TOME
» (79) : on était si prévenu en faveur » de ce personnage, qu'on lui faisait " faire des choses à quoi il n'avait ja- )) mais pensé, et qu'on lui chercliait » des raisons pour l'excuser (juand » il ne réussissait pas. Il imposait par » un air simple et grossier en appa- » rence , et en ne parlant que le pa- » tois de son pays ; mais , au fond , il » n'était rien moins que ce qu'il pa- ') raissait. Le mouvement de sa ba- » guette faisait illusion ; on voyait » tourner entre ses mains un morceau » de bois fourclîé si adroitement , » qu'on ne s'apercevait point du moui> yement insensible de son poignet , " qui le déterminait à tourner avec )) vitesse et avec force , par le ressort )> qu'il faisait faire à sa baguette. Ou- » tre sa naïveté apparente , il affec- » tait fort d'être dévot , d'aller sou- )) vent à confesse , tous les jours à la » messe, et autres marques extérieu- » res d'une grande catholicité ; et de j) dire qu'il avait soigneusement gar- » dé son pucelage , ians lequel , di-
(78) Leltres .sur les véritables EffeU, de la Baguette , pages i3 et i^.
(79) M. Bui-sière , dans ta lettre qu'il me Jfi l honneur de ni'e'crire te i5 de juillet 1698,
ABBEVILLE
» sail-il , d ne pourrait réussir a^ec latuas qui n'ont pas besoin d'ëmissai- » In bap^nelte. 11 ne voulait poiatailer res; laciétiulite'du public leur prépare » pendant le jour dans les rues, cruln- suffisamment les voies de Timposture. )> t<s , disait-il , d'être assommé par les II n'y a pas long-lemps qu'il a couru M uoleurs et les filous. Mais tout cela par les villes de Hollande je ne sais 3) n'était qu'afin que la nuit lui servît quels Allemands qui se vantaient de M de voile pour mieux cachfr toutes guérir toutes soites de malades sans ■>■> ses ruses. Quelque ridicules que fus- leur donner aucun remède. Ilnejaut, » sent toutes ses manières, elles ne disaient-ils, (yue /io«5 ertp'oyer f/e /ei/r )) laissaient pas de trouver des appro- urine. On ne parlait que de leurs suc- » bateurs , et par conséquent des ces : chacun en contait des circon- » prône':rs. Que si on n'avait pas eu stances merveilleuses ; leur logis était » le soin de Fempècher de sortir de comme le lavoir de Betbesda , ])!ein )) l'hofel de Condé, parce que mon- et entouré d'intlrmes. Je ne pense pas » seigneur le prince , qui l'avait fait que ceux qui prônaient le plus la droi> venir à Paris , pour satisfaire sa eu- gue de ces geas-là , fussent de l'iotel- » riosité , voulait lui faire faire les ligence pour partager le profit. Les » éiireuves qu'il avait méditées, avant uns se plaisaient ;": recommander la » que le publie, l'eût mis en pratique, chose , parce qu'elle tenait du prodi- » il aurait été accablé par la multitu- ge ; les autres y pouvaient trouver » de qui courait en foule pour l'aller quelque agrément , à cause que l'inu- » consulter. L'un lui demandait si tilité des remèdes ordinaires les met- » on ne pourrait pas découi'rir tes l'o- tait de mauvaise humeur à l'égard des » leurs qui avaient fait un tel \^ol , médecins. L'illusion ne fut point lon- » en un tel temps , en tel lieu , etc. gue : un mois ou deux en tirent rai- » Un autre lui venait demander, si son. On réfuta cette chimère (80) : » un tel saint n'était pas le uérilable , et il y eut tant de gens (|ui s'y trou- V plutrjt que celui de cette paroisse vèrent trompés , qu'ils passèrent de » qui se l'antnit de le posséder aussi, l'approbation au dernier mépris. » D'autres lui apportaient des reli- Notons que ^I. Leibnitz observa , » qiies pour savoir si elles étaient les avec beaucoup de raison , que, si l'on » vraies d'un tel saint. J'ai vu un n'avait pas pu opposer aux esprits cré- 3) jeune acrordé , ouvrier en soie, dules ce qui se passa chez î\l. le prince » assez idiot , lui donner deux écus de Condé , il aurait fallu encore tirer M pour savoir si sou accoi'dée avait au bâton avec ces gens-!à. .Mais il est » son pucelage. Ceux qui avaient part à craindre que l'on n'oublie bientôt » au gâteau avaient soin défaite venir la déroute de Jacques A^mar, et que 3) l'eau au moulin, et de faire jiayer l'on ne soit trop disposé à recevoir la 3) la consulte par avance, si on en même scène , si de semblables motifs 3> voulait avoir une bonne issue. »
