‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 2)Chapitre 115 sur 158 · ALEA · texte numérisé non relu

ALEA

l'empereur Charles-Quint ; car c'est à quoi l'esprit du lecteur se porte tout droit. M. de la Monnaie a deviné très - heureusement qvi AngUcum a été' mis à cause qu'Erasme avait écrit en abrégé aplicum pour apostolicum.

Il faut pour le moins qu'on voie ici un passage d'Erasme à l'avantage d'Aléandre : Etlamsi nomindsses istum , qui Aleandrum Érasmo prœfert in omnibus, nihil erat periculi. JVam et ipse plurimùm tribuere soleo Aleandro, prœsertïm in lilteris , nihilnque maii^is me lœdi puto si doctior est , quhni qubd dilior est aut J'ormosinr (43). La lettre où Erasme parle ainsi , est datée du 3i d'août i524.

(K) // at>ail un frère.... plus grand maître que lui en l'art de dissimuler. ] Erasme , qui nous apprend cette particularité , ajoute que ce frère était en cela beaucoup plus dangereux qu'Aléandre, qui ne savait pas si bien cacher ses desseins. Rapportons ses propres termes : Uabet J'ralrem apud Leodiens. hoc perniciosiorem, quod omnia potest dissimulare, id quod non potest Aleander (44)-

(43) Epistola IV libri XXI , pag. io65. Vitle eliam pag. 8i4.

(44) Erasmi Epistola LI libri XX, pag. loii.

ALÉANDRE (Jérôme), de la même famille que le précédent (a) , et petit-fils maternel de Jérôme Amalthée, a été un des savans du XVI P. siècle. Dès qu'il eut quitté leFrioul, son pays natal , jîour aller à Rome , il trouva chez le cardinal Octave Bandini un emploi de secrétaire , qu'il remplit avec honneur pendant près de vingt ans. Il avait commence de fort bonne heure à subir les hasards de l'impression ; car à peine avait-il reçu ses degrés de jurisconsulte, qu'il avait mis au jour un Comnienlaire .lur les Instiliites de Caïus. Il ne laissa point engourdir sa plume à

{a\ On les distingue, en appelant l'autre Aleander Senior, et celui-ci Aleandcr Junior.

NDRE.

Rome ; car s'étant agrégé des premiers à l'académie naissante des Humoristes , il avait toujours quelque composition à y faire voir ; et il fit même en langue italienne un Traité fort docte sur la devise de cette assemblée.

La fécondité de son génie et de ses études se montra par divers écrits sur différentes matières. Il expliqua des antiques (A) : il écrivit sur la question des églises suburbicaires , et publia un ouvrage contre celui qu'un anonyme {b) avait composé là-dessus en faveur des protestans *. Un volume de ses vers sortit de dessous la presse , et fut suivi d'une apologie de l'Adonis du cavalier Marin , contre les rudes attaques du cavalier Stiliani. Urbain VIII lui témoigna avantageusement son estime ; car il travailla lui-même à le tirer du service du cardinal Bandini , pour l'attacher à celui des Barberins ; de sorte qu'AIéandre devint secrétaire du cardinal François Barberin , neveu de ce pape. Il fut du voyage de France , lorsque ce cardinal y alla avec le caractère de légat à lalere. Il ne succomba point aux fatigues de ce long voyage : il les soutint courageusement ; il s'en tira fort bien , malgré la délicatesse de son tempérament et sa petite santé. Il n'eut pas la même force à l'égard de la bonne chère. Il était convenu a'.ec quelques-uns de ses intimes amis qu'ils se régaleraient tour à tour de trois en trois jours : il ne pouvait s'empêcher , en présence de tant de

(6) C'était Saumaise.

* Joly remarque que cet anonyme n'était point Saumaise , mais Jacques Godefroj , dont l'oiH'ragc parut en i()i^.

bons mets , de manger plus qu'il ne fallait , eu égard à un estomac aussi débile que le sien ; c'est pourquoi il tomba malade et ne put guérir de sa maladie (c). Le cardinal son maître lui fit faire de magnifiques funérailles à l'académie des Humoristes , et les académiciens ses confrères portèrent son corps au sépulcre {d).

