo ac mensa , l'e-
cipuè t'cnisse , ut Erasmo moliatur riim etiavi cubiculum et lectus commu-
exiiium. Julii Scaligeri Libellum tum nis (3^), adeoque a me nulld lœsus est
scio illius esse , quant sein me l'iuere. injuria , ut quiim illi res essent anaus-
Id tamen dissimulandum est , ne ma- tiares commendalricibus litteris meis
gis insaniat prodito fuco ,(3i). J'ai nonnihiletiani adjutus sit, nec usquhni
montré ailleurs (32) , qu'Érasme se illius in scriplis meis nisi honorifica
trompe sur ce dernier fait : la ha- menlio (38). On ne peut s'empêcher
rangue de Scaliger était l'ouvrage de de reconnaître là Aleandre lorsqu'on
celui dont elle portait le nom ; et dire se souvient d'une autre lettre (Sgi, où
qu'en i53i Aleandre allait à Paris l'on trouve ces paroles : Ut iddeo ,
principalement pour machiner la rui- tihipropemodiim persuasit (Aleander):
ne d'Erasme , est se croire trop im- at ego, qui è domeslico convictu ac
portant, et ignorer la nature des em- lectuli quoquè contubernio totuni intiis
plois que le pape donnait à ce nonce, et in cule noi^i , tam scio esse ovum
Kous verrons ailleurs (33) si Érasme illius [^o), quam scio me uii^ere.Ymi-
a eu raison d'attribuer à Aleandre un sons la relation désavantageuse par un
livre qui portait le nom de Dolet. Il passage qui concerne les mœurs d'A-
veut parler de ce nonce dans la lettre léandie. Il vivait en épicurien à Ve-
XXIV du XXV*. livre. Il faut donc que nise , Tau i533 , si nous en croyons
la passion d'Aléandre ait été extrême; Érasme ; Nunc f^tnetiœ plane t'ii^it
car celui dont Erasme se plaint avait epicureum , non sine dignitale tamen
fait ■ ourir à la cour de Rome un (4i)- ^^"s doute par cette dignité, il
écrit (34) , où il disait au pape , qu'il entend la double mitre , dont il avait
s'étonnaitque,tant de milliers de per- faitmention dansla lettre LX: Alean-
sonnes ayant péri en Allemagne dans der, gemind mitrd insignitus , nam
la guerre des Paysans , Érasme, l'a u- Brundunnus et Oretinus est, apud
teur et le chef de ce furieux tumulte, Cœsarem agit legatumAnglicum (À'i).
véci^t encore. On ne peut pas igno- Ce dernier mot est équivoque , et
rer quel est l'auteur qu'Érasme dési- peut-être Érasme n'avait point écrit
gne , puisqu'on trouve ces paroles Anglicum, vaàïs Angelicutu, afin de
dans une autre lettre : /// me inipu- signifier l'emploi de nonce apostoli-
dentissimis argumenlis causam agit que qu'Aléandre avait alors en Al-
( Albertus Pius) , et a^it hosti/iter , lemagne. En tout cas, on n'eût point
docere laborans , me fuisse nccasiu- mal fait d'avertir dans une note mar-
nem, causam , autoreni et principem , ginale , qu'il n'était point ambassa-
tolius hujus negoiii. Quod idem agit deur du roi d'Angleterre auprès de Aleander in suo Kacha , demirans me
adhuc spirare , quitm in Germani.1 tôt '"^^ -^"^ "' datée dn Bdle, le aï de décembre
hominum millia sint trucidata (35). '^(1é) DanWa Lettre XLIV rf„XAX<. W., p.
,, ^ , ,,,, . ..-,., , . '9^'- f^ojez aussi ta LXXiy. LtUre du même
(3o) La LJJI^. du WlII'. livre. li^re.
(3i)Erasmus, Epistola LVl Wri AAX, po^. (3-) Ce fui apparemment à Venise , lors-
'P*!'' tjve Erasme iravadlail chez Àlde Manuce.
,(32) Dans la remarque (31) de VarUele (38) Epist. XXIV /,é,j XXr, p«.ç. iS-g.
E«/"'E. .39) La LVIII». Lettre du XXSC*. livre
(33) Dans la même remarque. ^"Érasrae , pag. 1945.
(34) In quo docebat quid tigniCcel Hebr.^is (^o) Ilparle de /a Harangne de Scaliger. Bâcha. (4,) Epislol. LXII libri XXX , pag. lO^O-
(35) Erasm. Epist. XCIX libri XX. pag. (42) Erasm. Episi. LX libri XXX
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