A M Y R AUX
devant les pères du concile : ilen donne le pre'cis , cl il cite la Harangue d'Amyot. Mais cette harangue est une chimère : Amyot ne fit que lire la protestation du roi. Quelle hardiesse n'estce pas de citer des manuscrits qui n existèrent jamais ? M. Varillas assure qu'Amyot , âge' de dix ans , fut trouvé malade , sur le chemin de Paris , au bord d'un fosse , et qu'«« gen-
5oj
(5o) :, et par conséquent, ce ne fut point lui qui le fît connaître à cet abbé. On trouve dans les mêmes Mémoires, qu'Amyot remplit la charge de professeur l'espace de dix ans , et que soiii'enles fois on lui ha ouï dire entre ses amis , qu'il a^'oit un honneste appoinclement ; que jamais en sa i'ie n'eut meilleur temps que celui - là , et ai'oit pris un fort grand plaisir à
tilliomme passant.... le mit sur son faire cet exercice , à cause qu'il jouis-
soitd'un extrême repns {5i).l\nes'en-
cheval, et le conduisit , en le soutenant , dans une maison proche , où il guérit , et reçut charitablement pour passer chemin seize sous , qu'il rendit depuis avec usure en laissant aux héritiers de son bienfaiteur seize cents écus de rente (45). La Vie d'A myot orte qu'il légua douze cents écus à 'hôpital d'Orléans (46). C'était là qu'il avait été mené par le gentilhomme : c'était là qu'il avait été guéri , et qu il reçut seize sous ; ce fut à cet hôpital c^yCilflt depuis un legs de douze cents écus , selon le narré de M. de Saint-Réal. (47)- D'où vient que M. Varillas altère ces circonstances , et amplifie la gratitude ? Pourquoi par ses hyperboles convertit-il un simple legs de trois mille six cents francs en une rente annuelle de six mille deux cents livres (48) ? 11 assure qu'Amyot, « en étudiant , changea de religion, et }> servit d'instrument pour séduire ses » compagnons, jusqu'à ce qu'étant dé
nuya donc pas Ijientôt d'enseigner publiquement. M. Varillas observe que Bouchetel et Morvillier lui représentèrent l'obstacle que son hérésie apporlnit h son salut et à sa fortune , et qu il profita de leur aduis. Bouchetel le connaissait donc pour calviniste ; mais en ce cas-là, aurait-il voulu le faire précepteur de ses enfans, comme il avait fait (Sî) ?
rr-marqué que ce fut en i535 qu'Àinjol alla à Bourges.
(5o)Melcb. AdaminVilisPhilosoplior., p. 233.
(5i) Roulliard, Antiquités de Meluo , p. 60^.
(52) Là même.
A:\n'RAUT ( Moïse ) ministre et professeur en théologie à Sau— mur , a été un des plus illustres théologiens * qu'on ait vus en France dans le XVI P. siècle. Il était d'une bonne et ancienne
)> couvert il se réfugia à Bourges, où famille, originaire d'Orléans (A),
V le même Volmar, qui avait instruit et il naquit à Bourgueil , petite
3> Calvin et Beze , 1 introduisit chez «n j t ■ • i
jM'abbédeSaint-Ambroise,enqua- ville de Tourame, au mois de
3) lité de précepteur de ses neveux, septembre 1596. Ayant fait son
» et le choisit depuis pour son suc- cours de philosophie , il fut
« cesseur à montrer le grec. Amyot envoyé à Poitiers , pour y étudier
3) S ennuia bientôt d enseigner pubu- j' •. -i » i- •
3) quement. » On ne peut arcorder rien de tout cela avec les Mémoires de la Vie d'Amyot publiés par Sébastien Roulliard. On y trouve qu'il avait environ vingt-trois ans lorsqu'il s'en alla à Bourges , avec l'abbé de Saint- Ambroise , qui lui avait persuadé ce voyage (49) • 11 y alla donc l'an i537*. Or Volmar sortit de Bourges l'an i535
(■45) VariUas, Hisl. de Henri II , /iV, II, p. C46) f^oyet la remarque (\).
(47I Saint-Réal, de l'Usage de l'Histolre^p. '5.
(48) Varillas, Hist. de Henri II , lu'. II , p.