Gaspar de Siméonibus y prononça l'oraison funèbre, le 3i de décembre i63i. Elle fut imprimée à Paris , l'an i636. Aléandre avait une manière d'écrire si nette et si dégagée , que le compliment qu'un de ses amis lui en fit mérite une réflexion (B).

(c) M. Bailltt, Jugem. sur les Poët., niim. I ^20, et Witte, dans son Diarium Biograph., II'. part. , pag. l\o , mettent sa mort à l'an l63l. Witte le nomme Alexander.

id) Tiré de Nicius Erythnrus , Pinacoth. /. f^o/ez aussi Allalius in Apibus Urbanis, pag. 123, 124 1 '25.

fA) // expliqua des Antiques. ] C'étaient deux marbres, une table, et une statue. La table contenait la figure et les symboles du soleil ; la statue e'tait entoure'e d'une ceinture toute pleine de gravures. Voici le titre de l'ouvrage d'Aléandre : Explicettio antiquœ tabulœ niarmoreœ snlis effigie symbolisque exsculptœ : Explicatio sigitlorum zonce i^eterent statuant Tiiarnioreani cingentis. C'est un in-quarto iraprimii à Rome, l'an 1616, et à Paris, l'an 1617 *. Je n° doute point qu'il ne soit entre' par-là dans le commerce du père Morin. 11 paraît par le livre intitulé, Ecc/esiœ Orie/italis Antiquitates (i) , qu'ils s'écrivaient quelquefois.

(B) Sa nianièred' écrire lui attira un compliment. ..quime'rite une reyiexion.} Nicius Erythraeus lui disait souvent :

Lorsque je lis vos ouvrages , je me trouve un habile homme ; mais quand je lis ceux des autres écrivains , qui

* Jofy explique que l'oputcule de 3 . Aléaw die est réimprimé dans le lom. IV des oeuvres du père Sirmond , colonne 597 à 600.

(i) Imprimé à Londres, l'an 1682, et à Francfort, Van 163 j, iH-12.

ALÉANDRE. 429

5e piquent d'éloquence, je me trouve

tres-ignorant ; car je n'y entends rien. Qu il y a peu il'auteurs latins aujourd'hui auxquels on puisse faire ce compliment ! Je ne parle point de ceux qui écrivent en style de chancellerie, ou de scolastique : je parle de ceu.x qui écrivent en orateurs, et qui travaillent leiirs phrases. Ils ne sont propres la plnpart du temps qu'à mortitier la présomption de leurs lecteurs , qui se trouvent à tout moment accrochés par quelque allusion , ou par quelque métaphore exprimée si confusément, qu'ils n'y voient goutte. Le mal est qu on ne mortifie guère les lecteurs par ce moyen , vu que l'amour-propre les engage à rejeter la cause de ces ténèbres , non pas sur leur ignorance , mais sur le galimatias de l'auteur. Quoi qu'il en soit , je m'imagine qu'on sera bien aise de voir ici la jolie pensée de Nicius Erythrœus en original : Scnbendi ejusdem ratio tuni in soluld oralione tum in versibus adeô erat pura, adeb elegans, adeà perspicua, ut sœpèex meaudiret, tum deniîim me mihimet doclum eruditumque videri , ciim sua legerem ; ciim aiiteni in alioruni scripta , qui se éloquentes dici ve lient , incurrereni tum plané me inJoctuin omniumque rerum rudem agnosccre , eo quod vcrbiim prorsiis in illis nuUum inlelligerem (2). Cela devait lui être un motif puissant, pour ne laisser nulle obscurité dans ses éloges, et néanmoins on y en trouve. Quelques-uns ne voient pas qu'il ait exprimé clairement, si ce fut à Rome ou à Paris 3ue la bonne chère fut fatale à Aléanre : ils croient que ce fut à Çaris (3) . Pour moi, je ne doute point du contraire * : les conventions de se régaler tour à tour deux ou trois fois la semaine sentent mieux des gens qui sont en repos chez eux, que des voyageurs. Outre que le voyage , que le légat François Barberiu tit en France

{2) Nicii Erythrœt Pinacolt. / , pag. 46.

