‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 2)Chapitre 132 sur 158 · S VARUS · texte numérisé non relu

S VARUS

fait l'abrégé des livres d' Alfénus (c). S'il était vrai que , jjarmi les conseillers de l'empereur Alexandre Sévère , il y eût un Alfénus (D) , disciple de Papinien , comme quelques -vms le disent en s'appuyant sur im passage fort embrouillé de Lampridius , il aurait pu être de la postérité de l'autre, quoiqu'il faille confesser qu'il y a eu des Alfénus différens du disciple de Sulpitius. U y a un Alfénus dont Cicéron parle dans son oraison pour Quinctius, et un Alfénus Varus , général d'armée sous Vitellius , et préfet du prétoire , qui ne témoigna pas la résolution d'un brave homme, lorsque son parti eut été vaincu par celui de Vespasien (d). Donat, dans la vie de Virgile, parle d'un Alfénus (E) qui , avec quelquelques autres , exempta les terres de ce poète du sort oii celles du voisinage furent exposées , lorsqu'après la défaite de Brutus elles furent assignées aux soldats. De fort habiles gens croient que celui qui rendit ce bon office à Virgile , est le même Alfénus qui avait été cordonnier , et le même Alfénus dont parle Catulle (e). Cela n'est pas sans difficulté (F). Voyez nos remarques , oii M. Moréri est quelquefois mis dans son tort.

(c) Guill. Grolii Vitée Juriscons. , p. 86.

(d) Tacit. Histoiiar. lib. Il, cap. XXTX et XLItl ; lib. ///, cap. XXXVI, LV et LXI; lib. IV, cap. XI.

(e) Dacier sur Horace , Sat. III, li^. I.

(A) Il a été un fort habile homme en matière de jurisprudence. ] Ce passage d'Ammien Marcellin contre les avocats de son temps : Ui ut altiiis videanlurjura callere, Trcbntium.loquuntur, et Cuscellium, et .Alfenum, et Auruncorum Sicanonuntjue jamdiii leges

ALFÉNUS VARUS.

ignotas (i), sufHt pour nous convaincre de la grande autorité où était le nom d'Aliénus en fait de jurisprudence. Joignez à ceci les témoignages allégués par Bertrand au i*^ livre de ses ]urisconsultes (a).

(B) Un passage d'Horace regarde notre Alfénus. ] Les paroles d'Horace sont dignes d'être rapportées :

• Alfenus vafer , oinni

jibjeclo instrumenlo unis , clausdque tabemd, Sulor eral: sapiens operis sic oplimus omnis Est opifex soins , sic rex (3).

(C) Aulu-Gelle , qui le réfute... ne laisse pas de louer ses soins pour les antiquités. ] Cela regarde la signification de ces paroles , argentum purum putum , qui étaient dans le traité de paix conclu entre la République Romaine et celle de Carthage. Les Romains devaient recevoir tous les ans un certain tribut en argent purum putunt , c'est-à-dire , de bon aloi. M. Moréri s'imagine que le nom propre de ce tribut était purum putum ; ce qui est une imagination fort plaisante. Aulu-Gelle ne méprise pas sans raison le sens qu' Alfénus a donné à ces paroles (4) ; et, s'il fallait juger par-là des lumières de ce jurisconsulte , on le ferait bien descendre des premiers rangs. Il croyait que purum putum avait été formé de purus, comme noi^icius et propicius ont été formés de noi'us et de proprius , afin de donner plus de force à la signiûcation du mot primitif. Aulu-Gelle le réfute solidement , et montre que putum signifie ce de quoi on a retranché toutes les supertluités. Il ne cite point le livre que Jloréri cote , savoir , le IV*^. et le XXX''. des Digestes j ni celui que Bertrand allègue , savoir , le XXX*.

des mêmes Digestes : il en cite le XXXIV^. Quant à l'autre ouvrage qu'il cite , il est intitulé Conjectaneorum , dans l'édition de Henri Etienne; mais je vois que Bertrand et Guillaume Grotius ont lu Collectaneorum. Ce dernier titre semble se rapporter mieux aux passages des Pandectes , où Servius est cité sur le témoignage d' Alfénus : Seri^ius apud Aljenum notât, putat; mais on ferait fort mal de

(i) Amm. Marcellin. , lib. XX.X , cap. IV, pas- 594.

(2) fag. 56, 57 , edit. Lugd. Bal. ann. 1675. (3 Horat. Sat. /// libri I , vs. i3o. (4; Aulus GelUus, lib. FI , cap. V.

préférer par cette raison le dernier titre à celui que Henri Etienne a gardé. Bertrand fait dire à Aulu-Gelle ce qu il ne dit pasj savoir, que l'ouvrage intitulé Collectanea comprenait quatre livres. Voici les paroles d'Auhi- Gelle : In libro Digestorum trigesimo et quarto , Conjectaneorum autem secundo , in fœdere , inquit , etc. (5). Je ne doute pas que , puisque Bertrand a dit qu'Aulu-Gelle a cité le XXX *=. livre des Digestes , il n'ait cru que et quarto se rapportait au mot suivant j et que, sans prendre garde à la suite, il n'ait conclu qu'on avait cité le IV^. livre des Collectanées : d'où néanmoins il n'avait pas lieu de conclure que l'ouvrage ne contenait que quatre livres, et que c'était Aulu-Gelle qui le disait. Les remarques critiques sur cet ouvrage de Bertrand, insérées dans l'édition de Leide , ni Guillaume Grotius , ne nous ont pas avertis de ces petites méprises. Je mets en note le bien qu'Aulu-Gelle a dit d'Alfénus (6;.

(D) // n'est pas sûr que , parmi les conseillers de l'empereur Alexandre Sévère , il y ait eu un Alfénus. ] Le passage de Lampridius, de la manière qu'il est imprimé , est si faux à certains égards , qu'on ne peut en rien conclure pour l'existence d'un Alfénus sous Alexandre Sévère. Voyez Casaubon sur ce passage. Mais , en tout cas , M. Moréri ne devait point nous citer Horace, ni Aulu-Gelle, pour son Alfénius surnommé le jeune , qui t'jl'flit , dit-il , sous le règne de l'empereur Alexandre Séuère.

(E) Donat.... parle d'un Alfénus. ] M. Moréri, faisant un article de celui' ci . dans la page 170 , le nomme Alphénius f^arus , chei'alier romain , et cite Donat in i^itd P^irgilii ; mais Donat ne qualifie point cet homme chevalier romain : et d'ailleurs , les meilleures éditions (7) portent Alphénus , f^arius , comme deux personnes , et non pas Alphénius Varus , comme une. Il faut néanmoins avouer , que ces vers de la IX*. Eglogue de Virgile, V. 26 :

Immb hœc quœ Varo nec d'uin perjecla canebal ,

(3) Aulas Gellius , lib. VI , cap. V.

(6) Alfenus jurisconsullus , Servie Sulpicii disciputus , rerunique antiquaruin non incurio.sus. Aulus Gellius , lib. VI , cap. V,

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