(49) Roulliard , Antiquités de Melun,^. G07. ' Leclerc, dans une note .<w le texte, a de'jk
en droit : il s'appliqua à cette science , avec tant d'assiduité , qu'il y employait 14 heures chaque jour. Il prit ses licences au bout d'un an (a) ; mais il en demeura là. M. Bouchereau, son compatriote , et ministre de Saumur, lui conseilla d'étudier en théologie : la lecture de l'Insti-
* Leclerc trouve cet article trop Jlattettr ; il reproche à Baj-le la source oit il a puisé , et dont , dit-il, il devait se défier. Vojez la note (j)) sur le texte.
{à) En 1616.
5o8 AMYR
tution de Calvin lui donna un grand goût pour ce conseil. Ainsi ayant témoigné à son père , qui avait ses vues en le destinant au barreau (B) , qu'il souhaitait passionnément d'être ministre , il obtint , quoique avec peine , le consentement qu'il demandait.
Il alla étudier à Saumur , sous Cameron , qui Taima et qui l'estima d'une façon particulière , et il fut assez long-temps proposant.
Lorsqu'il fut reçu ministre , on le donna à l'église de Saint-Aignan, au pays du Maine , oii ayant demeuré dix-huit mois, il fut appelé à Saumur , pour y succéder à M.
Daillé , qui sortait de ce poste , afin d'aller être ministre de Charenton {b). En même temps que l'église de Saïunur le souhaita pour ministre, le conseil académique jeta les yeux sur lui pour la profession en théologie. C'est pour cela que l'église de Rouen , et celle de Tours, qui le demandèrent en même temjjs au synode, ne l'obtinrent pas ; car les synodes nationaux avaient réglé que les intérêts des académies seraient préférés à ceux des églises. Sa réception au professorat en i633, l'examen qui la précéda, et la thèse inaugurale de Sacerdolio Chris ti , lui attirèrent beaucoup d'applaudissemens. On reçut avec lui deux autres excellens professeurs , Louis Cappel , et Josué de la Place : si bien que l'on donna tout à la fois à l'académie de Saumur les trois personnes qui étaient les plus capables de la rendre florissante; puisque , outre leur grand savoir, il y avait entre eux ime sympathie merveilleuse qui a
[b) La Vie de M. Daillé tious apprend qu'il fut appelé à Paris L'an 1626.
produit une concorde pleine d'édification et de bonheur, et d'autant plus digne de louange , qu'elle est une rareté fort dijfficile à trouver en jîays académique. M. Amyraut fut député au synode national de Charenton , l'an 163 1. Cette compagnie le députa pour aller haranguer le roi , et pour présenter à sa majesté le cahier des plaintes concernant les infractions des édits.
On le chargea en particulier de faire en sorte qu'il ne parlât point à genoux (C) , comme avaient fait les députés du dernier synode national; et il ménagea cette affaire avec tant d'adresse et de fermeté , qu'il fut enfin admis à l'audience selon l'ancien usage , et selon le désir de la compagnie (c). Cette députation le fit connaître au cardinal de Richelieu , qui s'étonna de lui trouver tant de qualités qui ne sentaient point son homme d'étude. Quelque temps après il publia un écrit, oii il expliqua le mystère de la prédestination et de la grâce, selou les hypothèses de Cameron (D).
Cet écrit excita une espèce de guerre civile parmi les théologiens protestans de France (E).
Ceux qui n'étaient point dans ces hypothèses crièrent à la nouveauté , et surtout lorsqu'ils virent le grand du Moulin en campagne , qui ne cessait d'accuser M. Amyraut de contravention au synode de Dordrecht , et de favoriser l'arminianisrae. L'autorité de ce célèbre théologien , qui s'était acquis dans son parti la vénération des peuples par quantité de livres de controverse, fi*
(c) La Harangue qu'il fit au roi esUnsèrée d'ins lu M<.TCure frauçaii de l'an. l63l.