(3) forei les Jugemens des Savans sur les Poêles , tom. IV , num. 1420 , pag. 54-

* Baillée crorait que c'était de la trop bonne chère faite a Pans qu Aléandre mourut à Rome. La Monnaie , dans une note sur le n°. 1420 des Jugemens des Sav.iiis , appuie l'opinion de Baillet contre celle de Bayle. C'est aussi l'avis de Leclerc- et de Joty qui n'a pas manqué cette occasion de relever le philosophe dfi lioUerdam.

ALEGAMBE.

Tan 1623, ne dura que peu de mois, etqu'Aléandre ne mourul qu'en i63i *.

* L,e Crescim Béni mft la mort de J. Aléandre au 11 mars 1629. Celle date , conte':te'e par Xïicéron , esl confinnée , dit Jolr , par Victorelli, à lafin^de son e'ioge du cardinal Ale'andre , imprimé dès i63o.

ALEGAMBE (Philippe), jésuite flamand , naquit à'Bruxelles , le 11 de janvier iSpa. II étudia les humanités dans son pays , après quoi il s'en alla en Espapagne , et entra chez le duc d'Ossune. Il le suivit en Sicile, lorsque ce duc y alla exercer la charge de vice-roi. Se sentant une vocation à la vie religieuse , il prit l'habit de jésuite à Palerme , le 7*. jour de septembre i6i3. Il fît son noviciat et son cours de philosophie dans la même ville , et ses études de théologie à Rome , d'oîi il fut envoyé en Autriche , pour enseigner la philosophie dans l'académie de Gratz.

Ayant rempli les devoirs de cette fonction au contentement de ses maîtres , il fut avancé à la profession en théologie scolastique , et promu solennellement au doctorat l'an 162g. Sur ces entrefaites , le prince d'Eggemberg , favori de l'empereur Ferdinand II, voulut faire voyager son fils , et lui donna un jésuite prudent et docte pour confesseur dans ses voyages. Le père Alegambe fut jugé propre à cet emploi : ainsi on le tira des écoles pour le faire voyager avec ce jeune seigneur.

Il fut avec lui pendant cinq ans , et vit l'Allemagne , la France , l'Espagne , le Portugal et l'Italie. Etant de retour à Gratz , il y enseigna la théologie morale , et y fut le père spirituel de la jeunesse. L'an i638 , le jeune prince qu'il avait accompagné

dans ses voyages fut nommé par' l'empereur Ferdinand III à l'ambassade d'obédience auprès du pape Urbain VIII. Il voulut avoir avec lui le père Alegambe.

Ainsi ce jésuite fit le voyage de Rome en qualité de confesseur de l'ambassadeur. Quand cette fonction fut finie , le généi-al des jésuites le retint auprès de lui pour son secrétaire des dépêches latines qui regardaient l'Allemagne. Alegambe, ayant rempli quatre ans de suite les devoirs de cette pénible fonction , fut contraint de la quitter , à cause que l'application continuelle à écrire lui affaiblissait trop la vue. On lui donna alors la préfecture des choses spirituelles dans la maison professe , et la charge de confesser dans l'église , de quoi l'on assure qu'il s'acquitta admirablement. Il mourut d'hj^dropisie à Rome, le 6*. jour de septembre i652 {a). Il n'a pas fait beaucoup de livres (A); niais il ne laisse -cas de mériter l'éloge d'un très-bon auteur ; car la Bibliothèque des écrivains de son ordre est en son genre un bon livre , et surpasse de beaucoup tout ce qui avait paru d'ouvrages de cette nature jusqu'à ce temps-là. Il fallut qu'il employât une grande peine à ramasser les matériaux : cela demande deux talens qui ne se trouvent guère ensemble , beaucoup de patience et beaucoup d'ardeur. Il fallut ensuite mettre en ordre les mémoires ramassés ; et c'est ce qu'il y a de plus pénible dans cette sorte d'ouvrages, parce que l'on n'est plus sou-

(«) Tiré de Sotuel , Bibliotheca Scriptorum Societalis Jesu , Romœ i6j5, in-folio , pag. 706, 707.