Un tel homme aurait été dans Paris im fonds assuré de gain et une mine inépuisable pour ceux qui auraient
eu part au profit. Les personnes soup- Jlictareniur ciim quibusdnm int^eniis , connantes et les personnes soupçon- quibus gralius est per miraj'alli, quant nées l'auraient payé à qui mieux t'udœ ueritalis sirnplicilaii acquiescere mieux^ il eût tiré de l'argent , et des (SiJmaris c^t des femmes , et des galans et ^f^^, L„f„^„ ^ „„ uis-habile médecin de Poi-
deS maîtresses : la baguette n'aurait terdam. publia un petU traite' lh-des.<us , en
pas tourné ou aurait tourné, selon f'fmand et en français ,puur muntrer la vani-
Ti At I J y^ ^ , l^ elle ridicule de cette pratique, /'^orps l'His-
qu il eût plus reçu des uns que des au- ^„.^^ ^^^ Ouvrage» des SaVa„s, m«.- iGy7 , p. 408
très. Je crois que , si l on pouvait de- et .■suivantes , et le Journal des Savans du i3 de
couvrir tout le mystère de ces sortes janvier 1698 , p. 3o , e'du. de Tfullande.
de prétendus prodiges , on V trouve- (81) Leibnizius, «pHiiTemelii Colloq. menstr.
rait un complot de gi-ns qui cherchent v-t^rë ,
à s'enrichir : les uns se vantent d'un AEARIS,villed'Égypte. Vojez
talent extraordinaire; les autres tra- j' i- 1 p
vaillent sous main à établir la persua- * * 15it^ 7"*^^' , .
sion. Mais je crois qu'il y a des char- ABBEVILLE, en latin AbbatlS
la font revenir dans sept ou huit ans. Nisi princeps Condceus cognos< endre rei tantiim studii imo et nuruptiis impendisset , laborarevius adhuc et con-'
ABBEVILLE 19
fi7/a , capitale du comté de Pon-" de qui j'emprunte ces paroles, thieu en Picardie, sur la rivière faisait état , en l'année i(i'i6 , de Somme, à cinq lieues de la qu'e//e conlenait 35 on /\0 mille tuer, au diocèse d'Amiens, n'é- personnes. C'était sa patrie; et tait autrefois, comme son nom le il est remarquable qn'eu fort peu témoigne, qu'une maison de cam- de temps elle donna trois bons pagne qui appartenait;! un abbé, géographes, lui, Pierre Duval On croit que cet abbé était saint- (/; , et le père Philippe Briet , jé- Riquier , ou quelqu'un de ses suc- suite. La rivière de Somme se cesseurs qui , trouvant cette situa- partage là en divers bras , qni pastion agréable et bien commode, sent au dedans et au dehors de à deux lieues de son abbaye de la ville. On n'est point demeuré Centule , y fit bâtir première- d'accord de ce que le même Sannient une maison (a) , et puis un son assure {g) , qu'Abbeville a été château, oii il y eut un prieuré de tout temps la capitale duPondépendant de l'abbaye (ù'^. Hu- thieu (A), et que les autres villes gués Capet, en voulant faire une du Ponthieu n'ont rien d'ancien, place forte pour arrêter les cour- en comparaison de celle-là (B). ses des nations barbares l'ôta aux Encore moins lui a-t-on laissé moines (c); et, l'ayant fortifiée, passer la jirétention, que cette la donna à Hugues son gendre , ville s'appelait autre fois Bn'tanqui prenait le titre d'avoué , à nia (C) , et qu'elle était l'une des cause que le roi son beau-père lui plus florissantes de toute la Gaule, avait commis la protection de l'é- long-temps avant Jésus-Christ, glise de Saint-Riquier. Son fils Nous dirons en son lieu les suites Angelram se contenta de ce titre , de la querelle que le père Labbe jusqu'à ce qu'il eut tué eu bataille 'lui fit là-dessus (D^. Abbevilleade le comte de Boulogne, et qu'il beaux privilèges; et , comme elle se fût marié avec la veuve de n'a jamais été prise, on la nomme ce comte; car alors il se qualifia lapucelle du paysf/?); etellesedit comte de Ponthieu , nom qui est en sa devise semper fidelis , toudemeuré à ses descendans {d). jours fidèle. Qui voudra voir am- Abbeville est devenue très-consi- plement tout ce qui concerne cetdérable dans la suite des temps, te ville, les privilèges de ses ma- Elle est si grande , qu à peine se jeurs , les hommes illustres qui y trouvera-t-il dans toute la France sont nés ou qui y sont morts , etc. dix ou douze villes qui la sur- (/), doit consulter V Histoire gépassent , ou qui seulement Véga- néalogique des Comtes de Ponlent en son circuit {e). Sanson , thieu, imprimée à Paris, chez
(a'i Le P. Labbe, Tableaux mélhod. de la fy) Fils d'une sœur de Sanson.