AMYRAUT. 509
une telle impression surplusieurs livres (g). Pendant le synode naiDinistres,qu'encorequeM. Aray- tionalde l'année i645,M. Aniyraut eût publié un écrit (<f), oii il raut fut prié par la compasoutenait que Calvin avait ensei- gaie d'entrer en conférence avec gné la grâce universelle , on vit M. de la Milletière , afiu de tâau synode national d'Alençon (e) cher de le ramener. La conféun bon nombre de députés char- rence dura plusieurs jours ; mais gés d'instructions contreM. Amy- ils ne s'accordèrent pas mieux raut ; et il y en eut de si ardens , en disputant de vive voix , que qu'ils ne parlaient que de dépo- dans les livres qu'ils avaient déjà ser (F). Les députés des provinces publiés l'un contre l'autre. La de delà la Loire furent ceux qui doctrine de M. de la Place sur le témoignèrent le plus de chaleur, péché originel fut attaquée dans INéanmoins la compagnie , ayant ce synode. M. Amy raut , en oui en plusieurs séances M. Amy- ayant été averti , se présenta à raut qui exposa son sentiment , la compagnie, pour plaider la et qui satisfit aux difficultés qui cause de son collègue , et montra lui étaient proposées , le renvoya par un long discours , que le senavec honneur à l'exercice de sa timent dont on se plaignait n'a— charge , et imposa sur ces ques- vait rien de dangereux. Cette actions un silence qui ne fut pas lion ne fut pas seulement louée , trop bien gardé. On {f) porta à cause de l'habileté avec laquelle plainte au synode national de la doctrine de M. de la Place fut Charenton , en i645 , contre M. soutenue ; mais aussi , à cause que Amyraut , comme ayant contre- M. Amyraut n'avait en vue que venu aux reglemens qui concer- l'intérêt de son collègue : car son naient ce silence ; et il se plai- sentiment là-dessus n'était point gnit à son tour de quelques con- celui de M. de la Place. Si j'ajoute traventions faites contre les me- que M. Cajipel ne suivait pas la mes reglemens. La compagnie route ordinaire des protestaus sur ensevelit ^«rM«e sainte amnistie l'antiquitédes points de l'Ecriture toutes ces plaintes réciproques , hébraïque , j'aurai dit tous les renouvela les reglemens du si- chefs de plainte que l'on faisait lence, renvoya M. Amyraut avec contre l'académie de Saumur ; honneur à l'exercice de sa charge, mais ces plaintes n'empêchaient et lui permit de faire contre les pas que l'on n'y vît un grand conétrangers qui l'attaqueraient ce cours de proposans , qui diminua que le synode d'Anjou trouve- à vue d'oeil après la mort de ces ilrait bon. Ce synode lui permit lustres professeurs (h). M. Amyde publier une réponse aux trois rautsurvécutà ses deux collègues, volumes de M. Spanheim sur la etaeule temps de publier un trèsgrâce universelle (G); ce qui fut grand nombre de livres (H). Il la source de quantité d'autres avait autant de facilité pour la
plume que pour la langue : et c'est
(f/) //î<i7«/e, Echaotillon de la Doctrine Je ■» * * o
Calvin. / \ T > • / /
(g) La même, pag. 1^0,1^1.
^ ' ' ■ (A ' Ils sont les auteurs de ce qu'on appell*
{J") Blondel , Actes aullteatiq. , pa^. 36. TUeses Salmurieuses , ouvrage très-eslimé.
fiio AMYRAUT.
beaucoup dire; car il avait un dinal Mazaria fut si ballottée ; et, flux de bouche merveilleux , tant en plusieurs autres occasions , il en latin qu'en français, tantpour témoigna que c'était son dogme les leçons de théologie que pour favori (Q), jusqu'à s'en quereller les sermons. Il savait le monde, avecunministredelaRochellef/): et il pouvait fournir en conver- mais cela n'empêcha point , qu'en sations cent sortes de choses qui ce qui regardait la conscience étaient hors de son métier : et il n'exhortât à désobéir (R). Il c'est sans doute ce qui contribua n'est pas besoin de dire en quelle autant ou plus que la réputation considération il était chez les de sa science au bonheur qu'il grands seigneurs protestans : cela eut toute sa vie d'être considéré s'entend assez de soi-même. Il et honoré des grands seigneurs fut brouillé avec un ministre de de contraire religion. J'ai déjà Saumur, nomméM. d'Huisseau, dit que le cardinal de Riche- et il n'eut pas toute la satisfaction lieu eut de l'estime pour lui : qu'il attendait de cette affaire au je n'ajoute point qu'il lui fit par- synode national de Loudun (k). lerde son grand dessein de réunir On a cru que la gloire dont il les églises(I) ; car ce ne serait pas jouissait lui avait été contraire en une preuve de considération assez cette rencontre ; comme s'il eût distinguée , ce cardinal ayant été un grand arbre , qui faisait sondé là-dessus plusieurs minis- ombre aux petits , et qu'il fallait très, qui étaient bien inférieurs à abaisser. Outre que les parens celui-ci. Le maréchal de Brezé(K) de ceux qui s'étaient déclarés et le maréchal de la Meilleraie(L) chefs de parti contre le dogme doivent être mis au nombre des de la grâce universelle favorigrands seigneurs qui firent un cas sèrent son ennemi le plus qu'ils tout particulier de notre Amy— purent. Il aurait apparemment raut. M. le Goux de la Ber- été de la table dans ce synode (S), chère (M) , premier président au oii il assista de la part de sa proparlement de Bourgogne, et les vince , si l'on ne l'eut cru perintendans de la province d'An- sonnellement intéressé aux affaijou (N) , sont de ce nombre; et res que M. d'Huisseau avait avec nous y pouvons même joindre l'église de Saumur. Il mourut fort des évêquesetdes archevêques (0), chrétiennement le huitième jour etpar-dessus tous le cardinal Ma- de janvier 1664 (/), et fut enterré zarin (P) , dont les honnêteté? selon toutes les cérémonies acapour ce professeur furent extraoi'- démiques. Il eutpendant sa derdinaires. Il y a beaucoup d'appa- nière maladie une grande liberté rence qu'il trouva grâce auprès d'esprit, qui lui donna lieu de de ce cardinal , entre autres rai— tenir plusieurs discours très-edisons , parce qu'il se déclara hau- fians , et de donner de beaux tétement pour la doctrine de l'o- moignages de sa foi en présence béissance des sujets. Il le fit uti- ^.^ p^.^ ^.„^^„^ lement pour la cour de France , (k) En loâp. pendant les désordres de la (D^ioni^dans saKMioihé^^e, et Wiue
r^ ' dans son DtSLViam , metUnt mal sa mort en
Fronde, ou la fortune du car- iggj.
AMYR
d'un bon nofïibre de personnes de diiicrente religion. Entre ses autres vertus , on doit remarquer sa charité pour les pauvres. Il leur donna les gages de son ministère pendant les dix dernières années de sa vie. Il donnait l'aumône sans distinction de catholiques et de »éformés : les religieux mendians qui allaient à la quête chez lui ne s'en retournaient jamais à vide , et il commanda à M. Hervart (m) les récollets de Saumur, lorsqu'ils recoururent à l'épargne, pour faire rebâtir leur cloître qui avait été brûlé. Ils le remercièrent du bon effet de sa recommandation.
Il ne laissa qu'un fils , qui a été vm fort habile avocat au parlement de Paris, et qui s'est réfugié à la Haie depuis la révocation de l'édit de Nantes. Il avait eu une fille, qui mourut en i645, dixhuit mois après avoir été mariée («). La douleur oii cette perte plongea sa femme fut cause qu'il composa un Traité de l'état des Fidèles après la Mort , et qu'il le lui dédia. On l'imprima l'année suivante. On ne sera pas fâché de voir le distique que M. du Bosc écrivit de sa propre main au bas de l'estampe de M Amyraut:
AMose ad Mosem par Mosi non fuit iillus: More , ore , et calaino , miriis utertjue fuit (o,.
Ce fut quelques années après la mort de ce professeur , que l'on grava son portrait par les soins de monsieur son fils {p).
(m^ Il était alors contrôleur des finances.
(/i> A Bernard de Haumont qui fut depuis avocat du roi à Saumur.
(o Cest une allusion à ce que les Juifs ont dit à la. louange de Moses Ma'imunides , J'ameu.r rabhin.
ip) Tire' des Mémoires communiqués par 3f. Amjrraut le fils. Tout ce dont on ne don-
AUT. 5tt
On trouve quelques particularités touchant M. Amyraut dans un ouvrage intitulé Mélange cri' tique de littérature , recueilli des conversations de feu M. Ancil' Ion {q) : on y voit , entre autres choses , que c'est de lui qu'il faut entendre un passage d'une lettre de Balzac (r) , oti l'auteur d'une apologie est bien loué. On y voit aussi que Patin l'estimait beaucoup ; mais prenez garde que ce qu'il y a de désobligeant dans la lettre de Patin ne concerne pas le ministre de Saumur. Je parlerai de cela dans une remarque , et de quelque autre petite méprise (T).
nera point de preu^-es publiques dans les remarques de cet article, est tiré de ces Mémoires.