ALEGAMBE.

tenu de l'avidité ardente avec laquelle on recherche les matériaux tju'on n'a pas encore. C'est à Rome qu'Alegambe travailla à dresser la Bibliothèque pour laquelle il avait recueilli tant de mémoires (J)). Elle fut imprimée à Anvers , l'an 1643. Il augmenta de telle sorte ce que le jésuite Ribadeneira avait commencé (B) sur ce sujet , qu'au lieu que l'ouvrage de ce dernier n'est qu'un fort petit in-octavo , le sien est un infolio d'une raisonnable grandeur.

Nous rapporterons dans les remarques le bien et le mal qu'on en a dit (C). Il songeait à une nouvelle édition ; et, pendant les neuf années qu'il survécut à la première , il recueillit beaucoup de choses qui pouvaient servir ou de corrections ou d'additions. Le père Sotuel en a profité , lui qui publia à Rome, l'an i6y5, une nouvelle édition de cette Bibliothèque (c).

On ne peut nier qu'il n'y ait dans ce livre-là beaucoup d'auteurs médiocres et beaucoup d'auteurs de la première volée ; mais il y a des gens qui prétendent que, si l'on continue, il s'y trouvera tme très-sensible disproportion , c'est-à-dire que les grands hommes seront incomparablement plus rares dans la continuation que dans ce qiii a paru jusqu'ici. Cela me donne lieu de communiquer au public ce qui se passa dans un entretien de quelques personnes de lettres , l'an 1697 (D).

(b) Sotuel , ibid^

(c) Sotuel , ibid.

(A) // n'a pas fait beaucoup de lit'res.^ Voici tous ceux qne le jésuite

Sotuel lui donne : BihlioOieca Scrip~ toriim Socielatis Jesu , Ant\jerpiœ , 1643, in-folio; P'ita P. Joannis Cardin , Lusilani , ex Societate Jesu , Roritœ , 1649, "1-12 • IJeroës et f^icliniœ charitatis Societatis Jesu, Jioutœ.iG^S, in-4° ; Mottes illustres et Gesta eorum de Societate Jesu , qui in odiuni fidei ab Uœreticis uel aliis occisi sunt , Roniœ , 1667, in-folio.

(B) Il augmenta beaucoup la Bibliothèque de son ordre, que le jésuite Ribadeneira aidait commencée.^ Atin que le lecteur qui voudra savoir l'histoire de la Bibliothèque dont nous parlons n'ait point la peine de passer d'un tome à l'autre , je dirai ici que Pierre Fiibadeneira commença en l'anne'e 1602 le Catalogue des Ecrii>ains jésuites. Son e'crit ne contenait que peu de feuilles j il l'augmenta depuis j il lui donna la forme de livre , et le publia l'an 1608 , à Anvers. On le réimprima à Lyon , l'année suivante , avec quelques additions et corrections sur certaines choses qui n'avaient pas été bien connues à l'auteur, touchant les jésuites français. Le père Jules Nigroni s'aperçut que cet ouvrage avait besoin d'être retouché en beaucoup d'autres endroits , principalement à l'égard des jésuites italiens : on lit donc une nouvelle édition en l'année 161 3, à Anvers. Le père André Schott en prit soin : elle fut notablement augmentée (i);mais c'était encore un ouvrage bien défectueux : et de là vint qu'Alegambe s'engagea à le mettre en meilleur état, et à le rendre plus propre à donner une idée avantageuse de l'érudition de la compagnie. Il le publia l'année i643. 11 a été encore fort augmenté par le jésuite Sotuel, dont l'édition parut à Rome, Tan iG^Sj et il faudra sans doute qu'on l'augmente tout de nouveau , tant parce que la société des jésuites fournit incessamment de nouveaux auteurs, que parce qu'il est échappé plusieurs choses au dernier continuateur qui pourront rendre plus parfaite la Bibliothèque de l'ordre. Le second tome de la Bibliothèque romaine (2) nous apprend que le jésuite Bonanni travaille au Catalogue desEcrii'ains de sa compati) Ex priefatione Mcgamhe.