Ge'ograph. royale, pag. 322, éUU. in-ii. (^) Sanson, Antiquité' d'AbbeviUe, p. 5g,
ib) Sirmond. jN'otœ in £pist. XXXVI , 6o.
Alexandri III. . (A) Duval , </an5 ion Traité de la France,
(c; Hariulfus, Centulensis Monaclius . in pog . no-
Cbronico Monasterii sui , lib. IV, cap. XII , r,j c'm< avec raison que j'ai mis un et «»-
apud Hadr. Valesium , Notit. Gall. ,pag. I. tg^j . £.„,. ^^ n^^e est tout plein de matières
{d) Valesii Notitia Gall., pag. l. étrangères .- on j- trouve le chet'abcrBayard
(e) Sanson , Recherche de l'Antiquité' d'Ab- et d'autres personnes qui n'ont aucune rela-
beville,pa^. 2. ''oi au Ponthieu.
ABBEVILLE
François Clousier, l'an iGS^, infolio. L'auteur n'a marqué son nom que par ces lettres, F. I. D.
J. M. CD.; mais on sait qu'elles signifient frère Ignace de Jésus Maria , carme déchaussé. T^ojez l'article Sanson (Jacques).
(A) A élé de tout temps la capitale du Ponihieu. ] Le père Labbe le réfute ainsi sur ce point : f^oiis n'ai'iez pas lu, M. Sanson, hs titres et mémoires de l'abbaye de Saint- /tirjuier, qui disent , que sous Louis-le-Débonnaire, l'an 81 5 , il y await dans l'enceinte d»is murailles de Centule deux mille cinq cents maisons , plusieurs artisans , quantité de rues, etc.; qu Ahbei>illeest mise au rang des bourgs et villages , qui en dépendaient ( i ). S'il en faut croire le vers tant chanté daus le pays ,
Turribus à cenlwn Ceniulu nomen habet,
les cent tours qui flanquaient les murailles de Centule lui donnèrent son nom (2).
(B) IV ont rien d'ancien, en comparaison de celle-là. ] « Cela est faux, » disent ceux de Saint-Riquier (3) ; « et » qu'avez- vous dans Abbeville qui )) marque quelque ancienneté , puis- » que votre église collégiale de Saintn Wulfran reconnaît pour fondateur » Guillaume de Taluas , et Jcau son » fils, après l'an onze cent de salut j » et que le prieuré de Saint-Pierre, or- » dre de saint Benoit, ne fut fondé que M quelques années auparavant : car , 5) pour la paroisse de Notre-Dame du î) Châtel , cela ne ressent encore que » le village?)) Quant à Frédégaire, que Sanson avait cité comme un témoin de l'existence d'Abbeville au temps du maire Ebroin, on lui répond (4) qu'il faut lire au chapitre xcvi , non pas atque Abacivo l'illd et^adens aufugit ; mais atque a Baciuo uillâ ewadens aujugit.
(C) Que cette ville s'appelait autrefois Britannia. ] Il fonda ce sentiment sur un passage de Strabon , où il crut trouver (5) que les députés
(i) Labbe, Tableaux Méthodiques, page 32o.
(2) Là même, page iiG et Siy.
(3) La même, page 320.
(4) /.« même , page 32 1 .