{q Imprimé à Bâle , l'an 1698.
(r) La première à M. Conrart.
(A) // était d'une bonne et ancienne famille , originaire d' Orléans ■'\ Etienne TAmyrault *, son bisaïeul, e'tait échevin â'Orléans lorsqu'on y reforma la coutume, en iSog. Le |irocès verbal de la coutume en fait foi. On prétend que le chef de la famille est un l'Amyrault , dont le touibeau est de Tannée 1870, et se voit dans l'église de Saint- Pierre-en-Pont. 11 était venu d'Hagenaw, ville d'Alsace , capitaine d'une compagnie de reîtres , à ce que porte son épitaphe. Cette famille est bienfaitrice du couvent et de l'église des Minimes d'Orléans , et , en cette qualité, ses armes se trouvent dans les vitreaus de l'église, .le remarquerai , par occasion , qu'un Anglais de la communion romaine a très-mal latinisé le nom d' Amyraut , puisqu'au lieu A^Amyraldus il a dit Amuralh.
Cette faute serait petite si, par une froide et basse allusion, il ne l'avait accompagnée d'un doute fort ridicule.
Moses quidam Amurath , dit-il (i) ,
* Leclerc remarque que la différence det deux nom' aurait dû frapper Barle , et indiquait a^sez qu'Etienne V Amjraull n'était pas bisaïeul de yioYse Amyraut.
(i) Dans ses Xoles snr quelques Extraits de» Harangues d'Edouard Deriog. Cela fui imprimé
AMYilAUT.
minister salmuriemis , homo saltem nomine (nescio an et progenie) judœoturca. Dans les pages suivantes il l'appelle Amyrath.
Ces paroles du père Bartolocci sont fort surprenantes : Moses Amyraldus,
et la cour ayant trouve à propos de ne pas accorder cette demande, M. de la Vrillière eut ordre de le déclarer aux députés. M. Amyraut lui représenta fort adroitement , et fort respectueusement tout ensemble, les raisons
dit-il (aj, i'idetur Judœus corn'ersus de la compagnie, et il se passa plus adjidem, scripsitque erudilissimam et de quinze jours sans que de part ni
catholicam Disserlationem de Mysterio Trinitatis , deque f^ocibus, ac Phrasibus , quitus tant in Scripluid , quant apud Patres, expllcatur. Pars IP^ , quœ est de Primordiis Rei^elationis Mysterii 'Trinitatis in Veleri Testavienlo , habelur in Libro }Vagenseilii inscripto , Tela ignea Satanée, pag. i4o- Voilà comment les auteurs les plus illustres sont inconnus quelquefois les uns aux autres
d'autre on relâchât quelque chose.
Le cardinal de Richelieu , informé de la vigueur de ce ministre , voulut conférer avec lui sur ce sujet , et tâcha de l'induire à n'insister pas davantage. On répondit, et on répliqua sur tout ce que cette éminence put alléguer de plus plausible ; et enfin , l'audience fut accordée sur le pied que M. Amyraut la demandait. Le cardinal s'entretint avec lui
Le père Bartolocci , n'ayant connu diverses fois touchant le cahier des
M. Amyraut que par une pièce adop tive de M. Wagenseil , Ta pris bonnement pour un ex-juif.
( B ) Son père avait ses f^ues en le destinant au barreau.'] 11 le destinait à remplir la charge de sénéchal, occupée par son oncle, qui n'avait point d'enfans. „ . , ,, ,- ,-
(C) On le chargea défaire en sorte avec M. Amyraut , chez M, 1 eveque \e parler point à genoux.] M. Amy- tle Chartres , de qui ce ministre était
plaintes, et goûta extrêmement l'esprit et les manières de ce ministre.
(D) // publia un écrit , où il expliqua tes mystères de la prédestination et de la grâce , selon les hypothèses de Cameron.] Un catholique romain de qualité fut l'occasion de cet écrit. Il avait dîné à Bourgueil ,
de ne par
raut fut celui qui représenta au synode l'état de cette question , et il firomit en même temps de faire toutes es instances possibles, en cas que la compagnie lui donnât des instructions là-dessus. Il fut donc chargé de demander le rétablissement du privilège dont les ministres avaient joui, de parler debout à sa majesté , comme font les ecclésiastiques du royaume.