(2) Imprime à Borne , Can i(x)2 ; fauteur s'npyelle Prosper Mandosio.

432 ALEGAMBE.

snie , qui ont publié quelque chose tromper avec lui , parce que non-seulc'

depuis Tan 1675 * nient il est sans confusion, et qu'il ne

L'exactitude d'Alegambe est sans prend jamais un auteur pour un autre;

doute merveilleuse j mais il ne laisse mais encore en ce qu'il n'attribue point

pas d'y avoir encore dans son livre aux jésuites des li^'res qu'ils n'ont point

quelques péchés d'omission et de faits , et qu'il est exact et fidèle a re-

commission. Il n'a pas toujours mar- présenter ceux qui l'iennent féritable-

qué la première édition des livres ; ment de la société. M. Baillet ajoute ,

ce qui est un défaut important, et que ce n'est pas tmemet/j'ocre/oua/zge...

qui rèo'ne dans toutes les compilations d'avoir eVite at/ec tant de soin un fice

qu'on a vues jusqu'ici. Personne ne s'est dans lequel on a uu tomber la pluspart

encore avisé de publier un recueil des autres réguliers qui ont écrit des

exact de toutes les éditions , et de Hommes illustres de leur ordre, et qui

marquer soigneusement la première, croyans faire honneur a leurs commu-

Gesner et ses continuateurs ont eu nautez en grossissant indifféremment

là-dessus une extrême négligence. Le et sans choix le nombre de leurs sa-

père Sotuel, voulant éviter le détail l'ans et de leurs saints, ont mis au

où Alegambe descend quelquefois un rang de leurs confrères quantité d'au-

peu trop, est tombé dans une trop leurs qui n'en furent jamais ; au lieu

grande sécheresse. H s'en faut bien qu'on n' en uoit presque pas un dans la

qu'il ne fût né pour ce travail autant Bibliothéquede la Société, qui n'ait été

qu'Alegambe. Les curieux, je parle jésuite ; qu^on n'y voit pas même les

même de ceux qui l'excusent sur les écrivains qui sont sortis de leur com-

ordres qu'il peut avoir reçus de ses pagnie ; comme Pa/y^re iWasion , Gfls-

supérieurs par rapport aux écrivains par Scioppius*, Marc Antoine de Do~

anonymes ou pseudonymes, mettent minis , Chrestien Franchen, etc.; on

en cela son ouvrage fort au-dessous que, si on les y voit, c'est seulement

du précédent, où l'on trouve la dé- par rapport aux livres qui ont précédé

couverte de tant d'écrivains cachés, leur sortie: que c'est ainsi qiie l'on y

(C) Nous rapporterons le bien et le iroave François de Macédo, Portugais,

mal qu'on a dit de sa Bibliothèque qui de jésuite se fit cordelier, et Claude

Jes;esMtte5.] M. Baillet nous fournira Dausquey , Flamand , qui quitta la

de quoi commenter le texte de cette re- société pour prendre l'aumuse à Tour-

marque.Commençons parle beau côté. nai. Enfin, M. Baillet remarque que.

Il dit (3) que /a Bibliothèque des selon l'auteur des Nouvelles de la Ké-

écriuains de la société.... est un grand publique des Lettres (5), Aleg^ambe a

recueil qui a surpassé de beaucoup Jort bien obseri^é le goût de notre siè-

tous ceux de cette nature , et qu'on le de, c' est-a-dire , de toutes les person-

doit considérer comme un des plus nés de bon sens ; que ce goût consiste à

achei^ez en ce genre : que, selon Nicolas woir régner l'exactitude chronologique

Antoine (4) , les jésuites ont fait voir dans tout ce qui a du rapport a l'his-

par ce travail combien ils sont curieux toire; que c'est ce qui a fait donner

et combien ils ont d'industrie pour les C approbation aux éloges d' Alegambe ,

choses qui les regardent , et qu'ayant qui marque partout le temps et le lieu

Idti sur les fondemens de Ribadeneira de la naissance des auteurs, Idge où

ils ont élevé ce grand édifice , dont la Us se sont faits jésuites, leurs emplois,

beauté consiste particulièrement dans leurs principales actions , selon la suite

la justesse et la proportion de ses par- des temps , et que cet ordre a je ne

lies , et dont toute la gloire est due à Alegambe , écrivain si sûr et si juste , qu'il ne faut point appréhender de se

