‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 2)Chapitre 135 sur 158 · IDE · texte numérisé non relu

IDE

quelque chose , nous pourrions connaître les conséquence de son silence- M. de Cordemoi ajoute, qu'il ne paraît Yoint par aucun mémoire du temps , ni que ce Dodon fût frère d Alpaïde , ni quelle L'eût eorcUéa tuer saint Lambert ; qu'il Y a véritablement quelques mots dans les martyrologes faits vers ce temps , qui font connaître que cette violence avait été faite par ordre de la cour, et que comme Pépin en était le maître , ceux qui ont écrit depuis ont cru devoir expliquer au désavantage de ce prince et d' Alpaïde ce qui est en paroles couvertes dans ces martyrologes (4) . Le plus sûr, à mon avis, e>t de renvoyer ceci au nombre des faits douteux. Ceux qui disent que le seul Lambert, évêque de Liège, osa 'reprendre Pépin , et parler hautement de sa bigamie comme d'un adultère public , sans se laisser ébranler ni par les promesses , ni par les menaces de Dodon, frère d'Alpaïde(5), n'ont écrit que long-temps depuis (6) : cela les éloigne un peu de la qualité d'un témoin certain. D'ailleurs le fils d'Alpaide était un sujet si redoutable , qu on ne peut rieu inférer du silence des auteurs contemporains.

(C) Lambert fut le seul prélat qui osa dire ses vérités a Pépin."} L'auteur d'un dictionnaire historique aurait raille et mille occasions de remarquer qu'il n'y a point de plus grands flatteurs des puissances que les gens d'église. Leurs prédications , leurs prières , leurs harangues , leurs épîtres dédicatoires, sont si remplies d'éloges outrés, qu'on ne saurait mieux représenter l'état où ils mettent un auditeur et un lecteur bien honnête homme, que par le proverbe , date rnihi pelvim. Pépin , me dira-t-on , n'était point roi. Pépin, répondrai-je, avait en sa main la clef des bouches et des plumes , les peines et les récompenses : il ne lui manquait que le titre de souverain j il en avait la réalité, il en faisait les fonctions. Les flatteurs ne s'arrêtent pas à un vain titre : ils adorent plus dévotement

(4) Cordemoi , Hist. de France , vol. I , p.

(5) Anselm. Laodicem. Canonicus , Si^ibertus Monachus Genblacensis , Nicolaus Laodic. Canonic. Vener. et alii , cités par Cordemoi , pa$. 38i.

(6) Cordemoi, pag- 38i.

ALSTE

celui qui a le pouvoir sans le titre, que celui qui a le titre sans le pouvoir.

(D) Lambert refusa la htnédiction qu'on lui demandait h table pour le verre à Alpdide.\ Voici comment un historien moderne raconte le fait :

Ad epulas invitutur (^^. Laudebertus) il principe, Pippinus cœterique illustres uiri qui aderant, scyphutn quisque suum ab anlistite benedici, aut , ut alii dicunt , de manu cjus pnculum accipeie, piâ ambilïone cupiebant. Càm jilpais (nant et ipsa pleno cont'iuio inlererat) scyphurn suuin a Lnndcherto signari optaret, indignabundus episcopus palaiio excesiil , conuii'arurn hUnritnte vonfusd (7). Conférez avec ceci les histoires rapportées dans les Nouvelles Lettres contre le calvinisme de M. Maimbourg (8j.

(-) Harlrian. Valesii Rerum Francicaruiu Uh. XXXIII.

(8) Pag. 614 et suiv.

ALSTEDIUS ( Jean Henri ) , théologien allemand de la religion réformée , a été l'une des plus fertiles plurnes du XVI T.

siècle. C'était un écrivain infatigable , et qui soutenait merveilleusement son anagramme («).

11 fut long-temps professeur en ]>îiilosophie et en théologie à Herborn , dans le comté de Nassau , d'oii il passa en Transylvanie , pour professer à Albe-Jule (b). Il y mourut, l'an |638 , à Yà^e de cinquante ans. Il avait été l'un des pères du synode de Dordrecht. L'une de ses principales occupations était de composer des méthodes, et de réduire en certains systèmes toutes les parties des arts et des sciences.

Son Encyclopédie [c) trouva grâce devant les catholiques romains (A) ; car elle fut réimprimée à Lyon , et a eu assez de

[(i) Le mof Sedulitas 5e troiife précisément dans Aistedius.

(b) Wilte , Diar. Biograph. , /om. T.

{ji, Elle est io-foiio , di'.-tsee en 4 tomes.

Page 1