Il partit, accompagné de deux anciens, pour Monceaux, où était la cour ; et s'étant adressé à M. de la "Vrillière, secrétaire d'état, il apprit
aue le roi n'entendait point que les éputés du synode lui parlassent autrement que ceux du synode précédent. Comme il y avait toujours un commissaire de la part du roi dans nos synodes , celui qui assistait alors au synode national de Charenton , avait fait savoir au roi ce que l'on
fort connu (3). Après le repas, il ht tomber la conversation sur une matière de controverse : il accusa les protestans d'enseigner des choses toutà-fait dures sur la prédestination.
M. Amyraut prit la parole , et il se noua entre lui et M. l'évêque de Chartres une espèce de dispute, mais douce et honnête , sur celte question épineuse. Le soir étant venu, on se sépara : le lendemain , M. Amyraut , s'en retournant à Saumur, passa chez l'homme de qualité (4) , comme il le lui avait promis , et lui trouva de bons sentimens pour la religion protestante, avec divers scrupules sur le dogme de la prédestination , tel que Calvin l'a expliqué. 11 lui leva tous ces scrupules le mieux qu^il lui fut possible , et acquiesçant à la prière que lui fit ce gentilhomme de composer un traité où la chose fût beau-
avait chargé les députés de demander^ coup mieux approfondie que dans
une simple conversation , il écrivit et il publia (5) le livre dont je parle.
(3) // e'iait de la maison (V Élampes-Valençai , et fut depuis archevêque de Beirns.
(4) y^u PIcssià-Rideau,
(5) En 1634.
à Londres , l'an i65f) , avec une Pièce intitulée^ Nuncius a raortuis , qui est un Dialogue suppose' tntre Vdme de Henri VIII et celle de Charles I".
(a) Bartulocci Bibliotlieca Rabbin. ,parl- IV, pag- CfJ.
AMYRAUT.
Voilà ce que portent mes ine'moires manuscrits. JI. Amyraut ne débite point ce sujet de son ouvrage, mais un autre assez diflërent (6).
(E) Son écrit excita une espèce de suene civile parmi les théologiens protcslans de France.l Cette dispute a été assez considérable pour devoir faire un bon morceau des Annales ecclésiastiques des profestans. Celui qui a publié en anglais un histoire très-curieuse de nos synodes de France (7) peut nous instruire des diflférens que le dogmi de la grâce universelle y a excités. Ce serait médire , je pense , bien cruellement de ceux qui ont les premiers remué cette question, r(ue de soutenir qu'ils n'auraient pas laissé de le faire, encore qu'ils eussent prévu tous les maux qui en devaient résulter : car où est l'utilité et le oui bono de ces disputes ? ne reste-t-il plus de difficultés , pourvu qu'on se serve de l'hypothèse de Cameron ?
N'est-il pas vrai , au contraire , que jamais remède ne fut aussi palliatif que celui-là ? On a bien besoin d'autre chose, pour contenter la raison j et si vous n'allez pas plus loin , autant vaut-il ne bouger de votre place :
tenez-vous en repos daus le particularisme. Mais je veux que l'universalisme ait quelque avantage, et qu'il réponde mieux à certaines objections.
Cela est-il capable de balancer tant de crimes spirituels, que les factions traînent après elles, tant de mauvais soupçons, tant de sinistres interprétations, tant de fausses imputations , tant de haines, tant d'injures, tant de libelles , tant d'autres désordres , qui viennent en foule à la suite d'un tel conflit théologique ? Si vous croyez que le particularisme damne les gens, vous faites bien de le réfuter quoi qu'il en coûte. Je dis la même chose à ceux qui j)rendraient l'universalisme pour une hérésie mortelle : mais puisque de part ni d'autre vous ne croyez pas réfuter une opinion pernicieuse , ne disputez qu'autant que vous le pouvez faire sans troubler le repos public , et taisez - vous dès que l'événement vous montre que vous divisez les fa-
(G) Prœfat. Speciminis Animadvers. de Gratiâ Ùniversali.
(7) Joannes Qiiick , ministre a Londres : son lii-re , intitule Synodicon m Galliâ veformalâ, a été imprime en 1692 , in-folio.