* JoIy du afoir vu le catalogue des manuscrits du père Bonanni, et qu'il n'y a pas un mot sur cette continuation. En rex'anche , il parle d^un noui'eau continuateur qu'il ne nomme pas, et dont Vouvrage n'a pas paru. Barle , nu surplus , avait cite' son autorité.

(3) Baillel , Jugerarns des Savans , tom. II , num. 112 . pa)^. i3o.

(4) Piafat. Biblioth. Scriptor. Hispanic.

* Leclerc dit que jamais Scioppius n'a été jésuite.

(5, Au mois de juillet 1684, "rt. F, ou il condamne indirectement ceux qui se contentent d'exprimer en belles phrases les qualite's d^un homme , sans faire connaître ni sa patrie , ni sa famille , ni ses dijfe'rens emplois; et oii d dit nettement. Qu'on ne saurait lire sans dépit, et sans se plaindre de la négligence de Tliislorien , la Vie de plusieurs empereurs de Rome ; qui ne nous apprend ni le lieu de leur naissance , ni leur famille, ni leur âge , ni la maniire dont ils s'élaient avancés.

ALEGAMBE.

sais quoi qui rei^iant extrêmement à l'esprit, ytu reste , poursuit Al. Baillet {6) , comme la compagnie des jésuites a été jusqu'à présent la plus suivante de toutes les socitités régulières , c'està-dire, pour le moins la plus abondante en toutes sortes d'écrii^ains (^hors sur

la médecine) , on doit juger par-là

de l'ai'antage qu'on peut tirer de celte riche Bibliothèque , qui est assez bien écrite, sans affectation de style particulier et sans ornement trop recherchés.... disposée dans une très-belle méthode , et embellie d'un très-grand nombre de tables très-laborieuses et très-utiles. Voilà pour le bien ; passons au mal.

M. Baillet dit (7) que commeles corps les mieux jaits ne sont pas toujours exempts de taches et de défauts , quand leur beauté ne consiste que dans la tadle et dans la proportion des parties, on ne sera pas surpris d'apprendre que cette belle Bibliothèque a rencontré ses censeurs , comme les autres : que les uns ont cru y trouver un peu de cet amour de société , qui fait qu'on ne repre'sente presque jamais les e'crivains que par le bel endroit; qu'ils ajoutent qu'en effet on n'aperçoit dans tout ce gros i'olume que des éloges, et que, parmi une si grande multitude d'auteurs et de lii^res, on ne uoit pas que l'A'egambe et le Sotuel y en reconnaissent un seul qui soit mauvais , si ce n'est peut-être ceux qui ont été mis à l'inquisition ou à /'Index ; que d'autres ont encore remarqué qu'il n'y a presque pas un écrivain dans toute cette Bibliothèque , qu'on ne nous dépeigne comme un saint. H est vrai que les personnes raisonnables doivent être satisfaites de voir à la tête et à la fin du livre une solennelle protestation , qu'on ne prétend pas être garant de ce qu'on avance sur la sainteté et les vertus que ion attribue à ses confrères , non plus que sur les autres élogrs qu'on leur a donnés. Il est plus difficile , selon M. Baillet (8) , de bien répondre à deux autres points d'accusation. Le premier, est qu Alegambe, trompe' par

(6) Baillet , Jugemens des Savans , tom. II , num. 112, pag. iB^.

(7) L'a même, pag. i33.

(8) Baillet, Jugemens des Savans , tom. II , pag. j35.

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