(5) SansoQ , Recherche de l'Antiquité d'Abbeville , page 4-
de Marseille estans^efant Scipion, in • terrngés par lui de ce qu'ils scavoicnt de Dntannia , Narbo et Corhilo , pas un d'entre eux n'en scut rien dire de mérite , encore que ce J'uss'/it les meilleures villes de toute la Gaule. 11 suppose que ce fut l'an 532 de Rome que les députés de Marseille firent voir cette ignorance. Sa raison est que celui qui leur faisait ces questions était le même Scipion qui perdit la première bataille qu'Annibal gagna sur les Romains. Il suppose que ce Scipion , voulant savoir des nouvelles de la marche d'Annibal, navigua jusqu'à l'embouchure du Rhône; et que ce fut là que les députés de Marseille qui le vinrent com|ilimenter , ne surent répondre à ses questions. Ci^ci sera examiné dans l'article de P)théas. Voyons les autres hypothèses de Sanson. Il remarque: i°. Que la ville de Narbonne a été l'une des plus anciennes et des plus florissantes villes de la Gaule, et que (6), néanmoins , elle n'est nommée qu'après celle de Britannia , parmi les trois dont Scipion voulut savoir des nouvelles. 2°. Que le Belgium des Commentaires de Jules César était une région entre les Belges (7) , qui com'prenait le Beauvoisis, l'Amiénois, l'Artois et peut-être encore les Vermandois ei les Senlisiens. 3". Que les habitans des côtes de la Grande-Bretagne étaient sortis du Belgiuni (8), et qu'ils avaient retenu le nom des cités desquelles ils étaient sortis : c'est César qui nous l'apprend. 4"- Que , selon le dénombrement de Pline (9) , il faut que les peuples qu'il nomme Britanni aient habité dans le Ponthieu (10).
5°. Que , de tous les endroits du 5e/gium d'où il est passé des peuples en Angleterre , il n'y en a point qui doive venir en ligne de compte autant que celui qui est situé sur la mer , c'est-àdire autant que le pays de Ponthieu.
11 infère de tout cela que les Britanni de Pline sont les principaux du Belgium qui aient passé en Angleterre (11) ; que d'abord ils y ont gardé leur ancien nom, et qu'ensuite ils l'ont rendu général à tout le pays et qu'ils ne
(C) Page 8.
(:) Page St).
(8) Pages 17 et tfO.
(9) Libro IV , cap. XVII.
(10) Sanson, Recherche d'Abbeville , p. 40* (il) Cluvier , German. Anl lib. 11. cap.
XXVII ^ aime mieux lire Briauni ijue Britanni.
ABBEVÏLLE.
s'appelaient pas B)itanni sans que
leur capilali; eût le nom de Brit/i/mia.
11 l'aut donc que la capitale du Pon-
thiuti soit cette ancienne Biitannia
dont Scipion voulut savoir des nou-
■vt'lles. Or, Abbeville est la capitale du
Ponihieu; elle était donc, sou" le nom pinneni conuenerunt nullum quicquam
de Britannia, la plus florissante ville habuisse dlgnuni memomtu quod di
les paroles de rancieti géographe , à quoi apparemment cette traduction latine ne contribua pas peu. Cnjus (Corbilonis) mentinnemj'aciens Polybius, siniul Pjtheœ lejeit comnienlutn , Massilienstum snficet qui Sci-
des Gaules , dès avant la seconde guerre punique.
Sans doute il y a de TeVudilion et de Tesprit dans cette longue gradation d'hypothèses et de conséquences , de la manière que l'auteur l'a soutenue :
mais il n'en saurait résulter qu'un pur roman et que des chimères , puisque le fondement de tout est uu passage mal entendu. Voici le fait. Strabon rapporte (12) que Polybe a mis entre les contes fabuleux de Py théas , qu'aucun des habitans de Marseille qui avaient eu commerce avec Scipion
ceret interro^atus de Bnlannid , ilenique Narhonensiuvi et Corhilnncmium, cîim hœ très iirbes Gallice omnium essent oplimœ. On peut aisément croire , lorsqu'on n^est pas assez attentif, que ces trois meilleures villes de Gaule ,
dont le traducteur fait mention,
s ap-
pellent Britannia , IVarbo et Corhito.
Mais , si l'on est attentif, on voit que BfiTTaLViK» se prend là pour 1 île Britnnnia ; c'est ain-;; que Strabon a coutume de s'exprimer sans l'addition du mot v>l3-oç, insula (i4)-
(D) La querelle que le père Labbe
n'etit pu lui rien dire de considérable lui Jit la-dessus. ] 11 Gt sa déclaration
lorsqu'il les que.stionna sur la Bretagne ; non plus qu'aucun liabitant de Karbonne ni aucun liabitant de Corbiloa , les meilleures villes du pays : c'est là le vrai sens du texte grec , comme on le peut recueillir non-seulement par les règles de la grammaire, mais au.ssi par l'humeur du pèlerin dont il est ici question. Hip mç îîpiiKi IloXc/Cioc , //Vi)5ul«(ç Tùèv ùrro Tlubiov y-u-